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ACTION COMMUNISTE

 

Nous sommes un mouvement communiste au sens marxiste du terme. Avec ce que cela implique en matière de positions de classe et d'exigences de démocratie vraie. Nous nous inscrivons donc dans les luttes anti-capitalistes et relayons les idées dont elles sont porteuses. Ainsi, nous n'acceptons pas les combinaisont politiciennes venues d'en-haut. Et, très favorables aux coopérations internationales, nous nous opposons résolument à toute constitution européenne.

Nous contacter : action.communiste76@orange.fr>

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Humeur

Chaque semaine, AC attribue un "roquet d'or" à un journaliste qui n'aura pas honoré son métier, que ce soit par sa complaisance politique envers les forces de l'argent, son agressivité corporatiste, son inculture, ou sa bêtise, ou les quatre à la fois.

Cette semaine, sur le conseil avisé de la section bruxelloise d'Action communiste, le Roquet d'Or est attribué  à Thierry Steiner pour la vulgarité insultante de son commentaire sur les réductions d'effectifs chez Renault : "Renault fait la vidange"...  (lors du 7-10 du 25 juillet).


Vos avis et propositions de nominations sont les bienvenus, tant la tâche est immense... [Toujours préciser la date, le titre de l'émission et le nom du lauréat éventuel].

 

 
19 mai 2014 1 19 /05 /mai /2014 15:31

COMPRENDRE POUR INTERVENIR ET AGIR



ELECTIONS EUROPEENNES
QUELS ENJEUX ?                                   
_________________________________________


DOSSIER SPECIAL



Le 25 Mai prochain auront lieu les Elections des Députés au Parlement de l’Union Européenne.

C’est une échéance importante pour les salarié(e)s (en  activité, au chômage ou retraité(e)s) car elle va leur permettre de peser sur cette union politique, économique et monétaire qui joue de plus en plus négativement contre leurs intérêts depuis maintenant plusieurs décennies.

Le positionnement des salariés citoyens comptera pour l’avenir.

POUR QUE CHAQUE SALARIE DECIDE EN FONCTION DE SES INTERETS

Face à ces échéances, la CGT qui avait appelé au rejet de la Constitution Européenne en 2005 se doit aujourd’hui, en toute indépendance, d’apporter aux salariés son éclairage syndical, au regard de l’expérience collective et des faits, pour concourir à la réflexion du salariat. Elle ne le fera pas en appelant les salarié(e)s à voter pour telle ou telle formation politique ; pas plus qu’elle ne prônera de voter ou de s’abstenir. Le choix de tel ou tel parti, comme celui de voter ou pas relève en effet du libre arbitre de chacune et de chacun.

Mais pour contribuer à ce que ce choix se fasse en connaissance de cause, la CGT ne peut qu’inviter les salarié(e)s à tirer un bilan de la construction européenne qui, durant ces trente dernières années, n’a pas cessé d’être approfondie (Acte Unique de 1986 et libre circulation des capitaux ; Traité de Maastricht en 1992 ; mise en place de l’Euro en 2001 et Traité de Lisbonne en 2008) pour en arriver aujourd’hui à enfermer toutes les politiques des pays membres dans un cadre supranational sur lequel chaque peuple a peu de prise.
 
TOUS LES GOUVERNEMENTS ONT CONSTRUIT L’UNION EUROPEENNE

Cette construction, en France comme ailleurs en Europe, s’est faite avec le concours constant des gouvernements qui se sont succédés au pouvoir ces dernières décennies. Tous, tour à tour, ont promu la construction européenne au nom du progrès social, de la paix et de la démocratie et de la solidarité entre les peuples. « L’Europe », ça devait être la solution à tous les problèmes et, pour la construire, cela méritait tous les sacrifices - d’abord des salariés, bien sûr - car tous les efforts nécessaires aujourd’hui apporteraient de formidables résultats à l’avenir… Comme les promesses tardaient à se réaliser et, qu’au contraire, la situation devenait de plus en plus difficile, on nous a affirmé que cela venait du fait qu’on était pas allé assez loin et que si, sans doute, il fallait changer certaines choses, il était nécessaire qu’il y ait toujours « plus d’Europe » !
Et bien aujourd’hui, pour celles et ceux qui n’ont que leur travail pour vivre, qui sont en colère et qui ne veulent pas être toujours plus dépossédé de leur pouvoir de décision politique, il est nécessaire de dresser le bilan de cette expérience pour déterminer une position conforme à leurs intérêts économiques, sociaux et démocratiques.

DES RESULTATS SANS APPEL : DURS POUR LE TRAVAIL ET LE SALARIAT, DOUX POUR LES POSSEDANTS AVEC DES GAINS FABULEUX POUR LES CAPITALISTES

En France comme dans tous les autres pays membres de l’Union Européenne, pour l’immense majorité des populations, les résultats sont clairs, le chômage n’a pas cessé d’augmenter ; les salaires ont stagné ; la protection sociale a régressé et le Code du Travail a pris des coups…Cela s’explique notamment par la casse industrielle (la région Centre a perdu des dizaines de milliers d’emplois productifs) et par la dégradation importante des services et entreprises publics. Et, même si la situation en France ne revêt pas encore la gravité sociale qui est aujourd’hui celle de la Grèce ou du Portugal, nous sommes engagés dans un processus d’appauvrissement massif qui nourrit, tout à la fois, le sentiment fondé que nous vivons moins bien qu’hier et la crainte que demain cela soit encore pire pour nos enfants.

Cependant, si la construction européenne a fait très mal au monde du travail et au pays, il n’en a pas été de même pour les actionnaires des grandes entreprises de l’Industrie, des Services et de la Finance. Jamais leurs dividendes n’ont atteint de tels sommets, jamais ils n’ont bénéficié de telles aides, d’autant d’argent public, jamais le champ de leurs activités n’a été -du fait des privatisations- aussi étendu. Jamais ils n’ont pu, autant à leur guise, placer leurs capitaux où bon leur semble et mettre constamment les salarié(e)s des différents pays en concurrence.

Partout c’est plus de difficultés pour un nombre toujours plus grand de Femmes et d’Hommes ; partout c’est toujours plus de richesses pour une caste sans cesse plus puissante. Partout, c’est de moins en moins de pouvoir pour les peuples ; partout, c’est de plus en plus de liberté pour les puissances économiques et financières. Et, ceci explique cela !

IL NE FAUT PAS S’EN ETONNER, L’UNION EUROPEENNE EST FAITE POUR CA

L’Union Européenne est construite sur deux principes simples que ses partisans considèrent comme indiscutables.

Son premier principe est que, seul le capital est créateur de valeur économique.

Cela signifie que seule la propriété privée de la production -c'est-à-dire le capital- est créatrice de valeur économique. Tout doit donc être fait pour lui permettre de se déployer. Le capital doit pouvoir circuler librement (pas de frontières) ; son champ d’activité doit pouvoir s’exercer dans tous les secteurs d’activités (privatisations) ; chaque Etat doit le soutenir (aides publiques et faible fiscalité pour les profits)… c’est une condition impérative pour le bien-être de tous…

Evidemment, la conséquence de cette façon de voire les choses c’est que le « travail est un coût » (qu’il faut sans cesse « baisser pour être compétitif ») ;  que ses droits sont des obstacles à une bonne mise en valeur du capital (il faut donc les réduire) ;  et que toute activité publique constitue une dépense qu’il faut diminuer si nous ne voulons pas nous ruiner et sacrifier l’avenir de nos enfants). Et, comme les Etats - privés de la maîtrise de la création monétaire- sont contraints pour financer leur activité d’emprunter auprès d’investisseurs privés, auxquels nous servons les intérêts d’une dette qui ne diminue jamais…

Même si le bien-fondé de ce principe ne tient pas debout (comment justifier que l’activité de fonctionnaires soignants dans un hôpital public constituerait une dépense et que la même activité de salariés dans une clinique privée serait au contraire productrice de valeur économique ?),  c’est sa mise en chantier que  fondent les lois essentielles de l’Union Européenne. Et c’est leur application qui est réalisée, à l’échelle de l’ensemble des pays membres de l’Union, depuis des décennies.

Son second principe est, qu’aujourd’hui, l’échelle de la nation est trop petite pour gérer l’économie et la monnaie.
 
Les promoteurs de l’Union Européenne considèrent que nous sommes entrés dans une période de « guerre économique » mondialisée et que, pour pouvoir y tenir sa place, l’échelle de la nation n’est plus adaptée car elle est trop petite Il serait donc vital de créer des grands blocs économique et monétaire qui seuls nous permettraient de survivre.

Pour ce faire, ils ont adopté (au début, à l’échelle de six pays ; aujourd’hui, pour vingt-huit ; et demain ?..) des lois qui régissent cette activité économique et monétaire et les outils pour l’animer (Commission Européenne, Banque Centrale Européenne et Cour de Justice Européenne).

L’expérience montre que ce changement d’échelle -l’abandon du rôle de chaque nation- a une conséquence politique centrale : l’affaiblissement, pour ne pas dire la perte, du pouvoir politique de chaque peuple sur les questions économiques et monétaires qui le concernent.

Nous sommes dirigés par des institutions sur lesquelles nous n’avons aucune prise : une Banque Centrale « indépendante » mais qui gère l’Euro en collaboration avec les banques privées et sous la tutelle des « marchés » ; une Cour de Justice qui impose la suprématie du droit européen sur chaque droit national ; et une Commission qui définit les orientations économiques, contraignant de ce fait les politiques sociales, et qui contrôle aussi la conformité de chaque budget national.

Bien entendu, aucune de ces institutions n’a jamais pris une décision à l’encontre des grands possédants… pas plus qu’elle ne l’a fait en faveur du monde du travail !

L’expérience le montre, dans ce système les peuples n’ont pas le droit à la parole. Et quand ils arrivent à la prendre, dirigeants français et européens n’en tiennent aucun compte (souvenons-nous comment fut méprisée la victoire du « non » lors du Référendum de 2005) !

Abolir la souveraineté politique de chaque peuple pour empêcher toute maîtrise publique de l’économie et de la monnaie, pour rendre impossible le financement de tout progrès social, voilà la raison d’être de l’Union Européenne !
 
Avec ces deux principes, nous sommes au cœur du mécanisme infernal que constitue l’Union Européenne : le premier, en affirmant que le capital est seul créateur de valeur économique, constitue une négation radicale de la qualité exclusive du travail comme unique créateur de richesses ; le second, en posant la nation comme dépassée, constitue une négation radicale du fondement de toute démocratie politique, la souveraineté de chaque peuple.

Depuis leurs accessions au pouvoir, les puissances économiques et financières ont compris qu’il existe une cohérence entre souveraineté politique populaire, maîtrise publique de l’économie et de la monnaie et institutions du progrès social. Parce que la dynamique de cette cohérence peut être fatale à leurs intérêts, ces puissances économiques et financières ont décidé de la briser. En ruinant toute possibilité de souveraineté politique de chaque peuple et en dévalorisant le travail, ils ont pu enfermer l’économie et la monnaie aux lois du Capital et alimenter leurs profits par une régression sociale sans précédent.
Toute l’histoire de l’Union Européenne ne constitue fondamentalement que la destruction acharnée de cette cohérence.

L’UNION EUROPEENNE VEUT FAIRE REVENIR L’HISTOIRE EN ARRIERE

Pour bien mesurer cette réalité, il faut faire un peu d’histoire car les puissants s’emploient à nous présenter les origines de cette affaire comme un conte de fées…bien loin de la réalité.

Au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, dans de nombreux pays, et particulièrement en France et en Italie, les peuples, forts de l’expérience de ces terribles événements ont fortement affirmé leur souveraineté politique. Ils ont imposé -pour en rester à l’essentiel et au cas de la France- une puissante maîtrise publique de l’économie et de la monnaie ; l’institution d’un système de protection sociale géré par ses bénéficiaires et des droits salariaux encadrés par le Code du Travail.
 
Ces profondes modifications économiques et sociales, conjuguée avec l’extension du système soviétique -qu’elle que soit l’opinion qu’on en ait eu- constituaient pour les puissances d’argent une menace insupportable car elles mettaient fortement en cause leur domination. Elles ont décidé de détruire en se donnant une stratégie et un outil communs pour atteindre leur objectif.
 
L’Union Européenne est une stratégie qui vise à assurer la domination du Capital.

