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ACTION COMMUNISTE

 

Nous sommes un mouvement communiste au sens marxiste du terme. Avec ce que cela implique en matière de positions de classe et d'exigences de démocratie vraie. Nous nous inscrivons donc dans les luttes anti-capitalistes et relayons les idées dont elles sont porteuses. Ainsi, nous n'acceptons pas les combinaisont politiciennes venues d'en-haut. Et, très favorables aux coopérations internationales, nous nous opposons résolument à toute constitution européenne.

Nous contacter : action.communiste76@orange.fr>

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Humeur

Chaque semaine, AC attribue un "roquet d'or" à un journaliste qui n'aura pas honoré son métier, que ce soit par sa complaisance politique envers les forces de l'argent, son agressivité corporatiste, son inculture, ou sa bêtise, ou les quatre à la fois.

Cette semaine, sur le conseil avisé de la section bruxelloise d'Action communiste, le Roquet d'Or est attribué  à Thierry Steiner pour la vulgarité insultante de son commentaire sur les réductions d'effectifs chez Renault : "Renault fait la vidange"...  (lors du 7-10 du 25 juillet).


Vos avis et propositions de nominations sont les bienvenus, tant la tâche est immense... [Toujours préciser la date, le titre de l'émission et le nom du lauréat éventuel].

 

 
22 décembre 2013 7 22 /12 /décembre /2013 23:28

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Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Ce qui se passe en Italie ne peut qu’attirer notre attention. Un mouvement parallèle aux « bonnets rouges », dans un contexte analogue, enraciné dans une même exaspération collective, une même récupération patronale, une même faillite des organisations de classe.



De quoi les « Forconi » sont-ils le nom ? Un mouvement de classe, peut-être mais de quelle classe. Une vague anti-système « spontanée » mais pourtant si bien organisée. Une impulsion de masse à la caractérisation difficile : entre jacquerie et poujadisme, populisme a-politique et proto-fascisme.

Derrière les étiquettes simplistes, il convient de revenir sur la base (et la direction) de classe du mouvement, les intérêts qu’il sert et la place qu’il occupe dans le système.

 

La base de classe du mouvement des « Forconi »  : un mouvement de la petite-bourgeoisie désemparée

 

La base de classe du mouvement s’ancre dans une petite-bourgeoisie traditionnelle, écrasée par la crise, engagée dans une « révolte anti-fiscale »  : chauffeurs routiers, petits commerçants et artisans, agriculteurs et éleveurs.

Une fronde aux accents de jacquerie et de poujadisme à l’italienne, avec la même explosion de colère confuse contre le pouvoir central, l’Etat, les taxes, les « politiques ».

Anti-parti, anti-politique, anti-Etat, c’est le triptyque du mouvement basé sur un rejet populiste de la transformation sociale par l'organisation  : « tutti a casa » (Qu’ils s’en aillent tous), « non ce le facciamo piu » (on nous la fait plus) sont les slogans qui reviennent dans le mouvement.

 

Une « révolte » qui a pris aussi progressivement un caractère de plus en plus anti-européen mais nationaliste, la référence omniprésente à la « nation », aux « trois couleurs » gomme tout antagonisme de classe, sert d’alternative vague aux affiliations partisanes ou idéologiques.

Ce mouvement est parti début 2012 en Sicile d’une série de blocages routiers organisés par les chauffeurs routiers, suivis par les agriculteurs, avant de s’étendre à la fin de cette année à toute l’Italie, à partir d’une manifestation nationale le 9 décembre.

A Naples, Turin, Milan, Parme, Bari, du nord au sud, toute l’Italie a été touchée par la vague des « Forconi». Les cortèges urbains ont été remplis de jeunes chômeurs, de marchands ambulants, mais aussi d'étudiants de jeunes travailleurs – souvent infiltrés par des groupes d'extrême-droite comme « CasaPound » ou « Forza nuova », présents parmi les jeunes des quartiers populaires.

C’est par cette alliance entre une petite-bourgeoisie rurale en déclin mais fortement organisée, et d’un lumpen prolétariat urbain agité mais sans direction claire que les « Forconi » ont pris forme.

 

Il serait par ailleurs naïf de penser que le mouvement est né « spontanément ». Tant dans les villes, avec les centres sociaux, les groupes de supporters ultra que dans les campagnes, avec les puissants syndicats catégoriels, le mouvement est fortement encadré et organisé.

 

Qui est derrière le mouvement  ?

Les mains des franges les plus réactionnaires du patronat

 

Pour comprendre le mouvement des « Forconi », il faut saisir ceux qui en sont à l’origine, l’encadrent et l’instrumentalisent. Ce sont des organisations incarnées par des personnages pas du tout « a-politiques », avançant leurs intérêts dans la confusion générale.

 

D’abord, ce sont des syndicats (patronaux) catégoriels – proche de la droite extrême. Loin de souhaiter un affrontement général, il s’agit de faire du lobbying et du chantage auprès de l’Etat pour obtenir des « allégements de charge  », des avantages fiscaux

C’était la perspective des syndicats de chauffeurs routiers et agriculteurs siciliens  : obtenir une baisse des taxes sur les carburants (tout en bénéficiant des subventions publiques  !). Sur la satisfaction de cette revendication, les chauffeurs routiers ont déjà arrêté le mouvement.

Les leaders syndicaux n’ont rien de neutre. Du côté des routiers, Salvatore Bella, leader d’AITRAS (Association italienne des transporteurs siciliens) est un ancien de Forza Italia, le parti de Berlusconi, le « Mouvement autonome des transporteurs » se revendique de … l’Aube dorée grecque  !

 

Parmi les syndicats agricoles, les liens avec les mouvements d'extrême-droite sont étroits.

Azione Rurale est l'héritière de la branche « agricole » de l’ex-parti fasciste Alleanza Nazionale  ; les « COBAS du lait » sont réputés pour leurs liens avec la Ligue du nord, tandis que la Ligue pour la terre est l’émanation du groupuscule néo-fasciste, « Force nouvelle » (FN). Tout un programme.

 

Ensuite, ce sont des leaders «  autonomistes » et pro-européens qui pilotent le mouvement. Si la base reprend des slogans anti-européens, nationaux, les directions sont tentées par la révolte autonomiste, quasi-féodale, intégrée à une « Europe des régions ».

En premier lieu la « troika » dirigeante  : le propriétaire agricole latin Danilo Calvani (venu à Rome rencontrer les manifestants en jaguar!), l'artisan-menuisier vénitien Luca Chiavegato et le gros agriculteur sicilien Mariano Ferro.

Ainsi, le leader du mouvement au Nord, Luca Chiavegato est un militant indépendantiste vénitien, européiste, fondateur du mouvement LIFE (les Libres entrepreneurs fédéralistes européistes !) dont le drapeau reprend le drapeau de la Vénétie et celui de l'Union européenne.

En Sicile, tant Salvatore Bello que la figure du mouvement, Mariano Ferro, sont des cadres de la branche sicilienne (« le Parti des Siciliens ») du « Mouvement pour les autonomies » (MPA), qui a fait une percée spectaculaire aux dernières élections régionales, avec 10 % de voix.

Le « Parti des siciliens », dont Ferro et Bello sont des représentants, est un partenaire historique de la « Ligue du nord », désormais un allié du Parti des libertés de Berlusconi – son fondateur a été condamné dernièrement à 10 ans d'inéligibilité pour liens avec la Mafia, ce qui soulève des questions sur les véritables instigateurs du mouvement des Fourches.

Il suffit de voir le programme des « Forconi » en 2012 pour comprendre son orientation politique  : baisse de la charge fiscale sur les entreprises, rétablir des formes de protectionnisme pour soutenir la compétitivité des firmes italiennes. Un programme clairement des petits et moyens patrons.

 

Le «  fascisme des origines  » ? Un parallèle troublant quoique limité

 

A-t-on affaire à un mouvement proto-fasciste  ? Nombre sont ceux qui appellent au loup – à des finalités politiciennes –, la réalité est à la fois troublante de parallèles historiques, mais elle incite objectivement à la prudence face à de tels rapprochements.

 

Le rejet viscéral de la politique, des partis, syndicats, la seule référence à la nation (les cris « Italia, Italia »), tout comme l’indifférence (le « me ne frego » des fascistes, je m’en fous, proche de celui des Forconi), la haine, la destruction (l’ « anti-tout ») ont formé le terreau du fascisme en Italie.

Déjà, les manifestations dans le nord de l’Italie ont dégénéré en assauts contre les centres de travail de la CGIL au nord du pays, plusieurs librairies se sont retrouvés attaquées, leurs livres incendiés.

 

Le mot d’ordre des « forconi »  : « arrêtons l’Italie » ne doit passer ni par une grève générale ni par le syndicat, mais plutôt dans la collaboration avec les forces de l’ordre, comme ce fut constaté en divers lieux, comme l’appelle de ses vœux un Beppe Grillo.

