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ACTION COMMUNISTE

 

Nous sommes un mouvement communiste au sens marxiste du terme. Avec ce que cela implique en matière de positions de classe et d'exigences de démocratie vraie. Nous nous inscrivons donc dans les luttes anti-capitalistes et relayons les idées dont elles sont porteuses. Ainsi, nous n'acceptons pas les combinaisont politiciennes venues d'en-haut. Et, très favorables aux coopérations internationales, nous nous opposons résolument à toute constitution européenne.

Nous contacter : action.communiste76@orange.fr>

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Humeur

Chaque semaine, AC attribue un "roquet d'or" à un journaliste qui n'aura pas honoré son métier, que ce soit par sa complaisance politique envers les forces de l'argent, son agressivité corporatiste, son inculture, ou sa bêtise, ou les quatre à la fois.

Cette semaine, sur le conseil avisé de la section bruxelloise d'Action communiste, le Roquet d'Or est attribué  à Thierry Steiner pour la vulgarité insultante de son commentaire sur les réductions d'effectifs chez Renault : "Renault fait la vidange"...  (lors du 7-10 du 25 juillet).


Vos avis et propositions de nominations sont les bienvenus, tant la tâche est immense... [Toujours préciser la date, le titre de l'émission et le nom du lauréat éventuel].

 

 
19 juillet 2015 7 19 /07 /juillet /2015 21:39

Pour le président du Sénat comme pour les grands médias, les seuls représentants du monde agricole sont les représentants de la FNSEA, grands promoteurs des dogmes libéraux-capitalistes en cours sur la « compétitivité » et les « coûts salariaux ».  Nous présentons ici les propositions du Modef et de la Confédération paysanne, oubliés des médias, oubliés de la majorité de nos représentants nationaux.

ELEVAGE : le point de vue de la Confédération paysanne
Lu sur le site de la Confédération paysanne

Crise de l’élevage : Le Sénat prend les mêmes et recommence



16.07.2015 Les éleveurs de vaches laitières, de bovins viande et de porcs subissent la crise au quotidien, sur leurs fermes. Loin de ces réalités, le président du Sénat s'est posé aujourd'hui en sauveur de l'élevage, en continuant à brasser les mêmes méthodes qui ont conduit dans le mur. Il faut dire qu'il n'avait pas l'intention de s'ouvrir à d'autres options puisque, encore une fois, les « représentants des agriculteurs » n'étaient que la FNSEA*, sa section jeune et ses sections spécialisées. Ce n'est pas parce qu'on est président du Sénat qu'on peut se dispenser d'appliquer le pluralisme !
 

Selon eux, la solution serait dans le désendettement des paysans. Sauf qu'ils n'ont pas comme objectif de les sortir d'une situation catastrophique, mais plutôt de leur permettre d'investir encore, de s'endetter encore, de produire encore plus ! Bref, on efface la situation actuelle, et on la reproduit.

Les éleveurs en ont ras-le-bol de ces grand'messes à répétition qui ne font que confirmer la catastrophe ! Les pouvoirs publics et leur volonté de dérégulation sont largement à mettre en cause dans cette situation. Il faut agir d'urgence sur les prix et revoir le fonctionnement même de ces filières malgré les réticences des industriels. La Confédération paysanne a toujours été porteuse de réelles solutions pour l'élevage. Reste à savoir si l'objectif de nos gouvernants est bien de trouver des solutions…

Confédération paysanne
BOVINS VIANDE : NOS POSITIONS

Un rééquilibrage des aides pour sauver la filière

■ Modification des critères d’attribution de la prime aux jeunes bovins. Cette prime ne concerne que quelques éleveurs (plus de 50 têtes par an) et oblige les éleveurs à adhérer à une organisation professionnelle et à contractualiser. Il s’agit, en réalité, d’une subvention aux gros élevages industriels (qui, autrement, ne seraient pas rentables) et d’une façon détournée d’assurer les approvisionnements des abattoirs sans aucune garantie pour les éleveurs, notamment en termes de prix.
■ Rééquilibrage des aides. Face à l’envolée des prix des matières premières, il est urgent de réduire les aides accordées aux grandes cultures et d’aider l’élevage. Il faut revoir les systèmes d’élevage. Dans le secteur de la viande bovine, comme dans toutes les productions de ruminants, les pouvoirs publics doivent orienter leurs efforts financiers vers le développement de l’autonomie alimentaire des élevages. 
Limiter les importations et réduire progressivement les exportations. Les importations font baisser le prix de la viande par la concurrence déloyale qu’elles imposent (coûts de production, du travail, coûts sanitaires…). Les exportations réduisent la capacité d’engraissement sur le territoire et sont souvent très dépendantes des crises sanitaires ou diplomatiques, ce qui a pour effet de plonger toute la filière dans l’incertitude, parfois de façon durable. 
Une politique publique en matière des abattoirs. Les abattoirs n’ont cessé de se concentrer, de s’agrandir et de s’éloigner des éleveurs... Il est temps de réaffirmer l’utilité des abattoirs de proximité : ils réduisent le temps de transport des animaux et ont un rôle capital dans le développement de circuits de commercialisation courts et locaux. Il faut, par ailleurs, éviter l’hégémonie sur les prix de grands groupes comme Bigard, qui représente à lui seul plus de 40 % de l’abattage-découpe en France. 
La contractualisation n’est pas une solution si elle ne fait pas référence à des prix qui prennent en compte le coût de production. Les producteurs de viande bovine ont besoin d’un système de fixation de prix sur des périodes longues pour leur offrir plus de visibilité sur l’avenir. Le système de cotations hebdomadaires, qui ne font que constater les prix pratiqués la semaine précédente, n’est pas valable et ses variations n’ont aucun sens.
Productions animales : Les propositions du MODEF
LES PRIX ADMINISTRÉS NE SONT PAS DES GROS MOTS

Les éleveurs en queue de peloton du revenu agricole par actif, n’en peuvent plus :

  • Travailler et produire : OUI - Travailler et produire pour rien : NON

Tel est le message des éleveurs que le MODEF adresse au ministre de l’Agriculture pour la table ronde de cette après-midi. Solidaire des actions de blocage des abattoirs, le MODEF appelle le gouvernement à prendre la mesure du désarroi des éleveurs et tirer les enseignements d’une politique agricole européenne qui a abandonné les producteurs au libre marché mondial.

