Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

ACTION COMMUNISTE

 

Nous sommes un mouvement communiste au sens marxiste du terme. Avec ce que cela implique en matière de positions de classe et d'exigences de démocratie vraie. Nous nous inscrivons donc dans les luttes anti-capitalistes et relayons les idées dont elles sont porteuses. Ainsi, nous n'acceptons pas les combinaisont politiciennes venues d'en-haut. Et, très favorables aux coopérations internationales, nous nous opposons résolument à toute constitution européenne.

Nous contacter : action.communiste76@orange.fr>

Rechercher

Humeur

Chaque semaine, AC attribue un "roquet d'or" à un journaliste qui n'aura pas honoré son métier, que ce soit par sa complaisance politique envers les forces de l'argent, son agressivité corporatiste, son inculture, ou sa bêtise, ou les quatre à la fois.

Cette semaine, sur le conseil avisé de la section bruxelloise d'Action communiste, le Roquet d'Or est attribué  à Thierry Steiner pour la vulgarité insultante de son commentaire sur les réductions d'effectifs chez Renault : "Renault fait la vidange"...  (lors du 7-10 du 25 juillet).


Vos avis et propositions de nominations sont les bienvenus, tant la tâche est immense... [Toujours préciser la date, le titre de l'émission et le nom du lauréat éventuel].

 

 
4 décembre 2014 4 04 /12 /décembre /2014 11:18

Lu sur le blog de Jean Gadrey

Etats-Unis : croissance zéro des salaires réels… depuis 35 ans !

 

Le pays de la libre entreprise, de la valeur travail, de l’initiative individuelle, du capitalisme triomphant et dominateur, la nation phare des « élites » occidentales qui y voient un « modèle de croissance », est parvenu à ce que le pouvoir d’achat du salaire médian (et comme on va le voir de la grande majorité des salaires) soit exactement le même au début de 2014 qu’au début de 1979. Champions les Ricains, championne leur oligarchie !


Il leur reste quand même un vrai mérite à ces Américains : leurs bases statistiques sont remarquables sur ces questions. Voici d’abord deux graphiques que j’ai composés en puisant dans ces bases (BLS, BEA), le premier sur le salaire hebdomadaire « réel » (en dollars constants) médian des salariés à temps plein depuis 1979, le second sur le PIB réel par habitant et le PIB réel par personne en emploi (courbe rouge). Appréciez le contraste entre ces deux graphiques. (Cliquez sur les graphiques pour les agrandir)

weeklyearn79.jpg

pibhetempl.jpg

Ce constat veut dire en gros que si le PIB réel par habitant (et le PIB par emploi, qui a évolué de façon identique) n’avait pas augmenté depuis 35 ans, si donc les gains de productivité avaient été proches de zéro (la durée annuelle du travail a un peu progressé : + 6,6 %), et si la distribution des richesses était restée ce qu’elle était en 1979, la grande majorité des salariés actuels disposerait du même pouvoir d’achat qu’aujourd’hui. SANS CROISSANCE DU PIB/HABITANT, SANS GAINS DE PRODUCTIVITE. En gros, car il existe de petites complications liées notamment au fait que les salariés ne sont pas les seuls actifs ayant un emploi et contribuant au PIB. Mais j’ai vérifié : cela ne changerait pratiquement rien au constat, vu que la part des non salariés dans l’emploi total est passée de 9,2 % à 6,8 % sur cette période.

En d’autres termes, comme depuis 1979 la croissance de la population résidente a été de 41,5 %, soit un taux annuel moyen de 1 % par an, le constat précédent signifie qu’avec une croissance annuelle moyenne du PIB de seulement 1 % depuis 1979, mais moyennant une distribution des revenus identique à celle de 1979, la majorité des salariés américains aurait pu avoir le même pouvoir d’achat qu’aujourd’hui. Or sur cette période le PIB a progressé de 146 %, soit en moyenne de 3,6 % par an, provoquant entre autres choses un excès d’émissions de CO2 et bien d’autres dommages environnementaux et sanitaires. Tout ça pour ça ? Je parle parfois de « rendements décroissants de la croissance » en bien-être, mais on constate que, dans ce pays, c’est vrai aussi pour son rendement en… pouvoir d’achat de la grande majorité.

J’ai pourtant été prudent : je n’ai même pas évoqué un scénario où la répartition serait devenue meilleure (plus juste, plus égalitaire) qu’en 1979. Je n’ai pas évoqué non plus de possibles améliorations qualitatives de la production et de la consommation. Je m’en suis tenu aux catégories économiques et comptables usuelles, au pouvoir d’achat quantitatif, etc.

Je n’ai mentionné que le salaire médian. Et les autres, et l’ensemble de la distribution des salaires, par exemple par déciles ? Une source remarquable est le rapport annuel « The state of working America », où l’on trouve entre autres un fichier de données téléchargeables conduisant au graphique suivant. Lecture : la courbe du bas est la limite supérieure du premier décile, niveau en dessous duquel on trouve les 10 % des salariés les moins payés. La cinquième courbe à partir du bas correspond au salaire médian. Différences avec la première courbe de ce billet : il s’agit ici de salaires horaires et non pas hebdomadaires, et cela concerne tous les salariés, pas seulement les temps plein.

deciles79.jpg

Le constat est clair : jusqu’au septième décile, donc pour 70 % des salariés, on est pratiquement à la croissance zéro (négative pour les deux premiers déciles, légèrement positive pour les suivants). Une progression plus sensible apparaît pour le seuil supérieur du huitième (+ 17,5 %), plus pour le neuvième (seuil au-dessus duquel on trouve les 10 % les mieux payés), soit + 31 %, et encore plus (+ 39 %) pour le seuil des 5 % du haut de l’échelle. Mais, même dans ces trois cas favorisés, la progression reste très en dessous des quelque 70 % de hausse du PIB réel par habitant. Ces données ne disent rien des 1 % supérieurs. On peut être certain qu’ils font « mieux » que tous les autres, mais il ne faut pas oublier qu’il ne s’agit ici que de salaires. En sont exclus les revenus du capital, financier notamment, vers lesquels s’est orienté le surplus de richesses ponctionné sur les salariés.

D’ailleurs voici un dernier graphique pour la route (source BIT, indispensable rapport mondial sur les salaires 2012-2013). Il n’est pas sans rapport avec ce qui précède. C’est la part des revenus du travail dans le revenu national. Pour les Etats-Unis on est passé de 70 % en 1980 à 63 % en 2010. Ah, la valeur travail !

partsalbit.jpg

Note technique : la « part ajustée » du travail vise à tenir compte des non salariés ou travailleurs indépendants en leur affectant un équivalent salaire (voir la note 21 du rapport du BIT). Dans le cas des Etats-Unis et pour la période retenue, cet ajustement ne change pratiquement rien au chiffre de la baisse de la part salariale dans le revenu total.

Billet suivant de cette série de trois billets “Yes, they can” : et le pouvoir d’achat du salaire minimum aux Etats-Unis ?

Partager cet article
Repost0
4 décembre 2014 4 04 /12 /décembre /2014 11:16

Lu sur El Diablo Vous pouvez voir la vidéo sur son blog ou sur le site du PCF Bassin ( Lien en fin d'article).

ANICET LE PORS : « Nation et souveraineté populaire » [conférence vidéo]

Nation et souveraineté populaire

Association des Amis de Léo Figuères 

Malakoff, 21 novembre 2014

 

 

 

 

Je remercie l’Association des Amis de Léo Figuères de m’avoir invité à parler de la souveraineté nationale et populaire.

Parce que c’est l’occasion d’évoquer une nouvelle fois le souvenir et la personnalité de Léo Figuères, incontestablement souverain de sa propre personnalité.

