Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

ACTION COMMUNISTE

 

Nous sommes un mouvement communiste au sens marxiste du terme. Avec ce que cela implique en matière de positions de classe et d'exigences de démocratie vraie. Nous nous inscrivons donc dans les luttes anti-capitalistes et relayons les idées dont elles sont porteuses. Ainsi, nous n'acceptons pas les combinaisont politiciennes venues d'en-haut. Et, très favorables aux coopérations internationales, nous nous opposons résolument à toute constitution européenne.

Nous contacter : action.communiste76@orange.fr>

Rechercher

Humeur

Chaque semaine, AC attribue un "roquet d'or" à un journaliste qui n'aura pas honoré son métier, que ce soit par sa complaisance politique envers les forces de l'argent, son agressivité corporatiste, son inculture, ou sa bêtise, ou les quatre à la fois.

Cette semaine, sur le conseil avisé de la section bruxelloise d'Action communiste, le Roquet d'Or est attribué  à Thierry Steiner pour la vulgarité insultante de son commentaire sur les réductions d'effectifs chez Renault : "Renault fait la vidange"...  (lors du 7-10 du 25 juillet).


Vos avis et propositions de nominations sont les bienvenus, tant la tâche est immense... [Toujours préciser la date, le titre de l'émission et le nom du lauréat éventuel].

 

 
18 août 2013 7 18 /08 /août /2013 17:28

Déclaration du Parti des Travailleurs de Tunisie


(Traduit de l'Arabe)

 

 

A l’aube de ce mercredi 14 aout 2013, le ministère de l'intérieur égyptien a procédé à l'évacuation par la force des sit-in des places Rabaa al-Adawiya et Nahdha, occupées depuis la destitution de l'ancien président Morsi.

 

 

 

Cette évacuation, d’une extrême brutalité, a occasionné des échanges violents entre les forces de police et une partie des manifestants ce qui a engendré des centaines de morts et un grand nombre de blessés parmi les manifestants et les forces de l’ordre.

 

 

Au Caire et dans d'autres villes des institutions et des lieux de culte ont été détruits ou incendiés.

 

 

Les autorités égyptiennes ont décrété par la suite l'état d'urgence au Caire, en Alexandrie, à Port-Saïd

et dans d'autres régions.

 

 

Le Parti des travailleurs qui suit avec la plus grande attention les évènements en Égypte,

 

 

· Condamne avec force le massacre des manifestants et le viol de la liberté d'expression et de manifestation. Il exige l'ouverture d'une enquête de toute urgence sur les tenants et les aboutissants de ce massacre.

 

· Considère que la poursuite des sit-in des pro Morsi au Caire, les complications qu’ils ont occasionné sur le plan politique et sur la vie courante et les provocations dont sont responsables les sympathisants des Frères Musulmans, ne pourraient en aucun cas justifier cette barbarie.

 

· Considère que les Frères Musulmans, en dépassant le caractère pacifique et non violent de la liberté d’expression, portent une responsabilité dans cette escalade. Ils ont contribué au pourrissement de la situation et ont ainsi créé les conditions pour que la lutte politique et civile cède la place à la violence.

 

 

· Rappelle son refus de la confiscation du pouvoir par les militaires et la mainmise sur les sacrifices et les luttes du peuple frère égyptien. Ce peuple se battait pour se défaire du nouveau régime autoritaire du président déchu Morsi, après avoir vaincu le régime corrompu et réactionnaire de Moubarak.

 

 

· Le parti des travailleurs réitère son soutien inconditionnel au peuple égyptien et aux forces révolutionnaires, patriotiques et progressistes en Égypte dans leur combat, afin de se réapproprier leur révolution et éviter sa confiscation de la part des Frères Musulmans, de l’armée ou de toutes forces réactionnaires.

 

 

· Appelle le peuple tunisien à rester vigilant quant aux tentatives du parti Ennahdha d'instrumentaliser les affrontements meurtriers en Égypte, pour faire régner la peur parmi nos concitoyens et les dissuader de poursuivre leur mobilisation. Il rappelle que la crise que traverse notre pays n'est que la conséquence de l’échec d’Ennahdha qui, à l’instar des Frères Musulmans en Égypte, cherche à instaurer une nouvelle tyrannie. Il estime par ailleurs que l’entêtement d’Ennahdha, son rejet des exigences de la majorité des tunisiens ne peut qu’aggraver la crise et pousser le pays vers l’imprévisible.

 

 

· Rappelle que les Frères Musulmans, et les courants obscurantistes qui instrumentalisent l’Islam, partout où ils se trouvent ne cessent de semer la division, ils tentent d’instaurer des régimes tyranniques, passéistes et dépendants. Les peuples arabes et musulmans qui se battent pour leur libération nationale, pour leur émancipation sociale et pour le progrès, ne peuvent se passer de la lutte contre cette mouvance.

 

 

 

Parti des Travailleurs (Tunisie)

 

 

Tunis, le 14 août 2013

 

 

 

 

Source : PCOF

Partager cet article
Repost0
15 août 2013 4 15 /08 /août /2013 14:14

 

Parlons clair juin 2013.


arton1900-bb671.jpg 

 

Du 28 au 30 juin 2013, les « Assises du communisme » à Gémenos, près de Marseille, ont rassemblé des dizaines de militants venus de toutes les régions de France, réunis par la volonté commune de combattre et de détruire le capitalisme, de rompre avec les dérives opportunistes qui ont infecté les organisations politiques (PCF) et syndicales (CGT) de France ;

Plusieurs adhérents du Collectif Polex s’y sont exprimés dans leur diversité, et le souci que les Assises débouchent sur des actions politiques concrètes.


Parmi les contributions au débat, celle de Francis Arzalier :

 

France et « Europe » :

rompre avec la « collaboration » est la seule issue !

 

 

La bourgeoisie française, actionnaires, spéculateurs, politiciens et journalistes à son service, qu’elle soit du parti socialiste ou de la droite parlementaire, a lié son destin et celui de notre pays à l’Europe supranationale et à l’impérialisme occidental. Elle a abandonné tous les idéaux d’indépendance nationale qui étaient ceux du gaullisme il y a trente ans, elle se contente aujourd’hui d’être le fer de lance de l’OTAN en Afrique et en Orient, de la Syrie à l’Iran. Elle ne rêve que d’imposer l’austérité édictée par l’Europe supranationale à la population française, à l’image de ce qui s’est fait en Grèce, au Portugal, en Italie, etc…


Le Président Hollande, efficace représentant de cette bourgeoisie, comme le fut Sarkozy avant lui, ne cesse d’aller faire allégeance et soumission aux dirigeants de l’Etat allemand, donnés en exemple de bonne gouvernance européenne, et aux autorités de la « Commission européenne », délégués des politiciens affairistes du continent. Il joue les paillassons à Berlin dans le sillage de Merkel, à Bruxelles auprès de Barroso, qui vient de préciser la feuille de route du gouvernement français pour 2014 : destruction des retraites, destruction du droit du travail pour plus de flexibilité et de précarité, privatisations et démantèlement des services publics, baisse de l’impôt sur les sociétés et croissance de la TVA payée par les consommateurs, etc…C’est la mort programmée de toutes les conquêtes sociales qui ont fait la nation française au fil des luttes, avec l’assentiment des autorités françaises. Autrefois, Pétain, dirigeant proclamé d’une France vaincue, sut « collaborer » avec l’Allemagne nazie victorieuse. Le Président Hollande, avec l’assentiment de l’UMP qui fait semblant de le combattre avec férocité sur le terrain du mariage homosexuel ( !), fait mine, de retour à Paris, de critiquer les outrances verbales de Barroso ; mais il ajoute que « la France doit rétablir ses comptes publics » selon les indications de Bruxelles, et son premier ministre Ayrault rajoute que la France « respectera ses engagements », « réformera les retraites », « à sa manière » ajoute t’il, ce qui ne change rien au désastre annoncé…


Depuis plus d’un demi siècle, « l’Europe supranationale » est une machine de guerre contre les droits des travailleurs d’Europe, une course au profit capitaliste et à l’exploitation par la suppression des entraves frontalières, en faveur du « libre marché » des capitaux et des salariés. Elle n’est ni réformable, ni perfectible. L’enjeu aujourd’hui est clair : cette « Europe » des 27 n’est que la réédition, en temps de paix, de l’asservissement des nations européennes aux intérêts de la bourgeoisie dominante, comme autrefois, en temps de guerre, au service des vainqueurs. C’est la mise à mort programmée de la nation française, après celles de Grèce, du Portugal, d’Espagne ou d’Italie, que les politiciens (socialistes ou de droite) Merkel, Papandréou, Monti, Rajoy ou Hollande, organisent contre les travailleurs de nos divers pays. Parmi ces fidèles des dogmes ultra-libéraux, l’Italien Napolitano, ex-communiste, et le Portugais Barroso, ex-maoïste, ne sont pas les moins dangereux.

 

Il est temps de dire la vérité à tous ceux qui en France vivent de leur travail, ou aimeraient bien en vivre, sans édulcorer cette vérité  pour de sordides motifs électoraux, pour ne pas trop déplaire au parti socialiste. La nation française et les acquis sociaux et politiques qu’elle incarne, doivent pour survivre rompre avec cette Europe supranationale, synonyme de chômage, d’austérité et de soumission au capitalisme transnational. La nation française doit pour survivre dénoncer tous les traités européens de Rome, Maastricht et Lisbonne, retrouver son indépendance monétaire, fiscale, douanière, et reconquérir la maîtrise de ses richesses, et de ses capitaux par l’appropriation collective des grands moyens de production et d’échange, sortir de l’OTAN, machine de guerre de l’impérialisme occidental contre les peuples « du sud ».

 

Le devoir des communistes est d’abord pédagogique : expliquer la nocivité de l’Europe supranationale en évitant de créer des illusions. Ce n’est pas ce que font les dirigeants du PCF et du PGE qui se fixent pour objectif, avec les partis socialistes d’Europe, une « autre Europe », une « Europe sociale », qui ne peuvent exister. Même si le scrutin européen de mai 2014 envoyait à l’Assemblée de Strasbourg une majorité « de gauche », cela ne changerait rien : cette « gauche » socialiste, convertie aux « lois du marché capitaliste » a déjà été majoritaire au parlement, elle y a mis en place les mécanismes supranationaux les plus néfastes.


Ceci étant, éviter de s’illusionner sur les élections européennes ne doit en aucun cas amener à négliger cette échéance importante. D’ores et déjà, les politiciens « européistes » craignent un désastre pour leurs partisans en mai 2014, et « l’arrivée massive de députés opposés à l’Europe actuelle » (Le Monde, 30 mai 2013). Les sondages annoncent en effet dans tous les pays du continent, la croissance massive des sentiments de défiance et d’animosité à l’encontre des conséquences sociales, économiques et politiques de cette « Europe des traités ». Tous annoncent une abstention forte, et des succès dépassant 20 % pour les partis critiques de l’Europe supranationale ou de l’euro, à l’image des récentes élections italiennes. Dans les pays où les communistes se révèlent incapables d’exprimer et d’orienter les sentiments populaires anti-européens, les mécontents se reportent sur les démagogues d’extrême droite ou conservateurs (UKIP en Grande-Bretagne, Jobbik en Hongrie, Droit et Justice en Pologne, etc…) ou un ectoplasme politique sans danger comme le « M 5 stelle » de Beppe Grillo en Italie. Le même danger guette la France, qui pourrait bien connaître en mai 2014 une abstention massive, et une forte poussée du Front national, si le PCF lui laisse incarner le discours antieuropéen auprès des salariés.

 

A l’occasion  de ce scrutin, certains d’entre nous ont déjà opté pour le boycott. D’autres  sont réticents à l’idée de rejoindre dans l’abstention les pêcheurs à la ligne « apolitiques ». Ce débat tactique n’est pas tranché.

 

Cela ne doit en aucun cas empêcher le lancement dès les mois prochains d’une grande campagne nationale unitaire à l’initiative  des « Assises du communisme », sur les mots d’ordre de rupture suivants :

 

- Dénonciation des traités européens de Rome, Maastricht et Lisbonne.

 

- Retour à la monnaie nationale, renationalisation de la Banque de France, afin d’assurer notre indépendance monétaire, économique et douanière.

 

- Maîtrise des objectifs économiques et sociaux, grâce à la nationalisation (sous contrôle populaire) des grandes entreprises bancaires et industrielles.

 

- Sortie de l’OTAN et arrêt des aventures militaires françaises en Afrique et au Moyen-Orient.

Partager cet article
Repost0
12 août 2013 1 12 /08 /août /2013 13:22
 
images

                                                                           
 dsc00605 
L'intervention de Pierre Lévy aux assises en introduction au débat intitulé " Quelles ruptures avec l'UE" est un résumé de l'article ci-dessous publié dans BRN (Bastille République Nation)

 

 

 

 

 

Le 50ème congrès confédéral de la CGT s’ouvrira le 18 mars à Toulouse. De nombreux enjeux seront au cœur de ces assises. L’Europe devrait figurer au nombre de ceux-ci.

Naturellement, il appartient aux syndiqués, aux syndicats et organisations de cette confédération de décider des choix et orientations. Cependant, le poids et le rôle de la centrale de Montreuil font que ces questions ne sont pas seulement internes, mais concernent et intéressent les salariés et le pays tout entier.

C’est dans cet esprit que la rédaction de BRN – qui compte parmi ses lecteurs de nombreux syndicalistes et structures interprofessionnelles cégétistes – apporte ici une contribution aux débats et à la réflexion des uns et des autres.

 

L’Europe. Ou plutôt l’Union européenne. Plus précisément encore, l’intégration européenne. L’affaire est au cœur de bien des enjeux. Paradoxalement pourtant, elle fait l’objet de très peu de débats réels, en tout cas quant au fond. Sauf en de trop rares occasions où les événements l’imposent, comme ce fut le cas en 2005, dans les mois qui précédèrent le référendum sur feu le Traité constitutionnel européen.

Pour les citoyens en général, pour les syndicalistes en particulier, trois questions peuvent former la trame de réflexions sereines, d’analyses factuelles, et d’échanges argumentés.  

 

Premièrement, le bilan et les perspectives de l’intégration européenne sont-ils favorables, ou non, au monde du travail, au peuple et à la nation ?

Deuxièmement, ladite intégration, quelle que soit l’appréciation qu’on porte sur elle, est-elle irréversible, à tout le moins inévitable ?

Troisièmement, une réorientation européenne – on parle également d’une « autre Europe » – est-elle possible ?

 

Avant de proposer quelques réponses, une question préalable mérite d’être posée : est-il légitime, ou même simplement acceptable, de débattre de ces points ? Ainsi formulée, l’interrogation peut paraître incongrue. Elle ne l’est pourtant pas tant que cela : depuis quelques années, certaines analyses, propositions ou critiques s’avèrent bien souvent taboues. Par exemple, sans préjuger de sa pertinence ni même de sa faisabilité, l’hypothèse qu’un pays – la France, ou d’autres – sorte de l’UE est, au choix, qualifiée d’absurde, de stupide, ou de calamiteuse, sans autre forme de démonstration. Et ceux qui se risquent à la formuler sont considérés, par l’idéologie dominante, comme des imbéciles, des irresponsables, des fous furieux – voire des agents de l’extrême-droite.

De telles stigmatisations se retrouvent parfois au sein même du mouvement syndical. C’est paradoxal ; et c’est dommage. Car, tant pour des raisons démocratiques que d’intelligence de l’action, il ne peut y avoir de débat interdit. Les arguments des uns et des autres, surtout s’ils sont étayés et formulés de manière raisonnée, peuvent être contredits, mais ils doivent être respectés.

C’est l’intérêt de tous. Après tout, si une thèse est absurde, il sera d’autant plus facile à ses contradicteurs de la démonter. Au sein du mouvement syndical en particulier, le cheminement de la raison, et, le cas échéant, la confrontation fraternelle, sont des gages de force collective.

 

I – EUROPE, QUEL BILAN, QUELLES PERSPECTIVES ?

 

A) LE SOCIAL ET L’ÉCONOMIE

 

Du reste, la première question, du moins dans son volet qui porte sur le bilan de l’UE pour le monde du travail, ne prête guère à polémique, tant les effets en sont douloureusement vécus par les salariés des différents pays membres, en France en particulier. Tout début janvier 2013, l’office européen des statistiques, Eurostat, publiait les plus mauvais chiffres du chômage depuis plusieurs décennies. Parmi les Vingt-sept, près de 12% de travailleurs sont aujourd’hui privés d’emploi, et c’est encore pire au sein des Dix-sept de la zone euro. Et nul ne doute que la situation empire dès les prochains mois. Encore ne s’agit-il là que des données officielles, qui reflètent très imparfaitement la réalité.

Partout, la précarité et la flexibilité s’étendent, au point de devenir la norme. Jusqu’à récemment, les politiques sociales – et plus particulièrement les lois et codes du travail – étaient théoriquement de la seule responsabilité des gouvernements nationaux, hors du champ des prérogatives communautaires. Mais depuis 2010-2011, un ensemble de mécanismes se met progressivement en place qui contredit ce partage. Désormais, les Etats doivent répondre de leur politique économique et sociale devant Bruxelles, y compris en matière de « coût du travail » : niveaux de salaires, configuration des cotisations sociales, « souplesse » des licenciements, flexibilité des conditions d’emploi.

En la matière, l’exemple caricatural est donné par la Grèce, contrainte non seulement de mettre en œuvre une austérité ahurissante, et de lancer de substantiels programmes de privatisation, mais également de démanteler, article par article, son code du travail. Du reste, l’« assouplissement » des protections (d’ailleurs très relatives) contre les licenciements figure désormais tout en haut de la « feuille de route » convenue à Bruxelles, et qui doit s’appliquer partout.

Toujours en matière d’emploi, qui ne se souvient de ladite directive Bolkestein, dont on nous avait assuré, peu de temps avant le référendum de 2005, qu’elle était totalement retirée ? Fin 2012 pourtant, un rapport du ministère français du Travail, révélé par Le Parisien, donnait l’ampleur de la mise en concurrence des travailleurs. Des centaines de milliers de salariés de l’Est de l’UE travaillent par exemple en France dans des conditions indignes : à la faveur des directives « services » et « détachement », de nombreuses sociétés de « prestation de services » spécialisées agissent en pleine conformité avec la réglementation européenne (notamment en réglant les cotisations sociales selon les normes du pays d’origine).

