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ACTION COMMUNISTE

 

Nous sommes un mouvement communiste au sens marxiste du terme. Avec ce que cela implique en matière de positions de classe et d'exigences de démocratie vraie. Nous nous inscrivons donc dans les luttes anti-capitalistes et relayons les idées dont elles sont porteuses. Ainsi, nous n'acceptons pas les combinaisont politiciennes venues d'en-haut. Et, très favorables aux coopérations internationales, nous nous opposons résolument à toute constitution européenne.

Nous contacter : action.communiste76@orange.fr>

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Humeur

Chaque semaine, AC attribue un "roquet d'or" à un journaliste qui n'aura pas honoré son métier, que ce soit par sa complaisance politique envers les forces de l'argent, son agressivité corporatiste, son inculture, ou sa bêtise, ou les quatre à la fois.

Cette semaine, sur le conseil avisé de la section bruxelloise d'Action communiste, le Roquet d'Or est attribué  à Thierry Steiner pour la vulgarité insultante de son commentaire sur les réductions d'effectifs chez Renault : "Renault fait la vidange"...  (lors du 7-10 du 25 juillet).


Vos avis et propositions de nominations sont les bienvenus, tant la tâche est immense... [Toujours préciser la date, le titre de l'émission et le nom du lauréat éventuel].

 

 
16 février 2014 7 16 /02 /février /2014 15:03

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venezuela-fresque.jpg

La révolution bolivarienne en péril :
 comment la bourgeoisie commerciale parasitaire
 peut-elle faire la loi au Venezuela 
après 15 ans de révolution ?



Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/ 

(largement inspiré des analyses du Parti communiste venezuelien)



Les manifestations violentes qui touchent Caracas depuis plusieurs jours sont un révélateur inquiétant de la puissance sociale de la bourgeoisie traditionnelle, ses appuis politiques dans la rue : comment est-ce possible après 15 ans de processus révolutionnaire ?



Le président Maduro a lancé l'alerte contre la menace d'un « coup d’État fasciste », avec la complicité de certains hauts gradés, l'appui de l'impérialisme, l'action dans la rue de groupes fascistes. Il y a bien péril en la demeure bolivarienne.

Tout a commencé par une manifestation menée par les patrons de la presse privée dénonçant la « dictature », la « censure » du pouvoir, dans laquelle s'est engouffrée l'opposition de droite : des groupes étudiants provocateurs à la « manifestation citoyenne contre l'insécurité ».



Il n'est pas à exclure que le pays sombre dans la guerre civile, il y est peut-être déjà – selon un schéma analogue à ce qui se passe en Ukraine – quand dans la rue s'affrontent « bandes fascistes » et « collectifs révolutionnaires ».

Qui est responsable ? La bourgeoisie vénézuélienne, bien sûr, qui cherche à prendre sa revanche sur quinze ans de processus révolutionnaire. Pas seulement les patrons de la presse, mais surtout la bourgeoisie commerciale parasitaire, étonnamment hégémonique en 2014.



Une bourgeoisie commerciale parasitaire toute-puissante

 

En effet, cette dernière contrôle encore la quasi-totalité de l'import-export du Venezuela, dans un pays complètement dépendant de l'extérieur : d'un côté par les exportations de pétrole (95 % des recettes !), de l'autre par les importations de produits industriels, agricoles, matières premières.

 

La manne pétrolière exceptée, le Venezuela est très largement déficitaire, les importations étant de 47 milliards d'€, les exportations (non-pétrolières) de 2,5 milliards. Pire, entre 2011 et 2012, si les importations ont augmenté de 35 %, les exportations ont baissé de 20 %.

 

La bourgeoisie commerciale utilise sa position hégémonique depuis un an pour créer des pénuries artificielles, surtout sur les produits alimentaires : pénuries de sucre, lait, café, huile jusqu'aux papiers toilette, servant sa propagande médiatique internationale anti-révolutionnaire.

Elle déstabilise le pays politiquement, fomente la misère sociale tout en s'assurant sur le marché noir des profits-extra.

Le capital privé se porte plutôt bien après quinze ans de révolution, la part du secteur privé est passée de 68 % en 1999 … à 71 % en 2013. Des entreprises privées concentrées dans le secteur du commerce : elles représentent 55 % des entreprises du pays, contre 5 % pour l'industrie.

 

Pire, depuis quinze ans, le pays est encore plus dépendant de la rente pétrolière, il s'est désindustrialisé – 18 % du PIB en 1980, 14 % en 2013 pour l'industrie – et aujourd’hui 95 % de ses biens sont importés, y compris les produits pétroliers raffinés. Un comble.



Cette bourgeoisie commerciale profite de ce pouvoir dans la société, étant improductive, inefficace, non-compétitive, parasitaire : elle importe neuf fois plus que ce qu'elle exporte en 2013. Les importations ont été multipliées par 5 depuis 2003, les exportations non-pétrolières divisées par 2.



Un pouvoir trop despotique avec le capital privé … ou trop laxiste ?

 

Cette bourgeoisie parasitaire profite de la désindustrialisation du pays, de son monopole sur le commerce extérieur, au mépris de la vie des vénézuéliens. Un exemple parmi d'autres, l'importation de produits pharmaceutiques a augmenté de 1358 % depuis 1999 !

 

Cette bourgeoisie commerciale s'enrichit grâce à une spéculation massive. Elle importe les produits à taux normal pour les revendre à taux plein aux Vénézuéliens victimes des pénuries. Ainsi, en décembre 2013, un scandale a éclaté d'un trafic de voitures américaines.

Des entreprises locales achetaient des voitures américaines, qu'elles revendaient deux à quatre fois leurs prix au marché noir … les acheteurs désirant posséder une valeur-refuge en période d'hyper-inflation, et réaliser un profit supérieur en la revendant, pariant sur l'inflation future. De la spéculation pure !

 

Pour prospérer, cette bourgeoisie commerciale a besoin impérativement de l'aide de l’État, elle qui souffre d'un déficit en devises entre ses 3 milliards de $ d'exportations et ses 47 milliards de $ d'importations. Elle bénéficie des ventes étatiques de devises américaines à tarif préférentiel, 317 milliards de $ en 2013 pour le secteur privé dont 44 milliards pour la bourgeoisie commerciale.

 

Or, cette bourgeoisie commerciale profite de la monnaie vénézuélienne sur-évaluée malgré les récentes dévaluations : 1 $ valait 2 bolivars en 2008, 4 bolivars en 2010, 6 aujourd’hui (pour les produits de base) … mais au marché noir le taux va de 10 bolivars à 50 bolivars pour 1 $ !

 

Contrairement à ce que prétend l'idéologie dominante, on a affaire à un pouvoir trop peu « despotique » avec le capital privé, et trop laxiste, si ce n'est complaisant.

 

Ainsi, le pays compte 80 % de chaînes de télévision privées (contre 9 % publiques) qui dénoncent la « dictature chaviste », et elles ont encore … 94,6 % de parts de marché en 2010, contre 97,96 % en 1999 !

De la même façon, l'octroi de 300 milliards de $ de devises au capital privé (dont 45 milliards pour l'export-import) a permis une fuite massive illégale de capitaux – sous contrôle de change strict – ainsi 117 milliards de $ supplémentaires (de 53 à 164 milliards de $) ont été placés sur des comptes à l'étranger, entre 2003 et 2013. Quel pouvoir despotique que ce Venezuela bolivarien !



Le Venezuela d'aujourd'hui : un patronat qui profite de l’État et spolie le peuple

 

Le cercle vicieux est en place : les spéculateurs privés achètent des devises à l’Etat à taux préférentiel (qui grâce au pétrole réalise 97 % des exportations, donc récupèrent autant en devises), puis vendent au pays à des prix 3 à 10 fois sur-évalués, réalisent des profits monstres, gonflent la facture des importations … donc nécessitant encore plus de devises.

 

La conclusion de ce schéma, c'est la situation du Venezuela en crise aujourd’hui.



Du côté de l’État, désindustrialisation qui alimente le déficit commercial, une dette publique qui s'envole nécessitant des emprunts à taux d'intérêts maximum (20 milliards de $ en 2012), une corruption généralisée via une rente qui renforce l'effet désindustrialisation, enfin une économie parallèle qui échappe à l’État et profite aux spéculateurs.



Du côté de la population, la première conséquence, c'est la paupérisation, avec une inflation qui atteint les 53 % en 2013, les pénuries dans les secteurs de base.

Grâce à la politique de hausse du salaire minimum (10 % en janvier 2014), le choc est contenu – mais pas annulé – pour les salariés les plus pauvres, mais les salariés des couches populaires et moyennes, les petits épargnants sont eux écrasés par cette hausse des prix. Ainsi, en 2013, le salaire minimum n'a été augmenté que de 40 %, ne compensant pas l'inflation.



Du côté des spéculateurs, c'est un jackpot permanent pour une bourgeoisie abreuvée de subsides étatiques, profitant des contradictions du régime incapable de juguler la spéculation, rackettant une population aux abois.

Chiffre terrifiant sur la façon dont la bourgeoisie a pu utiliser les failles de la révolution bolivarienne : en 1999, le capital s'appropriait 49 % du revenu total du pays, en 2010, c'était 63 %. Les 14 millions de salariés vénézuéliens ont perdu 14 points du revenu en 11 ans !



Sortir de la crise, les propositions du Parti communiste : nationaliser d'abord !



Faut-il être pessimiste ? Il faut être lucide sur les périls, mais optimiste sur les possibilités de la situation. L'analyse du Parti communiste du Vénézuela, peut nous éclairer tant le premier allié de la révolution sait manier la critique constructive.

Ce 9 février dernier, le secrétaire-général du PCV Oscar Figuera réservait des critiques assez dures : « Le manque de critique, le laxisme face à la corruption peuvent conduire à l'échec de la révolution ».

 

 

Derrière ce constat dur mais lucide, il y a aussi des raisons d'être optimiste, d'abord la présence d'une base sociale reconnaissante envers l’œuvre sociale de 15 ans de révolution.


Le taux de pauvreté est passé de 50 à 25 %, la pauvreté extrême de 20 à 7 %, tandis que le taux d'alphabétisation, d'accès aux soins de santé et d'alimentation suffisante approche désormais des 100 % - notamment grâce à l'apport des médecins et éducateurs cubains.

 

Grâce à la redistribution de la rente, des politiques sociales limitées mais réelles, des millions de Vénézuéliens sont sortis de la pauvreté, ont pu accéder à une vie meilleure. C'est ce qui explique qu'en 2013 malgré la crise, les déstabilisations, le contre-coup de la personnalisation, Maduro ait pu battre Capriles, d'extrême justesse, sauvant la Révolution.

Les luttes sociales, à la base, ont permis des avancées qui ont forcé Chavez à radicaliser sa révolution. On peut prendre l'exemple de la nationalisation de SIDOR en 2008 issu d'une lutte des métallurgistes contre leur patron privé couvert par le gouverneur local chaviste.

 

Ces masses acquises à la révolution sont aujourd’hui désorganisées, sans perspective, faute à un parti, le PSUV (Parti du socialisme unifié du Venezuela) créé en 2005 sur des bases « attrape-tout » qui en a fait une auberge espagnole dans laquelle se sont engouffrés les « bo-bo » : la bourgeoisiebolivarienne, prospérant dans l'appareil d'Etat, le secteur commercial de la rente pétrolière.


En 2005, le PCV avait refusé de se dissoudre dans le PSUV, prédisant ces limites, préférant préserver son indépendance de classe. Bien lui en prit. Si le PCV subit les foudres en 2005 de Chavez l'accusant de trahison, en 2010, face à la trahison des autres forces pseudo-révolutionnaires, il reconnassait que« les communistes sont le seul allié qui lui reste ».

Il reste un espoir que cette masse trouve une organisation de classe qui lui corresponde, syndicale et politique.

Sans triomphalisme, l'audience du PCV croît lentement mais sûrement dans la population : passant de 0,9 % (50 000 voix) aux élections de 2000 à 3,3 % aux élections de 2012 (500 000 voix). Le PCV a même gagné ses neuf premières mairies en décembre, y compris contre certains candidats chavistes corrompus.

Les propositions avancées par le PCV pour approfondir la révolution correspondent aux nécessités historiques du Venezuela : nationalisation des secteurs-clés et une politique d'industrialisation étatique ;mise en place d'un Système de contrôle intégral des importations public ; création d'une Sécurité sociale 100 % publique ; Loi organique du travail favorable aux travailleurs ; installation de Conseils ouvriers dans les entreprises publiques comme privées.



En dépit de ces critiques envers une révolution inachevée, le PCV a appelé ce 14 février à l'unité des forces révolutionnaires pour faire barrage aux déstabilisations fascistes : avec le PCV, solidarité avec la révolution bolivarienne menacée !

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16 février 2014 7 16 /02 /février /2014 14:41
Nous avons lu l'article ci-dessous sur Vénézuéla Infos.  Il ne s'agit pas d'idéaliser la révolution bolivarienne mais de chercher à comprendre ce qui se passe et pourquoi l'extrême-droite et la droite vénézuélienne, ont recours à la violence aujourd'hui.  Rappelons que dans ce régime tant décrié dans nos médias occidentaux, il n'y a jamais eu autant d'élections et personne n'en a contesté la légitimité ni le résultat : 19 scrutins en 14 ans.  La droite avait beaucoup espéré des élections municipales.  Mais la population a choisi majoritairement les bolivariens.  Alors, aujourd'hui, la droite avec l'aide des nostalgiques de  la dictature fasciste, chercherait-elle à créer les conditions d'une intervention extérieure en déstabilisant le pays ? 
Venezuela :
la jeunesse d’un changement d’époque

 Publié par Venezuela infos 


Au Venezuela, lorsqu’une minorité de casseurs nostalgiques de l’apartheid réagit violemment à l’accession d’une majorité de jeunes d’origine populaire, de peau brune ou noire, aux études universitaires, les grands médias occidentaux annoncent la  “révolte de la jeunesse”. Des photos de répression brutale contre des étudiants chiliens sont affublées de la légende “Venezuela” pour faire croire à un régime répressif. Mais si le lendemain la majorité de la jeunesse vénézuélienne descend pacifiquement dans la rue pour refuser la violence des commandos d’extrême-droite et si la majorité des gouvernements latino-américains défend le gouvernement bolivarien face aux tentatives de déstabilisation, les agences (AFP, AP, Reuters) ne voient rien, n’entendent rien. C’est ainsi que depuis quatorze ans, des millions de lecteurs, auditeurs, téléspectateurs restent enchaînés au fond de la Caverne de Platon, à quelques années-lumières des dynamiques politiques de l’Amérique Latine actuelle.


T.D., Caracas, février 2014.

Caracas, le 15 février 2014. Mobilisation pacifique de la jeunesse face à la violence de l'extrême-droite. Image invisible dans les grands médias.

Caracas, le 15 février 2014. Mobilisation pacifique de la jeunesse contre la violence de l’extrême-droite. Image invisible dans les grands médias.

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Vénézuela : la jeunesse d’un changement d’époque, par Íñigo Errejón

La deuxième Enquête Nationale sur la Jeunesse Vénézuélienne, réalisée par la Fondation GIS XXI, repose sur un échantillon de 10.000 personnes de toute origine sociale et couvre l’ensemble du pays. Ses résultats ont été publiés à Caracas le jeudi 28 novembre 2013. La précédente étude remontait à 1993, il y a exactement vingt ans.

Cette étude constitue un précieux outil pour ceux qui souhaitent comprendre la période actuelle et prendre la mesure des défis futurs. C’est également une référence pour la définition des politiques publiques qu’il s’agira d’élaborer en faveur des jeunes générations de vénézuéliens. Par ailleurs, les résultats de cette enquête adviennent à un moment crucial sur le plan démographique, qui voit la part de la population active vénézuelienne prendre le pas sur sa part non active.

Cette seconde Enquête Nationale sur la Jeunesse Vénézuelienne se révèle être un outil de référence pour les spécialistes des sciences sociales, les citoyens engagés dans la vie publique, les militants, les cadres politiques et les « décideurs » dans leur ensemble.