Avec  à leur tête les grands possédants de France et d’Allemagne, ils ont décidé, sous la pression du gouvernement des Etats-Unis : leur concurrence ne prendrait plus de forme militaire. Certes, leur compétition continuerait -et elle se poursuit aujourd’hui- mais la priorité était de faire face ensemble à la montée en puissance politique des peuples, de reprendre la main sur l’économie et la monnaie, de pouvoir continuer à imposer la régression sociale.

C’est d’ailleurs dans cette stratégie -et non dans la fin des nationalismes qui n’en étaient que le déguisement- que se trouve l’origine de la fin des affrontements militaires en Europe Occidentale depuis près de soixante-dix ans. C’est la crainte de la puissance des peuples qui leur a imposé la paix. C’est pour affronter les peuples que les puissants ne se sont plus fait la guerre : ils sont passés, par nécessité, de l’affrontement militaire entre eux à la guerre contre les peuples.

Leur outil a un nom, il s’appelle intégration européenne. Sa grande efficacité, du point de vue des puissants, est qu’il permet de déconnecter l’économie et la monnaie de la souveraineté politique des peuples et donc de la maîtrise publique. L’économie et la monnaie sont régies par des lois qui établissent explicitement la souveraineté du capital : du Traité de Rome (1957) au Traité de Lisbonne (2008), en passant par l’Acte Unique européen (1986) et le Traité de Maastricht (1992), c’est ce qu’affirment tous les textes qui ont jalonné l’intégration européenne.


L’histoire de l’Union Européenne c’est la mise en chantier de cette stratégie de classe.

Pendant près de quatre décennies, les peuples ont résisté et les puissances économiques et financières ont eu du mal a imposé leur projet. Cependant, force est de constater que depuis le milieu des années 1980,  les événements se sont accélérés. Et toujours avec le même processus : des abandons de souveraineté politique des peuples (plus de pouvoirs à Bruxelles) ; des reculs de la maîtrise publique de l’économie (les vagues de privatisations) voire l’abandon de cette maîtrise publique pour la monnaie (création de l’Euro et indépendance de la Banque Centrale Européenne)…

Et c’est cette législation européenne qui rend illégale la maîtrise publique de l’économie -c'est-à-dire qui prive chaque peuple du fruit de son travail- qui a entrainé des régressions sociales insupportables pour la majorité des populations…et une richesse sans cesse accrue pour une minorité qui se gave des fruits du travail de l’immense majorité.

C’est en ce sens qu’il n’est pas exagéré d’affirmer, à la lumière de l’expérience, que l’Union Européenne veut faire tourner la roue de l’histoire en arrière. En effet, plus ça va et plus elle ressemble à un empire -qui a vocation constante à étendre son territoire- où l’aristocratie de l’argent a remplacé la noblesse de naissance et dans lequel les salariés n’auront bientôt pas plus de droits sur les richesses qu’ils produisent que les serfs d’avant la Révolution Française.

C’est assurément ce qui nous attend si nous ne nous attaquons pas aux causes profondes de cette situation car la voracité des possédants est sans limite. Alors, comment résister à cette entreprise de destruction démocratique et sociale que constitue l’Union Européenne et avec quelles exigences contre-attaquer pour faire prévaloir nos droits en tant que citoyens membres d’un peuple souverain et en tant que salariés, producteurs seuls créateurs de richesses ?

Tirer les leçons de l’expérience est indispensable pour savoir à quoi nous avons à faire ; mais cela ne suffit pas. Pour nous imposer, il est aussi indispensable de résister et de passer à l’offensive. Résister aux discours des fanatiques de l’Union qui, à longueur de médias, prêtent à l’Union Européenne des valeurs qu’elle détruit et nous menacent des pires catastrophes dès que nous la mettons en cause. Passer à l’offensive, c'est-à-dire formuler ce que sont les conditions politiques et économiques nécessaires à une coopération entre les peuples d’Europe…et du reste du monde.

OSER AFFRONTER LE DISCOURS DES PARTISANS DE L’UNION EUROPEENNE

Pour commencer, ne pas perdre la guerre des mots. La question posée n’est pas celle comme on le dit souvent, sans en mesurer les conséquences, celle de « l’Europe ». Celle-ci  constitue une convention géographique qu’il n’est au pouvoir de personne de remettre en question.

Ce dont il s’agit c’est de « l’Union Européenne » qui est une construction politique, économique, monétaire et juridique. Elle a été faite et elle peut être défaite, sans que pour autant notre continent disparaisse. Un pays peut la quitter sans que la mer ne le submerge ou qu’il soit contraint pour le faire de dresser des murailles sur ces frontières. Nous avons vécu sans l’Union Européenne…et, si nous le décidons, nous pourrons le faire sans elle. Pas de panique, c’est  l’arme essentielle des promoteurs de l’intégration européenne !

Il est donc nécessaire de bien voir que remettre en question l’Union Européenne au nom de la souveraineté populaire et de la maîtrise publique de l’économie, ce n’est ni mettre en danger la paix, ni prendre le risque de la ruine économique, ni se fermer à toute coopération ou aux échanges de toutes sortes entre les peuples, ni manifester une quelconque xénophobie ou un « rejet de l’autre ».  Au contraire.

L’Union Européenne, ce n’est pas la paix, au contraire !

On nous serine : « L’Europe c’est la paix, la mettre en question ferait courir le risque du retour de la guerre ! ». Mais, depuis 1945, la paix en Europe occidentale n’a pas été le produit de la construction européenne mais, comme nous l’avons vu, le résultat d’une décision stratégique des possédants pour endiguer l’affirmation politique des peuples et faire face à une situation géopolitique issue de la Seconde Guerre Mondiale.

Hier, ce ne sont ni les nations, ni la souveraineté des peuples qui ont été à l’origine du déclenchement des guerres mais les affrontements entre des capitalistes concurrents -notamment ceux d’Allemagne et de France-. Et si ces guerres, visaient toujours à soumettre des nations et à asservir des peuples aux intérêts de puissances économiques et financières étrangères, l’exemple de la Seconde Guerre Mondiale, en France, montre que dans ces situations les classes dominantes du pays agressé ont collaboré avec les agresseurs -contre leur propre peuple-  pour trouver des compromis qui préservent leurs intérêts.

Aujourd’hui, c’est parce que, sous la houlette de l’Union Européenne, les puissances économiques et financières coalisées mettent les peuples en concurrence et abolissent la souveraineté politique de chaque peuple que se développent les tensions entre les pays appartenant à l’Union Européenne. Et on peut aussi constater que ces vingt dernières années, au fur et à mesure du renforcement de l’Union Européenne, les conflits se sont développés à son immédiate périphérie (ex Yougoslavie, Lybie, Syrie, Ukraine…), et que sa constante volonté d’expansion territoriale et son ambition de contrôler les sources d’énergies n’ont pas été étrangères au déclenchement de ces conflits.

Personne ne peut affirmer que l’Union Européenne a constitué un facteur de renforcement de la paix et de l’amitié entre les peuples, au contraire !

L’Union Européenne ce n’est pas la coopération, c’est la régression et les inégalités !

On nous rabâche : « Mettre en cause l’Union Européenne, c’est mettre en danger le développement économique et la coopération et les échanges entre les peuples ».

Si l’on considère les chiffres de la croissance, on ne peut pas dire qu’en matière de croissance économique l’Union Européenne ait un bilan flatteur. Hormis les profits des grands groupes, ce qui s’est développé, si l’on peut dire, ce sont la casse industrielle (la région Centre en sait quelque chose), les concentrations des grandes entreprises et leur main mise sur les sous traitants et les inégalités dans les échanges commerciaux entre les différents pays. D’ailleurs, de plus en plus d’économistes affirment que l’Euro constitue une cause essentielle de cette réalité. On ne peut pas dire qu’il s’agit là d’un exemple convaincant d’une coopération réussie entre les pays.

Sous prétexte d’échanges, c’est cette Union Européenne qui a surtout permis une totale liberté de circulation des capitaux. Et ce qui intéresse le Capital. Ce n’est ni le développement industriel sur chaque territoire, ni l’égalité des échanges et encore moins la coopération. Son but ce sont les profits et la concentration de la propriété.

C’est ce qui fait qu’aujourd’hui la majorité des grandes entreprises françaises sont aux mains de capitaux étrangers (le projet actuel de cession d’ALSTOM à GENERAL ELECTRIC ou à SIEMENS étant le dernier exemple de cette réalité)…

Toute l’histoire le montre, et près de trente ans de « libre circulation des capitaux » -le premier commandement de l’Union Européenne- le confirme : il ne peut pas exister de développement économique équilibré entre les territoires sans existence d’une maîtrise publique -forte pour l’économie et totale pour les banques et la monnaie-…et l’expérience montre aussi que cette maîtrise publique ne peut se fonder que sur un exercice vigilant de la souveraineté politique de chaque peuple.


L’Union Européenne interdit le débat politique, elle nous fait la morale !

Aujourd’hui, dès que l’on analyse l’Union Européenne comme une construction politique fondée, dans l’intérêt exclusif des puissances économiques et financières, sur la déstruction de chaque souveraineté populaire sur l’économie et la monnaie, c’est le branle bas de combat chez les partisans les plus durs de l’intégration européenne…comme chez nombre de celles et ceux qui prônent une « autre Europe ». On nous déclare : « La sortie de l’Europe et de l’Euro, c’est une hérésie économique et sociale » ; on nous assure qu’employer les termes de souveraineté populaire ou d’indépendance nationale serait faire preuve « de rejet de l’autre, de racisme, de xénophobie même ! ». Le débat n’est pas facile et la stigmatisation se substitue souvent à l’argument.

S’il est incontestable que le racisme existe -et les conséquences sociales et économiques des politiques menées au nom de l’Union Européenne n’y sont pas pour rien-, il est tout aussi incontestable que la majorité des citoyens de notre pays ne sont pas racistes, le taux des mariages mixtes -incomparablement supérieur en France que dans les autres pays de l’Union Européenne- le démontre. Alors ?

Alors, il ne faut pas tout confondre :

. Quand de plus en plus de Français éprouvent le sentiment qu’ils ne sont plus écoutés -individuellement, comme citoyen - ou collectivement, en tant que communauté politique souveraine.

. Quand ils ont le sentiment que les engagements des politiques ne sont pas tenus et que les décisions sont prises sans qu’ils soient consultés ou, pire même, contre l’avis qu’ils ont formulé.

. Et quand l’expérience ne leur donne pas tort et que, souvent, c’est au nom des « exigences » de la construction européenne que ces dénis de démocratie ont été faits.

Alors, il ne faut pas s’étonner que des millions de femmes et d’hommes de ce pays souffrent de ne pas avoir la maîtrise politique de leur vie et attribuent, à raison, la source de cette situation à l’Union Européenne et à ses promoteurs.

Les traiter de « racistes », « d’hérétiques » ou de « xénophobes » c’est, d’abord, confondre une catégorie importante de la morale -le respect de l’autre- avec une catégorie centrale de la politique -la souveraineté populaire- sans laquelle il ne peut exister de démocratie politique pleine et entière ; c’est,  ensuite, remplacer le débat démocratique, argument contre argument, par la stigmatisation et la diabolisation (il fut un temps où l’enfer était promis aux hérétiques) ; c’est, enfin, en refusant d’entendre une demande politique, préparer pour le coup, de beaux jours au racisme et à la xénophobie !


Retourner les arguments des partisans de l’intégration européenne contre eux et montrer que c’est elle qui est responsable de ce dont elle nous accuse, c’est une condition nécessaire pour qu’ait lieu le débat public qui nous permette de sortir de la régression démocratique, économique et sociale dans laquelle nous sommes enfoncés depuis trente ans.

Mais cela ne suffira pas. Pour gagner ce débat, il est indispensable de formuler et de faire partager les mesures dont l’adoption permettra de construire entre les peuples d’Europe, et plus largement entre tous les peuples, des coopérations mutuellement avantageuses et facteurs de développement et de paix.


CONJUGUER LES POINTS DE VUE DU TRAVAIL ET DE LA DEMOCRATIE, CE SONT LES SEULS  FONDEMENTS DE VERTITABLES COOPERATIONS ENTRE LES PEUPLES

A l’heure actuelle dans l’Union Européenne, tant au plan économique qu’au plan monétaire, il n’existe pas de coopération entre les peuples pour la simple raison que les peuples n’ont aucun pouvoir sur ces questions.

Sur le plan économique, du fait de la libre circulation des capitaux, tous les échanges économiques sont maîtrisés par les puissances économiques et réalisés dans la seule perspective de leur rentabilité. Les besoins des peuples, l’organisation territoriale de la production, les choix de production sont des exigences qui ne sont pas prises en compte.