Oui mais, entend-on souvent, l’UE n’est pas responsable de la chute de l’activité économique, voire de la récession, qui forment la toile de fond et la trame des reculs sociaux sans précédent. L’argument mérite d’être minutieusement examiné. Notons cependant d’emblée qu’à supposer même que l’UE en général, et l’euro en particulier, ne soient pour rien dans la crise actuelle, le moins qu’on puisse dire est que les promesses qui ont justifié le lancement de l’une et l’autre se sont révélées mensongères. L’Union devait « nous rendre plus forts » ; l’Europe est aujourd’hui le continent le plus à la dérive sur le plan économique. La monnaie unique allait « nous protéger » contre les tempêtes mondiales ; elle n’a rien protégé, si ce n’est les intérêts des milieux financiers.

Et l’on pourrait relire avec ironie les déclarations de ceux qui faisaient campagne en faveur du Traité de Maëstricht : celui-ci allait assurer prospérité, progression du niveau de vie, haut niveau de protection sociale, éradication du chômage de masse – bref, un horizon radieux. Ainsi, Valéry Giscard d'Estaing assurait, le 30 juillet 1992 : « si le traité (de Maëstricht) était en application, finalement la Communauté européenne connaîtrait une croissance économique plus forte, donc un emploi amélioré ». De son côté, Martine Aubry s’indignait, le 12 septembre de la même année : « comment peut-on dire que l'Europe sera moins sociale demain qu'aujourd'hui ? Alors que ce sera plus d'emplois, plus de protection sociale et moins d'exclusion... ». On pourrait multiplier les citations.

Les auteurs des envolées lyriques d’il y a vingt ans ont-ils, au moins, fait amende honorable ? Nullement ! Les mêmes expliquent aujourd’hui benoîtement que la dégringolade actuelle était prévisible, car « on n’a pas osé aller assez loin ». Selon une dialectique qui revient à chaque étape de l’intégration européenne (marché commun, marché unique, Acte unique, monnaie unique… et demain, souhaitent les plus zélés, gouvernement unique), si l’étape précédente n’a pas fonctionné comme on l’espérait, c’est bien la preuve qu’il faut « plus d’Europe ».

 

L’Europe levier

 

Pour autant, il serait caricatural et inexact d’affirmer que tout le mal vient de Bruxelles, tandis que les gouvernements nationaux ne rêveraient que de mettre en œuvre des politiques de progrès social et économique. La réalité est plus subtile : les gouvernements des Vingt-sept partagent peu ou prou les mêmes orientations ; et l’Union européenne constitue un levier décuplant leurs forces pour imposer ces orientations aux peuples de manière concertée et intégrée. Les fameuses « contraintes européennes » sont en réalité des choix communément décidés (même si, évidemment, l’Allemagne compte plus que Chypre…), qui s’imposent avec d’autant plus de force qu’elles deviennent juridiquement irréversibles.

Il reste que l’intégration, et la monnaie unique tout particulièrement, ont une responsabilité propre dans l’aggravation de la crise. Cette responsabilité mériterait d’être détaillée, mais cela sortirait du présent cadre. Pour résumer, celle-ci s’articule autour de trois éléments. D’une part, la valeur de l’euro vis-à-vis des autres devises mondiales est trop élevée au regard des paramètres économiques de la plupart des Etats membres, y compris la France ; cela plombe les exportations, tire la croissance vers le bas, et aggrave le chômage. D’autre part, appliquer un cadre monétaire et financier unique à des pays dont les paramètres économiques (ainsi que politiques voire culturels) sont très dissemblables conduit forcément à imposer des politiques économiques inadaptées à la plupart des Etats. Enfin, pour tenter de pallier ces tendances divergentes – qui, sinon, feraient éclater l’euro – les dirigeants européens (en particulier Berlin) imposent des carcans toujours plus contraignants (Pacte de stabilité renforcé, TSCG…), car il ne peut y avoir de monnaie unique sans direction politique unique.

Dans la dernière période, Angela Merkel et nombre de dirigeants européens se sont appuyés sur cette contradiction pour tenter d’aller encore et toujours plus loin : vers la mise en place d’une zone euro quasi-fédérale, c’est-à-dire au sein de laquelle les Etats se verraient retirer leurs derniers leviers économiques nationaux (lors de leur sommet de décembre 2012, les dirigeants ont reporté leurs ambitions en ce sens à l’après-juin 2014, mais ont mis sur les rails l’Union bancaire, étape importante dans cette direction).

 

Sans austérité, plus d’euro

 

D’ores et déjà, la logique est imparable : sans une austérité toujours renforcée, l’euro ne peut tenir. Car une monnaie n’est pas un outil « neutre ». Elle est fondamentalement un rapport social, c’est-à-dire plus concrètement l’expression de choix politiques et le reflet des rapports de forces sous-jacents.

La responsabilité de l’euro est donc centrale dans les politiques d’austérité qui sont menées au sein de l’UE. La monnaie unique conduit à une surenchère de plus en plus sauvage dans les restrictions, coupes et reculs sociaux, comme l’illustre jusqu’à la caricature les exemples grec, portugais, espagnols... Et, en retour, l’austérité elle-même mine les fondements de la croissance, et aggrave donc les causes de la crise.

A cet égard, l’exemple de la fonction publique, en France en particulier, est éclairant. Le nombre des fonctionnaires, de même que le niveau de leur rémunération, sont les deux « variables » qui sont en première ligne des coupes budgétaires.

Supprimer un poste dans la fonction publique, même si cela ne prend pas la forme d’un licenciement, revient bel et bien à créer un chômeur en plus. A l’échelle du pays, les plans de suppressions d’emplois publics sont, et de loin, les « plans sociaux » les plus considérables, même s’ils sont moins spectaculaires que dans l’automobile ou la sidérurgie. Or ils résultent bel et bien de l’application directe de l’austérité européenne.

Cette austérité détermine également la baisse, année après année, du pouvoir d’achat des fonctionnaires. Là où une hausse massive des traitements constituerait un puissant levier pour relancer l’économie, la chape qui pèse sur ces rémunérations tire toute l’activité vers le bas. C’est d’autant plus vrai en France, qui compte près de six millions d’agents publics.

A cet égard, même si Bruxelles n’est pas ouvertement chargé de fixer les salaires publics dans les différents pays, la mécanique communautaire, via les normes budgétaires, pèse considérablement sur ces rémunérations.

 

Protection sociale

 

Cependant, il est deux domaines cruciaux pour le monde du travail pour lesquels l’intervention européenne est bien plus directe que sur les salaires : la protection sociale, et les services publics.

Protection sociale ? Il faut rappeler que le budget de la Sécurité sociale rentre en ligne de compte pour le calcul des déficits publics, au sens des « critères de Maëstricht ». Ce qui constitue en particulier une pression non négligeable sur les remboursements de soins et de médicaments.

De même, on ne compte plus les rapports, recommandations, conclusions et autres textes européens qui insistent sur la nécessité de « rendre le travail payant » (sic !), une expression directement (et mal) traduite de l’anglais qui signifie en réalité : baisser les allocations et indemnités afin de pousser les chômeurs, en particulier, à sortir de l’oisiveté – c’est en tout cas ainsi que les néolibéraux comprennent la situation des privés d’emploi.

Mais c’est incontestablement du côté des retraites que la machine européenne vis-à-vis de la protection sociale a fonctionné – et continue de fonctionner – de la manière la plus considérable. Depuis des années, il n’y a quasiment plus un sommet européen qui n’ait réaffirmé l’urgence de « réformer les systèmes de pensions », au motif de rendre ceux-ci « soutenables ». Ce n’est assurément pas un hasard si les réformes en question ont été engagées à peu près au même moment aux quatre coins de l’UE (dont la France, évidemment). Ce n’est pas non plus une coïncidence si les exigences mises en haut de la liste par la Troïka (Commission européenne, Banque centrale européenne, FMI) vis-à-vis des pays placés sous tutelle (Grèce, Irlande, Portugal) concernaient les pensions. L’Italie et l’Espagne sont également en première ligne. Et l’actuel gouvernement français s’apprête à remettre le couvert…

 

Services publics

 

Enfin, dernier exemple, et non des moindres, de l’affection que porte l’UE au monde du travail : le traitement que celle-ci réserve aux services publics. Nul n’ignore désormais que la « concurrence libre et non faussée » est l’un des piliers fondamentaux, et fondateurs, de l’édifice européen.

Certes, les traités successifs ont mis leur point d’honneur à affirmer que l’Europe ne doit pas se mêler du caractère public ou privé d’une entreprise. Mais, d’une part, la religion de la concurrence a ordonné la mise à bas des « monopoles publics » (alors que l’existence d’un monopole public est seule de nature à sauvegarder le principe même d’un service public). D’autre part et surtout, tant la législation que la jurisprudence communautaires exigent que les entités publiques soient gérées exactement selon la logique du privé. Aussi extraordinaire que soit cette exigence, elle est quasiment exprimée sous cette forme, et sert de base à des sanctions contre des Etats récalcitrants.

Des dispositifs imposent ainsi de conférer un statut de droit privé à des établissements qui ont pourtant assuré le développement du pays, précisément parce qu’ils avaient des ambitions nationales et non de rentabilité. Ainsi, Bruxelles concédait hypocritement qu’EDF pouvait garder un « actionnariat public », mais affirmait que la garantie de solvabilité apportée par l’Etat constituait une atteinte inacceptable à la concurrence (puisque les firmes privées concurrentes ne bénéficiaient pas de cette garantie). C’est ainsi que fut justifié le changement de statut.

Le transport ferroviaire européen va aborder son… « quatrième paquet » de déréglementation. Quant aux Télécoms, elles ont été parmi les premières à basculer dans la logique de la rentabilité à tout prix, tout simplement parce que la libéralisation européenne avait visé ce secteur très tôt.

Emploi, salaires, austérité, protection sociale, services publics : directement ou indirectement, l’intégration européenne a imprimé sa marque. Sur ces terrains au moins, il est bien difficile de ne pas porter une appréciation négative de ce bilan au regard des intérêts collectifs du monde du travail.

 

Perspectives

 

Les perspectives à venir sont-elles de nature à corriger ou infléchir ce bilan ? Même avec beaucoup d’imagination, on voit mal comment il pourrait en être ainsi.

Les conjoncturistes nationaux ou bruxellois s’accordent sur une croissance atone pour 2013, qui pourrait bien se traduire au final par une nouvelle récession. Pire : désormais, à moyen terme, une croissance annuelle de 1% est presque considérée comme un exploit. Dans ces conditions, les plus démunis sont condamnés à trinquer de plus en plus durement, et la grande majorité des salariés devrait subir des reculs sociaux de plus en plus brutaux.

Or aucun dirigeant européen, dans aucun pays de l’Union européenne, ne remet en cause les fondamentaux de l’UE, à commencer par la quadruple « liberté » fondatrice : libre circulation des marchandises, des services, des capitaux et de la main d’œuvre. Les uns et les autres rêvent même d’une fuite en avant de nature quasi-fédérale. Une telle ambition comporte cependant un risque majeur pour ses initiateurs : que le rejet populaire vis-à-vis de l’UE, déjà patent dans la plupart des pays, s’accélère et se concrétise sous des formes imprévisibles.

Car les salariés conservent naturellement l’arme de la lutte collective, afin de mettre en échec les projets les plus funestes, que ce soit en matière de licenciements, de baisse de pouvoir d’achat, de casse de la protection sociale, ou de démantèlement de ce qui reste de services publics.

Il reste que les luttes les plus efficaces sont celles qui sont conduites sur la base d’une analyse lucide des obstacles. L’hypothèse formulée ici est que l’intégration européenne constitue le principal de ces obstacles tant dans les faits (les mesures elles-mêmes) que dans les têtes (le sentiment d’impuissance, nourri par l’impression d’inéluctabilité).

 

B) LA DÉMOCRATIE

 

Cependant, avant de s’interroger sur l’irréversibilité de l’intégration européenne, il convient de rappeler que l’Europe ne se déploie pas seulement en matière économique et sociale, mais également sur deux autres dimensions, dont l’importance n’est pas moindre : politique ; et « géopolitique ».

Autrement dit, si l’intégration se fait au détriment du monde du travail, qu’en est-il du point de vue des intérêts du peuple ? Et du point de vue de ceux de la nation ?

La première question renvoie au concept de souveraineté populaire, c’est-à-dire littéralement de démocratie. La progression de l’intégration européenne a-t-elle favorisé ou renforcé le pouvoir du peuple – de chaque peuple – et sa liberté de décider de son avenir ? Ou bien les a-t-elle affaiblis ?

Même en examinant cette question avec grande indulgence, il est objectivement difficile de choisir la première option. Le constat négatif est si patent que même les partisans les plus enthousiastes de l’Europe admettent l’existence de ce qu’ils appellent un « déficit démocratique » (le terme « déficit » est, comme de juste, emprunté au vocabulaire néolibéral). Depuis deux décennies au moins, dirigeants et experts s’interrogent gravement sur la manière de remédier à ce dit déficit démocratique.

Or ce sont les mêmes qui ont dévoilé à plusieurs reprises la véritable conception qu’ils se font de la démocratie : en 1992 au Danemark ; en 2001, puis en 2008 en Irlande, les citoyens ont vu annuler leur verdict négatif exprimé à travers des référendums portant sur des traités européens, et se sont vu prier de voter une nouvelle fois afin de donner, enfin, la « bonne » réponse. En matière européenne, un Non populaire est réputé être une erreur à corriger, et donc une réponse provisoire ; un Oui, en revanche, est réputé définitif et sans appel.

Pire : en France, le Non au Traité constitutionnel majoritairement exprimé le 29 mai 2005 a été, de fait, effacé par un vote des parlementaires convoqués par Nicolas Sarkozy à Versailles le 4 février 2008 (personne n’a probablement encore mesuré l’ampleur de la rage populaire – fût-elle inconsciente – qui en a résulté, ni les traces qui ne sont pas près de s’effacer dans la mémoire collective). De leur côté, les dirigeants européens se sont juré que, jamais plus, on ne les reprendrait à consulter un peuple.

 

Mépris du peuple

 

 Mais, pour caricaturaux qu’ils soient, ces dénis ostensibles de démocratie ne sont sans doute que la partie immergée de l’iceberg. Pour peu qu’on se plonge dans les études, colloques et conclaves européens – destinés à un public restreint – un même refrain réapparaît sans cesse : il faut mettre les décisions importantes à l’abri des « foucades » populaires. Dès lors, ceux qui osent affirmer la primauté du peuple sur la sagesse des experts sont stigmatisés comme « populistes ». Car l’UE renoue clairement avec une certaine tradition historique : celle qui prétend confier la conduite des affaires à « ceux qui savent » (et qui se trouvent être issus des classes dominantes).

Ainsi, Thierry de Montbrial, directeur de l’Institut français des relations internationales (IFRI) se laissait aller à écrire : « la conscience européenne réside dans la partie éclairée (de la société), laquelle commandera le reste ». Directeur de la rédaction de l’Express, Christophe Barbier confiait avec un mépris dont les classes dominantes ont le secret : « la Constitution (européenne) était trop ambitieuse pour le niveau de maturité des peuples ». Et, ces peuples pas assez « mûrs », il convient de les traiter en gamins : « bien entendu, il y aura des transferts de souveraineté ; mais serais-je intelligent d’attirer l’attention du public sur ce fait ? », confiait le premier ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker.

Qui dit gamins, dit naturellement « pédagogie », sorte de service après-vente visant à ressasser l’inéluctabilité des décisions et choix. En 2005, l’on a même assisté à une extraordinaire inversion : ledit « parlement » européen s’est auto-attribué un devoir « pédagogique » (et a consacré des moyens financiers pour ce faire) en vue d’expliquer aux citoyens français et hollandais l’importance du vote Oui… Depuis des siècles, les parlements asseyaient en principe leur légitimité sur la représentation de leurs mandants ; avec l’UE, c’est le contraire : les parlementaires auraient désormais pour mission… d’éduquer le peuple.

A propos dudit « parlement » européen, l’on entend parfois que ce dernier serait un gage de démocratie, en tout cas une piste pour « améliorer » cette dernière, puisqu’il s’agit d’une instance élue au suffrage universel.

N’est-ce pas aller un peu vite en besogne ? Il ne suffit pas d’être élu pour être démocratique : un parlement n’a de légitimité que par le peuple qu’il représente. Or s’il y a bien un peuple français, allemand, grec, ou danois, il n’y a pas de peuple européen, au sens où un peuple est une communauté politique assise sur une culture politique commune. Tel n’est nullement le cas en Europe : les cultures politiques différent considérablement d’un pays à l’autre (ce qui ne signifie évidemment pas qu’il y en ait de meilleures que d’autres). Et il n’est au pouvoir de personne de forcer l’histoire artificiellement. Du reste, une phrase revient parfois à Bruxelles, qu’on peut entendre comme un aveu : « nous avons fait l’Europe, il nous reste à faire les Européens ».

 

Pédagogie et dialogue

 

A la pédagogie, les eurocrates ajoutent souvent les « vertus du dialogue ». Dialogue avec la « société civile » – vaste galaxie d’ONG et de lobbies dont la légitimité est financière ou médiatique, mais en tout cas hors du champ de la représentation. Et surtout, « dialogue social ». Ce dernier est même institutionnalisé de diverses manières. La Confédération européenne des syndicats (CES), historiquement née dans le giron des institutions européennes, consacre l’essentiel de son activité à ce tête-à-tête bruxellois à travers d’innombrables colloques et formations. En outre, un « sommet social européen » réunit deux fois par an représentants de la CES, de Business Europe (le Medef au niveau européen), et des institutions (Commission et Conseil européens). Qui le sait ?

Tout cela pour fabriquer du consensus, en tout cas de l’adaptation et de l’accompagnement, vis-à-vis de décisions prises ailleurs. Ailleurs, c’est-à-dire souvent par des institutions dites « indépendantes ».