Une première confrontation des résultats des deux enquêtes  (1993-2013) débouche sur un constat : entre ces deux dates, une rupture qualitative s’est opérée en termes culturel, social et politique. Les termes constitutifs de cette deuxième Enquête Nationale sur la Jeunesse s’avèrent être autant d’indices d’un changement d’époque dont le Vénézuela a été le théâtre. Pour le dire en termes plus directs : les jeunes générations de vénézuélien(ne)s sont le reflet de l’accélération d’un processus qui a opéré des changementsstructurels sur le plan de l’imaginaire, des attitudes et de consensus qui traversent les strates de la société vénézuélienne.

Dans le Métro de Caracas, novembre 2013.

Dans le Métro de Caracas, novembre 2013.

 

Les jeunes vénézuéliens n’abandonnent pas leur esprit critique et aspirent à plus et à mieux.

L’Enquête Nationale restitue le principal acquis émanant des temps historiques que traverse le Venezuela  : la diversification des possibles, l’accroissement des attentes et des demandes sont des manifestations qui touchent d’une manière relativement transversale l’ensemble des couches sociales du pays.

Les jeunes vénézuéliens partagent une conviction : celle de vivre un moment décisif qui leur permet d’aspirer à une vie meilleure, du fait de l’accroissement des opportunités. (98% d’entre eux envisagent de poursuivre leur scolarité; 96% pensent qu’ils pourront mener à leur terme les études de leur préférence). Un fort contraste avec les pays du Nord où les études sont une marchandise d’accès difficile pour une grande partie des jeunes. Dans le même temps, 64% des jeunes vénézuéliens interrogés envisagent de changer de travail, convaincus pour 93% d’entre eux, de pouvoir accéder avec succès à un emploi meilleur.

Ces données contrastent elles aussi avec la crise des débouchés qui affecte une grande part de la jeunesse européenne; elles attestent de l’existence d’un processus de démocratisation qui facilite grandement l’accès aux principaux biens sociaux: l’éducation, le logement, l’emploi, la santé, le sport, la culture.

Les chiffres permettent également d’établir un lien entre l’extension de la souveraineté populaire et l’accroissement du bien-être pour la majorité de la population; Appliqués au Venezuela, des indicateurs internationaux et régionaux relatifs au développement humain et social (PNUD, CEPAL, etc…) confirment cet état de fait qui résulte de 14 ans de révolution bolivarienne.

Bien qu’ils reconnaissent que le processus politique actuel et l’intervention publique qui en découle, éliminent peu à peu les barrières, faisant surgir des opportunités dont tous peuvent profiter, et bien qu’ils se sentent partie prenante indispensable des avancées dont le pays bénéficie, les jeunes vénézuéliens n’abandonnent pas leur esprit critique et aspirent à plus et à mieux.


Groupe de rock "Los Piraos", Caracas février 2014.

Groupe de rock "Los Piraos", Caracas février 2014.

 

L’imaginaire des jeunes vénézuéliens n’est pas homogène, ni unique.

En même temps qu’il exprime l’existence d’une profonde diversité, cet imaginaire est le symptôme d’une période de transition, qui voit la lutte, le chevauchement et l’hybridation de différentes instances narratives. Cette approche de l’imaginaire des jeunes vénézuéliens permet d’analyser la bataille culturelle qui accompagne tout changement historique réel, et qui porte sur une période mouvementée et d’une grande fertilité.

Trois grands axes discursifs structurent l’imaginaire des jeunes générations de vénézuéliens.

Premièrement, la démocratisation de l’accès à la consommation de par l’application de politiques sociales d’intégration et de démercantilisation des produits de première nécessité portent ses fruits. Il en résulte que la grande majorité des jeunes vénézuéliens accède à un niveau de vie totalement inconnu de leurs parents. D’où une modification des comportements, des règles de vie et de la nature des attentes formulées. La majeure partie de ces jeunes (74%) se considère comme membres de la « classe moyenne ». Dans leurs divers horizons de vie, ils accordent un rôle central à la formation/éducation comme moyen de réaliser l’ascension individuelle (en tête des motivations les incitant à étudier, 89% des jeunes interrogés citent le désir de se surpasser ou d’obtenir d’un emploi). L’accès à la consommation apparaît comme l’une des principales aspirations et l’un des désirs les plus grands. Être à la tête de sa propre affaire est un des projets les plus récurrents, le secteur des services étant particulièrement prisé. Cette option s’articule de manière complexe avec la mise en application au plan national de la stratégie de souveraineté économique, de développement industriel et agroalimentaire. Dans le même temps, les jeunes vénézuéliens naturalisent les droits sociaux conquis et visent – une fois ces derniers acquis- à accéder à un deuxième niveau de bien-être caractérisé par le temps libre, la culture, le sport et l’épanouissement personnel. Une politique publique d’orientation socialiste doit prendre conscience de ce type d’aspiration pour les articuler avec le projet national.

Deuxièmement, si on prend en considération les questions relatives aux droits civils et moraux, les jeunes vénézuéliens maintiennent une tendance conservatrice. Hors du temps de travail, les différentes églises chrétiennes s’avèrent être des espaces privilégiés de socialisation, et en matière d’attitudes et de valeurs, l’un des principaux référents.

Troisièmement, les nouvelles générations de vénézuéliennes et vénézuéliens  adhèrent à un surprenant consensus autour des concepts fondamentaux du modèle de pays bolivarien. Ce qui jusqu’ici était le projet d’un acteur politique s’est généralisé sous forme d’un substrat culturel commun à une large majorité de la jeunesse. Cette profonde mutation du sens commun d’une époque, engagée sous l’hégémonie relative du chavisme, s’affirme désormais comme identité politique à part entière, traversant et modifiant les contours de la communauté politique dans son ensemble.

Parmi les systèmes politiques, les jeunes vénézuéliens disent préférer le socialisme, à hauteur de 60%. Le capitalisme ne recueillant que 21% des suffrages. Dans le même temps, 73% optent pour la « démocratie participative » comme système politique préféré. Et ce, loin devant d’autres options, telles que la « démocratie représentative » (6%) ou la « dictature » (6%).

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Jeunes protestant contre l’image de la femme dans les médias privés, hégémoniques au Venezuela.


Les deux institutions préférées sont, après les universités (18%), deux organismes de pouvoir citoyen, instances de la participation populaire au sein de l’appareil d’Etat : les conseils communaux (17%) et les missions sociales (13%), suivis à distance respectable par les partis politiques (6%). Au Venezuela, cette forte  valorisation et cette conception « dense » de la démocratie, liées au rôle central de la population ainsi qu’à l’extension de la capacité de décider et à l’amélioration de la vie quotidienne ressortait déjà, à l’étonnement de ses auteurs, du dernier rapport de l’ONG chilienne Latinobarometro (novembre 2013) dont nous avons récemment analysé les termes (1).

Comment est-il possible que ces trois instances narratives coexistent dans  l’imaginaire de la jeunesse vénézuélienne ? Pourquoi ces formes inédites de consensus politique, ne se traduisent-elles pas directement sur le plan électoral ?

A la première de ces questions, il convient de répondre que durant les périodes de transition, le « sens commun d’une époque » est le reflet de tensions, de conflits et de contradictions entre la dynamique de l’ère nouvelle et la résistance concomitante de l’ancien. La jeunesse vénézuélienne a adopté et naturalisé l’ensemble des nouveaux droits relatifs au modèle d’inclusion et les bénéfices de la souveraineté recouvrée et de la démocratie participative. Sans pour autant se départir des valeurs de type consumériste, immédiatiste ou individualiste. Il reste du chemin à parcourir avant de voir émerger un habitus civico-républicain, un engagement vis-à-vis de la sphère publique.

Cette étape ne sera pas une pure négation mais l’intégration d’une grande partie de ce qui existe déjà dans un ensemble et dans un projet de signe différent.

À la seconde question on pourrait répondre que le paradoxe d’une hégémonie réside dans le fait que ses idées se transmettent à l’ensemble de la société. Ainsi, la principale victoire du chavisme, à savoir le renforcement du pouvoir citoyen et la diffusion du “droit d’avoir des droits”, signifie plus qu’une récompense, un défi :  celui d’être à la hauteur d’une nouvelle génération de demandes et les insérer dans la construction d’un ordre institutionnel et culturel au sein du modèle de pays voulu par la grande majorité des jeunes vénézuéliens.

Auteur : Íñigo Errejón, Docteur en Sciences Politiques, Directeur de la ligne de recherches “Identités politiques” à la Fondation GIS XXI

Source : http://www.gisxxi.org/articulos/la-juventud-del-cambio-de-epoca-en-venezuela-gis-xxi/

Traduction de l’espagnol : Jean-Marc del Percio

Note:

(1) VoirConfiance des citoyens latino-américains dans la démocratie : record au Vénézuéla, agonie au Mexique” (Latinobarometro / John L. Ackerman), http://venezuelainfos.wordpress.com/2013/11/13/confiance-des-citoyens-latino-americains-dans-la-democratie-record-au-venezuela-agonie-au-mexique-latinobarometro-john-l-ackerman/

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13 février 2014 4 13 /02 /février /2014 21:36
Nous avons lu sur Agora Vox.  Pour les courageux.  Un peu long mais très instructif si l'on veut argumenter contre le traité transatlantique.
Une déclaration transatlantique des droits des multinationales

Les Dessous de Bruxelles publient la traduction française de l’excellent rapport rédigé par le réseau Seattle to Brussels, Corporate Europe Observatory et Transnational Institute sur les dangers de l’accord de libre-échange et d’investissement entre l’Union européenne et les Etats-Unis. La traduction a été réalisée par les auteurs. La version originale du texte est disponible sur le site du CEO et la version PDF du texte en français disponible ici.


arton206-9a9e1_1_-95057.jpgLe mandat de négociation pour un accord étendu de libre commerce avec les Etats-Unis révèle la volonté de la Commission européenne de renforcer le pouvoir des entreprises transnationales. Le texte du mandat fait suite à une intense et longue campagne des lobbies de l’industrie et des officines juridiques pour permettre aux grandes compagnies de contester les réglementations nationales et internationales si elles affectent leurs profits.


Ainsi, les Etats membres de l’UE peuvent voir leurs lois domestiques de protection des intérêts publics contestées dans des tribunaux offshore, secrets, dans lesquels les lois nationales n’ont aucun poids et les élus politiques aucun pouvoir d’intervention.

La proposition de la Commission concernant le règlement des conflits entre investisseurs et Etats dans le Partenariat transatlantique pour le commerce et les investissements (PTCI) [1] autoriserait les compagnies américaines investissant en Europe à contourner les cours de justice européennes et d’attaquer directement l’UE et ses gouvernements devant un tribunal international ad hoc dès lors qu’elles estimeraient que les lois réglementant les domaines de la santé, de l’environnement, ou de la protection sociale interfèrent avec leurs profits. Les compagnies européennes investissant aux États-Unis auront le même privilège.

A travers le monde, les entreprises transnationales ont déjà utilisé les organismes de règlement des conflits investisseurs-Etats et les accords sur le commerces et l’investissement pour réclamer des sommes vertigineuses en compensation de lois démocratiques prises dans le but de protéger l’intérêt public (voir ci-dessous). Parfois la simple menace d’une plainte ou son dépôt a suffi pour voir des législations abandonnées ou privées de substance. Dans d’autres cas, des tribunaux ad-hoc, c’est-à-dire un panel de 3 membres issus d’un club d’avocats privés et englués dans des conflits d’intérêts [2] – ont ordonnés que des milliards d’euros soient versées aux entreprises, milliards sortis de la poche des contribuables.


Une multiplication des conflits

Sans_titre-2cb00-10b3e.jpgEn tant que principaux bénéficiaires des traités internationaux existant sur les investissements, les entreprises américaines et européennes ont multiplié les litiges investisseurs-Etat dans les deux dernières décennies. La plupart des 514 conflits ouverts à la fin 2012 ont été lancé par les investisseurs américains. Ils ont déposé 24% (129) de toutes les plaintes. Les suivants sont les investisseurs néerlandais (50 plaintes), ceux du Royaume Unis (30) et d’Allemagne (27). Ensemble, les investisseurs des Etats membres de l’UE ont déposé 40% de tous les recours connus [3].

Les sociétés européennes et américaines ont utilisé ces procédures pour contester les politiques d’énergie verte et de santé publique, les législations anti-tabac, les interdictions de produits chimiques dangereux, les restrictions environnementales sur l’exploitation minière, les politiques d’assurance santé, les mesures d’amélioration de la situation économique des minorités et bien plus encore. Quelques conflits emblématiques :


Multinationales contre santé publique

- Philip Morris v. Uruguay et Australie : Au travers d’un traité bilatéral d’investissements, le géant du tabac Philip Morris poursuit en justice l’Uruguay et l’Australie sur leurs lois anti-tabac. La compagnie soutient que les encadrés d’alerte sur les paquets de cigarettes et les simples emballages les empêchent d’afficher effectivement le logo de leur marque, causant une perte substantielle de leur part de marché [4].

- Achmea v. la république slovaque : Fin 2012, l’assureur néerlandais Achmea (anciennement Eureko) a reçu 22 millions d’euros de la Slovaquie en compensation car, en 2006, le gouvernement slovaque a remis en cause la privatisation de la santé effectuée par l’administration précédente et demandé aux assureurs de la santé d’opérer sans ne plus faire de profits [5].


Multinationales contre protection de l’environnement

- Vattenfall v. Allemagne : en 2012 le géant Swedish energy a porté plainte contre l’Allemagne demandant 3,7 milliards en compensation de profits perdus suite à l’arrêt de deux de ses centrales nucléaires. La plainte suivait la décision du gouvernement fédéral allemand de supprimer progressivement l’énergie nucléaire après le désastre nucléaire de Fukushima [6].

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- Lone Pine v. Canada : sur la base de l’ALENA (accord entre les Etats-Unis, le Canada et le Mexique, la société américaine Lone Pine Ressources Inc. demande 250 millions de dollars américains de compensation au Canada. Le « crime » du Canada : la province canadienne du Québec a décrété un moratoire sur l’extraction d’huile et gaz de schiste en raison du risque environnemental de cette technologie [7].


Multinationales contre régulation financière – Argentine et Grèce.

- Lorsque l’Argentine a figé les prix courants essentiels (énergie, eau …) et dévalué sa monnaie en réponse à la crise financière de 2001-2002, elle fut frappée par plus de 40 plaintes de sociétés comme CMS energy (US), Suez et Vivendi (France). A la fin de 2008, les condamnations contre le pays totalisaient 1.15 M$ [8].

- En mai 2013, des investisseurs slovaques et cypriotes poursuivaient en justice pour l’échange réalisé sur sa dette souveraine (détenue sur le second marché) pour pouvoir bénéficier de l’aide monétaire de l’UE et du FMI [9].

- L’UE et le FMI ont tous deux averti que les accords sur les investissements peuvent sévèrement affecter l’aptitude des Etats à lutter contre la crise économique et financière [10].

Désormais les multinationales s’intéressent aux perspectives qu’ouvre le chapitre investissements dans la négociation Etats-Unis-UE sur le libre échange (PTCI ou « Pacte transatlantique pour le commerce et l’investissement »), la plus importante négociation jamais entamée sur les investissements.


Protection des investissements à tout prix

Les procédures investisseurs-Etat instaurées par le PTCI permettraient aux entreprises de l’UE et des EU de s’engager dans des guerres juridiques d’usure afin de limiter le pouvoir des gouvernements des deux côtés de l’Atlantique. L’énorme volume d’investissements transatlantiques – chaque partenaire compte pour plus de la moitié des investissements directs à l’étranger dans l’économie de l’autre – montre l’ampleur du risque dans de telles guerres juridiques.

De plus, des milliers de sociétés de l’UE et des EU ont des filiales au-delà de l’Atlantique. Utilisant le PTCI, elles pourraient monter des procédures investisseurs-Etat, via ces filiales, pour contraindre leur propre gouvernement à s’abstenir de prendre des règlements dont elles ne voudraient pas.

