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ACTION COMMUNISTE

 

Nous sommes un mouvement communiste au sens marxiste du terme. Avec ce que cela implique en matière de positions de classe et d'exigences de démocratie vraie. Nous nous inscrivons donc dans les luttes anti-capitalistes et relayons les idées dont elles sont porteuses. Ainsi, nous n'acceptons pas les combinaisont politiciennes venues d'en-haut. Et, très favorables aux coopérations internationales, nous nous opposons résolument à toute constitution européenne.

Nous contacter : action.communiste76@orange.fr>

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Humeur

Chaque semaine, AC attribue un "roquet d'or" à un journaliste qui n'aura pas honoré son métier, que ce soit par sa complaisance politique envers les forces de l'argent, son agressivité corporatiste, son inculture, ou sa bêtise, ou les quatre à la fois.

Cette semaine, sur le conseil avisé de la section bruxelloise d'Action communiste, le Roquet d'Or est attribué  à Thierry Steiner pour la vulgarité insultante de son commentaire sur les réductions d'effectifs chez Renault : "Renault fait la vidange"...  (lors du 7-10 du 25 juillet).


Vos avis et propositions de nominations sont les bienvenus, tant la tâche est immense... [Toujours préciser la date, le titre de l'émission et le nom du lauréat éventuel].

 

 
5 mars 2014 3 05 /03 /mars /2014 14:30

Lu sur El Diablo : El Diablo commente un article de "La voix du Nord". Le PCF d'Hénin-Beaumont vient de rallier la liste socialiste.  On trouve ici une situation qui ressemble à celle d'Elbeuf en Seine-Maritime où le PCF a rallié le PS ultra-majoritaire dans l'agglomération pour " battre l'extrême-droite", seule liste opposante à un PS qui ne risque pourtant rien. 

L'argument du PCF d'Hénin-Beaumont est qu'il y avait un risque de voir la liste lepeniste l'emporter.  Mais comment le PCF peut-il se faire le porte-parole de ceux qui souffrent de l'austérité européenne quand ils s'allient avec les socialistes qui la promeuvent ? On imagine bien que certains électeurs aient fait pression sur le PCF pour qu'ils rejoignent la liste du PS.  Mais cela n'aide pas à faire la clarté sur la véritable nature du PS, bataille qui aurait dû être menée par le PCF depuis que le PS a appelé à voter "oui" au traité de Maastricht ...   Et cela ne répond sûrement pas aux attentes des salariés, des chômeurs, des retraités, déboussolés par les chocs successifs d'une politique qui engendre la régression sociale, les licenciements, la désindustrialisation, la casse des services publiques.

MUNICIPALES 2014 - Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) : Le PCF rallie « la bande de pieds nickelés »

henin-beaumont-mairie.jpg

la-voix-du-nord

Hénin-Beaumont : le parti communiste est-il soluble dans la cuisine électorale?
La question n’est plus ni moins que celle-ci : le parti communiste héninois est-il vraiment condamné à n’être qu’une force d’appoint du parti socialiste ?

 

Et à ne plus avoir localement de vie autonome, quitte à avaler chapeau, faucille et marteau et se retrouver, par la force des choses, à moins de trois semaines du premier tour des municipales, en flagrant délit de contradiction avec ce qui était jusqu’alors sa ligne de conduite et son peu de considération pour la gestion Binaisse. Quitte à y perdre son âme, ses électeurs et sa crédibilité… Depuis jeudi soir, David Noël est dans l’uniforme du bon soldat ayant obéi sans sourciller aux injonctions fédérales et aura désormais bien du mal à se débarrasser d’entêtantes odeurs d’arrière-cuisine électorale.

 

 

Il y a quelque temps, il n’avait pas de mots assez durs pour Eugène Binaisse dont il dénonçait « l’amateurisme » et « les courbettes faites au FN » quand ce n’étaient pas des propos jugés comme détestables et des « déclarations sidérantes et révoltantes qui expriment mépris, dédain… à l’égard de toute la Gauche… » Pas le genre de préalable idéal à une idylle électorale ! Surtout lorsque, il y a quelques jours encore, dans un tract de campagne, David Noël évoquait un maire d’Hénin-Beaumont « à court d’idées » et affichait sur son site des tracts cégétistes au vitriol pour Eugène Binaisse… devenu pourtant par un simple coup de baguette magique « homme de conviction et de progrès ».

 

 

C’est que les appareils politiques ont souvent des raisons que la raison ignore et le secrétaire du PCF héninois vient d’en faire les frais en choisissant de quitter le navire Front de gauche en pleine campagne offensive pour rejoindre, de l’autre côté de la ligne de démarcation, l’armada socialiste en pleine tempête post-IFOP.

 

Comme si, depuis quelques jours, la menace frontiste était soudainement devenue plus imminente qu’hier ou avant-hier ! Comme si l’état d’urgence était brusquement décrété là où la méthode Coué était jusqu’alors reconnue comme la meilleure des méthodes de coaching préélectoral.

 

« Une bande de pieds nickelés »

Comment peut-on sérieusement arguer que l’indignation d’hier ait pu voir, jeudi dernier, sa date de fraîcheur expirer ? Et que l’homme qui, il y a quelques semaines, écrivait que « dans le bassin minier, les socialistes apparaissent comme une bande de pieds nickelés… », ait soudain envie de battre sa coulpe et ravaler ses mots ?

 

 

Une stratégie du reniement qui rappelle furieusement 2008 lorsque la bande des cinq, furieusement anti-Dalongeville (MJS – PCF – PRG – Verts – MRC), vole en éclats après que Pierre Ferrari soit sommé par le PS de se ranger derrière le maire d’Hénin, David Noël l’imitant rapidement sur sommation fédérale. Une période compliquée s’ouvre alors pour le PCF souffrant déjà de la loyauté à Dalongeville de certains de ses ex-cadres (Jean-Bernard Deshayes et Guy Creuze), le parti n’étant, en 2009, même pas en mesure de se lancer dans la bataille municipale, se fondant alors dans le Nouvel Élan de Pierre Ferrari jusqu’à y perdre son identité.

 

En 2014, on attendait dont la traduction à l’échelon local de l‘effet d’aubaine Mélenchon des dernières législatives devant rendre au PCF un peu du lustre d’antan. Las, Hervé Poly ayant fait le choix de ne pas mener la liste héninoise (alors qu’il l’évoquait en 2012 !), David Noël vient donc une nouvelle fois de faire le choix de dissoudre « sa » différence dans une « popote » électorale au goût amer. Qui lui aura au moins permis de se créer de solides inimitiés au Parti de Gauche, et de faire sortir de sa réserve un ex-secrétaire fédéral communiste (lire ci-dessous) dont les mots pour David Noël (J.-C. Danglot parle de trahison et de plan de carrière) sont durs et même impitoyables. Cauchemar en cuisine… électorale ?

Ralliement du PCF héninois au PS: la colère de Jean-Claude Danglot

 

On le sait, l’ancien patron de la fédé 62 communiste n’a pas conservé que des amis dans la grande maison de la rue de la Gare. Et si, depuis son retrait du Sénat, le Fouquiérois la joue plutôt discrète, là, la situation héninoise vient de le faire rugir magistralement. D’où la liberté prise par l’ancien homme fort de la fédé d’envoyer ce petit mot aux camarades du Parti de gauche héninois. Une analyse au vitriol du renoncement officialisé, jeudi dernier, par David Noël : « J’ai pris connaissance du ralliement de David Noël à la liste du maire sortant. N’ayant plus aujourd’hui de responsabilité au PCF, je tiens en mon nom personnel à vous apporter mon soutien et ma solidarité à travers cette épreuve. Je tiens également à dénoncer ces méthodes de s… (ndlr : on vous épargnera cette injure plutôt salée) dont H. Poly est coutumier depuis qu’il est SF (ndlr : comprendre secrétaire fédéral) du PCF. Une fédération qui s’était historiquement battue contre l’hégémonie du PS est aujourd’hui sacrifiée au détriment des militants sincères pour des intérêts personnels, les plans de carrière de quelques-uns.

 

La responsabilité du SF du PCF ne saurait excuser celle de David Noël qui a fait le calcul du meilleur moyen de redevenir adjoint, conseillé j’en suis persuadé par les élus communistes du secteur. Je vous encourage à poursuivre votre combat pour une vraie gauche autonome de la sociale démocratie. Le moment est dur mais l’histoire vous donnera raison et enverra les autres aux oubliettes

 

Le FN a de forte chance, avec cette trahison de dernière minute, de l’emporter au 1er tour. D. Noël et H. Poly auront l’entière responsabilité partagée avec le PS de cette victoire du camp du mal. Bon courage aux camarades du parti de gauche et salutations fraternelles… »

 

source: LA VOIX DU NORD

 

LeDiablo02

CE QU'EN PENSE LE DIABLO:

MESSAGES à David Noël (premier secrétaire de la section PCF d'Hénin-Beaumont):

Vous changez de stratégie en cours de campagne en décidant, en catimini, de vous allier à des gens dont la politique nationale favorise le renforcement électoral du FN pour prétendument empêcher l'élection d'un maire FN , ce qui participe d'une curieuse logique mais,en plus, vous accusez le PG de rompre le Front de Gauche alors qu'il respecte strictement l'accord d'origine avec vous. En bon français, je dirai que vous vous moquez du monde. 
 

LeDiablo
militant communiste
membre militant du PCF de 1969 à 2000 

Le message (ci-dessus)  publié également sur Facebook a été censuré sur le blog du PCF d'Hénin-Beaumont

***

Merci d'avoir censuré mon commentaire : votre électoralisme finira bien par vous marginaliser totalement. Pas de référence non plus au communiqué de J.C. Danglot ancien secrétaire fédéral du PCF 62 et ancien sénateur communiste. La censure ne vous portera pas chance. Et si vous croyez que je m'exprime en tant qu'anti-communiste vous vous trompez lourdement, en fait je crains que ce soit le PCF qui ait quitté la lutte pour le socialisme et le communisme. C'est votre choix, vous assumerez sa marginalisation définitive. C'est triste.

Le Diablo,

31 ans de militantisme au PCF, toujours communiste.

****

RÉPONSE de David Noël:

Votre commentaire précédent n'a pas été censuré puisqu'il a été également posté sur mon facebook, par contre, je ne vois pas pourquoi je le mettrai en ligne en doublon sur le facebook et sur le blog. 

Je ne commenterai pas le communiqué de Jean-Claude Danglot tant l'animosité personnelle transparaît de son texte. Si Jean-Claude Danglot avait été un sénateur plus actif dans le département, s'il avait sillonné les villes et les villages du Pas-de-Calais pour y animer des réunions publiques, sans doute qu'il n'y aurait pas eu une fronde des élus communistes du Pas-de-Calais à son encontre pour réclamer son remplacement en tête de liste des sénatoriales pour manque de dynamisme.