 

Institutions « indépendantes »

 

Ce n’est pas un hasard si la religion des instances « indépendantes » a pour temple l’Union européenne : la Banque centrale, mais aussi la Commission européenne elle-même, entendent asseoir leur autorité sur cette « indépendance » proclamée avec cette extraordinaire justification : il faut protéger « l’intérêt européen » des aléas électoraux nationaux. Et l’on peste d’ailleurs souvent, à Bruxelles, contre ces responsables politiques nationaux qui sont « trop influencés », voire « pris en otage » (sic !) par leurs électeurs.

Le pire est que cette attitude – qui, en d’autres temps, eût été de nature à provoquer des révolutions… – est aujourd’hui presque banalisée. Qui s’est étonné du fait que les remplacements, à l’automne 2011, des premiers ministres grec et italien par des technocrates non élus (issus du sérail européen), aient été orchestrés à Bruxelles, avant d’être entérinés par les parlements respectifs ?

Par ailleurs, le principe même de « sanctions » appliquées à des pays n’est-il pas en lui-même ahurissant ? Que cela concerne des « infractions » en matière de « discipline » budgétaire, de respect des directives européennes, voire d’application de ladite Charte de l’UE en matière de « droits de l’Homme », des instances non élues supranationales s’érigent ainsi en censeurs des gouvernements – en réalité des peuples. N’y a-t-il pas là un retour de plusieurs siècles en arrière quand des suzerains agissaient ainsi avec leurs vassaux, et punissaient des pays entiers ?

 

C) LA TENTATION IMPÉRIALE

 

La police interne que les institutions européennes entendent exercer sur les Etats-membres trouve son parallèle dans les ambitions affichées vis-à-vis du reste du monde. On touche là à la troisième dimension – géopolitique – de l’intégration européenne.

Le Traité de Lisbonne a ainsi institué un Service européen d’action extérieure, sorte de ministère des Affaires étrangères qui serait fusionné avec un ministère de la Défense. « Défense » étant ici un terme inapproprié, puisque personne ne cherche à contrer une éventuelle agression contre des pays-membres. Il s’agit bien plutôt de structures et de mécanismes conçus dans l’esprit de « projeter » des forces civilo-militaires aux quatre coins de la planète.

Car les dirigeants européens clament désormais haut et fort que l’UE doit « assumer ses responsabilités mondiales » (responsabilités confiées par qui ? Nul ne le sait…). Certes, pour l’heure et pour longtemps encore, les capacités militaires propres à l’Union restent sans commune mesure avec l’armada américaine, ou même avec les forces des grands Etats membres eux-mêmes. Et quand il s’est agi d’envoyer des troupes au Mali, les partisans les plus acharnés de l’Europe se sont lamenté que ce soit Paris, et non Bruxelles, qui monte au front.

Pourtant, on sait peu qu’une douzaine d’opérations sous la bannière bleu-étoilé sont en cours sur le globe, tout particulièrement en Afrique. Officiellement, ces missions visent à « maintenir la paix », à défendre les « droits de l’homme » ou les « valeurs européennes », voire à assurer la « stabilité ». Les réalités sont plus terre-à-terre.

Par exemple, avant même le Traité de Lisbonne, au printemps 2006, l’Union européenne décide l’envoi d’une force militaire en République démocratique du Congo (RDC) en vue de « sécuriser » le scrutin présidentiel qui doit s’y tenir le 30 juillet de cette année-là.

Or c’est justement à cette période qu’un haut responsable du patronat allemand se voit confier par son organisation (le BDI) un groupe de travail baptisé « questions internationales sur les matières premières ». Le responsable en question soulignait alors que les concentrations régionales de ressources naturelles recelaient des « risques géostratégiques considérables » notamment quand ces ressources sont contrôlées par des « régimes politiques imprévisibles ». Et, justement, l’expert citait en particulier la RDC comme « zone d’extraction la plus importante pour le cobalt ». Quelques mois plus tôt, le ministère allemand de l’Economie préconisait pour sa part diverses mesures « en vue de l’amélioration du climat pour les investisseurs dans les pays producteurs de ressources naturelles par la promotion de la stabilité politique ».

A noter que la « Mission de conseil et d'assistance de l'Union européenne en matière de réforme du secteur de la sécurité en République démocratique du Congo » avait été mise en place dès juin 2005. Elle a été à nouveau récemment prorogée… jusqu'au 30 septembre 2013.

 

« Europe de la Défense »

 

C’est en juin 1999 que le Conseil européen avait officiellement lancé cette « Europe de la Défense » en affirmant que « l’Union doit avoir la capacité d’une action autonome, soutenue par des forces militaires crédibles (…) pour faire face aux crises internationales, sans préjudice des actions avec l’OTAN ». Six ans plus tard, les Vingt-cinq décidaient la mise en place de « groupements tactiques » de 1500 hommes, disponibles en deux semaines, et susceptibles d’être envoyés n’importe où sur la planète.

Depuis 2011, le discours européen en la matière insiste plutôt sur le « partage et la mise en commun » de certains moyens, expériences et structures des armées nationales. Une logique qui suit à la lettre la démarche inaugurée au sein de l’Alliance atlantique. D’ailleurs – insistent les dirigeants européens – il convient d’améliorer la « complémentarité » entre UE et OTAN. Le président américain a lui-même vivement plaidé en ce sens, notamment lors du sommet de l’Alliance à Chicago, en mai 2012. Ce qui remet à sa place la thèse selon laquelle le renforcement de l’Europe (en ce domaine comme dans les autres) permettrait « de faire contrepoids aux Etats-Unis ».

La proximité UE-OTAN est inscrite dans l’histoire jumelle de ces deux institutions, qui, en outre, n’ont cessé d’échanger leurs responsables. Ainsi, l’ancien chef de la politique extérieure européenne, Javier Solana, avait occupé ce poste juste après avoir quitté ses fonctions de secrétaire général de l’OTAN. En février 2006, il précisait sans fard son ambition : « faire de l’Europe une puissance globale pour le Bien dans le monde ». Un peu plus tard, dans un bref extrait vidéo qui fit le tour de la Toile, l’actuel président de la Commission européenne décrivait également sa vision de l’Europe, « sorte d’empire pacifique ».

Certains hommes politiques français n’hésitent pas non plus à afficher la couleur. Ce fut le cas du candidat Sarkozy qui, lors de sa campagne présidentielle de 2007, exalta « dans la formation de la conscience européenne (…) le rêve brisé de Charlemagne et celui du Saint Empire, les Croisades, le grand schisme entre l’Orient et l’Occident, la gloire déchue de Louis XIV et celle de Napoléon (…) » ; pour conclure finalement que « l’Europe est aujourd’hui la seule force capable (…) de porter un projet de civilisation ».

 

Reconquête

 

Trois ans plus tôt, Dominique Strauss-Kahn précisait que cet « empire européen » (c’est son terme) devrait s’étendre « des glaces de l’Arctique au Nord jusqu’au sables du Sahara au Sud ». Il en précisera un peu plus tard la perspective historique : « cette Europe, si elle continue d’exister, aura reconstitué la Méditerranée comme mer intérieure, et aura reconquis l’espace que les Romains, ou Napoléon plus récemment, ont tenté de constituer ».

Faut-il d’ailleurs rappeler que la plus haute distinction de l’Union européenne n’est autre que… le Prix Charlemagne ?

Tout cela peut paraître quelque peu lointain, comparé aux reculs sociaux cités précédemment. Mais, outre que les expéditions militaires sont susceptibles d’être coûteuses (au détriment des richesses nationales, mais pour le plus grand profit des groupes européens d’armement), on ne devrait pas sous-estimer cette dimension impériale de l’intégration. D’autant qu’un des arguments récurrents pour justifier celle-ci est de faire valoir la nécessité « de tenir tête » ou « d’être plus fort » face aux puissances émergentes.

Or souvent, dans l’histoire, la guerre économique a conduit à la guerre tout court. Et, dès lors que les rivalités entre empires s’aiguisent, ce sont bien souvent les peuples qui sont destinés à servir de « chair à canon ». On peut raisonnablement penser que la « construction européenne » est conçue dans cet esprit de concurrence et d’agressivité : cela était le cas hier, où, née dans et de la guerre froide, la CEE s’est d’emblée inscrite dans un contexte belliqueux face au « bloc de l’Est ». Cela reste plus que jamais le cas aujourd’hui, puisque les élites mondialisées ne voient l’avenir qu’à travers la libre circulation, la libre concurrence, voire le libre affrontement des capitaux, et des puissances qui les portent.

On est donc à l’opposé des intérêts nationaux des pays respectifs, et de la nécessaire coopération entre nations.

 

II – L’INTÉGRATION EUROPÉENNE, IRRÉVERSIBLE ?

 

En l’état, l’intégration européenne apparaît donc comme dangereuse : en matière économique et sociale ; dans le domaine démocratique ; et sous l’angle géopolitique. Tout en partageant peu ou prou ce constat, d’aucuns s’interrogent : n’est-il pas trop tard pour revenir en arrière ?

En d’autres termes, après près de six décennies, et une dizaine de traités-gigogne, n’a-t-on pas atteint un point d’irréversibilité ?

La question ne peut être balayée d’un revers de main. Elle mérite d’être examinée tant du point de vue factuel, que du point de vue de l’arrière-plan idéologique sous-jacent.

Sans doute faut-il tout d’abord rappeler que ladite « construction » européenne résulte de choix politiques, et non d’une sorte de loi naturelle indépendante de toute volonté humaine. Dire cela n’est nullement polémique : les dirigeants européens eux-mêmes revendiquent d’avoir opéré ces choix. « Opéré », ou plutôt imposé, tant il est vrai que, dès sa naissance, l’Europe s’est faite sans (et contre) les peuples. Comme le confiait avec franchise en 2007 le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, « si on avait organisé un référendum sur la création de la Communauté européenne, ou sur l’euro, vous croyez vraiment que ce serait passé ? ».

Or ce qui résulte de choix politiques doit forcément pouvoir être défait par d’autres choix politiques.

Du reste, l’histoire récente comporte des exemples d’entités étatiques qui ont été défaites. Ce fut le cas de l’ex-Tchécoslovaquie, qui, après trois quarts de siècle d’existence, s’est séparée en deux à l’amiable en 1992. Ce fut également les cas de l’URSS : en 1991 celle-ci éclata en quinze Républiques indépendantes (dans ces deux cas, cela a entraîné la création de nouvelles monnaies). On ne s’interrogera pas ici ni sur le bien-fondé ni sur les conséquences de ces séparations. Le point est ici qu’il n’y a pas d’obstacle « technique » dès lors que de tels choix sont faits.

Il faut également souligner que dans les exemples cités, les pays étaient bien plus intégrés – économiquement, politiquement, et culturellement – que ne l’est actuellement l’Union européenne.

 

Pas le choix ?

 

L’autre interrogation porte sur la pertinence générale d’une conception affirmant qu’« il n’y a pas (ou plus) le choix ». L’expérience – des syndicalistes notamment – conseille d’être méfiant vis-à-vis des idéologues de tous poils expliquant, selon la formule inaugurée par Margareth Thatcher : « il n’y a pas d’alternative ».

De même, ici ou là, certains moquent cette tentation qui consisterait, vis-à-vis de l’intégration européenne, à « revenir en arrière ». Or ce sont bien souvent les mêmes qui vilipendent « le conservatisme » que constituerait la défense des conquêtes sociales, ou bien encore l’« archaïsme » consistant à vouloir sauvegarder de véritables services publics. Bref, selon que l’on se place du point de vue du travail ou bien du capital, telle décision sera une « avancée » ou un « recul », et vice-versa.

Le menaçant fantasme du « retour en arrière » – voire de la « catastrophe » – doit donc être analysé dans ce contexte. De fait, les réflexions ou propositions sortant du cadre « raisonnable » de l’intégration européenne sont parfois stigmatisées sous un jour totalement apocalyptique. Ainsi, le lendemain du référendum sur le Traité constitutionnel européen, Serge July, qui dirigeait alors le quotidien Libération, rédigea un éditorial où il décrivait le verdict populaire comme « un désastre général et une épidémie de populisme qui emportent tout sur leur passage ».

Classiquement, les partisans du Oui excellent à dépeindre les déluges qui ne manqueront pas de s’abattre en cas de victoire du Non. Ce fut le cas lors du deuxième référendum irlandais sur le Traité de Lisbonne : il fallait absolument entériner celui-ci, faute de quoi l’économie de ce pays allait sombrer corps et biens. Sous pression, les électeurs cédèrent au chantage en donnant finalement une majorité au Oui. Deux ans plus tard, l’île connaissait la pire crise de ces dernières décennies.

A l’inverse, les citoyens suédois refusèrent l’euro en 2003, malgré le déluge qui allait engloutir la malheureuse économie scandinave, annoncé par les partisans de la monnaie unique. Six ans plus tard, la Suède n’a pas sombré – elle connaît même l’une des moins mauvaises situations de l’UE.

Quant aux citoyens norvégiens, ils ont refusé à deux reprises l’adhésion à l’UE, malgré les menaces tout aussi effrayantes qui leur furent régulièrement brandies. Pour l’heure, nul gouvernant à Oslo n’envisage de poser à nouveau la question, tant la victoire du Non serait bien plus écrasante encore que précédemment. Or la Norvège détient (et n’est pas près de céder) la médaille d’or mondiale au regard de l’Indice de développement humain (IDH, qui prend en compte le niveau de vie, d’éducation, l’espérance de vie, etc.).

D’aucuns objecteront que ce n’est pas le fait d’être resté à l’écart de l’UE qui explique cette situation enviable. On peut tout de même faire l’hypothèse (comme de nombreux syndicalistes du pays) que cela y a contribué. En tout cas, cela ne l’a pas empêché.

Ce qui doit logiquement conduire à ne pas se laisser impressionner par les punitions infernales qui guetteraient tout peuple s’avisant de s’écarter du droit chemin européen.

 

III – UNE « AUTRE EUROPE » ?

 

Reste enfin la troisième et dernière question, probablement la plus délicate et la plus importante : étant admis que l’intégration européenne réellement existante ne correspond pas vraiment aux horizons radieux tant vantés, est-il raisonnable de viser « une autre Europe », ou de proposer que l’Europe soit « réorientée » ?

L’interrogation est suffisamment cruciale pour qu’on évite de se payer de mots. Ainsi, l’objectif d’une « Europe sociale » est régulièrement mis en avant. Cela ne date pas d’hier. Déjà en 1982 – il y a plus de trente ans, donc ! – François Mitterrand, fraîchement élu président, affirmait, dans un discours prononcé à Copenhague : « l’Europe sera sociale ou ne sera pas ».

 

« Europe sociale »

 

Mais qu’entend-on au juste par « Europe sociale » ? La question mérite d’être posée car, curieusement, ses partisans ne semblent pas pressés d’en préciser concrètement le contenu.

S’agit-il de l’unification des systèmes de protection sociale (santé, retraites, chômage…) à l’échelle des vingt-sept pays ? Sauf à vivre totalement sur une autre planète, on conviendra que cette perspective n’est ni réaliste (même à moyen ou long terme), ni souhaitable. Car une fusion des systèmes existants qui se ferait (peut-être…) à l’avantage des uns serait mécaniquement au désavantage des autres.

Par « Europe sociale », faut-il plutôt comprendre une extension automatique des conquêtes sociales obtenues dans un pays à tous les autres ? Cela paraît évidemment bien plus sympathique, mais se heurte immédiatement à l’expérience de tout syndicaliste : il ne peut exister d’acquis sociaux qui n’aient pas été arrachés par la lutte ; l’octroi d’en haut d’un progrès social n’existe que dans le monde, imaginaire, des bisounours – pas dans celui, réel, de la lutte des classes. Ou alors, c’est qu’il y a tromperie sur la marchandise (par exemple les accords dits « gagnant-gagnant », si chers au patronat, comme celui sur la flexibilité).

Ou bien faut-il simplement comprendre que vouloir « l’Europe sociale » signifie qu’on espère banalement une Europe plus sociale ? Ce qui, au regard des reculs actuels, ne mange guère de pain.

Une dernière interprétation de l’Europe sociale intègre les luttes des salariés dans les différents pays, et insiste sur leur nécessaire convergence. Cette Europe des luttes est, certes, hautement souhaitable, elle est même indispensable. Mais quel rapport a-t-elle avec le processus d’intégration politique centré à Bruxelles ? Et surtout, cette solidarité dans l’action, pourquoi diable se limiterait-elle au cadre européen ?

Une des professions – pas la seule – où une solidarité au-delà des frontières nationales est historiquement ancrée est celle des travailleurs des ports et docks. Mais, pour des raisons géographiquement évidentes, cette solidarité s’est d’emblée déployée, et ne peut se développer, que sur des bases internationales, sans se limiter à un continent. Les dockers français ont plus l’expérience des luttes solidaires avec leurs collègues américains… qu’avec les Hongrois !

Enfin, il est vrai qu’en effet, l’existence des institutions de l’UE (et de l’euro) peut parfaitement justifier que les salariés des différents pays et leurs organisations réfléchissent et agissent ensemble contre leurs adversaires communs. Mais on est là très loin de quelque « Europe sociale » que ce soit, un concept qui reste décidément plus incantatoire que substantiel.

 

« Réorienter » l’Europe ?

 

Pour autant, cela ne tranche pas la question : peut-on « réorienter l’Europe », lui « faire changer de cap » ?

A la question ainsi formulée, on est en effet tenté de répondre : pourquoi pas ? Sauf que ladite question n’est peut-être pas tout à fait innocente. Car l’image implicitement suggérée est celle d’un navire susceptible de prendre telle ou telle direction selon les choix et consignes données à l’équipage. Seulement voilà : le navire, c’est-à-dire sa structure, son architecture, ses plans initiaux, sa conception même dans l’esprit de ses initiateurs d’origine – tout cela n’est probablement pas neutre.