Même avec les aides PAC, les éleveurs familiaux ne peuvent plus s’en sortir, tant les prix sont tirés vers le bas par les acteurs de l’aval.

Pour maintenir ou augmenter leur marge, les distributeurs et les transformateurs se retournent sur leurs fournisseurs et leurs clients. Les agriculteurs en début de chaîne et les consommateurs en fin de chaîne alimentaire subissent cet état de fait. N’est-ce pas l’essence même d’un système libéral qui a abandonné toute forme de politique publique d’intervention sur le marché.

On peut toujours espérer que les acteurs de la filière accepteront de partager la valeur ajoutée de la fourche à la fourchette mais le partage ne fait pas partie du vocabulaire de l’entreprise libérale. Nous traitant de moyenâgeux pour pouvoir continuer leur politique libérale où tout le monde a compris qu’elle nous emmène dans le mur.

Sans politique publique forte d’intervention sur les prix, il n’y a pas de solution durable.

C’est pourquoi le MODEF appelle le gouvernement, s’il veut sauvegarder l’élevage en France, à imposer un prix minimum garanti au premier acheteur couvrant les coûts de production et la rémunération du travail paysan.

Des prix administrés pour sauver un secteur essentiel à la souveraineté alimentaire, à la sécurité sanitaire, à l’emploi et à l’environnement ne peut pas être rejeté d’un revers de main au nom d’une libre concurrence d’arrière-garde dogmatique et à l’origine de la crise.

 Président du MODEF National,

 Jean MOUZAT.

   
InfoRoute. L'autoroute A 84 paralysée dans le Calvados par des agriculteurs


La circulation est quasiment paralysée ce dimanche après-midi sur l'autoroute A 84 (Rennes - Caen) en raison de manifestations d'agriculteurs. Des barrages bloquants sont signalés dans le Calvados, à Noyers-Bocage dans le sens Rennes vers Caen au kilomètre 249+40.

Les manifestants, au volant de leur tracteurs et autres engins agricoles, bloquent la bretelle d'entrée sur l'A84 (échangeur 45 Monts-en-Bessin, sur toutes les voies) en direction de Caen.

Un autre barrage bloquant est observé au niveau de Villers-Bocage (kilomètre 242+660) toujours en direction de Caen, ce qui provoque un ralentissement sur 5 kilomètres.

Enfin, une opération escargot se déroule sur l'A84 à hauteur de Saint-Georges-d'Aunay, au point kilométrique 238+641 en direction de Caen. 

Plusieurs centaines d'éleveurs se sont mobilisés, dimanche 19 juillet 2015, près de Caen. Ils dénoncent les prix pratiqués par la grande distribution et appellent à l'État à agir.

Mise à jour : 19/07/2015 à 18:45 par Timothée L'Angevin

 
Près de 400 agriculteurs et 300 tracteurs étaient réunis (photo : La Renaissance)
Près de 400 agriculteurs et 300 tracteurs étaient réunis (photo : La Renaissance)

Nouvelle mobilisation des agriculteurs. Dimanche 19 juillet 2015, plusieurs centaines d’éleveurs au volant de 300 tracteurs, chargés de déchets et de fumier, se sont réunis à Fontenay-le-Pesnel, près de Caen (Calvados), indique La Renaissance-Le Bessin. Ils mènent une opération escargot sur l’A84, dans le sens Rennes-Caens. 5 kilomètres de bouchons sont signalés entre Saint-Georges-d’Aunay et Villers-Bocage. Le retour à la normale est prévu vers 18h30, annonce Bison Futé.
Très remontés contre la grande distribution, ils dénoncent des prix à l’achat trop faibles de la viande (porc et bœuf) qui ne leur permettraient plus de couvrir leurs charges d’exploitation. Ils appellent également le gouvernement à agir.

Lire aussi : Des tonnes de fumier déversées en Normandie. Les agriculteurs haussent le ton.

22 000 fermes en difficultés

Cette situation très tendue dure depuis mi-juin 2015 sur tout le territoire national. De nombreuses actions ont été menées contre des centres commerciaux en Normandie. Les éleveurs ont déversé du fumier devant des supermarchés de l’Eure, la Manche, le Calvados et la Seine-Maritime, ainsi que des permanences d’élus.
Face à cette colère, le gouvernement à appelé la grande distribution à monter les prix d’achat. Samedi 18 juillet 2015, François Hollande est intervenu en personne et a demandé aux Français de consommer des produits locaux pour soutenir l’agriculture nationale.
Selon le ministère de l’Agriculture, 22 000 fermes sont en difficultés voire au bord du dépôt de bilan.

Timothée L'Angevin
 
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19 juillet 2015 7 19 /07 /juillet /2015 16:15
Un aéroport sur le point d'être vendu pour 10.000 euros en Espagne

Par latribune.fr  |   |

Entre 2008 -date de son inauguration- et 2012, l'aéroport de Ciudad Real n'a accueilli que 100.000 personnes.

Entre 2008 -date de son inauguration- et 2012, l'aéroport de Ciudad Real n'a accueilli que 100.000 personnes. (Crédits : Reuters)

L'aéroport de Ciudad Real, situé au sud de Madrid, a coûté 450 millions d'euros. Mais il a fait faillite en 2010.Le chinois Tzaneen international est sur le point de l'acquérir pour quelques milliers d'euros.

Situé à 235 kilomètres de Madrid, l'aéroport de Ciudad Real devait être l'une des plus importantes infrastructures pour la ville. Sa construction a coûté 450 millions d'euros, rapporte Le Monde et il était prévu d'y accueillir plus de 2,5 millions de passagers par an. Mais la crise de 2008 est passée par-là: cette infrastructure, alors premier aéroport privé d'Espagne, avait dû déclarer faillite en 2010. Entre 2008 -date de son inauguration- et 2012, il n'a accueilli que 100.000 personnes.