Au plan monétaire, la situation est encore plus simple : l’existence de l’Euro et celle de la Banque Centrale fait que la puissance publique n‘a plus rien à dire sur cette question.

Dans ces deux domaines, les peuples n’existent plus !


Or, la condition première de la construction de coopérations, c’est l’existence des coopérateurs. La première question qui nous est posée, si nous voulons construire des coopérations, est de savoir quels sont les moyens nécessaires à l’existence de chaque coopérateur, c'est-à-dire de chaque peuple.

Contrairement à ce qu’on pense spontanément l’existence d’une coopération entre les peuples de l’Union Européenne, ne se joue pas à Bruxelles ou à Strasbourg. Dans ces « capitales de l’Union Européenne », c’est la destruction de réelles coopérations entre les peuples qui se réalise. La construction de réelles coopérations passe d’abord par la construction des coopérateurs ; c’est donc d’abord dans chaque pays que cette question est posée…Parce que c’est sur son territoire politique que chaque peuple pourra construire la réponse.

Evidemment,  dire cela ce n’est pas dire qu’il faut fermer les frontières, procéder au repli, se laisser enfermer dans une construction fédéraliste qui accentuera la mise en concurrence entre les régions avec tous les risques d’opposition entre les populations que cela induit !

Cela ne veut pas davantage signifier qu’il faut arrêter les échanges jusqu’au jour où chaque peuple sera prêt en attendant des jours meilleurs. Mais c’est bien voir que sans se placer dans cette perspective, tout ira de plus en plus mal et que toute possibilité de coopérations véritables sera inaccessible à des peuples dépourvus de toute puissance politique et économique.


En effet, si l’exercice de la souveraineté politique de chaque peuple ne peut se réaliser que dans sa nation, son territoire politique, elle doit aussi, pour être pleine et entière, se fonder sur la pleine maîtrise des richesses produites par son travail. Dimension politique, dimension démocratique et dimension anticapitaliste sont inséparables. Se donner pour objectif, comme c’est nécessaire, de restaurer la souveraineté populaire, sans assumer la nécessité anticapitaliste de sa réalisation, c’est se raconter des histoires car c’est ne pas se donner les moyens de son objectif.

Il ne peut exister de pleine souveraineté populaire sans les moyens de son exercice. En effet, une maîtrise publique importante de l’économie et du crédit et de la monnaie constitue une condition nécessaire pour pouvoir décider des grands choix de la production, des conditions de sa réalisation et d’une juste répartition des richesses créées par le travail.

Cela implique donc comme moyens, pour en rester à l’essentiel :  une forte maîtrise publique de l’économie et du système bancaire (pour maîtriser l’investissement et le crédit) ; une maîtrise publique exclusive de la production monétaire (pour sortir de l’esclavagisme de la dette qui n’est pas la nôtre) ; une augmentation massive des salaires et des moyens et du champ d’intervention de la protection sociale …bref, un ensemble de réformes qui permettent une maîtrise publique de l’économie et un statut du travail salarié qui concourent à l’exercice réel de sa citoyenneté individuelle et d’une souveraineté politique collective.

Cela implique évidemment l’abolition de la libre circulation des capitaux car, dans un monde où cette « liberté » a force de loi, tout ce qui est public (hier, les entreprises publiques ; aujourd’hui, les services publics ; et, demain, les administrations…) est condamné à tomber sous la coupe du Capital. Les décisions prises au cours des derniers jours par le Gouvernement Italien, de mettre fin au statut des fonctionnaires, ouvrent la voie pour le Gouvernement Français.

A l’inverse, se donner des objectifs sociaux de haut niveau en éludant le fait que seul l’exercice d’une souveraineté populaire nationale permettra de se donner les moyens économiques et monétaires de la réalisation de ces objectifs, c’est se raconter des histoires  et c’est entraîner celles et ceux à qui nous nous adressons dans une impasse désespérante. C’est la situation que nous vivons depuis plusieurs années.

Sur toute la planète, l’expérience montre qu’il n’y a jamais eu d’avancées anticapitalistes réelles hors du cadre de l’affirmation d’une souveraineté politique populaire nationale. Et que ce n’est qu’à partir de cette affirmation que se sont construites des solidarités plus larges Et, depuis des décennies, l’expérience montre aussi, que les appels réitérés au rassemblement européen des salariés -sans que celui-ci ne soit articulé d’abord sur une forte mobilisation nationale- sont d’une terrible inefficacité et n’ont pas empêché une seule mesure du Capital contre le travail. C’est aussi pour ces raisons que le peuple français a dit NON au CTE ( Traité de Communauté Européenne )

Constater cette réalité, ce n’est pas refuser la nécessaire solidarité de classe à l’échelle internationale contre le Capital. Au contraire, c’est bien voir que pour que cette solidarité de classe se développe de façon efficace, elle a besoin de la médiation de la souveraineté politique de chaque peuple. Ce n’est qu’en s’affirmant politiquement comme citoyens, à la seule échelle politique dont ils disposent pour ce faire, celle de la nation, que les producteurs de richesses (les salariés) pourront construire leur puissance politique comme peuple et, ce faisant, construire un rassemblement efficace contre le capital. Toute autre démarche repose sur une illusion, celle de l’existence d’un « peuple européen » -voire mondial- qui ne peut pas exister, du fait de l’irréductible singularité des différentes sociétés produites par l’histoire sur notre planète.

Constater cette réalité, ce n’est pas refuser les nécessaires coopérations de tous ordres entre les différents peuples de notre continent…comme du reste du monde. Au contraire, c’est définir les exigences de véritables coopérations démocratiques, pacifiques et mutuellement avantageuses pour les peuples. Se soustraire à ces exigences et décider que désormais tout doit se décider au niveau d’une organisation supranationale -comme nous le faisons aujourd’hui- voire mondiale, comme différents projets de traités le proposent, c’est condamner chaque peuple à l’impuissance politique. L’échelle politique de la puissance politique de chaque peuple c’est l’échelle de sa nation. L’échelle de l’Europe, ou celle du monde, celle de la puissance politique exclusive du Capital parce que c’est celle de ses marchés ! Doit-on s’y soumettre éternellement ?

En conséquence, pour combattre efficacement le Capital et créer les conditions de vraies coopérations entre les peuples, cela nécessite de se donner comme objectifs les moyens que s’exerce réellement la souveraineté politique de chaque peuple. Pour, là encore en rester à l’essentiel et concernant la France, il s’agit de promouvoir des institutions démocratiques et, sans doute, la suppression de l’Election Présidentielle et l’instauration d’un système intégralement proportionnel pour élire une Assemblée Nationale devant laquelle le Gouvernement rende compte.

Cela implique aussi de combattre avec détermination la politique gouvernementale d’austérité et de confiscation des pouvoirs de décisions des citoyens que porte la réforme des collectivités territoriales et de réorganisation des services de l’Etat dont l’objectif essentiel demeure la main mise par les grandes firmes multinationales sur l’ensemble des activités

Ainsi, les trois critères essentiels pour juger -du point de vue du travail, de celui de la démocratie et de celui de coopérations véritables entre les peuples- de la qualité d’un candidat lors des prochaines Elections des Députés au Parlement Européen sont finalement relativement simples :

- premier critère : quelle analyse, s’il en fait une, car peu s’y risqueront, fait-il des résultats et des causes de la situation actuelle de l’Union Européenne ?

- deuxième critère : comment, s’il aborde en tant que tel ces questions, articule-t-il la double exigence d’affirmation de souveraineté populaire et de lutte anticapitaliste ?

- troisième critère : fonde-t-il sur cette double exigence la nécessité de coopération véritable entre les peuples ?

C’est à chacune et à chacun, à partir de sa réflexion et de ses intérêts d’y réfléchir et de se déterminer.  Cependant, quel que soit le choix de chacune et de chacun ; et quel que soit le résultat de ces élections -qui ne sera pas sans signification- selon la répartition des voix entre les partis et le niveau d’abstention, une chose est certaine : il y aura nécessité pour avancer, construire des luttes massives et lucides.

Et si l’efficacité de ces luttes dépendra bien sûr de la dimension des rassemblements qu’elles construiront, elle dépendra tout autant de la façon dont elles porteront les exigences de souveraineté populaire et d’affirmation du travail contre le Capital. A ces luttes, la CGT devra apporter sa contribution pleine et entière, leur efficacité dépendra du nombre de salariés syndiqués à la CGT et de l’implication des salariés dans les luttes revendicatives.



Blois, le 6 Mai 2014


COMITE REGIONAL CGT CENTRE



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18 mai 2014 7 18 /05 /mai /2014 19:48

emmanuel-todd

Dans un entretien exclusif avec Herodote.net, l'historien Emmanuel Todd analyse l'évolution de l'Union européenne et dit son intention de ne pas aller voter le 25 mai, pour la première fois de sa vie. Un choix raisonné et, de son point de vue, civique...

Par ses travaux sur les structures familiales, Emmanuel Todd est l'un des principaux historiens de sa génération. C'est aussi un témoin engagé de son époque qui peut se flatter de n'avoir jamais été pris en défaut dans ses nombreux essais. Volontiers provocateur, il s'est attiré quelques inimitiés par ses interventions dans la presse et à la télévision mais rares sont les contradicteurs qui s'estiment assez armés pour lui faire front.

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Herodote.net : À vous lire, on peut se demander si vous avez le don de prophétie. En 1976, à 25 ans, votre coup d'essai fut un coup de maître car vous avez annoncé dans La Chute finale l'effondrement à moyen terme du système soviétique sans connaître pour autant l'URSS.


Emmanuel Todd : Je vais vous l'avouer, il n'y a rien de miraculeux là-dedans ! Je fais simplement un peu plus attention que d'autres aux chiffres qui traînent partout. Par exemple, mon intuition sur La Chute finale est venue de ce que la mortalité infantile en URSS était en train de fortement remonter. C'est un phénomène exceptionnel et j'y ai vu l'effritement du système. J'en ai conclu que le pouvoir soviétique était condamné à brève échéance.


Plus récemment, en pleine guerre froide irano-américaine, j'ai pronostiqué avec mon ami Youssef Courbage l'entrée dans la modernité de l'Iran et de plusieurs pays arabes (Le Rendez-vous des civilisations, 2007). Ce n'était pas difficile, il suffisait de regarder le nombre d'enfants par femme et le pourcentage d'étudiantes à l'université. En adoptant une rationalité familiale proche des standards occidentaux, ces peuples étaient prêts à se convertir aussi à une nouvelle rationalité démocratique et politique.


En ce qui nous concerne, c'est différent. En écrivant L'invention de l'Europe, en 1990, j'ai pris conscience de l'extrême diversité anthropologique de notre continent et j'y ai vu l'illusion de réduire l'Europe à une construction étatique. Gardons-nous de sacrifier notre diversité car elle est la clé de notre dynamisme.


Pour cette raison, bien que partisan de l'Union européenne, j'ai voté Non au traité de Maastricht qui lançait la monnaie unique et, en 1995, quand mon livre a été réédité, je me suis hasardé à écrire dans la préface : « Soit la monnaie unique ne se fait pas, et L'Invention de l'Europe apparaîtra comme une contribution à la compréhension de certaines impossibilités historiques.
Soit la monnaie unique est réalisée, et ce livre permettra de comprendre dans vingt ans pourquoi une unification étatique imposée en l'absence de conscience collective a produit une jungle plutôt qu'une société.  »


Herodote.net : Nous y voilà ! Vous avez donc aussi voté Non au référendum sur le Traité constitutionnel en 2005 ?


Emmanuel Todd : Eh bien, pas du tout ! Quand la monnaie unique est arrivée, j'ai voulu faire preuve d'optimisme en bon citoyen européen et j'ai voté Oui au référendum. Mais la réalité nous a tous rattrapés...


Cela dit, j'ai été scandalisé par le viol du suffrage universel qu'a représenté le passage en force du traité constitutionnel sous le nom de Traité de Lisbonne. J'y vois un tournant historique avec le basculement dans une forme de post-démocratie. L'oligarchie s'assoit sur le suffrage universel... comme en Afghanistan où l'on affecte de prendre au sérieux des scrutins dont on sait pertinemment qu'ils sont massivement truqués. Nos parlementaires sont certes mieux élus mais ils n'ont pas plus de respect pour leurs électeurs et n'ont rien à faire de leur avis. Quand la révolte des Bonnets rouges a éclaté en Bretagne, les élus locaux n'ont rien vu venir et ils ont choisi de détourner les yeux ou de condamner les manifestants. Les discours sur la « fracture sociale » ou le « monde de la finance » ne servent que le temps d'une campagne. Rien à voir par exemple avec les débuts de la IIIe République en France.