 Un des leaders du mouvement, Danilo Calvani, a même souhaité la mise en place d’un « gouvernement militaire de transition » à la place du gouvernement en place. Certains avaient appelé à une « marche sur Rome » le 11 décembre, finalement annulée.

 

Tout comme la récupération de thèmes sociaux, voire traditionnellement accolés aux organisations de classe, est typique du fascisme des origines : la critique de l’Europe du grand patronat, la défense de l’emploi industriel, le parti des « petits  » contre les « gros ». 

Le parallèle est troublant jusque dans le choix du symbole. Le fascisme avait repris le « fascio », ce fagot de bois devenu le symbole des syndicats agricoles siciliens début du XX ème siècle, tout comme le mouvement a pris la « forca  », la fourche, typique des jacqueries.

Le parallèle fasciste trouve une résonance dans la faillite de la classe politique italienne, discréditée et impuissante à trouver une « solution normale », à la merci des apprentis sorciers Berlusconi et Grillo, prêts à saborder la « démocratie bourgeoise » pour des aventures populistes incertaines.

 

Toutefois, le parallèle rencontre aussi des limites.

Le mouvement n’a pas encore de centre organisé, il ne rencontre pas une force antagoniste révolutionnaire – contre laquelle le fascisme constitue nécessairement une réaction – enfin, le mouvement est lui-même tiraillé par des contradictions internes.

 

 

La faillite de la « gauche » : protester contre les protestations plutôt que mener des manifestations sur des positions de classe  

 

La responsabilité de la « gauche » italienne dans ce mouvement de colère périlleux est lourde. Les jeux politiciens détestables se multiplient, s’entremêlent, quitte à jeter par-dessus-bord ce qu’il reste de la démocratie italienne.

 

Le PD (Parti démocrate) n’hésite pas à gonfler le mouvement pour pouvoir ensuite se présenter comme un rempart face aux « Forconi » et Grillo  : une gauche « responsable », européiste, libérale face à un mouvement populiste, anti-européen, nationaliste et fascisant.

Même son de cloche du côté de l’aile libérale du Parti des Libertés (PdL), chez un Angelino Alfano ou chez les deux derniers présidents du conseil centristes Mario Monti ou Enrico Letta, soudant l’ « Union sacrée » bourgeoise contre le populisme, peut-être demain avec Matteo Renzi à sa tête, le jeune loup du PD, un ultra-libéral à faire passer Berlusconi pour un modéré  !

 

Mais c’est surtout du côté de ce qu’il reste du mouvement de classe, des organisations révolutionnaires que la faillite est totale.

Les héritiers du PCI – le PdCI et Refondation communiste – sont incapables d’impulser un mouvement social de classe de cette ampleur. Refondation et d’autres lorgnent déjà vers la constitution d’un « Parti de gauche » à l’italienne, nouvelle combinaison politicienne.

 

Du côté du syndicat, la dérive est encore plus tragique.

La CGIL, syndicat de classe historique, a signé un texte commun en octobre dernier avec le patronat (Confindustria) et les syndicats de collaboration (CISL, UIL) réclamant … la baisse du coût du travail par des allégements fiscaux  !

C’est pour masquer cette collaboration ouverte, l’absence totale de mouvement social – si ce n’est la grève du 18 novembre lancée par les syndicats de base de l’USB, notamment dans les transports – que la CGIL tente désormais de se faire entendre dans l’opposition au populisme des « forconi ».

La CGIL, si discrète face à la boucherie patronale, a été prompte à dénoncer légitimement les actes violents de certains manifestants contre les sièges du syndicat, à mettre en garde contre les «  solutions autoritaires  ».

 

Les « Forconi » (tout comme Grillo dans un créneau analogue) jouent ainsi un rôle plaisant pour le système  :

ils permettent de renforcer l' « Union sacrée » contre le fascisme montant ; de faire monter une opposition assimilée à la réaction, et canalisée dans une impasse ; enfin surtout de dévoyer des positions sur l'Union européenne, la fiscalité, le rejet du consensus dominant.



Le mouvement des «  Forconi  » ne se laisse pas facilement analyser, seul l'histoire nous dira de quoi il était porteur. Néanmoins, comme en France, il est révélateur autant des potentialités de la colère populaire que des risques qu'ils portent, ils révèlent surtout le pire que peut receler la liquidation des organisations de classe, révolutionnaires.


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22 décembre 2013 7 22 /12 /décembre /2013 23:10
Au Vénézuéla, le peuple légifère contre Monsanto

Le parlement vénézuélien, selon les médias internationaux, ne serait qu’un “parlement godillot” soumis à un président “qui renforce son pouvoir”. Nihil novi sub sole : les agents occidentaux traitaient déjà Bolivar, il y a deux siècles, de fou assoiffé de pouvoir, comme ils l’ont fait avec Chavez ou avec Maduro aujourd’hui. Pour les Vénézuéliens, élire une majorité de députés de gauche offre pourtant certains avantages : telle la loi du travail anti-néo-libérale – fruit de 19.000 propositions citoyennes  (1), un programme écosocialiste et participatif pour 2013-2019, discuté et approuvé dans tout le pays (2), ou l’augmentation de 40 % du budget social 2014 (3). Mais la démocratie va plus loin : les colonnes néo-classiques et le dôme de pâtissier du vieux Congrès de la République tremblent depuis que le “peuple législateur” use de son droit à faire, défaire, refaire des lois. C’est le cas de la Loi des Semences.


T.D., Caracas, 20 décembre 2013.

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L’histoire est bien connue : le capitalisme planétaire a décidé que chaque semence doit avoir un “propriétaire” et que les semences autochtones du petit paysan qui tente de refuser les pesticides et ces OGM dont il n’a nul besoin, deviendraient illégales dans le pays qui légifèrerait en faveur des grands groupe privés.

Exemples de cette tragédie : en Inde, Monsanto a poussé 284.000 paysans au suicide (4). Syngenta est l’entreprise qui possède le plus de brevets OGM, imposant aux paysans l’usage de semences qui produisent de la nourriture mais ne produisent plus de semences, pour obliger le producteur à en racheter.

Dès 2003, le président Chavez refusa l’introduction des OGM au Venezuela (5). Le 21 octobre 2013 de nombreux militants se sont concentrés face à l’Assemblée Nationale pour manifester leur opposition au projet de loi qui devait être discuté le lendemain. Dans son préambule, ce texte affirme son caractère anti-OGM et anti-brevet (6). On parle d’une réglementation des semences “dans une perspective agro-écologique”. Il s’agit de remplacer avec cette loi l’ancien texte en vigueur depuis octobre 2002, que le député bolivarien Ureña critique pour son “ambiguité” au sujet des brevets et des OGM. Pour le pouvoir populaire, tout va bien jusqu’ici. Enfin, apparemment..

L’article 7 dit en effet : “On accepte comme valeurs de la présente Loi (…) la reconnaissance de la création intellectuelle et le droit à la propriété intellectuelle en matière de développement de nouvelles variétés de semences et de cultures”. C’est là où le bât blesse pour le mouvement social. Le fameux “droit à la propriété intellectuelle” ressemble à un copyright discret, à la reconnaissance non-dite d’un brevet. Un individu pourrait demander un micro-crédit à l’État pour produire sa “création intellectuelle”, s’endetter, se voir condamné à la monoculture à moyenne et garde échelle. Besoin de vous faire un dessin ? Pour qui veut se rafraîchir la mémoire, le documentaire “Le monde selon Monsanto” est vivement conseillé (7).

D’où un débat entre les députés José Ureña, Víctor Bocaranda (militant du Mouvement Populaire Révolutionaire Argimiro Gabaldón) et Ana Felicién (du Mouvement Venezuela libre d’OGMs) le 23 octobre lors du programme matinal de la Radio du Sud à propos de  la pureté et la privatisation des semences paysannes, de leur légitimité aux yeux de la loi, des taxes à payer pour valider et certifier des semences, de la bureaucratisation qui affecte la circulation des semences parmi les paysans.

La demande principale fut d’activer la charte du “peuple législateurqui a déjà servi à élaborer la loi du travail, pour rediscuter la loi en profondeur et, le cas échéant, refondre tout le texte, préambule y compris. Le député Ureña a dû accepter le débat politique au plan national, dans la rue et dans les zones rurales, comme le garantit sa proposition de loi.

Le lendemain une réunion a eu lieu, à huis-clos, entre les porte-paroles du Mouvement Venezuela Libre d’OGMs, la seconde vice-présidente de l’Assemblée Nationale Blanca Eekhout et d’autres députés. Avec un résultat important : le député Ureña, principal rédacteur de la proposition de loi, a accepté de participer à la discussion et à la formulation d’une nouvelle loi avec les divers collectifs de lutte. Cette assemblée s’est tenue les lundi 28 et mardi 29 octobre à Monte Carmelo (Sanare, État de Lara) durant la IIème Rencontre Nationale des Gardiens de Semences.


