Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

ACTION COMMUNISTE

 

Nous sommes un mouvement communiste au sens marxiste du terme. Avec ce que cela implique en matière de positions de classe et d'exigences de démocratie vraie. Nous nous inscrivons donc dans les luttes anti-capitalistes et relayons les idées dont elles sont porteuses. Ainsi, nous n'acceptons pas les combinaisont politiciennes venues d'en-haut. Et, très favorables aux coopérations internationales, nous nous opposons résolument à toute constitution européenne.

Nous contacter : action.communiste76@orange.fr>

Rechercher

Humeur

Chaque semaine, AC attribue un "roquet d'or" à un journaliste qui n'aura pas honoré son métier, que ce soit par sa complaisance politique envers les forces de l'argent, son agressivité corporatiste, son inculture, ou sa bêtise, ou les quatre à la fois.

Cette semaine, sur le conseil avisé de la section bruxelloise d'Action communiste, le Roquet d'Or est attribué  à Thierry Steiner pour la vulgarité insultante de son commentaire sur les réductions d'effectifs chez Renault : "Renault fait la vidange"...  (lors du 7-10 du 25 juillet).


Vos avis et propositions de nominations sont les bienvenus, tant la tâche est immense... [Toujours préciser la date, le titre de l'émission et le nom du lauréat éventuel].

 

 
21 mars 2015 6 21 /03 /mars /2015 16:35
Buisson, Mélenchon, la calomnie et la démocratie
19 mars 2015

Par

La parution d’un livre sur Patrick Buisson suscite une polémique à laquelle Jean-Luc Mélenchon est mêlé. Les procédés d’insinuations venimeuses, les informations non recoupées, les calomnies véritables, brefs toutes ces détestables méthodes qui sont employées par ces journalistes à gage, ces donneurs de leçons sur ordre, ont été ressorties en cette occasion. On accuse ainsi, contre toute évidence, Jean-Luc Mélenchon d’avoir été « conseillé » par Buisson. C’est absurde, c’est honteux, mais c’est. On connait mes désaccords avec Jean-Luc Mélenchon en particulier sur l’Euro mais aussi sur la Nation, mais l’ignominie reste l’ignominie. Peut importe qui en est la victime.

Le fantasme du tout puissant.

Tous ces petits marquis poudrés et ces comtesses frisotés s’appuient sur le livre d’Ariane Chemin et de Vanessa Schneider, Le Mauvais Génie. Ce livre est à la politique ce que les journaux people sont à la culture. Quelque chose où l’on ne s’intéresse qu’à l’anecdotique sans discussion de fond. On y raconte des déjeuners ou des dîners, sur la base de sources de deuxième ou troisième main (quand elles n’appartiennent pas à la quatrième dimension) mais jamais on y discute concepts, notions et représentations du politique. Bref de la littérature à lire d’un derrière distrait. Il y a sans doute des lecteurs pour ce genre de chose, grand bien leur fasse.

Le problème est que ce livre véhicule l’idée que « certains individus » seraient doués d’un pouvoir de nuisance (ou de bienfaisance) quasi-surnaturel. L’idée de discuter de la réception (ou de la non-réception) des idées politiques leur est à tout plein étrangère. Ils participent, de fait, à un ré-enchantement du monde, tout comme les ouvrages sur les sociétés secrètes, la magie et l’occultisme. En fait le prototype de ce genre d’ouvrage fut Le matin des magiciens le livre de Louis Pauwels et Jacques Bergier en 1960. Ce livre accrédite donc une vision complotiste de la réalité (ce qui ne signifie pas qu’il n’y ait jamais de « complots » mais ceci est une autre histoire…). Et, cette vision a été immédiatement utilisée contre Jean-Luc Mélenchon. On peut noter d’ailleurs que pour un certain nombre de journalistes, ce livre ne fut qu’un prétexte. Le procès en sorcellerie contre Mélenchon, accusé d’être à l’origine d’une alliance « Rouge-Brun », ne s’embarrasse pas de preuves et ne fait aucun droit aux arguments de la défense. Le nombre de journalistes se prenant pour des Torquemada est ainsi considérable.

Des mauvais arguments pour une mauvaise politique

On peut par contre discerner l’intérêt d’un tel procès pour ceux qui l’instruisent. Outre le fait que « coco, ça fait du papier, on vend, on fait du tirage », une expression que je n’ai que trop entendue dans des salles de rédactions, outre le fait de « faire le buzz » comme l’on dit, il faut bien voir que les débats factices ainsi engendrés permettent d’obscurcir la réalité. Le fait que la loi Macron entérine un formidable retour en arrière sur les lois sociales (et je ne parle pas ici du travail le dimanche mais de mesures bien plus graves), que Madame la Ministre de la santé va porter à 72 ans l’âge de la retraite pour les médecins hospitaliers du secteur publique, sont des faits autrement plus graves qui nécessiteraient un débat sur le fond. Mais, ce débat démontrerait l’imposture d’un P’S’ qui a depuis longtemps choisi le camps des puissants contre les humbles, de l’étranger (ah, Bruxelles, Francfort…) contre celui de la France. Une mauvaise politique implique nécessairement de mauvais arguments.

Il faudrait ici établir la longue liste des reniements et des trahisons de ce pouvoir dit « socialiste ». Ces derniers ont commencé dès que le Président fut élu. Le vote du TSCG, c’est à dire de l’alignement inconditionnel et complet du gouvernement sur l’Allemagne en fut le symbole. Les différentes mesures d’austérité, prises ou qui le seront d’ici les prochains mois, en découlent. Quand on n’est plus propre sur soi, la seule issue reste de salir les autres. Le fait que cette polémique éclate quelques jours à peine avant que le pouvoir “socialiste” ne soit confronté à une probable défaite électorale majeure ne révèle que trop les objectifs de cette transparente manoeuvre.

Des règles de débat.

Il n’en reste pas moins que la défense de Jean-Luc Mélenchon serait plus facile si certains des cadres du Front de Gauche n’avaient employé les mêmes méthodes – n’est-ce pas Monsieur Corbières – qui sont aujourd’hui utilisées contre Mélenchon. Car, ces méthodes iniques, ces procédés immondes, sont – hélas – devenus monnaie courante dans le débat politique. Alors, je voudrais ici rappeler à tous les aboyeurs de tous poils et de tous courants quelques principes de base :

  1. La distinction entre vie publique et vie privée est une des bases fondamentales de la démocratie. Le débat doit avoir lieu sur les idées et sur les actes publics.
  2. Les idées, d’où qu’elles viennent, peuvent être discutées librement. On se rappelle la honteuse attaque de notre Premier ministre contre le philosophe Michel Onfray. Ces attaques, ces méthodes, visent à créer un climat de peur qui est le contraire à l’esprit démocratique. Les idées vivent leur propre vie, indépendamment des personnes qui les ont exprimées. Je puis ainsi parfaitement discuter des idées et concepts utilisés par Carl Schmitt sans avoir pour autant la moindre proximité ou la moindre complaisance, avec cet auteur.
  3. Si des personnes qui viennent d’horizons politiques différents émettent des constats sur un point particulier qui se révèlent identiques, il vaut mieux s’interroger sur ces constats que sur les proximités supposées ou fantasmées de ces mêmes personnes.

