Près d'un cheminot sur deux en grève
ce jour 13 juin 2013 , le message est clair !
Nous sommes un mouvement communiste au sens marxiste du terme. Avec ce que cela implique en matière de positions de classe et d'exigences de
démocratie vraie. Nous nous inscrivons donc dans les luttes anti-capitalistes et relayons les idées dont elles sont porteuses. Ainsi, nous n'acceptons pas les combinaisont politiciennes venues
d'en-haut. Et, très favorables aux coopérations internationales, nous nous opposons résolument à toute constitution européenne.
Cette semaine, sur le
conseil avisé de la section bruxelloise d'Action communiste, le Roquet d'Or est attribué à Thierry Steiner pour
la vulgarité insultante de son commentaire sur les réductions d'effectifs chez Renault : "Renault fait la vidange"... (lors du 7-10 du 25 juillet).
Près d'un cheminot sur deux en grève
ce jour 13 juin 2013 , le message est clair !
Nous avons dénoncé l’accord signé par les organisations syndicales CFDT, FO, CFTC, CGC et la direction de Renault portant sur la suppression de 8.250 emplois d’ici 2016.
Dans les usines et services c’est d’une véritable hémorragie qui se met en place. Bloquée depuis des années l’embauche de jeunes fait que la pyramide des âges est particulièrement élevée.
Ainsi c’est environ 30% du personnel dans chaque établissement qui est en mesure de partir. Qui restera pour sortir les voitures ? Les coûts fixes de production vont grimper ce qui justifiera à terme la fermeture de l’usine ou du service. Pas rentable dira Renault.
60.000 Nissan par an à Flins ?
Monsieur Montebourg qui a félicité la direction de Renault pour ce plan, en remet une couche en visitant l’usine de Flins en compagnie de C. Goshn. Il s’est bien gardé bien de lui poser la question : si ces voitures sont réellement fabriquées qui les fabriquera ?
Car les promesses pour cette usine n’ont pas manqué dans le passé. La fabrication des voitures électriques devait s’accompagner de la fabrication de la pièce essentielle : la batterie. Un atelier a même été préparé pour cela. Il est toujours vide. Les batteries viennent toujours du Japon. Ils ont raison « les Nissan on y croira quand on les verra » disent des ouvriers. Ils ont raison.
Marge ou volume.
Chez les vendeurs de voitures les délais pour obtenir une Sandero, une Captur, une Clio 4, un Duster sont de l’ordre de 5 à 7 mois. Et encore il ne faut pas que le client soit attaché à une couleur ou des options particulières. Certains vendeurs refusent même de prendre les commandes nouvelles.
La raison ? Simple, les usines de Roumanie et de Turquie qui fabriquent ces modèles en vogue sont saturées et ne peuvent produire d’avantage.
Alors pourquoi ne pas transférer en France une partie de cette production ?
Carlos Goshn a donné la réponse il y a quelques mois : Une Clio fabriquée en France rapporte 300 euros. La même fabriquée en Turquie en rapporte 1.500. La paie d’un salarié de Renault en Turquie est 5 fois moindre qu’en France.
Ceci explique cela.
Au diable l’emploi, seul le profit compte. Le capitalisme est aussi simple que cela. C’est ce que nous combattons. Venez nous rejoindre dans ce combat
Sous l’en tête de la CFDT au techno-centre Renault de Guyancourt un responsable d’un service s’adresse à sa hiérarchie en date du 30 avril 2013 :
« Nous souhaitons attirer votre attention sur les conséquences relatives d’une part à la réduction des effectifs et d’autre par à la réorganisation de l’ingénierie. »
Il s’inquiète de la montée du stress et de l’inquiétude dans une partie du personnel et demande quelles dispositions cette hiérarchie compte prendre « quant à leur bien être et la confiance en l’avenir. »
La CFDT, la CGC et FO viennent de conclure « l’accord de compétitivité » avec la direction de Renault. Seule la CGT s’est déclarée « farouchement contre ».
L’encre de l’accord à peine sèche les conséquences concrètes se font sentir. Espérons que ce responsable n’aura pas manqué d’envoyer un double de sa lettre à la direction nationale de la CFDT pour qu’elle en prenne de la graine.
Après plusieurs Rencontres Nationales, permettant à des communistes appartenant ou pas à une organisation existante, d’approfondir leur réflexion à partir de leurs expériences dans les luttes, après le succès du Stand à la Fête de l’Humanité 2012, ont eu lieu, courant février et mai deux réunions nationales afin de « cadrer » ce que pouvait être, la prochaine étape de ce processus d’ « en commun » pour aider au véritable changement.
L'affrontement de classe s'aiguise en France et dans le monde et nous assistons, depuis 30 ans à une accélération sans précédent d'une politique d'austérité menée par les gouvernements successifs, politique tournée vers la réduction du salaire et des services publics, et de soumissions aux institutions européennes, vers le renforcement du (re)partage du monde entre impérialismes multipliant les guerres.
Cette politique provoque de plus en plus la colère des couches populaires.
L’ambition des ASSISES du COMMUNISME qui auront lieu les 28, 29, 30 juin prochains dans les Bouches du Rhône,
c’est d’AIDER à ce que le mouvement populaire prenne conscience de la possibilité de faire échouer les plans mortifères d’un CAPITALISME, en proie à ses contradictions et à « sa CRISE SYSTEMIQUE » qui lui impose de frapper encore plus durement le seul monde du travail.
Cette Lutte des classes a besoin de « marqueurs, » de repères, d’outils de réflexion pour l’action. Nous sommes, au-delà de nos divergences, persuadés que le Marxisme reste la boussole de classe. Que pour être dans le maximum de mains, il faut des COMMUNISTES
Le texte initial, tuteur de notre démarche patiente et déterminée rappelait en 2007 :
« Il faut se rendre à l’évidence : les forces qui se réclament du communisme apparaissent éclatées, désillusionnées, découragées, traumatisées…Certains se prononcent même pour leur disparition. Or, plus que jamais, il est indispensable d’offrir une perspective à l’espoir que l’on sent poindre dans les multiples échanges qu’entretiennent les militants communistes avec la population dans leurs villes et leurs villages, avec les salariés sur leurs lieux de travail.