Je ne veux pas demain, d'une ville gérée par le FN et d'un PCF marginalisé et accusé d'avoir favorisé la dispersion des voix de gauche en maintenant sa liste au premier tour. Je veux demain qu'Hénin-Beaumont retrouve la sérénité et qu'une équipe de gauche travaille dans l'intérêt des Héninois. Comptez sur nous pour faire entendre notre voix dans cette équipe... Le choix que nous faisons, c'est le contraire de la marginalisation.

****

MA RÉPONSE:

1/ Facebook est en lecture restreinte à la différence de votre blog....Soyez de bonne foi.

2/ Je ne prétend pas vous donner des leçons et j'ai d'ailleurs salué votre militantisme à plusieurs reprises. Concernant votre revirement de la semaine dernière je n'ai pas pu m'abstenir de vous faire part de mon indignation tant cela manque de loyauté à l'égard de vos co-listiers du PG.

Le danger Le Pen ne date pas d'hier et procéder à un changement de stratégie à la dernière minute en s'appuyant sur des sondages qui peuvent être manipulés cela me sidère de la part de gens qui se disent communistes et que je croyais dotés d'une dialectique plus élaborée.

Pire, compte tenu du climat général et de la défiance des couches populaires à l'égard des "politiciens" qualifiés souvent de "magouilleurs" votre nouveau positionnement risque  générer un sentiment de dégoût chez nombre de vos électeurs potentiels, d'autant que vous vous associez, dès le 1er tour, à des gens qui soutiennent la politique antisociale du gouvernement PS, aggravant celle menée par Sarkozy et favorisant sans nul doute d'ailleurs le vote FN ! 

Confondre le premier avec le second tour est à mon avis une erreur majeure.  Ce n'est pas faire la clarté sur les vrais enjeux nationaux et c'est nourrir la stratégie du FN : "tous pareils sauf nous".

Voilà mon sentiment

Affaire à suivre  

Le Diablo

 

***

RÉPONSE de David Noël :

Je respecte votre position, mais elle fait abstraction, me semble-t-il, de la volonté des Héninois d'en finir avec les flashs des caméras et de retrouver de la sérénité. Les appels au rassemblement montaient de partout et les sondages, qui ne sont certes que des photographies partielles de l'opinion publique montraient en tout cas une chose, c'est que la majorité des électeurs qui avaient voté Jean-Luc Mélenchon aux présidentielles sur Hénin-Beaumont faisaient massivement le choix du vote utile dès le premier tour. Nous ne retrouvions qu'un tiers de l'électorat FDG, plus de la moitié de l'électorat FDG aux présidentielles déclarait vouloir voter dès le premier tour pour le maire sortant, qui est un homme sans étiquette qui revendique justement son indépendance vis-à-vis du Parti socialiste et qui ne peut donc pas être accusé de cautionner la politique gouvernementale.

Vis-à-vis du PG, nous avons d'abord consulté les communistes en faisant un vote dans la section,  puis, j'ai informé mes partenaires de notre volonté d'aller au rassemblement et de notre volonté d'y aller avec eux si leurs militants en décidaient ainsi. Ce sont eux qui ont refusé, nous ne leur avons jamais fermé la porte.

Je regrette la situation, mais notre choix, qui a été très difficile à prendre, est le meilleur, je le pense, pour battre le Front national et mettre en oeuvre nos idées et nos propositions, dans les mois et les années à venir au conseil municipal.

Quant au "tous pourris" du FN, ils l'auraient de toute façon sorti entre les deux tours de l'élection. A la différence près qu'aujourd'hui, ce n'est pas un front républicain d'entre deux tours à la sauvette, mais un accord programmatique sur la base des propositions de campagne du PCF et du Front de Gauche.

***

 MON DERNIER COMMENTAIRE :

C'est votre choix, il est aujourd'hui irréversible.

Mais alors, on se demande bien pourquoi votre décision de vous rallier dès le 1er tour au maire sortant, qui vous en conviendrez n'est pas vraiment un adversaire de la politique gouvernementale, n'intervient qu'à une semaine de la clôture des listes. La situation d'Hénin-Beaumont et le risque FN n'est pas nouveau... 

...De plus, vous apparaissez comme ayant fait "un petit dans le dos" à vos alliés du PG. Bravo !!!

Il est à craindre que la vraie raison soit purement électoraliste : la crainte d'un score significatif mais insuffisant (4,99 % par exemple) vous privant de siège au futur C.M.

Si c'est la vraie raison, ce que je pense, elle ne vous glorifie pas. En effet, la reconquête idéologique sur la base de fondamentaux peut passer par des "traversées du désert", mais c'est le seul combat qui à terme peut être payant, y compris électoralement bien sûr.

Là vous sauverez peut être les meubles, pas les idéaux dont vous vous réclamez!   

 

Le Diablo

 

 

source: l'héninois

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5 mars 2014 3 05 /03 /mars /2014 13:31

Les irresponsables du pacte de responsabilité

Les entreprises ne créent pas l’emploi
par Frédéric Lordon, lu sur le blog  "La Pompe à phynance".

Il faut avoir sérieusement forcé sur les boissons fermentées, et se trouver victime de leur propension à faire paraître toutes les routes sinueuses, pour voir, comme s’y emploie le commentariat quasi-unanime, un tournant néolibéral dans les annonces récentes de François Hollande [1]. Sans porter trop hauts les standards de la sobriété, la vérité appelle plutôt une de ces formulations dont Jean-Pierre Raffarin nous avait enchantés en son temps : la route est droite et la pente est forte — mais très descendante (et les freins viennent de lâcher).

Entreprise, mon amour ? Retour à la table des matières

En effet, droit, c’est droit ! Et depuis l’origine. Evidemment, pour s’en apercevoir, il aurait fallu prêter un peu plus attention aux six premiers mois de la présidence Hollande, où tout a été posé pour cinq ans, et les actes et la logique des actes.

Ce texte est la version longue de l’article paru dans Le Monde diplomatique de mars 2014. Les actes d’abord, en une séquence impressionnante de cohérence : ambassade du premier ministre à l’université du MEDEF, reculade devant les « pigeons », rapport Gallois, consécration législative de l’ANI (Accord National Interprofessionnel) — et tout le reste à l’avenant : Jérôme Cahuzac qui n’a « jamais cru à la lutte des classes » [2], heureusement remplacé par Bernard Cazeneuve qui voit, lui, distinctement que « les entreprises ne sont pas des lieux d’exploitation ou d’accumulation de profit » [3], l’un puis l’autre sous la tutelle éclairée de Pierre Moscovici qui pense que « pour lutter contre l’exil fiscal, il faut avant tout valoriser le site France qui doit être accueillant pour les entreprises, les talents » [4], qu’il ne doit pas y avoir de loi sur les rémunérations patronales, matière en laquelle il faut préférer « agir dans le dialogue (...) et miser sur une autorégulation exigeante » [5], qui pense tellement de choses d’ailleurs... Essentiellement résumable à une : « les entreprises sont au cœur de notre politique économique » [6].

Et voilà énoncée la logique des actes. Pauvre logique qui transpire les stratégies du désespoir et de la renonciation. Car les tendances longues de la trahison idéologique se mêlent ici aux calculs égarés de la panique quand, ayant abandonné toute idée de réorienter les désastreuses politiques européennes, ayant même fait le choix de les durcir un peu plus avec le TSCG, et par conséquent privé de toute possibilité de relance, il ne reste plus pour se sauver du naufrage complet que le radeau de la Méduse : « l’entreprise » comme ultime providence, c’est-à-dire... le MEDEF comme planche de salut. Formidable effort de la vie sauve et géniale trouvaille au bord de l’engloutissement : « La seule chose qu’on n’a pas essayé, c’est de faire confiance aux entreprises » [7]. Ah ! la riche idée : faire confiance aux entreprises... Faire confiance au preneur d’otages en se jetant dans ses bras, persuadé sans doute que l’amour appelle invinciblement l’amour — et désarme les demandes de rançon.

La prise d’otages du capital Retour à la table des matières

Contrairement à ce qu’exclamerait dans un unisson d’horloges synchronisées la cohorte éditorialiste, scandalisée qu’on puisse parler de « prise d’otages », il n’y a pas une once d’outrance dans le mot, dont il faut même soutenir qu’il est analytiquement dosé au plus juste. Il est vrai que l’altération perceptive qui fait voir les droites sous l’espèce de la courbure est en accord avec cette autre distorsion qui conduit à voir des « prises d’otages » partout — chez les cheminots, les postiers, les éboueurs, et plus généralement tous ceux qui se défendent comme ils peuvent des agressions répétées dont ils sont l’objet —, sauf où il y en a vraiment. Il est vrai également que le capital a pour lui tous les privilèges de la lettre volée d’Edgar Poe [8], et que sa prise d’otages, évidente, énorme, est devenue invisible à force d’évidence et d’énormité. Mais par un effet de cécité qui en dit long sur le pouvoir des idées dominantes, pouvoir de faire voir le monde à leur manière, en imposant leur forme au réel, et en rendant invisible tout ce qui pourrait les contredire, par cet effet de cécité, donc, la plus massive des prises d’otages est devenue la moins remarquée, la plus entrée dans les mœurs.

Or, comme Marx l’avait remarqué, le capitalisme, c’est-à-dire le salariat, est une prise d’otage de la vie même ! Dans une économie monétaire à travail divisé, nulle autre possibilité de reproduire la vie matérielle que d’en passer par l’argent du salaire... c’est-à-dire l’obéissance à l’employeur. Et s’il n’y avait eu la conquête de haute lutte des institutions de la protection sociale, on ne voit pas bien ce qui séparerait la logique profonde de la mise au travail capitaliste d’un pur et simple « marche ou crève ».

Le capital ne prend pas en otage que la vie des individus séparément, mais également — en fait d’un seul et même tenant — leur vie collective, celle-là même dont la politique est l’expression, et qui donne normalement à la politique son objet. Mais voilà, l’objet de la politique est dans les pattes d’un autre : le capital. Cette captation a pour principe majeur que toute la reproduction matérielle, individuelle et collective, est désormais entrée sous la logique de l’accumulation du capital : la production des biens et des services qui reproduisent la vie matérielle n’est plus effectuée que par des entités économiques déclarées capitalistes et bien décidées à n’opérer que sous la logique de la marchandisation profitable. Et pour principe mineur la capacité d’initiative dont jouit le capital : le capital financier a l’initiative des avances monétaires qui financent les initiatives de dépenses du capital industriel — dépenses d’investissement ou dépenses de recrutement. Aussi les décisions globales du capital déterminent-elles le niveau général de la conjoncture, c’est-à-dire les conditions dans lesquelles les individus trouvent les moyens — salariaux — de leur reproduction. C’est ce pouvoir de l’initiative, pouvoir d’impulsion du cycle de la production, qui confère au capital une place stratégique dans la structure sociale d’ensemble — la place du preneur d’otages, puisque tout le reste de la société n’en finit pas d’être suspendu aux décrets du capital et à son bon vouloir.

