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ACTION COMMUNISTE

 

Nous sommes un mouvement communiste au sens marxiste du terme. Avec ce que cela implique en matière de positions de classe et d'exigences de démocratie vraie. Nous nous inscrivons donc dans les luttes anti-capitalistes et relayons les idées dont elles sont porteuses. Ainsi, nous n'acceptons pas les combinaisont politiciennes venues d'en-haut. Et, très favorables aux coopérations internationales, nous nous opposons résolument à toute constitution européenne.

Nous contacter : action.communiste76@orange.fr>

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Humeur

Chaque semaine, AC attribue un "roquet d'or" à un journaliste qui n'aura pas honoré son métier, que ce soit par sa complaisance politique envers les forces de l'argent, son agressivité corporatiste, son inculture, ou sa bêtise, ou les quatre à la fois.

Cette semaine, sur le conseil avisé de la section bruxelloise d'Action communiste, le Roquet d'Or est attribué  à Thierry Steiner pour la vulgarité insultante de son commentaire sur les réductions d'effectifs chez Renault : "Renault fait la vidange"...  (lors du 7-10 du 25 juillet).


Vos avis et propositions de nominations sont les bienvenus, tant la tâche est immense... [Toujours préciser la date, le titre de l'émission et le nom du lauréat éventuel].

 

 
22 juillet 2015 3 22 /07 /juillet /2015 14:19

La « Trident Juncture 2015 » : L’UE s’enrôle dans l’Otan

Par Manlio Dinucci
Mondialisation.ca, 21 juillet 2015
La « Trident Juncture 2015 »

La « Trident Juncture 2015 » (TJ15) ne sera pas seulement un des plus grands exercices Otan qui, du 28 septembre au 6 novembre, verra engagées surtout en Italie, Espagne et Portugal plus de 230 unités terrestres, aériennes et navales et forces pour les opérations spéciales de plus de 30 pays alliés et partenaires, avec 36 000 hommes, plus de 60 navires et 140 avions de guerre, plus les industries militaires de 15 pays pour évaluer de quelles autres armes a besoin l’Alliance. Dans l’exercice de guerre, l’Otan impliquera plus de 12 organisations internationales majeures, agences d’aide humanitaire et organisations non gouvernementales. « Participeront aussi à la TJ15 l’Union européenne et l’Union africaine », annonce un communiqué officiel. Parmi les pays de l’UE les plus engagés dans l’exercice Otan figurent, en plus des trois dans lesquels se déroulera le gros des opérations, Allemagne, Belgique et Hollande. D’importantes personnalités internationales seront invitées à assister à la TJ15 le 19 octobre à Trapani (Sicile), le 4 novembre à Saragosse (Espagne) et le 5 novembre à Troia (Portugal).

Ainsi « l’Otan démontre son engagement à adopter une approche multi-compréhensive ». En d’autres termes, son engagement à étendre toujours plus son aire d’influence et d’intervention, de l’Europe à l’Afrique et à l’Asie, avec des objectifs globaux. C’est dans ce cadre que s’insère la « Trident Juncture 2015 », qui sert à tester la « Force de réaction » (40 000 effectifs), surtout sa « Force de pointe » (ou “Fer de lance”, NdT) à très haute rapidité opérative. La TJ15 montre « le nouveau niveau accru d’ambition de l’Otan dans la conduite de la guerre moderne conjointe », en montrant qu’elle est « une Alliance avec fonction de guide ».

Sur un tel fond, comment peut-on discuter d’Union européenne en ignorant l’influence de l’Otan, et, donc, des Etats-Unis qui en détiennent le commandement ? L’article 42 du Traité sur l’Union européenne stipule que « la politique de l’Union respecte les obligations de certains Etats membres, lesquels considèrent que leur défense commune se réalise par l’intermédiaire de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord ». Comme sont membres de l’Alliance 22 des 28 pays de l’Ue, la suprématie de l’Otan est évidente. Pour lever toute équivoque, le protocole n° 10 sur la coopération instituée par l’article 42 souligne que l’Otan « reste le fondement de la défense collective » de l’UE, et qu’ « un rôle plus fort de l’Union en matière de sécurité et de défense contribuera à la vitalité d’une Alliance atlantique rénovée ». Rénovée, oui, si bien que de l’Atlantique Nord elle est arrivée sur les montagnes afghanes, mais rigidement ancrée à la vieille hiérarchie : le Commandant suprême allié en Europe est toujours nommé par le président des Etats-Unis et tous les autres commandements clés sont aux mains des USA.

Par le biais de l’Otan, à l’intérieur duquel les gouvernements de l’Est sont plus liés à Washington qu’à Bruxelles, les USA influent non seulement sur la politique étrangère et militaire de l’Ue, mais dans l’ensemble sur ses orientations politiques et économiques. En traitant de façon individuelle avec les plus grandes puissances européennes -Allemagne, France et Grande-Bretagne- sur la répartition des profits et aires d’influence, en s’assurant de l’appui inconditionnel des autres grands pays de l’Ue à commencer par l’Italie.

Sur ce fond, comment peut-on penser que dans l’épisode grec les USA ne jouent pas un rôle considérable par le biais de l’Otan, dont la Grèce est une partie stratégiquement importante ? Comment peut-on séparer les questions économiques de celles politiques et militaires, au moment où, dans le sillage de la stratégie USA, l’Europe se trouve transformée en première ligne d’une nouvelle guerre froide contre la Russie et en pont de lancement de nouvelles opérations militaires en Afrique, Moyen-Orient et au-delà, jusqu’à la région Asie/Pacifique ?

Manlio Dinucci 

Edition de mardi 21 juillet 20156 de il manifesto

http://ilmanifesto.info/la-ue-si-arruola-nella-nato/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Manlio Dinucci est géographe et journaliste. Il a une chronique hebdomadaire “L’art de la guerre” au quotidien italien il manifesto. Parmi ses derniers livres:  Geocommunity (en trois tomes) Ed. Zanichelli 2013; Geolaboratorio, Ed. Zanichelli 2014;Se dici guerra…, Ed. Kappa Vu 2014.

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22 juillet 2015 3 22 /07 /juillet /2015 14:13
Assemblée Nationale : Proposition de résolution visant
à sortir la France du Traité de l’Atlantique Nord
par Gaby Charroux, Jean-Jacques Candelier, Patrice Carvalho

mardi 21 juillet 2015, par Comité Valmy

 

Voir en ligne : Appel pluraliste Pour la dénonciation par la France du traité de l’Atlantique Nord et le retrait de ses Armées du commandement intégré

Proposition de résolution visant à sortir
la France du Traité de l’Atlantique Nord

par Gaby Charroux, Jean-Jacques Candelier, Patrice Carvalho

EXPOSÉ DES MOTIFS

Mesdames, Messieurs,

Un appel pluraliste a été lancé pour la dénonciation par la France du Traité de l’Atlantique nord et le retrait de ses armées du commandement intégré.

Le 21 mai 2015 à l’Assemblée nationale, lors du colloque intitulé « La France peut-elle retrouver une diplomatie indépendante ? », un ancien ambassadeur de France et ancien secrétaire général du Quai d’Orsay a déclaré que l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) n’aurait pas dû survivre à la disparition de l’URSS et à la dissolution du Pacte de Varsovie.

Les initiateurs d’un appel de sensibilités républicaines et patriotiques diverses, ayant dans le passé, approuvé ou non l’existence de l’OTAN affirment unanimement, qu’en effet aujourd’hui, cette organisation n’a plus de raison d’être.

L’OTAN s’est en réalité élargie en intégrant, contrairement aux engagements pris envers Gorbatchev, nombre de pays anciennement socialistes, avançant ainsi méthodiquement dans un processus d’encerclement de la Russie en multipliant les bases militaires étasuniennes dans ces pays.

Cette politique ouvertement agressive s’est accompagnée de l’installation d’un bouclier de missiles anti-missiles à proximité de la Russie éventuellement destiné à permettre une première frappe nucléaire sur ce pays, en stérilisant ou en limitant de façon drastique ses possibilités de réplique.

C’est dans ce contexte géopolitique que l’Ukraine a vécu la « révolution orange », téléguidée par les États-unis et soutenue par l’Union européenne, qui a permis la mise en place par la force d’un gouvernement hostile à la Russie avec la participation de néonazis notoires. Il est temps que la France se dissocie de cette politique antirusse provocatrice qui risque de déboucher sur une troisième guerre mondiale éventuellement nucléaire.

Organisation politique et militaire, l’OTAN est tout à la fois l’instrument diplomatique et le bras armé qu’utilisent les États-unis avec la complicité des États vassaux au premier rang desquels se trouvent la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne.