(…) C’est pourquoi nous souhaitons que soit reposée la question de l’actualité du communisme, d’un communisme qui soit de notre temps. Pour cela, les grandes lignes d’un projet de société doivent être redéfinies ou réaffirmés ».
Voilà qui nous semble aujourd’hui encore plus actuel.
C’est pourquoi nous invitons ceux qui se reconnaissent dans cette ambition révolutionnaire à PARTICIPER aux travaux prévus. Nous proposons d’y impulser un PROCESSUS « impliquant les masses qui font l’histoire » comme le rappellent les marxistes.
Nous souhaitons y permettre la convergence des communistes, qu’ils soient en « réseaux », en « cercles » dans des groupes militants, parties prenantes de la vie interne de leur Parti, en rupture avec ce dernier ou encore « inorganisés » selon l’expression consacrée.
Nous savons aussi qu’il y a besoin de formes permanentes de coordination et d’organisation des communistes. CHE GUEVARA rappelait un jour
« Sans organisation les idées perdent de leur efficacité après le premier moment d’élan ; elles tombent peu à peu dans la routine, dans le conformisme, et finissent par n’être plus qu’un souvenir »
Les travaux fraternels et sans tabous des Assises, auront à mettre en place ce dispositif souple, respectant la diversité d’engagements, et de nature à conserver à notre PROJET ses objectifs à court, moyen et long terme.
D’ores et déjà nous vous invitons à vous inscrire et à faire inscrirepour les Assises au moyen de la fiche jointe ci-dessous et à renvoyer votre inscription à
assisesducommunisme@laposte.net
ou par courrier postal.
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Au menu du n°28, notamment...
Editorial : En forçant la levée de l'embargo sur les armes aux rebelles syriens, Londres et Paris se lancent dans une périlleuse fuite en avant
Analyse : La Commission a fait connaître le 29 mai ses injonctions économiques et sociales à chaque Etat membre
Analyse : Les négociations pour un "grand marché transatlantique" UE-USA pourraient démarrer prochainement
Commentaire : Les dirigeants européens se désespèrent du rejet croissant dont l'UE fait l'objet dans quasiment tous les pays
Entretien : Alekos Alavanos, ancien mentor du parti grec Syriza, a lancé son mouvement pour sortir de l'euro
Et les brèves...
POUR UN SERVICE PUBLIC FERROVIAIRE DE QUALITE
REPONDANT AUX BESOINS DE LA NATION ET DES USAGERS
Dans la logique de son adhésion à la logique financière de l'UE, le gouvernement prépare la privatisation des chemins de fer qui furent nationalisés en 1937. Les billets "congés payés", la gestion au service des usagers, le rôle joué par l'entreprise nationale dans l'aménagement du territoire rappellent l'importance qu'il y a à ce que les transports ferroviaires soient publics et restent une entreprise nationale.
Les plus nombreux dans les trains quotidiennement sont les salariés. Les plus nombreux à emprunter le transport ferroviaire pour partir en vacances sont les salariés et leur famille. Voilà pourquoi la SNCF ne doit cesser de leur appartenir, voilà pourquoi ils ne doivent pas cesser d'être des "usagers" du service public et ne doivent pas devenir des "clients" d'une entreprise privatisée, dont l'objectif principal sera de faire des profits sur le trajet qui les mène à leur travail ou sur leur lieu de vacances. C'est ce que disent les organisations syndicales qui appellent à la grève le 13 Juin : "Il appartient donc au Gouvernement et aux parlementaires de prendre en compte nos propositions et de construire un projet de loi répondant aux besoins de la Nation et des usagers à partir d’une entreprise ferroviaire publique intégrée, la SNCF, seule capable de répondre aux enjeux de sécurité, d’aménagement du territoire et d’égalité de traitement."
Dans un tract aux usagers, les syndicats alertent sur les conséquences de la logique financière de la gestion du service public ferroviaire : suppressions de gares et d'emplois, fermetures de guichets, des gares déshumanisées ou fermées, des dysfonctionnements dûs au matériel vétuste, des ateliers fermés ou avec moins de personnel ... Et ils dénoncent l'argent dilapidé dans des aventures de croissance externe ( 1000 filiales ! ) par acquisition de sociétés à l'étranger, ou dans les lignes TGV, vitrines de l'entreprise, le tout au détriment des lignes empruntées le plus souvent par les travailleurs. Enfin ils se demandent " comment offrir une alternative fiable au "tout camion " si la circulation des trains de marchandises est abandonnée ". Quiconque passe devant la gare de triage de Sotteville les Rouen peut en effet y contempler les locomotives qui servaient au fret, abandonnées et inutilisées pendant que le trafic camion ne cesse d'augmenter sur les autoroutes.
Nous reproduisons ci-dessous la déclaration de la CGT et la déclaration unitaire des organisations qui appellent à la grève.
Communiqué de la CGT
RÉFORME DU SYSTÈME FERROVIAIRE
LE GOUVERNEMENT DOIT RÉÉCRIRE SA COPIE
Le Ministre des Transports vient de présenter les grandes lignes du projet gouvernemental de réforme du système ferroviaire. Derrière les précautions oratoires employées se prépare un éclatement du système ferroviaire et du service public SNCF.
Alors que chacun s’accorde à dire que les vrais sujets pour développer le transport ferroviaire sont l’organisation de sa production et son financement, le Gouvernement choisit clairement de se soumettre aux exigences de Bruxelles d’ouverture totale du marché à la concurrence en 2019, bien qu’aucun texte ne l’impose.
Une réforme du système ferroviaire est indispensable mais avec l’ambition de
répondre aux besoins de la Nation et des usagers. Cela ne peut s’envisager qu’à partir d’une entreprise ferroviaire publique intégrée, la SNCF, seule capable de répondre aux enjeux de sécurité, d’aménagement du territoire et d’égalité de traitement.
A l’instar des rapports Bianco et Auxiette, cela n’est pas la voie que semble vouloir tracer le Gouvernement. L’organisation du système ferroviaire en 2 EPIC, que la CGT condamne depuis la séparation de l’infrastructure (création de RFF en 1997) et de l’exploitation (SNCF) n’est pas éradiquée par le projet gouvernemental. Au contraire, la proposition d’organiser le système en 3 EPIC prépare à son éclatement le moment venu, dans le cadre de l’ouverture ou non à la concurrence dont la responsabilité revient au Gouvernement.