Sous la menace de la grève de l’investissement Retour à la table des matières

Sans doute l’intensité de la prise d’otages se trouve-t-elle modulée par la configuration historique concrète du capitalisme au moment considéré. Le rapport de force entre le capital et le travail, on pourrait même dire entre le capital et tout le reste de la société, n’est pas le même lorsque le commerce international, les investissements directs et les mouvements de capitaux sont très régulés, et lorsqu’ils ne le sont pas. C’est d’ailleurs le propre du néolibéralisme que d’avoir accru quasiment sans limite les possibilités stratégiques du capital, en abattant systématiquement les barrières qui jusqu’ici retenaient ses calculs.

Il fallait donc avoir l’humanisme chrétien, ou la bêtise crasse, chevillée au corps pour s’imaginer que le capital pourrait, comme toute puissance en marche, ne pas pousser son avantage jusqu’à sa dernière extrémité, et pour croire qu’il trouverait de lui-même les voies de la décence ou de l’autorégulation. Or cette « dernière extrémité », très exactement appuyée à la capacité d’initiative qu’on vient de décrire, consiste en ce que le capital est en mesure d’exiger de la société qu’il soit fait droit à toutes ses demandes pour que l’initiative soit effectivement lancée. Faute de quoi il pratiquera la grève de l’investissement — « grève », n’est-ce pas là le mot qui, dans la boîte à deux neurones de l’éditorialiste quelconque, déclenche habituellement l’association avec « prise d’otages » ?

Bien sûr pour qu’il y ait arc électrique dans cette boîte-là, il faudrait que cette grève, d’un genre spécial, se donne à voir sous des formes plus standard. Or ni piquet, ni banderole, ni brasero dans les grèves du capital, mais plutôt une retenue silencieuse — de l’investissement —, accompagnée d’un lamento bruyant, lamento de la création empêchée, à base d’énergies qui voudraient tant être libérées (et qui sont tant bridées), d’étouffement règlementaire et de strangulations fiscales, ou plus subtilement d’attractivité du territoire (médiocre) et par conséquent de fuite des talents, bref le discours du positif contrarié — pour ainsi dire le discours des forces de la vie, que seule une perversité mortifère peut avoir l’idée de retenir.

Evidemment le discours du positif a le gros bâton du négatif sous la main. Car si la société n’exécute pas les quatre volontés du capital, le capital a les moyens de le faire sentir à la société — et ceci du fait même qu’il a capté la maîtrise entière de sa reproduction matérielle. Il faut alors prendre un peu de recul pour mieux mesurer l’ampleur de la prise d’otages, et l’efficacité du rançonnement, depuis la suppression de l’autorisation administrative de licenciement au milieu des années 80 jusqu’aux dispositions scélérates de l’ANI, en passant par la baisse de l’impôt sur les sociétés, la défiscalisation des stock-options, les atteintes multiples au CDI, le travail du dimanche, etc., liste interminable de butins de guerre, dont il faut comprendre qu’elle est vouée à s’allonger indéfiniment tant qu’il ne se trouvera pas en face de la puissance du capital une puissance de même échelle mais de sens opposé pour le ramener autoritairement à la modération, car, la liste précédente l’atteste suffisamment, le capital n’a aucun sens de l’abus.

Le capital-enfant Retour à la table des matières

Intensifiée comme jamais par la configuration institutionnelle du néolibéralisme, la capture — la prise d’otages — constitutionnelle au capitalisme a porté le rançonnement de la société entière à des degrés inouïs, mesurables par l’impudence déboutonnée de ses ultimatums. Le capital ne négocie plus avec la société : il extorque. Pourquoi se gênerait-il ? Sous le nom de « mondialisation », la situation structurelle a été aménagée pour maximiser son pouvoir matériel et symbolique, et il est dans la (tauto)logique des choses qu’une puissance à laquelle a été ôtée toute limite ne connaisse plus de limite. C’est pourquoi le capital désormais dicte ses demandes — on prétend que le pacte de responsabilité a été livré à Hollande clé en mains par Gattaz qui s’en défend à peine —, à défaut de quoi, il bloquera tout.

La compréhension de ce blocage demande alors de sortir de l’abstraction macroscopique du « capital » pour se transporter dans les psychés patronales ordinaires, et y observer in situ moins le cynisme ouvert de l’institution MEDEF que le sentiment du « bon droit » des patrons individuels, sentiment d’une évidente légitimité, ou bien celui d’une véritable offense au moindre refus, et la réaction totalement infantile du « si c’est comme ça... » qui s’en suit invariablement — « si c’est comme ça, je m’en vais », « si c’est comme ça la France n’aura plus mon talent », « si c’est comme ça, je paye mes impôts ailleurs », « si c’est comme ça, mon énergie n’est plus du tout libérée », « si c’est comme ça, je ne peux pas innover », « si c’est comme ça, je n’embaucherai pas ».

L’hypothèse infantile est décidément la bonne puisque la perte des limites fait invariablement remonter la part de l’enfant-tyran. A l’image de la psychologisation générale de la société, une des tendances les plus profondes du néolibéralisme, le débat politique se trouve donc entraîné dans une effarante régression où ne comptent plus que les conditions du confort psychique de l’enfant-patron. Pierre Gattaz réclame qu’on lui évite toute disposition « stressante ». Mais c’est sans doute Fleur Pellerin qui va le plus loin dans la grammaire du dorlotement en reconnaissant bien volontiers que « le milieu entrepreneurial a encore besoin de preuves d’amour » [9]. Voilà donc où nous en sommes : pour obtenir des patrons qu’ils daignent faire leur travail, la société doit leur témoigner de « l’amour », et surtout veiller à leur éviter toute contrariété. Stade ultime de la prise d’otages, où le preneur d’otages, en plus de la rançon, réclame d’être aimé, l’extorsion matérielle cherchant à se prolonger sous une forme délirante en extorsion affective.

Et c’est avec ce genre de complexion que la Droite Complexée du président Hollande imagine passer un pacte de responsabilité ! idée folle conduisant inévitablement à se demander lequel des deux « contractants » est le plus irresponsable, le capital-enfant qui ne connaît plus aucun frein et violentera jusqu’au bout la société otage, ou le gouvernement qui persiste, contre toute évidence, à en faire un partenaire « responsable ». Il faut en tout cas avoir au choix la franche bêtise ou, plus probablement, le cynisme retourneur de veste de M. Montebourg pour oser dire que le pacte consiste en « une réconciliation de la nation autour de l’entreprise », en contrepartie de laquelle il est attendu que « l’entreprise secoure la nation » [10].

La curieuse science expérimentale des baisses de cotisations Retour à la table des matières

Supposé qu’il passe parfois dans quelque esprit gouvernemental l’ombre d’un doute, le capital, lui, ne se pose pas ce genre de question. Tout à sa poursuite des coudées larges et de la suppression fiscale, il demande, menace... et obtient. Bref il commande. De toutes ses revendications, la plus constamment réaffirmée a pour objet les cotisations sociales — les « charges » — et le voilà de nouveau satisfait. Mais d’une satisfaction qui va s’usant — avec la force de l’habitude — et réclame sans cesse des montants plus importants pour se soutenir. C’est pourquoi — assez d’être timoré ! — Pierre Gattaz se propose toutes les audaces de l’arrondi supérieur : 100 milliards de réduc’, c’est beau, c’est net, pas compliqué à retenir, maintenant, donc, il nous faut 100 milliards. Double effet caractéristique de l’addiction et de l’accoutumance, le capital déclare qu’il ne peut plus vivre, et donc qu’on ne pourra pas compter sur lui, s’il n’a pas sa dose. Le fait est que depuis presque trois décennies de pratique intensive des baisses de cotisations sociales, sans compter les aides variées à l’emploi et les allègements de toutes sortes — Gérard Filoche en estime le total à 65 milliards d’euros [11], soit 3 bons points de PIB tout de même —, le capital n’a même plus à chercher la seringue : il a le cathéter branché à demeure.

Mais le vrai mystère dans toute cette affaire réside bien dans le fait même de politiques entretenues depuis si longtemps alors que leur inefficacité est si continûment avérée — elle, pour des raisons qui n’ont rien de mystérieux : parce que le coût salarial complet n’est qu’une fraction relativement modeste du coût total (25 %) [12] et que même les 100 milliards de Gattaz n’aboutiraient qu’à une baisse du coût de production de 3,5 % [13], une misère à la merci du moindre renchérissement de matière première, pour ne rien dire d’un mouvement de change d’un compétiteur extra-européen. A ce propos, et dans le registre du passeur de plats, signalons le commentaire tout de bienveillance de Daniel Cohen pour qui il ne faut voir dans le pacte de responsabilité « aucune conversion idéologique » [14] mais une simple « option pratique », le pacte consistant, « privé de l’arme monétaire, (...) à gagner en compétitivité (...) par une dévaluation fiscale ». Ceci, d’ailleurs, avant de suggérer « d’indexer [les prestations] des systèmes sociaux sur la croissance », soit la proposition même du MEDEF, et cette remarquable convergence du patronat, de la Droite Complexée et de ses économistes de service ne peut en effet être mise au compte d’aucune « conversion idéologique » — à l’évidence, l’unanimité spontanée des raisonnables.

Mais que dire également de l’imitation de tous les pays européens dans la course à la baisse du coût du travail, sinon qu’elle n’a pas d’autre effet que l’attrition générale des standards sociaux sans le moindre gain de compétitivité puisque celle-ci n’est jamais qu’un avantage différentiel, comme tel annulé par son adoption généralisée. Ou encore de la théorie dite du wage-gap, soutenant que le chômage est un effet de déséquilibre de l’offre et de la demande sur le marché du travail dû à un excès du prix du travail, sinon qu’elle est fausse et archi-fausse [15].

Mais aucune de ces évidences n’a la moindre prise, ni sur le patronat évidemment — il ne faut pas trop demander —, ni sur le commentariat qui jacasse la baisse des charges à l’unisson du MEDEF, ni surtout sur le gouvernement socialiste à qui pourtant ces conneries coûtent les yeux de la tête ! Le voilà alors le vrai pouvoir des idées dominantes : le pouvoir de se maintenir envers et contre tout, contre toutes les objections de l’analyse et contre toutes les infirmations du réel — et il n’en a pas manqué depuis plus de vingt ans de baisses continues de tout et de stagnation prolongée dans le chômage de masse. Le pouvoir des idées dominantes, c’est ce privilège des épistémologies asymétriques, c’est-à-dire d’un rapport totalement distordu à l’expérience : on poursuivra pendant des décennies, et jusqu’au bout, la mise en œuvre du faux que l’on continuera, contre toute évidence, de déclarer le vrai, là où on ne laisserait pas six mois à une tentative authentiquement alternative.