Ce fossé entre les élus et les électeurs est bien plus grand encore au Parlement européen en raison du scrutin de liste à la proportionnelle, qui fait qu'on ne choisit pas une personne mais une étiquette, et plus encore parce que ce Parlement ne sert à rien !


Herodote.net : Le Parlement européen ne sert à rien ? Vous exagérez ?


Emmanuel Todd : Pas du tout. Voyez donc. Qu'il s'agisse de la crise financière ou des enjeux géopolitiques en Ukraine ou en Afrique, c'est au Conseil européen des chefs d'État et de gouvernement, à la Banque Centrale Européenne et à la Commission européenne que se prennent toutes les décisions. Et c'est la Commission européenne qui détient le droit d'initiative alors que, dans toute véritable démocratie, il revient au Parlement.

Nous avons affaire à un « Parlement Potemkine », un vernis démocratique pour un système qui ne l'est pas. En toute confidence, les députés eux-mêmes ne se font pas beaucoup d'illusions. En réunion autour d'un verre avec d'anciens députés, ceux-ci ne m'ont parlé que de la maison qu'ils avaient pu acheter grâce à leurs indemnités !


Je constate que la Nation demeure le seul lieu au sein duquel nous pouvons faire valoir nos opinions par le vote. Et c'est le seul lieu où nos votes peuvent encore peser sur les choix de société.


Participer aux élections européennes n'a pas plus de sens pour moi que de voter aux États-Unis... quoique, si l'on me permettait d'échanger mon droit de vote au Parlement de Strasbourg contre un droit de vote aux présidentielles américaines, je choisirai ce dernier car, par son pouvoir de décision, le président américain a plus d'influence sur ma vie que les députés européens !


En conséquence, j'ai choisi de ne pas aller voter le dimanche 25 mai. Je ne veux pas apporter ma caution à une institution non démocratique et proprement illégitime.


Herodote.net : Comment ? Mais s'abstenir, ce n'est pas un comportement civique ! Et ce n'est pas comme ça que vous ferez bouger les choses ! Au moins, vous pourriez choisir de voter avec un bulletin blanc.


Emmanuel ToddVoter blanc, c'est signifier que l'on croit en ce système et qu'il suffirait de changer le personnel pour l'améliorer et le démocratiser. Mais c'est une illusion. Même Le Monde, porte-parole des européistes, l'admet : tout ce qu'on peut attendre des élections, c'est de passer d'une orientation de centre droit à une orientation de centre gauche ! Que l'on vote ou non, cela ne changera rien au fonctionnement des institutions européennes, de la BCE comme de la Commission. Celles-ci continueront de tourner au-dessus nos têtes en ignorant le Parlement, ses députés et ses électeurs, de quelque parti qu'ils soient.


Ces institutions n'empêchent d'ailleurs pas les nations et les égoïsmes nationaux de s'exprimer. Quand le britannique BAE et le franco-allemand EADS ont voulu se rapprocher pour créer un géant européen de l'aéronautique, Angela Merkel y a mis son veto pour préserver les emplois allemands... En géopolitique, c'est encore plus net : chaque gouvernement agit selon ses intérêts en habillant ceux-ci d'une vague résolution européenne. La France agit seule en Afrique tandis que l'Allemagne mène la danse en Russie. Ce n'est pas un hasard si quatre des sept observateurs européens retenus en otage en Ukraine étaient Allemands.

S'abstenir, c'est signifier que l'on n'est pas dupe de la mascarade. C'est dénoncer l'européisme béat des partis classiques. C'est aussi dénoncer le Front National en mettant en évidence son appartenance au système. L'abstention massive aux élections européennes, si elle se vérifie, aura une conséquence pour le moins positive : elle témoignera de ce que la nation demeure le seul échelon démocratique au sein duquel peuvent s'affirmer les solidarités.


Propos recueillis par André Larané pour Herodote.net, le 12 mai 2014
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17 mai 2014 6 17 /05 /mai /2014 22:12

jacquessapir

Jacques Sapir

le 16 mai 2014

Le « roman de l’Euro » présenté le jeudi 15 mai 2014 au soir a été l’occasion d’une scandaleuse soirée de propagande sur France-2 ! Non que l’on ne puisse parler ni même défendre l’Euro sur cette chaîne, comme sur les autres d’ailleurs. Mais le déséquilibre de l’émission, réalisée à grands frais par le service public et la malhonnêteté de l’argumentation ont passé les bornes.

 

On a bien été en présence d’un exercice de « Funkpropaganda ». L’histoire de l’Euro nous a donc été présentée comme un « roman ». Mais pour la majorité des Français, mais aussi des Italiens, des Espagnols, des Portugais et des Grecs, il s’agit d’un véritable cauchemar. Il faut signaler que les réalisateurs n’avaient pris aucun risque.

 

Les voix discordantes étaient réduites au strict minimum. Et si il faut saluer le courage d’un Philippe Villin, droit dans ses bottes et dans ses convictions face à ses adversaires et toujours très battant sur ce terrain, le spectateur moyen est laissé dans l’ignorance sur le nombre important d’économistes qui ont exprimé, ou qui expriment aujourd’hui, leurs doutes quant à la survie et surtout l’efficacité de l’Euro[1].

 

Des Bernard Maris, conseiller économique à la Banque de France, Bernard Mazier, Alain Cotta ou Frédéric Lordon, il ne fut donc pas questions, ni des quelques soixante-dix noms d’économistes européens ou américains. Le téléspectateur sera donc laissé dans l’ignorance qu’il existe une association d’économistes réputés combattant l’Euro, le European Solidarity Manifesto[2]. Il ne saura donc pas que la ESF-liste des membres inclut non seulement des économistes de premier plan, mais aussi des professionnels réputés et des responsables ou ancien responsables des Banques Centrales. Il ne saura pas, non plus, que plusieurs journalistes économiques de premier plan, dont le rédacteur en chef adjoint de l’Expansion[3], ont pris position très nettement pour une sortie de l’Euro dans un livre récent[4]. De « débat » donc, il n’y eut que le nom, et cela est indigne, mais hélas très habituel, dans la télévision publique mais aussi dans la France en général. Et l’on ne peut qu’être frappé du décalage de la situation entre notre pays et l’Italie ou l’Allemagne, pour ne pas parler de la Grande Bretagne ou des Etats-Unis. Une réflexion poussée sur l’état de la démocratie dans notre pays s’imposera pour la suite.

LIRE LA SUITE ICI sur le site RussEurope

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14 mai 2014 3 14 /05 /mai /2014 17:00

 

APPEL

DE L’UNION DEPARTEMENTALE CGT

DE SEINE-MARITIME

 

 

La Commission Exécutive de l’Union Départementale CGT de Seine-Maritime réunie le 5 mai 2014, après avoir fait un état de la situation et devant l’entêtement du gouvernement à ne pas répondre à nos attentes sociales, appelle les salariés à amplifier la mobilisation.

 

Dans le même temps, nous interpellons notre Confédération CGT, engagée dans un processus de mobilisation pour porter un message au patronat, au gouvernement et aux salariés, en fixant l’objectif d’une prochaine journée nationale d’action interprofessionnelle.

 

L’objectif que nous pourrions viser est la conférence sociale prévue en juillet 2014.

 

Face à ce contexte inédit où seules « les revendications » patronales sont prises en compte ,et tout en ayant conscience que la CGT doit être présente là où les intérêts des salariés sont en jeu, nous devons tirer la sonnette d’alarme en refusant de participer à cette conférence dite sociale.

 

La CGT était présente à la conférence sociale des 9 et 10 juillet 2012 et avait participé aux 7 tables rondes.

 

La CGT était présente à la conférence sociale des 20 et 21 juin 2013. Elle avait fait 6 déclarations dans les différentes tables rondes organisées à cette conférence :

 

  1. sur l’emploi et la fonction professionnelle.

  2. Sur les conditions de travail, les risques professionnels et la santé au travail

  3. sur le développement des filières et anticiper les emplois de demain.

  4. sur l’avenir des retraites et de notre protection sociale.

  5. sur le rôle et le développement des services publics.

  6. sur une Europe sociale

 

Ce que nous pouvons hélas constater, c’est qu’à chaque fois des mesures ont été prises par le gouvernement en faveur du patronat pour diminuer le « soi-disant» coût du travail, repousser l’âge de départ en retraite, démanteler nos services publics et notre protection sociale alors que les questions urgentes sur le pouvoir d’achat et la situation de l’emploi demeurent. Voilà le bilan que l’on en a tiré.

 

Le 21 avril 2014, la CGT a accepté l’invitation du nouveau 1er Ministre Valls.

 

Qu’en est-il ressorti ? Une semaine plus tard, Valls faisait adopter à l’assemblée nationale le pacte de stabilité avec 50 milliards d’euros d’économies (18 milliards pour l’Etat, 11 milliards en moins pour les collectivités locales, 10 milliards pour l’assurance maladie et 11 milliards pour la protection sociale).

 

Tout ceci confirme que nous ne voyons pas l’intérêt que la CGT participe à la conférence sociale ou l’intérêt du gouvernement que de faire valider aux organisations syndicales la politique d’austérité qu’il entend mener au service du grand patronat.

 

Pour la CGT, l’intérêt face à cette situation est d’être aux côtés des salariés actifs, privés d’emplois et retraités pour agir avec eux, à construire ce rapport de force nécessaire, pour réussir une prochaine journée d’action nationale interprofessionnelle la plus unitaire possible avant les congés d’été.

 

C’est ce message que toute la CGT doit porter aux salariés et aux autres organisations syndicales.

 

C’est ce message que nous devons porter au gouvernement, pour qu’il y ait un véritable changement de politique répondant à nos attentes sociales.

 

C’est ce message que nous devons porter au patronat, pour qu’il mette en œuvre une autre répartition des richesses au service des salariés et de la population.

 

C’est de cela dont nous devons débattre à notre prochain Comité Confédéral National de la CGT les 13 et 14 mai prochains.

 

Rouen, le 5 mai 2014

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14 mai 2014 3 14 /05 /mai /2014 11:01

 

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Journée de l’Europe

La CGT appelle à porter la voix du progrès social
lors des élections du Parlement européen

En ce 9 mai, déclaré « Journée de l’Europe », la CGT rappelle que l’Europe fut bâtie, au sortir de la 2nde Guerre mondiale sur la paix et la coopération entre les peuples. Elle déplore qu’aujourd’hui, cette conception fondamentale soit battue en brèche par des gouvernements européens influencés par les objectifs de libéralisation des marchés et appelle à porter la voix du progrès social lors des élections du Parlement européen.

Dans une déclaration adoptée par sa Commission exécutive confédérale, mardi 6 mai 2014, la CGT estime en effet que les questions sociales doivent être au cœur des débats européens, notamment au moment des élections européennes, dont le 1er tour aura lieu le dimanche 25 mai prochain. Elle y appelle l’ensemble des salariés, des retraités et des privés d’emploi à se saisir de ces questions pour porter la voix d’une autre Europe sociale qui refuse leur mise en concurrence et l’opposition entre les peuples.

Pour la CGT, il ne fait aucun doute que les politiques actuellement menées tournent le dos aux objectifs progressistes et renforcent, dans tous les pays de l’Union européenne, le sentiment que c’est à cause de l’Europe que l’on vit de plus en plus mal. Ce sentiment conduit à un recul de la confiance en l’avenir et à une défiance de plus en plus forte envers les partis politiques qui gouvernent, ou prétendent le faire, pouvant se traduire par l’abstention ou le vote d’extrême droite, comme nous venons de le vivre en France.

Les institutions démocratiques sont menacées par le creusement des inégalités et il y a urgence à réorienter les politiques économiques en faveur du monde du travail.

Des alternatives responsables aux politiques d’austérité économique conduites, aujourd’hui, dans la plupart des pays d’Europe sont en effet possibles, à travers, notamment, la mise en place du Plan d’investissement proposé par la Confédération européenne des syndicats (CES) qui permettrait de créer jusqu’à 11 millions d’emplois de qualité, dans une Europe qui compte aujourd’hui 26 millions de sans-emploi.