Ces trois principes devraient être la base du débat démocratique. Le fait qu’il n’en soit rien nous fournit la preuve que pour un certain nombre de médias, de journalistes,mais aussi de femmes et d’hommes politiques,  la démocratie n’est plus à l’ordre du jour.

Partager cet article
Repost0
12 mars 2015 4 12 /03 /mars /2015 17:59
 

Tariq Ali, l'écrivain et historien pakistanais/britannique, coscénarsite du documetaire "South of the border", le réalisateur Oliver Stone et le président Hugo Chavez arrivant  au Festival de la Mostra de Venise, le 7 septembre 2009.

Tariq Ali, l’écrivain et historien pakistanais/britannique, co-scénariste du documentaire « South of the border« , le réalisateur Oliver Stone et le président Hugo Chavez arrivant au Festival de la Mostra de Venise, le 7 septembre 2009.

 

Septembre 2009. Le cinéaste Oliver Stone présente à la Mostra de Venise son documentaire South of the border (1). Les premières secondes offrent un bêtisier des JTs étasuniens sur le « dictateur Chavez » : Le réalisateur enchaîne en off : « Nuit et jour, sur toutes les chaînes, voici ce que voient les états-uniens. Le croient-ils ? J’espère que non. Mais même les plus sérieux des médias écrits aux Etats-Unis ou en Europe suivent la même ligne». Lors de sa conférence de presse, Stone précise : “Le manque de liberté d’expression que dénoncent les médias et l´opposition de droite vénézuélienne est un mensonge. Celui qui va au Venezuela se rend compte que 80, 90 % des médias sont contre Chavez. Ils disent des choses très dures sur lui et il le tolère. Il ne punit pas ces personnes, elles sont toujours en place. Aux États- Unis cela ne se passerait pas ainsi.”

Ces propos suscitent aussitôt une « réponse appropriée » de David Pujadas au 20 heures de France 2 (service public) : « Image de la Mostra de Venise, une fois n’est pas coutume, ce n’est pas un acteur ou une actrice qui tient la vedette de ce très célèbre festival mais le président vénézuélien Hugo Chavez. Le réalisateur américain Oliver Stone lui consacre en effet un documentaire admiratif et il a été ovationné par le public. Ironie du sort, il faut tout de même savoir qu’au même moment Hugo Chavez s’apprête à interdire dans son pays 29 radios suscitant de vives critiques de la part des défenseurs de la liberté de la presse.»

Sur quoi Pujadas se base-t-il pour affirmer que 29 radios vont être interdites au Venezuela ?

En 2000, la patiente lutte des collectifs de communication populaire vénézuéliens a débouché sur la légalisation des médias associatifs et l’octroi à ceux-ci de fréquences gratuites de radio ou télévision locales (2). Des stations commerciales ou évangélistes se sont alors déguisées en médias « associatifs » pour obtenir des fréquences légales à bon compte… D’où la mobilisation des collectifs citoyens qui ont demandé à la CONATEL (le CSA local) de récupérer ces fréquences pour les leur rendre. « L’interdiction de 29 radios » selon Pujadas était donc… la restitution de 29 fréquences détournées par des intêrêts commerciaux ou religieux, pour permettre la création de médias citoyens ! Selon la loi, c’est d’ailleurs le même travail que devrait effectuer le CSA en France (3).

Pas de rectificatif, ni de droit de suite de la part de D. Pujadas. Pourquoi se gêner ? Il y a longtemps déjà que les JTs des télévisions publiques mimétisent ceux des médias privés et recyclent les mêmes campagnes que les groupes comme Clarin ou Prisa ont lancées contre l’Argentine ou l’Equateur. Dès que des lois y ont démocratisé  la répartition des ondes monopolisées par les grands groupes privés, Cristina Fernandez ou Rafael Correa ont été traités d’“ennemis de la liberté d’expression”. L’idéologie qui sous-tend ces campagnes est que la liberté d’expression est, et doit rester, la liberté d’entreprise. L’État ne peut être qu’un obstacle à cette « liberté » puisqu’il fait obstacle à la globalisation marchande de l’information.

Le 3 février 2015, c’est au tour de Thomas Cluzel (Radio France-Culture) d’enfoncer un peu plus le service public dans Disneyworld et de nous convaincre, au cas où nous l’aurions oublié, qu’ “il est interdit d’informer au Venezuela” (4). Pour sa revue de presse, Cluzel a usé de sources particulièrement pluralistes: SLATE (États-Unis), Miami Herald (États-Unis), THE WASHINGTON POST (États-Unis), THE NEW YORK TIMES (États-Unis), FOREIGN POLICY (États-Unis), BBC (Royaume-Uni), El Universal et Tal Cual (deux journaux de la droite vénézuélienne), Reporters sans Frontières (5) sans oublier Courrier International, le produit off-shore du groupe Le Monde qui puise ses articles dans l’apparente diversité qu’offrent les grands groupes privés internationaux (6). Thomas Cluzel n’a pas eu le temps de demander l’opinion de médias alternatifs, citoyens, publics et encore moins celle du gouvernement du Venezuela. Nous pourrions donc nous arrêter ici. Mais s’agissant du service public financé par les impôts des citoyens, le cas Cluzel a valeur d’exemple et mérite une attention toute particulière.[...] Lire la suite en cliquant ci-dessus sur Venezuela infos ...

Partager cet article
Repost0
12 mars 2015 4 12 /03 /mars /2015 17:40
Accueil du site > vu sur le site "Mémoire des luttes"
 

La tentative de coup d’Etat contre le Venezuela
Par Ignacio Ramonet  |  5 mars 2015   

 

Sympathique spécimen de la faune amazonienne, le toucan est un oiseau bien connu pour son bec spectaculaire aux couleurs chatoyantes. C’est aussi le nom d’un agressif « oiseau d’acier » fabriqué par l’entreprise brésilienne Embraer, dont la dénomination militaire est EMB 312, et dont les deux modèles les plus vendus sont le T-27, version d’entrainement, et le AT-27, armé pour des attaques à terre. Et c’est précisément un de ces Tucanos militaires, armé pour l’attaque, qui devait bombarder le palais présidentiel de Miraflores, à Caracas, le 12 février dernier. Et tuer le président Nicolas Maduro. L’aéronef avait également pour mission d’attaquer le ministère de la Défense et de détruire, parmi d’autres cibles, le siège de la chaîne de télévision internationale TeleSur, en semant le chaos et la confusion.

Selon les informations révélées par le président Maduro lui-même, la tentative de coup d’Etat a été déjouée grâce aux services de renseignement. Ils ont permis l’arrestation d’un groupe d’officiers d’aviation et de civils. « Il s’agit – a déclaré le chef de l’Etat – d’une tentative de sédition contre la démocratie et la stabilité de notre patrie ; c’est une séquelle du "putsch bleu" [1] de février-mars 2014, il y a un an  »... [ Lisez la suite sur le site "Mémoire des luttes" en cliquant en haut sur accueil du site.]