Aucune solution de financement du système n’est apportée. Le traitement de la dette du système ferroviaire reposerait uniquement sur la productivité et des efforts supplémentaires demandés aux cheminots. Cheminots et usagers continueraient de faire les frais du refus de l’Etat de soutenir la dette issue des créations de lignes à grande vitesse qu’il fait supporter au système ferroviaire depuis les années 80.
Le projet du Gouvernement encourage la finalisation de l’organisation cloisonnée construite au fil des années par la direction de la SNCF. Ces séparations structurelles qui handicapent lourdement la production ferroviaire en empêchant les cheminots de travailler ensemble, faciliteraient la séparation totale de telle ou telle activité.
Dans ce cadre, il est évident que l’harmonisation sociale préconisée se traduirait par une régression sociale.
Le Gouvernement ne peut se considérer quitte.
Il doit réécrire sa copie!
Dans le cadre des débats ouverts par le gouvernement, la CGT a fait une
proposition complète qui allie efficacité pour un meilleur service public et un
financement pérenne du système ferroviaire en améliorant les conditions sociales et de travail des cheminots. Ce projet, conforme à la réglementation en vigueur, est basé sur le travail collectif et mutualisé de tous les cheminots avec comme finalité, faire du Service Public SNCF (fret et voyageurs) une réponse aux besoins des populations.
La CGT exige que le Gouvernement et la direction de la SNCF mettent en oeuvre des choix permettant de développer le service public ferroviaire et d’améliorer les conditions sociales des cheminots (emploi à statut, salaires, conditions de travail, fret…)
C’est ce qu’exprimeront les cheminots le 13 juin par la grève,
à l’appel de l’ensemble des organisations syndicales.
Communiqué de presse de la Férération CGT des cheminots
Montreuil, le 29 mai 2013
communiqué cgt réforme ferroviaire
COMMUNIQUE
FEDERATIONS SYNDICALES DE CHEMINOTS
CGT - UNSA - SUD-Rail – CFDT
Les cheminots doivent se faire entendre le 13 juin !
Pour le service public et l’entreprise publique intégrée
Alors que le contexte actuel marqué du sceau de l’austérité frappe durement les salariés, les cheminots de la SNCF connaissent eux aussi des attaques sans précédent sur leurs conditions sociales et ce au moment où le Gouvernement envisage une réforme du système ferroviaire dont les premières recommandations contenues dans les rapports de Mrs BIANCO et AUXIETTE suscitent d’ores et déjà colère et inquiétude.
Ces rapports ne garantissent en rien l’unicité ni l’intégrité du système, pas plus que les promesses de pérenniser notre statut et notre régime spécial de retraite et de prévoyance. Le financement et le traitement de la dette du système ferroviaire reposeraient essentiellement sur la productivité et des efforts supplémentaires demandés aux agents de la SNCF et de RFF.
L’hyper régionalisation dans le rapport Auxiette constituerait une fragmentation du réseau, la séparation accrue entre transport voyageurs TER et grandes lignes avec un risque de déclassement pour les trains nationaux Corail inter-cités en trains interrégionaux, voire en circulation routière. Il appartient donc au Gouvernement et aux parlementaires de prendre en compte nos propositions et de construire un projet de loi répondant aux besoins de la Nation et des usagers à partir d’une entreprise ferroviaire publique intégrée, la SNCF, seule capable de répondre aux enjeux de sécurité, d’aménagement du territoire et d’égalité de traitement.
Sur le plan social, l’ouverture à la concurrence est présentée comme inéluctable alors que seules des décisions politiques pourraient nous amener vers une telle orientation.
Dans ce cadre, il est évident que l’harmonisation sociale préconisée se traduirait par une régression socialesouhaitée par les technocrates libéraux de la Commission des transports européens. La direction de la SNCF, qui s’est inscrite dans cette perspective, doit cesser d’affaiblir le statut et les réglementations du travail (RH0077).
Ces règles statutaires de la SNCF permettent de répondre aux contraintes du service public, elles garantissent un haut niveau de sécurité des personnes et des circulations ainsi que de la qualité de la production.
La Direction de la SNCF doit revoir sa politique d’emploi et mettre un terme aux suppressions au moment où le CA de la SNCF vient d’être informé d’une révision budgétaire prévoyant, entre autres, la suppression de 750 emplois supplémentaires en 2013 !
Nous exigeons l’augmentation des effectifs au cadre permanent ainsi qu’un moratoire sur l’ensemble des réorganisations et restructurations qui dégradent l’organisation de la production et les conditions de travail des cheminots.
Dans ce cadre, la recrudescence des problèmes de sûreté appelle d’autres moyens que les incantations médiatiques du Président de la SNCF avec entre autres des actions pérennes permettant la ré-humanisation effective des gares et des trains.
Les cheminots subissent une dégradation sans précédent de leur pouvoir d’achat qui nécessite des mesures significatives d’augmentations générales permettant une revalorisation de l’ensemble des salaires ainsi qu’une prise en compte de la situation du niveau des pensions de retraite qui ne cesse de se dégrader depuis la fin de la péréquation sur les salaires.
Enfin, à partir du rapport d’expertise et des préconisations de la commission économique du CCE SNCF consécutifs au droit d’alerte économique sur la situation du Fret, déposé par l’ensemble des élus, les cheminots doivent obtenir des perspectives réelles de relance de l’activité à partir d’une révision des politiques publiques et de la stratégie mis en oeuvre par les Directions Fret SNCF successives qui démontrent au quotidien leur caractère inefficace d’un point économique, social et environnemental.
Cela passe aussi par le retour à une production mutualisée, par la fin du pilotage par activité et la création d’établissement multi activité articulé autour des métiers dans les territoires.
Emploi, Conditions de travail, Salaire, Statut, Fret,
Réforme du système ferroviaire, Avenir du service public SNCF,…
Le Gouvernement et la Direction refusent d’entendre les exigences des cheminots et poursuivent leur logique du « tout business » au mépris du Service Public SNCF et des conditions sociales des cheminots.