Le gouvernement américain, fort d’une doctrine militaire incluant la guerre préventive et l’usage d’armement nucléaire en premier, doté de plus de 700 bases militaires réparties sur tout le globe, et décidé à combattre la menace terroriste sans la volonté d’en rechercher les causes, conduit l’OTAN et donc la France à participer, dans un chaos organisé, à une guerre permanente au mépris de nos intérêts et de notre propre sécurité. De la Yougoslavie à l’Irak, de la Syrie à la Libye, la France use son potentiel militaire et son crédit diplomatique et oublie les valeurs de son peuple, au profit d’une politique définie à Washington.

En réalité, les États-unis mènent avec l’OTAN une politique d’agression et de guerre généralisée qui ne saurait demeurer plus longtemps celle de notre Nation. Il est grand temps que la France recouvre la souveraineté de ses décisions et la liberté de choisir ses partenaires en conformité avec sa philosophie et les intérêts du peuple français.

Il est tout à fait possible que la France renonce à son appartenance au traité de l’Atlantique nord et retire ses armées du commandement intégré. La France en redevenant libre devra exiger la dissolution de l’OTAN qui n’a plus de raison d’être.

Sous le bénéfice de ces observations, il vous est demandé de bien vouloir adopter la présente proposition de résolution.

PROPOSITION DE RÉSOLUTION
Article unique

L’Assemblée nationale,
Vu l’article 34-1 de la Constitution,
Vu l’article 136 du Règlement,
Est favorable à la sortie de la France du Traité de l’Atlantique Nord ainsi qu’à la dissolution de cette organisation.

Gaby Charroux
Jean-Jacques Candelier
Patrice Carvalho

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22 juillet 2015 3 22 /07 /juillet /2015 06:52

Voici ci-dessous les positions du MODEF et de la Confédération paysanne sur le traité transatlantique : ils sont résolument contre. 

Nous avons cherché vainement sur le site de la FNSEA un texte, un communiqué à ce sujet : RIEN !  Pas étonnant.  Les responsables de la FNSEA n'ont que deux mots à la bouche : " compétitivité"  qu'il faut accroître ... face aux Allemands, aux autres pays européens et au reste du monde ...   en s'en prenant aux salaires et charges sociales trop élevés ...  Un petit mot, bien sûr car les agriculteurs sont en colère, sur les marges des grandes surfaces mais rien sur l'organisation industrielle et capitalistique de l'agriculture.  En amont les fournisseurs de semences, de matériel et les banques qui prêtent et qu'il faut rembourser, en aval, les circuits de distribution de la grande distribution qui font pression sur les prix pour conforter leurs marges.  Tous poussant, avec la FNSEA, à l'agrandissement des tailles des exploitations pour augmenter la rentabilité et la fameuse compétitivité.   Les banques  refusent d'ailleurs de prêter de aux jeunes agriculteurs qui souhaitent acquérir une exploitation qu'elles jugent trop petite.  L'agriculteur qui prend sa retraite n'a dès lors d'autres solutions que de louer ses terres ... aux plus gros.

Que le gouvernement commence par libérer les agriculteurs de cette pression à produire toujours plus et à bas prix pour rembourser les banques, satisfaire l'industrie agro-alimentaire et la grande distribution en contrôlant les entrées de produits agricoles sur le territoire français : oui aux échanges internationaux mais sur des bases équitables, c'est-à-dire pas au détriment des producteurs français, pas avec des pays qui pratiquent un moins disant social et des salaires de misère en exploitant des ouvriers dans de grandes usines agricoles, pas avec des pays qui n'ont pas les mêmes règles environnementales que la France, pas en mettant sur les routes des camions qui polluent, qui nous coûtent cher en infrastructures.   Et enfin qu'il satisfasse les revendications des agriculteurs en exerçant un vrai contrôle des marges et, comme le demande le MODEF, qu'il fixe des prix minimum garantis qui couvrent les coûts de production et la rémunération du travail paysan.  

Mais la signature du Traité transatlantique qui ouvrira grandes les frontières aux productions nord-américaines ne va pas dans ce sens.  Les députés socialistes européens et la droite européenne ont voté la poursuite des négociations le 8 juillet dernier.  Les agriculteurs ont tout à perdre de ce traité.

Du traité transatlantique, la FNSEA et le gouvernement ne disent mot ...

Résolution TAFTA : Le Parlement européen doit dire NON aux accords de libre-échange !



06.07.2015 La Confédération paysanne appelle les députés européens à voter contre la résolution sur le TAFTA/TTIP qui leur sera soumise les 7 et 8 juillet. Les accords de libre-échange négociés par l'Union européenne, notamment avec les Etats-Unis (TAFTA) et le Canada (CETA), remettront en cause les principes démocratiques et la souveraineté alimentaire ! Alors que le texte était censé fixer des « lignes rouges », il valide le principe de ces accords destructeurs.
 

Entre autres, il ne pointe pas les risques pour l'agriculture :

  • La suppression des droits de douane agricoles, dernier outil permettant de nous protéger face à une agriculture plus industrielle basée sur des normes sociales, environnementales et de bien-être animal moins contraignantes ;
  • L'harmonisation des législations et des normes au profit des échanges commerciaux via le mécanisme de règlement des différends entre investisseurs et États (ISDS) et l'organe de coopération règlementaire qui signeront la fin de la souveraineté des Etats ;
  • L'interdiction de pouvoir « relocaliser » notre production et d'utiliser les semences issues de notre récolte.

L'élevage est en crise, et ces accords ne feront qu'instituer cette situation catastrophique ! Ils continueront à détruire notre production de viande bovine de qualité, essentielle à la vie et à l'aménagement de nos territoires, et amèneront notre production laitière droit dans le mur. Ils feront de l'industrialisation de l'agriculture la norme avec ce qu'elle implique de perte d'emploi paysan, précarisation de la main d'œuvre salariée, baisse de qualité de nos produits et désertification de nos territoires.

Les députés européens sont les relais de la population au niveau communautaire. Il est donc de leur devoir de défendre les paysans, les citoyens, les consommateurs qui se sont particulièrement exprimés via l'initiative citoyenne européenne (2,3 millions de participants !). Voter contre cette résolution serait un premier pas, voter une résolution demandant la fin des négociations serait remplir réellement leur rôle.

Voici la lettre que le Modef adressait en juin dernier aux députés européens

Le MODEF appelle les députés européens à ne pas voter le 10 juin la résolution LANGE.

 

Madame la Députée, Monsieur le Député,

Vous allez devoir vous prononcer en séance plénière sur l’accord transatlantique de libre-échange.

Nombreux sont les citoyens, les associations, les syndicats à s’opposer à ce traité qui est celui de tous les dangers pour les peuples de l’Union Européenne.

Notre confédération syndicale agricole d’Exploitants Familiaux MODEF est solidaire des actions menées contre ce traité.

 

ISDS INACCEPTABLE AU NOM DE LA SOUVERAINETE DES PEUPLES

  • Comment ne pas rejeter un traité qui donne pleins pouvoirs à des multinationales !

  • Comment ne pas s’opposer avec virulence à la possibilité pour des multinationales et les fonds financiers de remettre en cause les lois et règlements qui constitueraient un frein à leur expansion et leur profitabilité !

  • Comment accepter que "ces machines" à fabriquer des profits puissent remettre en cause les lois sociales, économiques, sanitaires ou environnementales d’un Etat démocratique !

  • Voter le principe de l’IDS c’est remettre en cause la souveraineté des Etats et groupes d’Etats. Pour le MODEF cette procédure judiciaire contre les Etats est totalement inadmissible.

L’AGRICULTURE FAMILIALE MENACEE PAR LE TAFTA

Déjà victime depuis 1992 de la libéralisation des importations de produits agricoles à bas prix en provenance des pays tiers (OMC), les exploitations familiales ne supporteront pas une ouverture totale des frontières avec les USA.

En effet, le TAFTA vise à supprimer ce qui reste de droit de douane et de contingentement. Pire encore il prévoit la suppression des normes environnementales, sanitaires et sociales qui selon les libéraux constituent des entraves à la libre concurrence.

En ouvrant les portes à l’importation à bas prix de viande bovines, porcines, et volailles, l’élevage français déjà en crise ne s’en relèvera pas, tant les distorsions de concurrence sont importantes avec les USA d’un point de vue sanitaire, environnemental, économique et social.

Seul l’élevage industriel hors sol avec de grosses unités pourra résister en important l’essentiel des aliments des USA et du Canada.

Ce TAFTA va porter un coup fatal à ce qui reste de souveraineté alimentaire européenne. En ouvrant totalement ses frontières, l’UE va importer aussi le modèle alimentaire américain avec toutes ses conséquences sanitaires, environnementales et culturelles.

Au nom de la souveraineté démocratique, au nom de la souveraineté alimentaire, au nom de l’aménagement des territoires, au nom de la santé des consommateurs et au nom de l’emploi agricole, nous vous invitons à rejeter le traité lors du vote du 10 juin.

Recevez Madame la députée, Monsieur le député, mes meilleures salutations.