Partager cet article
Repost0
11 mars 2015 3 11 /03 /mars /2015 15:14
Mis en ligne sur le blog d'Action Communiste le 13 novembre 2015.  Toujours d'actualité.
"Lettre à mes amis de Marianne"
Lettre de Jean-Pierre Chevènement à l'hebdomadaire Marianne, le 6 novembre 2015.  Paru sur le blog de J.P. Chevènement.  Paru sur "Marianne".

 

Cher Jean-François Kahn, chers amis,

J’avais été choqué et attristé par la parution, le mardi 15 septembre dernier, il y a donc plus d’un mois, de cinq pages du journal « Libération » clouant au pilori Michel Onfray sur le thème : « Comment Michel Onfray fait le jeu du Front National ».
Cette « reductio ad Le Penum », pour parler comme Pierre-André Taguieff qui évoquait, jadis, la « reductio ad Hitlerum », comme moyen de disqualifier a priori l’adversaire, me peinait d’autant plus qu’elle touchait un homme dont la générosité m’a toujours paru évidente. Elle venait de surcroît de l’ancien Rédacteur en chef du « Crayon entre les Dents », « périodique jeunes » du Ceres dans les années 1970 que j’apréciais particulièrement, Laurent Joffrin, aujourd’hui directeur de « Libération ». La reprise d’une interview donnée à un autre journal pour y répondre point par point, en l’absence de l’intéressé, est une forme de dialogue qui restait à inventer.

 

J’observe d’abord que Laurent Joffrin réfutait souvent moins les propos que les omissions de Michel Onfray. Mais l’essentiel était ailleurs : « Le peuple français est méprisé, déclarait Michel Onfray, depuis que Mitterrand a converti le socialisme à l’Europe libérale, en 1983. Ce peuple est oublié au profit de micro-peuples de substitution ». En quoi est-ce pendable ? Que le choix de mars 1983 ait été le choix fondateur des deux septennats de François Mitterrand et ait permis à la fois le grand acte de dérégulation libérale qu’a été l’Acte Unique et la monnaie unique dont nous éprouvons à l’usage les conséquences, n’est plus sérieusement contesté par personne. L’économiste américain Rawi Abdelal a parlé du retournement de mars 1983 comme d’un « combat pour l’âme même du socialisme français ».
Quant à la substitution aux couches populaires de minorités diverses additionnées pour permettre au parti socialiste de rester majoritaire, celle-ci a été théorisée par le « think tank » Terra Nova dont je ne sache pas qu’il soit proche de Marine Le Pen. Onfray, il est vrai, va plus loin : « J’en veux moins, déclare-t-il, à Marine Le Pen qu’à ceux qui la rendent possible ! »
Laurent Joffrin, pour lui voler dans les plumes, lui prête des projets dont je suis bien placé pour savoir qu’ils ne sont pas les siens : supprimer l’aide médicale ou le logement d’urgence aux sans-papiers, renvoyer chez eux les étrangers, etc... Ces attaques sont caricaturales. Onfray propose qu’on se préoccupe du peuple dans son entier, y compris ses étrangers, sans donner le sentiment qu’on oppose le premier aux seconds. Laurent Joffrin veut rejeter dans l’enfer du racisme tous ceux qui ne partagent pas sa propre cécité au tournant social-libéral et à ses effets ravageurs sur notre pays.


Je suis bien placé pour connaître la chanson : Le Pen, le 21 avril 2002, c’était moi ! Ce n’étaient pas les erreurs de campagne du candidat socialiste, encore moins les impasses du social-libéralisme que j’avais été le premier à pressentir en mars 1983, quand Le Pen, alors, n’existait pas. Le pays s’était installé dans un chômage de masse et la courbe du chômage avait repris sa progression depuis avril 2001.
Mais le coupable c’était moi ! Et non pas Christiane Taubira et encore moins ceux qui depuis 1983 avaient cautionné cette impasse décrite comme simple « parenthèse ». Les jugements critiques que je portais sur le capitalisme financier, sur la manière de faire l’Europe en dehors des nations et sur l’abandon du rôle de l’Etat républicain dans l’Ecole et dans la société me désignaient évidemment à la vindicte de la gauche bien-pensante, je veux dire celle qui ne pense pas plus loin que le bout de son nez. Cette gauche bien-pensante eût été mieux inspirée de corriger sa trajectoire ! Elle avait dix ans pour cela. Elle ne l’a pas fait et la voilà prisonnière de la même impasse qu’en 2002 ! Il fallait un bouc émissaire. Ce fut Michel Onfray.


Votre débat n’est plus ce soir Michel Onfray mais est devenu « peut-on encore débattre librement aujourd’hui ? » Ma réponse est non et cela ne date pas d’hier.

A) Je parle évidemment de l’essentiel qu’est la politique économique et la politique européenne de la France qui sont une seule et même chose. En 1983, Jacques Delors me traitait d’« Albanais » parce que je craignais que le choix d’une monnaie forte – alors l’accrochage du franc au mark, aujourd’hui l’euro – n’accélère notre désindustrialisation. Je ne dis pas que la surévaluation de la monnaie soit le seul facteur de notre régression industrielle mais c’est le facteur principal. En 1992, le même Jacques Delors conseillait à tous ceux qui combattaient le traité de Maastricht de prendre leur retraite ou de changer de métier.
Le 29 mai 2005, le peuple français a rejeté le projet de traité constitutionnel européen à une majorité de 55 % des voix. Trois ans plus tard, en 2008, par accord de l’UMP et du PS, on lui a fait avaler le traité de Lisbonne qui reprenait – dixit Mme Merkel – la « substance du projet de traité constitutionnel européen ». Et cela, comme à un enfant à qui on fait réingurgiter l’huile de foie de morue qu’il avait recrachée. Même manège avec le TSCG de 2012, signé en mars et ratifié en octobre. Au printemps 2015, M. Juncker, Président de la Commission européenne, a ainsi pu déclarer : « La démocratie ne peut s’exercer qu’à l’intérieur des traités ». Comprenez : « y compris à travers la législation européenne et le droit dérivé. » Il ne reste pas grand chose : moins de 20 % de notre législation.
On a vu ensuite à quoi servait le référendum grec : M. Tsipras a dû plier. Beaucoup s’interrogent à juste titre sur ce que signifie encore une démocratie ainsi réduite à la portion congrue.