A l’opposé d’un repli sur soi des peuples européens, c’est une Europe où chacun contribue au développement de tous, par ses propres atouts, qu’il nous faut construire, tous ensemble. Nous voulons une Europe qui soit au service des peuples et du monde du travail, de toutes les nations, qui soit une opportunité pour développer ensemble dans la paix, une économie qui garantit la création d’emplois, le progrès social et l’élévation des droits de tous les salariés, privés d’emploi et retraités.

Lire l’intégralité de la déclaration de la Commission exécutive confédérale

Montreuil, vendredi 9 mai 2014

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Les commentaires de Jean LÉVY sur son blog:

Quand la direction confédérale de la CGT fait de la politique...ce n'est pas pour appeler à la solidarité avec les mineurs du Donbass ukrainien, victimes des bandes fascistes envoyées par la junte de Kiev pour mater la population révoltée. 

NON ! C'est pour appeler à voter pour l'Union européenne, qualifiée d'"Europe sociale", pour cette Europe qui, depuis le traité de Maastricht,  impose l'austérité et le chômage à tous les peuples vivant sous sa férule, cette Europe PS-CDU sous direction allemande, mise en place par l'oligarchie financière et industrielle, et soutenue par la droite comme par la "gauche", comme par la CES collabo du patronat.

Comment ne pas réagir avec colère au communiqué de la CGT (ci-dessus)...

 

Jean LÉVY

adhérent de la CGT depuis septembre 1944, il y aura 70 ans dans quatre mois qui n'a pas pris sa carte confédérale pour faire partie d'organisation dont la direction pratique la collaboration de classe.

Va-t-on tolérer longtemps sans réagir à ce dévoiement ?

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Je ne peux que m'associer au commentaire de Jean Lévy et faire part de ma sidération dès la lecture de la première phrase du communiqué de la confédération CGT. Comment cette dernière peut faire sienne la fable de la création de "L'europe" au sortir de la deuxième guerre mondiale bâtie "sur la paix et la coopération entre les peuples", alors que tous les historiens sérieux s'accordent sur l'idée qu'il s'agissait avant tout d'assurer le règne sans fin du Capital et de "lutter contre le communisme" en empêchant la victoire du socialisme dans les pays occidentaux, notamment et France et en Italie, qui disposaient alors de partis communistes puissants.

EL DIABLO

 

La première phrase relève du révisionisme tout simplement.  Les études historiques les plus officielles sur la naissance de l'UE, alors nommée "Marché commun", si elles mettent l'accent sur la paix ( voile hypocrite jeté sur des décisions purement capitalistes ), n'oublient pas de mettre en avant la libre circulation des hommes, mais surtout des capitaux et des marchandises.  Dès le début la nature capitaliste et libérale des traités signés était très claire.  Il est étonnant que la direction de la CGT falsifie ainsi non seulement l'analyse qui fut faite alors par la CGT mais aussi les premiers textes officiels ... des européistes eux-mêmes.  Pourquoi donc cacher ce que tout le monde sait ?  Parce que la direction de la CGT veut vendre à tout prix cette UE ?

Y.G.

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14 mai 2014 3 14 /05 /mai /2014 10:10

krasucki.jpg

 

Dette-prétexte, austérité en faveur du patronat, fiscalité à deux vitesses, casse de l'appareil productif, compétitivité pour légitimer la casse des acquis sociaux, l'Europe comme prétexte et instrument de cette œuvre de démolition : on croirait ce discours sorti d'un dirigeant syndical ou politique en 2014, pourtant c'était Henri Krasucki, c'était en 1989 !

 

C'est dire la pertinence de la grille d'analyse marxiste. C'est dire aussi le chemin parcouru par nos organisations de classe, CGT et PCF, depuis l'époque où ils combattaient l'Europe du capital, dénonçaient les illusions de l'Europe sociale.

 

En 1995, la CGT quittait l'internationaliste FSM pour rejoindre l'européiste CES en 2000.

 

En 2005, Bernard Thibault suivait Lord John Monks, secrétaire de la CES, et appelait à voter « Oui » à la Constitution européenne. En 2011, il signait un texte avec plusieurs syndicalistes européens pour appeler l'Union européenne à renouer avec l'esprit du « Traité de Rome » et du « Traité de Maastricht » !

 

Ici, nous vous proposons un extrait du rapport d'Henri Krasucki, alors secrétaire de la GGT, au 43 ème Congrès de la CGT.

Il choisit, en plein débat sur le Traité de Maastricht de commencer son rapport par une dénonciation claire et nette de l'Europe du capital, dénonciation des illusions de l'Europe sociale maintenue par certains à gauche, et certains syndicats.

Une vision prophétique de la France que nous connaissons aujourd'hui. A l'époque, la presse bourgeoisie titrait : « la CGT en guerre contre l'Europe ». Hélas, cela ne risque pas d'arriver aujourd'hui !

 

Introduction et retranscription AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

En vidéo, un extrait de la conférence de presse de Krasucki : http://www.ina.fr/video/CAB88033600

 

 

La France et l'Europe qu'ils veulent

 

Où en sommes-nous en France ?

 

Dans la mise en œuvre de sa stratégie, la grande bourgeoisie française ne cesse d'aller plus loin dans tous les domaines du recul social et national déjà mis en évidence par notre précédent congrès.

Si elle procède à des adaptations, qui tiennent compte de l'évolution de la crise, ses objectifs demeurent fondamentalement les mêmes. Une seule chose progresse, et de quelle façon, ce sont les profits. Mais c'est bien le but recherché.

C'est un fait universellement reconnu, mis en lumière par un récent article de la Vie Française qui accumule les superlatifs : « explosion des profits », « fantastiques profits », « véritable feu d'artifice », « 1988, année de tous les profits ».

Pendant ce temps, les travailleurs et la France subissent de plein fouet les conséquences des choix imposés par le grand capital et les gouvernements successifs. Pour les salariés, pour la masse des gens, c'est l'austérité atteignant pour certains l'intolérable.

Pour le pays, c'est le déclin, terme que constatent avec aigreur les plus hautes autorités de l’État mais que confirment les réalités profondes.

Qu'est aujourd'hui la France, parmi les puissances industrielles et mondiales au regard de ce qu'elle était il y a seulement 8, 10 ou 15 ans ?

Oui c'est bien l'austérité et le déclin, contreparties des choix opérés en faveur du profit et des facilités accordées au capital. Oui, il en résulte tout un ensemble d'agressions sociales dont le projet de document d'orientation donne un large aperçu.

On nous oppose ce que les uns appellent « embellie » et le Premier ministre « convalescence ». Il est vrai qu'on peut faire état d'un peu de croissance et d'un peu d'investissement d'ailleurs très sélectif et très orienté. Mais à quel prix !

Ces résultats trompeurs et qui risquent d'être fort éphémères ont été acquis contre l'emploi, contre le pouvoir d'achat, ils sont le fruit du recul social.

Durant ces années, cette politique a été menée sous des habillages successifs : assainissement, modernisation, puis, adaptation aux contraintes extérieures.

 

L'Europe et la France du recul social

 

Aujourd'hui, c'est au nom de l'Europe que patronat et gouvernement la poursuivent. Mais cette fois il s'agit plus seulement d'un prétexte.

C'est un objectif concret, qui se met pratiquement en place, et interfère de plus en plus sur la réalité économique et sociale de notre pays.

Comment dissocier, par exemple, ce qui se fait au niveau de la fiscalité contre les petits gens et les salariés au bénéfice du capital français, de l' « harmonisation fiscale » projetée au niveau européen ?

En diminuant de moitié l'impôt des plus riches, en majorant de 5 000 F par an en moyenne la contribution d'un couple salarié, en assujettissant à l'impôt 3 millions de Français aujourd'hui exonérés, c'est bien aux exigences de la grande bourgeoisie français que répondent celles de la construction européenne.

 

L'Europe de la jungle

 

C'est donc bien de la place de la France dans l'Europe que le grand capital veut nous faire, et que mettent en place les gouvernements successifs, qu'il est question aujourd'hui.

Il y a bien du monde pour présenter l'Europe comme un projet généreux, en agitant des idées qui ne nous sont en rien indifférentes, comme « progrès », « amitié entre les peuples », « solidarité internationale ». Mais ce qu'ils font, c'est tout autre chose !

Ce qu'ils veulent créer en vérité, c'est une zone de douze pays, délimitant un véritable terrain de chasse pour grands fauves. Ils pourront s'y affronter avec une férocité dont la valse des OPA nous donne quelque idée.

Dans cette lutte sans merci, des entreprises, des villes, des régions, peut-être des pays seront sacrifiés. Mais au-delà des contradictions, des rivalités, des affrontements entre capitalistes, dans cette jungle où régnera la loi du plus fort, le gibier ce sera avant tout les salariés.

Nous ne sommes plus seuls à dire qu'impératifs économiques, compétitivité sont autant de prétextes pour de bons apôtres qui ne pensent qu'à liquider au nom de l'Europe des conquêtes sociales qu'ils n'ont jamais digérées.

Il s'agit bel et bien d'éliminer tout ce qui peut entraver la course à des profits toujours plus grands, dont les capitalistes ne sont jamais rassasiés.

 

L'Europe du fric

 

Cette Europe, c'est celle du fric, où les multi-nationales régneraient en maîtres. C'est aussi celle où dominerait la RFA, tandis que les USA et le Japon auront les moyens d'y faire prévaloir leur puissance industrielle et financière.

Le Premier ministre de la France Michel Rocard affirme crûment cette réalité lorsqu'il déclare au grand journal ouest-allemand Spiegel : « Construire l'Europe c'est également reconnaître que l'Allemagne est la puissance économique dominante ».

Pour être carré, le propos n'en est pas moins scandaleux. C'est admettre que la France de cette Europe-là serait un pays économiquement dominé, amputant gravement de surcroît, sa souveraineté nationale sur l'autel des institutions européennes.

 

Et dans une optique semblable, quelle industrie pour notre pays ? Quels services publics ? Quelle recherche ? Quelle culture ?

Une industrie mutilée, repliée sur quelques créneaux, vassale des multi-nationales, avec comme conséquence un reflux massif des emplois industriels, une pénétration sans cesse accrue de notre marché intérieur.

Des services publics détournés de leur vocation naturelle qui est d'être au service des gens et de leurs besoins, démantelés, reconvertis en fonction des intérêts du grand capital. Les statuts annihilés, l'emploi public décimé.

La recherche réduite à la portion congrue, asservie à la rentabilité financière, à la recherche du profit. La culture bradée, la création soumise à la concurrence sauvage des sous-produits américains, par des mesures comme celle qui fait disparaître les quotas de 60 % d’œuvres européennes sur les télévisions des pays d'Europe.

 

La CGT est partie prenante à la lutte des créateurs, des artistes et des autres professions concernées pour l'identité culturelle de la France et de chacun des pays européens.

D'autres questions, toutes aussi graves sont posées. Quelle agriculture quand on sait que la disparition de la moitié des exploitations familiales est la note à payer pour les dix années à venir ?

Quel environnement lorsqu'on décrète la libre circulation des déchets toxiques, et qu'avec la suppression ou l'abaissement des normes on vise à la disparition des faibles et insuffisantes protections nationales contre la pollution ?

Et quel enseignement quand l'harmonisation fiscale européenne exige une diminution massive des dépenses publiques au moment où, comme le préconise la CGT, il faudrait pour combler les retards existants, construire des centaines d'établissements, embaucher près de 500 000 agents enseignants et non-enseignants, revaloriser les salaires de façon substantielle ?

Quelles régions enfin, alors qu'elles se trouvent de plus en plus directement confrontées au processus communautaire, et à ses conséquences dramatiques ?

 

Ce n'est pas en implantant les Schtroumpfs à la place des complexes sidérurgiques, en hébergeant, ici ou là, les Vikings, Astérix ou Mickey, en caressant près de 300 projets du même genre, qu'on résoudra les problèmes de l'emploi régional, et qu'on maintiendra la France comme grande puissance industrielle !

Pour la CGT, la place des régions est essentielle, parce qu'elles sont une cible et un moyen de l'intégration.

Mais aussi parce qu'en dépit des dégâts subis, la lutte peut permettre de défendre leurs propres atouts pour l'emploi et les activités utiles. Elle est une nécessité et peut aboutir à des succès.

Ces questions, chacun se les pose de plus en plus, à l'expérience de ce qu'il vit, de ce qu'il voit se produire quotidiennement. Mais pour comprendre ce qui se passe au quotidien, il faut avoir aussi clairement que possible ce qu'ils visent vraiment.