Je l’ai fréquenté de près puisque j’étais son voisin de travée au Conseil général des Hauts de Seine et que ses interventions ne pouvaient être ignorée à un mètre de lui, pour leur fond, leur forme et leur tonalité.

Nous nous sommes beaucoup fréquentés également ailleurs et en particulier à Malakoff où j’ai de nombreuses attaches.

J’ai toujours beaucoup apprécié sa libre pensée et sa capacité à combiner l’engagement du militant et la légitimité de l’élu. Exercice difficile dans lequel il faut faire preuve de souveraineté dans sa propre conduite.

Léo s’est toujours clairement positionné sur la question de la souveraineté, en particulier lors du traité de Maastricht  où, sans une adresse à la population de Malakoff il montrait que ce traité était annonciateur de chômage, de précarité, de soumission à la finance et à des autorités supranationale susceptible d’affecter gravement la liberté d’action de la France, sa souveraineté.

 

Les questions de la nation, de la souveraineté et de la citoyenneté sont liées. Elles ont émergé dans le temps long, et c’est à l’échelle de l’histoire qu’il convient d’aborder ces questions.


1. La sécularisation du pouvoir politique


L’idée de  souveraineté émerge de notre histoire à travers un processus de sortie de la religion, d’affranchissement de la monarchie absolue et d’affirmation simultanée de l’existence de l’État-nation et de la communauté des citoyens ; le processus correspond à trois ruptures  ou mutations depuis la fin du Moyen Âge soit sur quelque sept siècles, ce que le sociologue Marcel Gauchet a appelé « Le désenchantement du monde."


Première mutation. Philippe Le Bel, fin XIII° siècle crée le Conseil d’État du Roi entrainant une franche distinction public-privé, Installe le pape Clément V en Avignon pour signifier qu’il’ est moins monarque « par la grâce de Dieu » que par son autorité propre, il fait décapiter ses créanciers et bruler les Templier.  Dans le même esprit François 1er par l’ordonnance de Villers-Cotterêts en 1539 impose le français comme langue administrative officielle contre le latin, langue du sacré, et s’approprie le droit d’asile en matière civile qui était jusque-là le monopole de l’Église. Le souverain, ce n’est plus tellement Dieu, c’est le Roi.


Deuxième mutation sous Louis XIV durant son long  règne de 72 ans, commencé par l’affirmation « l’État c’est moi » et qui se termine par « Je meurs, mais il reste l’État ». L’établissement d’un appareil d’État a abouti à son autonomisation, à sa séparation même de la personne du monarque. Cela pose la question du lieu et de la nature de la souveraineté. Quoi qu’il en soit, ce n’est déjà presque plus la personne du monarque. C’est au sein même de l’État que siège la souveraineté si l’on parvient pas encore à identifier le souverain


Troisième mutation préparée par les Lumières au XVIII° siècle et formalisée par Jean-Jacques Rousseau, notamment dans Du Contrat Social en 1762. Il propose que ce soit une abstraction : le concept de Peuple qu’il conçoit comme la communauté des citoyens mais distincte de l’ensemble des citoyen qu’il définit ainsi : « À l’égard des sociétés, ils prennent collectivement le nom de Peuple, et s’appellent en particulier citoyens comme participant à l’autorité souveraine ». Il annonçait ainsi le transfert de la souveraineté du monarque au peuple. La nation sera introduite par l’article 2 de la Déclaration des droits de 1789 : « Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation ». La constitution de 1793 ajoutera en son article 7 : « Le peuple souverain est l’universalité des citoyens français ». Dès lors le souverain est le peuple et/ou l’État-nation, ce qui dès le départ introduit les notions à la fois proches et distinctes de souveraineté populaire et de souveraineté nationale;


Non seulement l’histoire n’est pas finie mais elle s’accélèrera au XIX° siècle mettant en confrontation les citoyens et l’appareil d’État. Au plan européen s’affirment les nationalités. Se combineront alors les luttes pour la République, pour le socialisme, pour la laïcité, pour de grandes conquêtes sociales, débouchant sur le XX° siècle « prométhéen », ses expressions totalitaires, son échec ouvrant sans doute la voie à une nouvelle mutation, « métamorphose » selon Edgard Morin), mais « Pendant la mue le serpent est aveugle », titre d’un livre que j’ai écrit en 1993 pour caractériser cette phase de transition délicate et dangereuse. La souveraineté doit désormais s’analyser dans le cadre d’une bipolarisation (une quatrième mutation) entre d’une part une revalorisation de la responsabilité individuelle, le citoyen étant appelé à tirer la leçon de l’échec du siècle prométhéen et de la persistance de « religions séculières et, d’autre part le mouvement de mondialisation qui n’est pas seulement celle du capital mais qui affecte tous les aspects de l’activité du genre humain : le genre humain comme souverain à venir.


Comment, dans ces conditions situer la souveraineté de la nation et du peuple ?


2. La problématique actuelle de la souveraineté


La souveraineté est une en ce qu’elle légitime l’exercice du pouvoir politique et de ses instruments (création monétaire, État de droit, politiques publiques, relations internationales …).  La France, dans cette recherche a connu 15 constitutions en deux siècles.. Il est courant d’en distinguer deux aspects, la souveraineté nationale et la souveraineté populaire. La première ne prétend pas à la seule représentation des citoyens existants, mais veut aussi traduire les aspirations de la continuité des générations, elle privilégie la démocratie représentative. La seconde tend à privilégier la démocratie directe dans une conjoncture déterminée.  Le programme du CNR était fortement imprégné de l’idée de souveraineté nationale et populaire La constitution de la IVème   République retiendra la notion de souveraineté nationale et populaire   que l’on retrouve dans la constitution de la V° République en son article 3 : « La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et la voie du référendum ».


La souveraineté ne saurait être déléguée si certaines compétences peuvent l’être. C’est dans le contexte très particulier du lendemain de la deuxième guerre mondiale que le préambule de la constitution de 1946 a prévu que, sous réserve de réciprocité, « La France consent aux limitations de souveraineté nécessaires à l'organisation et à la défense de la paix. ». Restera constante, par ailleurs, la règle selon laquelle « Les traités ou accords régulièrement ratifiés ou approuvés ont, dès leur publication, une autorité supérieure à celle des lois » (article 55 de la constitution). J’ai connu un ami qui voyait là un moyen juridique le l’internationalisme prolétarien (mais c’était dans une époque lointaine et pour une échéance indéterminée …).


La souveraineté ne saurait cependant être préservée par le seul respect formel des règles du droit positif.  On a vu comment le gouvernement est parvenu à contourner par la voie parlementaire le rejet par le peuple français, en 2005, du traité constitutionnel de l’Union européenne pour aboutir à ses fins avec le traité de Lisbonne.


Au-delà de ces manœuvres juridiques, il y a aussi perte de souveraineté sur le plan économique. La France a abandonné à la Banque centrale européenne son pouvoir monétaire. Avec l’inscription dans les traités européens de la « règle d’or » de l’équilibre budgétaire sous peine de sanctions, elle perdrait aussi son pouvoir budgétaire, c’est-à-dire la conduite de l’ensemble des politiques publiques et, par là, serait mise en cause l’existence même de ses services publics et la notion d’intérêt général qui fonde leur existence. Y compris en ce qui concerne le problème de la dette, la France perdrait la maîtrise de sa gestion sous couvert de coordination des politiques budgétaires et financières soumises aujourd’hui au diktat des marchés financiers mondiaux et de leurs agences de notation dépourvus de toute légitimité politique. La souveraineté, c’est donc aussi la reprise en mains par la nation de sa politique économique : le Japon est deux fois et demie plus endetté que la France et pourtant il ne connaît pas les tourments européens pour la simple raison que les titres de la dette japonaise sont possédés, non par les marchés financiers mondiaux, mais par … les Japonais.