Sans surprise, les lobbyistes européens comme américains ont poussé pour inclure des arbitrages investisseurs-Etats dans le PTCI. Le syndicat représentant le patronat européen Business Europe, la chambre américaine du commerce, AmCham UE, le Transatlantic Business Council (TABC), et d’autres poids lourds du lobbying ont tous plaidé pour donner ce privilège aux investisseurs.

Ils nourrissent aussi l’espoir que la négociation aboutisse à mettre en place un « gold standard » global, un modèle pour la protection des investissements qui s’étende aux autres accords dans le monde [11].

De plus en plus de pays questionnent et même abandonnent globalement les arbitrages investisseurs-Etat précisément en raison de l’impact négatif sur l’intérêt public [12].

En réponse, le monde des affaires demande un « signal au monde de sa volonté à s’engager »dans un « gold standard » protégeant les investissements [13].

Depuis décembre 2009, quand l’UE a reçu le pouvoir de négocier les sujets de la protection des investissements dans le cadre du traité de Lisbonne, les grandes entreprises de l’industrie se sont mobilisées contre toute opportunité pouvant permettre d’instituer un équilibre plus juste entre les intérêts public et privé [14].

Elles ont compris que les négociations qui s’ouvraient entre les Etats-Unis et l’UE auraient pu être l’occasion pour l’UE d’apprendre de l’expérience négative des accords d’investissements existants, de considérer leurs défauts et de développer une nouvelle génération de traités – sans dispositif de règlement des différends investisseurs- Etats, avec des obligations pour les investisseurs et des restrictions plus précises de leurs droits. Les organisations syndicales, les groupements d’intérêts publics et les associations à travers le monde appelaient à une telle volte-face.

Dans de nombreuses lettres, séminaires, débats et rencontres confidentielles avec des députés européens et la Commission, les lobbies industriels européens comme BusinessEurope ou les lobbies nationaux comme la fédération allemande de l’industrie (BDI) ont plaidé contre ce changement de cap. Ils ont clairement indiqué que l’industrie s’opposerait à tout accord dans lequel la protection de l’investissement serait « négocié contre des objectifs de politiques publiques, y compris les droits humains et du travail », pour citer Pascal Kerneis de l’ European Service Forum (ESF) (un lobby pour des acteurs de services mondiaux comme Deutche Bank, IBM ou Vodafone) [15].


A quel point les gouvernements des Etats-Unis et de l’UE sont-ils vulnérables [16] ?

Quelques chiffres :

- Globalement, 514 procédures investisseurs-Etats en tout avaient été ouvertes à la fin 2012 ;

- en 2012 seulement, 58 plaintes ont été lancées, soit le plus grand nombre de conflits ouverts en une année ;

- Les investisseurs des États-Unis et de l’EU ont initialisé 329 (64%) de toutes les procédures connues ;

- Les États-Unis ont fait face à plus de 20 plaintes d’investisseurs sous le chapitre « investissements » de l’ALENA (accord de libre-échange nord-américain) ;

- 15 États membres de l’UE ont fait face à une ou plus plaintes d’investisseurs [17] ;

- La République tchèque est le cinquième pays du monde le plus poursuivi dans ce cadre ;

- Plus de la moitié des investissements directs extérieurs (IDE) de l’UE viennent des Etats-Unis ; de même, la moitié des IDE aux Etats-Unis viennent de l’UE ;

- Seuls 8 États membres de l’UE, tous européens de l’Est , ont déjà un traité bilatéral avec les Etats-Unis [18] ;

- Le PTCI devrait contenir un des premiers chapitres de protection des investissements à l’échelle de l’UE ;

- Environ 42% des conclusions connues des procès investisseurs-Etat ont été en faveur des Etats, 31% en faveur des investisseurs et 27% sont réglés à l’amiable (la plupart du temps avec des paiements ou des concessions pour les investisseurs) ;

- Les dommages et intérêts les plus hauts à ce jour : 1.77 M$ ont été attribués à la compagnie américaine Occidental Petroleum contre l’Equateur ;

- Le coût légal moyen de ces procès avoisine 8 m$ pouvant atteindre jusqu’à 30 millions dans certains cas. Ils ne sont pas toujours mis en charge de la partie perdante.


Toujours plus de droits pour les investisseurs

Si le grand business l’emporte, le dispositif de protection des investissements sera encore plus orienté vers les entreprises qu’actuellement. Tandis que le Parlement européen soulignait à plusieurs reprises le droit des gouvernements de réglementer pour protéger l’environnement, la santé publique et les consommateurs, Peter Chase – un ancien du gouvernement Etats-Unis, désormais travaillant pour la chambre du commerce Etats-Unis à Bruxelles – a encouragé les négociateurs des Etats-Unis à expliquer « le danger des droits sociaux, environnementaux et de régulation non nécessaires présents dans les demandes du Parlement européen [19] ».

Le géant de l’énergie des Etats-Unis Chevron, lui aussi plaide pour un chapitre sur les investissements allant au-delà du modèle courant des traités américains. Ayant été poursuivi plusieurs fois par des entreprises canadiennes avec l’ALENA, les Etats-Unis ont deux fois révisé leur modèle de traités internationaux sur les investissements pour mieux protéger leur espace politique. Chevron veut que le PTCI restaure de certains des droits excessifs en faveur des investisseurs telle que la « clause parapluie », ce qui augmenterait considérablement les obligations de l’Etat (voir annexe pour plus de détails). Chevron a aussi proposé que le mécanisme dans le PTCI inclut « à la fois les investissements existants et futurs » [20].

Quand un mécanisme de règlement des différends investisseurs-Etat est combiné avec ce genre de clause, les risques pour des procédures judiciaires coûteuses augmentent considérablement.


Préparer le terrain aux gaz de schiste…

Chevron est engagé dans une bataille légale controversée avec l’Équateur. La compagnie a demandé un arbitrage pour éviter de payer 18 M$ pour nettoyer une pollution occasionnée par ses forages dans la forêt amazonienne ainsi que l’avait ordonné la Cour équatorienne. On a interprété le cas comme « une mauvaise utilisation flagrante » d’arbitrage sur l’investissement pour éluder la justice [21].

Il n’est pas étonnant que Chevron ait consacré toute sa contribution à la consultation lancée par le gouvernement des Etats-Unis à la protection des investissements : «  globalement l’un des sujets les plus importants »selon ses dires [22].

En Europe, Chevron veut « la protection la plus complète possible » des mesures gouvernementales « pour atténuer le risque associé aux projets de large échelle, à haut niveau de capital et de long terme [….] comme le développement de gaz de schiste ». A cause de ses impacts environnementaux et sanitaires, plusieurs gouvernements de l’UE ont décidé un moratoire sur le développement du gaz de schiste (fracturation hydraulique). Le chapitre proposé dans le PTCI sur la protection des investissements donnerait pouvoir à des sociétés de l’énergie comme Chevron de contester ces mesures de précaution « afin d’obliger les gouvernements à s’abstenir de saper des espérances légitimes soutenues par des investisseurs », pour reprendre les termes de Chevron (voir Encadré 1 pour un précédent légal ALENA).

La simple menace d’un procès investisseur-Etat de 1 million d’euros pourrait être suffisant pour effrayer un gouvernement jusqu’à ce qu’il cède, affaiblisse ou supprime l’interdiction des techniques de fracturation ou bien son encadrement strict. Selon les termes de Chevron : « L’accès à l’arbitrage [….] accroît la probabilité que les investisseurs et les Etats hôtes soient capables de résoudre les désagréments et les négocient avec succès et équitablement » [23].


Les mercenaires des multinationales

Lorsque les décideurs de l’UE ont voulu changer les traités internationaux sur les investissements ces dernières années, les officines juridiques et les arbitres, en lien avec les organisations de l’industrie, ont organisé une campagne de lobbying féroce pour résister aux réformes visant à un meilleur équilibrage des intérêts publics et privés [24]. Ce n’est pas surprenant : l’arbitrage sur les investissements est une grosse affaire pour eux. Les factures encaissées par les meilleurs cabinets juridiques peuvent atteindre 1 000$ de l’heure dans les procès de traités sur l’investissement. Les émoluments perçus par des cabinets juridiques d’élite peuvent être de 1,000$ par heure et par avocat dans des cas de traité d’investissement, avec un staff complet d’assistants. Les juristes privés qui décident dans ces conflits, les arbitres, se remplissent aussi les poches, gagnant par jour jusqu’à 3000$ voire plus [25]. Plus il y a de conflits investisseurs-Etat dans les traités et plus ils ont d’affaires à traiter.

Les juristes de l’UE et des Etats-Unis dominent le terrain, cherchant toute opportunité pour porter plainte contre les Etats. 19 des 20 offices juridiques dominantes représentant les entreprises accusateurs ou défenseurs dans ces litiges ont leur siège en Europe ou aux Etats-Unis. Leur grande majorité (14) sont étasuniennes. Sur les 15 arbitres qui ont décidé de 55% du total des litiges investisseurs-Etats ouverts et connus aujourd’hui, 10 sont européens ou états-uniens [26].

Depuis l’entrée en application du traité de Lisbonne dans l’UE en 2009, les sociétés de juristes comme Hogan Lovells et Herbert Smith Freehills se sont donnés les moyens d’influencer le débat, invitant la Commission européenne, les représentants officiels des Etats et les parlementaires européens à d’informels (mais informés) séminaires sur le web ou à des tables rondes avec leurs clients – incluant certains qui ont porté plainte contre des Etats au nom de traités existants – comme la Deutch Bank , Shell ou le géant de l’énergie GDF-Suez. Leur message portait sur le besoin d’une protection des investissements de haut niveau et surtout que la question de la protection de l’investissement ne soient pas liée aux règles de protection du travail ou de l’environnement [27].

L’une des préoccupations exprimée par les juristes était la politisation des politiques d’investissement résultant du Traité de Lisbonne. L’implication du Parlement européen dans les décisions constitue pour eux un souci particulier. A une conférence en décembre 2009, Daniel Price, un ex- négociateurs des Etats-Unis et ex co-président du Transatlantic Economic Council (TEC) [28] qui travaille maintenant principalement comme lobbyiste, juriste pour les investisseurs et arbitre, avertissait de la dégradation continue des traités sur les investissements qu’il avait constaté aux Etats-Unis.

L’implication du Congrès a conduit à des controverses et plus tard à une révision des politiques d’investissements que Price considérait comme « inutile ». Cette révision tentait de mieux équilibrer les droits des investisseurs et des Etats grâce à une formulation légale plus précise. En Janvier 2010, peu après que Price ait pantouflé depuis l’administration Bush, il écrivit au responsable de la Commission pour les dossiers d’investissements et offrait son assistance sur la réflexion concernant le sujet. Il ajoutait : « comme vous le savez, mon groupe a conseillé aussi bien les investisseurs que les Etats » [29] :


Une pure usurpation de pouvoir.

Quelques-uns des collègues arbitres de Price ont déjà plaidé pour défendre la mise en place d’organismes de règlement des différends dans le PTCI, remettant en cause le besoin d’un renforcement judiciaire dans des systèmes légaux jugés trop sophistiqués comme ceux de l’UE ou des Etats-Unis. Simon Lester, par exemple, analyste des politiques de l’institut libertarien Cato et habituel partisan de l’arbitrage des différends investisseurs-Etat a averti du risque sans précédent que pourrait créer un système de règlement des différends dans le contexte d’énormes flux d’investissements transatlantiques [30].

Un des arguments habituels pour la défense de l’arbitrage dans les différents Etats-investisseurs – le besoin d’assurer une sécurité légale pour attirer les investisseurs étrangers dans des pays où le système judiciaire est faible – n’a aucun fondement dans le contexte du PTCI. où les investisseurs des Etats-Unis et UE assurent déjà plus de la moitié des investissements directs dans chacune des économies. Il est ainsi clair que les investisseurs semblent assez satisfaits de l’état du droit des deux côtés de l’Atlantique. Ceci est confirmé par un rapport interne de la Commission européenne de 2011 déclarant « Il est discutable qu’un accord de protection des investissements soit nécessaire au vu de l’état du droit. [31] »

Tollé public croissant

Les citoyens et la société civile organisée s’opposent aux dispositifs de règlement des différends Etats-investisseurs. D’après une déclaration du Transatlantic Consumer Dialogue formé par des groupes de consommateurs de l’UE et des Etats-Unis, le PTCI ne devrait pas comporter de résolution sur les différends investisseurs-Etats. Les investisseurs ne doivent pas avoir le droit de porter plainte contre les Etats pour obtenir des accords dans des tribunaux secrets et privés et pour court-circuiter les systèmes judiciaires domestiques qui fonctionnent bien et consolident la protection des droits de propriété aux Etats-unis comme dans l’Union européenne [32].

De manière similaire, la fédération des syndicats des Etats-Unis AFL-CIO argue que « étant donné le niveau des systèmes judiciaires Etats-Unis et de l’UE, un système de règlement des différends investisseurs-Etat est un risque inutile pour l’établissement des politiques domestiques au niveau local comme fédéral » [33].

Les militants des droits numériques, environnementaux et de la santé se sont aussi déclarés contre la menace d’un assaut des firmes transnationales sur la démocratie.

Aux Etats-Unis, la conférence nationale des législateurs des Etats qui représente les parlementaires de 50 Etats a aussi annoncé qu’elle ne soutiendrait pas « un accord (de libre-échange) qui comporterait une clause relative portant sur les différends entre Etat et investisseurs » car cela interférerait avec « leur capacité d’action et leur responsabilité en tant que législateurs d’Etat d’ordonner et de faire appliquer des règles justes, non discriminatoires, qui protègent la santé publique, la sécurité et le bien-être, assure aux travailleurs santé et sécurité et protègent l’environnement » [34].

Les parlementaires européens des groupes Verts, Socialistes et GUE-NGL semblent dans le même état d’esprit.

Lorsque le membre du congrès étasunien Alan Grayson a publiquement affirmé que le PTCI inclurait un système de règlement des différends investisseurs-Etat permettant de détruire la protection des consommateurs, de l’environnement, des lois sur le travail et la sécurité devant des « tribunaux internationaux », cela a généré près de 10 000 commentaires indignés de citoyens en à peine plus de 24 heures [35].


Attention à l’agenda de l’Union Européenne

Des Etats membre de l’UE semblent aussi s’interroger sur le besoin de clauses de protection des investissements entre deux systèmes légaux aussi sophistiqués que ceux de l’UE et des Etats-Unis. Certains craignent une inondation de procès depuis les Etats-Unis qui ont une culture légale des plus agressives. Il est à craindre que le secteur financier des Etats-Unis puisse sciemment utiliser la crise économique européenne comme un moyen de sauver et de restructurer leur dette. D’un autre côté, des Etats membres comme l’Allemagne ou les Pays Bas, qui défendent profondément les droits des investisseurs, veulent au contraire éviter le langage pro-intérêt public qui est plus habituel aux Etats-Unis que chez eux et qui, de leur point de vue, pourrait « diluer » la protection des investissements.

Quoiqu’il en soit, le gouvernement des Etats-Unis et la Commission européenne semblent déterminés à utiliser le PTCI pour permettre aux investisseurs étrangers de contourner les tribunaux locaux et attaquer les Etats directement par des tribunaux internationaux dès que des décisions démocratiques mettraient en cause leurs intérêts.

Le mandat de négociation de la Commission européenne porte des suggestions détaillées concernant la mise en place d’un mécanisme de règlement investisseur-Etat qui est le reflet des propositions émanant des lobbies d’affaires [36].

Cette clause mettra en cause de nombreuses politiques publiques et refroidira certainement les gouvernements qui chercheraient à établir de nouvelles règles pour protéger l’environnement et la société (voir annexe).