 

Le patronat annonce la couleur

 

Le grand projet du patronat français et européen, celui qui progresse dans les faits, jour après jour, c'est une France et une Europe du recul social. On a beaucoup subi, et l'inquiétude grandit devant ce qui s'annonce. Mais, ce qui se met en place est pire ce que s'imaginent la plupart de ceux qui s'inquiètent.

« Ne soyons pas naifs », nous dit le président du CNPF, M.Périgot. Et lui annonce la couleur, sans s'embarrasser de formules : « On va enfin dépoussiérer la société française, nous dit-il, la débarrasser de ses scories ».

« Quelle est la finalité de l'Europe, en matière sociale ? », ajoute-t-il, et la réponse est « à mon sens, c'est la flexibilité ». La grande erreur nous avertit M.Périgot serait de « rêver de vivre tous comme ceux qui vivent le mieux ».

Et devant ses pairs, aux assises du CNPF, il déclare : « Unie, l'Europe devra définir un nouveau type de rapports sociaux fondé sur la flexibilité, le respect des différences, l'épanouissement des aspirations individuelles.  Personne ne saurait gagner la bataille de l'Europe en préservant frileusement les acquis d'un monde aujourd'hui révolu. »

Les commentaires sont inutiles. M.Périgot dit tout, dans son langage de patron. L'Europe qu'ils veulent vraiment nous faire, c'est celle-là. La France qu'ils veulent, c'est celle qui accepte ce fantastique effondrement social.


Que valent alors les discours lénifiants que nous attendons par ailleurs ? Le Président de la République François Mitterrand affirme que « l'Europe sera sociale ou ne sera pas » et déclare qu'il « ne veut pas d'une Europe dans laquelle il y aurait une régression ».

M.Giscard d'Estaing se répand à son habitude en déclarations de bonnes intentions, tandis que le Président de l'Assemblée nationale, M.Laurent Fabius, affirme vouloir « l'Europe sociale vers le haut ».

C'est fou ce que les bonnes intentions peuvent s'afficher par les temps qui courent !


En réalité, c'est tout le contraire qui se fait, et tous le savent d'autant mieux que cela résulte des décisions sur lesquelles s'accordent les chefs d'Etats et de gouvernements. C'est M.Périgot qui dit la vérité !

Ce qui est voulu, décidé, et déjà en route en France même et dans chacun des douze pays de la Communauté, c'est bel et bien la mise en concurrence des travailleurs de ces pays entre eux pour aligner vers le bas leurs conditions sociales.

La « libre circulation » de la main d'oeuvre est un instrument de cette concurrence. Elle fait peser des menaces de discriminations aggravées pour les travailleurs, notamment pour les travailleurs immigrés originaires de pays extérieurs à la Communauté.

 

L'objectif : la destruction des acquis sociaux

 

Comme nous avons souvent eu l'occasion de le dire, et comme le souligne le projet de document d'orientation, c'est ce que les salariés ont conquis de plus avantageux par l'action syndicale dans le cadre national, qui est menacé de destruction.

Pour la France, par exemple, plus d'élus dans les CHSCT, la sécurité de chacun abandonnée au bon vouloir du patron, alors que se multiplient les accidents de travail. Plus d'interventions ou de contrôle des CE notamment en ce qui concerne l'introduction de nouvelles technologies et leurs conséquences pour les travailleurs.

Des statuts publics vidés de leur contenu, une protection sociale laminée, la disparition d'un tiers des lits d'hôpitaux. Individualisation de la formation professionnelle, élaboration d'une classification des emplois du niveau de CAP dans une série de branches industrielles, préfigurant une « Convention collective européenne » dont on peut imaginer le contenu !

Ce ne sont que quelques exemples. Ils illustrent la nature des choix opérés et que nous voyons dès maintenant se concrétiser dans des projets précis à la veille d'approbation par les instances européennes.

 

Des choix qui, en même temps, dictent les mesures qu'on applique déjà dans notre pays. Il suffit de voir ce que nous prépare le budget pour 1990, pour s'en convaincre. C'est le premier budget que l'on peut qualifier d'essentiellement européen.

Il aligne étroitement l'évolution de l'économie française sur les « performances » allemandes en matière monétaire et en matière de prix. Il met en pratique l'ouverture tous azimuts dans la perspective de la mise en place du grand marché communautaire.

Le résultat, c'est une réduction massive d'impôts évaluée à 15 milliards environ, pour le capital. Et pour compenser, une nouvelle réduction des dépenses socialement utiles atteignent particulièrement le secteur public où la rigueur salariale régnera plus que jamais, et où une nouvelle réduction d'effectifs de l'ordre de 1,5 % est prévue.

 

Au-delà des déclarations « sociales », c'est cela qui compte. C'est à cela qu'on a affaire et contre quoi il faut lutter. Il faut une réplique au niveau de l'agression dont les travailleurs sont l'objet en France et dans l'ensemble des pays de la Communauté.

 

Les responsabilités des syndicats

 

La Confédération européenne des syndicats (CES) fait un constat de situation qui n'est pas différent du nôtre. Ce qui manque, c'est l'action. Elle critique mais se prête à la mise en œuvre de l'intégration telle que l'imposent capitalistes et gouvernements.


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13 mai 2014 2 13 /05 /mai /2014 22:52

ferreira 

 

 

Entretien avec le député communiste portugais au Parlement européen, Joao Ferreira (pour le quotidien Avante, organe central du PC portugais)

 

Traduction JC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

 

Q: Quelle importance prennent les prochaines élections européennes dans le contexte politique actuel ?

 

R : Elles ont une importance incontestable. Le Portugal vit une des périodes les plus noires de son histoire récente. Jamais ne fut aussi évident le rapport entre les principaux problèmes du pays et les contraintes imposées par l'intégration capitaliste européenne – point d'appui fondamental des politiques de droite, tout au long de ses 28 dernières années. Les partis qui ont alterné au gouvernement dans cette période sont les mêmes qui dans les institutions de l'UE, y compris au Parlement européen, ont soumis le Portugal, de façon répétée et croissante, à des décisions contraires à ses intérêts. Ces élections sont une opportunité non seulement de faire élire plus de députés du PCP et de ses alliés de la CDU – des députés engagés dans la défense des intérêts nationaux et la ferme défense des intérêts des travailleurs et du peuple – ce qui, déjà en soi, ne serait pas peu de chose, mais pourrait aussi donner plus de force à l'exigence de démission de ce gouvernement et de mise en échec des politiques de droite.

 

Q : Quel bilan fais-tu de ce mandat, que vous avez partagée avec la députée Ilda Figueiredo et ensuite avec Ines Zuber ?

 

R : Ce furent cinq années marquées par la violence de la réponse de l'UE à sa propre crise. Marquées en premier lieu par les plans d'austérité et le programme d'intervention UE-FMI, que nous qualifions d'authentique pacte d'agression contre le pays et son peuple, et qui fut appliqué, de façon fort similaire, aussi dans d'autres pays, avec des conséquences dévastatrices que nous connaissons bien. A part cela, ces cinq dernières années, ont eu lieu un ensemble de changements dans le cadre politique et institutionnel de l'UE qui, une fois mis en place, eurent des conséquences gravissimes pour des pays comme le Portugal, accentuant sa dépendance et son retard. C'est dans ce contexte que les députés du PCP au Parlement européen ont développé une activité intense, profondément ancrée dans la situation nationale, soutenue par plusieurs centaines d'initiatives réalisées dans tout le pays, rentrant en contact avec des secteurs très divers de la vie économique, sociale et culturelle nationale. C'est ce lien avec la réalité nationale qui a donné sens et réalité à des centaines d'interventions, rapports, résolutions, propositions d'amendement, nombreuses questions que nous avons porté au sein des institutions de l'UE. C'est un travail qui allie la dénonciation, la protestation à la proposition, capable de dessiner une voie alternative, pour le Portugal et pour l'Europe.

 

Q : Certains sont d'accord avec les justes critiques que nous avons faites à l'intégration capitaliste européenne et à ses conséquences mais ils s'interrogent sur les raisons de voter ou de soutenir ceux qui sont contre l'Union européenne

 

Le peuple portugais et le Portugal ont besoin au Parlement européen de députés qui défendent avec conviction et courage les intérêts nationaux et non des députés serviles et soumis aux dessins et projets de l'UE. Je dirais que ceux qui sont d'accord avec les critiques que nous avons émises envers l'intégration capitaliste européenne ne pourront alors adopter une autre posture que celle de soutenir et voter pour ceux qui, comme le PCP et la CDU, depuis toujours, avec cohérence et principes, ont prévu et prévenu sur les effets de cette intégration et l'ont toujours combattue, sans illusions ni ambiguïtés. Ce soutien et ce vote sont une garantie que l'on donnera plus de force à ceux, au Parlement européen, qui fixent comme objectif essentiel la défense ferme des intérêts du Portugal et des Portugais et donneront dans le même temps plus de force à la lutte pour une alternative patriotique et de gauche qui garantisse, comme aucun autre vote, la défense et la reconquête des droits et des revenus volés et ouvre la perspective de la construction d'une vie meilleure pour les travailleurs et le peuple portugais.



Q : Ce mandat (2009-2014) a été traversé par une crise du capitalisme sans précédent depuis la Seconde guerre mondiale, qui perdure encore. Peut-on dire que les contradictions et le caractère impérialiste de l'Union européenne s'aggravent ?



Sans nul doute. Ce processus européen ayant été un processus d'intégration capitaliste, la crise du capitalisme est, dans l'UE, une crise de l'UE elle-même, de ses fondements. Ce n'est pas un hasard si la réponse de l'UE à la crise a suivi les lignes fondamentales de réponse du système à sa crise : destruction des forces productives et aggravation de l'exploitation, en parallèle à la concentration du pouvoir politique et économique. D'autre part, elle a accentué le caractère militariste de l'UE, son affirmation comme un bloc politico-militaire au service des ambitions impérialistes des grandes puissances. Les dépenses militaires s'accroissent et, en articulation avec l'OTAN, augmente la participation dans des opérations d'ingérence et l'agression de pays souverains.



Q : L'adhésion à ce qui était alors la CEE a été un instrument de la contre-révolution. La signature des traités européens successifs a consolidé cette voie se traduisant, en pratique, en une plus grande dépendance, en un recul de souveraineté et un bond en arrière économique et social au Portugal. En ce 40 ème anniversaire de la révolution, comment se conjuguent les valeurs de la Révolution d'Avril que nous cherchons à réaliser à l'avenir dans ce pays, dans le cadre de cette UE ?



L'entrée du Portugal dans la CEE/UE a représenté globalement dès l'adhésion et jusqu'à ce jour, un assaut contre le régime démocratique né de la Révolution d'Avril et, évidemment, contre la Constitution de la République qui a consacré ses grandes conquêtes et la vision d'un pays indépendant et souverain, de progrès et de justice sociale. Les classes dominantes, mécontentes des parcelles de pouvoir perdues avec la révolution du 25 avril, y virent une opportunité en or de satisfaire leurs ambitions, arrimant le pays à l'intégration capitaliste européenne. L'approfondissement de l'intégration a représenté une escalade en ce sens. Maastricht et la constitution européenne mise en échec, ensuite resucée en Traité de Lisbonne, furent des bonds qualitatifs que nous devons souligner. De la même façon, les évolutions les plus récentes (Traité budgétaire, Gouvernance économique, Semestre européen, Pacte pour l'Euro plus) comportent des dangers croissants évidents pour la souveraineté et le régime démocratique, qui pourront contribuer à sa défiguration chronique. Le déploiement d'une politique patriotique et de gauche au Portugal et, plus généralement, le retour au projet de démocratie avancée que nous avons initié lors de la Révolution d'Avril et que le PCP développe dans son programme, rentre en conflit inévitablement avec les axes fondamentaux du processus d'intégration. C'est pour cela que nous assumons avec clarté, sans ambiguïtés, la nécessité de rupture avec ces axes. Certains que rien ni personne ne peut obliger le Portugal à renoncer au droit d'opter pour ses propres structures socio-économiques et pour son propre régime politique.



Q : Certains soutiennent que la crise qui a touché l'Union européenne est le fruit d'erreurs de nos dirigeants, que ce qu'il faut faire est fluidifier les mécanismes d'intervention de l'Union, approfondir le fédéralisme pour répondre efficacement à cette crise et à celles futures. Existe-t-il une possibilité de réformer cette Union européenne ?