Ainsi, il n’est pas besoin d’être un grand architecte pour comprendre qu’on ne conçoit pas les plans d’une prison de la même manière que ceux d’une école. De même, les structures de la mafia ne sont pas analogues à celles de la Croix-Rouge. Autrement dit, il n’est pas très raisonnable de vouloir faire fonctionner une organisation pour des objectifs fondamentalement différents de ceux pour lesquels elle a été conçue.

Certes, les comparaisons ne valent pas démonstration. Elles ont en revanche le mérite de faire réfléchir à une question rarement posée par ceux qui prônent la « réorientation » de l’Union européenne. En gardant à l’esprit que celle-ci fut, dès son origine, conçue contre les peuples, en faveur des grands groupes industriels et financiers, et dans un contexte d’affrontement contre le socialisme existant à l’Est du « rideau de fer ».

Enfin, le débat sur la réorientation limite de fait la réflexion sur le « comment » concevoir une « autre Europe », et évite ainsi de s’interroger sur le « pourquoi l’Europe », autrement dit sur l’intérêt effectif – et pour qui – du principe même de la « construction européenne ». Hélas, l’idéologie dominante a tellement progressé dans ce domaine qu’à cette dernière question, d’aucuns répondent parfois par un haussement d’épaules, tant il leur paraît évident qu’on ne peut « se passer de l’Europe ».

Sauf que les questions qu’on refuse ou qu’on oublie de se poser sont souvent les plus nécessaires.

Tout juste a-t-on droit parfois à de fausses évidences, façon café du commerce, censées valoir démonstration sans appel. Ainsi, nous dit-on, « il faut faire l’Europe, parce qu’ensemble, on est plus fort ». Mais plus fort… contre qui ?

Admettre ou répercuter cette assertion apparemment incontestable, n’est-ce pas déjà avoir accepté que le monde ne peut connaitre d’autre avenir que la « compétition » économique (et les cas échéant militaire) – autrement dit que la mondialisation est un phénomène naturel et inéluctable qu’on ne pourrait, au mieux, que « réguler » ?

N’est-ce pas finalement évacuer un peu vite la possibilité d’un ordre international fondé sur la coopération, en l’occurrence entre pays libres et souverains, et ce, sans se limiter à l’horizon étroit d’un seul continent ?

 

Leçons de l’expérience

 

Du coup, la « réorientation de l’Europe » pourrait bien être un leurre, car ce n’est pas seulement le cap (le contenu des politiques) mais aussi la conception et la raison d’être de l’intégration qui sont en cause.

Tout cela paraît bien abstrait ? Alors on peut adopter un autre mode de raisonnement, celui qui part de l’expérience. Car la volonté de « réorienter l’Europe » n’est pas nouvelle. Elle a connu plusieurs moments historiques où les forces politiques alors majoritaires ont proclamé haut et fort leurs intentions en ce sens.

Ce fut par exemple le cas en 1997-1998. On parlait alors d’« Europe rose » : douze des quinze gouvernements étaient dominés par les socialistes et sociaux-démocrates (notamment au Royaume-Uni, en France, puis en Allemagne). Réunis à Malmö (Suède), les dirigeants du Parti socialiste européen avaient multiplié les proclamations solennelles sur le thème : si nous ne changeons pas l’Europe maintenant, on ne nous le pardonnera pas.

Et puis ?

Bien sûr, on peut objecter que les dirigeants socialistes ne savent que trahir, et que leurs intentions n’ont rien à voir avec une véritable réorientation en faveur du monde du travail. Il y aurait donc « réorientation » et « réorientation ». Ca se complique.

De plus, expliquer la continuité qui marque l’intégration européenne par le consensus existant entre les deux grandes familles politiques dominantes en Europe (Parti socialiste européen, et Parti populaire européen, auquel appartient l’UMP) n’est pas faux ; mais c’est probablement très partiel.

 

« Acquis communautaire »

 

Car il faut aussi s’intéresser au mode de fonctionnement européen – et ce, dès le traité fondateur. Il tourne notamment autour de ce que la langue eurocratique appelle « l’acquis communautaire ». Ce mécanisme implique que toute « avancée européenne » (c’est-à-dire en fait tout recul social ou démocratique) est irréversible, sauf à imaginer une impensable majorité qualifiée au sein des gouvernements des Vingt-sept pour défaire les décisions antérieurement prises.

Cela n’a jamais eu lieu, et ne pourra jamais avoir lieu, tant du fait des principes affirmés dans les traités (la concurrence libre et non faussée, la libre circulation…), que des mécaniques et procédures internes. En outre, imaginer qu’une majorité de gouvernements au sein de l’UE puisse un jour s’accorder pour promouvoir ou accepter des transformations progressistes touchant aux fondements de la domination du capital revient, pour le moins, à se bercer d’illusion. Rappelons que Pierre Moscovici a récemment affirmé que l’actuel gouvernement, dont il est ministre des finances, est « le plus à gauche » parmi les Vingt-sept. C’est dire…

En outre, c’est précisément l’objet dudit « acquis communautaire » : à supposer qu’un pays – la France ou un autre – porte à sa tête une majorité réellement décidée à rompre avec les politiques antérieures, il se verrait immédiatement signifier que ce qui a été décidé ne peut être remis en cause unilatéralement.

Exemple : lorsque Nicolas Sarkozy déclara vouloir envisager d’exiger la relocalisation en France de certaines usines de l’industrie automobile (ayant bénéficié d’aides publiques), la Commission européenne n’a pas mis vingt-quatre heures pour rappeler qu’un tel projet serait contraire aux règles communautaires. On peut douter que l’ancien président, qui ne passe pas pour un révolutionnaire échevelé, ait sincèrement imaginé mettre à exécution ce projet. Mais le simple fait de l’avoir évoqué a suffi pour déclencher un sévère rappel à l’ordre de Bruxelles.

De fait, l’« effet cliquet » de l’acquis communautaire structure toute la mécanique européenne, et dessaisit donc les peuples de la liberté de décider de leur avenir.

D’aucuns objecteront qu’un tel constat est défaitiste ; et qu’il fait l’impasse sur les luttes qui pourraient se développer.

 Les luttes sociales, les mouvements revendicatifs sont évidemment indispensables et décisifs pour modifier les rapports de force entre le capital et le travail, et pour imposer des revendications tout comme des transformations majeures dans chaque pays. Elles doivent converger à l’échelle européenne – et internationale, on l’a vu – afin de gagner en efficacité contre des attaques communes dont les travailleurs des différents pays font l’objet.

Les luttes peuvent mettre en échec les prétentions de l’UE à imposer les politiques libérales et régressives. Mais elles ne peuvent pas changer la nature de cette dernière, puisque sa raison d’être est précisément de promouvoir de telles politiques.

 

Boule de neige 


Une autre objection concerne le caractère obligatoire des mesures et décisions européennes : après tout, un gouvernement qui serait réellement progressiste ne serait pas obligé d’obéir aux oukases de Bruxelles, enten

d-on ici ou là.

En réalité, juridiquement, il le serait : les traités et le droit dérivé (ainsi que la trop ignorée jurisprudence de la Cour européenne de justice) ne sont pas facultatifs : ils s’imposent aux pays-membres.

En revanche, politiquement, cette désobéissance serait évidemment une option. Mais alors, pourquoi refuser la réalité : un club, dont on combat les principes, et dont on refuse d’appliquer les règles, pourquoi diable faut-il y rester ? Mieux : un pays qui affirme et maintient de manière déterminée cette désobéissance, et refuse les sanctions dont il serait inévitablement l’objet, sort de fait du club, quelle que soit la forme juridique de cette sortie.

Mais dira-t-on, il vaut toujours mieux rester à l’intérieur d’une structure pour influer sur celle-ci de l’intérieur. Hélas ! L’argument – « mieux vaut être sur le terrain que dans les tribunes » – est archi-usé, et douteux : les joueurs n’ont en réalité jamais eu leur mot à dire sur les règles du jeu. On peut, à cet égard, comparer la Grèce – où l’austérité a pu être imposée par le carcan de l’UE – et l’Islande, non membre de l’Union, dont les citoyens ont pu, par deux référendums successifs, refuser de payer les immenses dettes de leurs banques. Bref, on ne connaît pas le moindre début d’exemple qui illustrerait la pertinence de l’affirmation.

En réalité, c’est plutôt le contraire : si un pays décidait de s’affranchir unilatéralement des règles européennes, on peut penser qu’il déclencherait une formidable espérance du côté des autres peuples : la force de l’exemple est susceptible de lever le sentiment de fatalité, et de provoquer un effet « boule de neige ».

Est-ce que cela ne serait pas de nature à permettre qu’émerge une autre logique ? Une fois libérés d’un carcan imposé, les peuples pourraient dessiner une perspective construite, non sur la « compétition » (et son inévitable « compétitivité »), mais sur la coopération, avec comme piliers la souveraineté, l’égalité, et l’intérêt mutuel. Telle pourrait, en tout cas, être une piste d’alternative au carcan européen.

Quoi qu’on pense en tout cas, le débat sur l’Europe mérite d’être mené, sans tabou ni interdit. Il est naturel que les opinions et analyses soient diverses. Il n’est cependant jamais inutile de prêter l’oreille à ce que confient des adversaires conséquents du monde du travail. Parmi d’innombrables citations, on en retiendra ici trois, respectivement du directeur de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), qui fut également commissaire européen ; de l’ancien président du Medef, devenu ensuite président de Business Europe ; et d’un des ses anciens adjoints.

 Pour le premier, Pascal Lamy, « les chefs d'entreprise français sont européens parce qu'ils ont compris, à raison, que la remise en ordre et la ̏marché-isation˝ de l'économie française, si j'ose dire, se sont faites par l'Europe, grâce à l'Europe et à cause de l'Europe ». Ce que résume à sa manière le deuxième, Ernest-Antoine Seillière : « la contrainte européenne joue à plein pour orienter notre pays dans le sens d'une certaine forme de réforme ». Quant au dernier, Denis Kessler – celui-là même qui rêvait de revenir sur tous les acquis de la Libération – il a, comme on dit, tout compris : « l'Europe est une machine à réformer la France malgré elle ».

 Et le dernier mot pourrait être laissé à Nicolas Sarkozy. Alors qu’il était encore à l’Elysée, il s’adressait en ces termes aux cadres de l’UMP : « imaginons un peu ce qu'il serait advenu de la France et de son débat politique lorsque nous avions des ministres communistes et des dirigeants socialistes au gouvernement de la France. Heureusement qu'il y avait l'Europe pour empêcher ceux-ci d'aller jusqu'au bout de leur idéologie et de leur logique. C'est aussi cela l'Europe ! ».

 

C’est d’abord cela, l’Europe.

Partager cet article
Repost0
11 août 2013 7 11 /08 /août /2013 13:55
Affirmer le rôle de la Nation, contre la Mondialisation capitaliste


 

Intervention aux Assises de Jean-Claude Delaunay le samedi 29 juin 2013 matin à propos de l’économie capitaliste aujourd’hui.

 

 

Bien que vous m’avez fait l’amitié de me demander de dire quelques mots d’introduction à cette discussion du samedi matin sur la crise, je ne vais pas en profiter pour faire un cours sur « la crise ».

D’abord la plupart d’entre vous, ceux des Fralib en premier lieu, mais aussi toutes celles et tous ceux qui luttent aux côtés des travailleurs malmenés dans ce pays par le grand Capital, connaissent ce sujet. Inutile d’en rajouter.

En même temps, je pense qu’on ne peut éviter d’en débattre et de confronter réflexions, observations, expériences et conclusions pour contribuer, si c’est possible, à l’unification des luttes. Aussi ai-je choisi de vous présenter 4 Fiches, orientées par le thème que je crois central pour expliquer la crise actuelle de la société française et pour la combattre : la mondialisation capitaliste. La mondialisation capitaliste, choisie par le grand capital comme solution à ses problèmes de rentabilité à la fin des années 1970, a entraîné l’économie française (et l’économie mondiale) dans la crise. Pour en sortir en fonction de leurs propres intérêts, ils accroissent encore la crise qu’ils ont engendrée. Le socialisme est bien la véritable issue à cette situation de plus en plus douloureuse et dégradée.

Ces quatre fiches ont un titre provocateur. Je souhaite montrer que l’élément faisant la différence entre la provocation propre à chacun de ces titres et la réalité sociale que nous, communistes, cherchons à comprendre pour la transformer, c’est la mondialisation capitaliste.

Finalement, je cherche à montrer que la mondialisation capitaliste devrait être, sur chacun des sujets concernés, le thème dont nous aurions à nous saisir pour convaincre de la nécessité du socialisme.


- Fiche n°1) François Hollande après tout n’est pas pire que Guy Mollet.


- Fiche n°2) Si on s’oppose à la mondialisation, on est comme le Front National.


- Fiche n° 3) Lutter contre la mondialisation, c’est être aussi réactionnaire que les « luddistes ».


- Fiche n°4) La nation n’est plus opérationnelle aujourd’hui.


Au moment où je mets ces notes au propre, je suis très en retard. Je vais donc seulement rédiger la fiche n°1 pour mettre immédiatement cette rédaction sur les sites concernés, avant la coupure de la mi-juillet. J’espère compléter ma rédaction dès que possible.


Fiche n°1 : François Hollande, après tout, n’est pas pire que Guy Mollet

- a) Présentation générale du problème


Le sujet de cette fiche m’est venu à la suite d’une discussion avec un ami sur le gouvernement actuel. Cet ami, qui a connu la guerre d’Algérie, me disait : « Hollande, après tout, ce n’est pas pire que Guy Mollet ». D’une certaine manière, c’est vrai. Les socialistes ont toujours été les socialistes. Léon Blum a refusé de soutenir la République espagnole, les députés socialistes ont voté les pleins pouvoirs à Pétain, Guy Mollet a donné à la guerre d’Algérie une impulsion nouvelle alors qu’il avait été élu pour faire la paix, Mitterrand s’est résolument engagé dans l’Union européenne et a fait voter Maastricht, et ainsi de suite.

Mais la situation générale actuelle est profondément différente de celle de la fin des années 1950. C’est cette différence qui, à mon avis, fait que Hollande est pire que Guy Mollet, contrairement à ce que disait mon ami. Or je crois que si on analyse bien cette différence, on est mieux à même, au plan de la lutte des idées, de corriger certaines incompréhensions populaires relativement aux socialistes.

Cette différence, c’est la mondialisation capitaliste. Elle s’est manifestée de manière simple à comprendre, au moins rétrospectivement. Guy Mollet a mené la guerre en Algérie mais en même temps les salariés, les ouvriers ont pu, alors qu’il était au gouvernement, satisfaire un certain nombre de revendications. D’où l’idée que, avec les socialistes, il faut s’attendre au pire mais que, si on lutte, on peut les contraindre à faire du social.

Ce que chacun peut observer, c’est que, avec Hollande, il n’est même plus possible de faire du social. Qu’est-ce qui bloque ? Que faut-il comprendre ? Dans quelle direction faut-il se battre ?


- b) Qu’y avait-il avant la mondialisation capitaliste ?


Je voudrais d’abord mettre en lumière le fait suivant. La mondialisation n’est pas la mondialisation capitaliste. La Chine, par exemple, est si grande que son économie est nécessairement mondialisée. Mais le fait qu’elle soit mondialisée, que la moindre de ses actions influence le monde entier, qu’elle soit tenue d’avoir des relations économiques avec les pays du monde entier, que ce soit pour acheter ou pour vendre, ne signifie pas qu’elle obéisse aux lois et aux contraintes de la mondialisation capitaliste. Qu’est-ce donc que la mondialisation capitaliste ?


Pour répondre à cette question de manière précise, je préfère effectuer un détour historique. Au cours des années 1970, le système capitaliste est entré en crise profonde, sur tous les plans de la politique, de la culture et de l’économie. Pour m’en tenir à l’économie, je dirai que l’on a pu observer partout la tendance à la baisse du taux général de profit, celui que l’on mesure à l’échelle de tout le pays. On sait que cette tendance est très critique pour le système capitaliste, surtout quand les agents qui le dirigent, les capitalistes, ne savent plus quoi faire pour l’arrêter.


Or c’est ce qui s’est produit. Pendant une dizaine d’années, ils ont « merdoyé » dans le marécage de solutions qui ne faisaient qu’aggraver POUR EUX AUSSI les dérèglements de la situation. Jusqu’au jour où, sous la conduite du gouvernement américain, ils ont pris le taureau par les cornes et se sont engagés dans la recherche et la mise en place d’un système régénéré, toujours capitaliste évidemment, mais néanmoins en partie renouvelé. Le renouvellement a consisté à faire porter sur les couches populaires TOUTES LES DIFFICULTÉS, tout le poids de la crise.


Pour comprendre ce nouveau système, je vais le comparer au précédent, celui qu’il a remplacé. A cette époque, le Parti communiste français prenait appui sur une théorie économique originale, selon laquelle, depuis la crise des années 1930, le système capitaliste avait profondément évolué par rapport à celui qu’avait théorisé Lénine. Certes, le concept de capitalisme monopoliste d’État figurait déjà dans les écrits de Lénine. Mais la théorie qu’élaborait alors la section économique du PCF et que les communistes reprenaient à leur compte, était différente sur quelques points essentiels. Cette théorisation me semble avoir été convenable. Elle a été quasiment oubliée car l’inculture théorique est devenue la règle. Mais elle a plutôt bien décrit la situation d’après la deuxième guerre mondiale.

En très gros, dans un contexte mondial marqué par : 1) l’affirmation de la puissance soviétique, 2) l’affirmation du rôle des classes ouvrières et paysannes partout en Europe pour lutter contre les nazis, 3) la défaite des impérialistes japonais et l’accession de la Chine à l’indépendance nationale, avec instauration du socialisme et du communisme, 4) l’éclatement progressif des empires coloniaux, 5) le besoin de reconstruire les économies dévastées pendant la guerre de 1939-1945, fut réalisée la mise en place, d’intensité et de profondeur variable selon les pays, d’un système socio-économique mondial où, dans chaque nation développée, une place effective était accordée au Travail relativement au Capital.

Le système a été conçu mondialement comme en témoignent les accords monétaires de l’époque (Bretton Woods). Une sorte de trame mondiale a été mise en place. Je ne développe pas. Mais sa réalisation concrète a été nationale et fonction des luttes de classes. C’est dans ce contexte aussi que l’État américain a remplacé l’État britannique comme État dominant au sein du système capitaliste mondial.