Il est grand temps que gouvernements et parlements des deux côtés de l’Atlantique comprennent le risque politique et financier de ces mécanismes de règlement des conflits. Le Parlement européen en particulier devrait contrôler réellement la Commission qui ignore de toute évidence les appels des députés pour des « changements majeurs » [37] dans le régime des investissements internationaux(voir annexe)

Pourquoi les législateurs devraient-il donner aux milieux d’affaires un outil si puissant pour maîtriser la démocratie et freiner les politiques définies dans l’intérêt du public ?


Annexe : Le diable est dans les détails du PTCI

Examinons point par point ce que veut négocier l’UE [38] :


- Le chapitre de protection des investissements « devrait couvrir une large gamme d’investisseurs et leurs investissements […] si l’investissement est fait auparavant ou après l’entrée en vigueur de l’Accord ».

Quelle signification en pratique ?

Les définitions « d’investisseur » et « d’investissements » sont clés parce qu’ils déterminent ce qui est couvert par le chapitre. Une large définition couvre non seulement des entreprises réellement implantées dans l’Etat hôte, mais également la foule d’établissements secondaires et les instruments souverains de la dette, ce qui expose les Etats à un risque légal imprévisible. Des définitions larges ouvrent aussi la porte aux entreprises boîte aux lettres abusant du traité pour « faire leur marché », qui permettrait, par exemple, qu’une société américaine poursuive en justice l’UE via une entreprise de boîte aux lettres hollandaise.


- Les droits de propriété intellectuelle (DPI) devraient être inclus dans la définition ’d’investissements’ protégés par PTCI.

Quelle signification en pratique ?

Les conflits Etat-investisseurs menés par l’entreprise Philip Morris contre l’Uruguay et l’Australie montrent les risques de cette proposition (l’Encadré 1). Dans une autre réclamation [...] le géant Eli Lilly attaque des lois sur les brevets au Canada par lesquelles l’utilité médicale d’un médicament doit être démontrée pour pouvoir déposer un brevet [39]. Les avocats de santé publique ont baptisé les accords semblables à celui prévu dans le PTCI : « un piège pour l’accès aux médicaments [40] ».


- Les investisseurs devront être traités « de façon juste et raisonnable incluant une interdiction de mesures peu raisonnables, arbitraires ou discriminatoires ».

Quelle signification en pratique ?

Une disposition fourre-tout la plus prisée par investisseurs poursuivant en justice un Etat. Dans 74 % des affaires où des investisseurs américains ont gagné, les tribunaux ont trouvé une violation sur la base de ce type de clause. Dans Tecmed v. Mexique, par exemple, le tribunal a constaté que le Mexique « n’avait pas agi sans ambiguïté et d’une manière totalement transparente ». En raison des préoccupations environnementales, une administration locale n’avait pas accordé une licence à une usine [41] de traitement des déchets.

L’UE va probablement proposer une version large de la clause, protégeant même les investisseurs contre la remise en cause de leurs espérances « légitimes » du fait de changements « imprévisibles ». On pourrait considérer une interdiction d’un produit chimique trouvé nuisible pour la santé publique comme une violation de cette disposition. On permettra ainsi aux investisseurs de défier les justifications scientifiques d’une politique et de faire déclarer celle-ci « arbitraire » ou « peu raisonnable ».


- Les investisseurs devraient être protégés « contre l’expropriation directe et indirecte », y compris avec un droit à compensation.

Quelle signification en pratique ?

D’un certain point de vue, favorable à l’investisseur, presque n’importe quelle mesure légale ou réglementaire peut être considérée comme une expropriation indirecte quand elle a pour effet de baisser le montant des profits attendus. Plusieurs tribunaux ont interprété des politiques publiques environnementales et autres illégitimes de ce point de vue.


- L’accord devrait aussi inclure « une clause parapluie ».

Quelle signification en pratique ?

Ceci ferait assumer par un Etat toutes les obligations qui concernent un investissement, le PTCI servant « de parapluie » (ainsi en serait-il du contrat lui-même avec un investisseur), multipliant ainsi le risque de procès coûteux.


- L’accord devrait garantir « le transfert libre des fonds de capital et des paiements par des investisseurs ».

Quelle signification en pratique ?

Cette disposition permettrait à l’investisseur d’importer ou d’exporter librement ses capitaux, réduisant la capacité de pays à traiter de soudains et massifs flux de capitaux positifs ou négatifs, mettant en cause l’équilibre des paiements avec le risque de crises macro-économiques.


- La protection des investissements « devra se faire sans préjudice des droits de l’UE et des États membres d’ adopter et faire respecter […] les mesures nécessaire pour poursuivre des objectifs de politiques publiques légitimes sociales, environnementales, de stabilité du système financier, de santé publique et de sécurité dans une façon non-discriminatoire ».

Quelle signification en pratique ?

Ce paragraphe est faussement rassurant. Il lie la politique publique aux résultats de tests de nécessité, plaçant la charge de la preuve sur le gouvernement pour justifier ses actions. La règle édictée par l’Australie sur les paquets de cigarettes est-elle nécessaire pour protéger la santé publique ? Est-ce qu’en Allemagne la sortie de l’énergie nucléaire était nécessaire ? Ne pourrait-il pas y avoir d’autres solutions, des mesures plus efficaces ? Il reviendrait à un tribunal offshore d’avocats privés de décider avec un total manque de responsabilité.

Les arbitres qui décident dans les procédures investisseurs-Etat devraient être indépendants Ceci répond aux préoccupations répandues de conflits d’intérêts parmi les groupes de trois avocats qui décident en fin de compte des résultats du conflit. Contrairement aux juges, ils n’ont pas de salaire fixe, mais sont payés sur le nombre de cas qu’ils traitent. Des codes de conduite existants n’ont pas empêché un petit nombre d’officines arbitrales de « s’emparer » de l’arbitrage de la majorité de conflits Etat-investisseur, ouvrant la voie dans l’avenir à de nombreuses affaires dans lesquelles l’interprétation de la loi se révélerait le plus souvent favorables à l’investisseur. Par cette clause, l’UE ne considère pas les conflits d’intérêts entre ces arbitres entrepreneuriaux. La seule revendication de leur indépendance est clairement insuffisante.


- Il devrait y avoir "une interprétation contraignante de l’Accord par les Parties".

Quelle signification en pratique ?

Ceci est supposé permettre aux gouvernements de contrôler comment la loi qu’ils ont créée est interprétée. Après une vague de réclamations d’investisseur avec l’ALENA(l’ACCORD DE LIBRE-ÉCHANGE NORD-AMÉRICAIN), les EU, le Canada et le Mexique ont publié de telles clarifications communes de droits d’investisseur vaguement formulées. En pratique, les arbitres ont largement prouvé qu’ils étaient enclins à ignorer de telles interprétations contraignantes [42].


- Les investisseurs devraient pouvoir utiliser « une aussi large gamme de forums d’arbitrage qu’il en est actuellement disponible conformément aux accords bilatéraux sur les investissements conclus par les Etats membres ».

Quelle signification en pratique ?

L’institution administrant un conflit Etat-investisseur est importante : par exemple, quand elle nomme des arbitres ou reçoit des réclamations contre eux sur la base de conflits d’intérêts. « Une vaste gamme » de forums pourrait inclure des organisations entièrement immergées dans les affaires comme la Chambre de commerce Internationale Basée à Paris (l’ICC), un des lobbies d’entreprises les plus influents du monde.

Un tel centre d’affaires pourrait-il réellement être considéré comme « indépendant » dans un différend entre Etat et investisseurs ?


- Les mécanismes de règlement des différends état-investisseurs doivent inclure des sécurités contre les plaintes injustifiées ou peu sérieuses.

Quelle signification en pratique ?

Un paragraphe lui-aussi est faussement rassurant. Aucune des attaques controversées sur des politiques publiques mentionnées précédemment ne serait écartée par un tel mécanisme - parce que basées sur l’allégation de violations réelles des clauses du traité souvent rédigées de façon interprétable. Les plaintes sont seulement considérées « frivoles » quand il y a un manque total de bases légales.

Sous les règles existantes, les Etats pourraient à priori demander aux arbitres de rejeter des recours « frivoles » mais aucune occurrence n’est connue à ce jour [43]


- On devrait prendre en considération la possibilité de créer un mécanisme d’appel applicable au règlement des conflits dans le cadre de l’accord.

Quelle signification en pratique ?

Contrairement à ce qu’on trouve dans les systèmes judiciaires publics, les décisions des juridictions d’arbitrage Etat- investisseur ne sont pas révisables, mises à part les procédures d’annulation qui concernent à une gamme étroite d’erreurs procédurales et ne sont pas traitées par des juges, mais par un autre tribunal d’arbitrage. Un mécanisme d’appel pourrait contribuer à des décisions plus cohérentes, mais les choses étant ce qu’elles sont, les perspectives de réalisation sont lointaines..


Publié par Seattle to Brussels Network, Corporate Europe Observatory et Transnational Institute, octobre 2013


[1] Le mandat de la Commission, du 17 juin 2013, peut être trouvé sur le site du réseau S2B, http://www.s2bnetwork.org/fileadmin... 18-09-2013

[2] Pour les conflits d’intérêts voir chapitre 4 du document de Corporate Europe Observatory/ Transnational Institute (2012) Profiting from Injustice, http://corporateeurope.org/publicat... [15-05-2013].

[3] UNCTAD (2013) Recent Developments in Investor-State Dispute Settlement (ISDS), No 1, Revised, May, p. 4, unctad.org/en/Docs/webdiaeia20103_en.pdf [15-05-2013], with additional research in the UNCTAD database of investor-state disputes, http://unctad.org/en/pages/DIAE/Int... [26-05-2013].

[4] Porterfield, Matthew C. and Byrnes, Christopher R. (2011) Philip Morris v. Uruguay. Will investor-State arbitration send restrictions on tobacco marketing up in smoke ? Investment Treaty News, http://www.iisd.org/itn/2011/07/12/... [15-05-2013].

[5] 9 Hall, David (2010) Challenges to Slovakia and Poland health policy decisions : use of investment treaties to claim compensation for reversal of privation/liberalisation policies, January, http://www.psiru.org/reports/2010-0... [23-05-2013] ; Peterson, Luke Eric (2012) Investor Announces Victory in Intra-EU BIT Arbitration with Slovakia Arising out of Health Insurance Policy Changes, Investment Arbitration Reporter, 10 December.

[6] Bernasconi-Osterwalder, Nathalie/ Hoffmann, Rhea Tamara (2012) The German Nuclear Phase-Out Put to Test in International Investment Arbitration ? Background to the new dispute Vattenfall v. Germany (II), http://www.iisd.org/publications/pu... [23-05-2013].

[7] Corporate Europe Observatory/ Council of Canadians/ Transnational Institute (2013) The right to say no. EU-Canada trade agreement threatens fracking bans, http://corporateeurope.org/publicat... [15-05-2013].

[8] Phillips, Tony (2008) Argentina Versus the World Bank : Fair Play or Fixed Fight ?, Center for International Policy (CIP), http://www.cipamericas.org/archives/1434 [15-05-2012]. Peterson, Luke Erik (2008) Round-Up : Where things stand with Argentina and its many investment treaty arbitrations, Investment Arbitration Reporter, 17 December.

[9] Perry, Sebastian (2013) Bondholders pursue Greece over debt haircut, Global Arbitration Review, 7 May.

[10] 7 UNCTAD (2011) Sovereign Debt Restructuring and International Investment Agreements, Issues Note No 2, July, unctad.org/en/Docs/webdiaepcb2011d3_en.pdf [15-05-2013] ; International Monetary Fund (2012) The Liberalization and Management of Capital Flows : An Institutional View, www.imf.org/external/np/pp/e... [15-05-2013].

[11] Voir, par exemple, la lettre conjointe de la Chambre de commerce des Etats-Unis, de BusinessEurope, du Transatlantic Business Dialogue, l’AmCham EU et autres dans le document EU-US Investment Dialogue, daté de 16 novembre 2011, http://www.amchameu.eu/Portals/0/20... [15-05-2013]. In leurs contributions en 2012 et 2013 sur le PTCI pour l’UE et les Etats-Unis US, tous ces lobbies ont plaidé pour un mécanisme de règlements des différends investisseurs-Etat.

[12] 12- Au printemps 2011, le gouvernement australien a annoncé qu’il n’inclurait plus désormais de mécanisme investisseurs-Etats dans les accords de commerce. La Bolivie, l’Equateur et le Venezuela ont mis un terme à plusieurs traités sur l’investissement et se sont retirés du mécanisme instauré par la Banque mondiale pour régler ces différends, le Centre international de règlement de différends sur l’investissement (le CIRDI). L’Afrique du Sud a revu ses traités.

[13] Déclaration de la Chambre de commerce des Etats-Unis sur le PTCI au bureau du représentant des Etats-unis pour le commerce, 10 mai 2013, http://www.regulations.gov/# !docume... [23-05-2013].

[14] Voir, par exemple, Corporate Europe Observatory (2011) Le droit de l’investissement défit la démocratie, http://corporateeurope.org/publicat... [23-05-2012].

[15] Rapport interne de la Commission européenne d’une rencontre sur la politique de l’UE sur l’investissement et sur le dialogue EU-UE , organisé par AmCham EU le 8 Juillet 2011. Obtenu par une requête faite dans le cadre de la loi sur l’accès au document. Voir le CEO.

[16] CNUCED (2013), see endnote 10 ; Akhtar, Shayerah Ilias/ Weiss, Martin A. (2013) U.S. International Investment Agreements. Issues for Congress. Congressional Research Service, April 29, www.fas.org/sgp/crs/row/R430... [23-05-2-13].

[17] 20 République Tchèque (20 demandes), Pologne (14), République Slovaque (11), Hongrie (10), Roumanie (9), Lituanie (5), Estonie, Allemagne, Latvie (all 3 demandes), Slovénie et Espagne (2 demades, Belgique, France, Italie et Portugal (tous une demande).

[18] Bulgarie, République Tchèque, Estonie, Latvie, Lituanie, Pologne, Roumanie et Slovaquie.

[19] Chase, Peter H. (2011) The United States, European Union and International Investment, GMF policy brief, July, p.8, http://www.gmfus.org/archives/the-u... [15-05-2013].

[20] Chevron Corporation : Comments on Proposed Transatlantic Trade and Investment Partnership, May 7, 2013, http://www.regulations.gov/# !docume... [23-05-2013].

[21] Voir le site http://chevrontoxico.com/. Pour la version de Chevron, voir http://www.theamazonpost.com/.

[22] Chevron Corporation, voir note 22.

[

>23] Ibid.

[24] 27 See : Corporate Europe Observatory (2011), voir note 15 ; Corporate Europe Observatory/ Transnational Institute (2012) Profiting from Injustice, chapitres 3 et 4, http://corporateeurope.org/publicat... [15-05-2013].

[25] OCDE (2012) Mécanisme de règlement des différends Investisseurs-Etat, Consultation publique : 16 Mai– 23 Juillet 2012, p. 20. International Center for Settlement of Investment Disputes (2008) Schedule of Fees (Effective January 1, 2012), p.1.

[26] Corporate Europe Observatory/ Transnational Institute (2012) Profiting from Injustice, voir note 27.

[27] Analyse du contexte pour la table ronde sur l’investissement étranger organisé par Hogan Lovells à Frankfurt le 7 juin 2010 et rapport interne de la Commission sur l’investissement direct, table ronde organisé par Hogan Lovells à Bruxelles le 7 décembre 2010, daté du 21 décembre 2010, TRADE F.2 CB/MAL/ba. Obtenu par une requête faite dans le cadre de la loi sur l’accès au document . Voir le CEO.

[28] Le Conseil Economique transatlantique (CTE) regroupe la Commission européenne et les représentants du gouvernement des Etats-Unis. Mise en place par le Président de la Commission, la Chancelière allemande Merkel et le Président des Etats-Unis Bush en 2007 pour faire progresser l’intégration économique transatlantique.