Car il faut s’efforcer d’imaginer un programme de rupture avec le néolibéralisme et surtout se figurer ce que serait la réaction du commentariat aux turbulences qui suivraient nécessairement d’une refonte de l’ordre institutionnel du capitalisme (encore ne parle-t-on même pas ici de sortie du capitalisme...) : glapissements et hauts cris, rappels à l’ordre de la « raison économique », avertissements que ça ne marche pas et que ça ne marchera jamais, injonction à faire une démonstration immédiate d’efficacité, quand le néolibéralisme ne cesse, lui, de nous appeler à la sagesse du long terme (où « s’obtiennent vraiment ses effets »), et de nous renvoyer à la patience, patience des efforts de compétitivité qui « finiront par payer », patience de l’Europe qui sera bientôt sociale, enfin plus tard... — il faudra, donc, se souvenir de cette asymétrie des exigences temporelles, qui somme les uns au court terme et accorde aux autres le long, le très long terme, pour ne pas oublier, si jamais vient un jour le moment de la transformation sociale, de préciser que nous demanderons nous aussi vingt ans et pas une journée de moins.

Les entreprises ne créent pas l’emploi Retour à la table des matières

Mais le pire dans toute cette affaire c’est peut-être l’irrémédiable inanité de la stratégie Hollande et de ses conseillers, esprits entièrement colonisés par la vue MEDEF du monde et qui n’ont d’autre point de départ de toutes leurs réflexions que la prémisse, l’énoncé princeps du néolibéralisme, il est vrai répété partout, entré dans toutes les têtes sur le mode de l’évidence au-delà de toute question : « ce sont les entreprises qui créent l’emploi ». Cet énoncé, le point névralgique du néolibéralisme, c’est la chose dont la destruction nous fait faire un premier pas vers la sortie de la prise d’otages du capital.

En tout cas, derrière « les entreprises ne créent pas d’emploi » il ne faut certainement pas voir un énoncé à caractère empirique — que les vingt dernières années confirmeraient pourtant haut la main en tant que tel... Il s’agit d’un énoncé conceptuel dont la lecture correcte n’est d’ailleurs pas « les entreprises ne créent pas d’emploi » mais « les entreprises ne créent pas l’emploi ». Les entreprises n’ont aucun moyen de créer par elles-mêmes les emplois qu’elles offrent : ces emplois ne résultent que de l’observation du mouvement de leurs commandes dont, évidemment, elles ne sauraient décider elles-mêmes, puisqu’elles leur viennent du dehors — du dehors, c’est-à-dire du bon-vouloir dépensier de leurs clients, ménages ou autres entreprises.

Dans un éclair de vérité fulgurant autant qu’inintentionnel, c’est Jean-François Roubaud, président de la CGPME et Saint Jean Bouche d’or, qui a vendu la mèche, à un moment, il est vrai, voué à être puissamment révélateur : le moment de la discussion des « contreparties ». Comme on sait à l’instant T moins epsilon qui précède la conclusion du « pacte », le patronat jure sur la tête du marché qu’il s’en suivra des créations d’emplois par centaines de mille et, comme de juste, à l’instant T plus epsilon on n’est tout d’un coup plus sûr de rien, il faudra voir de près, ne nous emballons pas, en tout cas il faut nous faire confiance.

Et voilà ce gros nigaud de Roubaud qui déballe tout sans malice ni crier gare : « encore faut-il que les carnets de commandes se remplissent... » [16] répond-il en toute candeur à la question de savoir si « les entreprises sont prêtes à embaucher en échange » [17]. C’est pas faux Roubaud ! Or si les entreprises « produisaient » elles-mêmes leurs propres carnets de commandes, la chose se saurait depuis un moment et le jeu du capitalisme serait d’une déconcertante simplicité. Mais non : les entreprises enregistrent des flux de commandes sur lesquels elles n’ont que des possibilités d’induction marginale (et à l’échelle agrégée de la macroéconomie aucune possibilité du tout [18]) puisque ces commandes ne dépendent que de la capacité de dépense de leurs clients, laquelle capacité ne dépend elle-même que de leurs carnets de commande à eux [19], et ainsi de suite jusqu’à se perdre dans la grande interdépendance qui fait le charme du circuit économique.

A quelques variations près, réglées par la concurrence inter-firmes, la formation des carnets de commandes, dont Roubaud nous rappelle — pertinemment — qu’elle décide de tout, ne dépend donc pas des entreprises individuellement, mais du processus macroéconomique général. En situation de passivité face à cette formation de commandes, qu’elles ne font qu’enregistrer, les entreprises ne créent donc aucun emploi, mais ne font que convertir en emplois les demandes de biens et services qui leurs sont adressées. Là où l’idéologie patronale nous invite à voir un acte démiurgique devant tout à la puissance souveraine (et bénéfique) de l’entrepreneur, il y a donc lieu de voir, à moins grand spectacle, la mécanique totalement hétéronome de l’offre répondant simplement à la demande externe.

On dira cependant que les entreprises se différencient, que certaines réduisent mieux leurs prix que d’autres, innovent plus que d’autres, etc. Ce qui est vrai. Mais n’a in fine d’effet que sur la répartition entre elles toutes de la demande globale... laquelle demeure irrémédiablement bornée par le revenu disponible macroéconomique. Ne peut-on pas aller chercher au dehors un surplus de demande au-delà de la limite du revenu interne ? Oui, on le peut. Mais le cœur de l’argument n’en est pas altéré pour autant : les entreprises enregistrent, à l’export comme à domicile, des demandes que, par construction, elles ne peuvent pas, individuellement, contribuer à former, et elles se borneront (éventuellement) à convertir ces commandes en emplois. En d’autres termes, les emplois ne sont que le reflet de demandes passivement perçues. Aucun geste « créateur » du type de celui que revendique l’idéologie patronale là-dedans. Les entrepreneurs et les entreprises ne créent rien (en tout cas en matière d’emploi) — ce qui ne veut pas dire qu’elles ne font rien : elles se font concurrence pour capter comme elles peuvent des flux de revenu-demande, et font leur boulot avec ça.

Non pas les entreprises : la conjoncture Retour à la table des matières

Tout ceci signifie alors que nous n’avons pas à déférer à toutes leurs extravagantes demandes au motif qu’elles détiendraient le secret de la « création des emplois ». Elles ne détiennent rien du tout. Mais si l’emploi n’est pas créé par les entreprises, par qui l’est-il donc, et à qui devraient aller nos soins ? La réponse est que le « sujet » de la création des emplois n’est pas à chercher parmi les hommes, en vérité le « sujet » est un non-sujet, ou pour mieux dire la création des emplois est l’effet d’un processus sans sujet, un processus dont le nom le mieux connu est la conjoncture économique — terrible déception de ceux qui attendaient l’entrée en scène d’un héros... La conjoncture économique est en effet ce mécanisme social d’ensemble par quoi se forment simultanément revenus, dépenses globales et production. Elle est un effet de composition, la synthèse inintentionnelle et inassignable des myriades de décisions individuelles, celles des ménages qui vont consommer plutôt qu’épargner, celles des entreprises qui lanceront ou non des investissements — et, drame pour la pensée libérale-héroïsante, il faut avoir la sagesse intellectuelle de s’intéresser à un processus impersonnel.

Mais s’y intéresser, on le peut, et très concrètement même ! Car la conjoncture est un processus qui, dans une certaine mesure se laisse piloter. C’est précisément l’objet de cette action qu’on appelle la politique macroéconomique. Mais, de cela, le gouvernement « socialiste » a manifestement abdiqué toute velléité : ligoté par les contraintes européennes qui ont si bien neutralisé toute possibilité de politique économique active, et ayant renoncé par avance à tout effort de retrouver quelque marge de manœuvre en cette matière, il ne lui est plus resté qu’à dévaler avec tout le monde la pente de l’idéologie libérale-entrepreneuriale pour former le puissant raisonnement que « si ce sont les entreprises qui créent les emplois, alors il faut être très gentil avec les entreprises ».

Cependant, n’y a-t-il pas une contradiction à dire que le capital a toute initiative et qu’il prend — activement — la société en otage, quand, par ailleurs, on soutient que les entreprises sont réduites à enregistrer — passivement — des demandes qu’elles n’ont aucun pouvoir de former, et qu’elles n’ont dès lors nulle capacité de « créer l’emploi ». Il n’y a là en fait rien de contradictoire mais l’effet d’une asymétrie d’échelle, et une discontinuité classique quand on passe du microéconomique au macroéconomique. Les entreprises séparément n’ont aucune prise sur rien. C’est la composition de toutes leurs décisions qui fait tout. Mais cette composition est la plupart du temps inintentionnelle et sans cohérence spéciale — on en constate juste le résultat —, puisque c’est précisément le propre d’une économie de marché, c’est-à-dire d’une économie décentralisée que les agents y prennent leurs décisions par devers eux et sans coordination avec les autres. Aussi chacun d’eux est-il renvoyé à son isolement et à sa condition passive.

La situation change lorsque se présente un coordinateur. Le « capital » prend peut-être son sens le plus haut lorsqu’il apparaît ainsi sous l’espèce de la collectivité coordonnée des détenteurs de moyens de production. Certes le capital existe hors de cet état coordonné, et l’on peut bien maintenir qu’il est souverain — et preneur d’otages. Mais c’est un souverain désarticulé — un pur effet de composition acéphale. Et il n’est qu’un preneur d’otages de fait. Disons plus précisément : la société se retrouve otage du processus impersonnel en quoi consiste la synthèse des décisions des propriétaires individuels. Le souverain preneur d’otages ne prend alors vraiment sa forme consistante qu’au moment où le capital accède au stade du pour-soi en se posant, sous l’égide d’un coordinateur explicite (typiquement le MEDEF), comme une unité d’action consciente. C’est par passage du microéconomique au macroéconomique, c’est-à-dire de l’entreprise au capital, qu’apparaît véritablement la lutte de classes à l’échelle de la société entière, soit : un groupe constitué et unifié contre le reste.

On dira que ce capital coordonné se tire une balle dans le pied lorsqu’il s’engage dans son chantage caractéristique de la grève de l’investissement puisque, à gémir que rien n’est possible, il conduit en effet tous ses membres à gémir de concert, et de concert aussi à retenir leurs avances (leurs projets)... c’est-à-dire in fine à torpiller pour de bon la conjoncture dont pourtant ils vivent tous. Se seraient-ils coordonnés sur la position inverse qu’ils ne se seraient pas moins donné raison, mais cette fois en soutenant une conjoncture brillante... telle qu’ils auraient tous contribué à la former. Mais d’une part, le capital, dont Marx rappelait qu’il est incapable de dépasser « ses intérêts grossiers et malpropres », est le plus souvent hors d’état d’accéder à ce degré de rationalité. Et d’autre part, c’est l’horizon même de ces intérêts grossiers et malpropres qui lui désigne les bénéfices immédiats du chantage à l’investissement, contre lequel il espère bien ramasser autant d’avantages en nature (exonérations de toutes sortes, réglementaires et fiscales) que possible — et c’est une rationalité qui en vaut une autre : non pas la rationalité de l’entrepreneur mais celle de l’extorsion. Et si, par une asymétrie caractéristique, le capital refuse, au nom d’un argument idéologique, la coordination positive de l’investissement (« que le libre marché fasse son œuvre ! »), il est en revanche très capable de la coordination négative du chantage et de l’ultimatum.