L’abandon de la souveraineté c’était aussi, pour le pouvoir sarkozyste, l’occasion de mettre la France aux normes exigées par l’ultralibéralisme prévalant au sein de l’Union européenne. La souveraineté nationale et populaire a permis : un service public occupant un quart de la population active, un système de protection sociale basé sur la solidarité, un principe de laïcité fondant la responsabilité civique, un modèle d’intégration établi sur le droit du sol, une démocratie locale aux multiples foyers. C’était, pour le ce pouvoir d’alors, autant d’ « anomalies » qu’’il voulait supprimer. Comme l’a écrit le philosophe Marcel Gauchet : « Le programme initial du sarkozysme, c’est un programme de banalisation de la France ».


La nouvelle majorité présidentielle ne rompt pas vraiment avec cette démarche si on doit relever ce qui en diffère néanmoins. Une plus grande prudence concernant les politiques publiques et une tentative de donner le change (MAP, CGSP) ; la conservation du statut général des fonctionnaires malgré un manque total d’ambition (30° anniversaire, loi Lebranchu, rapport Pêcheur); une politique de l’immigration et de l’asile qui change peu si elle est moins ostentatoirement hostile. En revanche on peine à faire la différence sur l’Acte III de la décentralisation et même sur la laïcité (en dépit de la Charte Peillon). L’option libérale conduit le pouvoir actuel à faire allégeance à une union européenne en crise économique et politique défavorable à la souveraineté nationale sans profit pour le peuple.


3. La mise en perspective universelle de la souveraineté nationale


À l’inverse, la défense de la souveraineté nationale  c’est, pour le peuple français, le moyen de se réapproprier son histoire, la démarche rationnelle et la morale républicaine. C’est aussi le moyen de s’inscrire dans une autre conception de l’histoire qui prend appui sur la montée de l’ « en commun », privilégie l’universalisme sur la politique des blocs, participe à l’émergence de valeurs universelles. Le monde à venir est celui des exigences d’interdépendances, de coopérations, de solidarités qui conduisent à l’idée d’un XXI° siècle « âge d’or » du service public. Cela contribue activement à la création des moyens d’une mondialisation qui ne soit pas seulement celle du capital, s’inscrit dans une dynamique qui établit une dialectique progressiste entre le monde, les grands continents et la nation. Ernest Renan dans sa célèbre conférence  à la Sorbonne du 11 mars 1982 : « Les nations ne sont pas quelque chose d’éternel, elles ont commencé, elle finiront […] La confédération européenne probablement les remplacera. Mais telle n’est pas la loi du siècle où nous vivons ». C’était il y a 132 ans …


Cela nous apprend que l’on ne bouscule pas les créations de l’histoire par décret. Qu’il ne suffit pas que le traité de Maastricht ait décrété en 1992 : « Il existe une citoyenneté de l’Union. Est citoyen de l’Union toute personne de l’Union ayant la nationalité d’un État membre », pour que cette citoyenneté existe. Elle n’existe pas à l’évidence.  Elle n’existe pas davantage lorsqu’elle se subordonne aux dogmes religieux ou partisans. Tirant les leçons du siècle passé, la citoyenneté est appelée à se définir sur la base des engagements propres et responsables des individus caractérisés pour chacun d’eux par leur « génome » de citoyenneté.


Entre mondialisation et cette individuation, c’est la nation qui est, par son histoire et la réflexion sur cette histoire, la créatrice d’universalité. La nation est et demeure le niveau le plus pertinent d’articulation du particulier et de et du général.


source : pcf bassin

Partager cet article
Repost0
4 décembre 2014 4 04 /12 /décembre /2014 11:01

austerite1

Un employé retraité de la Poste qui habite Paris, nous signale que son pouvoir d’achat a régressé de 403 euros en 2014. 


Ma pension avait progressé de 274 euros entre 2012 et 2013. C’est ce qui sert de base au calcul des impôts sur mon revenu. En 2014 elle est bloquée et cela va se poursuivre pendant 3 ans grâce ce gouvernement.


Voici quelques éléments des augmentations que j’ai subies :


- loyer + 3,21 euros par mois = - 38,52 euros par an,

- Assurances santé Mutuelle Générale + 0,64 euro par mois soit 7,68 euros par an

- Assurances logement + 0.27 euro par mois soit 3,24 euros par an

- Je ne payais pas d’impôt sur le revenu jusqu’en 2013. En 2014, je paie 196 euros

- Etant désormais assujetti à l’impôt sur le revenu, je paie la taxe d’habitation locale : + 148 euros

- La carte de transport SNCF senior a augmenté de 10 euros .

 

Et, je n’ai pas de voiture.

 

- A cela s’ajoutent toutes les augmentations de la vie quotidienne, le pain, les légumes, le poisson, les transports SNCF et RATP, le prix du timbre qui va augmenter de 10% au 1 er janvier, etc…

 

Rappelons que le Gaz depuis la privatisation de GDF en 2005, a augmenté de 80 %.

 

Tout cela ajouté, c’est moins 403 euros sur mon pouvoir d’achat.

 

Mais :

 

Dans le quartier de la Muette dans le 16ème arrondissement à Partis, les 10% des ménages les plus aisés ont un revenu imposable mensuel de 19.946 euros. Ceux du quartier St James à Neuilly disposent en moyenne de 28.727 euros par mois.

 

Rebsamen, le Ministre socialiste, participait lundi à un colloque organisé par Force Ouvrière. Il a écarté tout « coup de pouce au SMIC » parce que « Ce n’est pas la bonne solution ».

 

source: www.sitecommunistes.org

Partager cet article
Repost0
4 décembre 2014 4 04 /12 /décembre /2014 10:39
Partager cet article
Repost0
4 décembre 2014 4 04 /12 /décembre /2014 10:37
Partager cet article
Repost0
4 décembre 2014 4 04 /12 /décembre /2014 10:26

ukraine-crimee

 

Et si des fonctionnaires russes et chinois voyageaient à Ferguson pour y financer un coup d’Etat dans les Etats-Unis ?

 

Prenons les faits, rien que les faits, ceux que personne ne peut nier:

 

L’artillerie ukrainienne a tué dans la nuit de mercredi, au moins 13 civils dans les districts du nord de Donetsk, ville située dans le sud-est de l’Ukraine.


« Hier soir nous avons constaté une grande activité de l’artillerie ukrainienne. Selon les première données elle  a tué 13 civils », a déclaré jeudi une source locale.

 

Selon le dernier rapport de la mission des  droits fondamentaux de l’Organisation des Nations Unies (ONU), présenté la semaine dernière à Genève (Suisse), le conflit armé dans le sud-est de l’Ukraine,  commencé en février, a fait  4317 morts et 9921 blessés dont une majorité de civils.


Face à de tels chiffres, comme d’ailleurs les faits intervenus depuis le début de l’année à savoir:

 

1) L’intervention des Etats-Unis, de l’OTAN et de l’Union Européenne en faveur d’un coup d’Etat renversant le président élu. Coup d’Etat qui n’a pas été accepté par la population du sud est et qui a mis au pouvoir un gouvernement de marionnettes composée de néo-nazis et d’oligarques corrompus et a créé la guerre civile. Que penserions-nous si la Russie et la Chine allaient à Fergusson fomenter un coup d’Etat contre Obama? Ce sont pourtant les mœurs habituelles des Occidentaux.