Le chinois Tzaneen international s'est proposé au rachat avant la clôture des enchères, le 17 juillet. Il a formulé une offre de 10.000 euros pour des infrastructures estimées à 40 millions d'euros, selon l'agence espagnole europa press. Il est le seul à avoir versé "les deux millions d'euros d'aval exigés", précise Le Monde. Il est ainsi sur le point d'acquérir la majeure partie des locaux de l'aéroport ainsi qu'une partie du terrain attenant.

Tzaneen international a justifié la faiblesse de son offre par l'existence "d'une zone immobilière adjacente fragmentée".

Un investissement de 100 millions d'euros ?

Toutefois, Tzaneen international se dit prêt à investir 60 à 100 millions d'euros pour refaire fonctionner l'aéroport et a pour ambition d'en faire "la porte d'entrée en Europe" du transport de marchandises, explique-t-il dans un communiqué.

La société chinoise devra toutefois patienter jusqu'au 17 septembre avant que l'acquisition soit finalisée. D'autres acquéreurs potentiels peuvent se encore se manifester jusqu'à cette date butoir fixée par la justice espagnole. Leurs offres ne pourront toutefois pas être inférieures à 70% de la somme estimée pour cette infrastructure, soit 28 millions d'euros.

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19 juillet 2015 7 19 /07 /juillet /2015 14:41

 

IL FALLAIT PRENDRE SCHÄUBLE AU MOT !

Par Bernard Cassen  |  17 juillet 2015    

 


Secrétaire général de Mémoire des luttes, président d’honneur d’Attac
 

 

On voit mal un sprinter dont une jambe a été plâtrée affronter des concurrents parfaitement valides dans un meeting d’athlétisme. Aucun spectateur ne parierait un euro sur sa victoire. Face à la coalition des institutions européennes et du FMI, c’est malheureusement dans cette situation handicapante que s’est trouvé Alexis Tsipras. Son boulet se nomme euro.

Fidèle à ses promesses électorales et au sentiment majoritaire de ses concitoyens, le premier ministre avait cru pouvoir obtenir de ses créanciers à la fois un allègement des mesures d’austérité qui ont dévasté la Grèce ET le maintien de cette dernière dans la zone euro. A sa décharge, il faut dire qu’il se situait dans une sorte de consensus de la quasi totalité de la gauche radicale européenne pour laquelle le principe des bienfaits d’une monnaie unique européenne ne souffrait pas de contestation, ne serait-ce que pour éviter tout compagnonnage coupable avec l’extrême-droite.

Il suffisait pourtant d’un minimum de raisonnement logique pour comprendre que, par définition, une politique monétaire ne peut être la même pour des économies profondément différentes, voire divergentes, comme par exemple celles des Pays-Bas et de Chypre ou de la Grèce. Une solution tout aussi « européenne » aurait été une monnaie commune, seule convertible, permettant de conserver des monnaies nationales aux parités révisables par concertation entre les gouvernements en fonction des situations.

Contre le plus élémentaire bon sens, l’euro aura été fétichisé. Il aura fallu la crise des dettes souveraines, et particulièrement le cataclysme grec, pour qu’une partie – encore très minoritaire – de la gauche radicale européenne commence à opérer une révision déchirante [1] et se rende enfin compte que l’euro n’est pas simplement une monnaie, mais aussi une arme politique au service des intérêts de l’Allemagne et accessoirement de ses satellites européens. La survie de l’euro, les mesures d’austérité et les pouvoirs de police de la troïka (rebaptisée les « institutions ») imposés aux pays de la périphérie de l’UE sont structurellement liés.

Forts de leur position dominante dans ce cadre contraignant, Angela Merkel et son ministre des finances, Wolfgang Schäuble, jouaient sur du velours dans leurs relations avec le gouvernement grec : en ignorant, consciemment ou non, la fonction réelle de la monnaie unique, Alexis Tsipras se jetait lui-même dans la gueule du loup en faisant des pieds et des mains pour rester dans la zone euro, c’est-à-dire dans un carcan interdisant toute politique économique alternative au néolibéralisme, et doté à cette fin d’un puissant arsenal répressif. Comme il s’était interdit, et pour cause, le seul plan B susceptible de renforcer sa main dans une négociation – la menace de sortie de l’euro –, il était condamné à capituler devant les créanciers, avec François Hollande dans le rôle de l’aide-soignant distribuant des comprimés anti-douleur pour faire supporter par les Grecs les opérations de vivisection des chirurgiens allemands (et finlandais).

Si, malgré son succès au référendum du 5 juillet, Tsipras n’avait pas de plan B, le tandem Merkel/Schäuble, lui, en avait deux au cas où, pour rester membre du club, Athènes ne se pliait pas à leurs exigences les plus humiliantes : d’une part, l’expulsion de la Grèce de la zone euro (le Grexit) ; d’autre part – une idée de Wolfgang Schäuble – sa sortie temporaire de cette zone (la « clause bye bye »), le temps de restructurer sa dette et de retrouver de la compétitivité avec une drachme dévaluée. Après quelques années, un retour dans la zone euro était envisageable.

Ce qui est frappant dans cette affaire, c’est que ses acteurs ont négocié dans le noir le plus total quant aux implications juridiques, financières et géopolitiques des différents scénarios. Une sortie définitive ou temporaire, forcée ou volontaire de l’eurozone est-elle compatible avec les traités européens ? Quel serait le coût du Grexit pour les créanciers et pour la Grèce ? Des chiffres invérifiables ont circulé. La vérité est que personne n’en sait rien.

Les simulations uniquement comptables à court terme – du type ratio dette/PIB – font l’impasse sur l’histoire, la culture et la géographie, toutes dimensions qu’ignorent (et sans doute méprisent) les « hommes en noir » du FMI, de la BCE et de l’Eurogroupe. Vu la situation géographique de la Grèce (qui en fait une porte d’entrée des immigrants du Proche-Orient), son antagonisme séculaire avec la Turquie (également membre de l’Otan), sa solidarité culturelle avec le monde orthodoxe, il n’est pas sérieux de ne pas prendre en compte les conséquences d’une possible déstabilisation du pays. Et cela ne se fait pas avec une calculette…

En fait, l’ « accord » de Bruxelles est essentiellement politique et idéologique. Il s’est agi de tuer dans l’œuf toute velléité de ruptures nationales avec le formatage néolibéral. Les électeurs, en particulier ceux d’Espagne, sont prévenus : leur éventuel vote pour Podemos n’aura strictement aucune incidence sur les politiques à mettre en œuvre. C’est à Bruxelles, à Francfort et à Washington (siège du FMI) que les choses se décident. Et pas plus à Madrid demain qu’à Athènes aujourd’hui.