On peut donc soutenir sans la moindre contradiction et la thèse de la prise d’otages (globale, celle du capital) et celle de la vaine prétention des entreprises à « créer l’emploi ». Les entreprises, séparément, ne créent rien. Mais il est vrai que, liguées en capital coordonné, elles décident de tout. Reconnaissons qu’à la profondeur où l’ânerie des « entrepreneurs qui créent l’emploi » est désormais enkystée, mesurable à la vitesse-éclair à laquelle elle vient à la bouche de l’éditorialiste quelconque, le travail d’éradication va demander du temps. Raison de plus pour l’entamer tout de suite. La politique se portera mieux, c’est-à-dire un peu plus rationnellement, quand ses discours commenceront d’être à peu près purgés de toutes les contrevérités manifestes, et manifestement attachées à un point de vue très particulier sur l’économie, et quand les schèmes de pensée automatique que ces contrevérités commandent auront été désactivés. Les entreprises ne créent pas l’emploi : elles « opèrent » l’emploi déterminé par la conjoncture. Si l’on veut de l’emploi, c’est à la conjoncture qu’il faut s’intéresser, pas aux entreprises.

Mais faire entrer ça dans une tête « socialiste »... Il est vrai que parmi le programme chargé des conversions symboliques à opérer, il y a à défaire l’habitude irréfléchie qui consiste à donner le parti socialiste pour la gauche, et à donner (très inconsidérément) de la gauche au parti socialiste. Alors que, rappelons-le, et il met d’ailleurs assez d’effort comme ça pour qu’on n’en doute plus et qu’on puisse l’en « créditer », le parti socialiste : c’est la droite ! La Droite Complexée. A propos de laquelle, du train où vont les choses, il va bientôt falloir se demander ce qu’il lui reste exactement de complexes.

Notes

[1] Proposé en janvier par M. Hollande, le « pacte de responsabilité » offre aux entreprises un allégement de cotisations sociales de 30 milliards d’euros... dans l’espoir que celles-ci voudront bien, en contrepartie, créer des emplois...

[2] France 2, 7 janvier 2013.

[3] BFM-RMC, 6 janvier 2014.

[4] Les Echos, 4-5 mai 2013.

[5] Les Echos, 23 mai 2013.

[6] Les Echos, 23 mai 2013.

[7] Matthias Fekl, député proche de Pierre Moscovici, cité in Lénaïg Bredoux et Stéphane Alliès, « L’accord sur l’emploi fracture la gauche », Mediapart, 28 avril 2013.

[8] Dans la nouvelle d’Edgar Allan Poe La Lettre volée (1844), tous les protagonistes recherchent fébrilement un billet d’une importance décisive qu’ils supposent caché, mais qui est en fait posé en évidence sur un bureau.

[9] Cité in Julien Ponthus, « Hollande, VRP de la “start-up République” à San Francisco », Reuters, 12 février 2014.

[10] Arnaud Montebourg, « La Matinale », France Inter, 18 février 2014.

[11] « Le président de la CNAF dément la Présidence de la République », blog de Gérard Filoche, 27 janvier 2014.

[12] Christian Chavagneux, « Pourquoi le pacte de responsabilité n’améliorera pas les marges des entreprises et ne créera pas d’emplois », blog Alternatives Economiques, 6 janvier 2014.

[13] Id.

[14] Daniel Cohen, « La baisse des charges est davantage une option pratique qu’une conversion idéologique », entretien avec Franck Dedieu, L’Expansion, 18 février 2014.

[15] Pour un démontage en règle de cette thèse, voir le petit livre de Laurent Cordonnier, Pas de pitié pour les gueux, éditions Raisons d’agir, 2000.

[16] Les Echos, 3 janvier 2014.

[17] Id., la question lui est posée par Derek Perrotte.

[18] En tout cas hors de toute coordination.

[19] Commande de travail pour les ménages-salariés, commande de biens et services pour les entreprises-clientes.

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5 mars 2014 3 05 /03 /mars /2014 00:06

La politique extérieure néoconservatrice d’Obama d’isoler la Russie est un échec.

OTAN-obama

« Tout État est condamné à faire la politique de sa géographie ».

Napoleon Bonaparte (1769-1821)

[L'OTAN a pour objectif] «d’exclure les Russes, d’inclure les Américains et de tenir les Allemands sous la botte».

Lord Ismay, premier secrétaire général de l’OTAN

«De tous les ennemis des libertés publiques, la guerre est peut-être le plus redoutable parce qu’elle comprend et développe le germe de tous les autres ennemis

James Madison (1751-1836), quatrième président des USA


Les dangers qui découlent de la politique extérieure américaine depuis l’effondrement de l’Union Soviétique en 1991 devraient apparaître évidents, car c’est justement cette politique qui a provoqué la crise Ukrainienne avec toutes ses conséquences négatives pour les prochains mois et les prochaines années.

Le Président américain Barack Obama a déclaré, en effet, le lundi 3 mars 2014, que «le message que nous faisons passer aux Russes est que s’ils continuent sur leur trajectoire actuelle, nous examinerons un ensemble de mesures économiques et diplomatiques qui isoleront la Russie»

Or, c’est justement ce désir d’élargir l’OTAN et d’isoler la Russie en incorporant tous les pays limitrophes à la Russie dans l’OTAN, une stratégie d’encerclement géopolitique et militaire de la Russie, qui a provoqué ce pays, lequel s’est senti menacé dans sa sécurité nationale.

Cela est facile à comprendre.

Par exemple, que feraient les États-Unis si un empire russe hypothétique incorporait le Mexique et le Canada dans une alliance militaire ? Poser la question c’est y répondre. Pourquoi est-ce si difficile de comprendre que la meilleure façon d’avoir la guerre est de menacer un pays dans ses intérêts vitaux ?

La vérité est que l’OTAN aurait due être dissoute après l’effondrement de l’empire soviétique en 1991, dans le dessein de construire une Europe des nations, grande, démocratique et pacifique, dans la coopération économique et politique et dans la paix. Mais non ! Les États-Unis ont voulu profiter de la situation et ont exigé que tout tombe dans l’empire américain militaro-financier.

Là est la source de bien des problèmes.


Mon livre « Le nouvel empire américain », publié initialement en langue anglaise en 2003, annonçait déjà cette ambition impériale américaine et en expliquait les motifs. Le Moyen-Orient a souffert le premier de cet interventionnisme mondial.

Et maintenant, c’est l’Europe tout entière, malheureusement, qui fera les frais de l’ambition américaine débridée de George W.Bush à Barack Obama.

C’est pourquoi je crois que le Président Obama et ses conseillers néoconservateurs ne pensent pas plus loin que leur nez, comme c’était le cas pour le pas-trop-brillant George W. Bush, quand ils épousent l’idéologie impérialiste globale.


En 2008, j’avais publié un billet qui a été traduit en plusieurs langues et dans lequel j’avançais l’idée justement que l’Europe avait un intérêt vital à ce que cet instrument militaire d’un autre âge qu’est l’OTAN soit dissoute. En effet, il faut blâmer les dirigeants européens de ne pas avoir compris que l’intérêt fondamental de l’Europe n’était pas de se fondre dans l’empire américain mais plutôt de construire une Europe indépendante et solidaire. Pour ne pas avoir bien évalué cette réalité fondamentale, l’Europe risque à nouveau de replonger dans la division et les conflits ruineux, alors que les États-Unis essayeront de tirer les marrons du feu, avec leur allié de circonstance, la Grande-Bretagne.

Il n’est pas trop tard pour les dirigeants européens de rectifier le tir. Il faudrait, cependant, qu’ils aient la sagesse et le courage de dire aux néocons américains qu’ils ne sont pas les maîtres du monde et que l’Union européenne n’a nullement l’intention de poursuivre une politique agressive d’encerclement militaire de la Russie. Point à la ligne.


Et, qu’au contraire, comme tous les autres pays qui le désirent, la Russie pourrait s’associer à cette Europe des nations, grande, démocratique et pacifique, dans la coopération économique et dans la paix.

Mais cela exigerait un minimum de vision, de lucidité et d’esprit d’indépendance, ce qui semble faire défaut présentement dans bien des chancelleries.

Mais le laisser-aller actuel et l’abdication européenne qui consiste à laisser Washington tout décider en fonction des seuls intérêts de l’empire américain ne peuvent conduire l’Europe qu’au désastre.


Rodrigue Tremblay

Rodrigue Tremblay :  Économiste et humaniste, auteur du livre “Le Code pour une éthique globale, vers une civilisation humaniste”, Éditions Liber, 2009


 

 

N.B. : On peut consulter le blogue du professeur Tremblay pour des articles en plusieurs langues à cette adresse:

http://www.thenewamericanempire.com/blog.htm

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4 mars 2014 2 04 /03 /mars /2014 21:56

 

 

Depuis samedi 1er mars, les événements s’accélèrent en Ukraine. Le premier point important est le soulèvement des populations russes, russophones et minoritaires dans la partie Est du pays. Le nombre de mairie où le drapeau russe a été installé est ici significatif. Dans certains cas, à Donetsk et à Kharkov, on a assisté à des manifestations de très grandes ampleurs qui, si elles n’ont pas été ignorées par les journalistes occidentaux, n’ont pas eu droit à la même couverture médiatique que les manifestations de Kiev de ces dernières semaines. On supposera que c’est par manque de place et en raison des pénuries de papier qui sévissent dans notre beau pays que les journalistes se sont donc censurés sur ce sujet…


I. Ces manifestations tant populaires que politiques, en particulier avec le drapeau russe, dessinent la carte d’une partition possible, mais qu’il est encore dans le pouvoir des acteurs de chaque camp d’éviter. On a représenté sur cette carte la ligne de démarcation entre la zone dite « pro-russe » et la zone « pro-ukrainienne ».


Graphique 1

Carte Ukraine-Russie

 

Ces manifestations, et ces installations de drapeaux russes, alors que jusqu’à maintenant (lundi soir) l’armée russe n’est présente qu’en Crimée montrent que ce ne sont pas seulement les russophones au sens strict qui ont ainsi manifesté leur défiance par rapport au pouvoir de fait en place à Kiev. Il est hautement instructif de regarder une carte du découpage linguistique de l’Ukraine qui a été établie par l’Université de Kiev.