 

 

Président du MODEF National,

 Jean MOUZAT.

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19 juillet 2015 7 19 /07 /juillet /2015 14:31
"La démonstration est désormais patente, implacable, d’une rigueur quasi mathématique : il ne peut y avoir de monnaie unique sans reculs sociaux, et sans abandons toujours plus poussés de souveraineté".
Lu sur le site de Ruptures, le nouveau Bastille République Nation

Nous y sommes. Le 15 juillet au soir, le parlement grec a ouvert explicitement la voie à un troisième mémorandum, après ceux de 2010 et de 2012. A Bruxelles, on parle d’un plan « sacrifices contre (promesse de) renflouement ». La réalité peut s’énoncer plus crûment : maintien dans l’euro (et donc sauvetage de celui-ci) contre austérité et mise sous tutelle.

La démonstration est désormais patente, implacable, d’une rigueur quasi mathématique : il ne peut y avoir de monnaie unique sans reculs sociaux, et sans abandons toujours plus poussés de souveraineté. La leçon ne vaut pas que pour la Grèce. Elle est particulièrement cruelle pour les tenants d’une « autre Europe ». Ceux-là pensaient tenir enfin leur cas de figure idéal : un gouvernement, bien décidé à refuser l’austérité, et fort d’une assise populaire incontestable, allait montrer la voie d’une transformation « par l’intérieur » de l’intégration européenne.

Las, il est revenu à un Premier ministre issu de ce que les observateurs continuent à nommer – sans rire – « gauche radicale », non seulement de fouler aux pieds l’intégralité des promesses électorales (ce qui était déjà acté depuis le 20 février), mais de franchir des crans naguère encore inimaginables dans l’acceptation de ce qu’il faut bien appeler la mise à sac d’un pays et sa transformation en protectorat de nature quasi coloniale.

« L’accord » entre Athènes et les dirigeants européens, annoncé le 13, va en effet bien plus loin que tout ce que les précédents gouvernements (droite, droite-PS) avaient accepté : baisse drastique du « coût » des retraites, augmentation spectaculaire de la TVA, annulation (ou équivalent) des quelques lois sociales passées depuis février, coupes « automatiques » dans les dépenses en cas de « dérapage », privatisations et mise en place d’un fonds regroupant les biens publics à vendre sur lequel le gouvernement grec n’aura pas la main ; mais aussi : mise en place d’un contrôle a priori de l’UE sur toutes les décisions que prendra ce dernier. Le cauchemar va même plus loin que ce que la Troïka exigeait quelques jours avant le référendum du 5 juillet, qui vit 61% des votants refuser ces mêmes sacrifices.

S’il s’est trouvé une large majorité de parlementaires français pour opiner servilement à ce déni de démocratie, on ne peut pas dire que les personnalités politiques de l’Hexagone aient fait un concours d’enthousiasme, tant la brutalité de la méthode et du résultat apparaît ostensiblement, mettant même mal à l’aise, dit-on, certains eurocrates. Seul Eric Woerth (Les Républicains) s’était précipité pour exprimer sa satisfaction. De son côté, l’ancien directeur de l’OMC, le socialiste Pascal Lamy, a noté avec plaisir que le « courage » d’un homme comme Tsipras, pour inverser ses engagements électoraux, était prometteur.

Le secrétaire général du PCF, Pierre Laurent, avait lui réagi en estimant que « si un accord est signé, c’est grâce au courage du Premier Ministre grec (qui) a osé affronter les puissances dominantes », et en se félicitant que ce dernier ait « écart(é) le scenario du ‘Grexit’ ». Le président du groupe parlementaire de ce parti avait pour sa part d’abord annoncé qu’il voterait pour le texte à l’Assemblée, avant d’indiquer qu’il s’y opposerait finalement. Ces péripéties lamentables n’auraient à vrai dire que peu d’importance si elles ne traduisaient, en creux, le porte-à-faux de ceux qui ont basé leur stratégie politique sur l’illusion d’une possible « transformation de l’Europe ».

Mais bien sûr, le premier défenseur du texte du 13 juillet n’est autre que François Hollande. Le président de la République, dans son intervention du 14 juillet, s’est attribué les premiers rôles dans la conclusion européenne. A la question de savoir si la Grèce n’avait pas ainsi été humiliée, l’ancien président du Conseil général de Corrèze a été fidèle à son humour pince-sans-rire en répondant : « non, au contraire ». Ce n’est sans doute pas pour rien que son rival de jadis, Laurent Fabius, l’avait surnommé « M. petites blagues ».

Le chef de l’Etat a répété à de nombreuses reprises que le maintien de la Grèce dans la zone euro (et donc la pérennité de cette dernière) étaient à ce prix. On n’est pas sûr que, de son point de vue, cette rhétorique soit particulièrement habile, tant l’UE apparaît de plus en plus clairement comme le père fouettard, une UE dont l’existence même « justifie » tous les sacrifices. Du reste, les experts et militants européistes de tous bords commencent sérieusement à s’inquiéter. Le co-président des Verts à l’europarlement, Philippe Lamberts, s’est ainsi alarmé : « les europhobes auront beau jeu de dire que la démocratie et l’Europe ne sont pas compatibles ». Pardi !

La tragédie grecque fait naturellement comme première victime le peuple de ce pays, mais elle concerne directement tous les peuples de l’Union. La dramaturgie qui dure depuis le 25 janvier a été haletante, multipliant négociations engagées, interrompues puis reprises, retournements, innombrables réunions de l’eurogroupe et sommets, rebondissements, référendum, et vote parlementaire annulant ce dernier – une spécialité européenne bien connue. Le suspense a été continu, échappant au jour le jour aux principaux acteurs.

Une seule chose était connue : l’issue. Le 29 janvier, quelques jours après les élections grecques, BRN barrait sa Une avec ce titre : « Renoncement programmé ». A l’époque, plusieurs lecteurs s’étaient étonnés, parfois de manière virulente contre ce qui leur apparaissait alors comme un pessimisme excessif, voire coupable.

Las, si le scénario était imprévisible, sa chute pouvait être anticipée sans talents surnaturels particuliers : dès lors qu’Alexis Tsipras se fixait comme priorité le maintien de son pays dans la zone euro, l’austérité et la perte de souveraineté étaient mécaniquement inévitables.

François Hollande n’a du reste pas dit autre chose – et là est hélas l’essentiel. Tirant la leçon de ces derniers mois, il a confirmé son intention de préparer avec Angela Merkel un renforcement de l’intégration de la zone euro, avec notamment un « gouvernement économique » unique. Car tant que les gouvernements nationaux gardent encore une parcelle de souveraineté, l’avenir de l’euro reste menacé.

Tous ceux pour qui « démocratie » n’est pas un vain mot ne peuvent en tirer qu’une seule conclusion – celle-là même que M. Tsipras s’est refusé à imaginer.

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15 juillet 2015 3 15 /07 /juillet /2015 17:21

Publié par Michel El Diablo

Le gouvernement grec a-t-il le choix ? SYRIZA l’impossible espoir

La situation en Grèce et l’évolution des positions du gouvernement TSIPRAS ont de quoi en dérouter plus d’un…ou confirmer les propos d’autres… Ce qui est sûr c’est que le score du mois de janvier a montré que Syriza a su capter l’aspiration d’un peuple à en finir avec l’austérité. Cela a donné un souffle d’espoir à l’Europe entière et au-delà, souffle amplifié par le référendum qui semblait aller dans le même sens.

La victoire du NON a été vécue par des progressistes du monde entier comme une révolte d’un peuple et de son gouvernement contre le diktat financier des dirigeants de l’UE. 
Enfin un Etat tenait tête et refusait les politiques d’austérité. 
Un peu partout fleurissait le slogan « Nous sommes grecs » .

Bien sûr il y avait bien quelques mauvais coucheurs (ou attardés sectaires c’est selon) du KKE qui alertaient en disant que ce référendum était un piège.
Bien sûr il y avait le PAME qui avait publié à la veille du scrutin un comparatif des propositions de Syriza et de l’UE, montrant à quel point elles se ressemblaient. Mais qui en était informé et qui même en tenait compte ?

Donc, un peu partout en Europe, des hommes et des femmes sincères fêtaient le NON sans voir ce qu’il n’était pas et surtout en restant sourds et aveugles aux propositions réelles de Syriza. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas se réjouir de ce qu’il est : un acte de résistance populaire dans lequel s’ajoutent nombre de voix du NON et les doubles NON ou les refus de vote. 
Au lendemain de ce moment fort, la question n’est pas de savoir si Syriza a capitulé après un coup d’esbroufe, mais celle de la nature réelle de ce gouvernement et de son programme présenté ici ou là comme « d’extrême gauche » et partant de là ce qu’il pouvait (et peut toujours) faire de ce vote.