Si l’on sous-estime cette priorité donnée à la domestication de peuples européens récalcitrants, on ne s’explique pas le caractère paradoxal, et à la limite irrationnel, des propositions en présence. Car la partie s’est jouée à fronts renversés, chacun des deux camps – un gouvernement contre 18 autres – défendant des positions qui auraient logiquement dû être celles de l’autre.

Du point de vue allemand, la décision d’Alexis Tsipras de faire passer le maintien de la Grèce dans la zone euro avant toute sortie de l’austérité aurait dû être accueillie avec empressement. Or Wolfgang Schäuble a multiplié rageusement les menaces de Grexit en ignorant complètement quelles pourraient en être les conséquences. Il a calmé ses nerfs en durcissant les conditions, pourtant déjà draconiennes, imposées à la Grèce. Son projet de « clause bye bye » était quelque peu improvisé et n’avait guère de chances d’être accepté par Alexis Tsipras qui y verrait une version allégée de sa bête noire, le Grexit.

Si l’on se place du côté des intérêts grecs, on voit rétrospectivement qu’ils auraient été mieux servis si le premier ministre avait fait siens les deux plans B allemands, et surtout le plan Schäuble de « congé sabbatique » de la zone euro. Il aurait fallu prendre le ministre des finances allemand au mot, et tabler sur sa phobie anti-grecque et son désir de réserver l’euro aux Etats « sérieux » pour négocier des conditions d’accompagnement favorables de la sortie – théoriquement provisoire – du dispositif de la monnaie unique.

Rien ne peut être pire que le plan décidé à Bruxelles et dont Tsipras a lui-même admis qu’il n’y croyait pas, tout en demandant à son Parlement de l’adopter... Le prix à payer est en effet énorme : la Grèce devient une sorte de territoire occupé, comme l’avaient été l’Allemagne et le Japon au lendemain de la deuxième guerre mondiale. La première différence entre les deux situations est que les forces d’occupation ne sont pas composées de militaires dirigés par un général américain, mais de civils des « institutions » sous le commandement suprême, mais à distance, de la chancellerie allemande.

L’autre différence, et elle est aussi de taille, est que, après une courte période « punitive » contre les plus notoires des criminels de guerre des pays de l’Axe, les puissances occupantes, qui avaient tiré les enseignements du traité de Versailles, s’inscrivaient dans la perspective de transformer les Etats vaincus en autant de marchés potentiels, en alliés idéologiques et en partenaires stratégiques contre l’Union soviétique et la Chine.

Rien de tel dans la démarche actuelle des « institutions » : pas question de composer avec les ennemis qu’elles ont mis sur leur liste noire, des ennemis non pas de l’extérieur, mais de l’intérieur, à savoir les peuples européens qui, par le suffrage universel, auraient l’outrecuidance de vouloir s’émanciper du régime de tutelle où les enferme l’appartenance à la zone euro.

Nul ne peut nier que l’Allemagne a remporté une victoire à Bruxelles, mais elle n’est que provisoire car, comme les précédents, le plan d’ « aide » adopté va dramatiquement aggraver les maux qu’il prétend combattre. Et la médiatisation européenne et même mondiale de cette expérience de laboratoire devrait permettre d’en dénoncer, à grande échelle et chiffres à l’appui, le caractère à la fois absurde et inhumain.

Il reste à la gauche radicale d’être à la hauteur des combats qui s’annoncent en abjurant son euro-angélisme primaire. Faute de quoi, c’est l’extrême-droite qui, par son discours sans ambiguïté, raflera la mise électorale et politique. Présenté comme l’emblème de l’idée d’Europe, l’euro risque au contraire d’en devenir le fossoyeur.

Illustration : elkokoparrilla

 

Notes

[1] En témoigne, en France, l’évolution de la Fondation Copernic et d’anciens ou actuels responsables d’Attac. Deux structures où, il y a encore quelques années, la question de l’euro, sans parler de la possibilité d’en sortir, n’était même pas un « sujet ». Quant aux directions des partis membres du Front de gauche, elles restent sur une ligne pro euro, tout en multipliant les contorsions.

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18 juillet 2015 6 18 /07 /juillet /2015 21:59

Lu sur PCF Bassin

 

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Publication: Mis à jour: 
 
VAROUFAKIS
 
 
GRÈCE - L'ex-ministre des finances grec Yanis Varoufakis, démis de ses fonctions au lendemain du référendum du 5 juillet, ne s'est pas résigné à prendre une retraite discrète. Au contraire. Après plusieurs interventions musclées et à quelques heures du vote du Parlement sur l'accord du 13 juillet, celui-ci a publié une version intégrale du texte, avec ses remarques et annotations corrosives.
 

En voici ci-dessous la version intégrale traduite en français (les annotations figurent en gras):

"Le sommet de la zone euro souligne la nécessité cruciale de rétablir la confiance avec les autorités grecques [le gouvernement grec doit instaurer une austérité encore plus rigoureuse frappant les citoyens grecs les plus vulnérables, qui ont déjà largement souffert], condition préalable pour un éventuel futur accord sur un nouveau programme du MES [pour un report de ce prêt non viable]. À cet égard, il est essentiel que la maîtrise du processus revienne aux autorités grecques [le gouvernement Syriza doit signer une déclaration stipulant qu’il s’est soumis à la ‘logique’ de la troïka], et les engagements pris dans ce contexte devraient être suivis d'une mise en œuvre effective.

Il est attendu d'un État membre de la zone euro demandant l'assistance financière du MES qu'il adresse, lorsque cela est possible, une demande similaire au FMI. Il s'agit d'une condition préalable pour que l'Eurogroupe approuve un nouveau programme du MES. La Grèce demandera donc que le FMI maintienne son soutien (surveillance et financement) à partir de mars 2016 [Berlin continue à croire que la Commission n’est pas digne de confiance pour faire la ‘police’ sur ses propres programmes européens de ‘sauvetage’].