B) Sans doute est-il encore possible de faire entendre sa petite musique, à ses risques et périls : il y a au moins les réseaux sociaux. Marianne et, sur les sujets de politique extérieure, le Figaro pour rompre le blocus. Partout ailleurs, ou presque, ce ne sont que grilles de lecture pré-formatées quand ce ne sont pas les procès en sorcellerie ou tout simplement le silence. Alors, il est vrai que par le livre quelques corsaires de talent arrivent encore à se faire entendre, atteignant des tirages souvent impressionnants : Onfray, Zemmour, Finkielkraut, Debray, etc. Ce sont ceux-là qu’il faut faire taire par toutes les techniques de l’insinuation et de l’amalgame car ces quatre là n’ouvrent évidemment pas sur le même horizon.
Je ferai observer au parti socialiste qu’il se nuirait gravement en « dézinguant » des intellectuels comme Michel Onfray ou Régis Debray, dont il ne méprisait pas le soutien, il n’y a encore pas si longtemps. Plus généralement, il n’a rien à gagner à attaquer les intellectuels même qualifiés de « pseudo-intellectuels ». Il vaut mieux discuter, le cas échéant réfuter leurs arguments, mais toujours écouter. Pour changer le monde, la gauche a besoin de le comprendre. Elle a besoin des intellectuels, de tous les intellectuels, y compris de ceux qui la combattent de manière argumentée.

C) Pour l’homme politique, il y a une déontologie qui s’applique, quelque difficulté qu’il ait à convaincre dans l’instant. Pierre Mendès France a écrit une galerie de portraits de grands républicains qu’il a intitulée « La vérité guidait leurs pas ». Pour un républicain qui croit à la République la vérité finit toujours par se faire jour.
Si on pensait que l’euro par exemple était dès le départ, c’est-à-dire 1991, une monnaie mal fichue, fallait-il le dire ou fallait-il le taire ? Si l’euro comportait par construction ordo-libérale – c’est-à-dire dès 1989 – un gène récessionniste dont on voit les effets dans toute l’Europe, fallait-il le dire ou fallait-il le taire ? Si c’était une erreur de faire l’Europe sans les nations, voire contre elles, comme si on pouvait la substituer aux trente nations qui la composent depuis mille ans, fallait-il le dire ou fallait-il le taire ?
Un essayiste, Pierre Manent qui a fondé « Commentaire » - il n’est donc pas de mon bord – écrit dans un livre récent « Situation de la France » : « En dépit des efforts constants conduits depuis près d’un demi-siècle par une classe dirigeante presque unanime, les Européens vivent encore principalement dans leurs vieilles nations, et la perspective d’un saut dans une Europe post nationale a perdu presque toute plausibilité ». Si cela est vrai, faut-il le dire, c’est-à-dire le répéter, ou faut-il le taire ?
Il y a à ces questions deux réponses : Celle donnée dans les colonnes de Libération du 8 août 2015 par M. François Foret : « La monnaie a toujours eu une dimension religieuse, elle repose sur un acte de foi … L’Euro n’arbore pas de dimension religieuse aussi explicitement que le dollar, arborant fièrement sa devise : « In God we trust ». Il constitue pourtant en lui-même un « nouveau sacré européen » justifiant tous les sacrifices. Quitter l’euro, ce serait aussi quitter la communauté des croyants en l’euro … » Si l’euro et la conception de l’Europe qui le sous-tend est une nouvelle religion, il faut en effet brûler les hérétiques et interdire le débat.
Mais il y a une autre réponse que nous connaissons bien, celle de Jaurès : « Le courage c’est de chercher la vérité et de la dire ».

D) Ce que j’ai suggéré à propos de la monnaie unique à savoir qu’il vaut mieux la réformer par accord mutuel des participants que de s’entêter à conserver une formule qui ne marche pas, j’aurais pu le dire aussi à propos de notre politique au Moyen-Orient. Nous prétendons lutter contre le terrorisme mais nous cultivons le terreau du salafisme où il plonge ses racines. Nous voulons lutter contre Daech, mais nous ménageons Al Nostra, c’est-à-dire une filiale d’Al Quaïda. Si tout cela est vrai, faut-il le dire, ou faut-il le taire ?
Le dire serait – paraît-il – faire le jeu de Le Pen.
Eh bien non ! Ce qui fait le jeu de Le Pen, c’est cette permanente omerta sur ce qu’est le bien public. Ce qui fait le jeu de Le Pen, c’est de lui avoir laissé, il y a déjà bien longtemps, la nation, la Marseillaise et d’autres symboles, et de lui avoir ainsi permis de les dévoyer.
Ce qui fait le jeu de Le Pen, c’est l’oubli de l’intérêt de la France qui ne consiste pas à dresser certains de ses citoyens contre les autres, mais au contraire à fortifier l’amitié civique en soudant la nation derrière des projets dignes d’elle et à la hauteur des défis de notre temps. Ce n’est pas une République décolorée et purement incantatoire qu’il faut opposer à Le Pen, mais une République exigeante et généreuse offrant à tous un horizon de progrès partagé. C’est ce recours qu’il faut préparer dès aujourd’hui par le libre débat, car si la tempête est en vue, le naufrage n’est pas certain.
La seule chose sûre est qu’il n’y a pas de cap pour qui ne connaît pas le port. Mais le port, nous le savons, c’est le bien commun. C’est le civisme et le patriotisme qui le rend possible. Bref, il nous faut redécouvrir que les droits de l’homme n’ont de sens que s’ils sont garantis par les droits du citoyen. En défendant le libre débat, en préparant une véritable alternative, nous défendons donc ensemble la République et le sursaut qui viendra après les secousses inévitables.
 
Rédigé par Chevenement.fr le Samedi 7 Novembre 2015 à 15:03
Partager cet article
Repost0
19 janvier 2015 1 19 /01 /janvier /2015 18:07

lu sur canempechepas nicolas

par Jean LEVY

 

Ces jours-ci, des collégiens, des citoyens sont poursuivis, voire mis en examen,  pour des propos échangés en public, ou placés sur la toile, qui mettent en cause la version officielle des tueries de Charlie Hebdo et de la Porte de Vincennes, ou qui doutent de la relation qu’en ont fait les médias.

 

Le gouvernement appelle ce « délit » : « la théorie du complot ».

Les exemples fourmillent dans le monde de fauteurs de désordre qui  ont prétendu ne pas croire aux déclarations de leur gouvernement et qui l’ont fait savoir.

 

Faut-il rappeler le cas des journalistes américains qui n’ont pas cru leur président, Richard Nixon, quand celui-ci niait l’espionnage du quartier général du parti Démocrate réalisé par ses services.

Et de pousser le vice jusqu’à prouver qu’ils disaient vrai !

Certains mauvais esprits n’ont-ils pas prétendu que Washington et la CIA ont été à la manœuvre au Chili contre le gouvernement légal de Salvador Allende…

Plus grave encore, la « théorie du complot » ne s’est-elle pas étalée sur la place publique accusant le gouvernement Bush d’avoir fourni de faux documents à l’ONU tendant à prouver que Saddam Hussein possédait des armes de destruction massive, et cela, pour justifier l’intervention US en Irak…

Et ne parlons pas des tours jumelles de New York…

 

Quant à notre pays, il a son lot d’élément dangereux, toujours doutant de la vérité officielle du moment : le général de Gaulle, en 1940, stigmatisant l’Etat français l’accusant de trahison, renouvelant son audace en avril 1961, dénonçant le pouvoir installé à Alger dû à "la conjuration militaire"

 

Aujourd’hui, certains prétendent que la France n’est plus souveraine, que c’est Bruxelles qui décide, que la majorité de nos lois ne sont que des traductions des décisions de l’Union européenne, que notre budget doit d’abord être approuvé une instance étrangère avant d’être présenté à l’Assemblée nationale…

Ne va-t-on pas, dans certains milieux,  jusqu’à insinuer que la CIA et la NSA de nos grands alliés étasuniens espionnent les citoyens français et européens, jusqu’aux portables de leurs dirigeants !

