Un référendum d’autodétermination se tiendra le 4 octobre 2020 en Kanaky/Nouvelle-Calédonie dans le cadre de l’accord de Nouméa de mai 1998 qui avait engagé ce territoire dans un processus de « décolonisation dans la République ». Il fait suite à celui organisé en 2018 où le non ne l’a emporté qu’avec une majorité de 57 %, qui a montré une nette progression du oui en faveur de la question posée : « Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ? ». Conformément à l’accord de Nouméa, un troisième et dernier référendum pourra avoir lieu dans les deux années à venir si le non l’emporte à nouveau en 2020. À la veille de ce deuxième référendum, la chercheuse au CNRS Isabelle Leblic fait le point sur cette consultation qui représente une étape importante dans l’histoire de la Kanaky/Nouvelle-Calédonie.
La Kanaky Nouvelle-Calédonie a rendez-vous avec l’histoire
par Isabelle Leblic, chercheuse au CNRS. Source
Petit rappel historique
Depuis la fin du régime de l’Indigénat en 1946, les Kanak, devenus citoyens français, sont entrés dans la vie politique de Nouvelle-Calédonie avec l’Union calédonienne qui est resté majoritaire jusqu’en 1963 avec une population à plus de 50 % de celle du territoire jusqu’en 1956. Depuis 1975, l’indépendance a été mise à l’ordre du jour par des groupes tels que le Palika, le Fulk, etc. et l’Union calédonienne (UC) a suivi le mouvement à son congrès de Bourail en 1977. Cela fait donc bientôt 50 ans que le mot d’ordre d’indépendance est très largement partagé par la population kanak, peuple autochtone de Nouvelle-Calédonie.
Avant cela, en 1958, la Nouvelle-Calédonie avait voté massivement pour approuver la nouvelle constitution pour rester dans l’Union française, avec des garanties données par le gouvernement à l’UC pour garder la première large autonomie administrative qui avait été donnée au territoire avec la loi cadre du 23 juin 1956 dite « loi Defferre », applicable par son décret du 22 juillet 1957. Et plus qu’une simple décentralisation administrative, ce statut est le premier à reconnaître la dignité des Kanak et la capacité à se gérer eux-mêmes [1]. Mais cette promesse donnée, comme toutes les autres d’ailleurs par la suite, ne sera pas tenue et l’autonomie fut confisquée dès 1963 avec la réduction des compétences territoriales puis par les lois Billotte de 1969 qui ont accentué cette confiscation en renforçant le poids local de la métropole coloniale. 1963 est aussi la première année où les Kanak n’ont plus la majorité absolue dans la population calédonienne.[...]
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