Compte tenu de la nécessité de rétablir la confiance avec la Grèce, le sommet de la zone euro se félicite que la Grèce ait pris l'engagement de légiférer sans délai sur une première série de mesures [la Grèce doit s’infliger à elle-même un supplice de waterboarding fiscal, avant même qu’un quelconque financement soit proposé]. Ces mesures, prises en accord total et préalable avec les institutions, porteront sur:

- Pour le 15 juillet:

• Une rationalisation du régime de TVA [le rendre plus régressif, par des hausses de taux qui encouragent la fraude à la TVA] et un élargissement de l'assiette fiscale afin d'accroître les recettes [porter un grand coup au seul secteur grec de croissance – le tourisme].

• Des mesures directes pour améliorer la viabilité à long terme du système des retraites dans le cadre d'un programme global de réforme des retraites[diminuer les plus basses des petites retraites tout en faisant semblant de ne pas voir que l’épuisement des fonds des caisses de retraite est dû au PSI (ndt : accord de renégociation de la dette avec les créanciers privés) élaboré par la troïka en 2012 et aux effets de la baisse du nombre d’emplois et de la hausse du travail au noir].

• La garantie de la pleine indépendance juridique d'ELSTAT [la troïka exige un contrôle total sur la manière dont la Grèce élabore son équilibre budgétaire, en vue de contrôler complètement l’ampleur de l’austérité qu’elle impose au gouvernement].

• La pleine mise en œuvre des dispositions pertinentes du traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance au sein de l'Union économique et monétaire, notamment en rendant opérationnel le conseil budgétaire avant la finalisation du protocole d'accord et en introduisant des réductions quasi automatiques des dépenses en cas de dérapages par rapport à des objectifs ambitieux d'excédents primaires, après avoir sollicité l'avis du conseil budgétaire et sous réserve de l'accord préalable des institutions [le gouvernement grec, qui sait que les objectifs fiscaux imposés ne seront jamais atteints avec l’austérité imposée, doit s’engager dans une austérité plus forte et systématique du fait des dernières erreurs de la troïka].

- Pour le 22 juillet:

• L'adoption du code de procédure civile, qui représente une refonte en profondeur des procédures et modalités propres au système de justice civile et peut accélérer considérablement les procédures judiciaires et réduire les coûts dans ce domaine [les saisies, les expulsions et la liquidation de milliers d’habitations et d’entreprises qui ne sont pas en mesure de rembourser leurs emprunts].

• La transposition de la directive relative au redressement des banques et à la résolution de leurs défaillances, avec le soutien de la Commission européenne. Ce n'est qu'après –et immédiatement après– que les quatre premières mesures susmentionnées auront fait l'objet d'une mise en œuvre au plan juridique et que le Parlement grec aura approuvé tous les engagements figurant dans le présent document, avec vérification par les institutions et l'Eurogroupe, qu'une décision pourra être prise donnant mandat aux institutions de négocier un protocole d'accord [le gouvernement Syriza doit être humilié, au point qu’il lui est demandé de s’imposer à lui-même une austérité rigoureuse, en prélude à une nouvelle demande de prêt toxique de sauvetage, ce type même de prêt dont le rejet a fait la célébrité internationale de Syriza].

Cette décision serait prise sous réserve de l'achèvement des procédures nationales et à condition que les conditions préalables prévues à l'article 13 du traité instituant le MES soient réunies, sur la base de l'évaluation visée à l'article 13, paragraphe 1. Afin de pouvoir servir de base à la conclusion positive du protocole d'accord, les mesures de réforme présentées par la Grèce doivent être sérieusement renforcées compte tenu de la profonde dégradation de la situation économique et budgétaire du pays au cours de l'année dernière [le gouvernement Syriza doit acquiescer au mensonge que c’est lui, et non les tactiques d’asphyxie des créanciers, qui a provoqué la forte détérioration de la situation économique au cours des six derniers mois – on demande à la victime de prendre sur elle la faute qui incombe au méchant].

Le gouvernement grec doit s'engager formellement à renforcer ses propositions[de les rendre plus régressives et plus inhumaines] dans un certain nombre de domaines recensés par les institutions, en les accompagnant d'un calendrier suffisamment précis pour ce qui est de la législation et de la mise en œuvre, y compris des critères de référence structurels, des échéances et des critères de référence quantitatifs, afin de donner une idée claire de l'orientation des politiques à moyen terme. Il doit notamment, en accord avec les institutions:

• Mener d'ambitieuses réformes [coupes] des retraites et définir des politiques visant à compenser pleinement l'incidence budgétaire de l'arrêt de la cour constitutionnelle relatif à la réforme des pensions de 2012 [annuler la décision de la Cour favorable aux retraités] et mettre en œuvre la clause de déficit zéro [réduire de 85% les compléments de retraite que le gouvernement Syriza avait défendus bec et ongle au cours des cinq derniers mois] ou des mesures alternatives mutuellement acceptables[trouver des victimes ‘équivalentes’] d'ici octobre 2015;

• Adopter des réformes plus ambitieuses du marché des produits assorties d'un calendrier précis de mise en œuvre de toutes les recommandations du volume I du manuel de l'OCDE pour l'évaluation de la concurrence [les recommandations auxquelles l’OCDE a désormais renoncé après avoir redéfini ces réformes en coopération avec le gouvernement Syriza], y compris dans les domaines suivants: ouverture des magasins le dimanche, périodes de soldes, propriété des pharmacies, lait et boulangeries, à l'exception des produits pharmaceutiques vendus sans ordonnance qui feront l'objet d'une mise en œuvre à un stade ultérieur, ainsi qu'en ce qui concerne l'ouverture de professions fermées essentielles au niveau macro-économique (par exemple, les transports par ferry). En ce qui concerne le suivi du volume II du manuel de l'OCDE, l'industrie manufacturière doit être comprise dans les actions préalables;