Par conséquent, l’intervention des cheminots est indispensable et urgente pour permettre par le rapport de force d’imposer d’autres choix !
Les fédérations syndicales de cheminots CGT, UNSA, SUD-Rail, CFDT ont déposé un préavis de grève national unitaire couvrant la période de travail du mercredi 12 juin 2013 à 19h00 au vendredi 14 juin à 8h00 couvrant l’ensemble du personnel pour exiger des réponses à leurs revendications !
Ensemble, faisons-nous entendre !
LE PS, UN PARTI DE GAUCHE ?
UN CONTE POUR BISOUNOURS
Céline Brulin, responsable de la Fédération PCF de Seine-Maritime, conseillère régionale, dans une tribune libre de Paris-Normandie dénonce la politique des socialistes au pouvoir qui tourne le dos « au progrès social » et votent de « nouvelles attaques contre le code du travail », politique qui génère « déception et colère ».
Elle condamne, à juste raison, le refus de la loi d’amnistie « des syndicalistes abusivement condamnés, criminalisés même, sous l’ère Sarkozy ».
Jusque là, tout va bien .
Mais plus loin ça ne va plus : elle fait appel à « toute la gauche » en y incluant le PS … et appelle à une souveraineté populaire qu’elle oppose à la souveraineté nationale
En finir avec ces illusions sur la « gauche »
Le PS : A « gauche » dans les mots dans l’opposition,
Puis, au pouvoir, main dans la main avec la droite!
La dirigeante du PCF souligne l’ « incohérence avec le vote exprimé par la majorité de gauche du Sénat » avant … les élections présidentielles et législatives. Idem à propos de l’interdiction des « licenciements boursiers et les suppressions d’emploi abusives », votée début 2012 au Sénat puis rejetée par ces mêmes socialistes aujourd’hui. Evidemment : la majorité du Sénat et l’Assemblée nationale n'est pas à « gauche » puisque les socialistes majoritaires ne cessent de voter des lois contre les salariés et refusent de nationaliser les entreprises que les multinationales sont en train de brader ?
Un conte pour bisounours : l’ inflexion sociale du capitalisme
Si le PS compte dans ses rangs des hommes et des femmes sincèrement attachés à une transformation sociale de la société, lui-même en a depuis longtemps abandonné même l’idée. Toutes les exhortations pour le « faire revenir à gauche » ou pour faire « réussir la gauche » au gouvernement aujourd’hui sont vaines et dangereuses. Son histoire et sa raison d’être sont d’accompagner le capitalisme en créant l’illusion d’une possible inflexion sociale de celui-ci… F.Hollande a mis ses pieds dans les chaussures de Sarkozy et continue la même politique en France, en Afrique et au Moyen-Orient. Il reste dans l’OTAN.
Le PS a choisi l’ «économie de marché » et la loi des multinationales
Il a signé tous les traités européens. Il a trahi les électeurs en votant le traité de Lisbonne alors que son jumeau, le traité constitutionnel, avait été rejeté par une majorité de Français. Il accepte toutes les directives européennes parce qu’il y adhère. Voilà pourquoi il est si sensible aux diktats du Medef, a voté l’ANI et se félicite des accords Renault-Ghosn. Voilà pourquoi il s’apprête à obéir aux recommandations de l’UE concernant les retraites, et la flexibilisation de l’emploi que Bruxelles juge encore insuffisante.
Cessons donc d’employer le mot « gauche » à propos du PS.
C’est inapproprié et cela crée des illusions chez les travailleurs. Cela entretient la confusion entre le mouvement communiste et le social-libéralisme. Le trouble est ainsi jeté chez les électeurs qui choisissent parfois, pour « battre la droite », le candidat socialiste contre le candidat communiste. C’est comme cela, par exemple qu’une quasi inconnue, Catherine Le Troallic, estampillée PS, a battu Jean-Paul Lecoq, député communiste, dans la 8ème circonscription de Seine-Maritime. Cette dernière s’est empressée de voter sans états d’âme toutes les lois concoctées contre les travailleurs par le gouvernement socialiste. Mais au-delà de ces considérations électoralistes, le plus grave est que les salariés sont aujourd’hui désespérés et ne se mobilisent pas en assez grand nombre contre les mesures anti-sociales votées par les députés qu’ils ont élus. Le pire est qu’ils en viennent à se détourner de la politique et ne voient aucune issue à la crise capitaliste qu’on leur fait payer. Pourquoi imaginer une issue puisque les socialistes et la droite leur répètent qu’il n’y a pas d’autres voies? Et que le PCF leur a laissé croire qu’on pouvait « réussir à gauche » avec ce PS pro-atlantliste, pro-européen et social-libéral ?
Parler clairement de souveraineté populaire et nationale
Souveraineté nationale et nationalisations
Céline Brulin nous explique qu’il faut aller « vers une affirmation de la puissance publique pour reprendre la main sur les secteurs stratégiques ».
Elle appelle à « arrêter de donner la priorité à la recherche de « rentabilité » pour les actionnaires sous couvert de « compétitivité ».
Si cela signifie qu’il faut nationaliser les secteurs stratégiques, nous sommes d’accord. Mais pourquoi ne pas l’écrire clairement ? C’est que le PCF et le Front de gauche parlent plus volontiers de pôles publics que de nationalisations. Or les pôles publics laissent une part au privé.
Et là où est le privé il y a recherche de profits, ce qui contredit une gestion nationale et sociale de nos secteurs stratégiques. Là où est la propriété, là est le pouvoir. Les multinationales ne doivent plus garder une once de pouvoir dans les orientations économiques et politiques de la France. Voilà pourquoi les nationalisations sont nécessaires.
Cela permettra que s’exerce doublement le pouvoir que les citoyens délèguent à l’Etat par l’intermédiaire de leurs députés ( souveraineté nationale) et le pouvoir des travailleurs (souveraineté populaire) dans la gestion des secteurs clés de notre économie, qu’il s’agisse de la production ou des services publics. C’est sur cette base que pourront s’envisager des recherches de coopérations et d’échanges internationaux mutuellement avantageux, non seulement en Europe mais aussi avec le reste du monde, et notamment avec les pays du bassin méditerranéen.