Non le gouvernement Tsipras qui a accepté une croissance des bases américaines sur son territoire, qui n’a jamais remis en cause l’OTAN (bien au contraire), qui refuse de diminuer de façon conséquente son budget militaire, de taxer l’église ou de nationaliser les banques (comme le réclame, outre le KKE, l’aile gauche de Syriza), mais qui envisage au contraire un vaste programme de privatisations, qui s’attaque aux droits sociaux…etc (et la liste est longue), ce gouvernement n’est pas « radical de gauche » ou alors s’il l’est c’est à la manière de cette formation politique française, supplétif du PS. 
Quand on apprend aujourd’hui que c’est le gouvernement Hollande qui a conseillé le gouvernement grec on mesure le caractère progressiste de ce qu’il peut sortir d’une telle coopération… 
De plus la situation nouvelle créée par les dissensions dans la majorité et l’alliance lors du vote au parlement, [1] ne laisse guère planer de doutes sur l’avenir du volet social des réformes promises pendant la campagne électorale si le peuple ne résiste pas.

Le pire de qu’on peut reprocher au gouvernement SYRIZA /ANEL à l’extérieur de la Grèce (à l’intérieur laissons les grecs faire eux-mêmes la classification) c’est cet espoir déçu pour toutes celles et tous ceux qui se disaient : « enfin un Etat qui remet en cause la logique capitaliste à l’œuvre en Europe ». Et cela a de graves conséquences. 
La première c’est que celles et ceux qui défendent coûte que coûte les choix du gouvernement grec en viennent à justifier ce qu’ils sont censés combattre en France, insufflant par là-même la fatalité à celles et ceux qu’ils sont censés appeler à la révolte. Ainsi Jean-Luc Mélenchon qui écrit sur son blog : « Je partage l’avis de mon camarade Guillaume Etievant [2] lorsqu’il écrit : « J’irais même plus loin en affirmant que les choses vont dans le bon sens si on reprend l’historique des négociations depuis le début : on est maintenant proche d’un accord sur trois ans avec rééchelonnement de la dette, sans aucune attaque contre le droit du travail - bien au contraire, il sera amélioré sur la base des recommandation de l’OIT – [3],aucune attaque contre les salaires ni les pensions de retraites  [4], ni la protection sociale. Et toute la progression de l’excédent budgétaire vient de nouvelles recettes fiscales et non pas d’une baisse des dépenses ! Rappelons-nous d’où on est partis ! Au départ, les créanciers voulaient tout décider et imposer toutes leurs réformes structurelles. Certes, on est loin du programme de Syriza, mais vu la situation d’étranglements financiers, et la faiblesse d’un petit pays comme la Grèce dans les négociations, et du fait que, contrairement à ce qu’on pensait, l’Allemagne souhaite la sortie de la Grèce de l’euro, le rapport de force mené par Tsipras est considérable. »

Et que dire de ces lignes lues dans l’Humanité du 11 juillet ? « Après les lourdes concessions faites par le gouvernement Tsipras, l’heure des contreparties a sonné. Restructuration de la dette, déblocage des fonds dont le versement a été suspendu pour faire pression sur le peuple grec, arrêt immédiat de l’asphyxie financière du pays planifiée par la BCE... De nombreuses revendications grecques sont désormais sur la table et, avec la victoire écrasante du OXI dimanche dernier, elles ont pris toute leur consistance. Les lignes ont bougé sur toutes ces questions, mais la tentation de l’expulsion pure et simple de la Grèce de la zone euro persiste... »

Comme s’il pouvait y avoir un quelconque donnant donnant avec le capital et dont le peuple pourrait sortir gagnant ! Ça me rappelle, dans un autre domaine, quand la CFDT avait sorti, pour négocier avec le MEDEF, ce concept de contreparties : moyennant quoi au rythme des signatures, les reculs sociaux n’ont fait que s’accentuer et les profits augmenter !

Bien sûr ces propos, c’était avant que l’UE ne siffle la fin de la partie et considère que ce n’était pas encore assez, qu’il fallait aller plus loin dans l’austérité, ou autrement dit, dans l’augmentation des profits du capital européen au détriment du monde du travail. Mais quoi qu’il en soit ces propos sont bien en deçà de ceux de la présidente du parlement grec qui ne voit ni que « les choses vont dans le bon sens » ni que « nombreuses revendications grecques sont désormais sur la table » et s’est abstenue en déclarant : « Cette Europe qui utilise la monnaie unique comme un outil d’asservissement plutôt que comme un outil au service du bien être des peuples devient cauchemardesque ! »

La deuxième conséquence, c’est la progression de l’idée, et les dirigeants du FDG la confortent , que si le gouvernement a négocié le revolver sur la tempe, c’est qu’il n’avait pas le choix. Eh bien non ! Il avait le choix !

Comme le dit le héros de la Résistance anti-nazie, Manolis Glezos député de Syriza, Alexis Tsipras devait "obéir au mandat que le peuple grec lui avait donné en disant "non" aux créanciers". "Pourquoi négocions-nous avec eux ? Voulons-nous nous coucher ? Pour quelle raison ?".

Grexit ou non Grexit, est-ce bien la question ?

Quelqu’un qui pense qu’il faut en finir avec le capitalisme peut-il se réjouir, même si elles étaient acceptées par l’UE, des mesures proposées même avant ces derniers jours ? Même celles du gouvernement grec en date du 25 juin ? Laissons la parole au secrétaire général du KKE, Dimitri Koutsoumbas :
« Nous avons exprimé clairement, une fois de plus, les positions du KKE sur la signification du référendum, surtout en rapport avec les problèmes énormes vécus par le peuple grec au sein de l’alliance prédatrice qu’est l’UE. Cette dernière a une ligne politique qui aggrave continuellement les difficultés vécues par les gens, dans leur revenu, qui aggrave la situation du pays et la situation de notre peuple pris globalement. Il a été démontré, une fois de plus, qu’il ne peut y avoir aucune négociation qui se fasse dans l’intérêt du peuple et des travailleurs, à l’intérieur du carcan de l’UE, dans une voie capitaliste de développement.
Le KKE est en désaccord avec l’ensemble de la déclaration commune adoptée par les autres dirigeants et partis politiques. Notre désaccord repose sur notre analyse du vote du peuple grec hier. Il porte en particulier sur l’état des négociations et sur les tactiques que propose le gouvernement pour les poursuivre et que tous les autres partis acceptent, du moins dans le cadre et orientation généraux.
Personne n’a donné mandat à qui que ce soit pour signer de nouveaux mémorandums, de nouvelles mesures douloureuses pour notre peuple. Et ces mesures seront terribles ».

En réponse à une question d’un journaliste qui demandait s’il parlait d’une « solution par la sortie de l’euro », D. Koutsoumbas a insisté :
« Non. Nous nous sommes exprimés clairement sur ce sujet. Cette ligne politique peut aller dans deux directions. (…) Donc notre peuple doit se préparer. La position du KKE est que ces deux issues possibles, c’est-à-dire un accord avec un nouveau mémorandum et de dures mesures ou bien un grexit ou quelque chose comme ça se feront aux dépens du peuple grec.
La rupture avec l’UE, avec le capital et leur pouvoir est la condition préalable à une stratégie totalement différente, avec un pouvoir véritablement aux travailleurs et au peuple, allant vers la socialisation des moyens de production, un détachement de l’UE et une dénonciation unilatérale de la dette. C’est la proposition globale, totalement différente, que porte le KKE. Elle n’a rien à voir avec différents points de vue conduisant à une nouvelle paupérisation de notre peuple. Et je veux parler des points de vue qui existent au sein d’autres partis (…) qui parlent de sortie uniquement de la monnaie unique »
. Une fois n’est pas coutume c’est le président de la commission européenne Jean-Claude Juncker qui lui donne raison quand il déclare : « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens. »

Dans ce contexte il est bon alors de se rappeler qu’une fois de plus l’intervention populaire sera déterminante. En Grèce aussi, comme le chante Jolie Môme, « c’est dans la rue que ça se passe ».