[29] 32 Commission européenne (2009) : Rapport de Mission . Conférence, 50 ans de traités d’investissement bilatéraux – Frankfort 1-3 Décembre 2009 ; mail de Daniel Price à Jean-François Brakeland, chef de pour l’unité sur les services et l’investissement au département commerce de la Commission, daté du 5 janvier 2010. Obtenu par une requête faite dans le cadre de la loi sur l’accès au document . Voir le CEO.

[30] 33 voir l’échange sur le blog de Simon Lester, analyste de la politique commerciale au Cato Institute, et l’arbitre Mark Kantor, http://worldtradelaw.typepad.com/ie... [15-05-2013].

[31] Rapport interne de la Commission européenne d’une rencontre sur la politique européenne d’investissement et dialogue sur l’investissement entre les EU et l’UE, organisé parAmCham EU le 8 juillet 11 avec le European Services Forum, 13 Décembre 2011, daté du 17 Décembre 2011.Obtenu par une requête faite dans le cadre de la loi sur l’accès au document . Voir le CEO.

[32] Dialogue transatlantique des consommateurs (2013) : réaction des groupes de consommateurs des EU et de l’UE à l’annonce du PTCI, 5 Mai 2103, http://www.tacd.org/index2.php?opti... [15-05-2013].

[33] 38 AFL-CIO (2013) U.S.-EU Free Trade Agreement, http://www.aflcio.org/Issues/Trade/... [15-04-2013].

[34] Lettre ouverte des législateurs des Etats-Unis aux négociateurs du PTCI réclamant le rejet du mécanisme Investisseurs-Etat, Juillet 2013.

[35] Les Sociaux-démocrates soulèvent la question du mécanisme Etat-Investisseur, 23 Mai 2012, http://www.socialistsanddemocrats.e... [26-05-2013].

[36] Voir note 1.

[37] Résolution du Parlement européen du 6 avril 2011 sur la future politique européenne d’investissement international (2010/2203(INI), 6 avril 2011.

[38] voir note 1.

[39] Conseil des Canadiens (2013)le cas Eli Lilly’s, poursuite sur le fondement de l’ALENA devrait faire réfléchir rapidement aux droits des investisseurs dans les accords de commerce, http://canadians.org/blog/eli-lilly... [18.09.2013].

[40] Baker, Book K. (2013) Corporate Power Unbound. Investor-State Arbitration of IP Monopolies on Medicines – Eli Lilly and the TPP, PIJIP Research Paper Series, Paper 36, http://digitalcommons.wcl.american.... [26-05-2013].

[41] Public Citizen (2012) Memorandum. “Fair and Equitable Treatment” and Investors’ Reasonable Expectations : Rulings in U.S. FTAs & BITs Demonstrate FET Definition Must be Narrowed, www.citizen.org/documents/MS... [26-05-2013].

[42] Porterfield, Matthew C. (2013) A Distinction Without a Difference ? The Interpretation of Fair and Equitable Treatment Under Customary International Law by Investment Tribunals, Investment Treaty News, 22 March, http://www.iisd.org/itn/2013/03/22/... [26-05-2013].

[43] Inside US Trade (2013) Revised EU Mandate Seeks To Prevent ‘Frivolous’ Investor-State Claims, 23 May.

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28 janvier 2014 2 28 /01 /janvier /2014 14:49

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Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



En Colombie, s'opposer à la politique du gouvernement est un crime. Rechercher la paix, la justice sociale et la vraie démocratie est illégal, là où un gouvernement légal prospère par le crime organisé, la guerre contre son peuple, l'oligarchie préservée.

 

 

 

Ce 20 janvier, les « forces de l'ordre » colombiennes ont commis un nouvel acte barbare contre l'opposition sociale avec l'assaut lancé contre le siège du Parti communiste colombien (PCC) et, l'enlèvement du gardien du siège, soumis à des agressions physiques et verbales.

A 1 h du matin, les policiers du commissariat 13 de la localité de Teusaquillo, dans la banlieue de Bogota, lancent un assaut contre le siège du PCC avant d'enlever le gardien, Omar Javier Bustos, sous prétexte de « port d'armes illégal ».

A 2 h, il est porté au commissariat de Teusaquillo où il subit des agressions verbales parce qu'il « est du Parti communiste », puis à l'Unité de réaction immédiate (URI) de la localité voisine de Puente Aranda, où il est violemment passé à tabac, comme l'indique le rapport médical officiel, qui a préconisé une semaine d'arrêt de travail pour le militant communiste.

 

Emmené dans l'après-midi au juge pénal municipal, ce dernier ordonne sa libération immédiate. Pourtant Omar Bustos est de nouveau placé en cellule dans la nuit, subissant de nouvelles agressions, verbales et physiques.



Les faits énumérés ici ont été confirmés par des ONG responsables de la défense des droits de l'Homme : la Comité permanent pour la défense des Droits de l'Homme (CPDH) et la Corporation pour la Défense des droits de l'Homme (REINICIAR).

La sénatrice de gauche Gloria Inés Ramirez a dénoncé ces actes avec la plus grande fermeté :

« La brutalité avec laquelle fut traité le camarade Omar Javier Bustos, parce qu'il était gardien du siège du Parti communiste, démontre les conceptions nettement McCarthystes, propres aux régimes fascistes, qui inspirent le comportement de la police et constituent, avec la persécution de la Marche Patriotique, une nouvelle preuve que le régime dominant en Colombie dénie les droits les plus élémentaires à l'opposition de gauche, et est bien loin de correspondre à une vraie démocratie. »



Les ONG de défense des droits de l'Homme ont dénoncé les policiers responsables de ces actes barbares : César Acosta, Andrés Hernández et David Monsalve, sans illusion sur les poursuites potentielles engagées contre eux. L'impunité règne en Colombie.

En effet, dans la seule année 2013, 26 membres de la Marche Patriotique – ce mouvement réunissant mouvements sociaux, avec à sa tête le Parti communiste, demandant la paix avec justice sociale – ont été assassinés.

 

 

On peut rappeler que la Colombie est un tombeau pour les syndicalistes. Deux syndicalistes sur trois assassinés dans le monde le sont en Colombie : 2 800 militants et cadres syndicaux ont été liquidés par les milices fascisantes de connivence avec l’État colombien cette dernière décennie.



Évidemment, nous exprimons la plus grande solidarité avec nos camarades colombiens face à de tels actes barbares. Faisons pression auprès de notre gouvernement pour qu'il annule les accords de coopération avec la Colombie, impose que des sanctions soient prises contre ce gouvernement qui n'hésite pas à réprimer le mouvement social par les balles.

 

Les militants d'Action communiste partage totalement cette déclaration cette déclaration

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17 janvier 2014 5 17 /01 /janvier /2014 14:21
Nous publions cet article de J.Nikonoff paru en 2008.  Il est toujours d'actualité.  L'auteur nous présente La Charte de La Havane qui fut élaborée au lendemain de la deuxième guerre mondiale.  Elle fut signée le 24 mars 1948 mais  le congrès américain refusa de la ratifier.  Elle ne fut jamais mise en application.  On y parlait de coopérations économiques entre Etats pour favoriser le développement industriel et le plein emploi, de balances des paiements en équilibre, de possibles limitations d'importations négociées, de conditions de travail équitables, notamment dans les entreprises travaillant pour l'exportation, de contrôle des investissements étrangers .  Depuis les années 80, avec le capitalisme mondialisé, le libre-échange, le dumping social sont devenus la règle et les multinationales dominent la planète, font la politique des Etats et écrivent les traités internationaux du commerce ... La lecture de la Charte de La Havane donne des pistes pour s'opposer à ce capitalisme mondialisé.

 

Préambule à la Charte de La Havane
Jacques NIKONOFF ( MPEP )

Le libre-échange est une croyance fanatique. Ses évangélistes, notamment regroupés au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), ont condamné à mort des milliers d’habitants des pays pauvres. Les politiques qu’ils ont imposées ont provoqué, parfois de façon effroyable, l’aggravation des inégalités entre pays et à l’intérieur de chaque pays. Contrairement à ce que prétend la théorie du libre-échange, nulle part l’augmentation du commerce international n’a permis de « tirer » la croissance économique dans chaque pays, pas plus que la suppression des barrières douanières (« libéralisation » dans le langage de l’OMC).


Le libre-échange est une domination monstrueuse et hypocrite des riches des pays riches sur le reste de la planète. La Grande-Bretagne et les Etats-Unis, aujourd’hui fanatiques du libre-échange, étaient hier protectionnistes. Ce n’est qu’une fois leur position dominante acquise sur le plan industriel qu’ils sont devenus libre-échangistes. Avec le libre-échange, les pays africains, par exemple, n’auront jamais d’agriculture permettant l’autosuffisance et la souveraineté alimentaires, jamais d’industrie pharmaceutique, sidérurgique ou chimique, etc. Lorsque près de 2 milliards de personnes vivent avec moins de 2 dollars par jour, l’expansion du commerce n’a aucun sens. Que vont-elles pouvoir acheter de plus ? Seule l’aide publique au développement, et non le commerce libre-échangiste, est susceptible de réduire puis de supprimer cette pauvreté effroyable. De même que la « financiarisation » de l’économie, la « marchandisation » de toute activité humaine au travers du libre-échange ne sert que les ambitions hégémoniques de l’oligarchie des multinationales.


Le libre-échange est un des principaux piliers de l’idéologie néolibérale. La mondialisation néolibérale, à cet égard, peut être définie comme la réorganisation du travail à l’échelle planétaire, afin de redresser les profits et la productivité, grâce à la libre circulation des marchandises, des capitaux, des services et de la main-d’oeuvre. Le libre-échange a été érigé en tabou. Ceux qui le combattent et qui considèrent que la nation a un rôle à jouer sont qualifiés de nationalistes ou souverainistes ; ceux qui considèrent qu’il faut respecter la souveraineté populaire sont accusés de populistes ; ceux qui considèrent que l’Etat doit réguler les marchés sont stigmatisés comme étatistes ; et ceux qui critiquent le libre-échange sont jugés protectionnistes.


Face au libre-échange, les alternatives proposées par les gouvernements ou les organisations sociales (partis politiques, syndicats, associations) ne sont pas à la hauteur. Elles se limitent, au mieux, à réclamer une réforme démocratique de l’Organisation mondiale du commerce. Une telle réforme, bien sûr, si elle advenait, serait un grand pas en avant. Cependant la question principale n’est pas celle du fonctionnement de l’OMC, mais celle du fonctionnement du commerce international lui-même. C’est le libre-échange qu’il faut frapper au coeur. Or, à cet égard, aucune alternative systémique n’est véritablement proposée pour l’instant et mise en débat afin d’irriguer les luttes sociales et les politiques publiques.


Le moment est venu de briser ce tabou. Telle est la raison de l’exhumation du texte de la Charte de La Havane dont le contenu est susceptible de stimuler les esprits les plus aplatis.


Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, un vaste bilan des relations internationales est opéré par les gouvernements victorieux. Les économies européennes sont largement détruites, il faut quasiment tout reconstruire dans plusieurs pays. Les grandes puissances cherchent alors à élaborer des instruments internationaux permettant d’éviter le retour du chaos économique et des guerres commerciales qui avaient caractérisé la décennie de l’avant-guerre. La crise de 1929, en effet, avait entraîné la montée du protectionnisme, l’effondrement du commerce mondial et contribué à précipiter le monde dans la tourmente.

La coopération économique est établie comme l’un des buts et principes de l’ONU, cette dernière reconnaissant les fondements économiques de la paix dans l’article 55 de la Charte des Nations Unies. Déclare-t-on la guerre à ses partenaires commerciaux ? L’ONU s’attelle donc à la reconstruction d’un ordre économique international cohérent. Il fallait créer une institution chargée de maintenir la stabilité monétaire internationale, en prévenant la course aux dévaluations. C’est dans ce but que fut créé le Fonds monétaire international (FMI). A ses côtés, la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD), appelée Banque mondiale, fut chargée du financement de ce double objectif défini dans son titre. Le troisième pilier devait être une organisation internationale du commerce.


Tout débute en 1946 quand, sous les auspices du Conseil économique et social des Nations unies, est convoquée la Conférence de La Havane en vue d’élaborer la charte constitutive d’une organisation internationale du commerce.

Ce projet très ambitieux, qui vise à la création de cette organisation en tant qu’institution spécialisée de l’ONU, ne verra malheureusement jamais le jour. Même si 53 nations l’ont signée, aucune n’a jamais ratifié la Charte qui est devenue lettre morte après avoir été discrètement retirée à l’étape de son examen par le Sénat américain. C’est donc en dehors du cadre onusien que le système commercial multilatéral va s’organiser.

Le Conseil économique et social des Nations Unies, par une résolution en date du 18 février 1946, décidait de convoquer une « Conférence internationale sur le commerce et l’emploi en vue de favoriser le développement de la production, des échanges et de la consommation des marchandises ». La Conférence s’est réunie à La Havane (Cuba) du 21 novembre 1947 au 24 mars 1948. Elle a arrêté le texte de la Charte de La Havane « instituant une Organisation internationale du commerce » (OIC), qui a été soumis aux gouvernements représentés à la Conférence.

 

Elle a donné lieu à trois documents :

- L’Acte final

- La Charte de La Havane instituant une Organisation internationale du commerce, et ses annexes

- Les résolutions adoptées par la Conférence


Sans attendre la fin des négociations, 23 Etats décidaient, en 1947, de détacher le chapitre du projet de Charte relatif aux échanges de produits manufacturés et d’en faire l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT). Accident historique, le GATT restera, jusqu’en 1994, le seul instrument multilatéral régissant le commerce mondial. De 1948 à 1994, ce même terme a également désigné l’organisation internationale provisoire destinée à gérer cet accord.

Le rôle le plus visible du GATT au cours de ses quelques décennies d’existence aura été celui de l’organisation de « cycles » périodiques de négociations en vue d’abaisser les barrières douanières, d’obtenir des « concessions » et de régler d’autres questions commerciales.

Huit cycles ou « rounds » se sont tenus sous l’égide du GATT jusqu’à la création de l’OMC, à la suite de l’Uruguay round, lors de la conférence de Marrakech le 15 avril 1994. Jusqu’au milieu des années soixante, les différends commerciaux entre pays sont peu nombreux. On assiste à une diminution progressive des tarifs douaniers sur les produits industriels (mais sur eux seuls) : ils passent de 40 % au lendemain de la Seconde Guerre mondiale à 5 % environ à notre époque. Un certain consensus règne alors pour plusieurs raisons : les Etats-Unis dominent le monde et ne se sentent pas menacés par un quelconque concurrent commercial. Le capitalisme (les « Trente Glorieuses ») est alors encadré (ou régulé), les Etats interviennent fortement dans l’économie, la croissance est élevée, le chômage très faible. Les Pays en voie de développement (PVD) obtiennent des concessions, car dans le contexte de la guerre froide, les pays occidentaux veulent éviter leur basculement dans le camp soviétique. Le libre-échangisme est très modéré et il ne touche que peu de secteurs.

L’Uruguay Round (1986-93), convoqué sur une idée de Ronald Reagan, va consacrer la fin du libre-échangisme modéré et consensuel, tandis que le triomphe de l’idéologie néolibérale sera favorisé par l’écroulement des Pays de l’Est. Ce long cycle voit s’affronter les Etats-Unis, la Communauté économique européenne (CEE) et le Japon entre eux, mais va aussi voir monter la pression du groupe des PVD oubliés de la prospérité. L’objectif est de supprimer les mesures protectionnistes non tarifaires (autres que les tarifs douaniers) et étendre les mesures libre-échangistes à toutes les activités.


Cette généralisation de la libéralisation du commerce international ne rendait que plus urgente la recherche d’alternatives. C’est en ce sens que la Charte de La Havane présente autant d’intérêt puisqu’elle envisageait les relations commerciales internationales d’un tout autre point de vue. Sa lecture est un véritable bain de jouvence ! Elle devrait fournir aux militants altermondialistes, aux organisations syndicales et politiques, aux élus et fonctionnaires concernés par ces questions une matière particulièrement riche pour renouveler leurs conceptions du commerce international et du développement. Ils devraient donc lire cette Charte toutes affaires cessantes !