Souveraineté nationale et souveraineté populaire
C.Brulin souhaite aussi « une nouvelle souveraineté populaire pour sortir de la soumission à la commission européenne ou au FMI ». Et elle semble exclure la souveraineté nationale, expression qu'elle veille à ne pas employer.
Qu’est-ce que cette « nouvelle souveraineté populaire » ? L’expression est floue. Sans le dire, ou à son insu, C.Brulin l’oppose à souveraineté nationale car elle suppose qu’elle s’exercerait au niveau de l’Europe ( « sortir de la soumission à la commission européenne » ), voire mondialement ( « ou au FMI » ). A aucun moment elle ne revendique l’indépendance nationale ou la souveraineté nationale face à Bruxelles ou au FMI. Et elle n’explique nullement comment s’exercerait cette nouvelle souveraineté. Faudrait-il refuser l’autorité européenne ? Quelle stratégie est adoptée à l’égard de la politique européenne ? Aucune réponse claire à cette question.
Sous prétexte que le FN emploie les mots nation et national, voilà que le PCF ne s’y réfère plus. Les résistants ouvriers, les communistes ont pourtant su les défendre au moment où ils participaient à l’élaboration du programme du Conseil national de la résistance. Aujourd’hui encore la résistance face à la mondialisation capitaliste se conjugue avec la lutte contre l’effacement national. La citoyenneté se forge avec l’héritage des luttes, Révolution française, Front populaire, Programme du CNR, luttes anti-coloniales, Mai 68… Et c’est dans le cadre national que se développent les luttes le plus facilement parce que nous avons quelque chose à défendre en commun, nos acquis nationaux, et parce que nous avons une culture syndicale et politique commune.
Indépendance nationale et transformation sociale
Voilà pourquoi la défense de la Nation, de l’indépendance nationale va de pair avec la transformation sociale dans notre pays. Faire reculer les transformations sociales à l’horizon européen, ou à l’horizon mondial, c’est faire reculer les espoirs de changements pour les travailleurs. Se donner pour seul horizon l’UE, c’est refuser de mettre le socialisme à l’ordre du jour. Il faudra bien commencer la révolution quelque part. Commençons par y travailler là où nous sommes, c’est-à-dire en France. Et pour cela battons-nous jalousement pour notre indépendance, pour qu’aucune autre puissance que le pouvoir populaire et national ne vienne nous dicter sa loi.
Action Communiste
Une citation éclairante de Margaret Thatcher
Pour ceux qui douteraient encore du contenu de classe de la lutte contre le tout-anglais impérial...
Peillon-Fioraso — la gauche au service de la langue de la droite d’affaires :
Margaret Thatcher donne l'explication:
"Au XXIème siècle, le pouvoir dominant est l’Amérique, le langage dominant est l’anglais, le modèle économique dominant est le capitalisme anglo-saxon..."
Intervention de Caroline Andréani au Conseil National du PCF le 25 mai 2013:
La crise profonde que vivent plusieurs pays de l’Union européenne a des conséquences dramatiques pour les peuples. Chômage de masse, baisse des salaires, baisse des retraites et des pensions, recul des soins de santé, augmentation du nombre des suicides, recul de l’espérance de vie, émigration d’une partie de la jeunesse, etc.
La crise n’est pas au même degré partout, mais elle n’épargnera pas la France. Avec la signature du TSCG, l’austérité voulue par l’UE sera appliquée par Hollande et Ayrault.
L’aggravation de la situation en France est prévisible, notamment avec la mise sous coupe réglée des budgets des collectivités territoriales, collectivités qui jusque-là jouaient le rôle d’amortisseur pour la fraction la plus précaire de la population.
La cause de cette situation est parfaitement identifiée : c’est la construction européenne. Dans son rapport, Gilles Garnier nous dit que l’échec de l’Union européenne est dû au fait que la construction s’est faite sans les peuples. J’ai une divergence d’appréciation majeure : elle s’est surtout faite contre les peuples.
La finalité de l’Union européenne, dès le départ, ce ne sont pas les peuples mais le marché. Crée un immense marché financier et économique, sans contrainte ni limite, en détruisant les acquis sociaux et les services publics qui constituent un frein, voilà la finalité de l’Union européenne depuis le départ.
Qui plus est, on nous fait miroiter des contre-pouvoirs qui n’existent pas. Les peuples sont totalement dépossédés des choix et des décisions : le Parlement européen, dominé par les conservateurs et les libéraux, n’est pas une instance décisionnelle puisque les véritables décisions sont prises par la Commission européenne.
Quel problème se pose alors au Parti communiste à un an des élections européennes ? Nous nous sommes bercés d’illusions, et nous avons bercé d’illusions nos électeurs en affichant la perspective d’une « Europe sociale » que jamais nous ne serons en mesure de construire. Et la proposition de nos économistes de réorienter économiquement l’Union européenne n’est qu’une version économiste de l’illusion de « Europe sociale ».
Ne nions pas les effets positifs de la période : on constate un infléchissement dans notre discours sur l’Union européenne. Ses méfaits, jusque-là minimisés, sont aujourd’hui identifiés et dénoncés. Mais nous réaffirmons à chaque fois qu’il n’y a point de salut en dehors de l’Union européenne. C’est un véritable blocage idéologique dans lequel nous nous enfermons, alors que la période va nous forcer à produire une autre analyse ou à rester définitivement en dehors du coup.
Ce faisant, nous laissons le terrain libre à l’extrême droite. Je suis ulcérée d’entendre dans l’enceinte du Conseil national que critiquer l’Union européenne, le rôle de l’Allemagne, ou évoquer la sortie de l’euro ou de l’UE sont des thématiques de l’extrême droite. Je suis pour la sortie de l’euro et de l’Union Européenne, et je ne pense pas que cela fasse de moi ou de tous ceux qui partagent ces convictions des adeptes de l’extrême droite. Oskar Lafontaine, qui vient de publier une tribune dans la presse allemande sur la nécessaire sortie de l’euro, apprécierait.