Charles HOAREAU

Le 13 juillet 2015

 

[1] Outre le KKE, 2 députés de Syriza ont voté contre, 15 – dont deux ministres – se sont abstenus et 15 autres ont voté OUI tout en disant qu’ils refuseraient toute mesure d’austérité soit au total, ont voté pour, 145 sur 161 députés de la majorité Syriza / ANEL (droite nationaliste). Ont voté pour également le PASOK (PS grec) et les conservateurs, détails du vote qu’on a bien du mal à voir en lisant la presse ! Au sujet des retombées politiques du vote au parlement on peut lire dans Ouest France : Tsipras face à une crise politique, malgré le référendum http://www.ouest-france.fr/grece-tsipras-face-une-crise-politique-malgre-le-referendum-3556928

[2] secrétaire du PG. Voir la lettre ouverte http://lepcf.fr/Lettre-ouverte-a-Guillaume que lui adressait Jacques Sapir en mai 2014

[3] sic ! On se demande où Guillaume Etievant est allé pêcher cet argument ! A l’en croire il faudrait dire aux travailleurs grecs d’arrêter de manifester ! NDLR

[4] on croit rêver quand on sait que l’âge de la retraite est porté à 67 ans, contrairement à ce qui avait été promis pendant la campagne NDLR

 

SOURCE:

 

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14 juillet 2015 2 14 /07 /juillet /2015 15:03

Par le Parti de l’émancipation du peuple (ex-M’PEP)
 
13 juillet 2015
 
Après l’illusion Syriza et son opposition de guimauve à l’Union européenne et au FMI, l’illusion Podemos ? L’Espagne fournit un bon exemple de la façon dont les grands médias, peu enclins à la subtilité et à la précision, montrent une vision caricaturale de la réalité, promouvant au passage des partis-leurre. Un peu comme le FN ou Debout la France (DLF), qui ne proposent pas une véritable sortie de l’euro, de l’UE et de l’OTAN dans leur programme, certains partis espagnols donnent l’impression d’être très critiques vis-à-vis de la construction européenne… mais ils ne proposent en réalité qu’une « autre Europe ». Podemos (fondé le 17 janvier 2014) fait partie de ces leurres agités comme des étendards de la souveraineté et de l’euroscepticisme. Pourtant, malgré la belle histoire racontée par les médias espagnols et français (et vraisemblablement européens), la réalité est toute autre.
 
(…)
 

 


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13 juillet 2015 1 13 /07 /juillet /2015 21:06

Par Romaric Godin  |   | 

 

La zone euro a changé de visage ce 13 juillet.

La zone euro a changé de visage ce 13 juillet. (Crédits : REUTERS/Stringer/Pool)

Les dirigeants de la zone euro ont imposé un accord aux conditions encore plus dures, presque punitif, aux Grecs. Mais la défaite d'Alexis Tsipras résonne comme une défaite pour toute la zone euro.

Jamais, dans le jargon européen, le terme de « compromis » n'aura semblé si peu adapté. « L'accord » atteint au petit matin du 13 juillet entre la Grèce et le reste de la zone euro a désormais des allures de déroute pour le gouvernement grec. Une déroute qui a un sens pour le reste de l'avenir de la zone euro.

Erreur stratégique

Avant d'en venir aux conséquences, il faut expliquer cette défaite d'Athènes. Le gouvernement grec avait accepté jeudi soir le plan des créanciers présenté le 26 juin. Un plan déjà extrêmement difficile à accepter pour la majorité parlementaire grecque. Cette dernière s'était d'ailleurs fissurée vendredi soir dans le vote à la Vouli, le parlement grec. Alexis Tsipras, le Premier ministre grec, pouvait cependant alors prétendre pouvoir arracher un accord sur la dette comme « compensation. » Malheureusement pour lui, les créanciers ont alors immédiatement compris le message : l'exécutif grec craignait davantage la sortie du pays de la zone euro que l'abandon de son propre programme. On aurait pu s'en douter dès le 22 juin lorsqu'Athènes avait déjà présenté un plan d'austérité. Mais le « non » au référendum avait été une contre-offensive qui, compte tenu du résultat, pouvait donner un mandat implicite au premier ministre pour réaliser le Grexit. Il n'en a pas jugé ainsi. En grande partie parce qu'il a commis l'erreur de ne pas le préparer.

La curée

Dès lors, la position grecque était extrêmement fragile. En effet, pour un petit pays aussi affaibli et endetté que la Grèce, la seule force dans les négociations était la menace de la sortie de la zone euro. Menace que, sans doute, il fallait éviter de mettre en oeuvre si c'était possible, mais qu'il fallait brandir assez sérieusement pour faire douter le camp d'en face. Dès lors que cette menace était levée, Athènes n'avait aucun moyen de pression. La position grecque s'était alors entièrement découverte. Et les créanciers ont pu, sans crainte d'une rupture, augmenter leurs exigences. Pour cela, le moyen était fort simple : il suffisait de menacer la Grèce d'une sortie de la zone euro. Comme cette dernière n'en voulait à aucun prix, il était simple de lui faire accepter d'autres conditions et d'annuler ainsi une partie des succès obtenus durant six mois de négociations, notamment le retour des « revues » de la troïka, l'instauration du travail du dimanche et la mise en place d'un fonds de 50 milliards d'euros issus des privatisations pour recapitaliser les banques, rembourser la dette et faire des investissements productifs. Et pour bien faire comprendre à la Grèce qu'elle devait filer droit cette semaine et voter les « réformes » souhaitées, le premier ministre néerlandais Mark Rutte a prévenu que le « Grexit n'était pas encore exclu. »

Quelques succès ?

Les créanciers ont donc tellement tourmenté Alexis Tsipras que ce dernier a pu présenter quelques concessions sur les exigences nouvelles de ce week-end comme des succès : l'absence de Grexit, le maintien du Fonds en Grèce (et non son transfert au Luxembourg comme l'Eurogroupe l'avait demandé) ainsi que le report d'un quart de son montant sur des investissements productifs (autant que la part réservée aux créanciers et moitié moins que celle réservée pour les banques). Mais son seul vrai succès est d'avoir obtenu l'ouverture d'une discussion sur un « reprofilage » de la dette, autrement dit sur un nouvel échéancier. Mais il faut se souvenir que ce plan va encore augmenter la dette et qu'un rééchelonnement risque simplement de « lisser » les effets de cette augmentation. Et, comme on a pu le constater, Athènes est tout sauf en position de force pour bien négocier ce rééchelonnement. Encore une fois, les créanciers - et Angela Merkel l'a confirmé explicitement - restent attachés au mythe de la viabilité de la dette publique grecque. Un mythe qui va continuer de coûter cher à la Grèce qui va ployer pendant des décennies sous le poids absurde de cette dette, la condamnant à une austérité sans fin et à la méfiance des investisseurs.

Prélude à la chute d'Alexis Tsipras ?

Alexis Tsipras va devoir désormais faire accepter ce plan à son parlement. Or, ce plan n'est rien d'autre qu'une négation explicite des deux votes grecs du 25 janvier et du 5 juillet. Les créanciers avaient pour but, d'emblée, d'obtenir l'annulation de fait de ces votes. Ils sont en passe de l'obtenir. Les parlementaires de Syriza ont désormais le choix entre provoquer une crise politique en désavouant Alexis Tsipras et adoptant un programme basé sur la sortie de la zone euro ou devenir un nouveau Pasok, un parti qui tente de « réduire l'impact » des mesures des créanciers sans avoir aucune certitude d'y parvenir. Face à un tel choix, Syriza pourrait se scinder, comblant les vœux des créanciers et de Jean-Claude Juncker qui souhaitait, en janvier, « revoir des têtes connues. » Car, avec de nouvelles élections, qui semblent désormais inévitables, les perdants des 25 janvier et 5 juillet pourraient profiter de cette division pour remporter le scrutin. Quoi qu'il en soit, si le Syriza « modéré » d'Alexis Tsipras l'emporte, sa capacité de résistance est désormais très faible. Le « danger politique » est écarté, comme le voulaient les dirigeants de la zone euro.

La victoire de Tsipras : un révélateur de la nature de la zone euro

Il est cependant un point sur lequel Alexis Tsipras a clairement gagné : il a mis à jour par ses six mois de résistance et ce déchaînement de « vengeance » comme le note ce lundi matin le quotidien britannique The Guardian en une, la nature de la zone euro. Ce lundi 13 juillet, on y voit plus clair sur ce qu'est la zone euro. A l'évidence, les gouvernants européens ont agi comme aucun Eurosceptique n'aurait pu l'espérer.

L'imposition de la logique allemande

D'abord, on a appris que l'euro n'était pas qu'une monnaie, mais aussi une politique économique particulière, fondée sur l'austérité. Le premier ministre grec avait fait le pari que l'on pouvait modifier la zone euro de l'intérieur et réaliser en son sein une autre politique économique. Preuve est désormais faite de l'impossibilité d'une telle ambition. Les créanciers ont clairement refusé une réorientation de la politique d'austérité budgétaire qui, pour un pays comme la Grèce, n'a réellement plus aucun sens aujourd'hui et l'empêche de se redresser. On a continué à imposer cette logique qui fonde la pensée économique conservatrice allemande : la réduction de la dette et la consolidation budgétaire ont la priorité sur une croissance économique qui ne peut être le fruit que « d'efforts douloureux » appelés « réformes. » Même dans un pays économiquement en ruine  comme la Grèce qui a démontré empiriquement l'échec de cette logique. Si Alexis Tsipras a perdu son pari, il n'est pas le seul fautif. Les Etats européens comme la France et l'Italie le sont aussi, qui en validant les réformes engagées depuis 2011 dans la zone euro (Two-Pack, Six-Pack, MES, semestre européen, pacte budgétaire) ont assuré la prééminence de cette logique.