Loin d'une orientation (ou désorientation) circonstancielle, fixée par des « dirigeants sans dimension européenne » ou d'autres raisons de ce genre, fréquemment invoquées, le cap suivi par l'UE découle de ses caractéristiques et de sa nature de classe. La situation actuelle met en évidence les limites de l'intégration capitaliste. Mais cela n'atténue pas la volonté de la poursuivre et l'approfondir, de la part de ceux qui en ont bénéficié. Au contraire. Dans cette phase, l'approfondissement du processus d'intégration requiert une plus grande concentration du pouvoir politique et économique au sein de l'Union européenne. Une concentration de pouvoir qui tend même à établir d'authentiques rapports de domination et de type colonial. Se révèle avec encore plus de clarté le caractère anti-démocratique du processus d'intégration et, une fois de plus, se révèlent ses limites objectives, démontrant que l'UE n'est pas réformable et que ses axes fédéralistes, néo-libéraux et militaristes sont indissociables.



Q : Les partisans des solutions fédéralistes, même ceux qui invoquent ce mythique fédéralisme de gauche, face à la critique du PCP à ce cap, nous accusent régulièrement d'isolationnisme et de nationalisme. Comment réfute-t-on ces accusations ?



Les tentatives de soumission nationale en cours dans l'UE représentent une forme d'oppression de classe qui est exercée sur les travailleurs et les peuples, au-delà d'une inquiétante et dangereuse attaque contre la démocratie. Ceux qui, tout en se prétendant à gauche, ne le perçoivent pas, ou ne veulent pas le percevoir, ne comprendront pas un élément décisif pour agir sur la réalité de notre temps, pour la transformer dans le sens du progrès social. Si l'évolution du capitalisme a conduit les classes dominantes à sacrifier les intérêts nationaux à ses intérêts de classe, alors, inversement, cela conduit à une identification croissante des intérêts des travailleurs et du peuple aux intérêts nationaux. Cela dit, nous ne défendons aucun isolationnisme ni aucune solution autarcique, qui non seulement n'est pas possible mais pas non plus désirable. Bien au contraire. L'internationalisation de l'économie, la profonde division internationale du travail, l'interdépendance et la coopération entre États et les processus d'intégration correspondent à des réalités et tendances d'évolution qui ne sont pas exclusives au capitalisme. En fonction de son orientation, de ses caractéristique et de ses objectifs, de tels processus peuvent soit servir les monopoles et les trans-nationales, ou peuvent servir les peuples. C'est un droit inaliénable de chaque peuple et de chaque pays de lutter pour la défense de ses intérêts et de ses droits. L'UE ne fut pas le premier processus d'intégration entre Etats en Europe. Ce ne sera certainement pas le dernier.

 

Q : Avec l'expérience des dernières élections, il faut admettre que le PS et le PSD (la droite) fondent leur campagne sur des questions qui n'ont rien à voir avec les problèmes réels du peuple et du pays, déviant l'attention vers des questions comme la Présidence à la Commission, par exemple. Comment peut-on estimer cette stratégie ?



Le PS et le PSD ont une tâche difficile lors de ces élections. Cette tâche passe par le fait de tenter, par tous les moyens, de montrer qu'il y a des différences entre eux là où en vérité ils sont d'accord. Et de la même façon que ces trois partis étaient unis dans la signature du pacte d'agression, ils étaient également ensemble dans les projets les plus importants votés au Parlement européen, notamment ces cinq dernières années. Pour cette raison, les manœuvres de diversion ne manquent pas. Ces manœuvres qui passent même par la tentation de dissimuler ce qui est vraiment en jeu lors de ces élections. Dissimuler sa nature même lors de ces élections, en cherchant à la transformer lors de l'élection du président de la Commission européenne – ce qui n'est pas le cas, cela ne le fut jamais ni ne pouvait l'être. Ils veulent cacher que ce qui est d'élire des députés portugais au Parlement européen. Ce n'est pas un hasard. Ils veulent que l'on oublie que ce fut avec le soutien du PSD, du CDS et du PS qu'ont été approuvées des mesures profondément contradictoires avec nos intérêts nationaux. Ils veulent que l'on oublie qu'au lieu de l'indispensable re-négociation de la dette que le PCP propose depuis trois ans, ils ont choisi d'atteler le pays à un pacte d'agression, d'exploitation et de paupérisation. Ils veulent surtout mettre entre parenthèses la dure réalité qui rend infernale la vie de millions de portugais, occultant les responsabilités qu'ils ont dans la situation du pays, découlant d'années de politiques de droite défendues par les gouvernements successifs de ces partis.



Q : L'expérience a donné raison aux dénonciations du PCP sur ce qu'allait signifier l'adhésion à l'euro. Il y a des voix, des groupes qui voient dans la sortie de l'euro l'apocalypse, d'autres qui défendent l'idée d'une sortie immédiate de la monnaie unique. Le PCP a une position différente. Tu peux l'expliciter ?



L'entrée du Portugal dans la monnaie unique a contraint et fragilisé économiquement le pays. Le pays a perdu beaucoup avec l'entrée dans l'euro. Mais il peut perdre encore plus, que ce soit en y restant, ou dans un scénario de reconfiguration de la zone euro, imposé depuis l'extérieur, face aux évolutions de la crise qui, d'aucune manière, ne peuvent être mises de côté. Sortir de l'euro tout court, ce n'est pas revenir au point où nous y sommes rentrés. Et encore moins au point où nous serions si nous n'y étions pas rentrés. Si il est certain que la poursuite du cap actuel est absolument insoutenable, il est tout aussi clair que la sortie de l'euro peut être dans l'intérêt du peuple portugais ou peut, au contraire, être dans l'intérêt de ceux qui y ont gagné avec l'euro pendant toutes ces années et qui continuent à en profiter – ce sont des intérêts irrémédiablement antagonistes. Tout en nous prononçant clairement pour la dissolution de l'Union économique et monétaire, nous défendons également la mise en place d'un programme qui, articulé avec l'ensemble des pays atteints dans leur souveraineté et leur droit au développement par le maintien dans l'euro, prépare la sortie de la monnaie unique en accord avec les intérêts de ces pays et de leurs peuples. Dans un contexte où il est absolument clair qu'une chose serait une sortie de l'euro conduite par un gouvernement patriotique et de gauche, qui affirme le primat des intérêts nationaux dans les relations avec l'UE, qui protège les travailleurs et le peuple des inévitables coûts de la décision et profite pleinement des opportunités de développement qui s'ouvrent, et une autre, bien différente, serait une sortie conduite par les mêmes forces qui nous ont imposé d'innombrables, injustes et inutiles sacrifices au nom du « maintien dans l'euro ».



En pleine conscience du fait qu'il est décisif pour assurer le développement souverain et indépendant du pays, de réussir à concrétiser la lutte pour la rupture avec les politiques de droite et la construction d'une politique patriotique et de gauche, et l'affirmation claire du droit inaliénable du peuple portugais à faire prévaloir cet objectif sur quelque autre intérêt ou contrainte.



Q : Quelles sont les grandes lignes de la campagne du PCP pour les élections européennes du 25 mai ? Le combat contre l'abstention est-il une préoccupation ?



Dans ces élections, nous tous, communistes, autres militants de la CDU, nous allons être appelés à construire une campagne qui devra être simultanément de mobilisation pour le scrutin et d'explication sur la nécessité du renforcement de la CDU.



Une campagne que nous allons construire en nous ancrant dans le patrimoine militant du parti, dans notre histoire de défense intransigeante des intérêts du peuple et du pays, identifiant les raisons et l'importance du vote pour la CDU, de sa contribution pour la lutte plus générale dans la défense des droits des travailleurs et du peuple, de l'exigence d'une autre politique.



Et nous allons la construire avec la justesse et l'autorité singulières de ceux qui peuvent se présenter devant le peuple portugais avec la cohérence de leurs positions, ceux à qui l'expérience a donné et donne raison.



C'est pour cela que nous appelons tous ceux qui, touchés par les politiques de droite, luttent pour un pays plus juste et démocratique, pour qu'ils ne s'abstiennent pas. Pour qu'ils fassent également du jour du 25 mai, avec leur vote pour la CDU, un jour de lutte.



Et que, avec son vote, et non avec l'abstention, ils disent non aux partis de la « troika » nationale (les partis de droite traditionnels PSD, CDS mais aussi le PS). Qu'avec leur vote et non avec l'abstention, ils condamnent les agioteurs, les usuriers et l'oligarchie qui pompent le sang du peuple portugais. Qu'avec leur soutien et leur vote pour la CDU, ils disent oui au développement du Portugal. Qu'ils disent oui au droit des portugais à décider de leur sort.



Q : Si tu avais à présenter les raisons du soutien et du vote pour la CDU, comment les résumerais-tu ?



Se trouve entre les mains des travailleurs et du peuple portugais la construction de son propre avenir.



Dans les élections au Parlement européen, le renforcement de la CDU, de son nombre de votes, son influence et du nombre de députés, est un objectif possible et nécessaire.



Le vote pour la CDU est le seul qui puisse assurer la présence de députés au Parlement européen engagés dans les intérêts nationaux et la défense des travailleurs et du peuple.



Le vote pour la CDU est le seul cohérent et décisif pour condamner les politiques de droite du gouvernement et donner de la force à la lutte de ceux qui ne se résignent pas et luttent pour un Portugal plus juste, plus fraternel, plus démocratique et développé.



Le vote pour la CDU est le vote qui pèse pour regagner nos droits, nos salaires et nos retraites, rendre au pays les ressources qui lui ont été volées.



Un vote massif pour la CDU, ce 25 mai, pourra constituer un facteur essentiel du changement de cap dans la vie politique nationale, pour la démission du gouvernement actuel et la défaite de sa politique et pour donner de la force à une alternative politique, patriotique et de gauche.

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13 mai 2014 2 13 /05 /mai /2014 17:54

BRN-titre

Joyeux anniversaire... 

« Ce que nous devons faire, c’est faciliter les délocalisations au sein de l'Europe ». Ce programme en forme d’aveu, c’est Danuta Hubner qui l’avait dévoilé en février 2005. Cette responsable politique polonaise était à l’époque Commissaire européen à la politique régionale.

 

 

Le moins que l’on puisse dire est que ses vœux ont été exaucés. Ce 1ermai, cela fera dix ans que huit pays d’Europe centrale (plus Malte et Chypre) ont été « arrimés » à l’Union européenne. Depuis lors, pas un mois ne se passe sans que ne s’allonge la liste des usines et emplois déportés à l’Est : industrie automobile, équipementiers, électroménager, jusqu’à certaines activités informatiques… de la SNCF. Peu de branches sont épargnées. La Commission européenne entend même renforcer la libéralisation du transport routier, au moment où certains gros transporteurs français exploitent déjà des chauffeurs de l’Est à « bas coût ».

 

 

Les 330 salariés de l’usine Seita de Carquefou (Loire-Atlantique) vont certainement fêter ce dixième anniversaire : le 15 avril, ils se sont vu offrir l’annonce de la fermeture de leur site. Désormais, les Gauloises blondes seront fabriquées à Radom, en Pologne. Le groupe britannique Imperial Tobacco, à qui appartient depuis 2008 cette filiale issue de l’ex-établissement public de tabac Seita privatisé en 1995, veut supprimer 500 emplois en France (ainsi que 600 autres en Grande-Bretagne).

 

Sur place, syndicats et personnel dénoncent cette décision condamnant des sites modernes et rentables. Mais, au regard du prix du travail en Pologne, il n’y a évidemment pas photo. A Paris cependant, ni la CGT confédérale, ni ce qu’il est convenu de nommer « la gauche de la gauche », n’évoquent la responsabilité de l’UE dans ce crime social. La libre circulation des capitaux constitue pourtant le fondement de cette dernière. Un silence qui s’explique peut-être par la peur d’être taxées de « populisme ». Probablement aussi parce que cela irait à l’encontre de la doxa selon laquelle ce sont juste les « dérives » d’une Europe « trop libérale » qu’il conviendrait de corriger.

 

 

Or la franchise de Mme Hubner le rappelle cruellement : l’intégration européenne a été, dès le départ, conçue pour accroitre la liberté de manœuvre du capital. Et, logiquement, c’est également ce qui a fondé l’élargissement à l’Est, dont les conséquences catastrophiques étaient parfaitement prévisibles (cf. BRN du 29/04/2004).