Avec ce type de raisonnement, non seulement nous nous interdisons de réfléchir, mais nous bloquons l’énoncé de toute perspective politique. Que croyons-nous ? 60 % des Français sont hostiles à l’UE : ils ne sont pas tous d’extrême droite et ils attendent un discours à gauche qui ne soit pas celui du renoncement face aux marchés financiers. Allons-nous passer à côté de cette aspiration politique ?
Pour conclure, je dirais que nous ne devons pas, nous communistes, sous-estimer le rôle du peuple. Notre peuple souffre de la construction européenne. Il identifie clairement les principaux responsables. Et il peut se mettre demain en marche pour rejeter ce carcan. Cela s’est vu à d’autres périodes dans l’histoire. Il serait malvenu que les communistes soient incapables de comprendre une telle situation.
Nous devons aujourd’hui réfléchir collectivement. Nous sommes à la veille d’un séisme politique et économique qui peut tout balayer sur son passage. La remise en question de la construction européenne va s’imposer à nous et elle ne doit pas être la chasse-gardée de l’extrême droite : nous avons une véritable responsabilité par rapport à cela.
Réfléchissons ensemble, déconstruisons le carcan idéologique dans lequel nous évoluons et ayons une analyse saine de la situation afin de dégager des perspectives politiques sur la question de l’Union européenne.
Le massacre des communistes indonésiens de 1965 : retour sur un des plus grands crimes contre l'Humanité du XX ème siècle
Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/
L'idéologie dominante ne se contente pas de ré-écrire l'histoire, elle pratique la mémoire sélective. A côté des crimes qu'elle commémore, ceux attribués aux forces communistes et progressistes, il y a ceux qu'elle passe sous silence, tente d'oublier.
La sortie dans les salles françaises du banalement sordide « The act of Killing » nous rappelle un des plus grands massacres du XX ème siècle, absents de nos manuels scolaires, de la scène médiatique, du débat historique : le massacre de masse des communistes indonésiens, en 1965.
Les cadavres remontent désormais à la surface, en Indonésie même, où toute référence aux « événements de 1965 » était proscrite sous le dictateur Suharto et encore largement tue.
Un rapport de la Commission indonésienne des droits de l'Homme (Komnas-HAM) a reconnu en 2012 pour la première fois le « crime contre l'humanité » qu'a constituée la répression anti-communiste de 1965.
En l'absence d'enquête internationale, de nature judiciaire ou historique, les chiffres exacts restent inconnus. Si les estimations ne descendent pas en-dessous de 500 000 morts, la fourchette actuelle – reprise dans The Act of Killing– serait de 1 à 3 millions de victimes.
Le massacre s'intégrait dans un coup d’État de Suharto visant à liquider le PC indonésien (PKI), avec le soutien bienveillant des États-Unis déterminés à éliminer une « menace rouge » qui, après la Chine et le Vietnam, risquait de faire tomber un des États les plus peuplés du monde.
Le premier parti communiste du tiers-monde et l'alliance anti-impérialiste de Soekarno
L'Indonésie d'après-guerre est associée à la figure de Soekarno, dont l’œuvre est résumée dans les cinq principes (Pancasila) qui posent comme fondement un nationalisme unitaire, lui-même inscrit dans une perspective internationaliste, teinté de « socialisme » et de tolérance religieuse.
Dans un État constitué de six grandes religions, 300 dialectes, 17 000 îles et 100 millions d'habitants, Soekarno se posait comme l'arbitre entre les forces sociales et politiques antagonistes, le garant de l' « unité nationale ».
Sa politique du front national, le « NASAKOM », consiste en une direction par le Parti national indonésien (nas) d'un mouvement unitaire avec d'un côté les groupements religieux conservateurs (agama), de l'autre les communistes indonésiens (kom).
La ligne du PKI était de constituer un « front populaire national » en vue de fonder une nation indépendante de l'impérialisme, une démocratie avancée sociale qui constituerait une étape vers le socialisme. Ce qui était pour Soekarno un but était pour le PKI une période transitoire.
Dans cette politique d'alliances, les communistes connurent une irrésistible ascension : le PKI avait obtenu 16% des voix aux élections de 1955 mais en 1965, le PKI comptait 3,5 millions d'adhérents.
Ses organisations de masse rassemblaient plus de 20 millions de sympathisants, soit un cinquième de la population indonésienne en 1965.
Le syndicat de classe SOBSI contribuait à mener la lutte de classe externe contre les vestiges de l'impérialisme néerlandais et britanniques, interne contre les éléments petit-bourgeois de l'alliance nationale, et la vieille classe dominante « nationale », celle des propriétaires terriens islamiques.
Puissant chez les travailleurs du pétrole, du caoutchouc ainsi que chez les petits paysans de Java et Sumatra,le PKI et ses organisations de masse donnent une perspective aux luttes : réforme agraire pour les paysans, nationalisation des ressources nationales.
Le massacre replacé dans un contexte international : la main de l'impérialisme
Après la chute de la Chine et l'enlisement au Vietnam, la montée du communisme indonésien inquiétait l'impérialisme américain, craignant tant la radicalisation du nationalisme anti-impérialiste de Soekarno qu'une révolution communiste.
Dans un premier temps, les Etats-unis vont apporter un soutien à tous les opposants de la « révolution nationale », finançant notamment le Parti socialiste (PSI), farouchement anti-communiste, et le parti islamiste Masyumi.
En 1958, la CIA offre les bases logistiques et militaires d'une rébellion armée à Sumatra, riche en pétrole. Le « gouvernement révolutionnaire » indonésien, sans base populaire, appuyé par les États-Unis et par les Partis socialistes et islamistes est défait en quelques mois par l'armée indonésienne.
Les Etats-unis changent de stratégie. L'armée constituant le seul rempart contre le communisme, ils lui apportent une aide de 65 millions de $ entre 1959 et 1965. Conscient de la manœuvre, Soekarno avait apostrophé l'ambassadeur américain : « Allez en enfer avec votre aide ! ».
Pour les services secrets américains et britanniques, il s'agissait de favoriser la faction « de droite », anti-Soekarno et pro-impérialiste, conduite d'abord par Nasrution puis par Suwarto, lui-même formé par les Etats-unis, face à la faction dominante « centriste », dirigé par Yani, pro-Soekarno.