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Affiche appelant les citoyen(ne)s au "Débat populaire constituant pour une nouvelle Loi des semences construite d’en-bas" (Venezuela, décembre 2013)

Un peu d’Histoire…

De 1940 à 1970 s’est produit au Venezuela un exode massif de paysans vers les villes. Conséquence de la mono-production pétrolière initiée par le dictateur Juan Vicente Gómez, instrument des grandes compagnies états-uniennes du début du vingtième siècle. Le paysan, privé d’assistance, affamé, trompé, opta pour s’exiler de sa terre. Ainsi sont nées les “barriadas”, les grandes ceintures de pauvreté urbaine. Les dictatures et les pactes “démocratiques” qui suivirent lancèrent la “modernisation” : un capitalisme pré-industriel et le terrible “latifundio” (grande propriété terrienne) avec ses travailleurs-esclaves.

C’est cette histoire qui a fait du Venezuela un importateur d’aliments du marché mundial, avec subventions de la consommation par les excédents du pétrole. A partir de 2000, avec l’élection de Hugo Chávez à la Présidence de la République, l’agriculture a été relancée sous tous ses versants (“conucos” – petites unités productives traditionnelles, potagers, cultures sous filets, sous serre, à grandes échelle, agriculture urbaine). Il fut alors prouvé que le “conuco”, dans ce siècle de tragédie, fut le seul mode de production capable de résister (dispersé, en coulisses), ce qui en fait la meilleure forme actuelle de produire des aliments. Vint ensuite l’appel à produire des aliments par et pour le peuple (avec des résultats indéniables – même si elle fut, pour beaucoup – mal mise en oeuvre ) de la Grande Mission AgroVenezuela pour conquérir enfin la souveraineté alimentaire. En avril 2003, pendant la IIème Rencontre de Solidarité avec la Révolution Bolivarienne, le président Chavez a interdit de semer des OGMs (un NON clair, qui ne se transforma pas en loi mais qui fut réitéré au moins trois fois en dix ans par le dirigeant) avant de demander plusieurs fois à ses ministres de mettre de l’ordre dans le dossier des brevets de l’agro-business.


"Vénézuéla libre d'OGMs". L'affiche rappelle que Hugo Chavez a interdit, dès 2003, l'introduction d'OGM au Venezuela.

"Vénézuéla libre d’OGMs". L’affiche rappelle que Hugo Chavez a interdit dès 2003 l’introduction d’OGM au Venezuela.


Le lundi 28 octobre, quand s’est ouverte l’assemblée pour débattre et alimenter (ou dévorer) la proposition de la nouvelle Loi des semences, le froid des montagnes de Sanare défiait la volonté des mouvements paysans et populaires actifs à Monte Carmelo. Le village s’était rempli de militants disposés à défendre leur idéal corps et âme. On a même entendu : “il faut marcher comme on parle”. Les députés Ureña et Acurero, ont écouté avec attention et ont débattu. On a décidé de former quatre tables de travail.

Avons-nous vraiment besoin d’une loi pour nos semences ? La loi, c’est nous !” dit un paysan de la vieille garde. “Il faut comprendre que nous vivons une guerre, et dans cette guerre nous devons nous battre sur tous les fronts : de ce que nous mangeons à ce que nous voulons vivre en tant que peuple” précise une militante de la vérité. “Au Venezuela on importe des OGM, il y a cette institution abominable appelée Agropatria, mais personne ne dit rien” lance une agro-écologiste. Dans la réunion du groupe 3, après plusieurs heures de débat, Polilla, un paysan de plus de cinquante ans, frappe sur la table et fait rire : “Si j’en juge par ce que j’ai lu récemment nous sommes au Venezuela un peu plus de 300.000 paysans pour alimenter 28 millions de gourmand(e)s. Nous sommes à bout de forces, compère !”.

La déclaration adoptée l’an dernier lors de la première rencontre des gardiens de semences (octobre 2012) sert de base lors de la plenière nocturne pour rédiger la nouvelle mouture de la loi (oui, on a décidé de tout reprendre à zéro). En voici la conclusion : “Toutes les mains pour semer, toutes les semailles pour l’école et pour les bouches, impulsons et défendons le droit de semer et de récolter une société nouvelle, où les semences les plus importantes sont nos enfants, véritable vivier de la patrie. Nous savons qu’avec la semence on déterre l’histoire d’Abya Yala (nom indigène de notre Amérique), territoire vivant qui nous réunit en une spirale sans frontières !”

Au détour de la nuit, Walterio Lanz, de sa voix éteinte mais ferme, appelle à la réflexion : “Ne commercialisons pas la semence”. Le 29 octobre 2013, jour national de la semence paysanne, à Monte Carmelo, c’est un modèle agraire qui est remis en cause, celui que les puissants de la planète veulent imposer. Et pas depuis un simple discours, depuis la démagogie ou une idéologie, mais depuis le corps de la graine. C’est ainsi que le “peuple législateur” assume son rôle, dans la révolution. Depuis les assemblées se poursuivent, organisées dans tout le pays pour discuter et faire des propositions en vue de rédiger la nouvelle loi (8).

 

À l’Université Simón Rodríguez (Noyau Simón de Mucuchíes) sur les hauteurs des Andes (état de Mérida) (9), à l’Institut Agro-écologique Latino-américain “Paulo Freire” né d’un accord entre Chavez et le Mouvement des paysans Sans Terre du Brésil (État de Barinas) (10),  à l’Université Bolivarienne (Siège de Caracas) (11) ou encore à l’École Agro-écologique Indio Rangel (État d’Aragua) où les 16 et 17 décembre 2013 se sont rassemblées plus de 200 personnes parmi lesquelles des fonctionnaires publics des organismes concernés, des organisations paysannes et des militants sociaux (12).


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Auteur : Ernesto Cazal, Ciudad Caracas

Traduction de l’espagnol : Thierry Deronne

Notes :

URL de cet article : http://venezuelainfos.wordpress.com/2013/12/20/comment-faire-une-loi-au-venezuela/


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20 décembre 2013 5 20 /12 /décembre /2013 14:00

La CGT et FO estiment que les « résultats mirobolants du groupe, régulièrement supérieurs à 10 milliards d’euros », doivent aussi profiter aux salariés.

 

La CGT Total écrit :

 

"6 e me JOUR de GREVE DANS LES ETABLISSEMENTS INDUSTRIELS TOTAL

 

 

Lors des assemblées générales de la mi-journée, les salariés de Flandres,Normandie,
Oudalle, Feyzin et La Mède ont massivement reconduit le mouvement de grève entamé le vendredi 13 décembre.
Les salariés sont toujours en attente d’un signe positif de la direction face au mécontentement profond qui les anime du fait, notamment, des propositions d’augmentation générales que la direction a mise sur la table.
Le fait que ces propositions aient été validées par certaines OS n’entame pas la détermination des salariés, bien au contraire !
A l’image notamment des militants d’une OS signataire qui sont actuellement solidaire du mouvement.
A l’image également des salariés de Donges qui avaient stoppé leur action de grève lundi et qui viennent de la reprendre.
Les salariés ont, lors des AG de ce jour, également massivement approuvé les nouvelles propositions de la CGT pouvant permettre une sortie rapide du mouvement :
 
• Négociation d’un plancher d’augmentation 100 € pour tous
• D’une prime de 1500 € pour tous
•Négociation d’un protocole de fin de conflit dans tous les
établissements concernés.
Ces revendications seront portées par les représentants des grévistes aux directions d’établissement.
LA BALLE EST DANS
LE CAMP DE LA DIRECTION"

Action Communiste soutient les salariés de Total en grève.  Total, année après année,
multiplie les bénéfices et les distributions de juteux dividendes aux actionnaires.
Le moins qu'il puisse faire est d'en redistribuer une partie aux salariés et utiliser
une autre partie pour des investissements en France. 
Cette production est en effet vitale pour notre pays.  
Mais Total se moque des conditions de vie des salariés, de l'industrie et du raffinage
en France.  Total ne pense qu'à pressurer les travailleurs, faire payer
les automobilistes et les usagers en France pour aller investir à l'étranger. 
Une entreprise aussi importante que celle-ci pour notre avenir devrait être
nationalisée et rendue aux salariés, aux usagers, à l'Etat.  Alors les décisions
seraient prises dans l'intérêt des travailleurs, des consommateurs et de la France.
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17 décembre 2013 2 17 /12 /décembre /2013 16:25

PCV psuv

 

 

 

 

 

 

 


 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

 

Au terme d’une année critique pour la révolution bolivarienne, après la mort de Chavez et les tentatives de déstabilisation de la droite réactionnaire, le peuple vénézuélien a réaffirmé sa confiance dans le processus révolutionnaire.

 

La campagne des élections du 8 décembre a été marquée par une atmosphère d’âpre lutte de classes, neuf mois après la mort d’Hugo Chavez, plaçant le processus bolivarien au croisement entre approfondissement de la révolution et coup d’Etat réactionnaire.