 

Graphique 2

Répartition des langues en Ukraine (2009)

 Bh0OXb9CEAAj2va

 

Cette carte montre que, outre la présence du Russe et l’Ukrainien (ce dernier n’existant à l’état « pur » que dans la partie la plus occidentale du pays) on est en présence de nombreuses autres langues ou dialectes. C’est le cas du « Surzhik », dialecte de Russe et d’Ukrainien mais aussi du « Trasianka », dailecte de Russe et de Bielorusse. Cette diversité de l’Ukraine, qui recoupe une diversité ethnique, est le produit de l’Histoire. L’Ukraine actuelle n’est pas l’Ukraine soviétique des années 1920 et 1930. Il lui a été rattaché des territoires polonais, hongrois, roumains et slovaques en 1939 et 1940, mais aussi la Crimée, « donnée » dans le cadre de l’Union soviétique par la Russie. Par ailleurs, la frange côtière du pays (autour d’Odessa) a toujours eu une nature plus « levantine » qu’ukrainienne avec des minorités grecques et juives importantes. Cette hétérogénéité se reflète dans la pratique, héritée des temps soviétiques, de distinguer la citoyenneté et la nationalité. Il était ainsi possible de se revendiquer Russe, Grec, Bulgare ou Ruthène et de s’affirmer citoyen ukrainien.

 

II. Cela impliquait néanmoins un pacte fondateur pour l’Ukraine indépendante en 1991, celui du respect des diverses minorités, dans leurs droits culturels et religieux, mais aussi l’affirmation de la double pratique des deux langues majoritaires, le Russe et l’Ukrainien, comme langue ayant un statut légal dans le pays. Pour avoir travaillé à Kiev de 1999 à 2001, je puis témoigner que rares sont les personnes ne parlant « que » l’Ukrainien, et que l’on pouvait parfaitement se dire un ferme partisan de la souveraineté de l’Ukraine et parler de manière préférentielle le Russe. C’est ce pacte qui a été érodé de 2004 à nos jours avant que d’être brutalement rompu. Avant les événements qui ont commencé au mois de novembre 2013 on ne comptait plus que 6 écoles-lycées enseignant en Russe à Kiev, alors que ces écoles se comptaient encore par centaines en 2000, et que la population russophone se compte sur Kiev en centaines de milliers. La suppression de la loi garantissant le statut du russe comme langue officielle, suppression prise ces dernières semaines, a été, pour une large part de la population, la preuve ultime que le pouvoir issu de la place Maïdan était tombé aux mains des ultra-nationalistes. Le président du Parlement ukrainien qui exerce les pouvoirs de faits du Président a décidé ce lundi 3 mars de mettre son veto à cette loi. Il a eu entièrement raison, mais c’est probablement trop tard ; le mal est fait. C’est ce qui explique la rupture du pacte fondamental sur lequel était basée l’Ukraine. Il nous reste à voir s’il peut être réparé.

 

III. On doit prendre conscience en France de qui sont réellement les militants de « Pravogo Sektora » et du parti « Svoboda », deux organisations minoritaires mais extrêmement actives dans le mouvement de Maïdan, et qui ont pris la direction de ce mouvement au début de février. Les dirigeants de « Svoboda » dénoncent ce qu’ils appellent la « mafia judéo-russe » autour du Président Ianoukovitch et n’hésitent pas à représenter Vladimir Poutine avec une étoile de David sur le front. Les militants, ainsi que ceux du « Pravogo Sektora » ont repris à leur compte le slogan classique de l’antisémitisme en Russie, l'adaptant pour les besoins de la cause « Bats les juifs et sauve l’Ukraine ». L’historien Jean-Jacques Marie, grand spécialiste de Trotsky et que nul ne peut soupçonner de complaisance vis à vis du pouvoir russe a écrit les lignes suivantes qui m’ont été transmises par un correspondant, Michel Gandilhon, que je tiens ici à remercier :

« Malheureusement, les nationalistes ukrainiens se sont désormais joints aux staliniens pour la propager à nouveau. Et ils partagent avec eux des méthodes similaires. 
En effet, indique Marko Bojcun, le 13 novembre, la présentation de ce recueil qui devait avoir lieu à la librarie « Yé », rue Lyssenko à Kiev, et qui devait être animée par lui-même, Youri Chapoval de l’Académie nationale des sciences d’Ukraine, par Zakhar Popovitch et Denis Pilash du collectif « Opposition de gauche » (collectif à l’origine de l’édition de ce recueil) a été brutalement interrompue par l’irruption de plusieurs dizaines de nervis du parti d’extrême droite mal nommé « Svoboda » (« Liberté », nouveau nom du « Parti national-social d’Ukraine », fondé en 1991). Ces individus avaient déjà perturbé la présentation du recueil dans la ville de Lviv.
 Maniant la calomnie, l’amalgame et la violence avec la même agilité que les staliniens en leur temps, les « Svobodistes » réussirent à empêcher la tenue de la réunion, hurlant des slogans accusant Léon Trotsky (exclu du Parti communiste en 1927 et expulsé d’Union soviétique en 1929) d’être responsable du Golodomor (la famine en Ukraine en 1932-1933), donc de « génocide ». A la sortie, les « svobodistes » vandalisèrent la voiture d’un des orateurs prévus, Zakhar Popovitch, avant que finalement, une heure après le début des incidents, la police n’arrive.
  Je partage l’indignation du professeur Marko Bojcun, contre ces méthodes qui visent à interdire par la terreur, la diffusion de ces textes qui contribuent à rétablir la vérité historique et la réalité des positions de Léon Trotsky, longtemps bannies d’Union soviétique par la bureaucratie et ses méthodes de terreur.
 J’ajoute que le parti « Svoboda » en question est connu comme se revendiquant ouvertement de Bandera et Stetsko, auteurs d’une « proclamation d’indépendance de l’Ukraine » datée du 30 juin 1941, soit huit jours après l’agression nazie contre l’Union soviétique, déclaration qui précisait que l’état ukrainien « indépendant » allait « coopérer étroitement avec la Grande Allemagne national-socialiste, sous la direction de son chef Adolf Hitler, qui est en train de fonder un ordre nouveau en Europe et dans le monde ». « Svoboda » se revendique de la continuité de l’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN) et de l’Armée insurrectionnelle d’Ukraine (UPA) de Bandera et Statsko, dont le rôle d’auxiliaires des nazis dans l’extermination des Juifs d’Ukraine n’est plus à prouver.  Dans cette remarquable continuité, « Svoboda » a multiplié ces dernières années des déclarations et actes provocateurs antisémites, mais aussi contre la minorité hongroise d’Ukraine, et contre les Russes et la Russie (qualifiant de « mafia judéo-moscovite » l’entourage du président de la République d’Ukraine). »

Or, ce sont avec des dirigeants de ce parti, notoirement fasciste et antisémite, que les dirigeants européens, dont Mme ASHTON, responsable de la diplomatie de l’Union Européenne, ont choisi de s’afficher à Kiev. Honte à eux. Mais honte à nous aussi si nous acceptons que de telles personnes nous représentent. Il faut rappeler que « Svoboda » a fourni plusieurs ministres au gouvernement de fait en place à Kiev et que le Procureur Général d’Ukraine en est membre.

 

IV. Quelle pourrait donc être la voie d’une sortie de crise qui respecterait la souveraineté de l’Ukraine ? Pour cela, il importe avant toute chose de voir s’il est possible de reconstruire le « vivre ensemble » qui fait Nation. Cela passe par trois conditions. La première est, à l’évidence désormais, une fédéralisation de l’Ukraine et des garanties importantes quant aux droits des minorités, que ces droits soient culturels ou religieux. Cette fédéralisation devra accepter le fait que la Crimée, qui est déjà une République Autonome, jouisse d’un statut particulier. La deuxième condition est la mise au ban politique des extrémistes de « Pravogo Sektora » et de « Svoboda », leur désarmement et leur interdiction. Dans aucun pays de l’Union européenne, dans aucun pays civilisé, il n’est acceptable d’avoir des partis dont le discours et l’idéologie sont les mêmes que les Nazis. Ceci est aussi important afin de libérer l’opposition démocratique de la pression et des menaces que font peser ces extrémistes sur ses dirigeants. La troisième condition est une déclaration de neutralité de l’Ukraine pour une période de vingt ans, déclaration qui vise à rassurer la Russie quant à une possible intégration de l’Ukraine tant dans l’Otan que dans l’UE. Cette déclaration de neutralité pourrait être levée si tant la Russie que les pays de l’UE tombaient d’accord. Sur ces bases, il devient possible d’envisager des élections tant générales que Présidentielles, sous un double contrôle de l’UE et de la Russie. Ces élections permettront de faire émerger un nouveau pouvoir à la fois légitime et légal. Mais, faire émerger un pouvoir légitime et légal n’aura de sens que si on assure la stabilité de l’économie ukrainienne. Or, compte tenu de la crise que l’UE traverse, compte tenu des spécialisations économiques de l’Ukraine, cette stabilité ne peut provenir que d’une intégration économique avec la Russie. Cette intégration devrait être aussi pensée entre régions d’Ukraine et de Russie, car les complémentarités sont très importantes. C’est une réalité qu’il faut admettre ou se préparer à des vagues d’immigration à hauteur d’un pays de 46 millions d’habitants.


À ces conditions, une Ukraine souveraine et indépendante est encore possible. Mais, plus on s’enfoncera dans une logique d’affrontement insensée entre l’UE et la Russie et moins cette perspective restera possible. Car, la logique de l’affrontement aboutit inéluctablement à la partition du pays.


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2 mars 2014 7 02 /03 /mars /2014 17:08

Emblem of the Ukrainian SSR.svg  

 

 

Déclaration sur les événements réactionnaires en Ukraine



 

 

 

 

 

 

 

 

Traduction MA pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Les derniers événements dramatiques en Ukraine ne constituent pas une « victoire de la démocratie » par les dits « révolutionnaires », comme les dépeignent les médias américains et européens, mais bien un processus dangereux, d'abord pour les Ukrainiens eux-mêmes.



Les forces politiques réactionnaires, les descendants idéologiques des Nazis, refont « surface » politiquement avec l'aide de l'Union européenne et des États-Unis.

Ce sont des forces qui, en plus de détruire les sièges de leurs opposants, préparent les persécutions politiques, l'interdiction de partis, surtout les communistes, et même l'adoption de législations racistes au détriment de la population russophone, comme c'est déjà le cas depuis vingt ans dans les pays baltes « européens », avec le soutien politique patent de l'Union européenne.