Français et Italiens ne peuvent donc pas s'étonner de la radicalisation de l'Allemagne et de ses alliés. Ils l'ont préparé par leur stratégie de concessions à Berlin, se trompant eux-mêmes sur leur capacité future de pouvoir ainsi « infléchir » la position allemande dans le futur.

Gouvernance économique aveugle

La gouvernance économique de la zone euro - jadis tant souhaitée par les gouvernements français - existe donc bel et bien, et ne souffre aucune exception, fût-elle la plus modérée. Aussi, qui veut la remettre en cause devient un adversaire de l'euro. La diabolisation de Syriza pendant six mois l'a prouvé. Ce parti n'a jamais voulu renverser l'ordre européen, le gouvernement grec a rapidement fait de larges concessions (que l'on songe à l'accord du 20 février). Mais sa demande d'une approche plus pragmatique dans le traitement du cas grec conduisait à une remise en cause de la vérité absolue de la logique "austéritaire" décrite plus haut. Il fallait donc frapper fort pour faire cesser à l'avenir toute velléité de remise en cause de l'ordre européen établi. Il y a dans cette Europe un air de « Sainte Alliance » de 1815, révélé désormais au grand jour. Comment autrement expliquer cet acharnement face à Athènes ce week-end, cette volonté de « vengeance » ? Alexis Tsipras avait cédé sur presque tout, mais ce n'était pas assez, il fallait frapper les esprits par une humiliation supplémentaire.

Identification entre euro et austérité

Le problème, c'est que, désormais, l'identification entre l'euro et l'austérité est totale. Le comportement des dirigeants de la zone euro avant et après le référendum pour faire du « non » aux mesures proposées un « non » à l'euro le prouvent aisément. La volonté explicite de durcir les conditions imposées à la Grèce pour rester dans la zone euro ce week-end enfonce le clou. Aujourd'hui, c'est bien la question de la « réforme de la zone euro » et de sa gouvernance qui est posée. C'est un cadeau magnifique fait en réalité aux Eurosceptiques qui auront beau jeu désormais de fustiger la faiblesse d'Alexis Tsipras et de faire de la sortie de la zone euro la condition sine qua non d'un changement, même modéré, de politique économique. Cette fin de semaine, une certaine idée, optimiste et positive, de la zone euro a perdu beaucoup de crédibilité.

Grexit ou pas, le précédent existe désormais

Du reste, ceux qui se réjouissent d'avoir sauvé l'intégrité de la zone euro se mentent à eux-mêmes. Pour la première fois, l'impensable a été pensé. L'irréversibilité de l'euro est morte au cours des deux dernières semaines. Grexit ou pas, la possibilité d'une sortie de la zone euro est désormais établie. La BCE l'a reconnue par la voix de deux membres de son directoire, Benoît Coeuré et Vitor Constancio, et l'Eurogroupe en a explicitement menacé la Grèce. Dès lors, la zone euro n'est plus un projet politique commun qui supposerait la prise en compte des aspirations de tous ses Etats membres par des compromis équilibrés. Elle est un lieu de domination des forts sur les faibles où le poids de ces derniers ne comptent pour rien. Et ceux qui ne se soumettent pas à la doctrine officielle sont sommés de rendre les armes ou de sortir. On accuse Alexis Tsipras d'avoir « menti » à son peuple en prétendant vouloir rééquilibrer la zone euro. C'est faux, car il ne connaissait pas alors la nature de la zone euro. Maintenant il sait, et les Européens aussi.

C'est la réalisation du projet « fédéral » de Wolfgang Schäuble : créer une zone euro plus centralisée autour d'un projet économique accepté par tous, ce qui suppose l'exclusion de ceux qui le remettent en cause. Angela Merkel s'est rallié à ce projet parce qu'elle a compris qu'Alexis Tsipras ne sortirait pas de lui-même. Elle a donc pensé pouvoir obtenir la discipline et l'intégrité de la zone euro. Mais elle se trompe, elle a ouvert une boîte de Pandore qui pourrait coûter cher à l'avenir au projet européen. De ce point de vue, peu importe que le Grexit n'ait pas eu lieu  : sa menace suffit à modifier la nature de la zone euro.

La nature de l'euro

L'euro devait être une monnaie qui rapprochait les peuples. Ce devait être la monnaie de tous les Européens. Or, cette crise a prouvé qu'il n'en est rien. On sait que, désormais, on peut priver certains habitants de la zone euro de l'accès à leur propre monnaie. Et que cette privation est un moyen de pression sur eux. Il sera donc bien difficile de dire encore « l'euro, notre monnaie » : l'euro est la monnaie de la BCE qui la distribue sur des critères qui ne prennent pas en compte le bien-être des populations, mais sur des critères financiers dissimulant mal des objectifs politiques. L'euro est, ce matin, tout sauf un instrument d 'intégration en Europe. En réalité, on le savait depuis la gestion de la crise de Chypre en 2013, qui, on le comprend maintenant, n'était pas un « accident. »

Le choc des démocraties réglé par le protectorat

La résistance d'Alexis Tsipras et l'accord obtenu mettent également à jour le déséquilibre des légitimités démocratiques. Longtemps, l'argument a été que les Grecs ne pouvaient pas imposer leurs choix démocratiques aux autres démocraties. Ceci était juste, à condition que ce soit réciproque.

Or, ce lundi 13 juillet, la démocratie grecque a été fragilisée et niée par ses « partenaires » européens. On a ouvertement rejeté le choix des Grecs et imposé à la place celui des autres gouvernements démocratiques. Le débat ne se tenait pas entre démocraties mais entre créanciers et débiteurs. Jamais la zone euro n'a voulu prendre au sérieux les choix grecs. Et toujours on a cherché à se débarrasser de ceux qui étaient issus de ces choix. Il est donc possible de faire d'un pays de la zone euro une forme moderne de protectorat financier. C'est là encore un dangereux cadeau fait aux Eurosceptiques qui auront beau jeu de venir se présenter en défenseurs de la souveraineté populaire et de la démocratie.

Plus d'intégration ?

François Hollande a promis « plus d'intégration » dans la zone euro les mois prochains. Ceci ressemble dangereusement à une fuite en avant. Angela Merkel a prouvé qu'elle avait choisi le camp de Wolfgang Schäuble, de concert avec la SPD. On ne peut donc que s'inquiéter de cette promesse de l'hôte de l'Elysée qui ne peut aller que dans le sens des erreurs commises. Enivrée par leurs victoires sur un peuple déjà à genoux, les dirigeants de la zone euro doivent prendre garde de ne pas aggraver encore un bilan qui, au final, est aussi négatif pour les vainqueurs que pour les vaincus.

 

 

 

 

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13 juillet 2015 1 13 /07 /juillet /2015 20:56
Peu avant 9 heures, un accord a été trouvé et adopté à l'unanimité des pays membres de l'Eurozone pour débloquer la situation en Grèce. Il permettra la mise en place d'un troisième plan d'aide
 
Grèce : Un "accord de Munich" adopté à l'unanimité #ThisIsACoup
 
Selon les déclarations du président du Conseil européen Donald Tusk, la Grèce bénéficiera d'une aide du Mécanisme européen de stabilité (MES) en contrepartie de la mise en oeuvre par Athènes de réformes importantes.

«A l'unanimité, le sommet de la zone euro a trouvé un accord. Tout est prêt pour un programme du MES destiné à la Grèce avec des réformes sérieuses et un soutien financier», a déclaré Donald Tusk sur Twitter.


Si le texte soumis ne prévoit a priori pas de sortie temporaire de la Grèce de la monnaie unique, il risque d'être difficile à accepter en Grèce où le gouvernement de gauche radicale d'Alexis Tsipras avait promis qu'il ne se laisserait pas imposer de nouveaux sacrifices.

 

Grèce : Un "accord de Munich" adopté à l'unanimité #ThisIsACoup
L'humiliation du peuple grec

Les créanciers exigent du premier ministre grec qu’il fasse adopter d’ici à mercredi une première série d’actions prioritaires, notamment sur un changement du régime de la TVA (et la hausse de cette dernière) ou sur la réforme des retraites (allongement de l’age de départ).

Lors de ce premier vote se dessineront certainement les nouveaux équilibres politiques révélés par le vote de samedi au Parlement grec. Car, si une large majorité de députés avaient alors décidé de soutenir l’effort de négociation d’Alexis Tsipras, de nombreuses défections dans son propre camp sont apparues au grand jour. Dix-sept députés du parti de la gauche radicale Syriza avaient refusé d’accorder leur soutien au premier ministre (2 non, 8 abstentions et 7 absents).