 D’un côté, la droite a choisi pour la déstabilisation ouverte, une « guerre économique » par la spéculation sur les produits de base, fomentant pénuries et inflation. De l’autre, le gouvernement révolutionnaire a dû opter pour la radicalisation, frappant les spéculateurs.

La participation élevée pour le continent (59 %) révèle une lutte qui traverse l’ensemble de la société. La victoire nette, après celle étriquée des présidentielles, manifeste un pacte de confiance renouvelé entre les forces révolutionnaires et le peuple vénézuélien.

 

Une victoire nette du camp révolutionnaire

 

Stricto sensu, le bloc révolutionnaire mené par le PSUV obtient 49 % contre 42 % pour la MUD (Alliance de l’unité démocratique), avec une différence de 800 000 voix.

En comptant les divers candidats indépendants et leurs affiliations, le différentiel serait de 54 à 46 % en faveur du le « Grand pôle patriotique » (GPP) réunissant les forces révolutionnaires qui obtiendrait les ¾ des mairies du pays – 250 sur les 330 en jeu – bien que l’opposition conserve Caracas et Maracaibo, les deux principales villes du pays.

 

Le Parti communiste : ses 9 neuf premières mairies pour un allié important de la révolution

 

Dans le « Grand pôle patriotique », loin derrière le PSUV de Chavez et Maduro, un parti se détache : le Parti communiste vénézuélien (PCV) qui s’impose de plus en plus comme le principal allié du PSUV, et comme la troisième force politique du pays.

Le PCV a obtenu 1,6 % des voix soit 170 000 votes, un score conforme à ceux obtenus lors des derniers scrutins (1,4 % aux législatives de 2010, 1,8 % aux présidentielles de 2013), mais surtout il conquiert ses premières municipalités.

Neuf mairies au total, dont sept en alliance avec le PSUV : Ortiz, Miranda, Uribante, Manapiare (en Amazonie), Girardot et deux villes moyennes importantes :

Simon Bolivar et ses 50 000 habitants conquise par Adriano Pereira, sympathisant du parti ainsi qu’Ezequiel Zamora, 100 000 habitants, remportés par Raul Brazon dans l’Etat de Monagas.

 

Pourquoi des candidatures indépendantes (et victorieuses) du Parti dans plusieurs Etats ?

 

Deux autres mairies ont, elles, été conquises en dehors du cadre du « Grand pôle patriotique » dans des candidatures de rassemblement populaire menées par le Parti, dans l’Etat de Portuguesa : Carlos Molina à Ospino (40 000 habitants), et Armando Rivas à San Genaro.

 A Ospino, le candidat du Parti communiste a devancé avec 40,75 % le candidat du PSUV, qui n’obtient que 36 % des voix, tandis qu’à San Genaro, le candidat du parti obtient la majorité avec 54 % des voix, contre 39 % pour le responsable du parti présidentiel.

 

Pourquoi des candidats communistes se sont présentés sur des listes alternatives dans certains Etats, comme à Portuguesa ?

Car le Parti communiste garde son indépendance politique, son esprit critique et a refusé  – dans des Etats où les maires, gouverneurs ne respectent pas leur engagement révolutionnaire – d’investir certains candidats manifestement corrompus ou du côté du patronat local.

 

Laissons la parole au secrétaire-général du PCV, Oscar Figuera, c’était en août dernier :

« Si nous arrivons à la conclusion qu’un candidat est corrompu, nous ne le soutiendrons pas. Que ce soit clair, si nous constatons qu’il y a des éléments contraires à l’éthique révolutionnaire, nous agirons en conséquence ».

Il ajoutait alors : « nous avons un engagement, par rapport à notre histoire, notre vision du monde, de la société ; notre engagement éthique avec la classe ouvrière, les travailleurs et, en sens, avec le projet politique porté par le Président Hugo Chavez, et aujourd’hui Nicolas Maduro : non seulement l’efficacité et la participation du peuple, mais aussi la lutte frontale contre la corruption. »

Après avoir jugé « négativement » 68 candidats officiels, proposé le renvoie de ces candidats, il annonce que le Parti soutiendra au moins 16 candidatures alternatives le 30 septembre :

« Ce qu’on ne verra pas, ce qui ne se passera pas, c’est qu’on retire nos candidatures pour soutenir un corrompu. Le peuple vénézuélien sait que quand le Parti communiste prend une décision, il s’y tient. On ne cèdera ni sous le chantage, ni sous les intimidations ».

 

Le Parti communiste plus que jamais dans le « Grand pôle patriotique »

 

Cela n’a pas empêché les dirigeants du PCV, après l’annonce des résultats, d’annoncer leur intention de poursuivre l’alliance du « Grand pôle patriotique » – « plus actuelle que jamais » pour le PCV – en vue de le radicalisation de la révolution – « consolider les acquis pour avancer dans son approfondissement », selon les termes d’Oscar Figuera. 

Les dirigeants du Parti communiste ont insisté sur l’importance du « Plan pour la patrie » 2013-2019 dévoilé par le Président Maduro, conçu comme les lignes directrices pour la transition du Venezuela vers le socialisme.

 C’est cette même position, à la fois d’indépendance de classe et de soutien sans failles au processus révolutionnaire, qui avait conduit le PCV à refuser sa dissolution dans le PSUV de Chavez en 2005. Ce choix apparaît désormais bien judicieux.

 

Avec un Parti communiste renforcé, unitaire mais affirmé dans son identité révolutionnaire, c’est le processus bolivarien qui sort renforcé dans son chemin difficile vers une société alternative : le socialisme.


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17 décembre 2013 2 17 /12 /décembre /2013 10:52

Par le Mouvement politique d’émancipation populaire (M’PEP).

Le 17 décembre 2013.


Le 3 octobre 2013, un jugement de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a confirmé que la Sécurité sociale française est illégale au regard du droit européen [1] ! Aux naïfs qui fantasment une « Europe sociale », ce jugement sonne la fin de la rêverie : la mort programmée de la Sécurité sociale est proche.


Le programme du Conseil national de la Résistance (CNR), mis en œuvre à la Libération en 1945, a sanctuarisé l’économie de la Santé en la plaçant – comme l’Éducation et la Culture – en dehors de la sphère marchande. C’est de cette volonté qu’est née la Sécurité sociale française, une forme d’assurance socialisée basée sur la solidarité.

Depuis cette époque, banquiers et assurances n’ont eu de cesse de tenter de la briser, car son existence les empêche de développer le vaste marché de la santé auquel ils rêvent. Leurs complices actifs sont les partisans du libéralisme (UMP, PS, EELV, FN, MoDem). Leurs leviers d’action sont l’Union européenne et l’euro. Depuis une vingtaine d’années, la violence de leurs attaques a été grandissante ; attaques menées concomitamment sur trois fronts :

−* sur le front idéologique ; −* sur le front de la gestion ; −* sur le front de la législation et du droit.

Des campagnes de désinformation et de manipulation sont régulièrement menées à travers les grands médias – qui presque tous sont aux mains des classes dirigeantes - pour culpabiliser les usagers. Les Français se soigneraient trop et il y aurait d’innombrables abus expliquant le « déficit » de la Sécurité sociale ; celle-ci irait donc à la catastrophe sur le plan financier.

Au prétexte de « boucher le trou de la Sécu », la logique progressiste qui fondait cette dernière à la Libération (« chacun cotise selon ses moyens et reçoit selon ses besoins ») est méthodiquement détricotée : ticket modérateur, franchises médicales, autorisation des dépassements d’honoraires, « déremboursement » des médicaments, hausse régulière du forfait hospitalier, forfait sur les transports sanitaires, etc. Il s’agit – nous dit-on - de « responsabiliser » les malades en leur faisant mettre la main à la poche.

Mais comment « responsabiliser  » un cancéreux ou un dialysé, par exemple ? Cette logique inhumaine conduit une part croissante de la population à renoncer aux soins, faute de moyens, sans que jamais n’en soit évalué le coût pour la société.

La « couverture médicale universelle » (CMU) créée en 1999 par un gouvernement « socialiste » vise quant à elle à légitimer le recul de l’accès aux soins pour ceux qui sont un peu plus pauvres que les moins pauvres. Selon un principe qui a davantage à voir avec la charité qu’avec l’esprit universel de la Sécurité sociale, les personnes qui ont accès à la CMU sont un peu moins impactés que les autres usagés par les diverses taxations énumérées plus haut. La CMU est le moyen utilisé pour diviser la population : ceux qui sont juste au-dessus des critères d’accès à la CMU accusent les autres de profiter du système.

« Déficit » : le vocabulaire employé en dit long. En réalité on parle de déficit pour une entreprise car elle doit faire des gains. Par ailleurs, lorsqu’on parle de trésorerie, on doit parler des dépenses ET des recettes, ce que ne font jamais les « boucheurs de trou de la Sécu ».