 

Que va-t-on chercher pour troubler nos concitoyens et jeter le trouble sur leurs dirigeants… 

C’est vrai : mettre en doute les explications données par les autorités – et oser le dire -  c’est intolérable, en démocratie. Certains mauvais esprits rétorquent que la répression des idées est contraire au droit d’expression. C’est faux : il s’agit d’un détournement de vérité.

C’est ainsi que de mauvais Français prétendent qu’on peut tout dire. A la vérité derrière cette assertion, se dissimule la volonté de justifier l’injustifiable, la mise en cause de la parole officielle, c’est-à-dire la « théorie du complot ».

D’autres, plus dangereux encore, proclament qu’on ne peut pas tout dire ! Donc, ils insinuent que les sources d’information nous cachent quelque chose, et on en revient toujours à la « théorie du complot ».

 

Disons-le tout net : les quatre millions de Françaises et de Français qui ont battu le pavé de nos villes en clamant « Je suis un Charlie » se réclamant du droit d’expression, n’avaient-t-ils pas derrière la tête, l’idée que celle-ci n’était pas totalement acquise dans notre pays…

En clair, cela voudrait dire que notre peuple est massivement gangréné par cette maudite théorie…Alors, qu’il sache bien que le gouvernement Hollande-Valls n’hésitera pas à globalement le mettre en examen !

Partager cet article
Repost0
15 janvier 2015 4 15 /01 /janvier /2015 16:33

Lu sur le blog de Frédéric Lordon ( Blogs du monde diplo)

Charlie à tout prix ?

mardi 13 janvier 2015, par Frédéric Lordon

Ce texte est tiré d’une intervention à la soirée « La dissidence, pas le silence ! », organisée par le journal Fakir à la Bourse du travail à Paris le 12 janvier 2015.

Lorsque le pouvoir de transfiguration de la mort, ce rituel social qui commande l’éloge des disparus, se joint à la puissance d’une émotion commune à l’échelle de la société tout entière, il est à craindre que ce soit la clarté des idées qui passe un mauvais moment. Il faut sans doute en prendre son parti, car il y a un temps social pour chaque chose, et chaque chose a son heure sociale sous le ciel : un temps pour se recueillir, un temps pour tout dire à nouveau.

Mais qu’on se doive d’abord à la mémoire de ceux qui sont morts n’implique pas, même au plus fort du traumatisme, que toute parole nous soit interdite. Et notamment pour tenter de mettre quelque clarification dans l’inextricable confusion intellectuelle et politique qu’un événement si extrême ne pouvait manquer, en soi, de produire, à plus forte raison sous la direction éclairée de médias qui ne louperont pas une occasion de se refaire la cerise sur le dos de la « liberté d’expression », et de politiques experts en l’art de la récupération.

Disons tout de suite que l’essentiel de cette confusion se sera concentré en une seule phrase, « Je suis Charlie », qui semble avoir tout d’une limpide évidence, quand tant d’implicites à problème s’y trouvent repliés.

« Je suis Charlie ». Que peut bien vouloir dire une phrase pareille, même si elle est en apparence d’une parfaite simplicité ? On appelle métonymie la figure de rhétorique qui consiste à donner une chose pour une autre, avec laquelle elle est dans un certain rapport : l’effet pour la cause, le contenu pour le contenant, ou la partie pour le tout. Dans « Je suis Charlie », le problème du mot « Charlie » vient du fait qu’il renvoie à une multitude de choses différentes, mais liées entre elles sous un rapport de métonymie. Or ces choses différentes appellent de notre part des devoirs différents, là où, précisément, leurs rapports de métonymie tendent à les confondre et à tout plonger dans l’indistinction.

Charlie, ce sont d’abord des personnes humaines, privées – par bonheur, on s’est aperçu rapidement que dire simplement « Charlie » pour les rassembler faisait bon marché de deux policiers, un agent de maintenance, un malheureux visiteur de ce jour là, et puis aussi de cinq autres personnes, dont quatre juives, tuées les deux jours d’après. Sauf à avoir rompu avec toute humanité en soi, on ne pouvait qu’être frappé de stupeur et d’effroi à la nouvelle de ces assassinats.

Mais l’émotion n’a été si considérable que parce qu’il était perceptible à tous que ce qui venait d’être attaqué excédait évidemment les personnes privées. Et voici donc le deuxième sens possible de « Charlie » : Charlie comme métonymie des principes de liberté d’expression, des droits à exprimer sans craindre pour sa sécurité, tels qu’ils sont au cœur de notre forme de vie.

On pouvait donc sans doute se sentir Charlie pour l’hommage aux personnes tuées – à la condition toutefois de se souvenir que, des personnes tuées, il y en a régulièrement, Zied et Bouna il y a quelque temps, Rémi Fraisse il y a peu, et que la compassion publique se distribue parfois d’une manière étrange, je veux dire étrangement inégale.

On pouvait aussi se sentir Charlie au nom de l’idée générale, sinon d’une certaine manière de vivre en société, du moins d’y organiser la parole, c’est-à-dire au nom du désir de ne pas s’en laisser conter par les agressions qui entreprennent de la nier radicalement. Et l’on pouvait trouver qu’une communauté, qui sait retourner ainsi à l’un de ses dénominateurs communs les plus puissants, fait une démonstration de sa vitalité.

Mais les choses deviennent moins simples quand « Charlie » désigne – et c’est bien sûr cette lecture immédiate qui avait tout chance d’imposer sa force d’évidence – quand « Charlie », donc, désigne non plus des personnes privées, ni des principes généraux, mais des personnes publiques rassemblées dans un journal. On peut sans la moindre contradiction avoir été accablé par la tragédie humaine et n’avoir pas varié quant à l’avis que ce journal nous inspirait – pour ma part il était un objet de violent désaccord politique. Si, comme il était assez logique de l’entendre, « Je suis Charlie » était une injonction à s’assimiler au journal Charlie, cette injonction-là m’était impossible. Je ne suis pas Charlie, et je ne pouvais pas l’être, à aucun moment.