Il y a également de fortes pressions à Bruxelles pour que des changements politiques interviennent le plus rapidement possible. Alexis Tsipras doit, au minimum, opérer un remaniement ministériel pour se défaire des éléments les plus radicaux de son gouvernement. Notamment ceux issus de la plate-forme de gauche (un mouvement situé à l’aile gauche de Syriza) qui se sont désolidarisés ces derniers jours de leur premier ministre. Premiers visés, le ministre du redressement productif Panayiotis Lafazanis et le ministre de la sécurité sociale Dimitris Stratoulis, qui se sont tous deux abstenus lors du vote de samedi.

Les créanciers, inquiets qu’un gouvernement Syriza refuse d’appliquer de nouvelles mesures d’austérité, même adoptées au Parlement, veulent aller encore plus loin. Et font pression sur Alexis Tsipras pour qu’il accepte de faire entrer dans son gouvernement des ministres issus d’autres formations politiques et notamment du parti centriste To Potami.

 

Grèce : Un "accord de Munich" adopté à l'unanimité #ThisIsACoup
 
Alexis Tsipras de nouveau au bord du gouffre

Le chef du gouvernement grec n'a plus de majorité au Parlement. C'est grâce aux partis d'opposition, le Pasok (socialiste), la Nouvelle démocratie (droite) et La Rivière (To Potami, centre) que ses dernières propositions d'économies, pourtant jugées insuffisantes par l'Eurogroupe, ont été adoptées samedi 11 juillet (251 voix sur 300). Près de 32 députés de Syriza sur 149 ont fait défection ou ont juré de le faire bientôt.

Syriza, coalition hétéroclite, est au bord d'une implosion qui était largement prévisible. Parmi les "rebelles" abstentionnistes se trouve deux ministres, dont celui de l'Energie Panagiotis Lafazanis, adversaire déclaré de l'euro. Mais on compte aussi la présidente du Parlement, Zoé Kostantopoulou, passionaria de la gauche radicale et "épine" dans le pied du Premier ministre à cause de sa grande popularité, estime Kathimerini.
Nicolas Maury
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13 juillet 2015 1 13 /07 /juillet /2015 09:53
Pour information.  Nous ne partageons pas toutes les positions de Jacques Sapir.  Notamment son étonnant attachement à l'Union européenne.  Puisque, comme il le dit lui-même, l'Union européenne n'est pas l'Europe. AC
L’Europe aux périls de l’Euro

Par sur Russeurope - 12 juillet 2015

La crise grecque est devenue désormais une crise de l’Union européenne. Quelle que soit son issue, les fondements mêmes de l’UE ont été durablement ébranlés. La prolongation de la réunion de l’Eurogroupe, censée se terminer samedi 11 juillet et qui a été étendu au dimanche 12, l’annulation du sommet européen des chefs d’Etats et de Gouvernements, sont des signes évidents de l’ampleur et de la profondeur de cette crise. Elle n’aura probablement pas de vainqueur, à moins que l’on en passe par les conditions posées par l’Allemagne, mais les vaincus seront nombreux. Et, au premier plan, les fanatiques de la construction européenne, les talibans de l’Euro. Car, la cause réelle, la cause évidente, de cette crise ce n’est pas le problème de l’endettement de la Grèce, mais c’est le fonctionnement de la zone Euro, qui dresse les peuples les uns contre les autres et qui ranime les pires des souvenirs de l’histoire européenne. Si l’Union européenne et l’Europe sont deux choses différentes, aujourd’hui, ce qui se joue à Bruxelles n’est plus seulement la Grèce ou l’Euro, c’est l’avenir de l’Europe et l’existence même de l’Union européenne.

 

La responsabilité de l’Euro

Il est désormais évident pour l’ensemble des observateurs que la cause profonde de cette crise est à chercher dans le fonctionnement de la zone Euro. On l’a déjà écrit à de multiples reprises dans ce carnet. Le projet de création d’une monnaie unique, sans assurer dans le même temps les conditions tant économiques qu’institutionnelles de la viabilité de cette monnaie, ne pouvait qu’entraîner un désastre. Il fallait se résoudre à une « union de transfert ». On ne l’a jamais fait. Si, dans des pays fédéraux comme l’Inde, l’Allemagne ou les Etats-Unis une même monnaie fonctionne en dépit des divergences parfois extrêmes qui existent entre les territoires composant ces pays c’est avant tout parce qu’existent des flux de transfert importants. Ceci n’a pu être mis en place au sein de la zone Euro, en raison de l’opposition de nombreux pays mais, par dessus tout, en raison de l’opposition totale de l’Allemagne.

Beaucoup de ceux qui écrivent en faveur de l’Euro se lamentent alors sur ce qu’ils appellent « l’égoïsme allemand »[1]. Ils ne prennent jamais la peine de chercher à mesurer ce que coûterait à l’Allemagne le financement de ces flux de transfert. Le calcul a été présenté dans ce carnet[2]. Il se montait alors autour de 260 milliards d’euros par an, sur une période de dix ans, et ce uniquement pour aider les 4 pays du « Sud » de la zone que sont l’Espagne, l’Italie, le Portugal et la Grèce. Sur cette somme, on peut penser qu’environ 85% à 90% serait fourni par l’Allemagne. On aboutit alors à un prélèvement sur la richesse produite en Allemagne compris entre 8% et 9% du PIB. Une autre source estimait même ce prélèvement à 12%[3]. Il est clair qu’imposer un tel prélèvement à l’Allemagne détruirait son économie. La question donc n’est pas que l’Allemagne ne veuille pas (ce qui est un autre problème) mais avant tout qu’elle ne peut pas supporter de tels prélèvements.

Confrontés à l’impossibilité de mettre en place une union de transfert, les gouvernement de la zone Euro ont cru trouver leur salut dans une combinaison de cures d’austérité dont les effets récessifs ont fragilisé les économies européennes, et de politique monétaire relativement expansionniste, telle qu’elle a été menée par la Banque Centrale Européenne. Mais, cette politique monétaire, si elle a permis de faire baisser les taux d’intérêts n’a pas résolu le problème. C’est comme de vouloir soigner une pneumonie avec de l’aspirine. L’aspirine fait un effet bénéfique en permettant à la fièvre de baisser, ce que fit la politique de la BCE à partir de septembre 2012, mais elle ne soigne pas.

Dès lors, l’Euro a entraîné les économies des pays membres de la zone dans une logique de divergence de plus en plus forte. Cette logique a conduit à des plans d’austérité de plus en plus violent, qui exaspèrent les populations et qui dressent celles des pays ayant moins de problèmes contre celles des pays souffrant le plus. Loin d’être un facteur d’unité et de solidarité, l’Euro entraîne le déchaînement des égoïsmes des uns et des autres et la montée des tensions politiques au sein de l’Union européenne. L’Euro, de par son existence même est bien la source de la crise dont les péripéties bruxelloises de cette fin-de-semaine sont l’illustration.

 

La responsabilité des politiques

Si la responsabilité première de cette crise incombe à l’Euro, et au système institutionnel que l’on a construit pour le faire perdurer, cela ne vaut pas non-lieu pour le personnel politique. Au contraire ; leur comportement a tendu à exacerber cette crise en provoquant une perte massive de confiance des peuples de l’Union européenne dans cette dite union.

Il est de bon ton de se déchaîner à présent contre Mme Merkel et M. Schäuble. Leur responsabilité est immédiatement engagée. Le plan présenté par M. Schäuble ce samedi 11 juillet, et qui prévoit soit l’expulsion de la Grèce soit la mise en gage d’une partie du patrimoine industriel de ce pays, est parfaitement scandaleux. Ces deux dirigeants se comportent comme des petites frappes cherchant à terroriser le quartier. Mais, il faut ici dire qu’ils ne sont sans doute pas les pires. De plus, il faut reconnaître à M. Schäuble une certaine cohérence dans sa position.

Parmi ceux dont les responsabilités sont certainement plus importantes il faut citer le président de l’Eurogroupe, M. Dijsselbloem. Ce triste personnage a ainsi exercé des menaces et un véritable chantage sur le ministre grec des finances, M. Yanis Varoufakis. Ce dernier l’a décrit de manière très explicite[4]. Il montre que ces détestables pratiques ne sont pas le produit de la crise (ce qui sans les justifier le moins du moins du monde pourrait les expliquer) mais ont commencé dès les premières réunions datant du mois de février 2015. Ces pratiques, ainsi que celles de M. Jean-Claude Juncker, le Président de la Commission européenne, témoignent d’un esprit profondément anti-démocratique qui règne dans les instances de l’Union européenne. Les pratiques de ces dirigeants, et avant eux de personnes comme M. Barroso, ont largement contribué à la perte de crédibilité des peuples dans ces institutions. En novembre 2012, un sondage réalisé sur l’ensemble des pays européens montrait que le pourcentage de personnes disant ne pas faire confiance dans l’Union européenne était de 42% en Pologne, de 53% en Italie, de 56% en France, de 59% en Allemagne et de 72% en Espagne[5].