Un salarié moyen dépense entre 18% et 20% de son salaire indirectement en cotisation-santé. Les revenus du capital sont bien moins soumis à cotisation que les revenus du travail. Philippe Seguin, un gaulliste, reconnaissait que si les « stock-options » étaient mises à contribution comme le sont les salaires, elles rapporteraient 3,5 milliards d’euros à la Sécurité sociale (mais il faut supprimer les stock-options !). En l’état actuel des choses, les « comptes de la Sécu » reposent donc pour l’essentiel sur les salariés. Or, comble de l’injustice, en l’espace de 25 ans, plus de 9% du PIB est passé du travail au capital par la pression exercée sur les salaires.

On le voit bien, la Sécu ne souffre pas de « déficit » mais d’un manque de recettes. Un manque qui est du :

  • aux exonérations de cotisations sociales qui sont faites aux grandes entreprises au prétexte de leur permettre de créer des emplois – avec le résultat pitoyable que l’on sait ;
  • à la dette patronale impayée aux caisses de la Sécurité sociale depuis des décennies - qui représente des milliards d’euros ;
  • à la dette que l’État a contractée vis-à-vis de la Sécurité sociale - qui représente des milliards d’euros ;
  • à la pression exercée sur les salaires par le chantage au chômage ;
  • au chômage lui-même - dont le taux est trente fois plus élevé que lors de la création de la Sécu.

On comprend aisément que jamais les « franchises médicales » et autres « déremboursement  » ne compenseront un tel manque de recettes. Mais tel n’est pas le but recherché. En réalité, ces mesures visent à démontrer que bien qu’on lui injecte de l’argent, le système par solidarité « ne marche pas » et qu’il serait plus efficace et moins coûteux de passer au privé.

Cette « démonstration » coûte de plus en plus cher aux cotisants, dans le même temps que la qualité du service public de la santé, soumis aux politiques d’austérité, se dégrade. Il n’est donc pas surprenant que ceux qui en ont les moyens se tournent vers le secteur privé de la santé et consentent à payer une assurance-maladie pour couvrir les soins qu’ils reçoivent. Cette partie de la population perçoit donc de moins en moins l’intérêt pour elle de continuer à cotiser à la Sécurité sociale. Si la loi lui permettait de ne plus le faire, ça serait la fin de la Sécu, car elle ne peut pas se passer de 10 ou 20% de ses cotisants.

Or cette permission, l’Union européenne vient de leur accorder, à l’issue de la bataille juridique qui s’est déroulée en marge de la scène médiatique.

En signant le traité de Maastricht en 1992, François Mitterrand a abrogé le « monopole » de la Sécurité sociale, c’est-à-dire l’obligation pour tous de cotiser. Cependant, en 1996, la Cour de cassation, organe judiciaire suprême au niveau national, s’est opposée à l’application de la primauté du droit communautaire sur le droit national en termes de protection sociale. La Cour européenne avait répondu en 1999 par un arrêt condamnant la France « pour avoir manqué aux obligations qui lui incombent en vertu des directives de 1992 », et par celui du 25 mai 2000 définissant les régimes français de Sécurité sociale comme des régimes professionnels, donc soumis à concurrence. En 2005, une directive européenne portant sur les pratiques commerciales a été transposée dans le droit français sous le nom de loi Chatel II, faisant du droit communautaire un droit français à part entière.

Dernier épisode en date, l’arrêt du 3 octobre 2013 de la Cour de justice de l’Union européenne qui a condamné - au nom de la directive de 2005 - une caisse d’assurance-maladie du régime allemand de sécurité sociale pour « pratiques commerciales déloyales vis-à-vis des consommateurs ». Un nouvel épisode du principe de « concurrence libre et non-faussée » inscrit dans le traité de Lisbonne, honteusement ratifié en 2007 par le Congrès français contre l’avis du peuple exprimé par référendum le 29 mai 2005.

Cette affaire pourrait sembler éloignée de la problématique française. Comme la Sécurité sociale française, cette caisse allemande est un organisme de droit public ne poursuivant aucun but lucratif, mais un objectif exclusivement social. C’est ce jugement qui va faire jurisprudence, car les décisions de la Cour européenne concernent par définition tous les États de l’Union.

Le jugement de la CJUE éclaire donc d’une lumière crue la situation de la Sécurité sociale française vis-à-vis du droit européen. Dans toute l’Union européenne, les caisses sociales faisant de l’assurance sont donc considérées comme des entreprises soumises à concurrence et relèvent du droit privé. Les caisses sociales faisant de l’assurance sont considérées comme des entreprises et leurs affiliés comme des consommateurs.

Dans un communiqué daté du 29 octobre 2013 [2], la Direction de la Sécurité sociale prétend que l’arrêt du 3 octobre 2013 « ne change rien à l’obligation de cotiser auprès de la Sécurité sociale française ». Communiqué qui ne cite malheureusement jamais la loi Chatel II, loi pourtant majeure dans le droit français importé du droit européen.

La bataille juridique n’est donc pas terminée. Mais ce jugement fragilise plus que jamais le statut de la Sécu. Lorsqu’une entreprise privée ou un lobby de « défenseurs des consommateurs » portera plainte contre la Sécurité sociale française pour « concurrence ou publicité déloyale », le jugement de la CJUE ne pourra pas être différent de celui du 3 octobre 2013.

Pour combattre le système libéral européen et ainsi défendre la Sécurité sociale, il faut avoir à l’esprit que le système social français, dans son ensemble, est triplement victime de l’Union européenne :

  • il est victime du libre-échange qu’organisent les traités européens. Ces derniers suppriment toutes les barrières douanières et instaurent la « libre » circulation des marchandises et des capitaux entre les pays de l’Union. Ils mettent donc en concurrence les salaires, le droit du travail et les lois sociales des travailleurs français avec ceux - plus avantageux pour le patronat - des salariés d’autres pays.
  • il est victime des institutions européennes qui le harcèlent juridiquement. Outre la Sécu, les services publics tombent juridiquement sous le coup de la directive « Services » qui ne reconnaît pas les services publics français et les assimile à des entreprises de droit privé.
  • il est victime de l’euro, pour la survie duquel sont menées des politiques d’austérité budgétaire qui le ruinent, comme elles ruinent les peuples de la zone euro et détruisent les nations.

Le système américain du chacun pour soi, négation même du système social, et qui laisse des millions d’individus crever sans assistance, doit-il faire référence au détriment du système français par solidarité ?

Lors de l’Université d’automne du M’PEP qui s’est tenue début novembre 2013, Léon Landini, Résistant, membre des Francs-tireurs et partisans, rappelait que les hommes qui se sont battus pour chasser l’occupant durant la Seconde Guerre mondiale l’ont également fait pour que vive le programme du CNR, un programme porteur d’espoir pour l’émancipation humaine et pour que viennent des jours heureux.

Les financiers, les affairistes et les membres de la classe sociale dominante tentent donc à travers l’Union européenne de reprendre ce que le Front populaire, la Résistance, la Libération et les luttes victorieuses des travailleurs leur ont arraché au prix du sang et des larmes au cours du XXème siècle. Ils progressent, pas-à-pas, lentement mais sûrement depuis quarante ans, masqués derrière un projet de prétendue « Union européenne », qui n’est que l’union de leurs intérêts contre ceux des travailleurs.


Pour sauver la Sécurité sociale, il faut que la France sorte de l’Union européenne. Réclamer plus de justice sociale pour que vive le système social français, comme le fait depuis toujours le monde syndical et politique de gauche ne suffit plus. Il faut d’abord remettre des barrières douanières au niveau national – ce qu’interdisent les traités européens – pour mettre à bas le libre-échange. Libre-échange dans le cadre duquel toute mesure de justice sociale se traduit fatalement par un exode du capital et des entreprises. Un chantage auquel la France n’a que trop cédé jusqu’à maintenant.


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16 décembre 2013 1 16 /12 /décembre /2013 23:26

Communiqué de l'UD-CGT de Seine-Maritime

 

La démocratie sociale mise à mal :

Le gouvernement veut mettre fin aux élections prud’homales.

 

Le Ministre du Travail, Mr SAPIN, a adressé un courrier aux organisations syndicales au sujet des négociations en cours dans le cadre d’un projet de loi incluant un volet « Démocratie Sociale ». Ce volet comprendra diverses dispositions concernant la représentativité patronale et syndicale, leurs financements, la transparence des comptes des comités d’entreprise ainsi que la désignation des conseillers prud’hommes.

 

Le Ministre annonce clairement sa volonté de mettre fin à l’élection prud’homale au suffrage universel. Celle-ci serait remplacée par une simple désignation des conseillers par les organisations syndicales. Il justifie sa volonté par le coût trop élevé des élections et le peu de participation des salariés. Pour cela il se réfugie derrière la loi de représentativité : « La mise en œuvre de la loi du 20 août 2008 a changé la donne. La désignation des conseillers de prud’hommes sur la base des résultats de la mesure de l’audience est désormais possible. » Ce projet comprendrait notamment la possibilité de procéder à ces modifications par voie d’ordonnance.