Les Partis communistes et ouvriers qui signent cette Déclaration commune :

 

  • Expriment leur solidarité avec les communistes d'Ukraine, surtout avec ceux qui sont descendus dans les rues afin de défendre les monuments de Lénine et autres monuments soviétiques et anti-fascistes, qui se trouvent être la « cible » du « nettoyage » idéologique de l'histoire, envisagé par les groupes armés nationalistes-fascistes ;

     

  • Dénoncent l'ingérence patente dans les affaires intérieures de l'Ukraine de la part des États-Unis et de l'Union européenne, le soutien qu'ils ont apporté et apportent aux groupes armés fascistes, appuyant leur revanchisme historique face à l'issue de la Seconde Guerre mondiale, faisant de l'anti-communisme une politique officielle, tout en glorifiant les groupes fascistes, leur idéologie criminelle et leur activité, défendant la division du peuple ukrainien avec des persécutions envisagées au détriment des Ukrainiens russophones ;

     

  • Soulignent que les positions des forces opportunistes adoptent une position dangereuse, lorsqu'elles répandent l'illusion qu'il peut y avoir une « autre Union européenne », « un autre meilleur accord d'association UE/Ukraine ». L'UE, comme toute union capitaliste inter-étatique, est une alliance prédatrice qui a caractère profondément réactionnaire, elle ne peut être dans les intérêts populaires, et elle agit et continuera à agir contre les droits des travailleurs et contre les peuples ;

     

  • Font remarquer que les événements en Ukraine sont liés à l'intervention de l'UE et des États-Unis, ils sont le produit d'une féroce rivalité entre ces puissances avec la Russie pour le contrôle des marchés, des matières premières et des réseaux de transport du pays. Cependant le peuple d'Ukraine, comme tous les autres peuples d'Europe, n'ont aucun intérêt à se positionner avec une ou l'autre de ces alliances impérialistes, prédatrices ;

     

  • Les intérêts de la classe ouvrière et des couches populaires d'Ukraine impliquent de ne pas se laisser « piéger » dans des dilemmes nationalistes, diviseurs, sur la base de particularismes ethniques, linguistiques, religieux et de mettre la priorité sur leurs intérêts de classe communs, de tracer la voie de la lutte de classe, pour leurs droits et pour le socialisme. Le socialisme reste plus actuel et nécessaire que jamais. C'est la perspective contre toute union capitaliste inter-étatique, afin d'ouvrir la voie à une économie et une société qui ne fonctionnent pas sur la base du profit, mais sur la base des besoins des travailleurs.

Premiers signataires :

 

1 – Parti communiste d'Albanie

2 – Tribune progressiste démocratique, Bahreïn

3 – Parti des travailleurs du Bangladesh

4 – Parti communiste du Canada

5 – Parti communiste au Danemark

6 – Parti communiste allemand

7 – Parti communiste unifié de Géorgie

8 – Parti communiste de Grèce

9 – Parti communiste jordanien

10 – Parti communiste du Mexique

11 – Parti communiste de Norvège

12 – Parti communiste de Pologne

13 – Parti communiste portugais

14 – Parti communiste de la Fédération de Russie

15 – Parti communiste ouvrier de Russie

16 – Parti communiste d'Union soviétique

17 – Nouveau Parti communiste de Yougoslavie

18 – Parti communiste de Suède

19 – Parti communiste de Turquie

20 – Union des communistes d'Ukraine

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2 mars 2014 7 02 /03 /mars /2014 16:56

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Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'instauration d'un gouvernement par la force présentée comme une victoire démocratique, la célébration de l'arrivée au pouvoir d'activistes fascisants comme celle de combattants de la liberté : même nos médias ont de la peine désormais à nous vendre la mascarade ukrainienne.

 

« Maintenant, le règne des banquiers va commencer ». On n'est pas en 1848 mais en 2014, en Ukraine. Derrière la mascarade d'une « insurrection populaire » animée par les groupuscules fascistes, manipulée depuis Berlin, Washington, la réalité d'un gouvernement qui n'a rien de révolutionnaire.

Le nouveau Premier ministre est le banquier Arseni Iasteniouk. Favori des États-Unis, il connaît bien le régime ukrainien pour y avoir occupé tous les postes-clés : président du Parlement, Ministre des Affaires étrangères, Minçistre de l'Economie, président de la Banque centrale. Il y a appliqué alors avec zèle une ligne pro-européenne et de soumissions aux diktats du FMI.

Dans les postes-clés ont été installés des leaders pro-européens, du parti de Timoschenko, très proche de l'Allemagne et de l'UE dans un gouvernement composé essentiellement de bureaucrates, de trafiquants, de banquiers et de voyous fascistes, certains cumulards.

Un mélange hétéroclite mais cohérent : des banquiers prêts à obéir au FMI, de « businessmen » nés de la chute de l'URSS formés aux Etats-unis, des « ministres professionnels » pro-européens, trempés dans les scandales de corruption, proches des clans oligarques. Regardons cela en détail.

 

Aux affaires étrangères, des bureaucrates pro-européens

 

Aux Affaires étrangères, Andei Dechitsia, diplomate de formation, pro-européen, il a travaillé notamment dans les institutions internationales. La dernière en date, l'OSCE, l'Organisation pour la sécurité et la coopération européenne !

A l'intégration européenne, Boris Tarasiuk, un politicien professionnel, il a déjà servi comme ministre des Affaires étrangères dans quatre gouvernements différents de 1992 à 2007. Pro-européen, atlantiste, il a déjà été ambassadeur au Bénélux, représentant de l'Ukraine à l'OTAN.  Il est également le fondateur de l'Institut pour la coopération euro-atlantique (IEAC), une fondation qui milite activement pour l'adhésion de l'Ukraine à la fois à l'UE et à l'OTAN.

A la politique régionale, Volodimir Groysman, jeune loup, maire de Vinnitsa. Cet ancien membre du « Parti des régions » de Ioutchenko a fait fortune dans l'agro-business et l'immobilier, c'est aussi un ami de l'oligarque de Vinnitsa pro-européen et pro-américain Petro Poroshenko. Grosyman est par ailleurs réputé pour être proche du gouvernement polonais.

 

A l'économie, des banquiers proches des « oligarques »

 

A l'économie, Pavlo Cheremeta, la vitrine officielle, cet économiste de propagande formé aux Etats-unis est le fondateur de la première « business school » à Kiev, il est à la tête d'un réseau d'universités, écoles de commerces en Europe centrale et orientale diffusant l'idéologie libérale, tout comme la « Kiev school of economics » dont il était le président jusqu'en février 2014. 

Aux finances, Oleksander Chlapak, le vrai homme fort. Successivement vice-président de PrivatBank – la 1 ère banque privée du pays – vice-président de la Banque centrale d'Ukraine et enfin président du Trésor national ukrainien, tout en ayant servi entre-temps comme Ministre de l'économie et de l'intégration européenne !  Chlapak est connu pour être le représentant de l'oligarque Kolomoysky, la deuxième fortune du pays, à la tête d'un conglomérat réunissant banques (PrivatBank), métallurgie, pétrole, médias, finance.

A l'énergie, Youri Prodan, a déjà été ministre sous Ioutchenko au même poste. Il est connu pour avoir travaillé à la création du « Marché national de l'énergie », censé réguler le marché national de l'énergie, en fait aboutissant à un partage du gâteau entre groupes oligarchiques et à une corruption généralisée. Prodan est également très proche du groupe du millardaire Igor Kolomoisky. 

A la justice, Pavlo Petrenko, spécialiste du consulting privé en droit, il a été pendant plusieurs années Conseiller général de la Caisse des bons du trésor ukrainienne, une des premières banques du pays.

Enfin à l'Intérieur, le businessmen véreux Arsen Avakov, fondateur d'une banque commerciale et d'un fonds d'investissement, condamné pour prise illégale de terres, abus de pouvoir, il est sur la liste internationale d'Interpol. Un bon garant du respect du droit et de l'ordre juste !

 

Des fascistes aux postes-clés … jusqu'au numéro 2 du régime !

 

Le vice-premier ministre, numéro 2 derrière Iasteniouk, est Alexander Sytch. Membre du parti fasciste « Svoboda ». Il est connu pour ses interventions virulentes au Parlement, sa croisade « anti-avortement », son anti-communisme fervent (sa région Ivano-Frankisvk a fait interdire le PC). 

La présidence du Conseil de sécurité nationale, organe suprême pour la défense et l'intérieur, est confiée à Andrei Parubiy, fondateur du Parti national-social (inspiré du NSDAP de Hitler, oui !) ancêtre de Svoboda, dont il fut le leader.  Dans sa jeunesse para-militaire, il a dirigé les forces d'auto-défense à Maidan, aujourd'hui il se dit membre de l' « opposition modérée » (sic).

Dans un autre poste majeur, le Bureau du Procureur général, on retrouve un membre de Svoboda, Oleg Makhnitsky. Le procureur général dispose du pouvoir suprême sur le plan judiciaire, pouvant notramment lever l'immunité parlementaire pour faire inculper tout élu.

Le ministère de l'Agriculture est confié à Olexandr Myrni, autre membre de « Svoboda ». Ce millionnaire fasciste a fait fortune dans … l'agro-alimentaire. Les grands groupes allemands, polonais, américains qui lorgnent sur le « grenier » ukrainien peuvent être rassurés !

Enfin, le ministère de l'écologie va aussi à un membre du parti « Svoboda », Andrei Mokhnyk. Lui qui n'y connaît rien à l'écologie est aussi un farouche opposant des énergies renouvelables.  Cela va peut-être décevoir – comme le notent les médias ukrainiens – les multi-nationales qui avaient signé des accords pour ce type d'énergie, mais cela va rassurer par contre les multi-nationales du gaz, de l'électricité, du pétrole qui peuvent être les mêmes.

A l'Education, Sergei Kvit a fréquenté dans sa jeunesse diverses organisations néo-nazies, dont le « Trident », organisation se revendiquant des groupes collaborateurs pendant la dernière guerre.

Aux Sports, le voyou Dimitri Bulatov, héros des indignés à crânes crasés pour avoir organisé la logistique sur la place Maidan, est aussi connu pour ses liens très étroits avec le groupe ultra-fasciste « Secteur Droit ». 

On pourrait aussi ajouter une égérie du mouvement, la journaliste anti-corruption Tatiana Tchornovol à la tête du Bureau anti-corruption qui fut responsable à la communcation de l'UNA-UNSO, groupe néo-nazi se revendiquant du nationalisme ukrainien collaborant avec les nazis, maintenant des relations très proches avec le parti néo-nazi NDP.

 

A noter que si les deux principaux dirigeants des partis d'extrême-droite ne sont pas au gouvernement, ce n'est pas parce qu'on les a exclus mais … parce qu'ils ont refusé les postes, préférant se préserver pour les prochaines élections.

 

Ainsi, le chef de Svoboda, Oleg Tyahnybok s'est vu proposer le poste de vice-premier ministre. Celui du parti néo-nazi « Secteur droit », Dmitri Yarosh a refusé le poste de vice-secrétaire du Conseil de sécurité national, attendant mieux peut-être.

 

Et des bouffons (corrompus) à la pelle, partout !

 

On pourrait continuer la liste des membres du gouvernement, même les miettes lancées aux « manifestants » n'ont pas convaincu même les plus fanatiques ou crédules des dits « indignés de Maidan ».

On peut penser à Olga Bogomolets aux Affaires humanitaires.

Cette millionnaire formée aux Etats-unis a fait fortune dans la création après 1991 de cliniques laser, d'instituts privés de dermatologie et de cosmétologie. Elle investit depuis sa fortune dans des institutions philanthropiques … avant tout destinés à glorifier la nation ukrainienne éternelle, bien ancrée à l'ouest.