• En ce qui concerne les marchés de l'énergie, procéder à la privatisation de l'opérateur du réseau de distribution d'électricité (ADMIE), à moins que l'on puisse trouver des mesures de remplacement ayant un effet équivalent sur la concurrence, comme convenu par les institutions [ADMIE sera liquidé au profit d’intérêts particuliers étrangers sous commandement des institutions];

• En ce qui concerne le marché du travail, entreprendre un réexamen rigoureux et une modernisation des négociations collectives [s’assurer qu’aucune négociation collective n’est possible], de l'action syndicale [qui doit être interdite] et, conformément à la directive pertinente de l'UE et aux bonnes pratiques, des procédures de licenciement collectif [qui doivent être soumises aux caprices des employeurs], selon le calendrier et l'approche convenus avec les institutions [c’est la troïka qui décide]. Sur la base de ces réexamens, les politiques du marché du travail devraient être alignées sur les meilleures pratiques internationales et européennes, sans que cela se traduise par un retour aux politiques antérieures qui ne sont pas compatibles avec les objectifs de croissance durable et inclusive [il ne doit exister aucun mécanisme permettant aux salariés d’obtenir de meilleures conditions des employeurs];

• Adopter les mesures nécessaires pour renforcer le secteur financier, y compris des mesures radicales concernant les prêts non performants [un tsunami de saisies s’annonce] et des mesures visant à renforcer la gouvernance du Fonds hellénique de stabilité financière (HFSF) et des banques [les Grecs qui gèrent le HFSF et les banques n’auront exactement aucun pouvoir de contrôle sur le HFSF et les banques], en particulier en éliminant toute possibilité d'interférence politique, notamment dans les processus de nomination[sauf l’interférence politique de la troïka]. Par ailleurs, les autorités grecques prendront les mesures suivantes:

• Élaborer un programme de privatisation nettement plus étoffé avec une meilleure gouvernance; des actifs grecs de valeur seront transférés dans un fonds indépendant qui monétisera les actifs par des privatisations et d'autres moyens[une structure similaire au Treuhand pour l’Allemagne de l’est est envisagée pour liquider tous les biens publics, mais sans l’équivalent des lourds investissements que l’Allemagne de l’Ouest avait déversés à l’est pour compenser le désastre du Treuhand]. La monétisation des actifs constituera une source permettant le remboursement programmé du nouveau prêt du MES et générera sur la durée du nouveau prêt un montant total fixé à 50 milliards d'euros, dont 25 milliards d'euros serviront au remboursement de la recapitalisation des banques et d'autres actifs, et 50% de chaque euro restant (c'est-à-dire 50% de 25 milliards d'euros) serviront à diminuer le ratio d'endettement, les autres 50% étant utilisés pour des investissements [les biens publics seront liquidés et les maigres sommes ainsi obtenues seront destinées au service d’une dette insoutenable – sans qu’il reste rien pour des investissements publics ou privés]. Ce fonds serait mis en place en Grèce et géré par les autorités grecques sous la supervision des institutions européennes concernées [il sera officiellement en Grèce mais, comme le HFSF ou la Banque de Grèce, il sera intégralement contrôlé par les créanciers]. En accord avec les institutions, et sur la base des bonnes pratiques internationales, un cadre législatif devrait être adopté pour garantir des procédures transparentes et une valorisation adéquate des ventes d'actifs, conformément aux principes et aux normes de l'OCDE sur la gestion des entreprises publiques [la troïka fera ce qu’elle voudra].

• Conformément aux ambitions du gouvernement grec, moderniser et considérablement renforcer l'administration publique grecque, et mettre en place, sous l'égide de la Commission européenne, un programme de renforcement des capacités et de dépolitisation de l'administration publique grecque [faire de la Grèce une zone sans démocratie sur le modèle de Bruxelles, une forme de gouvernement soi-disant technocratique, politiquement toxique et macro-économiquement inepte]. Une première proposition devrait être présentée d'ici le 20 juillet après discussion avec les institutions. Le gouvernement grec s'engage à réduire encore les coûts de l'administration publique grecque [diminuer les bas salaires tout en augmentant légèrement les salaires des quelques apparatchiks proches de la troïka], conformément à un calendrier convenu avec les institutions;

• Normaliser complètement les méthodes de travail avec les institutions, y compris le travail nécessaire sur le terrain à Athènes, pour améliorer la mise en œuvre et le suivi du programme [la troïka contre-attaque et exige que le gouvernement grec l’invite à revenir à Athènes en vainqueur – la paix carthaginoise dans toute sa splendeur]. Le gouvernement doit consulter les institutions et convenir avec elles de tout projet législatif dans les domaines concernés dans un délai approprié avant de le soumettre à la consultation publique ou au Parlement [le parlement grec doit à nouveau, après cinq mois d’une indépendance éphémère, se faire l’annexe de la troïka – faire passer mécaniquement des lois traduites]. Le sommet de la zone euro souligne une nouvelle fois que la mise en œuvre est capitale et, dans ce contexte, se félicite que les autorités grecques aient l'intention de demander d'ici le 20 juillet le soutien des institutions et des États membres en vue d'une assistance technique, et demande à la Commission européenne de coordonner ce soutien de l'Europe;

• À l'exception de la loi sur la crise humanitaire, le gouvernement grec procédera à un réexamen en vue de modifier les dispositions législatives adoptées qui sont contraires à l'accord du 20 février puisqu'elles constituent un retour en arrière par rapport aux engagements pris au titre du programme précédent ou il définira des mesures compensatoires clairement équivalentes pour les droits acquis qui ont été créés par la suite [en plus de promettre qu’il ne légiférera plus de manière autonome, le gouvernement grec annulera rétrospectivement toutes les lois qu’il a fait voter durant ces cinq derniers mois].

Les engagements énumérés plus haut correspondent au minimum exigé pour entamer les négociations avec les autorités grecques. Toutefois, le sommet de la zone euro a clairement indiqué que le fait de commencer des négociations n'exclut pas la possibilité d'un accord final sur un nouveau programme du MES, qui devra reposer sur une décision relative à l'ensemble du paquet (y compris les besoins de financement, le caractère soutenable de la dette et un financement-relais éventuel) [flagellez-vous, imposez plus d’austérité à une économie déjà écrasée par l’austérité, et nous verrons ensuite si l’Eurogroupe vous marquera encore au fer avec de nouveaux prêts toxiques et non viables].