 

Ces arguments sont irrecevables ! L’équilibre budgétaire prévaudrait sur les fondements de la démocratie ?

Le gouvernement offre 20 milliards d’euros aux patrons dans le cadre de la loi du 14 juin 2013 et voudrait économiser 100 millions liés au coût de l’élection prud’homale sur le dos des salariés. Quel mépris pour les millions de salariés de ce pays que de leur ôter le droit le plus élémentaire dans une démocratie : le suffrage universel, seul garant des droits et libertés !

Et comme le dit l’expression « nul ne peut se prévaloir de ses propres turpitudes ». S’il y a, comme le dit le Ministre, trop peu de votants c’est dû, notamment, au fait que peu de moyens sont donnés par les gouvernements successifs pour gagner, et permettre la participation la plus large possible des salariés lors de ces élections. De nombreux patrons font également pression sur les salariés pour les empêcher d’aller voter.

 

L’Union départementale CGT de Seine-Maritime est totalement opposée à la fin des élections prud’homales au suffrage universel : seul le scrutin prud’homal offre une véritable représentativité au niveau national et propose un véritable choix de représentants des salariés au sein des conseils de prud’hommes.

Les résultats du vote des salariés aux élections prud’homales doivent être pris en compte pour le calcul de la représentativité. Car sans cela, la représentativité exclurait, de fait, des millions de salariés de l’expression démocratique : salarié d’entreprise privée d’Institution Représentative du Personnel (Délégué du Personnel, Comité d’Entreprise, Comité d’Hygiène de Sécurité et des Conditions de Travail).

 

De plus, dans de très nombreuses entreprises, les salariés n’ont pas le choix entre toutes les sensibilités syndicales. Et l’on sait les difficultés que la CGT rencontre pour s’implanter dans certaines entreprises puisque nous devons constamment faire face aux obstructions du patronat qui n’hésite pas à réprimer par tous les moyens le militantisme CGT.

 

Ainsi, ce que le patronat et la droite cherchaient à faire, à savoir affaiblir les syndicats et en particulier la CGT, trouverait de facto écho auprès du gouvernement avec la suppression des élections prud’homales qu’eux même combattaient en 2008. Lors des scrutins nationaux prud’homaux et TPE, l’audience électorale de la CGT est largement supérieure à celle annoncée par le ministère du travail en ce début d’année 2013.

Cette nouvelle attaque envers le salariat ne peut pas et ne doit pas rester sans réponse : L’UD CGT de Seine-Maritime va mettre tout en œuvre pour combattre cette nouvelle régression sociale.

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16 décembre 2013 1 16 /12 /décembre /2013 23:09

pge-tsipras-laurent.jpg

 

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Ces 14 et 15 décembre avait lieu le 4 ème Congrès du Parti de la gauche européenne (PGE) à Madrid sous le thème « Refonder l'Europe  ». Beaucoup de confusion sur ce «  parti européen  », beaucoup de raccourcis, un éclairage communiste est nécessaire.

 

 

 

« Change Europe », c'est le mot d'ordre choisi en anglais pour ce 4 ème congrès du PGE. « Change l'Europe  » (ou «  bouge l'Europe  »), l'optique est de réformer, réorienter cette Union européenne. Le mot d'ordre équivoque de « refondation » était aussi omniprésent.

 

Le PGE, un parti européen minoritaire chez les communistes et la gauche d'alternative

 

Tout d'abord, qu'est-ce que le PGE ? Ou qu'est-ce qu'il n'est pas. Il n'est pas un « front » réunissant toutes les organisations communistes, ou au-delà de la gauche radicale. Loin de là.

 

Dès sa fondation, en 2004, plusieurs partis communistes influents ont refusé d'y adhérer  : les PC portugais (PCP), grec (KKE), tchèque (KSCM), chypriote (AKEL), italien (PdCI). D'autres ne l'ont pas rejoint : allemand, luxembourgeois, hongrois, slovaque, ou le Parti du travail de Belgique.

Même des partis de la « gauche radicale  » nordique refusent d’adhérer au PGE, pour garder leur indépendance de pensée critique vis-à-vis de l’UE : l’Alliance de gauche finlandaise, le Parti de gauche suédois, le Parti socialiste néerlandais, le Mouvement populaire contre l’UE danois.

 

Le PGE représente ainsi seulement des formations anti-communistes comme SYRIZA en Grèce et le Bloc de gauche au Portugal et des formations en rupture avec l’héritage communiste  : PCF-PG-Front de gauche en France, PCE-Izquierda Unida en Espagne, Refondation en Italie – tous de la sinistre tradition euro-communiste – Die Linke en Allemagne.

Rappelons que le PGE n'est pas synonyme du groupe parlementaire européen GUE/NGL. Le PGE est un parti politique européen, financé par la Commission européenne pour « faire la promotion de l'idée et de l'intégration européenne ». Comme le PSE ou le PPE.

Sur les 34 députés qui forment le groupe parlementaire GUE/NGL (Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique), seuls 16 font partie du PGE dont la moitié de Die Linke.

 

Le programme du PGE : ré-orienter la construction européenne, humaniser le capitalisme

 

Si on écoute Tsipras, « l'Europe est à un carrefour  : soit on stagne et on recule, soit on va de l'avant, avec la Gauche européenne ». Le PGE serait la force de régénérescence d'une UE à bout de souffle, proposant ses services pour relever le drapeau de la « belle » idée européenne foulée aux pieds.

Si on suit les points relevés par Pierre Laurent, issus du document politique, le PGE propose six axes, beaucoup de belles idées, « humanistes », trans-classistes, souvent floues, mais aussi des propositions concrètes toutes axées sur le monde de la finance. 

Si on en reste aux propositions concrètes, on peut les résumer sous les phrases suivantes, présentes dans le document  : « transformer les outils existants en outils de coopération au service des peuples », « mettre l'économie ( = le capitalisme) au service de l'humain »

 

  • L'harmonisation des salaires, vers un salaire minimum européen – qui peut croire que le salaire minimum roumain ou grec sera aligné sur le SMIC français  ? C'est soit une utopie vaine, soit une proposition dangereuse pour baisser les salaires des pays les plus avancés.

  • « Refonder l'Euro pour le mettre au service des besoins des peuples  » – rien de moins que proposer de faire de l'Euro, monnaie du capital, une monnaie au service des travailleurs. C'est comme vouloir qu'un requin se transforme en colombe, par un coup de baguette !

  • « Une stratégie commune à travers des politiques budgétaires alternatives basées sur des budgets suffisants » – une phrase ambiguë mais qui suppose une intégration budgétaire accrue, via la contrainte monétaire, une augmentation du budget européen, et un dessaisissement des peuples  : en somme, un TSCG de gauche  !Pierre Laurent souligne que si « certains avancent l'idée d'un retrait de tel ou tel pays conduisant à la dissolution de la zone euro », ceci est « une fausse solution », porteuse de la dissolution en fait de l'Union européenne, et du réveil des nationalismes. " Sauf qu'à ce positionner en désertion, de fait, de la défense de la nation et de sa nécessaire souveraineté Pierre Laurent devient un des carburants de cette montée du nationalisme. Il est un des alliés objectif du FN. Toute force de gauche qui déserte le terrain de la souverainté nationale alimente le " ventre fécond d'où est sortie la bête immonde ". En diabolisant les communistes qui ne partage pas sa fuite en avant européiste il ne faudra pas qu'il se plaigne d'être à son tour diabolisé.

  • «  Réorienter la BCE, son rôle, ses missions, son statut  » – un projet aussi utopique que ré-orienter le FMI : comment les peuples pourraient transformer cet outil dont la raison d'être est de fixer une politique au service du grand capital. Surtout que le projet du PGE est modeste : prévoir des missions de croissance (comme pour la FED américaine), lui attribuer un rôle de préteur en dernier ressort. Du keynésianisme très modéré !

  • « Changer les critères d'utilisation de l'argent par les banques et les grands groupes » – en somme, la BCE conditionnerait ses crédits en fonction de critères sociaux, écologiques, tout comme les Etats pénaliseraient ou récompenseraient les entreprises selon leur politique. Il y a un bon capitalisme (productif, responsable) et un mauvais (financier, immoral), et le PGE est prêt à récompenser le capital responsable par peut-être des exonérations fiscales, des subventions, du crédit facile. Cela passerait, dans la lignée du projet de pétition européenne lancé il y a deux ans par la constitution d'un « fonds européen pour le développement social et écologique ». Le PGE vient de ré-inventer le FEDER et le FSE !