2) L’intervention de plus en plus manifeste des États-Unis qui considèrent désormais l’Ukraine comme leur colonie. Coup d’Etat manifestement dirigé contre la Russie et qui n’avait que deux  buts: transformer l’Ukraine en bastion de l’OTAN avec une confrontation directe entre puissance nucléaire et créer une situation de conflit permanent au sein de l’Europe pour empêcher un développement eurasiatique et justifier la présence permanente de l’OTAN et des Etats-Unis.


3) La situation politique, économique et militaire du gouvernement ukrainien ne cesse de se détériorer et la gestion ukrainienne ne vivant sous unique perfusion de l’étranger avec des fonds aussitôt détournés par les oligarques. Sur le plan économique c’est la faillite, la misère, le chômage pour les populations, sur le plan politique l’extrême-droite fait régner la terreur non seulement dans le Donbass avec ses armées mais en instituant la terreur au quotidien, forçant les communistes à la clandestinité. Le cas d’Odessa où ce sont les victimes qui passent en jugement, sont tabassées par l’extrême droite et où on licencie massivement tous ceux qui ne suivent pas les folies nationalistes. En outre le gouvernement ukrainien vient de lui-même organiser la séparation avec les territoires de Donetsk et Lougansk en coupant le paiement des pensions et des services publics après avoir massacré depuis des mois sa propre population.


4) Cette rupture, ce  blocus au sein du pays n’a qu’une fonction voulue par les américains, forcer l’armée russe à intervenir en Ukraine pour offrir un prétexte à l’OTAN; mais le caractère criminel de cette stratégie est dans le chiffre des morts et des blessés, celui des souffrances terribles vécues par les populations civiles.


Qu’il se trouve dans un tel contexte une presse et des forces politiques en France capable non seulement de faire le silence sur cette situation inhumaine et scandaleuse en s’interrogeant seulement sur la présence ou non de russes dans le camp des insurgés prouve le degré d’ignominie et de vassalité qui est désormais celui de notre pays et des forces dites de gauche.


Je signale à ces gens-là que s’il est normal que l’armée russe se trouve à la frontière de l’Ukraine, il est beaucoup moins normal géographiquement que l’Ukraine soit désormais une colonie des Etats-Unis avec une telle présence des experts et des mercenaires. Maintenant si nous abandonnons toute hypocrisie au vu du martyre subi actuellement non seulement par les civils dans le Donbass mais la répression des communistes et des progressistes, nous espérons tous qu’il y a effectivement une aide russe, l’aide humanitaire est nécessaire  d’abord pour soulager la souffrance des population soumise à un blocus. Mais face à des tirs à l’arme lourde sur des villes ce qui est un crime contre l’humanité, comment  les aider à en finir avec cette agression et là on ne peut pas évacuer la nécessité d’une aide militaire. Pourtant personne ne peut à l’inverse de ce que font les états-Unis faire la preuve, aller au-delà des supputations, sur l’aide réelle apportée par les Russes dans ce domaine autre que des volontaires et des armes reprises à l’ennemi ukrainien.

 

 

Voilà les faits rien que les faits tout le reste est enfumage.
 

 

le 29 novembre 2014

Danielle Bleitrach

 

source : histoire et société

Partager cet article
Repost0
4 décembre 2014 4 04 /12 /décembre /2014 10:24
Partager cet article
Repost0
4 décembre 2014 4 04 /12 /décembre /2014 09:40

Lu sur le site du SNES, cette présentation du livre de Bernadette Groison, secrétaire générale de la FSU. Mis en ligne à l'occasion des élections professionnelles

 

Nos statuts - Nos missions

 

Fonction Publique Au coeur du débat !

jeudi 23 octobre 2014

 

Régulièrement mise en cause dans les discours de l’opposition, la Fonction publique est soumise à la rigueur par la politique gouvernementale de baisse de la dépense publique.

Sarkozy, candidat à la présidence de l’UMP a choisi d’attaquer la Fonction publique et ses agents. En dénonçant « l’emploi à vie » des fonctionnaires, il éclaire son projet politique, considérant que la précarité serait une source d’efficacité, à l’opposé de l’expérience sociale. Et lorsqu’il reprend le slogan « des fonctionnaires moins nombreux mais mieux payés », comment ne pas s’intéresser au bilan de son quinquennat, d’autant que les données statistiques de l’INSEE pour l’année 2012 commencent à être disponibles ?

Dans la Fonction publique de l’Etat, de 2007 à 2012, les emplois ont diminué de 7 %, le salaire moyen, en euros constants, a progressé d’un peu moins de 3 %, ce qui apparait peu compte tenu de l’élévation des qualifications et du vieillissement des personnels. En revanche, il faut souligner que les inégalités salariales se sont accrues dans la période puisque le salaire moyen des femmes a progressé de 2,26 % et celui des hommes de 4 %. Pour les enseignants, l’augmentation – de 2,86%- est liée à la revalorisation indiciaire du bas de la grille, partiellement annulée à la rentrée 2014, et aux heures supplémentaires, la part des « primes » dans le salaire des certifiés étant passée de 8,3 % à 13 %.

Le SNES-FSU et la FSU défendent que la Fonction publique et les services publics sont un outil essentiel pour assurer plus de justice sociale, et un réel atout pour notre pays. Ils combattent donc les choix budgétaires du gouvernement pesant sur les salaires et l’emploi public. Dans ce contexte, la « revue des missions de l’Etat » devant proposer d’externaliser ou de privatiser celles des missions qui ne seraient pas prioritaires a de quoi inquiéter. D’autant plus que le Parlement n’a pas, en plus d’un an, trouvé le temps d’examiner le projet de loi abrogeant l’essentiel de la loi mobilité.


En finir avec les idées fausses sur les fonctionnaires

« On devrait augmenter les droits d’inscription dans les universités pour que leur budget soit équilibré. »

Procéder de la sorte, c’est oublier que l’on ne se forme pas seulement pour soi.
Un certain nombre de pays étrangers (…) ont recours à cette augmentation des droits d’inscription. Et pour permettre aux étudiants de payer les banques leur prêtent de l’argent. (…) La théorie qui justifie ces pratiques est celle du « capital humain » : quand on se forme, on peut en tirer un profit personnel en obtenant un emploi mieux rémunéré ; il serait donc normal de payer pour sa formation.

Mais quand on regarde les conséquences pratiques, on s’aperçoit que cela produit un endettement considérable des étudiants, au point que seule une partie d’entre eux est en situation de rembourser (en Grande-Bretagne, ce sont environ 45 % des prêts qui ne sont pas remboursés). Et ceux qui remboursent passent leurs premières années d’activité professionnelle avec le fardeau de cette dette ou alors font tout pour gagner le plus vite possible le maximum d’argent. (…) Cette perspective peut être dissuasive pour les jeunes issus des milieux les moins favorisés, ce qui risque d’accentuer de fait la sélection sociale à l’entrée dans le supérieur.

On constate également que, peu à peu, la part prise par les droits d’inscription dans le financement des universités des pays concernés s’accroît, prenant progressivement la place des financements publics. Sans compter que cela aiguise la concurrence entre les établissements (…).

Si un pays comme la France s’est donné comme objectif d’élever sensiblement le pourcentage d’une classe d’âge accédant à un diplôme de l’enseignement supérieur, c’est d’abord parce que notre économie et notre société en ont besoin : former des jeunes au meilleur niveau est un investissement d’avenir. Et il est légitime que cet investissement soit assumé collectivement à travers l’impôt dont une des finalités est de jouer une fonction redistributrice au sein de la société.

JPEG - 75.6 ko
En finir avec les idées fausses sur les fonctionnaires



" En finir avec les idées fausses sur les fonctionnaires et la fonction publique" Bernadette Groison, Editions de l’atelier.
En vente sur le site :
http://www.librairie-renaissance.fr...