C’est ce système, mis en place après les années 1945 que, au plan national, les puissances capitalistes et les grandes firmes capitalistes ont, à la fin des années 1970, décidé de « faire sauter ». Il s’est agi de neutraliser et d’éliminer ce que, après la guerre et au plan national, le Travail avait pu conquérir comme droits et avantages.Même s’il y a eu d’autres aspects très importants, je ne les développe pas et me centre sur le travail. Car c’est ainsi que les capitalistes résolvent leur crise, sur le dos des travailleurs et au bénéfice des capitalistes.

Certes, les capitalistes n’ont pas, spontanément, la conscience innée et claire du mouvement des choses. Mais ils détiennent le pouvoir économique. Ils exercent le pouvoir politique, directement ou indirectement. Ils ont la richesse et la puissance. Ils vont dans les écoles de haut niveau. Ils ont la capacité d’accéder aux commandes de l’État et de disposer d’une vue générale beaucoup plus facilement que les prolétaires. Enfin, ils ont l’expérience de l’exploitation du travail. Ils savent ce que s’approprier du temps de travail veut dire.


- c) La mondialisation capitaliste


Elle est la conséquence de la situation que je viens d’évoquer. A l’époque, fin des années 1970-début des années 1980, on a parlé de « crise du capitalisme monopolistes d’État ». Ensuite, les concepts de CME et de crise du CME ont disparu dans les sables. Mais peu importe.

La mondialisation capitaliste est un mouvement, un processus. Je veux dire par là que ça ne s’est pas réalisé en un seul coup, que ce n’est pas fini, et que l’on peut distinguer des sous-périodes. Cela bouge et c’est contradictoire, comme aurait pu le chanter Claude François. Certains prétendent que la mondialisation a toujours existé, que le capitalisme est par essence, mondial. Moi, je veux bien. Mais à condition de voir les étapes et ce qui change de l’une à l’autre. Car si tout existe depuis le commencement des temps, pourquoi s’inquiéter et pourquoi réfléchir ?

Par conséquent, la mondialisation capitaliste d’aujourd’hui, qu’est-ce que c’est ? En résumé (on pourra se reporter à l’annexe 1 pour une analyse un peu plus détaillée), c’est un processus de libération du capital sous toutes ses formes par rapport aux contraintes sociales et territoriales qui lui étaient imposées dans le cadre du capitalisme monopoliste d’État.

Avec la mondialisation capitaliste, les capitalistes d’un territoire donné sont à peu près complètement libérés des contraintes qui existaient auparavant sur ce territoire relativement au capital et à l’exploitation capitaliste. En tant qu’entité économique, le territoire ne les intéresse plus vraiment. Leur territoire, désormais, c’est le monde entier, enfin, la partie du monde qui a de l’argent.

Puisque ce territoire ne les intéresse plus vraiment, ils sont prêts à prendre de l’argent versé par l’État de ce territoire mais ils ne voient pas de raisons de lui en verser en retour. Les dépenses publiques doivent être reportées sur les petits producteurs nationaux et sur les consommateurs. Pour illustrer mon propos, je dirai que, pour une grande firme mondiale contemporaine, ses laboratoires de recherche tendent à ne plus avoir de sous-bassement national. La stratégie de recherche de ces grandes firmes est une stratégie directement mondiale. Alors, pourquoi financer par des impôts la recherche dans le territoire français ?

La conséquence de ce processus est qu’il n’y a plus de politique économique nationale. Cela n’a plus de sens. L’État national s’est dépossédé de ses moyens d’action antérieurs. Il a été privatisé dans tous les sens du terme et mis au service très étroit du grand Capital en même temps que la production des grands groupes était dénationalisée. La production nationale devient un territoire de chasse des grands groupes (extérieurs), qui viennent faire librement leur marché sur le territoire national. En même temps, un nombre important de grands groupes (français) s’en va ailleurs.


- d) Retour à Hollande et conclusions


Dans ce nouveau, comment apprécier l’action gouvernementale ? C’est simple, rien n’est possible qui ne satisfasse les intérêts du grand Capital. Avec Guy Mollet, les travailleurs pouvaient gagner quelque chose de durable. Avec Hollande, ce qui est gagné d’un côté est un mistigri qu’il faudra caser ailleurs.

Quand Hollande promettait quelque chose pendant sa campagne, il mentait consciemment. Aujourd’hui, un système de rapports sociaux s’impose aux travailleurs, en France ou ailleurs. Ce sont les rapports sociaux de la mondialisation capitaliste. Cela il l’accepte et ne voit aucune raison de le changer. Les gesticulations de Montebourg sur la « démondialisation » ne mettent pas en cause le bloc nouvellement construit de la mondialisation capitaliste.

Les travailleurs produisent la richesse. Non seulement ils n’ont absolument aucune maîtrise sur elle. Mais le moindre morceau qu’ils ou elles en réclament est inévitablement excessif. Leur nation est devenue ouverte à tous les vents du capitalisme mondial. Il ne faut pas faire peur aux capitaux qui arrivent (car sinon ils ne vont pas venir) et il ne faut pas faire peur aux capitaux qui sont là (car ils risquent de partir).

Mon propos ne vise pas à conclure que la lutte des travailleurs est désormais inutile. Mais, si ce que je viens de dire est exact, il en résulte plusieurs conséquences que nous devrions aider les travailleurs de ce pays à comprendre pour agir en conséquence. J’en vois cinq.

 

1) Il n’est plus possible de croire que l’on peut faire du social dans le système actuel. Le social, ou la redistribution d’une partie des richesses, est une étape désormais dépassée dans cette société si rien ne change.


2) Les socialistes ne peuvent faire que du sociétal et ils ne peuvent promettre que du social car, comme ils disent, ce sont des partenaires loyaux du capitalisme. Mais en tant que partenaires loyaux du capitalisme financier mondialisé, toute promesse de leur part d’œuvrer pour du social est nécessairement une tromperie. Il faut en tirer les conséquences.


3) D’abord relativement à la droite et à l’opinion conservatrice. Cette fraction de l’opinion sera sollicitée pour soutenir les intérêts du grand capital mondialisé sous les prétextes les plus divers. Je crois que le cœur théorique de la lutte contre les conservateurs de ce pays doit être constitué par la lutte contre la mondialisation capitaliste, ses causes, ses conséquences. Je suis convaincu que notre argumentation peut contribuer, sur le fondement de la vérité et de la franche discussion, à faire réfléchir un certain nombre d’entre eux et, pourquoi pas, à les rallier à notre combat, si nous savons en définir les termes convenables. Le combat actuel n’est pas celui de l’anticapitalisme. C’est celui du socialisme. Or dans le socialisme, il y a, il y aura des capitalistes. Ils auront la possibilité de faire du profit et de déployer leur énergie conformément à leur compréhension du monde. Mais ils ne seront plus dominants. Ils ne feront plus la loi.


4) Ensuite, relativement à celles et ceux qui se nourrissent encore « des illusions socialistes ». Il doit être clair que le sociétal ne suffit absolument pas à régler les problèmes de cette société. Il doit être clair également que le social ne sera pas satisfait par la reconduite au pouvoir des « élites socialiste ». Celles-ci doivent être chassées du pouvoir, mais par d’autres moyens que l’abstention ou le Front national. Il doit être clair enfin, que le social ne sera satisfait que dans d’autres rapports sociaux de production, le socialisme. La juste appréciation de la mondialisation capitaliste est ce qui devrait nous conduire le plus directement à l’exigence du socialisme. Aujourd’hui, la bataille n’est plus seulement et de loin celle du social. Elle est simultanément celle de la souveraineté nationale et celle du socialisme.


5) Le combat contre la mondialisation capitaliste n’est pas un combat de type altermondialiste. La mondialiste capitaliste est un processus de destruction des nations. Lutter contre la mondialisation capitaliste supposer de rétablir la nation dans ses droits et simultanément de lutter pour le socialisme.

De la même manière, lutter contre la mondialisation capitaliste ne peut consister à opposer quelques digues à la fureur de ses flots. Comme Carthage autrefois, la mondialisation capitaliste doit être détruite. Le combat pour le socialisme doit être un combat national, évidemment situé dans les conditions mondiales du fonctionnement économique et politique de notre époque. Mais ce ne peut être un combat aboutissant à l’acceptation de ce que les classes dominantes ont réussi à imposer, sous le prétexte que « cela est ».

Au contraire, nous devons réaffirmer que la nation est la réalité sociologique, économique, politique et culturelle de notre temps. C’est une réalité, certes contradictoire, certes évolutive, mais adaptée au combat des classes populaires et dans laquelle les travailleurs de toutes sortes, scientifiques, administratifs, médicaux, de l’éducation, peuvent et doivent trouver leur place. Que les maîtres actuels de ce monde, les bourgeois du capital mondialisé, ricanent lorsque nous, communistes, leur parlons de nation et nous traitent de réactionnaires, est normal. Nous n’attendons rien d’autre de leur part. Nous savons ce qu’est la mondialisation capitaliste.

Pour lutter contre celle-ci, en fonction des possibilités politiques et des aptitudes économiques, le combat doit être national, socialiste et communiste. Aujourd’hui, à Gémenos, nous ne participons pas seulement aux assises du communisme. Nous participons en réalité aux assises du socialisme et du communisme pour contribuer à arrêter l’intolérable décadence de la France et la souffrance de son peuple.


Jean-Claude Delaunay


Annexe 1

Analyse de la mondialisation capitaliste

J’ai reporté à la fin de mon texte ces éléments d’analyse de la mondialisation capitaliste car ils alourdissent la fiche n°1. Les lira qui veut.

Voyons les acteurs du processus.

Ce sont, d’abord, les grandes entreprises, bancaires et industrielles, de taille mondiale, ce que les communistes, à la suite de Lénine, appellent les monopoles. Ce qui a changé à ce niveau est notamment la taille des monopoles. Le géant américain du commerce de détail, Wall Mart, salarie environ 1.300.000 salariés dans le monde. La concurrence entre ces titans du capitalisme en est évidemment modifiée par rapport à ce qu’elle était il y a un siècle. Pour participer à la concurrence mondiale, il faut se muscler en permanence, disent les managers. C’est un refrain connu des travailleurs. Il faut, disent ces managers, mener la guerre économique. Jusqu’au dernier de leurs salariés, cela va de soi.

Ce qui a également changé, dans chaque nation, est l’origine des grandes entreprises mondialisées. Elles viennent de plus en plus de l’extérieur. Il se produit un croisement plurinational intensif des capitaux. Enfin, parmi ces grandes entreprises mondialisées, on observe un nombre croissant d’investisseurs institutionnels, par exemple des « fonds de pension ». Les liens entre capital bancaire et industriel se complexifient.

Ce sont, ensuite, les États nationaux. Avec la mondialisation capitaliste, ces derniers n’ont pas disparu, loin de là. Ce sont les États qui, par exemple, ont mis en place l’infrastructure législative et administrative de la mondialisation capitaliste. Ils continuent de le faire. Ce sont eux qui mènent la bagarre contre les salariés en général pour réduire les prestations sociales et accroître d’autant la part du revenu national attribué aux capitalistes. Enfin, les États capitalistes deviennent des aménageurs systématiques de l’implantation, dans chaque nation, d’intérêts capitalistes étrangers (extérieurs ou externes, car quelle est l’exacte nationalité d’un groupe ?), tout comme ils organisent et soutiennent les capitaux qui veulent s’en aller ailleurs, les fermetures d’entreprises, « les dégraissages ».

Ce sont, enfin, les superstructures mondiales et la direction impérialiste, actuellement nord-américaine. Je reviendrai sur ce point.

La finalité du processus, ensuite.

Cette finalité est bien sûr, la rentabilité capitaliste, le profit maximum. Mais elle a un nom, celui de la liberté. Tel est le principe idéologique général du capitalisme, à savoir la liberté. Il s’agit en réalité et surtout de la liberté économique de chaque centre de décision, de chaque unité propriétaire d’une parcelle de pouvoir économique et donc de capital technique et financier. Comme chacun le sait, la liberté économique propre au capitalisme, c’est la liberté des plus gros, des plus forts, des plus puissants, des plus musclés, c’est la liberté d’exploiter le travail salarié.

Avec la mondialisation capitaliste, les capitalistes se sont sentis enfin libres ! Libres des pressions exercées sur eux par « les salauds de pauvres », libres de la pression fiscale étatique, libres de la législation nationale en matière écologique, libres du droit du travail !

Avec la mondialisation capitaliste, toutes les formes du Capital ont été libérées, qu’il s’agisse du capital-marchandise (réduction et suppression des droits de douane), du capital-argent (liberté complète de circulation des capitaux courts et longs), du capital productif (liberté complète de rachat d’entreprises en France par des capitalistes extérieurs et liberté d’exportation dans d’autres pays de capitaux nationaux). Le capital variable (son substrat, la force de travail) a été soumis à de nouvelles modalités de fonctionnement au premier rang desquelles la flexibilité et la précarité. Quant au capital public, il est lui aussi « libéré » grâce aux privatisations.

Pour organiser au mieux la liberté du Capital en général, les États capitalistes et les agents du système capitaliste ont considérablement développé le moyen d’information et le moyen de transport le plus adapté à cette liberté complète, à savoir les marchés financiers. Je ne développe pas ces points, l’important étant, à mon avis, de comprendre que LA FINANCE, comme on dit, est un élément dans un mécanisme plus global, celui de la mondialisation capitaliste.

En raison de cette extension qualitativement nouvelle, certains radicaux ont choisi de parler d’ultra-libéralisme pour décrire et critiquer le monde capitaliste contemporain. Oui, sans doute. Encore convient-il de ne pas oublier que cet ultralibéralisme est la forme actuelle de fonctionnement du capitalisme monopoliste financier mondialisé. Autant nommer les phénomènes plutôt que de faire des contorsions. La critique sociale des communistes ne devrait pas porter, selon moi et à titre principal, sur l’ultralibéralisme. Elle devrait porter d’abord et avant tout sur le capitalisme monopoliste financier mondialisé, dans sa phase actuelle.

Voyons maintenant quelques contradictions de la mondialisation capitaliste.

La mondialisation capitaliste a, si l’on peut dire, démarré sur les chapeaux de roues. En Grande Bretagne et aux États-Unis, par exemple, le mouvement syndical a été réduit momentanément au silence. Au cours des années 1980-1990 la concentration du capital ayant résulté de l’ouverture des frontières et de la déréglementation des opérations de toutes sortes a stimulé les taux de rentabilité. C’est dans cette ambiance euphorique que le socialisme de type soviétique a été mis à mort (fin des années 1980).

Cela dit, les contradictions propres au système capitaliste n’ont pas disparu. Elles ont eu pour effet l’accroissement de l’exploitation ouvrière. Tous les salariés ont eu tendance à être touchés. Je note cinq contradictions majeures propres à ce processus. Il y en a d’autres.

- a) La première contradiction vient de ce que, le Capital se « libérant » pour s’ébattre dans le champ mondial, les entreprises capitalistes se sont libérées des obligations sociales de l’État, de la politique économique et de ses contraintes fiscales. La notion de politique économique a disparu ou s’est évanouie, en même temps que l’importance de la nation s’estompait. La première contradiction est donc celle entre nation et monde, avec la polarisation suivante. Les catégories ouvrières ou étatiques sont plutôt liées au territoire national. Alors que les catégories capitalistes, surtout chez les plus gros, se déploient dans le monde. Pour elles, la demande mondiale a remplacé la demande nationale. La contradiction entre nation et monde capitaliste est la forme territoriale de la contradiction accrue avec la mondialisation capitaliste entre Capital et Travail. Comme les idées dominantes sont celles de la classe dominante, la mondialisation capitaliste est « bien » par principe, alors que l’attachement à la nation est considéré comme « rétrograde », stupide, réactionnaire.

- b) La deuxième contradiction est la suivante. Bazarder les nations, c’est une chose. Cela dit, au plan mondial, les entreprises capitalistes et par conséquent les économies du monde entier ne disposent plus des filets de sécurité que représentaient les États lorsque le capitalisme fonctionnait dans un cadre national. On observe une contradiction forte entre le périmètre mondialisé du fonctionnement du système capitaliste et sa stabilité.

La fragilité du système capitaliste dans son entier s’est accrue. Aujourd’hui, les dirigeants capitalistes parlent de moraliser « le système ». Je pense que c’est de la rhétorique, pour les raisons suivantes. 1) On ne peut pas d’un côté « libérer » le comportement des agents et prétendre simultanément le contrôler. 2) Il n’existe pas d’État ou de superstructure mondiale pour réaliser ce contrôle.

On observe une contradiction entre l’échelle, croissante, du business capitaliste et la stabilité, décroissante, de ce business. Car, à l’échelle mondiale, le business n’a plus de filets de sécurité. Les sociétés sont entrées dans un processus de régression, relativement au critère de la sécurité. Les idéologues de la bourgeoisie capitaliste mondialisée ne manquent jamais une occasion de vanter « la beauté du risque ». Bien sûr, le risque est « pour les autres ».

- c) La troisième contradiction est liée au rôle joué par les marchés financiers et à la relation qu’ils entretiennent avec les marchés réels et la force de travail.

Les marchés financiers sont indispensables au fonctionnement du capitalisme mondialisé. Or les marchés financiers ont eu d’une part, de nouvelles fonctions dans la gestion des affaires capitalistes. Mais d’autre part, ils ont accru la probabilité que le système entre en crise.

De nouvelles fonctions ? Certainement. Il n’existe pas de service mondial de planification et d’évaluation des rentabilités. Les marchés financiers ont donc pour fonction d’informer les capitalistes sur les taux de rentabilité ici et là. Ils ont ensuite pour fonction de centraliser mieux « l’épargne mondiale », c’est-à-dire toutes ces fractions de plus-value transformées en monnaie et disponibles ici et là. Cela dit, cette épargne mondiale doit être rémunérée. Ces marchés financiers ont « aidé » à la privatisation des secteurs publics, consécutive de la mondialisation capitaliste. Ils ont un peu aidé au financement des investissements des entreprises partant à la conquête de nouveaux marchés. Mais surtout, ils ont été la garantie de la mobilité généralisée du capital. Il existe environ 35 places financières dans le monde. Ces places financières permettent au capital de se déplacer partout, plus loin, plus vite, plus rapidement. Ce sont les instruments de la mobilité mondiale du capital.