Aux affaires sociales, Lioudmila Denisova, elle aussi déjà ministre du même poste pendant trois ans, elle a déjà été dénoncée par plusieurs ONG pour abus de pouvoir, népotisme et détournement de fonds. Une belle figure morale !

On pourrait continuer, pour rire, avec l'acteur raté Yevhen Nischchuk à la Culture, le recteur d'université servile Sergei Kvit à l'Education, ou le docteur formé aux Etats-unis et en Allemagne, Oleg Musiy à la Santé : tous ont suscité au mieux les réticences, au pire la désapprobation générale même des étudiants, milieux culturels et de santé pro-européens !

 

 

Arrêtons le massacre, arrêtons la mascarade. L'Union européenne – en soutenant ce coup d'Etat et ce gouvernement fantoche – a enterré la démocratie, montré l'hypocrisie de son discours, précipité le risque de guerre avec la Russie : que l'on sache enfin à qui nos dirigeants veulent confier le sort d'un des plus grands pays d'Europe.

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2 mars 2014 7 02 /03 /mars /2014 16:34

 

Nicolas Maduro reprend l’initiative. Retour de la paix… et du Carnaval.

A la fin de janvier 2014 s’est produit un fait inédit : des leaders de l’opposition et le gouvernement ont commencé à plancher ensemble sur la sécurité citoyenne, à la suite de l’appel de Nicolas Maduro à construire un “agenda commun”. Ce dialogue fut interrompu par la tentative de coup d’État d’une droite qui refuse le choix d’une majorité d’électeurs (1).

Ce 1er mars, tandis que ces groupes violents, bien qu’encouragés par les mensonges des médias internationaux, se désagrègent, la firme privée de sondages International Consulting Services indique que 80,9% des vénézuéliens appuient l’initiative du président Maduro d’avoir renoué jeudi dernier avec la conférence de paix. Dans cette étude (2) réalisée les 27 et 28 février dans 900 foyers des principales villes du pays avec une marge d’erreur de 3%, 85,4 % des personnes interrogées se disent en désaccord avec la poursuite des violences et 91,3% en faveur du respect strict de la Constitution.


Maduro conferencia de paz jueves 27

 

Le 27 février des représentants des mouvements sociaux, politiques et religieux, des intellectuels et des leaders de l’opposition ont donc répondu positivement à l’invitation de Maduro à reprendre les travaux à Caracas (photo). Seule la “Plate-forme de l’Unité Démocratique” (MUD, droite) a refusé d’y participer. 72 % des vénézuéliens sondés par ICS considèrent comme mauvaise cette décision.


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Un refus également critiqué par la présidente argentine Cristina Fernandez qui a dénoncé le samedi 1 mars “la tentative de coup d’État contre la République Bolivarienne” et a recommandé à l’opposition vénézuélienne ”d’attendre les prochaines élections pour tenter sa chance dans les urnes, sans mettre en péril la démocratie, ou de faire usage en 2016 du référendum révocatoire, le Vénézuéla est le seul pays du monde, en tout cas de la région, où existe le droit de demander la révocation d’un président à mi-mandat”.  “Croyez-moi, a t-elle ajouté, il serait fatal pour toute la région, pour cette intégration latino-américaine dans laquelle nous avons tant avancé en résolvant tant de problèmes sans intervention externe, de permettre que des vents extérieurs détruisent un pays frère, c’est pourquoi indépendamment des idées, nous devons défendre la démocratie”. (3)

Comme l’écrit le politologue argentin Juan Manuel Karg (4), “le gouvernement bolivarien semble reprendre fortement l’initiative. Le large consensus sur la nécessité de pacifier la conjoncture politique du pays montre un antagonisme clair avec le cycle de protestations de rue menées contre le gouvernement ces deux dernières semaines.”

Pendant ce temps, la grande majorité des vénézuéliens descend dans la rue… pour fêter le Carnaval.


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Caracas, 1 mars 2014

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Photos : plages des états d’Aragua et de Vargas.

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On s’attend à un mouvement d’environ 17 millions de personnes  à l’intérieur du  territoire. Tous les billets d’avion (en interne et pour l’étranger) ont été vendus. Alors que l’extrême droite avait affirmé  manifester “contre la vie chère” – une thèse reprise par les médias du monde entier – ce boom s’explique par la hausse des salaires, la baisse du chômage (5) et les subventions au tourisme populaire. Malgré la guerre économique et l’inflation, un nombre croissant de citoyens peut jouir de vacances. Une ambiance très “Front populaire”  - lorsque les premiers congés payés en France (1936) virent les familles de travailleurs débarquer sur la Côte d’Azur, au grand dam de la bourgeoisie.

T. D., Caracas, le 2 mars 2014.

Notes :

(1)  Voir l’article de Maurice Lemoine http://venezuelainfos.wordpress.com/2014/02/20/strategie-de-la-tension-au-venezuela-par-maurice-lemoine/

(2)  http://www.avn.info.ve/contenido/ics-809-venezolanos-apoya-conferencia-paz

(3)  Lire http://www.telesurtv.net/articulos/2014/03/01/cristina-fernandez-ratifica-apoyo-a-democracia-de-venezuela-3857.html

(4)  Lire “Nicolas Maduro retoma la iniciativa” de Juan Manuel Karg, http://www.rebelion.org/noticia.php?id=181465

(5)  Voir http://venezuelainfos.wordpress.com/2014/01/22/venezuela-laugmentation-du-salaire-et-la-baisse-du-chomage-continuent/

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2 mars 2014 7 02 /03 /mars /2014 15:16

Nous reproduisons une affiche de l'UL-CGT du Havre qui invite à se mobiliser contre la criminalisation des actions syndicales et des militants syndicaux. 

A Kiev, les manifestants ont le droit de tout casser, d'envahir les bâtiments officiels, ce sont pour les journalistes des partisans de la liberté, entendez de l'Union Européenne.  A Quimper, tout est permis quand les patrons sont partie prenante de la manifestation. 

Au Havre les syndicalistes qui défendent les droits des salariés dans une action collective sont traduits en justice et condamnés à 6 mois ferme par un procureur zélé, qui défend la classe au service de laquelle il s'est mis : le patronat. 

A Roanne, 5 militants sont poursuivis pour avoir refusé de laisser prélever leur ADN tout comme les syndicalistes du Havre.  Ils ont été relaxés mais le procureur de Lyon ( même classe, même culture anti-ouvrière et anti-syndicale que celui du Havre) a fait appel !

GOODYEAR : 5 syndicalistes menacés de prison! Même procureur et même justice anti-ouvrière.

Sur tout ceci, silence sur les télés et les radios.  Les patrons de presse veulent bien laisser leurs journalistes s'apitoyer sur le drame social vécu par les salariés, mais pas trop souvent ni trop longtemps.  Et quand ceux-ci se défendent, ils s'indignent et condamnent les syndicalistes qui se révoltent.

Ces condamnations ont un nom : c'est la justice de classe.

Tout comme le rejet de la loi d'amnistie sociale a un nom : c'est un vote de classe.  On y retrouve pêle-mêle des députés socialistes, UMP et FN ...

Et ça c'est une question politique à laquelle sont confrontés les salariés, les militants syndicaux. 

 

 

 

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2 mars 2014 7 02 /03 /mars /2014 10:45

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  • Editorial : Depuis deux décennies, et jusqu'à ces derniers jours, les ambitions impériales et l'arrogance provoquent chaos et désolation
  • Analyse : La majorité du peuple suisse a infligé une claque à la classepolitique, au patronat, et à l'Union européenne
  • Infos : Dans une situation qui reste incertaine, l'opposition ukrainienne a renversé le pouvoir en place à Kiev
  • Commentaire : L'Ukraine fait l'objet d'une rivalité de puissances, y compris au sein du camp occidental
  • Entretien : la chercheuse Françoise Morvan analyse les véritables enjeux de la "Charte des langues régionales".

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1 mars 2014 6 01 /03 /mars /2014 15:38

Lu sur le blog de l'UL-CGT de Dieppe.  Ils ont entièrement raison!

Les salariés  qui se couchent tôt, se lèvent tôt et sont en repos ou en congé ces matins là  - que de conditions !-  peuvent aller  voir " Les Jours Heureux" à

 

Rouen à l'Omnia République

 

Dimanche 2 Mars, Lundi 3 Mars, Mardi 4 Mars à 11 heures.

 

Nous avons appris que l'UL -CGT d'Elbeuf fera une projection suivie d'un débat autour des "Jours Heureux" au  cinéma   "Mercure" à Elbeuf dans la semaine du 12 au 18 Mai Le jour et l'heure ne sont pas encore fixés.

Enfin... ! Figurez-vous que... Oui ! la télévision programme (enfin !) le documentaire "les jours heureux".... Oui,... mais à 23h30, un lundi, le 3 mars, pour que vous ne puissiez jamais le voir !

Pensez-donc,... "Les jours heureux" !!! C'est ringard ! Il ne faut surtout pas que les salariés en rêvent... des jours heureux ! Aujourd'hui c'est la galère pour eux... alors des jours heureux,  pour soi, pensez-donc ! Un rêve... inaccessible !

C'est ici qu'on voit qu'il y en a qui réfléchissent, ceux qui programment les films: ils pensent pour vous, et à votre place, pour que vous ne vous interrogiez pas sur un possible retour de jours heureux... demain... plus tard... jamais !

Résumé du documentaire: 

Entre mai 1943 et mars 1944, sur le territoire français encore occupé par l'armée allemande, seize hommes, appartenant à divers partis politiques, mouvements de résistance et syndicats (dont la CGT, car il n'existait que deux syndicats, clandestins à l'époque: la CGT et la CFTC) et, rédigent le programme du Conseil national de la résistance, un document intitulé "Les Jours heureux", qui va durablement changer le visage de la France à la Libération.

Ce programme est encore, pour l'instant, au coeur du système social français, apportant des avancées décisives en matière de couverture sociale, de prévoyance, mais aussi de libertés. Des avancées que le pays n'avait pas connues depuis le Front populaire.

"Les jours heureux" enfin annoncés à Dieppe.

Le documentaire est programmé, mais pour une seule séance, le mardi 25 mars 2014 à 18h30, et serait suivi d'un débat: avec qui ? Pour le moment la CGT n'est pas invitée.

Les bruits courent qu'on parlerait de donner, peut-être, la parole à la CGT. Mais on ne voudrait parait-il pas qu'elle co-organise la soirée. Nous rappelons à toute fins utiles aux organisateurs anonymes, que Louis Saillant, le représentant de la CGT a présidé le CNR; que "les jours heureux" — le programme — s'est largement inspiré du programme de la CGT. De même, nous rappelons que sur les monuments aux morts de la région, il y a beaucoup de noms de militants de la CGT qui ont donné leur vie pour que "les jours heureux" arrivent.

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