  • « Créer une banque publique européenne, ainsi que des pôles publics bancaires nationaux pour changer les critères de fonctionnement de l'économie réelle  » - on voit ici ce que le PGE entend par «  développement des services publics  », d'un côté des grandes institutions publiques européennes (ici bancaires), de l'autre des pôles publics nationaux … en concurrence avec des pôles privés : surtout pas de monopoles publics nationaux. L'objectif de cette banque serait « de ne pas servir la spéculation mais à créer des emplois, financer l'économie réelle », encore une opposition simpliste et fallacieuse entre capitalisme productif et capitalisme financier ;

  • enfin, l' « allègement de la dette  » - avec des mesures d'abolition d'une part de la dette, de révision des échéances et conditions de remboursement. Une mesure de bon sens … pour le capital bancaire européen si il veut obtenir remboursement … et s'il veut étendre le supplice de la dette sur plusieurs décennies (on peut repenser au sort de l'Allemagne dans les années 1920, ou après 1945, Tsipras aime à faire référence aux accords de Londres signés avec la RFA … face au péril communiste et dans les intérêts du capital allemand et européen)  ;

 

On pourrait, sur le plan politique, sourire sur les propositions de « démocratisation de l'Union européenne », proposant de donner plus de pouvoir au Parlement européen, et de se saisir de l'outil de la « pétition européenne » … dont la Commission a refusé d'enregistrer celle du PGE (pour un « fonds européen social et responsable »), pour mieux la jeter à la poubelle, sic !

 

Il est frappant de remarquer que toutes ces propositions – ré-orientation de la BCE, refondation de l'Euro, allégement de la dette, critères de sélectivité du crédit, fonds social européen – ont été reprises telle quelle dans toutes les feuilles de route de congrès ou de convention des partis du PGE : Syriza, Die Linke, PCF-Front de gauche, PCE-Izquierda Unida, Refondation communiste.

 

Mais qu'y-a-t-il de commun à toutes ces propositions  ? 1) Elle propose des réformes modérées du système capitaliste, pour l' « humaniser  », tout au plus une régulation de son volet financier  ; 2) Elles s'articulent toutes à l'échelon européen, supposant plus d'intégration européenne.

 

Plus d'Europe, ré-orienter les mécanismes financiers prédateurs de cette UE … pour sauver l'Europe, et relancer l'économie capitaliste !

 

Sortir de l'Euro ou sauver l'Euro  ? Le PGE à la rescousse de l'Europe du capital

 

C'est la question centrale. Ni Tsipras, ni Laurent n'ont pu l'occulter. Il est frappant de voir l'évolution du constat du PGE entre le dernier congrès de 2010 et celui-ci. Le PGE ne peut plus défendre le mythe des fondements justes de l'UE, supposément dévoyés depuis 2008.

 

Désormais, le PGE découvre que l'Euro a été « une monnaie au service du grand capital  », Pierre Laurent réalise soudain que « les fondements de la construction européenne sont en cause  », que «  la crise a révélé les tares fondamentales de la construction européenne  ».

Toutefois, sur l'Euro, Pierre Laurent souligne que si « certains avancent l'idée d'un retrait de tel ou tel pays conduisant à la dissolution de la zone euro », ceci est « une fausse solution », porteuse de la dissolution en fait de l'Union européenne, et du réveil des nationalismes.

 

On peut rappeler que plusieurs partis communistes – comme le PC portugais, grec, chypriote, luxembourgeois – remettent désormais directement en cause l'Euro, envisageant d'en sortir. Que même des personnalités, plutôt dans l'optique du PGE, comme Julio Anguita en Espagne ou Oskar Lafontaine en Allemagne se sont prononcés contre la monnaie unique dernièrement.

 

Tsipras est plus direct, tout son discours est orienté autour de la « refondation de l'Euro  », suivant la ligne qu'il a défendu ses derniers mois  : « Non à l'austérité, oui à l'Euro ».

Tsipras constate que cette « union monétaire divise les Etats-membres, les sociétés, augmente le chômage, la pauvreté et les inégalités  ». Pour lui, elle doit être « soit refondée, soit dissoute », cette « refondation signifiant changement », un « changement pour l'Europe qui est désormais une question existentielle ». Sauver l'Euro pour sauver l'Europe, c'est l'idée de Tsipras !

Tsipras martèle ses propositions, en filigrane, sur l' « union monétaire  »  : l'Euro doit porter une responsabilité sociale (sic), la BCE doit être renforcée comme banque centrale.

 

Loin de porter frontalement l'exigence de rupture avec la « Troika  » (BCE-UE-FMI), Tsipras et le PGE portent l'objectif de « réforme  », « ré-orientation », en premier lieu de l'outil qui permet à la «  Troika  » d'imposer ses politiques, l'Euro.

 

Le PGE et Tsipras se proposent finalement de collaborer avec les dirigeants de l'UE, espérant obtenir de la négociation un « allègement du fardeau austéritaire  ».

 

Refonder l'Europe : une utopie irréaliste dangereuse, un projet réaliste réformiste

 

« Refonder l'Europe », le choix des termes n'est pas anodin. Tsipras évacue la subtilité : «  refondation = changement/réforme  ». En réalité, si la dimension de «  refondation » porte cette idée réformiste, elle recèle d'autres potentialités, y ajoutant une dimension idéaliste, utopique.

 

En effet, le PGE, pour la première fois, doit admettre que les fondements de la construction européenne sont viciés. Il le fait à reculons.  Ainsi, hors Lisbonne aucune remise en cause des Traités – ni Rome, ni Maastricht – n'est actée, tout comme aucune remise en cause de l'Euro.

Si les fondements sont orientés dans une mauvaise direction, celle du capital financier, il faut donc poser de nouvelles fondations, refonder cette construction européenne.

 

Mais sur quelles bases cette Europe doit être « refondée » : l' « humain » pour le PGE. Une idée abstraite détachée des classes concrètes, de leurs contradictions et de leur lutte.

Dans des sociétés dominées par le capital et ses représentants, vouloir re-batir une Europe humaine (ou même du travail) est une utopie. La réaliser serait déjà supposer que des gouvernements alternatifs de gauche seraient déjà présents dans toute l'Europe … ce qui de fait dissoudrait cette Europe-là, rendant l'Union européenne caduque.

Dans le rapport de force actuel, c'est un rêve. Celui que caressait naguère les romantiques puis les trotskistes sur les « États-Unis d'Europe », justement dénoncés par Lénine.

Pour Lénine, ils étaient irréalisables à moins de réaliser le socialisme partout (donc de le rendre caduc), étroitement limités à l'Europe (pourquoi pas « Etats-unis du monde », car il s'agit d'une construction d'un bloc impérialiste), enfin justifiant l'union des cartels capitalistes européens.

 

Un rêve idéaliste qui permet de justifier des compromis réalistes. Tsipras a raison « refondation = réforme », la seule perspective réalisable, c'est la re-négociation de cette Europe, un allègement de la dette pour sauver l'Europe du capital.

Ainsi Pierre Laurent, une fois sorti du « monde des étoiles » revient sur terre, tout en marchant sur la tête :

« Aujourd'hui, l'Europe est dans une impasse de civilisation. Les dirigeants européens, enfermés dans leurs dogmes n'ont pas de vision d'avenir pour l'Europe. Ils sont en train de tuer l'idée d'une Europe de coopérations et de solidarité ».

 

Qui doit sauver « l'idée » européenne : « nous, PGE, avons à prendre à charge l'avenir de l'Europe »

 

Le programme d'action du PGE  : une OPA sur le mouvement communiste et la gauche d'alternative

 

Quelles lignes d'action pour le PGE, dans les mois à venir ? On eut attendu d'une organisation de « gauche radicale » une attention aux luttes concrètes contre les politiques d'austérité, une réflexion sur les conditions du passage à une société alternative. Rien de tout cela.

 

Du côté du « mouvement social », le PGE délègue au mouvement syndical regroupé dans la CES, cette organisation européenne regroupant 85 syndicats – démocrates-chrétiennes, sociaux-démocrates, libéraux pour l'essentiel – et destiné à promouvoir le « dialogue social européen » dans une « Europe de paix et de stabilité ».

Bernadette Ségol, secrétaire de la CES – une française qui n'a jamais milité dans un syndicat français – et Ignacio Fernandez Toxo, secrétaire des Commissions ouvrières (CC.OO) espagnoles et président de la CES, étaient au congrès du PGE à Madrid.

Le dirigeant espagnol – qui freine le mouvement en Espagne – n'a pas eu un mot pour les luttes, il a insisté sur les « réformes » à mettre en place à l'échelle européenne : un plan de relance européen financé par une Taxe Tobin, des euro-obligations et mécanismes de solidarité européens.

 

Le PGE a également les yeux tournés vers les prochaines élections européennes de 2014. Il ne cherche rien de moins qu'à faire une OPA sur la gauche d'alternative, à en finir avec un mouvement communiste indépendant, sur des positions de classe.

Premièrement, par la candidature d'Alexis Tsipras, chef de SYRIZA, à la Commission européenne. Cette idée a créé des remous à gauche, même au sein du PGE. Sa candidature n'a été votée qu'à moins de 80 % des délégués présents à Madrid !