Partager cet article
Repost0
3 décembre 2014 3 03 /12 /décembre /2014 16:58

TEXTE REPRIS SUR
BANDERA ROSSA 

Samedi 29 novembre 2014

                                                                  source:Recherches internationales


 par Michel ROGALSKI

 

 

 

 

 

 

 

 

Il est vrai qu’une diplomatie ne peut s’inverser en quelques semaines tant il y va de la continuité de l’État et des engagements souscrits. Mais à mi-parcours d’un mandat présidentiel, la marque nouvelle a pu et dû s’imprimer et le sillon se tracer, être compris et pris en compte par la communauté internationale attentive aux nouveaux signaux d’un pays qui reste encore l’une des principales puissances de la planète et dont la diplomatie a rarement été isolée. Un pays dont les atouts, façonnés par l’histoire, ne sont pas mince. Ancien empire colonial sur lequel le soleil ne se couchait jamais, partie prenante du côté des vainqueurs de deux conflits mondiaux, détenteur de l’arme nucléaire et donc assurée de la pérennité de son siège permanent au Conseil de sécurité, dotée d’une langue largement partagée dans le monde, et enfin grande puissance maritime par l’étendue de ses côtes, la France est un pays qui compte encore sur la scène mondiale même si elle ne fait plus jeu égal avec l’Allemagne en Europe, continent lui même en déclin relatif.

La diplomatie française a une histoire dont les sinuosités ont ciselé autant de phases et de repères marquants. Elle doit faire face à un ensemble de grands dossiers qui structurent le monde et dans lesquels elle est impliquée et qui constituent autant d’occasions d’imprimer sa marque. Il est d’usage de l’évaluer à l’aune de ces grands traits en prenant la mesure des inflexions réalisées.

 

Pour nous en tenir au cadre de la V° République, la présidence actuelle fait suite à celles de De Gaulle, Giscard d’Estaing, Mitterrand, Chirac et Sarkozy. Les trois premières ont connu la guerre froide, pas les trois dernières. À l’inverse, seules les trois dernières ont connu les contraintes de la mondialisation et de sa forme accusée, l’intégration européenne. De Gaulle sortit la France de son Empire colonial pour l’insérer dans l’Europe et esquissa une prise de distance d’avec l’atlantisme marqué par une soumission aux Etats-Unis. La parole fut audacieuse – discours de Phnom Penh et du Québec – et les décisions fermes – fermeture des bases de l’Otan et sortie de son dispositif militaire intégré.

 

Malgré sa volonté, Giscard ne put revenir sur l’essentiel de ces orientations sauf à rompre avec les gaullistes, ce que le rapport de forces ne lui permit pas. Il est d’usage de considérer qu’en matière de politique étrangère la continuité fut forte entre Mitterrand et Chirac au point qu’on put parler d’une diplomatie gaullo-mitterrandienne, souvent ramenée, cohabitation oblige, au consensuel Hubert Védrine.

 

Toute autre fut la phase incarnée par Sarkozy qui, au delà de son agitation centrée sur l’événement, marqua un retour vers un atlantisme décomplexé et un goût prononcé pour les expéditions guerrières inspiré par un droit-de-l’hommisme douteux et générateur de chaos. En fait, son atlantisme consistait à faire retour dans le giron du monde occidental, alors même que la guerre froide était terminée.

C’est dans un tel contexte que François Hollande, avec ses prérogatives de chef d’État, prend en charge la diplomatie française. Allait-il renouer avec le consensus gaullo-mitterrandien du rapport aux États-Unis– alliés, mais pas soumis –, continuer le nouveau sillon tracé par le prédécesseur ou imprimer sa marque esquissée par les points programmatiques de sa campagne et attendue par ses électeurs ?

Aucune inflexion marquante ne fut prise. Par défaut le pire fut donc choisi !

Oubliées les quelques vagues promesses de campagne ou de postures adoptées lorsqu’il était dans l’opposition. Car sur l’essentiel l’inflexion sarkozyste fut préservée et délibérément assumée au point même d’aller demander non sans malice à Hubert Védrine de rédiger un Rapport expliquant que tous comptes faits il y avait plus d’avantages à continuer à rester dans le commandement militaire de l’Otan, inflexion adoptée par Nicolas Sarkozy, qu’à revenir à la posture traditionnelle de la France.

Exit donc la position développée par François Hollande, alors parlementaire de l’opposition, et qui déclarait à l’Assemblée nationale lors d’une motion de censure débattue en 2008 : « Ce retour vers l’Otan n’est pas simplement contraire aux intérêts de la France et même de l’Europe, il est aussi contradictoire avec la stabilité du monde. Car la décision du Président de la République intervient au moment où l’Otan change d’identité. »

 

Au lieu de tout cela, il faut évidemment sortir de l’Otan qui depuis la fin de la guerre froide n’a plus de raisons d’être sinon de permettre aux états-Unis d’exercer leur emprise sur ses membres et les pousser en situation de servitude volontaire. Il convient également d’exiger la dissolution de l’Otan devenue anachronique et d’en tirer toutes les conséquences en matière de désarmement et de lutte contre la prolifération nucléaire.


Sur l’Europe, le cap fut par ailleurs très vite tranché. Les velléités, un temps envisagé, de renégocier le Traité « Merkozy » se transformèrent en codicille sur la croissance mais sans portée obligatoire. Ligotée, la France ne put donc prendre la tête d’une coalition anti-austéritaire et dut au contraire très vite sous diktat de Bruxelles s’appliquer les pires mesures régressives.

L’ambition de campagne proclamée de peser sur les modalités de la construction européenne s’est évanouie et la France se retrouve sans voix originale pour peser en Europe, alors que sa nécessité est d’une urgence criante.

 

Au moment du scandale LuxLeaks qui révèle les faveurs fiscales accordées depuis des années par le Luxemburg à des centaines de firmes multinationales leur permettant de spolier leur État d’origine, Pierre Moscovici vole au secours de Jean-Claude Juncker responsable de la dérive fiscalo-maffieuse de son pays dont le coût est évalué à 1000 milliards d’euros par an. Michel Sapin aurait là beau jeu de faire valoir les rentrées fiscales perdues par la France à cause du paradis fiscal luxembourgeois. Et en alléguant combien ces pertes fiscales ont contribué à la montée de l’endettement aujourd’hui reproché, la France pourrait solidariser avec elle bon bon nombre de pays européens également touchés et soumis à des politiques régressives et des hausses d’impôts.

Mais pour prendre une telle posture, encore aurait-il fallu donner corps aux propos de campagne laissant croire que « mon adversaire c’est la finance ». Pourtant les occasions furent nombreuses de le réaffirmer. Passons sur les visites à Londres du Président Hollande puis de son Premier ministre pour rassurer les financiers de la City, puis les patrons. La vraie lutte contre la finance commençait en France même pour réguler le secteur bancaire. Les engagements de campagnes avaient été prometteurs.

 

Une nouvelle loi devait séparer les activités bancaires de dépôt de la clientèle des activités de marchés où la banque engageait de façon risquée ses propres capitaux. Mais dans ce domaine la timidité a été de mise. Seuls à peine 1 ou 2 % des activités des grands groupes français sur les marchés de capitaux se trouveront concernés par la « loi de séparation et de régulation bancaire » adoptée en juillet 2013.

 

C’est une séparation qui ne coupe pas dans le vif et laisse à la finance tout loisir de continuer, avec l’argent du public, ses pratiques. Dans la même lignée, la France agit dans le cadre européen pour limiter le champ d’action de la « taxe Tobin » sur les transactions financières.