Simultanément, les marchés financiers ont accru l’exploitation du travail et les risques du système.

D’abord, les marchés financiers ont été des facteurs de surexploitation du travail. En effet, après les années 1980, l’arrivée massive de l’épargne sur les marchés financiers (épargne devant être rémunérée) s’est ajoutée au capital ordinaire pour la quête du profit. Or cette arrivée massive ne s’est pas traduite par un nouveau partage au sein de la plus-value existante. Elle s’est traduite par l’exigence d’extraire une quantité plus grande de plus-value.

Ensuite, les marchés financiers sont devenus des lieux de rentabilité « en eux-mêmes ». Les risques du système ont alors été accrus de manière considérable car ces marchés ne se conduisent pas de la même façon que « les marchés réels ».

Au premier rang des risques du système figure la suraccumulation. Dans le langage des marxistes, la suraccumulation désigne une situation caractérisée par une double limite. La limite du marché : ce qui a été produit ne peut pas être vendu, la limite de l’exploitation directe, les capitalistes n’arrivent plus à extraire le travail en quantité suffisante. Au total, il y a trop de capital à la recherche du profit.

C’était déjà le cas auparavant. Mais avec la mondialisation capitaliste, ces phénomènes ont pris, grâce aux marchés financiers, une ampleur considérable. Une nouvelle catégorie de marchandises (nouvelle en tant que quantités car ces marchandises existaient quoique en petit nombre) est apparue, aujourd’hui de manière massive, démesurée, celle des marchandises financières.

A partir du moment où les marchés financiers sont les clés du fonctionnement mondial capitaliste, non régulé et non contrôlé, ils nourrissent des facteurs permanents et intensifiés de suraccumulation du capital.

Pour illustrer le propos, supposons que l’on observe la production de melons en France, charentais cela va de soi car ce sont les meilleurs. Pour produire des melons, il faut du travail, du capital, et beaucoup d’amour. Mais voilà qu’un inventeur génial invente une nouvelle catégorie de melons, le cyber-melon, ou « melon produit en ordinateur ». Les cyber-melons sont des melons produits par ordinateur et qui seront consommés dans un an, deux ans, vingt ans. En théorie, ils ont toujours un rapport avec le melon réel. En réalité, ce rapport devient de plus en plus ténu. Car produire des cyber-melons est relativement facile. Il suffit d’un double clic et on a 30 millions de tonnes supplémentaires de melons. Mais si ces 30 millions de melons seront produits dans 20 ou 30 ans, leur rapport avec « le melon réel » est faible.

A l’échelle mondiale, la spéculation risque de n’avoir aucune limite. Il est clair, également, que la production de cyber-melon n’a plus de lien avec un quelconque territoire. On peut produire des cyber-melons sur les pentes de l’Himalaya.

Cela dit, ce sont des marchandises. Ces trente millions supplémentaires de cyber-melons, qui viennent d’être produits en un seul double clic, sont des marchandises financières. Elles s’achètent et se vendent. Et il y a du profit derrière. Il y a donc des acheteurs et des vendeurs de cyber-melon. Comment ce marché peut-il fonctionner ? Des techniques appropriées d’achat/vente sont mises en place. Mais en plus, ce qui permet la poursuite de cette sarabande est le système bancaire. La création monétaire participe du financement de cette production fantastique. Le résultat de tout ce processus, via les marchés financiers alimentés en carburants monétaire par les banques, est une immense accumulation de marchandises fictives relativement aux possibilités réelles de production du profit et d’écoulement des melons. Cette immense accumulation tend donc à se transformer en surexploitation et en suraccumulation.

Je ne vais pas développer ce point davantage. Cependant on peut retenir que la mondialisation capitaliste accroît la contradiction, via les marchés financiers, entre la production réelle et « la production financière ». Cette dernière devient motrice de l’ensemble productif. Elle engendre de la fiction qui n’en demande pas moins du profit réel et donc de la production réelle.

- d) La quatrième contradiction est celle existant entre l’extension du périmètre mondial du capitalisme et la capacité de ce système à préserver la paix entre les États.

En effet, que s’est-il passé ? La mondialisation capitaliste n’a pas pu aboutir à la formation d’un État mondial. Les capitalistes ne l’ont même pas cherché. On le voit lorsque la crise éclate, gigantesque. Ils se réunissent ici ou là, en faisant semblant de se lamenter sur « l’immoralité des agents », sur le besoin de moraliser les comportements.

Il y aurait des brebis galeuses. Mort aux brebis galeuses, entend-on glapir dans ces réunions rocambolesques ! Il faut surveiller les brebis galeuses ! Tous les grands de ce monde se lamentent que n’existe pas un État ou une superstructure pour définir ces règles de morale et les appliquer. C’est tout simplement grotesque. Ils ne sont pas capables de s’entendre pour mettre en place une structure commune de contrôle de leurs propres agents. Ils sont là pour en défendre les intérêts et non pour les contrôler.

Cela dit, la société est comme la nature. Elle a horreur du vide. Il n’y a pas d’État mondial, mais il faut quand même quelques règles mondialement reconnues et suivies. Il faut au moins un gendarme mondial. C’est pourquoi la mondialisation capitaliste des années 1980 a été suivie par le renforcement du rôle mondial de l’État capitaliste le plus puissant, le capitalisme américain. A l’ombre de la faillite du socialisme de type soviétique, l’impérialisme américain est devenu la clé de voûte renforcée non seulement politique, mais économique et culturelle de la mondialisation capitaliste.

C’est au cours des années 1970 que se mettent en place les mécanismes économiques par l’intermédiaire desquels le dollar US devient véritablement une monnaie mondiale. Mais les mécanismes politiques vont de pair. Le traité de l’Otan ne devient pas caduc avec la fin de l’union soviétique. On peut être certain que l’impérialisme américain et ses acolytes de l’impérialisme chercheront à empêcher, par tous les moyens, toute atteinte portée à ce qu’ils considèrent comme « la liberté économique mondiale », ou encore « la concurrence libre et non faussée ». La quatrième contradiction que je note est donc celle existant entre, d’une part, les intérêts économiques et politiques directeurs de la mondialisation capitaliste, et d’autre part les États, les nations et les peuples qui voudraient s’en extraire ou qui ne joueraient pas le jeu. La mondialisation capitaliste n’est pas porteuse de paix. Elle est porteuse de guerre.

- e) La cinquième contradiction que je retiens est celle existant entre la mondialisation capitaliste et la force fragmentée et dispersée des capitaux issus des États européens. Avec la mondialisation capitaliste, les bourgeoisies capitalistes ont été confrontées à l’existence de grandes nations, celle des États-Unis au premier chef. Mais elles savent que, dans un avenir proche, elles devront au moins faire face à ces autres grandes nations que sont l’Inde et la Chine. A mon avis, la mondialisation capitaliste a donné une impulsion nouvelle, un contenu renouvelé, à la construction de l’Union européenne par rapport à ce que ce projet pouvait être après la deuxième guerre mondiale.

A mon avis, l’Union européenne et son pivot qui est la monnaie unique, l’euro avec une tendance à la surévaluation de cette monnaie, est à la conjonction de trois séries de sous-contradictions, si l’on peut dire.

a) La contradiction Capital/Travail, classique. Définir une monnaie unique avec des règles strictes de préservation de la valeur de cette monnaie, cela revient à imposer au Travail des règles et des contraintes fortes. L’euro ne doit pas être dévalué. Donc le travail ne doit pas obtenir plus de rémunération que cette contrainte ne le permet. Je pense, par exemple, que la fraction « française » de la bourgeoisie mondialisée a dû considérer que la monnaie unique était une bonne façon de contrôler les possibles excès revendicatifs de la main-d’œuvre française.

b) La contradiction entre fractions de la bourgeoisie mondialisée des différents pays européens eux-mêmes. Au sein de l’Union européenne, ces fractions se sont aménagées une place en fonction de leurs objectifs stratégiques, avec tout un ensemble de petits satellites autour (pays de l’Est, pays du Sud).

La fraction britannique, plutôt financière, agit pour que l’Europe demeure « un grand marché » morcelé. Son avenir est plus dans la finance que dans l’industrie et elle est accrochée aux États-Unis. Elle est le porte-avion européen des puissants capitaux américains.

La fraction allemande agit pour sa suprématie économique au sein de l’Europe. Sa classe ouvrière est soumise. La monnaie unique surévaluée est pour elle un moyen de réduire le prix relatif de ses importations sans nuire à ses exportations, eu égard aux produits qu’elle vend et au niveau élevé de productivité de son industrie.

La fraction française a bénéficié de la contrainte pesant sur les revendications de sa main-d’œuvre grâce à la monnaie unique. Mais elle a de la peine à suivre et sa main-d’œuvre manque de docilité.

c) La contradiction entre les différentes fractions de la bourgeoisie mondialisée européenne et la bourgeoisie mondialisée des États-Unis. Ce que l’on observe aujourd’hui est la domination à peu près complète de l’Union européenne par les États-Unis. La contradiction est donc très faible. Au plan économique, il n’existe pas encore de marché européen financier unifié qui permettrait de rivaliser avec les grandes places américaines. Quant au niveau élevé du taux de change de l’euro, il permet aux capitalistes d’Europe d’accéder à moindre coût à la technologie américaine. Pas besoin, d’avoir une recherche européenne. La mise en place d’un marché atlantique va dans le même sens. Cela dit, les fractions de bourgeoisies mondialisées propres à ces deux zones doivent rechercher leur articulation et peuvent entrer en contradiction.

Partager cet article
Repost0
3 août 2013 6 03 /08 /août /2013 17:38

 

 

images

 

 

 

 

Près de 100 militants communistes se sont réunis à Gemenos fin juin, dans la banlieue marseillaise, sur le site de l’usine Fralib (Unilever) occupée. Ce n’était pas rien que de réunir des militants communistes appartenant à une myriade d’organisations, dans et hors PCF, créées après le virage réformiste opéré par le PCF lors des années 90. 

 

Assises du communisme :
des analyses convergentes,
des batailles à mener tous ensemble



Rouge Vifs 13, avec Charles Horeau, les militants du réseau « Faire vivre le PCF », Réveil communiste, le collectif communiste polex …, des militants isolés, étaient à l’initiative depuis déjà plusieurs années de ces rencontres.  Ce week-end de fin juin d’autres sont venus aussi : le PRCF, les Cercles Communistes, la Gauche communiste, des jeunes communistes, des communistes des sections de Béziers, Aubagne, Arcachon, La Courneuve, Lyon, …  Je représentais Action Communiste Haute-Normandie, et j’y ai participé aussi à titre individuel.  En voici, enfin, le compte-rendu.

 


Accueillis par Fralib en lutte


 

fralib2806.jpg

 


Merci aux militants de Fralib qui nous ont accueillis. Le matin, pour leur millième jour de lutte, ils avaient organisé un carrefour des luttes, accueilli et débattu avec des délégations d’entreprises venus de toute la France, entre autres  : des aciéries d’Arcelor Mittal, de Ford, Danone, Bonduelle, Yoplait, Kronenbourg, Nestlé, Continentale Nutrition, Sanofi, Ford, Kem One, Viron, Air-France …

Olivier Leberquier, venu du Havre lorsque l’usine havraise appartenant au même groupe avait fermé en 1998  est aujourd’hui délégué syndical CGT à Gemenos.  En 2011 Unilever qui avait racheté l’usine au créateur de la marque «  Thé éléphant » poursuit ses délocalisations, notamment en Pologne et annonce la fermeture de l’usine. L’argument ?  Pour  les dirigeants, l’usine est la moins compétitive du groupe.  Evidemment : en Pologne l’opérateur machine est rétribué 8000 euros par an ( brut).  Pourtant, l’entreprise a dégagé un résultat net après impôt de 2,4 millions d’euros en 2011 ( « Les Echos »).  Mais pour les actionnaires de la multinationale anglo-néerlandaise cela ne suffisait pas. 

Sur les murs on lit : « Le thé de l’éléphant vivra à Gemenos » et « Fralib aux Fralibiens ».  Le 5 juillet, une centaine de salariés de Fralib ont bloqué une plateforme du site FM Logistic, du groupe Unilever, sur laquelle transite les thés Eléphant et Lipton.  Pour sauver leur travail, les salariés réclament la cession gratuite de la marque pour continuer à produire eux-mêmes et en même temps la nationalisation pour que l’Etat prenne ses responsabilités.

Les nationalisations au cœur des débats



20130628 200945


Le soir c’est Olivier Leberquier qui a introduit le débat des Assises du communisme sur « Lutte pour l’emploi  et appropriation sociale : de quelle intervention politique avons-nous besoin ? ».
Dans les débats il fut souligné que les nationalisations et la réappropriation sociale sont au cœur des luttes pour l’emploi.  C’est une question centrale pour la classe ouvrière aujourd’hui.  Y substituer la recherche d’entrepreneurs ou de fonds de pension est illusoire.  La seule façon de maîtriser l’économie nationale, c’est que l’Etat s’en mêle et la contrôle.  Cela recoupe les luttes contre les délocalisations, contre le chantage à la baisse des salaires, pour la réindustrialisation en France. En abordant ces questions on en vient vite à la nécessaire sortie de l’UE  et à la perspective  socialiste comme issue à la crise.



Une crise systémique, une crise profonde


20130629 094634
 

 

En introduisant le débat sur la crise du capitalisme aujourd’hui, Pascal Brula rappela que la création et la répartition de la plus value confisquée par le Capital est l’enjeu de la lutte de classe.  « La dictature des marchés financiers» est seulement le bras armé du Capital pour extorquer toujours plus de plus value.  Et JC Delaunay montra qu’aujourd’hui le PS et F.Hollande sont les partenaires loyaux de ce Capital mondialisé qui détruit les Etats et les Nations.  Un rappel théorique et une incitation à la réflexion en rupture avec les idées dominantes de consensus social et  politique.  De ces échanges surgit l’évidence : un parti communiste ne peut pas être un parti comme les autres.  Il ne peut être qu’un parti se mobilisant pour la rupture avec l’ordre politique existant, les institutions en place, le capitalisme, aujourd’hui mondialisé.

 


Sortir de l’euro, de l’UE, de l’OTAN et sortir du capitalisme


dsc00605

 

Tour à tour, Jacques Nikonoff, du M’PEP, Pierre Lévy, rédacteur en chef de Bastille République Nation, Georges Gastaud, du PRCF, sont intervenus sur les questions européennes.   Ce dont il faut se féliciter c’est qu’un large consensus se fait sur ces questions.  Même si tous n’étaient pas d’accord sur l’opportunité de présenter des listes aux européennes : Appeler au boycott de ces élections illégitimes d’un Parlement illégitime d’une Union Européenne illégitime ? Ou occuper le terrain électoral en faisant avancer nos propositions ?  A mon avis, ce qui importe, c’est que nous fassions connaître, au travers d’une campagne pour le boycott ou d’une campagne électorale, nos analyses et propositions pour la sortie de l’euro et de l’UE,  notre dénonciation de cette construction européenne,   américaine de naissance, libérale et capitaliste d’essence et anti-démocratique par conséquence.  Et surtout nous devons nous attaquer au leurre « Europe sociale » qui fragilise les luttes et détourne les salariés et la classe ouvrière de tout combat révolutionnaire pour l’appropriation sociale et la sortie du capitalisme.

Le rôle de la bourgeoisie dans les guerres néo-coloniales

 

20130628 200925

 

Enfin, Francis Arazalier, du collectif Polex introduit une discussion sur la situation internationale, essentielle pour identifier le rôle de la bourgeoisie Française comme grande puissance active dans les guerres de (re)partage du monde.


Ensemble, mener la bataille idéologique au niveau national



20130630 094443
 

 

Dimanche matin, nous devions répondre à la question « Comment continuer ensemble ? »
Comme il ne s’agissait pas de créer artificiellement une organisation de plus, parce que c’est trop tôt, parce que nous ne sommes pas d’accord sur tout et qu’il reste beaucoup de questions à approfondir, nous avons décidé dans un premier temps de mener ensemble des actions communes.


 

20130629 103333
 

 

Au final un accord très clair se dégage sur l’analyse de la crise, du capitalisme mondialisé et du rôle de l’UE dans  l’approfondissement de la crise et sur les solutions politiques : sortie de l’euro, de l’UE, de l’OTAN et du capitalisme.  Un appel est déjà rédigé sur ces questions, à faire partager au plus grand nombre de militants. 

De même les participants ont insisté sur l’enjeu de la bataille idéologique autour de « nationalisations » dans les luttes des entreprises pour l’emploi et la réindustrialisation.  Ce mot d’ordre, dans les entreprises en lutte, peut être le moteur d’un rassemblement populaire de résistance au capitalisme.  

Un comité de liaison sera créé. Cela peut permettre une plus grande visibilité nationale d'une position communiste et l’organisation d’actions communes. 

Il y aura un stand des « Assises du communisme » à la Fête de l’Huma, pour faire connaître notre action, pour faire signer l’appel, pour discuter avec les militants communistes.  Il s’agit de nous renforcer  dans la bataille théorique pour comprendre le monde tel qu'il est, dans la bataille politique pour nous aider à agir, enfin dans la bataille d'organisation, pour progresser en même temps dans le rassemblement populaire et la perspective de la reconstruction d'un  parti communiste sur des bases de classe et des objectifs révolutionnaires.



Car il y a urgence.  La crise européenne, la crise capitaliste appellent des solutions de rupture, des solutions radicales et des forces communistes déterminées : appropriation sociale et nationalisations  liées à sortie de l’euro, de l’UE, de l’OTAN, du capitalisme.  A nous de concrétiser dans la pratique pour aller au-delà des discussions fraternelles et donner une visibilité nationale à ces batailles aux enjeux décisifs. 