L’Organisation internationale du commerce que voulait créer la Charte de La Havane était partie intégrante de l’ONU

Seule l’ONU donne, ou plus exactement devrait donner au système international sa légitimité. Elle est, ou elle devrait être la pierre angulaire du système des organisations internationales. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale c’est donc logiquement dans le cadre politique et juridique de l’ONU que s’est engagée la réflexion sur l’Organisation internationale du commerce. La Charte de La Havane a été élaborée et négociée dans un comité de l’ONU. Même si l’OIC n’a jamais vu le jour, il faut rappeler que c’est l’ONU qui a convoqué la Conférence de La Havane, a aidé à la préparer, puis a ultérieurement fourni le personnel du premier secrétariat du GATT. Une des revendications de la mouvance altermondialiste, d’ailleurs, est l’intégration de l’OMC dans le cadre onusien.

Dans cette perspective le texte de la Charte de La Havane montre comment le FMI, la BIRD, l’OIC, l’OIT pouvaient collaborer.


La Charte de La Havane est probablement le premier texte international à évoquer le développement

La question des liens entre commerce et développement a été évoquée pour la première fois à la Conférence de La Havane par les pays d’Amérique latine. Plus tard, l’accession à l’indépendance des pays en développement d’Afrique et d’Asie, à la suite de la Conférence de Bandung de 1955, a relancé une dynamique mondiale visant à créer un système commercial international qui favorise le développement économique et social. C’est pour réaliser cet objectif que la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement (CNUCED) a été créée en 1964. La Charte de La Havane propose une approche qui se situe aux antipodes des conceptions actuelles du commerce international. Pour elle ce commerce ne peut avoir qu’un seul objet : le développement de chaque pays considéré individuellement, dans un cadre de relations internationales fondées sur la coopération et non sur la concurrence.


La Charte de La Havane ne sépare pas le commerce international et emploi

La Conférence de La Havane a tenté de traiter une question essentielle : l’articulation entre le commerce et l’emploi. C’est pourquoi elle s’intitulait « Conférence internationale sur le commerce et l’emploi ». A l’époque, tout le monde croyait au plein emploi. Aujourd’hui, cet objectif a non seulement été abandonné, mais le chômage est devenu la « variable d’ajustement » de l’économie.

On ne trouvera jamais, d’ailleurs, dans la littérature de l’OMC, l’objectif du plein emploi comme raison du commerce international. L’article 1 de la Charte de La Havane, qui en fixe l’objet, est particulièrement clair : « Atteindre les objectifs fixés par la Charte des Nations Unies, particulièrement le relèvement des niveaux de vie, le plein emploi et les conditions de progrès et de développement. »

On croit rêver !

L’article 2 précise que « les Etats membres reconnaissent qu’il n’est pas uniquement de leur intérêt national de prévenir le chômage et le sous-emploi [...] mais que la prévention du chômage et du sous-emploi est également une condition nécessaire pour [...] le développement des échanges internationaux, et, par conséquent, pour assurer le bien-être de tous les autres pays. »

Ainsi « les Etats membres reconnaissent que, si la prévention du chômage et du sous-emploi dépend, au premier chef, de mesures intérieures, prises individuellement par chaque pays, ces mesures devraient être complétées par une action concertée, entreprise sous les auspices du Conseil économique et social des Nations Unies et avec la collaboration des organisations intergouvernementales qualifiées... »

A quand une réunion sur le plein emploi organisée par l’OMC ?


Un principe fondamental : celui de l’équilibre de la balance des paiements

Ce principe est le plus important de la Charte de La Havane et lui donne sa charpente. Il signifie qu’aucun pays ne doit être en situation structurelle d’excédent ou de déficit de sa balance des paiements. Autrement dit, pour simplifier, dans les échanges commerciaux bilatéraux entre pays, c’est la règle « je t’achète autant que tu m’achètes » qui doit prévaloir.

La balance des paiements retrace l’ensemble des relations entre les agents économiques résidents et les non-résidents (activités sur le territoire national d’une durée inférieure à un an ou agents économiques à l’étranger). Elle mesure l’ensemble des échanges économiques : flux de marchandises, de services et de capitaux.

Pour chaque flux, il y a une opération « réelle » et une opération monétaire. Si j’achète des voitures anglaises, ces voitures (flux réels) entrent en France et des capitaux (flux monétaires) en sortent pour effectuer le paiement. L’importation est inscrite au débit (sortie) de la balance commerciale alors qu’une exportation est inscrite au crédit (entrée). Quand on importe, il y a une baisse des avoirs de réserve (sorties de devises) ; quand on exporte, il y a une augmentation des avoirs de réserve (entrées de devises).

On confond souvent balance des paiements et balance commerciale. La balance commerciale correspond seulement aux flux de biens (la balance des services retraçant les flux de services).

Ce qu’il y a de radicalement nouveau dans la Charte de La Havane par rapport à la situation actuelle, c’est la recherche de l’équilibre de la balance des paiements comme principe général.

Ainsi l’article 3 énonce-t-il que « les Etats membres chercheront à éviter les mesures qui auraient pour effet de mettre en difficulté la balance des paiements d’autres pays. » Autrement dit, la « priorité aux exportations », qui est le mot d’ordre général de tous les pays, et particulièrement de la France depuis l’alignement de 1982-1983 sur les politiques néolibérales, ne saurait être une politique acceptable pour l’OIC. En effet, cette « priorité aux exportations » affiche clairement son ambition : créer chez soi un excédent structurel de la balance des paiements. Comme on n’exporte pas sur la lune et qu’il faut bien que d’autres pays achètent ce qui est exporté, il est créé chez eux un déficit structurel. Une telle situation, par définition, ne peut que déséquilibrer le commerce international et en faire un lieu d’affrontement au lieu d’en faire un outil de coopération..

C’est pourquoi l’article 4 de la Charte de La Havane parle du « rétablissement de l’équilibre interne de la balance des paiements » comme d’un objectif fondamental de l’OIC.

L’article 6 envisage ainsi des « mesures de protection en faveur des Etats membres exposés à une pression inflationniste ou déflationniste extérieure. » Même chose pour l’article 21 qui détaille les « restrictions destinées à protéger la balance des paiements ». Par « restrictions » il faut entendre la méthode des contingents, les licences ou les permis d’importation sans fixation de contingents. Tout Etat membre de l’OIC pourra, par exemple, en vue de sauvegarder sa position financière extérieure et sa balance des paiements, « restreindre le volume ou la valeur des marchandises dont il autorise l’importation ». C’est parfaitement logique : pour rééquilibrer une balance des paiements déficitaire, l’un des moyens principaux est la limitation des importations. Bien entendu ces mesures protectionnistes sont encadrées par la Charte de La Havane et ne sont autorisées que dans les cas suivants :

- pour s’opposer à la menace imminente d’une « baisse importante de ses réserves monétaires ou pour mettre fin à cette baisse » ;

- pour augmenter ses réserves monétaires « suivant un taux d’accroissement raisonnable, dans le cas où elles seraient très basses. »

Ces mesures, en outre, doivent faire l’objet d’une gestion collective et solidaire au sein de l’OIC. L’Etat membre qui applique des restrictions « les atténuera progressivement jusqu’à suppression complète, au fur et à mesure que sa position financière extérieure s’améliorera ». Cette disposition n’est d’ailleurs pas interprétée dans la Charte de La Havane comme obligeant un Etat membre concerné à atténuer ou à supprimer ces restrictions si cela devait créer une situation qui justifierait de nouvelles restrictions.

De la même manière la Charte de La Havane indique que ses Etats membres doivent reconnaître mutuellement les politiques nationales qu’ils mènent à propos « de la réalisation et du maintien du plein emploi productif », du « développement des ressources industrielles et des autres ressources économiques », de l’ « élévation des niveaux de productivité ». Chaque Etat doit donc « considérer que la demande de devises étrangères au titre des importations et des autres paiements courants » peut consommer une part importante des ressources d’un autre Etat pour se procurer des devises étrangères « au point d’exercer sur ses réserves monétaires une pression justifiant l’établissement ou le maintien de restrictions ». Dès lors chaque Etat est invité à accepter des mesures protectionnistes venant des pays concernés.

Celles-ci seront le résultat d’une négociation et non d’une décision unilatérale. Dès lors, tout Etat membre qui envisage d’appliquer des restrictions à ses importations devra, avant de les établir (ou si les circonstances ne permettent pas une consultation préalable, immédiatement après les avoir établies), « entrer en consultation avec l’OIC sur la nature des difficultés qu’il éprouve dans sa balance des paiements, sur les autres correctifs qui peuvent s’offrir à lui ainsi que sur la répercussion possible de ces mesures sur l’économie des autres Etats membres. »

Inversement, tout Etat membre qui considère qu’un autre Etat membre applique des restrictions d’une manière incompatible avec ses propres intérêts, « pourra soumettre la question à l’OIC pour discussion. L’Etat membre qui applique ces restrictions participera à la discussion. Si, au vu des faits avancés par l’Etat membre qui a recours à cette procédure, il apparaît à l’OIC que le commerce de cet Etat membre subit un préjudice, elle présentera ses observations aux parties en vue de parvenir à un règlement de l’affaire satisfaisant pour les parties et pour l’Organisation. Si la question ne peut être réglée et si l’Organisation décide que les restrictions sont appliquées d’une manière incompatible, l’Organisation recommandera la suppression ou la modification de ces restrictions. Si les restrictions ne sont pas supprimées ou modifiées dans les soixante jours, conformément à la recommandation de l’Organisation, celle-ci pourra autoriser un ou plusieurs autres Etat membres à suspendre à l’égard de l’Etat membre qui applique les restrictions, tels engagements ou concessions résultant de la présente Charte ou de son application qu’elle spécifiera. »


Contrairement à une idée reçue, des mesures protectionnistes ne sont pas synonymes de relations conflictuelles entre Etats. Ni de créatrices d’une dynamique de repli du commerce international, aboutissant peu à peu à des formes d’autarcie. Le contenu de la Charte de La Havane montre que le protectionnisme ne peut fonctionner qu’à condition d’être universaliste.


Des normes de travail équitables

L’article 7 de la Charte prévoit que « les Etats membres reconnaissent que les mesures relatives à l’emploi doivent pleinement tenir compte des droits qui sont reconnus aux travailleurs par des déclarations, des conventions et des accords intergouvernementaux. Ils reconnaissent que tous les pays ont un intérêt commun à la réalisation et au maintien de normes équitables de travail en rapport avec la productivité de la main-d’oeuvre et, de ce fait, aux conditions de rémunération et de travail meilleures que cette productivité rend possibles. Les Etats membres reconnaissent que l’existence de conditions de travail non équitables, particulièrement dans les secteurs de la production travaillant pour l’exportation, crée des difficultés aux échanges internationaux. En conséquence, chaque Etat membre prendra toutes les mesures appropriées et pratiquement réalisables en vue de faire disparaître ces conditions sur son territoire. »

Cet article prévoit aussi que « les Etats membres qui font également partie de l’Organisation internationale du travail collaboreront avec cette Organisation, afin de mettre cet engagement à exécution » et que l’Organisation internationale du commerce « consultera l’Organisation internationale du travail et collaborera avec elle. »

Nous sommes à des années-lumière des conceptions et pratiques de l’OMC ! Avec cet article, les « maquilladoras » et autres « zones économiques spéciales » dans lesquelles les travailleurs et le plus souvent les travailleuses sont surexploités ne pourraient exister. Le dumping social serait interdit. Au lieu de l’hypocrite « clause sociale » que certains gouvernements - et même des syndicalistes ! - arborent pour masquer leurs renoncements, la Charte de La Havane permettrait de combattre efficacement le dumping social.


La coopération économique remplace la concurrence

Dans son article 10, la Charte de La Havane traite de la coopération en vue du développement économique et de la reconstruction nécessaires de l’après-guerre : « les Etats membres coopéreront entre eux, avec le Conseil économique et social des Nations Unies, avec l’OIT, ainsi qu’avec les autres organisations intergouvernementales compétentes, en vue de faciliter et de favoriser le développement industriel et le développement économique général ainsi que la reconstruction des pays dont l’économie a été dévastée par la guerre. »

Cet article conserve une parfaite actualité et serait valable, plus que jamais, dans la période actuelle. La mondialisation néolibérale, en effet, a ravagé certains pays comme aurait pu le faire une guerre... Il n’est donc pas extravaguant de parler de « reconstruction », même si pour la plupart des pays pauvres il convient de parler de « construction ».


Le contrôle des mouvements de capitaux

L’article 12 a un côté irréel quand on le compare à la réalité actuelle de la globalisation financière. Selon cet article, en effet, un Etat membre de l’OIC a le droit :

- de prendre toutes mesures appropriées de sauvegarde nécessaires pour assurer que les investissements étrangers « ne serviront pas de base à une ingérence dans ses affaires intérieures ou sa politique nationale » ;

- de déterminer s’il « autorisera, à l’avenir, les investissements étrangers, et dans quelle mesure et à quelles conditions il les autorisera » ;

- de prescrire et d’appliquer « des conditions équitables en ce qui concerne la propriété des investissements existants et à venir ». Avec la Charte de La Havane, chaque Etat peut donc contrôler, en toute légalité, certains des mouvements de capitaux ! Qu’il s’agisse d’investissements de portefeuille ou d’investissements directs étrangers, la Charte de La Havane donne les outils juridiques pour s’opposer aux offres publiques d’achats (OPA), fusions et acquisitions transfrontalières ou à la pénétration du capital des entreprises cotées par les fonds de placement américains.


Les aides de l’Etat sont autorisées

Selon la théorie du libre-échange, tous les obstacles au développement du commerce doivent être supprimés. Parmi ces derniers se trouve évidemment l’Etat, notamment par les subventions qu’il peut accorder à l’économie.

Prenant le contre-pied exact de cette théorie, l’article 13 de la Charte précise que « les Etats membres reconnaissent que, pour faciliter l’établissement, le développement ou la reconstruction de certaines branches d’activité industrielle ou agricole, il peut être nécessaire de faire appel à une aide spéciale de l’Etat et que, dans certaines circonstances, l’octroi de cette aide sous la forme de mesures de protection est justifié. »

Là encore nous croyons rêver tellement le formatage des esprits, après plus de vingt ans de néolibéralisme, a fait douter de cette évidence. L’article 14 explique que « tout Etat membre pourra maintenir une mesure de protection non discriminatoire affectant les importations qu’il aura prise en vue de la création, du développement ou de la reconstruction de telle ou telle branche d’activité industrielle ou agricole ».

Prenons un exemple pour illustrer la portée considérable de cet article. Aujourd’hui, les pays africains les plus pauvres ne disposent pas d’une industrie pharmaceutique. Avec le libre-échange, n’ayant aucun avantage compétitif en ce domaine, ils sont voués éternellement à l’importation de médicaments et de matériel médical. Ajoutons que parallèlement le libre-échange de la main d’oeuvre se traduit par des départs massifs de médecins africains vers les pays occidentaux ! Avec la Charte de La Havane, ces pays pourraient réduire leurs importations de médicaments, progressivement, au fur et à mesure qu’ils constituent leur propre industrie pharmaceutique...


Des accords préférentiels sont possibles

La plupart du temps, le bilatéralisme tel qu’il se développe aujourd’hui en marge du système de l’OMC va bien plus loin, en matière de libre-échangisme, que les accords de l’OMC. Le bilatéralisme, en tant que principe, n’est cependant pas en cause. Tout dépend de son contenu. La Charte de La Havane prévoyait ce cas de figure, dans un cadre coopératif.