L’attitude du gouvernement français à propos de l’amende infligée par les autorités américaines au groupe BNP-Paribas a été révélatrice. Surtout ne pas parler du fond – du rôle du dollar et de la souveraineté nationale – ou de la leçon – le politique peut contraindre la finance - mais marchander et plaider l’indulgence ou le risque systémique afin d’atténuer la peine pour la rendre « raisonnable », tel fut le propos confus de nos dirigeants partagé en cela par les principaux commentateurs et faiseurs d’opinion.

Seul positionnement possible pour tous ceux rassemblés à l’unisson autour du respect de la finance et de l’allégeance aux États-Unis. La banque a payé – 9 milliards de dollars – et a dû s’acquitter de très lourdes peines annexes. En silence ! La profession qui ne manque pas de relais a fait profil bas. Car ce que tous ont voulu cacher c’est que la donne avait changé aux États-Unis depuis la crise de 2008. Les sanctions pleuvent en cascade sur les banques et institutions financières.

 

L’administration est sans pitié et les pénalités se négocient. Les établissements financiers ayant joué un rôle central dans l’affaire des subprimes ont déjà dû débourser plus de 100 milliards de dollars de pénalités ou de dédommagements à leurs victimes. C’est le politique qui est aux commandes et aucune position établie aussi respectable soit-elle, financière ou industrielle, ne semble pouvoir résister à un État qui ne badine pas et qui entend que les règles édictées soient respectées.

C’est bien ce message que nos dirigeants politiques, Medef et commentateurs associés ont surtout cherché à ne pas entendre. Car cela pourrait donner des idées. Imposer de quelques milliards nos établissements financiers pour quelques infractions vraisemblables et les faire ainsi abonder au budget de l’État qu’ils ont contribué à déstabiliser eut été une leçon raisonnable de ce qui se passe outre-Atlantique que l’on tient pour notre Mecque.


L’affaire de la NSA révélée par le courageux Edward Snowden a montré au monde entier que les états-Unis s’étaient lancés dans un vaste programme d’interception des communications téléphoniques et informatiques à l’échelle du monde sans aucun discernement entre pays amis ou ennemis. Toutes ces révélations dévoilent l’ampleur du processus coopératif qui a accompagné la mise en œuvre de ce vaste réseau de surveillance.

Certes, il profitait essentiellement aux états-Unis, mais grâce à la complicité des dirigeants des pays qui se présentent aujourd’hui comme des victimes. L’attitude de la France ne fut pas glorieuse. Avec l’Italie, l’Espagne et le Portugal, elle interdit, sur injonction américaine, le survol de son territoire de l’avion du Président bolivien Moralès suspecté de transporter Edward Snowden. Bloqué en Autriche l’avion fut fouillé. France en tête, les gouvernements européens ne peuvent pas prétendre avoir été bernés, car tous leurs abandons ont été consentis.

Dos au mur, il leur faut faire oublier qu’ils ont accepté que des millions de données personnelles concernant leurs citoyens aient été livrés aux Etats-Unis, en échange d’une réciprocité dérisoire. Circonstances aggravantes pour la France, quant on sait que cet espionnage se faisait en large partie à travers le contrôle de câbles sous-marins par lesquels transitaient toutes ces opération et que le fleuron industriel français qui les construisait – Alcatel – a été fusionné avec … la société américaine Lucent.


Dans ses rapports avec le monde en développement, à l’exception de la séquence sarkozyste, la France a toujours eu la volonté de sortir de son statut de pays occidental et d’adopter une attitude spécifique et indépendante et de miser sur une politique de coopération et de co-développement. Elle pouvait s’appuyer pour ce faire sur sa langue partagée, des amitiés solides dans son ex-empire et des positions remarquées et courageuses vis-à-vis des engagements américains aussi bien au Vietnam qu’en Irak. Ce capital diplomatique, dilapidé notamment par l’opération libyenne de Sarkozy, n’a pas été regagné par la diplomatie actuelle.

 

Qu’on en juge ! Trois premières années de mandat présidentiel, trois guerres : Mali, Centrafrique, coalition anti-Daech en Irak. Quatre avec la Syrie, si les États-Unis et la Grande-Bretagne n’avaient pas été plus sages que nous. Trois guerres décidées dans l’urgence et la précipitation, sans plan d’action à long terme, sans objectifs politiques précis voire atteignables par le seul engagement militaire. Tout annonce bourbiers, enlisements voire revirements de nos alliés.

Le sens de ces engagements – la lutte contre l’islam radical parfois habillé de l’étiquette « terrorisme » - est brouillé par des actes qui l’ont encouragé – l’intervention en Libye - ou par un jeu d’alliances incohérent avec des États comme le Qatar, l’Arabie saoudite, voire la Turquie reposant plus sur des intérêts circonstanciels où les armes, le pétrole, la finance pèsent plus qu’un partage d’objectifs communs. Sur l’Iran, la Syrie et le conflit israélo-palestinien, à côté de la France, Barack Obama fait figure de modéré et nous apparaissons comme ses neocons.

Bref, dans notre engagement atlantiste et occidental, nous ne suivons pas, nous précédons et nous mettons de l’huile sur le feu. Nous avons tout fait pour faire capoter il y a un an les négociations des 5+1 avec l’Iran en rajoutant conditions supplémentaires là où un compromis avait déjà été trouvé et permettait de mettre en place une séquence équilibrée – arrêt de l’enrichissement de l’uranium contre baisse du niveau de l’embargo – permettant la poursuite des négociations dans un climat plus détendu.

 

Sur Israël notre pression est insignifiante quand elle n’est pas encouragement ou compréhension publiquement affichée comme lors du conflit avec Gaza l’été dernier. Même sur le principe de la reconnaissance internationale de l’État palestinien, notre volonté de la lier au niveau des progrès de la négociation entre les deux parties nous fait apparaître à la remorque des déclarations de Madame Frederica Mogherini, nouvelle responsable de la diplomatie européenne.


Depuis quinze ans l’Amérique latine bouge. Un tournant à gauche y prend corps. Que Sarkozy l’ait ignoré était dans l’ordre des choses, mais que la diplomatie d’Hollande y soit moins attentive que celle de Chirac doit alerter. Il faut y voir le poids de l’Internationale socialiste. En effet partout ces changements se sont effectués contre des régimes militaires ou des équipes liées à l’IS dont la politique dans la région avait toujours été inféodée à la politique du grand voisin du nord.

Ces équipes se sont retrouvées souvent marginalisées dans ces processus populaires et ont pour le moins perdu en influence dans le continent. Tout a été tenté pour déconsidérer et affaiblir ces tournants à gauche. De l’utilisation de Lula – ratée – contre Chávez à la désignation de ces régimes comme « populistes ». Cette politique française vis-à-vis de l’Amérique latine est aujourd’hui incompréhensible et déroute les forces qui là-bas sont dans une autre attente.

En matière de diplomatie, Guy Mollet est bien de retour.

 

MICHEL ROGALSKI
 

 

Directeur de la revue Recherches internationales

Partager cet article
Repost0
3 décembre 2014 3 03 /12 /décembre /2014 14:44
À l’école du consensus : la formation d’une élite syndicale européenne

On sait peu de choses des syndicalistes qui représentent les salariés auprès de l’Union Européenne. De loin, tout semble feutré et peu conflictuel. Qu’en est-il? Comment est formée cette élite syndicale? Qu’apprend-elle pour militer à côté des représentants patronaux ?  Voyage au cœur de la Confédération européenne des syndicats (CES), à partir d’un extrait de l’ouvrage collectif coordonné par Nathalie Ethuin et Karel Yon, La Fabrique du sens syndical : la formation des représentants des salariés en France, éditions du Croquant, qui vient de paraître.