Le sommet de la zone euro prend acte de ce que les besoins de financement du programme pourraient se situer entre 82 et 86 milliards d'euros, selon les estimations des institutions [l’Eurogroupe a sorti du chapeau un montant exhorbitant, bien supérieur à ce qui est réellement nécessaire, pour souligner qu’une restructuration de la dette est hors de question et que le but du jeu est en fait la servitude infinie de la dette]. Il invite ces dernières à étudier les possibilités de réduire l'enveloppe de financement, en suivant une autre trajectoire budgétaire ou grâce à des recettes plus élevées tirées des privatisations [et d’ailleurs, il est bien possible que les cochons puissent voler]. Rétablir l'accès au marché, ce qui est un des objectifs de tout programme d'assistance financière, diminue la nécessité de puiser dans l'enveloppe de financement totale [ce que les créanciers feront tout pour éviter, par exemple en s’assurant que la Grèce n’accédera au programme d’assouplissement quantitative de la BCE qu’en 2018, une fois que l’assouplissement quantitatif sera… terminé].

Le sommet de la zone euro prend note des besoins de financement urgents de la Grèce qui rendent d'autant plus nécessaire de progresser rapidement pour prendre une décision sur un nouveau protocole d'accord: d'après les estimations, ces besoins s'élèveraient à 7 milliards d'euros d'ici le 20 juillet, et à 5 milliards d'euros supplémentaires d'ici la mi-août [encore une nouvelle version de report de prêts non viables].

Le sommet de la zone euro est conscient qu'il importe de veiller à ce que l'État grec souverain puisse régler ses arriérés vis-à-vis du FMI et de la Banque de Grèce et honorer ses titres de créances dans les semaines qui viennent afin de créer les conditions qui permettront de mener à bonne fin les négociations. Le risque de ne pas pouvoir conclure rapidement les négociations demeure entier pour la Grèce [on exige encore une fois de la victime qu’elle prenne sur elle la faute qui incombe au méchant]. Le sommet de la zone euro invite l'Eurogroupe à discuter d'urgence de ces questions.

Compte tenu de l'acuité des problèmes rencontrés par le secteur financier grec, l'enveloppe totale d'un nouveau programme éventuel du MES devrait inclure la constitution d'un fonds de réserve de 10 à 25 milliards d'euros pour le secteur bancaire afin de pouvoir faire face aux éventuels besoins de recapitalisation des banques et aux éventuels coûts de résolution, dont 10 milliards d'euros seraient immédiatement mis à disposition dans un compte ségrégué au MES [la troïka reconnaît que la recapitalisation des banques en 2013-2014, qui ne nécessitait tout au plus que 10 milliards, était insuffisante – mais, bien entendu, rejette la faute sur… le gouvernement Syriza].

Le sommet de la zone euro est conscient qu'une décision doit être prise rapidement sur un nouveau programme pour que les banques puissent rouvrir, ce qui permettrait d'éviter une augmentation de l'enveloppe de financement totale [la troïka a fermé les banques grecques pour forcer le gouvernement Syriza à capituler et réclame maintenant leur réouverture]. La BCE/le MSU procédera à une évaluation complète après l'été. La réserve globale permettra de combler les éventuelles insuffisances de fonds propres suivant l'évaluation complète après que le cadre juridique aura été appliqué.

De sérieux doutes planent sur le caractère soutenable de la dette grecque [NB: sérieusement? Ça alors!]. Cela est dû au relâchement des politiques au cours des douze derniers mois, qui a entraîné la dégradation récente de l'environnement macroéconomique et financier du pays [Ce n’est donc pas le report des prêts de ‘sauvetage’ non viables en 2010 et 2012 qui, conjugué avec une austérité destructrice de PIB, a entraîné la dette sur des hauteurs aussi élevées – c’est la perspective, devenue réalité, d’un gouvernement qui critiquait ces reports de prêts de ‘sauvetage’ non viables qui a… provoqué la non viabilité de la dette].

Le sommet de la zone euro rappelle que les États membres de la zone euro ont, tout au long de ces dernières années, adopté une série impressionnante de mesures pour soutenir la viabilité de la dette de la Grèce, qui ont allégé le service de la dette de la Grèce et sensiblement réduit les coûts. [les premiers et seconds plans de ‘sauvetage’ ont échoué, la dette explose comme ça devait être le cas puisque le but réel de ces plans de ‘sauvetage’ était de transférer les pertes des banques vers les contribuables européens]. En conséquence, dans le cadre d'un éventuel programme futur du MES, et conformément à l'esprit de la déclaration de l'Eurogroupe de novembre 2012 [une promesse de restructuration de la dette au précédent gouvernement grec n’a jamais été tenue par les créanciers], l'Eurogroupe est prêt à envisager, si nécessaire, d'éventuelles mesures supplémentaires (un allongement éventuel des périodes de grâce et des délais de remboursement) afin de faire en sorte que les besoins bruts de financement demeurent à un niveau soutenable. Ces mesures seront subordonnées à la mise en œuvre intégrale des mesures à convenir dans le cadre d'un nouveau programme éventuel et seront envisagées après le premier réexamen qui aura abouti à un résultat concluant [encore une fois, la troïka laissera le gouvernement grec s’échiner sous le poids d’une dette impossible à rembourser et lorsque, au final, le programme se révélera être un échec, la pauvreté s’amplifiera et les revenus s’effondreront encore plus, alors nous envisagerons peut-être une réduction de la dette – exactement ce qu’a promis la troïka en 2012].

Le sommet de la zone euro souligne que l'on ne peut pas opérer de décote nominale sur la dette [NB: le gouvernement Syriza a suggéré, depuis janvier, une restructuration de la dette, sans réduction, qui maximisait la valeur nette actuelle des remboursements de la Grèce à ses créanciers – proposition rejetée par la troïka car son objectif était tout simplement d’humilier Syriza]. Les autorités grecques réaffirment leur attachement sans équivoque au respect de leurs obligations financières vis-à-vis de l'ensemble de leurs créanciers, intégralement et en temps voulu [NB: ce qui ne peut arriver qu’après une substantielle restructuration de la dette].