Son article 15 énonce en effet que « les Etats membres reconnaissent que des circonstances spéciales, notamment le besoin de développement économique ou de reconstruction, peuvent justifier la conclusion de nouveaux accords préférentiels entre deux ou plusieurs pays, en considération des programmes de développement économique ou de reconstruction d’un ou de plusieurs d’entre eux. »


Autorisation de subventions

L’affaire des subventions américaines et européennes à leurs exportations agricoles, rendant leurs prix souvent inférieurs aux productions locales des pays pauvres, a suscité une réprobation mondiale justifiée. C’est la raison pour laquelle nombreux sont ceux, particulièrement au sein de la mouvance altermondialiste, qui demandent la suppression de ces subventions. Il ne faudrait toutefois pas considérer que toute subvention à un secteur économique est mauvaise en soi. Dans certaines circonstances de telles subventions sont indispensables. C’est ce qu’explique l’article 18 de la Charte : « les dispositions du présent article n’interdiront pas l’attribution aux seuls producteurs nationaux de subventions, y compris les subventions provenant du produit des taxes ou impositions intérieures [...] et les subventions dans la forme d’achat de produits nationaux par les pouvoirs publics ou pour leur compte. Les Etats membres reconnaissent que le contrôle des prix intérieurs par fixation de maxima [...] peut avoir des effets préjudiciables pour les intérêts des Etats membres qui fournissent des produits importés. En conséquence, les Etats membres qui appliquent de telles mesures prendront en considération les intérêts des Etats membres exportateurs en vue d’éviter ces effets préjudiciables, dans toute la mesure où il sera possible de le faire. »

L’article 25 apporte des précisions : si un Etat membre accorde ou maintient une subvention quelconque, y compris toute forme de protection des revenus ou de soutien des prix, qui a directement ou indirectement pour effet soit de maintenir ou d’accroître ses exportations d’un produit, soit de réduire les importations d’un produit sur son territoire ou d’empêcher une augmentation des importations d’un produit, « cet Etat membre fera connaître par écrit à l’OIC la portée et la nature de cette subvention, les effets qu’il en attend sur le volume du ou des produits affectés qu’il importe ou exporte ainsi que les circonstances qui rendent la subvention nécessaire ». Parallèlement, dans tous le cas où un Etat membre estimerait qu’une telle subvention porte ou menace de porter un préjudice sérieux à ses intérêts, des négociations s’ouvriront entre les Etats concernés « pour étudier la possibilité de limiter la subvention. »

En clair, chaque Etat est fondé - et autorisé - à subventionner des secteurs économiques en vue de stabiliser les prix et les revenus des producteurs.


Interdiction du dumping

Le dumping, fiscal ou social, a pour but de « conquérir » des parts de marché en proposant, dans un pays et pour un même produit, des prix plus bas que ceux en vigueur.

L’article 26 de la Charte interdit formellement ce genre de pratique : « aucun Etat membre n’accordera directement ou indirectement de subvention à l’exportation d’un produit quelconque, n’établira ni ne maintiendra d’autre système, lorsque cette subvention ou ce système aurait pour résultat la vente de ce produit à l’exportation à un prix inférieur au prix comparable demandé pour le produit similaire aux acheteurs du marché intérieur ».

Au moins c’est clair ! Si de telles mesures avaient été appliquées nous n’aurions pas assisté à la disparition presque complète de secteurs économiques comme le textile, la chaussure, l’ameublement...


Des mesures spéciales pour la production cinématographique

L’article 19 traite des « réglementations quantitatives intérieures » sur les films cinématographiques. Afin de permettre une production nationale, il organise un système de « contingents à l’écran » où un temps de projection est réservé aux productions nationales. En voici un extrait : « toute réglementation de cette sorte prendra la forme de contingents à l’écran qui seront gérés conformément aux conditions et prescriptions suivantes : les contingents à l’écran pourront comporter l’obligation de projeter, pour une période déterminée d’au moins un an, des films d’origine nationale pendant une fraction minimum du temps total de projection effectivement utilisé pour la présentation commerciale des films de toute origine ; ces contingents seront fixés d’après le temps annuel de projection de chaque salle ou d’après son équivalent. »


Possibilités de « restrictions quantitatives »

La Charte prévoit déjà la possibilité de « restrictions quantitatives » dans le but d’équilibrer la balance des paiements d’un pays qui en aurait besoin. L’article 20 reprend cette idée, mais pour d’autres raisons que la recherche de l’équilibre de la balance des paiements. Après avoir indiqué qu’il fallait les éliminer, il les définit ainsi : « prohibitions ou restrictions à l’importation d’un produit du territoire d’un autre Etat membre, à l’exportation ou à la vente pour l’exportation d’un produit destiné au territoire d’un autre Etat membre, autres que des droits de douane, des taxes ou autres redevances, que l’application en soit faite au moyen de contingents, de licences d’importation ou d’exportation ou de tout autre procédé ». Un pays peut avoir recours à des restrictions quantitatives dans les circonstances suivantes :

- pendant la durée nécessaire pour prévenir une « pénurie grave de produits alimentaires ou d’autres produits essentiels pour l’Etat membre exportateur ou pour remédier à cette pénurie » ;

- concernant les produits de l’agriculture ou des pêcheries, « quand elles sont nécessaires à l’application de mesures gouvernementales ayant effectivement pour résultat : de restreindre la quantité du produit national similaire qui peut être mise en vente ou produite ou, s’il n’y a pas de production nationale substantielle du produit similaire, celle d’un produit national de l’agriculture ou des pêcheries auquel le produit importé peut être directement substitué » ;

- de résorber un excédent temporaire du produit national similaire ou, s’il n’y a pas de production nationale substantielle du produit similaire, d’un produit national de l’agriculture ou des pêcheries auquel le produit importé peut être directement substitué, « en mettant cet excédent à la disposition de certains groupes de consommateurs du pays, à titre gratuit, ou à des prix inférieurs au cours du marché » ;

- de restreindre la quantité qui peut être produite de tout produit d’origine animale dont la production dépend directement, en totalité ou pour la majeure partie, du produit importé, « lorsque la production nationale de ce dernier est relativement négligeable ».

En ce qui concerne les restrictions à l’importation, elles sont autorisées si elles frappent « l’importation de produits qui ne peuvent être fournis par la production nationale que pendant une partie de l’année ».

Au total, « tout Etat membre qui se propose d’établir des restrictions à l’importation d’un produit devra, afin d’éviter de porter préjudice sans nécessité aux intérêts des pays exportateurs, en aviser par écrit, aussi longtemps que possible à l’avance, l’OIC et les Etats membres intéressés de façon substantielle à la fourniture de ce produit, avant l’entrée en vigueur des restrictions ».

Autrement dit, les réalités sociales et économiques concrètes peuvent impliquer des séquences de politiques protectionnistes négociées collectivement.


Les produits de base ne sont pas considérés comme des marchandises banales

Pour les militants altermondialistes, les « produits de base » (blé, riz, mil...) ne peuvent être considérés comme des marchandises ordinaires, négociables sur des marchés ordinaires. C’est pourquoi l’article 27 de la Charte de La Havane fait des « produits de base » une catégorie particulière. Il considère qu’un « système destiné à stabiliser soit le prix intérieur d’un produit de base soit la recette brute des producteurs nationaux d’un produit de ce genre, indépendamment des mouvements des prix à l’exportation, qui a parfois pour résultat la vente de ce produit à l’exportation à un prix inférieur au prix comparable demandé pour un produit similaire aux acheteurs du marché intérieur, ne sera pas considéré comme une forme de subvention à l’exportation ».

Il faut également mentionner l’article 28 qui stipule que « tout Etat membre qui accorde, sous une forme quelconque, une subvention ayant directement ou indirectement pour effet de maintenir ou d’accroître ses exportations d’un produit de base, n’administrera pas cette subvention de façon à conserver ou à se procurer une part du commerce mondial de ce produit supérieure à la part équitable qui lui revient. »

Incroyable ! La « conquête » de parts de marché est réprouvée par la Charte de La Havane !

Enfin, conformément aux dispositions de l’article 25, « l’Etat membre qui accorde cette subvention en fera connaître sans retard à l’OIC la portée et la nature, ainsi que les effets qu’il en attend sur le volume de ses exportations du produit et les circonstances qui rendent la subvention nécessaire. L’Etat membre entrera sans retard en consultation avec tout autre Etat membre qui estimera que la subvention porte ou menace de porter un préjudice sérieux à ses intérêts. Si ces consultations n’aboutissent pas à un accord dans un délai raisonnable, l’OIC établira ce qui constitue une part équitable du commerce mondial de ce produit ; l’Etat membre qui accorde la subvention se conformera à cette décision. »

En prenant cette décision « l’OIC tiendra compte de tout facteur qui a pu ou qui peut influer sur le commerce mondial de ce produit ; elle prendra particulièrement en considération les points suivants :

- la part de l’Etat membre dans le commerce mondial du produit en question « pendant une période représentative antérieure » ;

- le fait que la part de l’Etat membre dans le commerce mondial de ce produit est si faible que la subvention n’exercera vraisemblablement qu’une « influence négligeable » sur ce commerce ;

- l’importance que présente le commerce extérieur de ce produit pour l’économie de l’Etat membre qui accorde la subvention et pour celle des Etats membres affectés de façon substantielle par cette subvention ;

- l’intérêt qu’il y a à faciliter l’accroissement progressif de la production destinée à l’exportation dans les régions qui peuvent approvisionner le marché mondial en ce produit de la façon la plus efficace et la plus économique et par conséquent à limiter les subventions et les autres mesures qui rendent cet accroissement difficile.


Finalement, l’actualité de la Charte de La Havane reste intacte. Sortie de l’oubli, son contenu peut alimenter les débats - ou plutôt les lancer - sur ce qui reste probablement le plus étrange tabou qui frappe les économistes comme les responsables politiques. Dans ce débat, la prochaine étape devra porter sur les initiatives devant être prises par les Etats, individuellement et en petits groupes.


Jacques Nikonoff


http://www.m-pep.org/spip.php?article16


EN COMPLEMENT

le texte officiel de la Charte de la Havane (en français)

URL de cet article 6937
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7 janvier 2014 2 07 /01 /janvier /2014 09:32

Nous publions ci-dessous un communiqué de l'Association France-Palestine-Solidarité

 

 

Dieudonné, l’imposteur raciste, n’est pas l’ami du peuple palestinien

 

vendredi 3 janvier 2014

 

Der­niè­rement Dieu­donné a déclaré au sujet de Patrick Cohen, jour­na­liste à France Inter : « Moi, tu vois, quand je l’entends parler, Patrick Cohen, j’me dis, tu vois, les chambres à gaz… Dommage. » Il ne s’agit ni d’une « erreur » ni d’un dérapage. Mais de posi­tions anti­sé­mites clai­rement et déli­bé­rément assumées depuis une bonne dizaine d’années. Les exemples en sont innom­brables.

Dieu­donné n’est pas un simple humo­riste, c’est avant tout un militant poli­tique d’extrême-droite. Et il y a une spé­ci­ficité. Avec une forme d’expression par­ti­cu­lière (humour), un voca­bu­laire pseudo-​​révolutionnaire (anti­système), et une cible du style fas­ciste des années 30 (le complot du "pouvoir juif mondial", de la finance mon­diale, de l’axe Israël-​​USA …), Dieu­donné attire cer­taines caté­gories, par­ti­cu­liè­rement dans la jeu­nesse, que le Front national serait inca­pable de mobi­liser.

C’est le cas par exemple quand il fait applaudir le néga­tion­niste Robert Fau­risson par 5.000 per­sonnes au Zenith en 2008. C’est le cas aussi quand il inter­viewe Serge Ayoub, alias Batskin, le chef de l’organisation d’extrême-droite JNR, Jeu­nesses natio­na­listes révo­lu­tion­naires, dis­soute après la mort de Clément Méric. La vidéo se conclut par une poignée de main entre ces deux hommes et une décla­ration « On repré­sente la France d’en bas … on a le même ennemi, c’est une évidence ».

C’est le cas aussi quand il prétend défendre les Pales­ti­niens en déve­loppant des thèses racistes et anti­sé­mites sous le couvert de l’antisionisme. Il détourne ainsi au profit de l’extrême-droite le juste sen­timent d’exaspération face à l’amalgame fait par les sou­tiens de la poli­tique israé­lienne entre anti­sio­nisme et anti­sé­mi­tisme. Il donne prise à tous ceux qui se com­plaisent dans une dénon­ciation sélective des diverses formes de racisme. Il fait le jeu d’Israël et de tous ses sou­tiens qui cherchent à dis­cré­diter voire cri­mi­na­liser toute forme de contes­tation de la poli­tique israé­lienne..

L’AFPS condamne et rejette ces amal­games qui amènent à traîner devant les tri­bunaux en toute igno­minie les mili­tants du boycott citoyen qui dénoncent la poli­tique colo­niale et raciste de l’Etat d’Israël.

L’AFPS condamne et rejette toute ins­tru­men­ta­li­sation de la cause pales­ti­nienne au service de délires com­plo­tistes racistes qui font le jeu de ses adversaires.

Le peuple pales­tinien n’a aucun besoin de tels faux amis. Notre combat pour les droits nationaux du peuple pales­tinien se fonde sur les prin­cipes uni­versels du droit des peuples. Il suppose le rejet déterminé de toute forme de racisme, d’antisémitisme et d’islamophobie, poisons dan­gereux que nous com­bat­trons sans faiblesse.

Le Bureau national

 

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7 janvier 2014 2 07 /01 /janvier /2014 09:23

  goldman-2.jpg

 

Article pour http://jeunescommunistes-paris15.over-blog.com/ repris par http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

C'était il y a cinq ans, déjà. Omer Goldman avait été une des premières non seulement à dire non au service de l'armée coloniale israélienne mais aussi à le faire savoir publiquement, à mener le combat pour la désobéissance des jeunes israéliens, juifs ou non.

 

 

   On les appelle les « shminitism », les objecteurs de conscience. Ils étaient quarante lycéens en 2008 à signer une lettre de protestation contre l'enrôlement dans l'armée d'occupation israélienne. Aujourd'hui, ils se comptent par dizaines à refuser le service, âgés entre 18 et 22 ans.

   Omer Goldman fut le visage de ce courage collectif. Elle avait 19 ans en septembre 2008, ses idées fortes contrastant avec ses traits fins. Immédiatement arrêtée, elle a passé plus d'un mois dans les geôles israéliennes comme cadeau d'entrée dans la vie adulte.

    Le temps est passé, mais nous estimons nécessaire de rappeler son combat, son témoignage, aussi pour couper l'herbe aux faux amis de la cause palestinienne, ceux qui voudraient penser qu'on ne peut être « juif » sans être sioniste, qu'on ne peut être anti-sioniste sans être anti-sémite.

 

« Papa, je ne servirai pas pour ton Israel ! »

 

   La lettre qu'avait communiqué Omer pour justifier son refus révèle son courage. Oui, Omer est fille d'un ancien (très) haut responsable du Mossad, les sinistres services secrets israéliens. Mais Omer, à 19 ans lui a dit : « Pardonne-moi Papa, mais je ne battrai pas pour ton Israël ! »

   Que de conflits avec son père qui a publiquement désapprouvé sa décision (« On est tous les deux opposés idéologiquement ») tout en respectant la décision de sa fille : « Nous, tous les deux, avec des caractères très similaires nous nous battrons pour ce en quoi nous croyons ».

    

Pas de doute qu'elle n'a pas les mêmes idées que son père, sa lettre n'est pas celle d'une enfant crédule :

 

« Je refuse de servir dans l'armée israélienne. Je ne ferai pas partie d'une armée qui met en place une politique violente, et viole les droits de l'Homme tous les jours.  Comme nombre de mes pairs, moi-même n'avais pas posé soulevé la question éthique de l'armée israélienne. Mais quand j'ai visité les territoires occupés, j'ai vu une réalité complètement différente : une réalité violente, oppressive, extrême qui doit cesser.  Je crois au service en la société dans laquelle je vis, et c'est précisément pourquoi je refuse de participer aux crimes de guerre commis par mon pays. La violence n'apportera aucune solution, et je ne commettrai pas d'actes violents, advienne qui pourra ».

 

Pas facile d'avoir 19 ans dans un Etat colonialiste … la prise de conscience de l'injustice

 

   Son acte de courage est venu d'une prise de conscience, d'une indignation face à l'injustice. A la fin du lycée, Omer est parti, sans la permission de son père, dans un village palestinien de Cisjordanie.