La Confédération européenne des syndicats (CES) représente depuis 1973 les travailleurs auprès des institutions de l’Union européenne. « Partenaire social » dans le cadre du dialogue social européen, elle est fortement intégrée au fonctionnement de l’Union européenne[1], ce qui se traduit parfois par des tensions entre ses membres qui ne partagent pas tous la même culture ni les mêmes positions syndicales. Il suffit de rappeler que, pour la France, la CFDT, la CFTC, la CGT-FO, la CGT et l’UNSA sont membres de la CES pour mesurer cette hétérogénéité.


La formation syndicale européenne, qui se développe dans les années 1990 avec le renforcement institutionnel du Dialogue social européen et le soutien de la Commission européenne, pourrait sembler l’instrument privilégié pour promouvoir une ligne commune. Pourtant, son objectif n’est pas tant de gommer les différences entre confédérations que, selon le fondateur de l’Académie syndicale européenne, de développer « une identité syndicale européenne », avec le projet de « faire en sorte que la dimension européenne soit prise en considération, à tous les niveaux, dans la formation syndicale[2] ». Mais que signifie cette dimension européenne ? S’agit-il pour la CES d’enrôler les syndicalistes des différentes organisations membres et d’en faire des défenseurs du projet européen ? S’agit-il de produire et de transmettre des savoirs relativement neutres sur les institutions européennes, de diffuser des savoir-faire et des savoir-être spécifiques au fonctionnement de l’espace politico-institutionnel ? Ou l’objectif est-il de travailler à l’internationalisation de positions et de relations sociales ? […]

La « conscience culturelle » au cœur du projet de formation

Si la coordination d’ensemble de la formation repose sur l’investissement d’un petit noyau d’Européens triés sur le volet, ces derniers ne peuvent assurer toute la formation de l’ETUI. L’ETUI s’efforce d’envoyer un euroformateur dans chaque stage européen, mais le développement de la formation européenne repose sur la constitution d’un vivier plus large. Une grande partie des stages vise ainsi à constituer un réseau d’euroformateurs (il existe des stages de base et des stages de deuxième niveau) qui, à partir de leur organisme de formation national, pourront participer à l’orga­nisation et à l’animation de stages européens, et « démultiplier » l’activité de formation européenne dans leur pays.


Alors que l’ancienneté de l’inscription dans le champ syndical européen et l’exposition longue à des expériences internationales diversifiées soudent les « pionniers », les stages pour euroformateurs s’adressent à des formateurs de différentes organisations syndicales nationales, qui n’ont généralement aucune expérience du travail européen et qui ont été envoyés en stage européen pour ensuite pouvoir participer à des activités de formation européenne. Ces stages pour euroformateurs condensent les principes de la pédagogie européenne de l’ETUI, dont les postulats sont résumés dans une brochure distribuée avant le stage. Le premier tient dans l’importance des obstacles culturels à la coopération syndicale : « Une des caractéristiques des stages réalisés par l’ETUI repose sur le fait qu’ils réunissent des participants issus d’organisations différentes et que, par-delà les différences linguistiques existantes, d’autres phénomènes liés à des cultures d’appartenance ou d’organisation influent fortement sur les attitudes et les comportements des participants. Le rôle de l’euroformateur est de bien prendre en compte ces différences et de les surmonter[3]. » Le deuxième postulat est celui d’une « résistance au changement » et d’une « inquiétude » des participants qu’il faut rassurer.


Le guide préparatoire au stage détaille longuement la définition et les composantes d’une culture et les modes d’influence des cultures sur les groupes syndicaux transculturels européens. Il y est question notamment de l’influence des structures familiales, des systèmes politiques, des valeurs sociétales et du rapport à la masculinité ou au temps.


Le stage proposé aux futurs euroformateurs est consacré aux modalités des rencontres transculturelles. Le syndicalisme européen est quasiment absent des cinq jours de formation. Ces stages s’inspirent fortement des programmes de « communication interculturelle » destinés notamment aux managers, qui reposent sur l’idée selon laquelle les variations culturelles de perception sont la cause des malentendus entre les personnes de nationalités différentes. Les nationalités sont associées à des cultures spécifiques et distinctes les unes des autres. Les relations entre les stagiaires sont érigées en relations « interculturelles » qui doivent familiariser les participants avec les différentes cultures. Toute une série d’exercices vise à « augmenter la conscience culturelle ». Ainsi, lors d’un stage d’euroformateur à Budapest, la première journée est consacrée à la « sensibilisation culturelle », déclinée en différentes « tâches » : « Pendant le trajet vers votre hôtel, faites attention au comportement des gens que vous rencontrez ou observez. Regardez partout et rappelez-vous des éléments culturels significatifs qui sont différents de ceux auxquels vous êtes habitués. Faites une liste de tout ce qui vous semble différent de ce que vous auriez pu trouver dans votre pays. Comment ressentez-vous ce que vous avez observé[4]»


Les visites culturelles sont destinées à « familiariser les apprenants avec le folklore, la musique ou les spécialités culinaires typiques du pays ou de la région », afin de « développer la conscience de la culture du pays d’accueil ». Réciproquement, les participants sont invités à présenter aux autres leur propre culture au moyen d’un exposé dont l’intitulé est : « Présentez aux autres participants votre propre culture, quelques-unes de ses caractéristiques. » Chaque stagiaire doit faire partager une spécialité gastronomique qu’il a rapportée de son pays. Sont ainsi mises en scène des représentations relativement stéréotypées des cultures nationales, avec un accent sur leurs dimensions les plus consensuelles.


Dans la droite ligne des programmes de formation interculturelle pour managers, l’accent est mis, moins sur les cultures en elles-mêmes, que sur leur « interface fonctionnelle », c’est-à-dire sur les sources des malentendus les plus fréquents lors des rencontres entre des représentants de cultures différentes : les façons de saluer, de se présenter, la gestuelle, les codes de sociabilité. De manière surprenante dans ces univers syndicaux, les conflits et les clivages internes aux sociétés sont absents des représentations des identités nationales. Les exercices encouragent des stratégies de présentation de soi particulières, comme représentant d’un pays et d’une culture. Plusieurs enquêtés nous ont communiqué leurs notes de cours, qui donnent à voir la perplexité de certains stagiaires. Un syndicaliste de la CGT écrit ainsi : « Comment définir la culture de mon pays ? Question à laquelle je n’ai jamais pris le temps de réfléchir. » La suite de ses notes démontre sa volonté de retraduire la demande à partir de catégories syndicales et militantes : il rédige finalement trois pages de texte, organisées autour de la présentation de deux valeurs françaises « centrales » : la lutte pour la conquête de nouveaux droits sociaux et la tradition de terre d’accueil. […]


Cette recherche du consensus est bien une option en elle-même, assez éloignée des pratiques de certaines organisations syndicales, comme l’observe en plaisantant un militant de la CGT : « On apprend le consensus. C’est nouveau pour nous, ça ne nous fait pas de mal ! » Les notes de cours d’un autre militant CGT, sous forme d’introspection, sont révélatrices du travail sur soi nécessaire pour se plier à cette discipline du consensus.« Savoir être minoritaire. Ne pas bloquer le travail collectif. Donner mon apport pour étayer ce que le groupe décide et non guerre de tranchées. Ne pas rester figé sur ma position. Difficile de rentrer dans autre logique. » On retrouve en filigrane des couples d’opposition « bloquer/avancer, guerre/paix, figé/souple » qui sont révélateurs des systèmes de valeur du syndicalisme européen et plus généralement des promoteurs de la « modernité ».