 

Cet élargissement est une arme qui comporte un deuxième tranchant, symétrique aux délocalisations d’usines : l’importation de main d’œuvre à bas prix en provenance des pays de l’Est, qui permet d’exercer une pression accrue sur les rémunérations et conditions de travail dans des pays tels que la France ou l’Allemagne. C’est en particulier l’objet de la nouvelle directive concernant les « travailleurs détachés » (cf. BRN du 24/02/14), qui vient d’être approuvée par l’europarlement le 16 avril.

 

 Officiellement, celle-ci vise à « mieux protéger » ces derniers. En réalité, il s’agit de dynamiser la « libre circulation de la main d’œuvre » au sein de l’UE – une « mobilité » vantée par Bruxelles comme remède d’avenir au chômage. Pour sa part, la secrétaire générale de la Confédération européenne des syndicats (CES), Bernadette Ségol, déplore certes que le compromis « ne répond(e) pas à nos attentes », mais salue cependant « les efforts consentis par certains gouvernements pour prendre en compte nos exigences et progresser vers une Europe plus sociale ». On pense à la blague qui circulait naguère à Bruxelles : si on rétablit l’esclavage, la CES demandera à négocier le poids des chaînes…

 

 

Quant aux partisans d’une « autre Europe », il semble leur avoir échappé que la libre circulation des capitaux et la libre circulation des travailleurs sont les deux faces d’une même médaille, puisqu’ils accusent la première mais se refusent à mettre en cause la seconde. De même qu’ils n’osent remettre en question le principe même de l’élargissement.

 

Il faudra bien, pourtant, faire le bilan d’une décennie de dumping social et de désindustrialisation. Sans même évoquer la criminalité organisée en provenance des mafias de l’Est, qui a fait un bond depuis l’ouverture des frontières orientales. Il est vrai qu’entre prédation économique et crapuleuse, la distinction n’est pas toujours très nette…

 

 

VANESSA IKONOMOFF

 

SOURCE

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13 mai 2014 2 13 /05 /mai /2014 16:44

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net

Voilà un sondage qui ne fera pas la une de nos médias qui tentent désespérément de susciter un intérêt pour le prochain scrutin européen du 25 mai : une large majorité des citoyens européens ne trouvent guère d'intérêt dans ces élections, simulacre de démocratie.

Les panneaux publicitaires fleurissent dans la rue, les transports, nos écrans pour tenter de nous impliquer : « Il va décider qui gouvernera l'Europe, et vous ? ». Qui y croit aujourd'hui, près de dix ans après le désaveu imposé aux « Non » hollandais, français et irlandais ?



Les peuples européens ne sont pas dupes : 62 % pas intéressés par le scrutin

 

Dans une Union européenne de plus en plus anti-démocratique, où le pouvoir est concentré entre les mains de la BCE et de la Commission – avec leur instrument privilégié l'Euro – au service des banques et des industriels, le Parlement européen sert d'alibi démocratique.

 

Mais qui peut croire que l'élection des députés européens peut permettre aux peuples européens de décider qui gouvernera de l'Europe ?

 

Les peuples ne sont pas dupes. Le sondage IPSOS, conduit entre le 1 er et le 25 avril, dans 12 pays de l'Union européenne révèle cette indifférence, qui est aussi une défiance envers cette Europe-là.

Selon ces chiffres, 62 % des citoyens de ces pays participant à l'enquête ne sont pas intéressés par ces élections – dans des pays tels que la Belgique, la Croatie, la France, la Grande-Bretagne, la Hongrie, l'Irlande, l'Italie, les Pays-bas, la Pologne, l'Espagne et la Suède.



Dans aucun pays, une majorité de citoyens n'est sûre de se déplacer

 

Dans aucun pays les élections européennes ne suscitent un intérêt dans la majorité de la population.

 

Ce scrutin éveille un intérêt chez 48 % des Polonais, 47 % des Français et 46 % des Italiens, descendant ensuite sous la barre des 40 % : en Hongrie (40 %), Grande-Bretagne (39 %), Irlande (38 %), Belgique et Allemagne (37 %), Espagne et Croatie (33%), Suède (32%), Pays-bas (20 %).

 

Cet intérêt faible se manifeste dans le fait que seules 35 % des personnes interrogées sont certaines d'aller voter le 25 mai prochain, tandis que si 30 % pensent pouvoir aller voter, 35 % affirment qu'ils ne se déplaceront pas dans deux semaines.

 

Hormis en Belgique – où le vote est obligatoire – dans aucun pays une majorité de citoyens n'est certaine de se déplacer pour cette échéance électorale. Les scores les plus élevés d'intention de vote se trouvent en France (44%), Pays-Bas (41%), Italie (39 %), les plus faibles en Espagne (30%), Irlande (30%), Grande-Bretagne (27%) et la Pologne (20%).



Marine Le Pen, la plus populaire des candidats à la Commission européenne … très loin devant Alexis Tsipras


Si c'est une anecdote, elle est révélatrice d'un certain état d'esprit dans l'Europe de 2014. Les enquêteurs ont demandé aux citoyens de ces 12 pays si ils connaissaient les différents candidats à la Commission européenne.


Parmi les candidats les plus célèbres au sein de l'UE : Marine Le Pen, candidate de l'extrême-droite européenne, arrive en tête. 53 % des citoyens des 12 pays européens la connaissent.

Elle arrive très loin devant le candidat socialiste européen, l'allemand Martin Schulz (40 %) et le candidat de la droite européenne, le luxembourgeois Jean-Claude Juncker (39%), au coude-à-coude avec José Bové, le candidat des verts européens (39%).

Enfin, le moins connu des candidats se trouve être le grec Alexis Tsipras (31%) présenté par le Parti de la gauche européenne (PGE).



Ce sondage n'apprend dans le fond rien de neuf à ceux qui ne suivent pas l' « europtimisme » béat de nos commentateurs médiatiques, du consensus politique dominant, jusqu'à certains dirigeants de partis de gauche dite radicale membres du PGE.



Même si pour la frange la plus consciente des travailleurs, il s'agira de trouver si possible le vote de dénonciation, sur des positions de gauche, de l'UE du capital, les peuples n'ont rien à attendre du scrutin du 25 mai, et ce sondage montre qu'ils n'en attendent rien.


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13 mai 2014 2 13 /05 /mai /2014 16:20

Lu sur le blog d'El Diablo

etienne-fajon.jpg

 

Ils n’étaient pas tous d’accord, mais ils savaient tous…
Déjà, avant la signature du Traité de Rome en 1957, nos « élites » savaient ce qu’il allait advenir de la France au sein de l’Europe en construction.

J’ai retrouvé un article d’Étienne Fajon : « Marché commun contre la France » (*), paru dans L’Humanité du 14 janvier 1957. Pour mémoire, le marché commun s’étendra initialement sur six pays : « Allemagne occidentale, France, Italie, Belgique, Pays-Bas et Luxembourg ».

« Il s’agit d'instaurer progressivement, au sein de ce morceau d’Europe, la libre circulation des marchandises, des capitaux et de la main-d’œuvre. Selon les promoteurs du projet, le « Marché commun » contribuerait à la prospérité de la France et au bonheur de son peuple ».

Le marché commun fait suite à la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) qui avait été créé, en 1951, entre les six mêmes pays. « Son inspirateur, le funèbre Schuman, assurait qu'elle devait aboutir à la baisse des prix et à l’essor de notre industrie. Les résultats sont maintenant connus : hausse de l’acier et du charbon, fermeture d’une centaine de puits de mine en France, interdiction d’utiliser notre charbon selon nos besoins, dépendance aggravée de l’économie française à l'égard des monopoles allemands ».
Pour l’auteur, la création du marché commun s’inscrit dans une même logique « néfaste pour la nation, pour la classe ouvrière et pour la paix ».


Hégémonie Allemande et désindustrialisation de la France

Le marché commun « est une association économique entre pays capitalistes, c’est-à-dire qu’elle est soumise aux lois de la concurrence et du triomphe des plus forts. Or, dans l'Europe des Six, c’est l’Allemagne occidentale qui dispose de loin du potentiel le plus élevé ». Il est évident que, dans un contexte de désarmement douanier et sans dispositif compensateur suffisant pour les autres membres, tout pays qui aborde un regroupement régional en position de leader verra inéluctablement son leadership s’accroitre au fil du temps.

Étienne Fajon argumente en ce sens : « Dès 1955, elle [l’Allemagne occidentale] produisait deux fois plus de charbon, d'acier et d’électricité que la France. Sa production chimique est le triple de la nôtre. Ses réserves d'or, infiniment supérieures, lui confèrent d'immenses possibilités d'investissement de capitaux. La domination du « Marché commun » par les monopoles allemands serait donc certaine et rapide. Elle aurait pour conséquence l'arrêt de nombre de nos entreprises. Elle préparerait en fin de compte la désindustrialisation de la France et l’hégémonie du capitalisme allemand dont Hitler et Pétain avaient fait leur programme. Notre patrie perdrait ainsi, tout en se ruinant, les bases économiques de son indépendance nationale ».


Nivellement par le bas des conditions sociales pour une exploitation maximale

« Le projet comporte l’unification progressive des charges sociales entre les six pays. C’est là une menace très grave pour les travailleurs français ». Grâce aux luttes, les conquêtes sociales du Front populaire et de la Libération ont généré des conditions sociales pour les salariés, plus favorables en France qu’ailleurs. 

« Il est vrai qu'on fait miroiter aux travailleurs la promesse d'une unification par en haut. En réalité, la recherche du profit maximum par les trusts des six pays et le déchaînement de la concurrence entre eux conduiraient nos capitalistes, particulièrement menacés par leurs rivaux allemands, non seulement à s'attaquer à des « charges » sociales qu'ils ont toujours dénoncées, mais à renforcer leur opposition à toutes les revendications ouvrières. Et l’offensive des exploiteurs serait favorisée par la présence sur le « Marchécommun » d’une armée permanente de chômeurs, déjà importante en Italie et en Allemagne, grossie demain par la mort des usines françaises les moins bien armées pour résister ».


Oui à la coopération européenne… Non à une Europe « croupion »

Étienne Fajon s’oppose, « pour l’avenir de la France, dans l’intérêt des travailleurs et de la paix, à une Europe-croupion qui aurait l’impérialisme américain comme suzerain », avec, à sa tête, les allemands, « vassaux préférés de l’impérialisme américain ».

Malgré tout, l’auteur se dit « partisan convaincu de l'amitié entre la France et l'Allemagne. Mais cette amitié passe par l'entente et la solidarité avec le peuple allemand, avec les sociaux-démocrates et les communistes d'Allemagne occidentale, avec les puissants syndicats ouvriers, avec la République démocratique allemande. Elle ne passe pas par l'assujettissement de la France aux magnats de la Ruhr et aux anciens nazis dont Adenauer est le porte-parole ».

Il poursuit : « nous voulons de tout cœur la coopération économique de l’Europe, mais de toute l'Europe, des pays capitalistes et des pays socialistes, dans le respect de l’indépendance de chacun et dans l’intérêt de tous ».

Ils n’étaient pas tous d’accord, mais ils savaient tous !!!

Un détour par l’histoire de la construction de l’Europe révèle qu’ils savaient tous ce qui allait advenir. Ceux qui dénonçaient l’Europe du Capital n’ont pas été entendus, leur discours a été mis en sourdine par ceux qui défendaient les intérêts de leurs sponsors assoiffés de profits.

La construction de l’Europe s’est faite, chez nous, grâce à l’action des élites « complices » au service de l’impérialisme états-unien, quelle que soit leur étiquette politique officielle. Cette construction a progressivement détruit la France en la ramenant à l’état de sous-développement.

Renverser la tendance implique la « restructuration » des élites « complices » car, pour paraphraser André Gunder Frank, l’ennemi immédiat du redressement de la France est, tactiquement l’oligarchie (les pseudos élites) elle-même, bien que stratégiquement, l’ennemi principal soit, indéniablement, l’impérialisme américain et son relais allemand. 

En cette période d’élections européennes, il est important de se remémorer quelques leçons de l’Histoire.

(*) Légende: Le 14 janvier 1957, Étienne Fajon, député communiste de la Seine et membre du bureau politique du Parti communiste français (PCF), dénonce dans le quotidien L'Humanité les dangers que fait peser le Marché commun sur la France.

Source: L’Humanité. Organe Central du Parti Communiste Français. 14.01.1957, n° 3846. Paris: L'Humanité.

Copyright: (c) L'Humanité

André Gunder Frank, Lumpen bourgeoisie et lumpen développement, op. cit. p. 135. 
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