Yvette Genestal

 

Partager cet article
Repost0
14 juillet 2013 7 14 /07 /juillet /2013 14:38

Même "Le Monde" s’inquiète, dans un article publié dans Le Monde.fr, des sacrifices que l’UE s’obstine à imposer à la Grèce.  Malgré l’aveu d’échec du FMI, l’UE persiste dans la politique d’austérité responsable du naufrage de la Grèce.  Les médecins de l’UE préfèrent faire crever le malade avec leur purge austéritaire plutôt que d’admettre leur erreur.  Car en renonçant à celle-ci, ils craignent que les peuples ne s’aperçoivent que l’austérité n’est pas fatale, qu’elle est ruineuse et que ce qui est mortifère pour la Grèce l’est aussi pour eux.  Et si les peuples se mettaient à remettre en cause toute politique d'austérité, toute contre-réforme des services publics, toute privatisation, toute concurrence entre les travailleurs européens et, pire encore, "la concurrence libre et non faussée"?  Et peut-être, quelle horreur, pourraient-ils même douter du bien-fondé de l’existence de l’UE …
Nous reprenons ci-dessous l’article du Monde quoique nous n’en partagions pas les conclusions …  Car ce sont bien les fondements de toute la politique européenne, de droite comme de "gauche", qui sont ici en cause, et non une simple erreur du FMI et de la "Troïka".


"Grèce : l'erreur du FMI passée sous silence

Le Monde.fr | 12.03.2013 à 11h20 | Par Maria Negreponti-Delivanis, ancien recteur et professeur à l'Université de Macédoine

En janvier, le grand macro économiste Olivier Blanchard a reconnu que le FMI s'était trompé au sujet de la Grèce. Ce n'est pas la première fois que l'efficacité de la stratégie imposée à la Grèce est remise en cause. Il y a en effet quelques mois, Olivier Blanchard déjà, Christine Lagarde, l'ancien directeur du FMI Dominique Strauss-Kahn, mais aussi l'économiste de l'OCDE Reza Lahidji avaient déjà exprimé leurs réserves, mais c'est la dernière en date qui a provoqué des réactions.

Ainsi, un certain effort de décryptage est-il nécessaire, pour comprendre l'inertie systématique mais aussi les réactions anormalement tardives face aux mises en garde proférées contre les effets négatifs des mémorandums. Je pense ici à cette occasion tombée du ciel, le mea culpa du FMI, que le gouvernement grec a laissé filer sans chercher à l'exploiter. Et de l'autre côté, l'étranger qui s'efforce, à l'aide d'arguments peu convaincants, d'éluder la question. Autrement dit, le directoire de l'Union européenne (UE) soutient la politique erronée d'austérité au lieu de la corriger.

Il est fort probable que si les haut-placés au FMI ont tant tardé à reconnaître leur erreur, c'est parce qu'ils ont conscience que la dette grecque n'est pas viable. Je rappelle ici que d'après la bibliographie existante sur ce sujet, toute dette qui dépasse 90 % du PIB est considérée comme non gérable. Et on espère que la dette grecque qui, malgré l'alchimie électorale de juin 2012 a été décidée viable, devrait dans le meilleur des cas, être d'à peu près 124 % du PIB en 2022. Dans de telles conditions, l'aveu officiel d'Olivier Blanchard n'est rien d'autre qu'une exhortation à l'abandon immédiat de cette malheureuse stratégie imposée à la Grèce.

Et c'est cela qui a déclenché des réactions contradictoires au sein et à l'extérieur de la Grèce. D'abord, l'aveu d'Olivier Blanchard a provoqué un malaise évident au sein du directoire de l'UE, qui est même allé jusqu'à en démentir la teneur, tandis que les gouvernants Grecs se sont retrouvés extraordinairement désarmés, à croire que la nouvelle ne les concernait pas, et évitaient toute friction avec le directoire. Ces réactions ambigües semblent refléter l'opposition rampante entre le FMI et l'UE. Leur désaccord ne se limite pas seulement à la gestion de l'UE en Grèce, mais concerne surtout le régime de l'austérité sauvage qui étouffe tout espoir de croissance en Europe, menaçant d'entraîner avec elle aussi les Etats-Unis dans une profonde récession.

DÉVALUATION INTÉRIEURE

Tout laisse à penser que la vraie raison du malaise de l'UE est idéologique. La Grèce a en effet été utilisée comme arène d'où ne sortirait gagnante que l'une des deux cosmothéories : l'interventionnisme de Keynes opposé au libéralisme de Hayek et Friedman qui voient la disparition de l'Etat. S'agissant des mémorandums et de ses effets, on ne peut parler d'erreur mais plutôt d'une expérimentation, la première de l'histoire économique, ce qui est strictement interdit dans les sciences sociales. Cette expérimentation consiste en la dévaluation intérieure. Les maîtres d'œuvre de cette opération ont toujours su qu'elle aboutirait à la disparition irrévocable et définitive de l'héritage de Keynes, puisqu'elle démontrerait que l'austérité, rien que l'austérité mène à la croissance.

Mais l'expérience a tourné au fiasco. Un énorme fiasco. Elle est par contre responsable de 4 000 suicides, de l'appauvrissement de 3,5 millions de personnes, de la baisse de deux ans de l'espérance de vie ; elle est responsable aussi d'un taux de chômage qui dépasse l'entendement, de l'explosion du nombre d'interruptions volontaires de grossesse et des abandons de nourrissons pour des raisons purement économiques, du démantèlement de vies humaines et de familles, du nombre incontrôlable des SDF dû à la destruction progressive de la classe moyenne, de l'insupportable spectacle des Grecs qui, au XXIe siècle, sont de plus en plus nombreux à chercher de quoi manger dans les ordures, du démantèlement de l'Etat-providence, et de bien d'autres horreurs impardonnables.

Bien que l'expérience "Hellas" ait été dès le début vouée à l'échec, le fanatisme presque religieux de la Troïka pour l'austérité en a repoussé le constat. Au contraire même, la Troïka a longtemps soutenu, et contre toute logique, que le plan de sauvetage ne fonctionne pas sous prétexte que les Grecs sont incapables de mettre en œuvre les mesures d'austérité qu'on leur impose. Mais la principale raison de cet échec, hormis l'acharnement farouche à l'austérité, est que ces mesures sont fondées sur des idées fausses. Pour exemple, citons la façon dont la Troïka envisage le problème de la fraude fiscale – qui est effectivement un problème important. A aucun moment, elle ne tient compte de la cause première.

Le taux de non-salariés par rapport à l'ensemble des travailleurs est effectivement trois fois plus élevé en Grèce que dans le reste de l'UE. Cette particularité exige naturellement des méthodes capables de la neutraliser, comme celle de N. Kaldor qui préconise une imposition progressive de la consommation et non du revenu. Toute aussi fausse est cette autre idée dont se nourrit la Troïka, la taille disproportionnée du secteur public grec. Notons simplement qu'en Grèce, le secteur public se situe lui aussi dans la moyenne européenne.

UN AVEU D'ÉCHEC

Et pourtant, la Grèce a été félicitée pour ses prétendus progrès par l'OCDE, par Angela Merkel mais aussi par le ministre allemand des finances particulièrement exigent, Wolfgang Schäuble. Alors, pourquoi s'acharnent-ils à rejeter la responsabilité de l'échec de la politique d'austérité sur la Grèce ? C'est ici qu'un aveu d'échec du FMI s'impose. L'UE n'était par contre ni prête ni disposée à reconnaître son erreur, et Mario Draghi, Oli Rhen, Jerry Rice, Wolfgang Schäuble, Christine Lagarde, pour ne citer qu'eux, se sont empressés d'exprimer leur désaccord par une pluie de déclarations publiques, minimisant l'erreur de calcul du FMI, la mettant en doute, et puis démentant les propos d'Olivier Blanchard, allant jusqu'à émettre très formellement que son point de vue ne représente pas la position officielle du FMI. Et pourtant, c'est bien l'UE qui a demandé en renfort le FMI – expert en la matière – afin d'élaborer ensemble un plan de sauvetage de la Grèce.

Malgré l'erreur de calcul du FMI, responsable de l'augmentation de presque 200 % de la récession par rapport aux pronostics, et de la tiermondialisation du pays, la politique d'austérité dévastatrice est poursuivie. Sans qu'il soit possible d'en discuter ou de demander des explications. Autrement dit, "suis-moi et tais-toi".

Pendant ce temps, les défenseurs des mémorandums, à l'intérieur des frontières ou en-dehors, assurent qu'ils commencent à discerner une lueur dans l'obscurité. Premièrement, grâce à l'accélération des réformes, même si leur teneur reste difficile à cerner, notamment celles qui ont été mises en place sur une base complètement fausse et qui ont des effets dramatiques. Deuxièmement, en attirant des investissements étrangers qui en fait – personne ne peut le nier – consistent en un grand bradage dans l'urgence, à un prix défiant toute concurrence : ports, aéroports, chemins de fers, îles, immeubles, côtes, services publics, sources de richesses inexploitées à haut rendement potentiel.

L'erreur reconnue du FMI a été une belle occasion manquée d'interrompre la course folle de la Grèce vers le précipice."

Partager cet article
Repost0
13 juillet 2013 6 13 /07 /juillet /2013 08:57

 

Solidarité avec les militants et cadres

du Parti communiste turc arrêtés par la police du dictateur Erdogan !

 PC-Turquie

 

Notre réponse au dictateur

Le communiqué du  Parti Communiste Turc (TKP) :

 

Le règne de la « terreur du parc Gezi » depuis un mois et demi par le gouvernement a continué hier avec une nouvelle fermeture du parc au public et de nouvelles détentions.



Aux côtés de nombreux leaders de syndicats et de partis politiques, Erkan Baş, membre du Comité central du Parti communiste de Turquie, Kamil Tekerek, secrétaire d'Istanbul et membre du Secrétariat du TKP, Erçin Fırat, porte-parole de la Fédération des clubs d'idées, Çağlar Özkan, responsable de la section de Kocaeli et de nombreux autres militants et sympathisants du parti ont fait partie des personnes arrêtées.



Le militant du TKP Alican Sünnetçioğlu et deux sympathisants du parti ont été arrêtés dimanche dernier après la charge de la police, sous prétexte qu'ils portaient des casques de sécurité.



Tout cela ne fait que révéler la cruauté et le désespoir des agents de l’État qui agissent sous les ordres sans fondement juridique de dictateurs. Il est désormais clair aux yeux de tous que le peuple ne cède pas face à la tyrannie. Le Parti communiste de Turquie n'apporte aucun crédit aux ordres absurdes du dictateur. Notre réponse au scandale des arrestations est de continuer, encore mieux, ce que nous faisons déjà.



1 – Le TKP accorde une grande importance au mot d'ordre « Démission du gouvernement » que le peuple porte depuis des semaines. Nous organiserons cette revendications par millions ; nous la porterons à un autre niveau tout comme nous renforcerons la résistance au dictateur.Nous appelons le peuple à participer à la pétition « Démission du gouvernement », à populariser cette exigence et à s'organiser autour d'elle ;



2 – Quels que soit les ordres donnés par le dictateur, nous mettons en garde les agents de la Justice qui ne doivent signer aucun décret sans fondement légal. Le TKP est résolu à dénoncer et couvrir de honte quiconque qui en appellerait à la terreur policière et judiciaire. Les membres de l'appareil judiciaire ne doivent pas s'engager dans de tels actes dont ils auraient plus tard à avoir honte. Toutes les personnes arrêtées doivent être libérées immédiatement et tous les mandats d'arrestation doivent être abrogés ;



3 – L'effort d'organisation du TKP, commencé en juin, continue à toute allure. Manifestement, le Directorat de la Sécurité, certains procureurs et juges ont décidé de participer à cet effort. Nous avons décidé que pour chaque journée que passerait un militant du TKP en prison, violant ses droits et libertés, la section où est inscrit cet adhérent doit se donner la tâche de faire adhérer cinq nouvelles personnes au Parti communiste. Il faut que l'on sache qu'il y aura de nouveaux camarades au poste pour remplir ce vide dans le bras de fer qu'ils tentent de susciter, en arrêtant des militants du TKP.



4 Le TKP souligne encore et encore que les gens derrière le mot d'ordre « Gouvernement, démission » ne doivent pas se trouver sans alternative. Lorsque ceux qui ne lâchent rien mettront en place leur alternative de pouvoir, la fin du dictateur sera proche. Le TKP intensifiera et portera sa lutte dans cette direction en organisation des initiatives publiques partout et en réalisant sa partie du travail, pour dessiner une alternative.

 

Traduction AC

 

Source: Solidarité Internationale PCF

Partager cet article
Repost0
12 juillet 2013 5 12 /07 /juillet /2013 15:53

pascal-brula.jpgNous allons aborder ce matin les aspects économiques du capitalisme, non pas d’un point de vue technique ou technocratique, mais bien sur des bases politiques. Afin de permettre de susciter la discussion et les échanges, la présentation de ce matin aborde ce sujet, non pas de manière exhaustive, mais sur des points fondamentaux, de manière à bien cerner ce qui peut nous rassembler. Ne faisons pas semblant d’être d’accord sur tout.

 

Tout d’abord, avant de commencer, ayons une pensée fraternelle pour notre camarade Rémy Herrera qui n’a pu participer à ce débat pour des raisons personnelles et familiales. Sa réflexion sera cependant présente, car j’ai puisé des ressources au sein de ses écrits.

 

Le premier point (concernant l’économie capitaliste), est la référence incontournable à Marx : cette référence doit rester, à mon avis, pour tout communiste, fondamentale. Il ne s’agit pas d’en faire une référence dogmatique, mais d’en faire notre socle d’analyse qui reste encore aujourd’hui indispensable, je dis bien indispensable.

 

Le marxisme nous a donné, et pour longtemps, des outils, des théories, des concepts qui sont incontournables pour décrire et comprendre correctement encore aujourd’hui, le fonctionnement du capitalisme, mais aussi pour nous aider à entrevoir une sortie, un débouché politique et économique, je pense au socialisme. Sur la manière d’aborder Marx, il y a tout d’abord cette réflexion d’un auteur cubain cité par Danielle Bleitrach dans son ouvrage Cuba, Fidel et le Che ou l’aventure du socialisme (éditeur "Le Temps des Cerises") : "Le marxisme que la Révolution inspira tout au long de la décennie initiale de l’expérimentation révolutionnaire apparut d’évidence comme une pensée créatrice et polémique, à la fois militante et ouverte. Le Che parlait de la nécessité de s’approcher des classiques avec un mélange de vénération et d’irrévérence...". Cette réflexion relève plutôt de l’ordre du romantique que du rationnel. Mais dit autrement, il ne s’agit pas de faire du marxisme un dogme rigide, mais bien de se servir de tous les enseignements de Marx, ceux qui sont de portée universelle, scientifique, pour les confronter aux traits spécifiques de la situation concrète, les porter dans la réalité d’aujourd’hui pour les enrichir d’éventuels développements inédits. Le marxisme est donc à la fois un savoir constitué, une méthode d’analyse et un guide pour l’action, indispensables aux communistes.

 

 

Deuxième point : Il est ici question notamment d’un acquis fondamental de l’analyse de Marx. Dans un texte admirable écrit en 2001, Alvaro Cunhal, ancien secrétaire général du PCP, décédé en 2005, développe 6 conditions pour constituer les bases d’un parti communiste (on peut trouver le texte sur le site Lepcf.fr). Parmi ces six conditions, il y a celle-ci : « Un parti avec une théorie révolutionnaire, le marxisme-léninisme, qui permet non seulement d’expliquer le monde, mais aussi de montrer la voie de sa transformation ». Puis il développe cette condition et concernant l’économie dans la théorie marxiste-léniniste, il ajoute : « En économie politique, l’analyse et l’explication du capitalisme et de l’exploitation, dont la pierre angulaire est la théorie de la plus-value ». Un parti communiste qui lutte contre le capitalisme ne peut effectivement mettre de côté ce point essentiel à la compréhension du capitalisme : la plus-value. C’est un concept qui est au cœur de l’exploitation capitaliste : l’extorsion de la plus-value. Et j’ajouterai qu’il est au cœur de la compréhension du travail humain.

 

Petit rappel : le temps pendant lequel le travailleur exerce sa force de travail se divise en deux parties :

 

1ère partie – celle du travail nécessaire à la production de la valeur correspondant à ses moyens de subsistance. Cela correspond à son salaire. Bien sûr, le montant de ce salaire est fonction de l’intensité de la lutte des classes et du rapport de force. C’est d’ailleurs par les luttes que les travailleurs ont acquis la possibilité de financer la sécurité sociale et les retraites qui sont un salaire indirect, en plus du salaire direct.

 

2ème partie – celle du travail au cours duquel le travailleur produit la plus-value que le capitaliste s’approprie : c’est le surtravail. Cette partie de la richesse produite aboutit notamment aux profits capitalistes ou aux investissements qui vont permettre l’accumulation des capitaux. La force de travail vendue par le prolétaire au capitaliste est la seule capable de produire plus de valeur qu’il n’en faut pour sa propre reproduction, c’est la seule capable de produire de la plus-value.

 

Et bien c’est cette plus-value qui est l’enjeu principal de la lutte des classes et que, depuis le milieu des années 80, le patronat et les gouvernements successifs augmentent au détriment du salaire. Evidemment, il y aurait une manière très simple de faire augmenter cette plus-value, ce serait de baisser autoritairement les salaires et les pensions : on n’en est pas loin. Les nazis l’avaient mis en œuvre, ce qui avait fait dire, à l’époque au patronat français : « Plutôt Hitler que le Front Populaire ».

 

Aujourd’hui, le patronat et le gouvernement ne peuvent encore pas annoncer officiellement en France une baisse généralisée des salaires, mais ils ne se sont pas gênés pour le faire en Grèce. Alors ils trouvent des astuces pour verrouiller les salaires. Le système de la dette d’Etat (cf. Marx) est un système organisé par le système capitaliste pour récupérer de la plus-value, le fameux TSCG verrouille le tout ; et puis il y a toutes les mesures qui ont été prises au fil des gouvernements successifs : CSG, abandon de la taxe professionnelle, cadeaux fiscaux aux entreprises, etc… Donc la plus-value est une notion fondamentale que les communistes doivent avoir en tête pour combattre le capitalisme et pour échafauder une sortie de ce capitalisme (comment devrons-nous l’utiliser sous le socialisme ?).