Les qualités des euroformateurs sont décrites dans des registres très personnalistes, empruntant à la fois à la psychologie et à la morale : ceux-ci doivent faire la preuve de leur « tolérance », « ouverture », de leur capacité à « écouter l’autre », à « respecter la différence ». Il s’agit de développer des compétences qu’on peut qualifier de « diplomatiques » au sens goffmanien de savoir-faire et de qualités relationnelles qui permettent la réussite des interactions les plus risquées.


L’apprentissage de ces savoir-faire diplomatiques passe par l’initiation aux codes spécifiques des rencontres européennes. Découvrant une ville nouvelle, logés dans des conditions luxueuses (« Un hôtel comme je ne pourrai jamais m’en payer de ma vie. »), les stagiaires expérimentent le standing européen et, également, les codes du travail en plusieurs langues. Équipés de casques et de micros, ils doivent apprendre à utiliser ce moyen de communication qui oblige à parler lentement, à éviter les formes de communication non verbales, les allusions ou les sous-entendus qui disparaissent lors de la traduction, à laisser passer le temps de la traduction avant de reprendre son argument, bref à adopter un mode de communication policé et formel qui rompt avec les pratiques des échanges entre syndicalistes d’un même pays. […]

Une formation accélérée d’élites européennes

L’accent sur les différences culturelles, l’organisation systématique de groupes de travail, l’injonction morale à « travailler ensemble » pourraient s’analyser comme visant à transmettre, d’une manière accélérée et concentrée, des ressources et des dispositions qui, dans les classes supé­rieures, sont acquises par une familiarité ancienne avec une culture internationale et souvent consacrées scolairement par des diplômes ou filières internationales prestigieuses. En dotant les syndicalistes de bribes de cette espèce spécifique de capital culturel international (au sens de compétences linguistiques et de compétences d’interaction) qui ne s’acquiert que par l’expérience sociale des interactions avec d’autres nationalités et qui conditionne l’accumulation et la gestion d’un capital social européen, les formations syndicales cherchent à forger une nouvelle élite syndicale transnationale.


Le stage « futurs leaders européens » est explicitement organisé autour de cet objectif. Présenté comme le « produit phare de l’institution », il forme les futurs cadres de la CES et les responsables européens : un cinquième des membres du comité exécutif de la CES, selon le directeur de l’ETUI, en aurait bénéficié. Ce sont les organisations syndicales nationales qui choisissent des « jeunes » syndicalistes destinés à prendre dans l’avenir des responsabilités européennes. Le stage « futurs leaders » est organisé conjointement par l’ETUI et deux organisations syndicales de deux pays, animé par des euroformateurs ayant suivi le stage de niveau 2 et par un formateur de l’ETUI. Il se déroule en trois périodes d’une semaine, dont la seconde a lieu à Bruxelles et les autres dans deux pays. La première semaine présente les structures syndicales européennes et le syndicalisme des différents pays européens, avec des sessions sur les systèmes de représentation des travailleurs, les modèles de négociations collectives et des cours de langues. Des équipes « multiculturelles » sont formées pour travailler durant la semaine puis à distance sur différents dossiers européens. La deuxième semaine, à Bruxelles, porte sur les institutions européennes avec des visites de la Commis­sion, du Parlement, de la CES et des fédérations syndicales européennes. La troisième semaine, dans un autre pays, présente les positions de la CES et organise une simulation de congrès au cours duquel les stagiaires proposent des résolutions. Il s’agit bien de transmettre, non seulement la connaissance des dossiers européens, mais aussi l’expérience sociale d’un travail européen et d’initier, au moyen de jeux de rôles, aux manières de faire et aux catégories mentales des dirigeants européens. Un formateur présente les qualités en termes de « savoir être » qui sont attendues de cette année de formation : « l’esprit démocratique, la tolérance, la vision participative, la capacité à être constructif ».


Ces formations procurent des gratifications personnelles et symboliques non négligeables. Elles donnent lieu à un diplôme portant le sigle de la CES et de l’Union européenne, souvent affiché dans le bureau des enquêtés au côté de « photos de classes », souvenirs de ces stages. De la formation, de nombreux stagiaires espèrent une reconversion dans les activités européennes. Ils évoquent dans les entretiens leur goût pour « l’aventure », leur curiosité, leur horreur de la routine et leur appétence pour la nouveauté, dressant un autoportrait en adéquation avec les dispositions promues par l’ETUI.


La formation est dès lors présentée explicitement comme le moyen d’une promotion syndicale et sociale. Dans le cadre d’un projet financé par la Commission européenne, un groupe de travail réunissant syndicalistes et universitaires[5] a constitué un « passeport européen de compétences syndicales », répertoriant ces compétences selon des référentiels communs. Ce passeport doit favoriser, à terme, la reconversion des personnes ayant exercé des responsabilités syndicales européennes qui voudraient engager une validation d’acquis de l’expérience. Trois éléments sont pris en compte : les titres et diplômes détenus par les responsables syndicaux, leur expérience euro­péenne et les formations syndicales suivies. L’objectif est de parvenir à une labellisation de la formation syndicale à l’échelle européenne. On assiste ainsi à un processus de consolidation et d’institutionnalisation d’un capital culturel européen nouveau, constitué d’expériences et de forma­tions syndicales. […]


L’analyse des stages européens tels que les conçoit et les assure l’Institut européen de formation syndicale montre bien la double gageure de cette formation. D’un côté il s’agit de fournir aux syndicalistes des savoirs et des savoir-faire jugés indispensables pour agir au mieux dans un contexte transnational. À cet égard, les formations syndicales permettent de compenser différentes formes de dépossession des syndicalistes face aux employeurs et à leurs représentants : maîtrise de l’anglais, constitution et entretien d’un réseau social international, capacité à penser en dehors de cadres nationaux. Comme pour les autres formations syndicales, on a bien affaire à une forme de « rattrapage » scolaire. D’un autre côté, ces formations européennes visent à « européaniser » les syndicalistes et leurs pratiques, ce qui implique à la fois une redéfinition du syndicalisme et une sélection des syndicalistes. S’adressant en priorité à ceux qui sont déjà impliqués dans des fonctions internationales ou à ceux destinés à être de « futurs leaders », la formation européenne reste une formation à destination d’une petite élite syndicale, en particulier parce que les compétences requises sont d’abord des compétences sociales que les formations syndicales, de courte durée et très épisodiques, ne permettent pas d’acquérir.

 

Hélène Michel et Anne-Catherine Wagner.


Extraits de Nathalie Ethuin et Karel Yon (coord.), La Fabrique du sens syndical : la formation des représentants des salariés en France, éditions du Croquant, 2014

 

[1] Voir Gobin (C.), L’Europe syndicale. Entre désir et réalité. Essai sur le syndicalisme et la construction européenne à l’aube du xxie siècle, Bruxelles, Labor, 1997 et Wagner (A.-C.), Vers une Europe syndicale, Bellecombe-en-Bauges, Éditions du Croquant, 2005.

[2] Bridgford (J.), « Une dimension européenne pour la formation syndicale », Éducation permanente, n° 154, 2003, p. 179-187.

[3] Document préparatoire au stage d’euroformateurs niveau 1, Dubrovnik, 24-29/05/2010.

[4] Stage euroformateur niveau 1, Budapest, mars 2010.

[5] Piloté par l’Institut d’études sociales de l’université de Grenoble, le réseau regroupe des chercheurs, spécialistes du syndicalisme ou travaillant dans des centres de recherches syndicaux, de plusieurs pays européens (Grande-Bretagne, Italie, Portugal, Hongrie).

 

source : terrains de lutte

Partager cet article
Repost0

Articles RÉCents