    Au check-point, accompagné de connaissances palestiniennes qu'elle aurait du haïr, les soldats israéliens lui ont tiré dessus :

« On parlait sur le bord de la route, les soldats se sont approchés et après quelques secondes, ils ont reçu un ordre, tiré des grenades lacrymo et des balles de caoutchouc contre nous. Cela m'a frappé que des soldats suivent un ordre sans réfléchir.  Pour la première fois dans ma vie, un soldat israélien m'avait mis dans le viseur et avait tiré sur moi ! »

   Ce que Omer a connu ce jour-ci, c'est ce que connaissent des millions de Palestiniens depuis des décennies. A partir de ce moment-là, plus question pour elle de joindre ses mains à celle d'une machine d'oppression.

 

Pour Natan, Noam, Alon, oui, on peut être juif et refuser le sionisme. A bas le sionisme et … l'anti-sémitisme !

 

   Nous nous sommes fait le relais ces derniers mois, dernières années de ces « refuzniks », jeunes israéliens, juifs (ou étiquetés comme tels par les sionistes .. et les anti-sémites!) qui se sont indignés, ont refusé de servir.

  On pense à Noam Gur et Alon Gurman, deux jeunes lycéens de 18 et 19 ans condamnés à la prison en avril 201. On pense à Natan Blanc, 19 ans, qui a passé six mois de sa vie en prison. Tous ont vaincu l'injustice au cœur, tous ont osé défier un gouvernement criminel au nom de leurs idéaux.

   Leur acte d'indignation était individuel, leur ambition collective : réveiller un peuple endormi par le venin de la haine sioniste. Le Parti communiste d’Israël, la Jeunesse communiste d’Israël, ont soutenu ces shminitism, mené campagne pour leur libération.

 

  Rappelons que, comme dans l'Afrique du sud de l'apartheid, seules les organisations communistes accueillent les travailleurs, étudiants sans distinction de couleur de peau, de religion ou d'ethnie supposée : d'origine chrétienne, arabe musulman, juifs séfarades ou ashkénazes !  L'exemple de ces jeunes courageux, l'exemple des communistes d’Israël doit nous éclairer au moment où des semeurs de haine essaient en France d'assimiler les juifs au sionisme, et l'anti-sionisme à l'anti-sémitisme.

   Oui, on peut être juif ou d'origine juive et refuser le sionisme, c'est même avoir pris conscience du jeu pervers et parallèle que jouent sionistes et anti-sémites s'alimentant dans leur haine : créer de faux clivages communautaires, préparer l'épuration ethnique, gommer les clivages de classe.

   Omer disait en 2008 :

« L'occupation empoisonne Israël de l’intérieur. Elle crée un peuple agressif, un nationalisme extrémiste, et efface des valeurs importantes telle que la solidarité et l'égalité. C'est pourquoi prendre position contre cela, en tant qu'israélienne, est vital pour les Palestiniens comme pour les Israéliens »

 

Honneur à Omer Goldman, qui avait montré la voie ! Honneur à Alan, Noam, Natan, David, Tamar, Maya, Udi, Sahar, tous ces jeunes israéliens qui depuis 2008 ont refusé de servir dans l'armée de la honte !

 

Unité entre jeunes Palestiniens et Israéliens, arabes et juifs, pour la paix, la justice sociale, contre toute forme de colonialisme, de racisme. A bas le sionisme, à bas l'anti-sémitisme !

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3 janvier 2014 5 03 /01 /janvier /2014 10:11

TEXTE REPRIS SUR
LE BLOG DE DIABLO
Commun Commune

 

BRN-titre

 

Bienveillance impériale


République Centrafricaine, Ukraine. Rien ne semble rapprocher ces deux pays – ni la géographie, ni l’histoire. Rien, si ce n’est la sollicitude impériale dont ils font présentement l’objet de la part de leurs proclamés protecteurs occidentaux.

 

A Bangui, la bienveillance est bottée et casquée, sous la houlette tricolore. L’opération lancée le 5 décembre visait officiellement à circonscrire les exactions – au demeurant réelles – dont les populations civiles sont victimes. On était presque sur le point de se laisser convaincre, quand François Hollande a eu l’obligeance de remettre les pendules à l’heure. Interrogé le 8 décembre sur TV5-Monde, il a précisé : « on ne peut pas laisser en place un président qui n'a rien pu faire, a laissé faire ».

 

 

« On ne peut pas laisser en place »… Les jours de l’actuel chef de l’Etat, Michel Djotodia, pourraient donc être comptés. Son prédécesseur, François Bozizé, ne disposait plus du soutien que Paris lui a longtemps assuré, en particulier depuis qu’il avait annoncé des mesures restreignant les privilèges de firmes françaises – telles que Total – au profit semble-t-il des Chinois. Il était donc à la merci des rebelles qui, en mars de cette année, ont imposé M. Djotodia à sa place. Présence des soldats français aidant, la fin du mandat de ce dernier sera déterminée par l’Elysée.

 

A Kiev, la bienveillance occidentale n’est pas armée ; elle n’en est pas moins arrogante. L’UE travaille depuis des années à un projet d’association avec l’Ukraine, particulièrement avantageux pour les grands investisseurs occidentaux. Lorsque le président ukrainien a annoncé qu’il gelait ledit accord, une mobilisation s’est développée, importante mais limitée à l’Ouest du pays et à la capitale. Le mouvement a très vite évolué vers une exigence de départ du président et du gouvernement.

 

Cette fois, c’est l’Union européenne, avec un rôle actif de Berlin, qui est à la manœuvre. Le ministre allemand des Affaires étrangères fut l’un des premiers à venir apporter sur place sa solidarité médiatique aux manifestants, tandis que le chef de la politique extérieure de l’UE, la baronne Ashton, tentait de se poser en intermédiaire entre les parties. Washington, qui s’estime toujours légitime pour dessiner les frontières de l’UE, n’a pas été en reste : une adjointe au Secrétaire d’Etat a fait le voyage de Kiev pour servir la soupe – au sens littéral du terme – aux protestataires, suivie par l’ancien candidat à la présidence, John Mc Cain. Acclamé par la foule massée sur la place centrale de la capitale, celui-ci a lancé : « nous sommes ici pour soutenir votre juste cause (…) le destin que vous souhaitez se trouve en Europe ». Et de dénoncer dans la foulée… l’« ingérence russe inacceptable ». Il fallait oser.

 

On n’ose imaginer les réactions de la Maison-Blanche si d’aventure une haute personnalité cubaine ou vénézuélienne se rendait à Washington, haranguait une foule rassemblée pour réclamer l’adhésion des Etats-Unis à l’Alba (zone de coopération progressiste latino-américaine) et, dans la foulée, la démission du président américain…

 

Les partisans de l’ingérence, qu’elle soit politique ou militaire, semblent décidément se croire tout permis. Pour tenter d’annexer – pardon, d’« arrimer » – l’Ukraine à l’Union européenne, ils attisent les illusions d’une partie du peuple de ce pays, tandis qu’ils ignorent la volonté de l’autre partie. Et feignent d’oublier les liens historiques (bien avant l’URSS…) voire familiaux, culturels, linguistiques, et bien sûr économiques avec la Russie – pour ne pas dire militaires. Ce faisant, ils jouent une nouvelle fois avec le feu.

 

Quant aux ultras-européistes, ils ont écrasé quelques larmes d’émotion, à l’instar du président du groupe Libéral à l’europarlement confiant : « c’est la première fois que l'on voit des manifestations pour l'Europe ». On ne lui fait pas dire. Amer, Guy Verhofstadt a dû cependant concéder que « malheureusement, elles se situent à l’extérieur de l'UE ».

 

En effet. A l’intérieur, il faudra attendre encore un peu.

 

 

PIERRE LÉVY

Source:  http://www.brn-presse.fr/ 

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31 décembre 2013 2 31 /12 /décembre /2013 09:25

SUD Rail écrit à nouveau à la direction de la SNCF

 Lu sur le site BDS (Boycott-désinvestissements-sanctions)


Quand le monde entier rend hommage à Mandela, la direction SNCF est fière de soutenir l’apartheid !
Dans le cadre de la récente visite du Président Hollande en Israël, Guillaume Pépy a signé un accord de partenariat avec son homologue d’Israël Railways, Boaz Zafrir. Comme le dénonçait SUD-Rail le 18 novembre, l’entreprise publique française soutient ainsi un gouvernement colonialiste et raciste :

Alors que nombreuses associations palestiniennes appelle au Boycott, aux Sanctions et aux Retraits des Investissements contre Israël jusqu’à ce qu’il applique le Droit International et les Principes Universels des Droits de l’Homme, l’Etat français et la SNCF lui apporte au contraire leur soutien !

La Cour Internationale de Justice a jugé illégal le mur construit par l’Etat d’Israël sur le territoire palestinien occupé ; Israël a continué sa construction du mur colonial au mépris total de la décision de la Cour.

Apres 46 ans d’occupation par Israël de la Cisjordanie palestinienne (y compris Jérusalem-Est), de la Bande de Gaza et des hauteurs du Golan syrien, Israël continue à accroitre ses colonies.

Les violations du droit international par Israël sont persistantes. Depuis 1948, les centaines de résolutions de l’ONU ont condamné les politiques coloniales et discriminatoires d’Israël en tant qu’illégales et ont appelé́ à des remèdes immédiats, proportionnes et efficaces ; toutes les formes d’intervention internationale et de tentatives de paix n’ont pas jusqu’ici forcé Israël à se conformer à la loi humanitaire, à respecter les Droits de l’Homme fondamentaux et à mettre fin à son occupation et son oppression du peuple de la Palestine.

L'Etat d'Israël ne cesse de poursuivre en toute impunité́ sa politique de colonisation, d'apartheid et d'épuration ethnique contre le peuple palestinien : destructions de maisons et extension de la colonisation dans les territoires occupes en Cisjordanie, agressivité́ accrue des colons, blocus de Gaza, ségrégation raciste en Israël. La fédération des syndicats SUD-Rail dénonce l’aide apportée à un régime politique raciste et colonialiste.

Aujourd’hui, elle franchit un pas supplémentaire en faisant la publicité de cet accord honteux auprès des 155 000 salarié-es de la SNCF, via son journal d’entreprise adressé à chaque cheminot-e (voir ci-dessous)

Les dirigeant-es SNCF sont très fier-es de collaborer activement avec un régime qui pratique l’apartheid : blocus de Gaza, destructions d’habitations, check-points contrôlés par l’armée, systèmes juridiques différents, et mur de séparation sur plus de 700 kilomètres !
À l’instar des combattant-es d’Afrique du sud durant des années, plus de 170 organisations palestiniennes ont lancé l’appel BDS (boycott, désinvestissement, sanctions) contre Israël. La fédération SUD-Rail comme l’ensemble de l’Union syndicale Solidaires soutient cette initiative pour mettre fin à l’apartheid. En France, nous exigeons que soit abrogées les circulaires prévoyant la condamnation des militant-es relayant cette campagne.

Christian Mahieux, pour l'Union syndicale Solidaires
Fédération des syndicats SUD-Rail
www.sudrail.fr

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30 décembre 2013 1 30 /12 /décembre /2013 19:20

Nous publions aujourd'hui, dans cette suite d'articles à propos de la Palestine, la lettre de Marwan Barghouti en hommage à Nelson Mandela.  Il rappelle ce qu'avait dit Mandela après avoir vaincu le régime de l'apartheid : " Nous savons trop bien que notre liberté n'est pas complète car il lui manque la liberté des Palestiniens".

Une lettre de MARWAN BARGHOUTI en hommage à Nelson Mandela

Lettre de Marwan Barghouti

condamné à la prison à perpétuité

et incarcéré depuis 2002 dans les prisons israéliennes.


"Durant toutes les longues années de mon combat, j’ai eu l’occasion à maintes reprises de penser à vous, cher Nelson Mandela. Et encore plus depuis ma propre arrestation, en 2002. Je songe à un homme qui a passé vingt-sept ans dans une cellule, en s’efforçant de démontrer que la liberté était en lui avant qu’elle ne devienne une réalité dont son peuple allait s’emparer. Je songe à sa capacité à défier l’oppression et l’apartheid, mais aussi à rejeter la haine et à placer la justice au-dessus de la vengeance.


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Combien de fois avez-vous douté de la victoire au bout de ce combat ? Combien de fois vous êtes-vous demandé vous-même si la justice pourrait s’imposer ? Combien de fois vous êtes-vous interrogé sur le silence du monde ? Combien de fois vous êtes-vous demandé si votre ennemi n’allait jamais pouvoir devenir votre partenaire ? À la fin, vous ferez la preuve de cette volonté implacable qui fera de votre nom, l’une des plus brillantes références pour la liberté.


Vous êtes beaucoup plus qu’une inspiration. Vous aviez bien compris, le jour où vous êtes sorti de prison, que vous n’étiez pas seulement en train d’écrire l’histoire, mais que vous contribuiez au triomphe de la lumière sur la nuit. Et vous êtes alors resté humble. Et vous portiez une promesse bien au-delà des frontières de votre pays, la promesse que l’oppression et l’injustice seront vaincues, et que sera ouverte la voie de la liberté et de la paix. Au fond de ma cellule, je me rappelle sans cesse cette démarche, et je poursuis moi-même cette quête, et tous les sacrifices deviennent supportables dans la seule perspective qu’un jour, le peuple palestinien puisse accéder aussi à la liberté, à l’indépendance, et que ce pays puisse vivre finalement en paix.


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Vous êtes devenu une icône. Ce qui a permis l’éclat de votre cause et son rayonnement sur la scène internationale. L’universalité pour contrer l’isolation. Vous êtes devenu un symbole pour tous ceux qui croient que les valeurs universelles sur lesquelles vous fondiez votre combat pouvaient rassembler, mobiliser, pousser à l’action. L’unité est la loi de la victoire pour les peuples opprimés. La cellule exiguë et les heures de travail forcé, la solitude et l’obscurité ne vous auront pas empêché de regarder au-delà de l’horizon et de faire partager votre vision. Votre pays est devenu un phare et nous, les Palestiniens, nous hissons les voiles pour atteindre ses rivages.


Vous disiez : « Nous savons trop bien que notre liberté n’est pas complète car il lui manque la liberté des Palestiniens. » Et depuis l’intérieur de ma cellule, je vous dis que notre liberté semble possible parce que vous avez atteint la vôtre. L’apartheid n’a pas survécu en Afrique du Sud et l’apartheid ne survivra pas en Palestine. Nous avons eu le grand privilège d’accueillir, en Palestine, il y a quelques mois, votre camarade et compagnon de lutte, Ahmed Kathrada, qui a lancé, à la suite de sa visite, la campagne internationale pour la libération des prisonniers palestiniens de leurs cellules, où une part importante de l’histoire universelle s’écrit, démontrant que les liens avec vos combats sont éternels.


Votre capacité à constituer une figure unificatrice et à conduire le mouvement depuis l’intérieur de la prison, d’être confiant dans l’avenir de votre peuple alors que vous étiez vous-même privé de la capacité de choisir votre destin, constitue la marque d’un dirigeant exceptionnel et d’une véritable figure historique. Je salue le combattant de la liberté, le négociateur et faiseur de paix, le commandant militaire et l’inspirateur de la résistance pacifique, le militant infatigable et l’homme d’État.


Vous avez dédié votre vie à la cause de la liberté et de la dignité, de la justice et de la réconciliation, de la paix et de la coexistence. Beaucoup maintenant honorent votre lutte dans leurs discours. En Palestine, nous promettons de poursuivre le combat pour nos valeurs communes, et d’honorer votre combat pas seulement par des mots, mais aussi en dédiant nos vies aux mêmes objectifs. La liberté, cher Madiba, l’emportera, et vous y avez contribué au plus haut point en faisant de cette idée, une certitude. Reposez en paix et Dieu bénisse votre âme insoumise."

 

 

source:  http://quartierslibres.wordpress.com/

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