 

 

Troisième point soumis à notre discussion : la crise du capitalisme. De quelle nature est cette crise ? Crise systémique, crise profonde du système capitaliste, mais qui va bien au-delà de ce que l’on a connu : les sparadraps du réformisme et des keynésiens seront impuissants. Il s’agit bien d’une crise de suraccumulation du capital, et non d’une crise financière. L’expansion de l’après guerre mondiale étant parvenue à son terme, l’excès d’accumulation ayant atteint une sorte de limite, les excédents de capitaux ne pouvant plus trouver de débouchés dans les ex-pays colonisés qui se sont plus ou moins rebiffés en prenant leur indépendance avec des bourgeoisies nationalistes à leur tête, il a fallu trouver une nouvelle manière de récupérer de la plus-value sur le dos des travailleurs : c’est ce que notre camarade Rémy Herrera appelle le « capital fictif » dont le lieu de formation se trouve dans le système du crédit, qui relie l’entreprise capitaliste à l’Etat capitaliste. « Au lieu d’avoir à faire à une surproduction standard de marchandises, l’essor du système de crédit permet au capital de s’accumuler sous forme de capital-argent, lequel peut se présenter sous des formes toujours plus abstraites, irréelles, fictives » (Herrera, 2011). Ainsi, entre autres, le dopage de la consommation par le système de crédit poussé à son excès a abouti à l’éclatement de la bulle financière survenue par les fameux subprimes… « Traduit en clair, cela veut dire que le développement du capitalisme en est arrivé à un point où la production des marchandises, bien que continuant de régner et d’être considérée comme la base de l’économie, se trouve en fait ébranlée et où le gros des bénéfices va aux "génies" des machinations financières » (Lénine, L’impérialisme, stade suprême du capitalisme, 1920).

 

La crise du système capitaliste n’est donc pas une crise financière, mais bien une crise de suraccumulation qui cherche désespérément une porte de sortie dans des profits fictifs (réels) parfois complètement détachés de la sphère réelle. Car la plus-value, elle, est bien réelle et constitue une limite du système économique ; et cette limite, il est nécessaire de bien la connaître, notamment pour ne pas créer d’illusions sur la société socialiste pour laquelle nous nous battons.

 

Mon quatrième point concerne la finance et fait suite directement à ce que je viens de dire. Le fond de l’exploitation capitaliste et de la création de richesses se trouve dans la production de plus-value et non dans la finance. Cette dernière n’est qu’un outil, n’est que le bras armé au service du capitalisme. Que les détenteurs de l’outil de production se cachent derrière l’actionnariat et tout le système financier qui en découle, ne change rien à l’affaire : il y a toujours extorsion de plus-value. Les camarades qui ont participé à la journée d’hier sont là pour le prouver : la production (qu’elle soit matérielle ou immatérielle) est bien au cœur du système d’exploitation. Donc interpréter la situation comme la « dictature des marchés financiers » me semble aberrant. Tout d’abord, Marx est là pour nous rappeler que ce sont bien des personnes identifiées dans une classe, appelons-la bourgeoisie capitaliste, qui tirent les ficelles du système capitaliste et non de soi-disant "marchés". Cette bourgeoisie s’est dotée de moyens financiers surpuissants, au niveau mondial, la transformant en une sorte d’oligarchie de la haute finance. Mais en aucun cas, le système financier ne peut être déconnecté du système de production capitaliste ; la "finance" ne peut que récupérer une partie de la plus-value, ou donner l’illusion qu’elle est capable d’en créer. Se fourvoyer dans cette voie est ce que Marx appelait le fétichisme de la finance, c’est-à-dire, penser que la finance est capable de produire elle-même des richesses. Cette vision des choses amène d’ailleurs à certaines aberrations. Le premier point du programme "L’Humain d’abord" propose d’interdire les licenciements boursiers. Premièrement, il est impossible de les définir d’un point de vue juridique. Mais surtout, les entreprises cotées en bourse ne représentent qu’une petite partie du système de production capitaliste : les quarante plus importantes sociétés de la place boursière française (CAC40) n’emploient que 11% des salariés du secteur concurrentiel français. Ainsi, l’entreprise de notre camarade Truscello, Bosch pour ne pas la nommer, entreprise allemande implantée dans le monde entier, est en pleine "restructuration", avec dégraissages en tout genre, mais elle n’est pas cotée en Bourse, donc n’intéresserait pas nos amis du Front de gauche… Idem entre les grands de la distribution que sont Carrefour et Leclerc : le premier est coté en Bourse, l’autre pas…

 

 

Cinquième point : l’impérialisme, le colonialisme, sont des éléments essentiels de l’exploitation capitaliste. « Le capitalisme s’est transformé en un système universel d’oppression coloniale et d’étranglement financier de l’immense majorité de la population du globe, par une poignée de pays "avancés" » (Lénine, L’impérialisme, stade suprême du capitalisme, 1920). Pour répondre à cet essoufflement de la suraccumulation capitaliste dont il est question plus haut, à cette diminution des débouchés d’accumulation, à la recherche d’extorsion de plus-value, l’impérialisme a ses solutions "classiques", historiques, à savoir mettre au pas les pays dits en voie de développement. Cette solution s’exprime de deux manières : en faisant la guerre, ce qui permet au complexe militaro-industriel de se redonner une impulsion économique, et en soumettant directement l’économie de ses pays par le pillage de leurs richesses et la surexploitation de leur main-d’œuvre. Ces dernières années, on a vu à l’œuvre les impérialismes, sous la direction des États-Unis, donner une dimension nouvelle aux rapports internationaux en décidant de mener ce qu’Alvaro Cunhal dans son texte déjà cité, nomme "l’offensive globale de l’impérialisme", au travers de guerres de pillages et d’élimination des régimes dirigés par des bourgeoisies nationales qui lui résistaient encore, comme l’Irak, la Libye, la Syrie et peut-être bientôt l’Iran ? Alvaro Cunhal qualifiait cette offensive, qu’il avait déjà analysé dès 2001, de "plus grand danger et de la menace la plus sinistre de toute l’histoire de l’humanité". Le Mali fait partie également de cette reprise en main colonialiste, et le gouvernement français ne donne pas sa part aux chiens. On peut même dire que ce concept de "guerre humanitaire" est un concept des plus cyniques : la guerre humanitaire n’existe pas !

 

Sixième point : L’économie capitaliste est gérée loyalement et ses avancées sont mises en œuvre par des partis politiques. Et il convient de bien définir qui fait quoi pour ne pas se fourvoyer sur les intentions des uns et des autres. Passons rapidement sur l’UMP qui est le représentant direct de la bourgeoisie capitaliste. Attardons-nous sur le PS qui est bien, selon moi, un parti social-démocrate, car je me refuse à rentrer dans cette polémique inutile sur son appartenance à la gauche ou non et dans le jeu de cette alternance stérile qu’est la fausse opposition gauche/droite. On a un peu oublié que depuis toujours, dès que le rapport de force lui a été favorable, et corrélativement défavorable aux forces révolutionnaires, il a généré des décisions rétrogrades et réactionnaires. Rappelons-nous d’évènements historiques comme la première guerre mondiale, du décret Sérol (condamnation à mort des communistes), de sa résistance au programme du CNR, de la guerre coloniale d’Algérie… Plus récemment, et je partage le point de vue proposé par Rémy Herrera développé dans son ouvrage Un autre capitalisme n’est pas possible (2010), le PS a joué le rôle qu’ont joué Reagan et Thatcher dans leurs pays, à savoir qu’ils ont mené en France la révolution conservatrice, et je rajoute, cachés derrière un vernis sociétal (fête de la musique, suppression de la peine de mort…). Dans cette période, on peut lister l’Acte unique européen, le traité de Maastricht, la casse des services publics de toutes sortes, la privatisation de tout le système financier, la casse du financement de la Sécurité sociale par prélèvement sur la plus-value en inventant la CSG prise directement dans la poche des travailleurs, la mise en œuvre des traités de l’U.E., la casse du Code du travail, etc… Peut-on encore compter sur ce parti pour changer quoi que ce soit qui aille dans le sens des intérêts des travailleurs, comme s’illusionnent encore certains ? Certainement pas… L’intérêt, la nécessité d’un parti révolutionnaire pour renverser le capitalisme, apparaissent évidents : cela rejoint donc bien les préoccupations de nos Assises.

Pascal Brula

Marseille le 29 juin 2013

 

 

Source: Faire Vivre le PCF

Partager cet article
Repost0
1 juillet 2013 1 01 /07 /juillet /2013 09:17

76117.jpg

  Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Le révisionnisme historique continue son œuvre de destruction de la mémoire anti-fasciste en Europe de l'Est. Réhabilitation des collaborateurs dans les pays baltes ou en Ukraine, effacement des noms de rue ou destruction des monuments en Hongrie ou en Allemagne.


 

Ce 15 juin, l'initiative convoquée par les Jeunesses du Parti libéral (FDP) était un symbole fort : un dynamitage fictif du mémorial Ernst Thalmann, érigé dans le parc éponyme, dans un quartier ouvrier de Berlin-Est.

 

La réponse du Parti communiste allemand (DKP), en coordination avec d'autres organisations et associations locales, a été ferme : près de 200 militants ont mis en échec la tentative des jeunes « libéraux » anti-communistes.


La tentative de déboulonner « un héros de la RDA », selon les termes des dirigeants libéraux, a tourné court. Le nom d'Ernst Thalmann reste associé à celui d'une des grandes figures de la résistance anti-nazie.

 

Président du Parti communiste allemand de 1924 à 1933, maintenu en cellule d'isolement pendant onze ans, transféré en camp de concentration à Buchenwald, il y est abattu sur ordre d'Hitler en août 1944.

 

En 1986, le gouvernement d'Allemagne de l'Est décide d'ériger, pour le centième anniversaire de sa naissance, un monument en son honneur, réalisé par le célèbre sculpteur soviétique Lev Kerbel.

 

Ce que les libéraux du FDP, partie-prenante de la coalition gouvernementale avec la CDU d'Angela Merkel, tentent de déboulonner : c'est la mémoire anti-fasciste et révolutionnaire. Les libéraux proposent d'effacer tous les noms et symboles liés aux dirigeants révolutionnaires en ex-RDA.

 

Une tentative d'autant plus choquante que nous savons désormais que des partis comme le FDP ont servi de machine à recycler les dignitaires nazis après la guerre, sous la bannière de l'anti-communisme de combat, devenu raison d'être de la RFA à partir de 1949.

 

Nous ne pouvons pas non plus oublier que les efforts pour rayer la carte le monument Thalmann au cœur de Berlin s'inscrit aussi dans les opérations de spéculation immobilière qui transforment Berlin en une ville de plus en plus chère et réservée aux classes aisées.

 

Selon le Morgen Post, les investisseurs lorgnent sur le « parc Thalmann », dans un quartier en plein embourgeoisement. Les premiers menacés sont les locataires du grand parc HLM construit dans les années 1980 par la RDA. Leur crime, bénéficier de trois pièces pour 400 € au cœur de Berlin.

 

En Allemagne comme ailleurs en Europe, le fascisme idéologique ne passera pas : la lutte héroïque des Thalmann ou Dimitrov doit avoir une perspective, l'organisation de la résistance à la politique de casse sociale qui crée les bases de recrutement du mouvement fasciste !

 

Source : Solidarité internationale PCF

 

Commentaires des auteurs du blog 

Les militants d'Action communiste apportent toute leur solidarité aux militants communistes allemands.    Merci à eux de s'être battu pour la mémoire des combats anti-fascistes et révolutionnaires !  Nous appelons tous les anti-fascistes à veiller sur cette mémoire commune.  On voudrait aujourd'hui faire passer les bourreaux pour des victimes.  C'est le combat de tous que de se dresser contre la criminalisation du communisme et des militants communistes dans certains pays européens.  Rappelez-vous le poème écrit par le pasteur protestant Niemöller, déporté par les nazis en 1937 :


« Lorsque les nazis sont venus chercher les communistes,
je n’ai rien dit,
je n’étais pas communiste.

Lorsqu'ils ont emprisonné les socialistes,
je n’ai rien dit,
je n’étais pas socialiste.

Lorsqu'ils sont venus chercher les syndicalistes,
je n’ai rien dit,
je n’étais pas syndicaliste.

Lorsqu'ils sont venus me chercher
il ne restait plus personne
pour protester. »

 


Partager cet article
Repost0
21 juin 2013 5 21 /06 /juin /2013 14:43
Vendredi 21 juin 2013
Nous publions une nouvelle contribution aux Assises du communisme, lu sur le blog "canempechepasnicolas".

Mes réflexions

en guise de contribution

aux Assises du communisme

 

par Jean LEVY

 

16 juin 2013

 

Les Assises doivent se conclure par un accord sur une orientation politique commune de l’ensemble des participants. Le texte qui devrait résumer cette prise de position sur les problèmes essentiels n’aurait pas vocation à être un « manifeste » destiné à une publication de masse, mais servirait de contrat d’engagement à l’action commune des groupes et militants présents en direction des objectifs ensemble définis.

 

Ce texte pourrait s’intituler « Nous, les communistes », servant de cadre politique à l’engagement des communistes pour rendre visible leur commun combat.

 

Quels objectifs communs pouvons-nous définir ?

 

La nécessité d’un changement de société, condition première de la reconquête des acquis sociaux, volés à notre peuple depuis trois décennies par les gouvernements successifs,  de gauche comme de droite, tous  au service du Capital.

 

Mais, contrairement aux revendications limitées du Front de gauche, du PCF et de milieux syndicaux qui mettent uniquement en avant la disparité – scandaleuse – des revenus pour s’en tenir à « une meilleure répartition des richesses », attitude qui laisse intacte la possession des moyens de production et d’échange au capital, laissant à celui-ci la domination de l’économie, « Nous, les communistes… » nous préconisons un transfert à la nation de tous les secteurs stratégiques,  aujourd’hui confisqués par une oligarchie financière et industrielle antinationale.

 

Cette démarche n’est pas sans rappeler d’un côté, la collaboration politique et économique de la bourgeoisie de notre pays avec le grand capital allemand et ses forces militaires durant l’Occupation, et de l’autre, la Résistance nationale et populaire débouchant sur la Libération de la France et la mise en pratique du programme social et progressiste du CNR.

 

C’est pourquoi, il faut le rappeler avec force,  cette rupture nouvelle que les communistes préconisent, n’est possible que hors du cadre de l’Union européenne et de l’Euro, en clair dans l’indépendance nationale et dans la souveraineté monétaire.

 

Mais cette double bataille sociale et nationale suppose un rapport de forces favorable à cette rupture de politique. Aussi, nous devons préciser le rôle des communistes dans la constitution d’un Front large – « l’Union du peuple de France », pour reprendre un ancien, et combien actuel, mot d’ordre unitaire du PCF.

 

Il faudra nécessairement rassembler toutes les couches sociales victimes, chaque jour plus étendues,  de la dictature de l’Argent, personnifié par marché et la concurrence capitalistes dans leur course accélérée aux profits.

 

Ce combat est inséparable des luttes quotidiennes, sociales et politiques, qu’il faut mener contre toutes les offensives déployées contre l’ensemble des salariés, des retraités, victimes au jour le jour du patronat, maître du jeu européen, soutenu par les forces politiques traditionnelles de la bourgeoisie et celles, camouflées,  de la social-démocratie sous le nom usurpé de « socialisme ».

 

C’est sur ces bases que pourraient se construire les liens et l’action coordonnée des communistes, qu’ils soient ou non, membres du PCF,  de différentes organisations qui se réclament du communisme, ou encore – et ce sont les plus nombreux – qu’ils soient isolés dans la nature.

 

Ensemble, ils pourraient agir dans une structure souple, « Nous, les communistes… », chargée d’impulser les actions communes et la lutte  idéologique indispensable pour rassembler notre peuple.

 

 

UN EXEMPLE D’ACTION COMMUNE :

 

COMMENCER A REFLECHIR

SUR L’ATTITUDE DES COMMUNISTES

VIS-A-VIS DES ELECTIONS EUROPEENNES

 

Au printemps prochain, face aux listes en présence lors de se scrutin, quelle position, « Nous, les communistes… », préconiserons-nous ?

 

Il y a cinq ans, l’abstention, pure et simple, avait rallié nombre de communistes.

 

En 2014, rééditer tel quel ce mot d’ordre sera-t-elle la solution à nouveau préconisée ? Ou pouvons-nous l’enrichir ? Et la rendre plus clairement et positivement politique…

Je propose la formule suivante :

 

« VOTER,

   C’EST

  VOTER OUI  A L’UNION EUROPEENNE ! »

 

Avec, bien sûr, des explications.

 

Cela permet d’être plus offensif.

En effet, cette formule disqualifie d’avance l’ensemble des listes, en participant à un scrutin visant à élire une instance intégrée à l’architecture européenne, donc à accepter celle-ci, activement ou passivement.

La première liste visée est celle du Front national.

 

Pourquoi ?

Marine le Pen va faire sa campagne « contre l’Europe », mais en comptant faire élire un maximum de députés européens, donc en s’intégrant à l’UE, en particulier en faisant vivre son mouvement GRACE à leurs indemnités…

 

Et, « Nous, les communistes … » en développant notre campagne, il serait difficile

de présenter celle-ci comme identique à celle du FN, thème repris par la classe politique européenne pour nous disqualifier.

 

Reste à réfléchir sur la présence éventuelle de listes réellement engagées contre l’Union européenne.

 

Mais, que feront-elles comme suffrages ? Quelques petits % au mieux, peu significatifs du rejet massif de l’intégration européenne par le peuple français.

 

 

Ce sujet pourrait être mis en discussion parmi les communistes dans les mois qui viennent, et à l’issue du débat – partie intégrante de la campagne qui s’amorcerait ainsi – le collectif de « Nous, les communistes » aborderait sereinement le problème pour réaliser entre nous tous une unité de vue et d’action.

Partager cet article
Repost0

Articles RÉCents