Mais, les bons apôtres de la construction européenne, comme M. François Hollande, ne peuvent – eux non plus – espérer sortir indemne de cette crise. Leur responsabilité est en réalité tout autant engagée que celle des autres politiciens. Si M. Hollande avait été fidèle à ses engagements de la campane présidentielle du printemps 2012, il aurait affronté immédiatement et directement la chancelière allemande. Au lieu de cela, il a accepté d’entrer dans la logique austéritaire qu’elle proposait et il a cédé, en tout ou partie, à ce qu’elle exigeait. Il est alors logique que Mme Merkel se soit sentie confortée dans ses choix et les ait poussés jusqu’au bout de leur absurde et funeste logique concernant la Grèce. M. Hollande cherche depuis quelques jours à faire entendre une musique différente. Mais, il n’est que trop visible que l’homme est déjà en campagne pour sa réélection. Sur le fond, il est un bon représentant de ces fanatiques de la construction européenne, de ces « eurobéats », dont l’attitude va aboutir à faire éclater l’Union européenne.

 

Il faut agir

Au point où nous sommes dans cette crise, il faut prendre ses responsabilités. Ce qui est en jeu n’est pas seulement le sort de 11 millions de personnes, ce qui est déjà beaucoup. C’est en réalité le sort des 510 millions d’habitants de l’Union européenne qui est aujourd’hui jeté dans la balance. Derrière le sort de la Grèce, que l’on laisse seule pour gérer un flux de réfugiés de 1000 personnes/jour, c’est la réalité de l’Union européenne qui est en jeu.

Il faut aujourd’hui admettre que l’Euro n’est pas viable dans le cadre actuel, et que changer de cadre, passer au « fédéralisme » comme l’invoquent certains, est impossible. Dès lors, il faut en tirer les conséquences et procéder à un démontage coordonné de la zone Euro. Réfléchissons-y bien ; ce démontage, s’il est réalisé de manière coordonnée, sera un acte d’union. Il n’y a aucune honte à reconnaître que les conditions nécessaires n’ayant pas été remplies, la monnaie unique ne peut être viable. Il n’y a aucune honte à cela, sauf à faire de l’euro un fétiche, une nouvelle idole, une religion. Et c’est bien ce qui est inquiétant. Pour de nombreux dirigeants dans les pays de l’union européenne l’Euro n’est pas un instrument, c’est une religion, avec ses grands prêtres et ses excommunications. Car, l’alternative à cela, c’est le « Grexit », soit en réalité l’expulsion de la Grèce hors de la zone Euro, acte inouï de violence, mais dont tout le monde comprendra qu’il n’est que le début d’un processus. Une fois la Grèce mise dehors, les regards se porteront sur le prochain, puis sur le suivant. On aboutira, alors, à une lente implosion de la zone Euro, dans un vacarme de récriminations et d’accusations réciproques, dont l’Eurogroupe du samedi 11 aura été une timide annonciation. L’Union européenne, il faut le savoir, ne résistera pas à cela. Elle pourrait certainement résister au démontage coordonné, sous le contrôle du Conseil européen, et avec la participation des institutions européennes. Mais, il en ira tout autrement si on s’abandonne à la facilité et si l’on laisse la zone Euro se déliter à la suite d’une expulsion de la Grèce.

Aujourd’hui, le temps presse. Les dirigeants de l’Union européenne peuvent faire le choix salvateur d’une solution coordonnée. S’ils reconnaissent que la zone Euro n’est pas viable, tout est possible. Si, par contre, ils s’enferrent, que ce soit par idéologie ou par intérêt de court terme, dans des tentatives désespérées pour tenter de faire survivre cette zone Euro, en y sacrifiant un pays, puis un second, puis un troisième, ils mettront en marche la machine infernale de l’explosion de l’Union européenne, et ils porteront devant l’Histoire la responsabilité de futures affrontements intereuropéens. L’Union européenne peut périr, ou se transformer. L’important est de sauver l’esprit européen, un esprit de fraternité et de solidarité. C’est cela que menace désormais l’existence de l’Euro.

[1] Voir Michel Aglietta, Zone Euro : éclatement ou fédération, Michalon, Paris, 2012.

[2] Voir Sapir J., « Le coût du fédéralisme dans la zone Euro », note publiée sur le carnet RussEurope, 10 novembre 2012, http://russeurope.hypotheses.org/453

[3] Patrick Artus, « La solidarité avec les autres pays de la zone euro est-elle incompatible avec la stratégie fondamentale de l’Allemagne : rester compétitive au niveau mondial ? La réponse est oui », NATIXIS, Flash-Économie, n°508, 17 juillet 2012.

[4] VAROUFAKIS: POURQUOI L’Allemagne REFUSE D’ALLÉGER LA DETTE DE LA GRÈCE, http://blogs.mediapart.fr/blog/monica-m/120715/varoufakis-pourquoi-lallemagne-refuse-dalleger-la-dette-de-la-grece

[5] Sondage EUROBAROMETER


 
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12 juillet 2015 7 12 /07 /juillet /2015 16:39
Référendum grec, 5 juillet 2015

Todd : « On assiste à la 3e autodestruction de l’Europe sous direction allemande »

 

Dans un entretien accordé le 10 juillet 2015 au quotidien de Bruxelles Le Soir, l'historien et anthropologue Emmanuel Todd dénonce avec une rare violence la réponse autoritaire et suicidaire de Berlin et Bruxelles à la crise grecque...

Extraits de l'entretien d'Emmanuel Todd (Le Soir, 10 juillet 2015) :

Ce qui me frappe, c’est que l’Europe à laquelle on a affaire n’est plus celle d’avant : c’est une Europe contrôlée par l’Allemagne et par ses satellites baltes, polonais, etc. L’Europe est devenue un système hiérarchique, autoritaire, « austéritaire », sous direction allemande. Tsipras est probablement en train de polariser cette Europe du nord contre l’Europe du sud.

Tout le discours des socialistes français, jusqu’à très récemment, consistait à dire : « On va faire une autre Europe, une Europe de gauche. Et grâce à nos excellents rapports avec la social-démocratie allemande, il va se passer autre chose »… Je leur répondais : « Non, ça va être pire avec eux ! » Les sociodémocrates sont implantés dans les zones protestantes en Allemagne. Ils sont encore plus au nord, encore plus opposés aux « cathos rigolards » du sud…

Ce qui ressort, ce n’est donc pas du tout une opposition gauche-droite, c’est une opposition culturelle aussi ancienne que l’Europe. Je suis sûr que si le fantôme de Fernand Braudel (grand historien français : 1902-1985) ressortait de la tombe, il dirait que nous voyons de nouveau apparaître les limites de l’Empire romain. Les pays vraiment influencés par l’universalisme romain sont instinctivement du côté d’une Europe raisonnable, c’est-à-dire d’une Europe dont la sensibilité n’est pas autoritaire et masochiste, qui a compris que les plans d’austérité sont autodestructeurs, suicidaires. Et puis en face, il y a une Europe plutôt centrée sur le monde luthérien – commun aux deux tiers de l’Allemagne, à deux pays baltes sur trois, aux pays scandinaves – en y rajoutant le satellite polonais – la Pologne est catholique mais n’a jamais appartenu à l’empire romain. C’est donc quelque chose d’extraordinairement profond qui ressort.

La France renouera-t-elle avec Vichy ?

La France est double. Il y a la vieille France maurrassienne reconvertie en France socialiste, décentralisatrice, européiste et germanophile, qui bloque le système. Mais il est clair que les deux tiers de la France profonde sont du côté de l’Europe du sud.

Pour Hollande, c’est la minute de vérité. S’il laisse tomber les Grecs, il part dans l’Histoire du côté des socialistes qui ont voté les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Si les Grecs sont massacrés d’une façon ou d’une autre avec la complicité et la collaboration de la France, alors on saura que c’est la France de Pétain qui est au pouvoir.

Ce qu’on a vu depuis 2011, c’est l’incroyable obstination des élites européennes – et notamment des élites françaises néovichystes (laissez « néovichystes » !) : mélange de catholiques zombies, de banquiers et de hauts fonctionnaires méprisants – à faire durer ce système qui ne marche pas. L’euro est le trou noir de l’économie mondiale. L’Europe s’est obstinée dans une attitude d’échec économique incroyable qui évoque en fait un élément de folie

Le tragique réel de la situation, c’est que l’Europe est un continent qui, au XXe siècle, de façon cyclique, se suicide sous direction allemande. Il y a d’abord eu la guerre de 14, puis la deuxième guerre mondiale. Là, le continent est beaucoup plus riche, beaucoup plus paisible, démilitarisé, âgé, arthritique. Dans ce contexte ralenti, comme au ralenti, on est en train sans doute d’assister à la troisième autodestruction de l’Europe, et de nouveau sous direction allemande (...).

Propos recueillis par WILLIAM BOURTON

Publié ou mis à jour le : 2015-07-11 13:30:4

Lu sur Herodote.net

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