Le prétexte à la vague sanguinaire contre-révolutionnaire survient le 30 septembre 1965 : un coup de force d'un quarteron de colonels qui proclame un « gouvernement révolutionnaire » après avoir exécuté six membres de l'Etat-major de la faction « centriste » de l'armée, dont le général Yani.
Suharto, en charge des troupes de réserves nationales (KOSTRAD), prend le contrôle de Djakarta, au nom du maintien du régime de Soekarno. En attribuant le putsch aux communistes, il déclenche « le plus grand massacre du XX ème siècle » selon les termes même d'un rapport de la CIA de 1968.
L'implication de la CIA, de l'ambassade américaine mais aussi des services britanniques ne fait aucun doute. Sans archives complètes américaines et indonésiennes, seule l'ampleur de la collaboration est encore à préciser.
Parmi les certitudes, ce sont les Etats-unis qui contribuent à former les officiers indonésiens, dans l’École des officiers de l'armée indonésienne à Bandoeng (SESKOAD), à la « guerre contre-insurrectionnelle » (territorial warfare).
De 1958 à 1965, la SESKOAD va former les différents échelons de l'armée pour lutter contre toute « insurrection » communiste, jusqu'à former les embryons de milices locales dans les quartiers et villages. Elles furent au cœur de la terreur de 1965.
La CIA va aussi jouer un rôle capital en élaborant la propagande anti-communiste des putschistes : non seulement faire circuler des faux sur les atrocités commises par les communistes mais surtout attiser les haines raciales (contre les Chinois) et religieuses (contre les athées).
L'ambassade et les services secrets auraient même rendu une liste de 5 000 cadres, à tous les niveaux, du PKI à l'armée indonésienne, facilitant ainsi sa traque et la décapitation du parti.
Alors que la répression faisait rage et que les journaux occidentaux étaient contraints, en les minimisant, de faire état du carnage, les ambassades et chancelleries occidentales maintenaient un silence officiel tout en louant en coulisses l'efficacité de la liquidation du PKI.
Le fruit du crime : 35 ans de dictature obscurantiste au service des multi-nationales américaines
Le bilan comptable de la répression ne peut rendre compte de la barbarie des actes : exécutions sommaires par balles ou décapitation, rivières jonchées de cadavres, déportation dans des camps, viols puis prostitution forcée, ce que reconnaît le rapport de 2012 de la Commission indonésienne des droits de l'Homme.
Pour les services secrets américains, le succès de la liquidation du mouvement révolutionnaire en Indonésienne fut une source d'inspiration pour les opérations ultérieures : de l'opération Phoenix au Viet-Nam jusqu'aux coups d'Etat et dictatures latino-américaines, Pinochet en tête.
Le déroulé de la répression est révélateur :
D'une part, le rôle d'impulsion de l'Armée, financée et formée par les États-Unis, comme en Amérique latine : c'est elle qui a lancé la « Terreur », identifiant et listant les ennemis, donnant le mot d'ordre de « Sikat » (liquidation, nettoyage) et surtout armant, formant et encadrant les milices.
Car l'essentiel des massacres revient à des milices civiles issues des partis religieux : NU (Nahdaltul Ulama) – avec sa branche de jeunesse fanatisée, l'ANSOR – et Muhammadiyah, deux organisations islamistes de masse, ancrés dans les communautés rurales, appelant à un djihad anti-communiste.
Ce rôle de bras armé joué par les islamistes ne doit pas occulter l'implication massive des autres forces religieuses :
hindous à Bali, pour la défense du système de caste et contre les influences chinoises ; chrétiennes à Java où les forces catholiques ont participé notamment à la formation du KAMI (Forum d'action étudiant), mouvement étudiant qui participa à l'épuration des communistes.
Il ne doit pas non plus masquer l'antagonisme social qui en est à l'origine. Loin d'être tous athées, les sympathisants communistes étaient souvent eux-mêmes musulmans, notamment dans les régions rurales javanaises.
L'antagonisme pendant la crise de 1965 s'est structuré entre santri, musulmans fondamentalistes, proches des propriétaires terriens, colonne vertébrale des milices islamistes ; et abangan, forme religieuse syncrétique, tolérante, ancrée dans les masses rurales sympathisantes du PKI.
L'évocation du motif religieux fut avant tout un puissant facteur de mobilisation pour les propriétaires terriens inquiets par la progression communiste, ainsi que pour une armée soucieuse de faire main basse sur la manne pétrolière.
L'hypocrisie américaine : double discours sur la lutte contre l'islamisme et pour la démocratie
L'hypocrisie américaine du discours de la lutte contre l'islamisme ne fait guère illusion. En Indonésie, comme en Afghanistan, au Yémen hier, comme en Syrie et en Libye aujourd'hui : islamisme, élites économiques conservatrices et impérialisme occidental font bon ménage.
Hypocrisie américaine du discours sur la « démocratie » capitaliste contre la « dictature » communiste. Pendant plus de trente ans, l' « Ordre nouveau » de Suharto a livré tous les échelons de pouvoir à l'armée dans sa « double fonction » de stabilisation politique et économique.
Les organisations islamistes, coordonnées par l’État dans le cadre du Conseil des Oulémas (MUI), encadraient les masses rurales.
Aujourd'hui encore, NU et Muhammadiyah sont deux des organisations islamistes les plus puissantes du monde,avec le réseau de madrasa (écoles coraniques), d'associations de charité, elles rassemblent plus de 60 millions de membres.
Dans ce schéma, comparable à l’Égypte de Moubarak (y compris dans le rapport aux Frères musulmans), Suharto a organisé la « dépolitisation des masses », diamétralement opposée à la « mobilisation populaire » qui fondait l'action de Soekarno et du PKI.
Pour Suharto, les « masses flottantes » devaient être encadrées par des organisations de masse, tel le syndicat unique FBSI, chargées de la collaboration de classe dans un système corporatiste, semblable au régime fasciste.
Dans ses 32 années de règne, les répressions sanglantes furent la marque de fabrique de Suharto. Pour ne citer que les cas les plus barbares, la répression du mouvement de libération du Timor oriental et celui de Papouasie occidentale firent au moins 300 000 morts.
L’enthousiasme des observateurs occidentaux n'eut pas de limites pour le miracle du « dragon indonésien ».