Je le pouvais d’autant moins que cette formule a aussi fonctionné comme une sommation. Et nous avons en quelques heures basculé dans un régime de commandement inséparablement émotionnel et politique. Dès ses premiers moments, la diffusion comme traînée de poudre du « Je suis Charlie » a fait irrésistiblement penser au « Nous sommes tous américains » du journal Le Monde du 12 septembre 2001. Il n’a pas fallu une demi-journée pour que cette réminiscence se confirme, et c’est Libération qui s’est chargé de faire passer le mot d’ordre à la première personne du pluriel : « Nous sommes tous Charlie » — bienvenue dans le monde de l’unanimité décrétée, et malheur aux réfractaires. Et puis surtout célébrons la liberté de penser sous l’écrasement de tout dissensus, en mélangeant subrepticement l’émotion de la tragédie et l’adhésion politique implicite à une ligne éditoriale. Ceci d’ailleurs au point de faire à la presse anglo-saxonne le procès de se montrer hypocrite et insuffisamment solidaire (obéissante) quand elle refuse de republier les caricatures. Il fallait donc traverser au moins une mer pour avoir quelque chance de retrouver des têtes froides, et entendre cet argument normalement élémentaire que défendre la liberté d’expression n’implique pas d’endosser les expressions de ceux dont on défend la liberté.

Mais cette unanimité sous injonction était surtout bien faite pour que s’y engouffrent toutes sortes de récupérateurs. Les médias d’abord, dont on pouvait être sûr que, dans un réflexe opportuniste somme toute très semblable à celui des pouvoirs politiques dont ils partagent le discrédit, ils ne manqueraient pas pareille occasion de s’envelopper dans la « liberté de la presse », cet asile de leur turpitude. A l’image par exemple de Libération, qui organise avec une publicité aussi ostentatoire que possible l’hébergement de Charlie Hebdo. Libération, ce rafiot, vendu à tous les pouvoirs temporels, auto-institué dernière demeure de la liberté d’expression ! — peut-être en tous les sens du terme d’ailleurs. Et combien de la même farine derrière Libé pour faire de la surenchère dans le Charlisme ?

« Si cet homme qui, dit-on, riait de tout revenait en ce siècle, il mourrait de rire assurément », écrit Spinoza dans une de ses lettres. Et c’est vrai qu’il y a de quoi rire longtemps à voir ainsi les organes de la soumission à l’ordre social entonner avec autant de sincérité l’air de l’anticonformisme et de la subversion radicale. Rire longtemps... enfin pas trop quand même, car il faudra bien songer un jour à sortir de cette imposture.

Ce sera sans l’aide du pouvoir politique, qui n’a jamais intérêt au dessillement, et à qui l’union nationale a toujours été la plus fidèle des ressources. Union nationale, et même internationale en l’occurrence, dont une version carabinée nous aura été administrée. Fallait-il qu’elle soit incoercible la pulsion récupératrice de François Hollande de se faire reluire à la tête de Paris « capitale du monde » pour convier, de proche en proche, jusqu’à Orban, Porochenko, et puis Netanyahu, Lieberman, etc. de hautes figures morales, connues pour se partager entre défenseurs de la liberté de la presse et amis du dialogue interconfessionnel [1].

Par bonheur, il s’est déjà trouvé suffisamment de voix pour s’inquiéter des usages, ou plutôt des mésusages, que ce pouvoir ne manquera pas de faire d’une mobilisation de masse qu’il s’empressera de considérer comme un mandat.

Espérons qu’il s’en trouvera également pour recommander à quelques éditorialistes un court séjour en cellule de dégrisement, et pour leur apporter le café salé. Dans la concurrence pour être à la hauteur de l’Histoire, et même – pente aussi fatale que grotesque de l’information en continu – pour être les premiers à « annoncer » l’Histoire, il était logique que tous criassent à l’Histoire et à l’Historique à propos de la manifestation d’hier. S’il est permis d’en rire, on dira que, historique, elle l’a sans doute été sous quelque rapport, au moins pour être la première du genre où le comptage de la police avait une chance d’être supérieur à celui des organisateurs. On ne sache pas cependant qu’il soit resté grand-chose des manifestations monstres de Carpentras et du 1er mai 2002, effusions collectives qui avaient déjà hystérisé le commentariat, mais dont on doit bien reconnaître que la productivité politique aura été rigoureusement nulle.

On aimerait beaucoup qu’il en aille autrement cette fois-ci, mais on ne peut pas s’empêcher de poser en toute généralité la question de savoir s’il n’y a pas un effet de substitution entre le degré de l’unanimité et sa teneur politique possible. Par construction, arasant toute la conflictualité qui est la matière même de la politique, la masse unie est tendanciellement a-politique. Ou alors, c’est que c’est la Révolution – mais il n’est pas certain que nous soyons dans ce cas de figure…

Il y aurait enfin matière à questionner la réalité de l’« union nationale » qu’on célèbre en tous sens. Tout porte à croire que le cortège parisien, si immense qu’il ait été, s’est montré d’une remarquable homogénéité sociologique : blanc, urbain, éduqué. C’est que le nombre brut n’est pas en soi un indicateur de représentativité : il suffit que soit exceptionnellement élevé le taux de mobilisation d’un certain sous-ensemble de la population pour produire un résultat pareil.

Alors « union nationale » ? « Peuple en marche » ? « France debout » ? Il s’agirait peut-être d’y regarder à deux fois, et notamment pour savoir si cette manière de clamer la résolution du problème par la levée en masse n’est pas une manière spécialement insidieuse de reconduire le problème, ou d’en faire la dénégation. A l’image des dominants, toujours portés à prendre leur particularité pour de l’universel, et à croire que leur être au monde social épuise tout ce qu’il y a à dire sur le monde social, il se pourrait que les cortèges d’hier aient surtout vu la bourgeoisie éduquée contempler ses propres puissances et s’abandonner au ravissement d’elle-même. Il n’est pas certain cependant que ceci fasse un « pays », ou même un « peuple », comme nous pourrions avoir bientôt l’occasion de nous en ressouvenir.

Il y a une façon aveuglée de s’extasier de l’histoire imaginaire qui est le plus sûr moyen de laisser échapper l’histoire réelle — celle qui s’accomplit hors de toute fantasmagorie, et le plus souvent dans notre dos. Or, l’histoire réelle qui s’annonce a vraiment une sale gueule. Si nous voulons avoir quelque chance de nous la réapproprier, passé le temps du deuil, il faudra songer à sortir de l’hébétude et à refaire de la politique. Mais pour de bon.

Notes

[1] Lire Alain Gresh, « D’étranges défenseurs de la liberté de la presse à la manifestation pour “Charlie Hebdo” », Nouvelles d’Orient, 12 janvier 2015.

Partager cet article
Repost0
15 janvier 2015 4 15 /01 /janvier /2015 15:45

 

par Jean LEVY

 

"canempechepasnicolas" n'a pas de sympatie particulière pour Dieudonné,

mais au moment où toutes les autorités affirment que la liberté d'expression est un droit inaliénable, alors qu'on mobilise en son nom des millions de Français, alors qu'il n'existe pas de délit de blasphème - même en politique - ces mêmes autorités placent en garde à vue un humoriste pour ses propos, certes fort déplacés et de mauvais goût...mais qui relèvent de la liberté d'expression !

Celle-ci est-elle une denrée à coefficient variable ?