Elle pose plus d'un problème. De une, elle donne une légitimité à une institution anti-démocratique, la Commission, dans une élection sans enjeu. De deux, le PGE s'arroge le droit de présenter une candidature au nom de la « gauche d'alternative » qui ne se reconnaît pas dans le PGE et son choix.

Enfin, de trois, la mutation de SYRIZA de plus en plus nette en PASOK 2.0, en social-démocratie de substitution avec l'afflux massif de transfuges du Parti socialiste, la transformation en « parti unique », éliminant toute voix dissonante de gauche interne, centrée autour d'une personnalité et d'une ligne institutionnelle, pro-européenne et de gestion, pose problème.

Tout comme la personnalité de Tsipras qui a passé les douze derniers mois à rencontrer les dirigeants de l'UE, de la BCE, du FMI, de l’État allemand pour les rassurer : « Je ne suis pas dangereux », aime-t-il à leur répéter, je suis là « pour sauver l'Euro, l'Europe ».

Tsipras n'hésite pas à récupérer des références très lointaines par rapport à la tradition communiste« New Deal », « plan Marshall », « accords de Londres de 1953 », un mélange de keynésianisme régulateur, de réformisme assumé et de projets impérialistes manifestes !

En mars 2012, il avait même envoyé une lettre à Mario Draghi, Hermann van Rompuy et José Manuel Barroso pour se poser comme recours non seulement pour restaurer la stabilité en Grèce mais aussi dans toute l'Europe. Drôle de fossoyeur de l'UE que celui qui s'en veut le sauveur.

 

Parmi les autres initiatives que propose le PGE, la constitution d'un « forum européen des alternatives » à l'automne 2014, visant les forces politiques, sociales et syndicats qui ne sont pas membres du PGE, selon le schéma essoufflé des « forums sociaux », qui à l'origine voulaient de façon louable échapper à toute récupération politicienne.

Le but est clairement de faire main basse sur toute une frange de l'opposition de gauche au système, susceptible d'échapper à l'influence des institutions de l'Union européenne du capital.


Seule campagne de lutte, le refus du « grand marché trans-atlantique » en 2014. Il est évident que ce projet de libre-échange USA-Canada-Europe est porteur de périls – notamment pour la libéralisation-privatisation des services publics, pour la défense de notre agriculture, notre industrie.

Toutefois, cette campagne est non sans arrières pensées. Car elle oppose implicitement une « bonne Europe » indépendante, à une « mauvaise Europe » sous influence américaine. Non à l'Europe américaine, ce serait oui à l'Europe tout court !

Plus pernicieux, elle omet que l'UE va utiliser l'accord de libre-échange trans-atlantique comme un cheval de troie pour pousser un processus de libéralisation-privatisation, de casse de l'appareil productif qu'elle a déjà largement entamé, achevé parfois dans de nombreux secteurs par ses outils propres : directives de libéralisation, politique agricole commune, CECA.

 

 

Maité Mola, représentante d'Izquierda Unida, et Pierre Laurent ont conclu dans les mêmes termes : « le congrès du PGE, c'est le congrès du futur de l'Europe ». Le PGE se veut sauveur de l'Europe du capital, aux communistes de construire le mouvement pour l'enterrer !

 

Commentaire d'Action Communiste : Il est urgent que les militants du PCF sortent du bourbier européen.  Nous partageons l'avis des communistes qui s'expriment sur le blog "Pcf Bassin d'Arcachon".  Ils commentent la position du PGE ainsi :


Pierre Laurent souligne que si « certains avancent l'idée d'un retrait de tel ou tel pays conduisant à la dissolution de la zone euro », ceci est « une fausse solution », porteuse de la dissolution en fait de l'Union européenne, et du réveil des nationalismes. " Sauf qu'à se positionner en désertion, de fait, de la défense de la nation et de sa nécessaire souveraineté Pierre Laurent devient un des carburants de cette montée du nationalisme. Il est un des alliés objectif du FN. Toute force de gauche qui déserte le terrain de la souverainté nationale alimente le " ventre fécond d'où est sortie la bête immonde ". En diabolisant les communistes qui ne partagent pas sa fuite en avant européiste il ne faudra pas qu'il se plaigne d'être à son tour diabolisé.

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16 décembre 2013 1 16 /12 /décembre /2013 16:21

cartePCF2013

 

Lu sur le site: http://www.pcfbassin.fr/ 

 

Parti de la Gauche Européenne, financement par l’Europe,

conditions à remplir.

 

 

Aux fins du présent règlement, on entend par :

 

1) «parti politique»: une association de citoyens: — qui poursuit des objectifs politiques, et — qui est reconnue par, ou établie en conformité avec, l'ordre juridique d'au moins un État membre;

 

2) «alliance de partis politiques»: une coopération structurée entre deux partis politiques au moins;

 

3) «parti politique au niveau européen»: un parti politique ou une alliance de partis politiques qui remplit les conditions visées à l'article 3.

 

 

Article 3 Conditions


Un parti politique au niveau européen remplit les conditions suivantes:


 

a) avoir la personnalité juridique dans l'État membre où il a son siège;

 

 

b) être représenté, dans au moins un quart des États membres, par des membres du Parlement européen ou dans les parlements nationaux ou régionaux ou dans les assemblées régionales, ou avoir réuni, dans au moins un quart des États membres, au moins trois pour cent des votes exprimés dans chacun de ces États membres lors des dernières élections au Parlement européen;

 

 

c) respecter, notamment dans son programme et par son action, les principes sur lesquels l'Union européenne est fondée, à savoir les principes de la liberté, de la démocratie, du respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que de l'État de droit ;


 

d) avoir participé aux élections au Parlement européen ou en avoir exprimé l'intention. »

 

 

Commentaires :

Et une des libertés fondamentales pour l’Europe est la liberté d’entreprendre avec son corollaire la concurrence « libre et non faussée ».

Le PGE adhère donc, de fait, à ces postulats, "les principes sur lesquels l'Union européenne est fondée" et donc à ses traités. 


Source

 

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16 décembre 2013 1 16 /12 /décembre /2013 16:19

Depuis le 27 avril 2011 le livre « Sortons de l’euro ! Restituer la souveraineté monétaire au peuple » est disponible en librairie. Il est signé de Jacques Nikonoff, professeur associé à l’Institut d’études européennes de l’université Paris 8. Ancien élève de l’École nationale d’administration (ENA), Attaché financier à New York pendant plusieurs années. Porte-parole du Mouvement politique d’éducation populaire (M’PEP), ex-président d’Attac, il a été ouvrier soudeur et syndicaliste dans une grande entreprise.

 

Demandez à votre libraire préféré de se procurer le livre « Sortons de l’euro ! » et de le mettre en vitrine. Vous pouvez lui commander l’ouvrage.


Ou commandez-le directement à la Boutique du M’PEP :
http://www.m-pep.org/spip.php?rubrique331


La couverture du livre « Sortons de l’euro ! ci-dessous :

sortons-euro01.jpg

sortons-euro02.jpg

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16 décembre 2013 1 16 /12 /décembre /2013 16:08

 GREVE DANS LES ETABLISSEMENTS INDUSTRIELS DU GROUPE TOTAL

 

Communique de presse de la CGT Total

 

Depuis vendredi 13 décembre, date de l’ouverture des négociations sur les salaires dans la branche pétrole du groupe, la majorité des établissements industriels sont en grève à l’appel de la CGT.

Les salariés des raffineries de Donges, Normandie, Grandpuits, La Mède, de l’usine TOTAL Fluides d’Oudalles, de l’établissement des Flandres ont massivement répondus à l’appel de la CGT dès vendredi matin. Ils ont été rejoints dans la journée par ceux de l’usine TOTAL Pétrochemicals de Gonfreville et de la raffinerie de Feyzin. 

Leur revendication est claire : des augmentations générales de haut niveau.

La direction du groupe TOTAL n’a en effet pas l’intention de faire profiter les salariés des excellents résultats qui, cette année encore, vont enrichir très grassement les actionnaires.

Avec des augmentations garanties comprises entre 1,2 et 1,5%, la direction se moque ouvertement des salariés qui sont les vrais créateurs de richesses.

Les résultats mirobolants du groupe, qui sont régulièrement supérieurs à 10 milliards d’euros, la rentabilité qui progresse d’année en année, ce sont les salariés qui doivent en profiter.

Ces salariés à qui ont demande de faire toujours plus avec toujours moins de moyens, à qui on annonce en permanence la potentielle fermeture de leur site s’ils ne sont pas « dociles », à qui on demande de faire tourner les installations avec des bouts de ficelles. Ils sont à bout et ne comprennent pas pourquoi la direction les méprise encore plus en ne négociant pas des augmentations garanties dignes de ce nom, alors que les résultats du Groupe TOTAL le permettent.

La CGT demande donc à la direction du Groupe de revoir sa copie et de rouvrir dans les plus brefs délais les négociations afin que les augmentations garanties soient au niveau et compensent réellement les pertes de pouvoir d’achat.

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