Suharto, comme Pinochet au Chili avec l' « Ecole de Chicago », fut prompt à mettre en place les recettes libérales de la « mafia de Berkeley » : austérité budgétaire, suppression des aides sociales (remplacées par la charité islamique), privatisations et fiscalité attractive pour les entreprises.
Gonflée par la manne pétrolière après 1973, les subsides du FMI et de la Banque mondiale, le « miracle indonésien » a profité aux multi-nationales, telles Shell ou BP dans le pétrole, ou encore Nike et Adidas dans le textile, ainsi qu'à une mince oligarchie corrompue.
En dépit de trois décennies de croissance économique, l'Indonésie compte encore 120 millions de pauvres, la moitié de la population vivant avec moins de 2 $ par jour, selon les chiffres de la Banque mondiale, 200 millions vivant avec moins de 4 $ par jour.
L'enrichissement spectaculaire d'une minorité contraste avec la paupérisation de la majorité. L'Indonésie est actuellement le pays où le nombre de millionnaires croît le plus vite: ils seront 100 000 en 2015, concentrant 500 milliards de $, les deux-tiers de la richesse du pays.
A l'heure actuelle, les 40 individus les plus riches d'Indonésie concentrent autant de richesses que 60 millions d'Indonésiens.
L'exemple indonésien met non seulement à jour l'hypocrisie des tentants de l'ordre capitaliste mais aussi ce à quoi conduit cette forme extrême de liquidation d'un Parti communiste de masse : dépendance nationale et paupérisation générale.
Traduction MA pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/
La pression s'intensifie au cœur de l'Union européenne contre la seule alternative réelle à la crise capitaliste, celle portée par les Partis communistes. Interdits dans les pays baltes, menacé en République tchèque, désormais c'est en Hongrie que le Parti communiste est attaqué violemment par le régime fascisant de Viktor Orban.
Nous publions ci-dessous le communiqué de nos camarades communistes hongrois.
Chers camarades,
Le Parti communiste ouvrier hongrois a organisé son 25 ème Congrès extraordinaire, le 11 mai 2013, à Budapest.
Nous avons changé le nom du parti. Notre parti s'appellera à l'avenir Parti ouvrier hongrois.
Le changement de nom de notre parti n'est révélateur d'aucun changement politique ou idéologique. Nous voulons continuer notre combat contre le capitalisme publiquement, plutôt que d'être forcé d'entrer dans l'illégalité. Voilà pourquoi le congrès a modifié le nom du parti afin de s'enregistrer comme Parti ouvrier hongrois.
Bien que notre nom change, nos principes ne changent pas. Nous restons un parti marxiste-léniniste, communiste luttant contre le capitalisme.
Camarades,
Nous avons été contraints d'organiser ce congrès car le gouvernement hongrois a lancé une nouvelle attaque, très grave, contre le parti. Le 19 novembre dernier, le parlement a adopté un nouveau statut interdisant le recours public à des noms liés aux « régimes autoritaires du 20 ème siècle ».
La loi est entrée en vigueur ce 1 er janvier. Selon la constitution hongroise et la ligne du gouvernement actuel, ces « régimes autoritaires » comprennent la dictature fasciste menée par Ferenc Szalasi, qui a duré d'octobre 1944 à avril 1945, et tous les gouvernements liés à la construction socialiste de 1948 à 1990. Et non, vous pouvez le noter, la dictature de Miklos Horthy, de 1919 à 1944.
Ainsi, aucun parti politique, média, aucune association, rue, place ne peut inclure le « nom de personnes qui ont joué un rôle important dans la fondation, le développement ou la consolidation de régimes politiques autoritaires du 20 ème siècle, ou de mots et d'expressions ou de noms d'organisations directement liés aux régimes politiques autoritaires du 20 ème siècle ».
Cela signifie que 43 rue Lénine, 36 rues Karl Marx et six rues de l'Etoile rouge ont du être renommées. Ce sera aussi le cas de 44 rues de la Libération – à l'origine nommées ainsi pour fêter la libération de la Hongrie du fascisme hitlérien – et 53 rues Endre Sagvari nommées ainsi en l'honneur du plus célèbre des martyrs anti-fascistes, tué en 1944 par la police fasciste. Son nom ne doit plus être prononcé. Tout comme ceux des rues de l'Armée populaire, du Front populaire et de la République populaire, qui vont disparaître. La célèbre place de Moscou à Budapest a récemment été renommée.
De fait, le recours public à des mots et des concepts tels que « communiste », « socialiste », « libération » et bien d'autres sont devenus illégaux.
Pourquoi les forces pro-capitalistes attaquent-elles notre parti ? Car la Hongrie est en crise. On compte officiellement près de 500 000 chômeurs – un peu plus de 11% de la main d’œuvre. Approximativement le même nombre de jeunes travailleurs dans les autres pays de l'UE, en particulier en Grande-Bretagne, en Autriche et en Allemagne, car ils ne peuvent pas trouver un emploi en Hongrie. Malgré cela, le taux de chômage chez les jeunes de moins de 25 ans s'élève en Hongrie à plus de 28%.
Le gouvernement Fidesz (Union civique) mené par le Premier ministre Viktor Orban est au fait de ces éléments, quand ils parlent de « miracle hongrois ». La réalité, c'est que beaucoup de Hongrois vivent plus mal que jamais.
Les forces pro-capitaliste en Hongrie savent très bien que notre parti propose une réelle alternative au chômage de masse, à la pauvreté et à l'oppression coloniale de la Hongroie par les multi-nationales.
De plus en plus de personnes se réveillent et réalisent que ce ne sont pas seulement les gouvernements capitalistes qui sont responsables de leur sort. C'est le système capitaliste dans son ensemble qui ne fonctionne pas – au moins pour eux. Ils apprécient également le fait que les communistes hongrois se trouvent au côté des travailleurs. Notre parti a accumulé un considérable capital moral dans notre société.
Chers camarades,
Merci de votre solidarité dans notre lutte. Informez, nous vous en prions, vos adhérents de la situation hongroise et dites-leur qu'ils peuvent compter aussi sur les communistes hongrois à l'avenir.
Salutations fraternelles
Gyula Thürmer
Président du Parti communiste ouvrier hongrois