Et que dire de la "liberté d'expression" de notre ministre des Affaires Etrangères, Laurent Fabius, déclarant que "Bachar Al-Assad ne mériterait pas d’être sur la terre" alors que le Président syrien est le chef d'un Etat reconnu  par la communauté internationale ?

 

Alors que dans son pays, la liberté de culte est totalement respectée, alors que son régime est en butte aux assauts meutriers des jihadistes d'Al Qaïda et de l'EI, ceux-là même dont se réclament les tueurs de "Charlie Hebdo" et de la Porte de Vincennes,  les propos du ministre français ne peuvent-ils pas donner place à poursuite pour incitation au meurtre d'un Chef d'Etat étranger ?

 

Et pour reprendre les propos de Manuel Valls qui incite la justice à être "implacable à l'égard de ces prédicateurs de la haine",

 

francetvinfo.fr

Le polémiste Dieudonné placé en garde à vue
pour "apologie du terrorisme"

Par Francetv info avec AFP

Mis à jour le 14/01/2015 | 09:04 , 

 

Le polémiste Dieudonné a été placé en garde à vue, mercredi 14 janvier, pour "apologie du terrorisme", après avoir été interpellé, à 7 heures, à son domicile dans l'Eure-et-Loir, selon une source judiciaire citée par l'AFP, confirmant une information d'i-Télé. L'humoriste est entendu pour avoir dit, dimanche, sur Facebook, se sentir"Charlie Coulibaly", en référence à Amedy Coulibaly, qui a tué une policière à Montrouge et quatre personnes dans une épicerie casher de Paris.

Le parquet de Paris avait ouvert, lundi, une enquête pour apologie du terrorisme contre l'humoriste. Mardi, Manuel Valls a appelé la justice à être "implacable à l'égard de ces prédicateurs de la haine", faisant référence à Dieudonné. "Quelle honte que de voir un récidiviste de la haine tenir son spectacle dans des salles bondées au moment même où, samedi soir, la Nation porte de Vincennes se recueillait", après l'attaque contre la supérette casher, a lancé le Premier ministre.

Partager cet article
Repost0
14 janvier 2015 3 14 /01 /janvier /2015 23:36

  

par Jean LEVY


Depuis l’attentat contre « Charlie Hebdo », le pouvoir et ses médias invoquent l’Union sacrée mais divisent arbitrairement les Français en diverses « communautés », en lieu et place de la communauté nationale, seule entité acceptable dans notre République, qui se veut laïque.

Ainsi, les journaux, la télé, la radio n'ont de cesse d'invoquer  la "communauté juive, la "communauté musulmane". Dans celle-ci,  sont regroupées les populations en général d'origine maghrébine, qualifiées en bloc de "musulmane", comme si tous s'en référaient à l'Islam religieux. En fait, simplement d'origine algérienne, tunisienne ou marocaine, comme d'autres sont descendants d'émigrés italiens, polonais, espagnols ou portugais, nombreux sont ceux qui ne pratiquent aucune religion. Pourquoi en faire une "communauté", un ensemble homogène en marge de la "communauté française ?

De même, les médias distinguent en permanence les "juifs" des autres Français. Certes, malheureusement, le fait n'est pas nouveau.

Cette césure a été d'abord pratiquée par les ligues factieuses d'avant guerre, l'extrême-droite d'alors.  Pourtant, la population d'origine juive askynase, fuyant les persécutions généralisées dans les pays d'Europe de l'Est et d'Allemagne n'avaient qu'un souci, arrivant en France, c'est de se fondre le plus vite possible dans la nation française, aux antipodes du communautarisme.

La discrimination s'est amplifiée jusqu'à l'horreur du fait de l'occupant allemand, de l'Etat dit "français" et leurs Kollaborateurs. L'exposition antisémite organisée à Paris par les nazis, "le Juif et la France", en constitue le point d'orgue idéologique, justifiant les massacres de masses qui ont suivi. Le mot "juif" en lettres de sang s'étalait sur les murs de nos villes.

On aurait pu croire qu'avec la Libération, la discrimination cesserait.

Or, des décennies plus tard, un certain nombre de nos concitoyens, se revendiquant de la qualité de « juifs », voulaient se singulariser en tant que communauté distincte. Cette attitude a pris une toute autre ampleur avec la venue en France des « pieds-noirs » d’Afrique du Nord, dont nombre de juifs sépharades. Ceux-ci, très ancrés dans la religion, ont constitué des pôles urbains de regroupement, reproduisant la nature communautaire telle qu’ils la vivaient en Algérie ou au Maroc.

 

L’Etat d’Israël, se considérant la nation de tous ceux qui se revendiquent comme « juifs » dans le monde, s’est appuyé sur cette population  pour donner à celle-ci  un sentiment de double appartenance nationale et développer ainsi son caractère communautaire.

 

Mais les Français d’origine juive ne se limitent pas à aux Sépharades. Le plus grand nombre, au cours des siècles passés, condamnés longtemps à vivre dans des ghettos, se sont totalement intégrés à la communauté française, y compris en délaissant la religion. Ils ne sentent aucun lien avec l’Etat d’Israël, dont ils critiquent la politique criminelle. Les replacer, malgré eux, dans une pseudo « communauté juive » à l’écart  de la nation française,  constitue un viol de leur conscience et une division arbitraire de notre pays.  

 

La question est donc posée : pourquoi  gouvernement et médias font-ils tant d’efforts  à réduire la nation française à un agglomérat de communautés distinctes ?

L’abandon par nos « élites » de toute notion de souveraineté et d’indépendance, l’alignement de nos soit-disantes élites sur un pouvoir extérieur à la France, expliquent leur volonté de faire de notre pays  une simple région européenne peuplée de communautés juxtaposées, sans lien charnel, sans sa longue histoire partagée de luttes pour la liberté.

 

A nous de poursuivre le combat pour la République Une et indivisible.

 

* Lire ou relire aussi :

 

OUI ! LES MOTS « JUIF » ou « ARYEN »

ONT LEUR IMPORTANCE

Par Jean LEVY

Partager cet article
Repost0
12 janvier 2015 1 12 /01 /janvier /2015 16:16

Fakir-12janv2015.jpg

double-peine.jpg

Après une large consultation d’intervenants, de co-organisateurs, de conseillers, nous avons décidé de maintenir la soirée de lundi 12 janvier 2015, 19 h, à la Bourse du Travail.

 

Néanmoins, au vu des événements, et à moins d’une profonde surdité, on ne saurait conserver notre rencontre telle quelle.

 

 

Aussi, nous mènerons cet exercice : au-delà de l’évidente émotion, que nous inspire ce moment présent ? Que traduit-il de la société française ? Que risque-t-il d’en sortir ? Quel rôle pouvons-nous remplir ? Bref, quelle ébauche d’analyse esquissons-nous.


Ceci, en compagnie toujours de Frédéric Lordon, de Emmanuel Vire (SNJ-CGT), de Gérard Mordillat, de Lionel Thompson (SNJ-CGT France Inter), de Eric Coquerel (PG), de Gérard Filoche, et d’autres.

 

Parler de Charlie, d’accord, mais garder l’esprit Charlie, aussi. Comme le dessinateur Willem, qui ironisait dans un journal néerlandais : « Nous avons beaucoup de nouveaux amis, comme le pape, la reine Elizabeth, ou Poutine. Ca me fait bien rien rire. Nous vomissons sur tous ces gens qui, subitement, disent être nos amis. »

 

Ou encore Luz dans une longue interview accordée aux Inrock hier, pour qui « les médias ont fait une montagne de nos dessins alors qu’au regard du monde on est un putain de fanzine, un petit fanzine de lycéen. Ce fanzine est devenu un symbole national et international, mais ce sont des gens qui ont été assassinés, pas la liberté d’expression ! Des gens qui faisaient des petits dessins dans leur coin. » « A la différence des anglo-saxons ou de Plantu, Charlie se bat contre le symbolisme. Les colombes de la paix et autres métaphores du monde en guerre, ce n’est pas notre truc », a-t-il ajouté.

 

En fait, on retiendra surtout ses paroles qui, ont l’espère, donneront aussi le ton de notre soirée :

 

Des gens ont chanté la Marseillaise. On parle de la mémoire de Charb, Tignous, Cabus, Honoré, Wolinski : ils auraient conchié ce genre d’attitude. Les gens s’expriment comme ils veulent mais il ne faut pas que la République ressemble à une pleureuse de la Corée du Nord. Ce serait dommage.


*****

Le 12 janvier 2015, on se retrouve, avec Frédéric Lordon, Serge Halimi, Gérard Filoche et d’autres encore pour une grande soirée révélation « On nous cache tout ». Le moment de parler de ce qu’on entend pas sur les ondes de France Inter, et de faire un point sur la campagne « De l’air à France Inter ». Venez nombreux !


Pourquoi une soirée « On nous cache tout » ?

 Pour faire le tri, recenser,, constater, révéler : combien d’émission sur le TAFTA ? Combien de reportages à Pôle Emploi ? dans les usines ?, chez les petits agriculteurs ? Combien de sujets sur les accidentés du travail ?, sur l’utilisation du CICE ?

Nous l’avions écrit à Laurence Bloch, en octobre : « Que la principale radio de service public rende ainsi invisible, inaudible, quotidiennement, la « France d’en bas », que la majorité de la population soit passée sous silence, que ses préoccupations soient tues, voilà qui nuit manifestement au bon fonctionnement de la démocratie. »

Or, ces « préoccupations » sont délaissées par la radio publique, alors que, chaque matin, Dominique Seux, éditorialiste salarié desEchos, le quotidien du patronat, le journal de Bernard Arnault, première fortune de France, fait entendre sa voix – et ainsi, celle du patronat.


Comment est-ce qu’on va faire ça, l’état des lieux de la radio ?

Ce sont Frédéric Lordon, Serge Halimi, Gérard Filoche, Gérard Mordillat, Danielle Simonnet (PG) et Aurélie Trouvé (Attac) qui, tour à tour, s’exprimeront, révéleront « ce qu’on nous cache ». Des experts ? Oui, mais des travailleurs, aussi, comme Kamel, qui seront là eux-aussi, pour faire entendre leur voix !

Comme les centaines de lecteurs et d’auditeurs qui ont répondu à notre appel le 13 décembre, vous êtes invités à nous rejoindre. Comme France Inter, cette campagne est aussi la vôtre. On peut faire le travail de fourmis, envoyer des mails, faire du lobbying, préparer les troupes mais le combat ne se fera pas sans vous !

Ca serait le signe, que pour la radio publique, on peut se mobiliser et non pas déserter. Se battre plutôt que fuir, vers des niches – comme notre petit journal.


Parce que sans vous, on ne peut rien. Avec vous, on peut beaucoup ! Et c’est pour ça qu’à la fin, c’est nous qu’on va gagner !


source : fakir

Partager cet article
Repost0
8 janvier 2015 4 08 /01 /janvier /2015 09:01

Communiqué du Bureau exécutif du Mouvement politique d’émancipation populaire (M’PEP).

Le 7 janvier 2015.

Le M’PEP exprime son horreur devant le massacre commis le mercredi 7 février contre des salariés de l’hebdomadaire Charlie Hebdo et deux fonctionnaires de police et exprime sa solidarité avec les proches des victimes. La barbarie ne se développera pas en France. La laïcité est un acquis irréversible des Lumières et de la République. La liberté d’expression est inscrite dans la déclaration des droits de l’homme et du citoyen (art 10 et 11). La Loi 29 juillet 1881 assure la liberté de la Presse.

Le M’PEP appelle à manifester partout en France où des rassemblements sont prévus, et en particulier à Paris, à 18h, place de la République. Le fanatisme religieux, d’où qu’il vienne, doit être combattu, aucun « délit de blasphème » n’est acceptable sur le territoire national.

L’islamisme se développe dans le même temps que se développe la mondialisation néolibérale et son cortège de chômage et de misère. Il trouve ses moyens financiers auprès des principaux bénéficiaires du néolibéralisme. Il se nourrit politiquement des ravages du néolibéralisme et du soutien de l’OTAN à la dictature raciste d’Israël.

Or, l’héritage révolutionnaire français constitue une menace permanente pour ce triumvirat. Qui l’a bien compris. Pour des raisons qui tiennent à sa non-compatibilité viscérale d’avec le modèle économique anglo-saxon, la France est - de tous les pays sur lesquels repose l’ordre néolibéral et militaire américain – le pays dans lequel la détestation de cet ordre est la plus avancée au sein de son peuple. Or, cet ordre ne redoute rien de pire pour lui-même qu’une France retrouvant sa pleine et entière souveraineté.

D’une part, parce qu’il ne peut sérieusement se passer d’elle qui est encore - malgré les efforts de destruction déployés - la sixième puissance économique du monde. D’autre part, parce qu’en sortant de l’Union européenne et de l’euro, de l’OTAN et de l’ensemble des piliers de l’ordre néolibéral mondial, la France montrerait la voie à d’autres peuples. Elle montrerait qu’il est possible de libérer la population du joug du chômage et du jugement social. Elle montrerait qu’il est possible à une nation reprenant en main les commandes de sa politique internationale d’en libérer d’autres, par exemple le peuple Palestinien, en sanctionnant lourdement le pouvoir Israélien.

L’attentat au journal Charlie Hebdo vise donc en réalité à renforcer l’ordre actuel du monde : aux réactions indignées succéderont bientôt l’habituel discours sur la « guerre des civilisations » et ses appels à l’unité contre « les forces du mal ». Soit, d’après l’idéologie dominante : les barbus, les nationalistes et les antisionistes. Les partisans de l’indépendance nationale étant assimilés aux nationalistes...

L’attentat au journal Charlie Hebdo est à la hauteur du sentiment qu’une France souveraine inspire aux islamistes et à ceux sans lesquels ils ne seraient rien : une terreur... justifiée.

Partager cet article
Repost0

Articles RÉCents