Pour autant que toutes les conditions nécessaires figurant dans le présent document soient remplies, l'Eurogroupe et le conseil des gouverneurs du MES peuvent, conformément à l'article 13, paragraphe 2, du traité instituant le MES, charger les institutions de négocier un nouveau programme du MES, si les conditions préalables énoncées à l'article 13 du traité instituant le MES sont réunies sur la base de l'évaluation visée à l'article 13, paragraphe 1. Pour contribuer à soutenir la croissance et la création d'emplois en Grèce (au cours des trois à cinq prochaines années) [NB :après avoir déjà détruit la croissance et les emplois au cours des cinq dernières années…], la Commission travaillera étroitement avec les autorités grecques pour mobiliser jusqu'à 35 milliards d'euros (dans le cadre de différents programmes de l'UE) en vue de financer des investissements et l'activité économique, y compris au niveau des PME [utilisera le même volume de fonds structurels, plus quelques fonds imaginaires, comme ce qui était déjà disponible entre 2010 et 2014]. À titre de mesure exceptionnelle et compte tenu de la situation exceptionnelle dans laquelle se trouve la Grèce, la Commission fera une proposition visant à augmenter le niveau de préfinancement d'un milliard d'euros afin de donner une impulsion immédiate aux investissements, dont se chargeront les colégislateurs de l'UE [sur les 35 milliards annoncés, vous pouvez considérer qu’1 milliard existe réellement]. Le plan d'investissement pour l'Europe offrira également des possibilités de financement pour la Grèce [la plupart des ministres des finances de l’eurozone parlent de ce plan comme d’un programme fantôme]".

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18 juillet 2015 6 18 /07 /juillet /2015 21:45
Leçons de la crise grecque sur l’Euro

Par · 16 juillet 2015

 

Le drame que vit la Grèce nous aura au moins appris deux choses : le lien qui existe aujourd’hui entre l’Euro et l’austérité et l’attachement d’une partie de la gauche à l’Euro, un attachement qui la conduit, maintenant de plus en plus rapidement, à sa perte. La première de ces choses permet de comprendre pourquoi les autorités de la zone Euro se sont montrées à ce point inflexibles. Le second nous explique pourquoi Alexis Tsipras s’est laissé poser la tête sur le billot et n’a pas choisi de rompre quand il le pouvait, c’est à dire dans la nuit du 5 au 6 juillet, après la victoire du « Non » au référendum.

L’Euro, c’est l’austérité

L’Euro est lié à l’austérité de par la logique même de la monnaie unique. Celle-ci met en concurrence des pays aux dotations en facteurs de production (que ces derniers soient matériels ou humains avec le niveau d’éducation) très différents. Pour rétablir leur compétitivité face à des pays mieux pourvus, les pays qui sont les moins bien pourvus doivent donc dégager une épargne supérieure (en pourcentage) à celle des pays les mieux pourvus. Ceci entraîne un déplacement de la consommation vers l’épargne. Comme, dans une monnaie unique, toute différence de taux d’inflation se traduit immédiatement par une perte de compétitivité, les pays les moins bien pourvus ne peuvent compter sur l’inflation comme instrument de financement de cette épargne. On perçoit alors la nature profondément austéritaire de l’Euro.

Cette nature est renforcée par le fait que le taux d’inflation d’un pays ne dépend pas que de sa politique monétaire mais est déterminé, aussi, par la structure de son économie. Un pays ayant ainsi une population dynamique aura naturellement un taux d’inflation supérieur à un pays avec une population stagnante ou décroissante. De même, le taux d’inflation a un impact important sur la création des entreprises : ces créations, et les innovations qu’elles peuvent entraîner, engendrent des mouvements de prix relatifs (le prix d’un bien ou d’un service exprimé en d’autres biens ou d’autres services) qui impliquent un certain taux d’inflation. Dès lors, l’imposition d’un taux d’inflation unifié sur des économies aux structures très différentes implique que pour certain pays la croissance sera largement inférieure à ce qu’elle pourrait être. C’est ce que l’on appelle dans la littérature économique le problème de l’output gap ou écart de production.

Enfin, politiquement, l’Euro introduit un très fort biais en faveur des politiques dites d’austérité car il conduit à la substitution d’un gouvernement où la décision est reine par un gouvernement déterminé par des règles comptables. Ces règles peuvent être internalisées par le personnel politique, ce qui est de plus en plus le cas en France, ou elles peuvent être imposées par la force comme c’est aujourd’hui le cas en Grèce.

Ainsi, il peut y avoir de l’austérité sans l’Euro mais l’Euro implique nécessairement l’austérité. C’est désormais clair pour une large majorité d’européens, qui vont être de plus en plus dégoûté par la monnaie unique. Un article publié dans le Financial Times le 13 juillet soulignait cet aspect[1].

Les raisons d’un attachement irrationnel de la « gauche »

Mais, face à ce constat, on est alors confronté aux positions d’une partie de la « gauche » qui continue de défendre, envers et contre tous, l’Euro. On l’a vu en France où le P« S », y compris les soi-disant « frondeurs », a soutenu le diktat du 13 juillet, et où même le PCF, par la bouche de Pierre Laurent, à failli le soutenir avant que de changer d’avis et de finir de voter « non » au Parlement. Il y a, il faut le reconnaître, un attachement qui semble irrationnel à l’Euro, et qui a transformé une partie de la « gauche » en bras séculier pour l’application de l’austérité[2]. Ambrose Evans-Pritchard, qui se qualifie lui-même de « libéral dans la tradition de Burke » va ainsi jusqu’à écrire : « Par un retournement du sort, la Gauche est devenue ce qui met en œuvre une structure économique qui a conduit à des niveaux de chômage qui semblaient impensables pour un gouvernement démocratique d’après-guerre avec sa propre monnaie et ses instruments de souveraineté »[3]. La lettre de démission du SPD de Yascha Mounk, une universitaire allemande, publiée dans The Nation, illustre bien ce mouvement particulièrement puissant en Allemagne et le trouble qu’il engendre[4].

Cet attachement concerne aussi une partie de ce que l’on appelle la « gauche radicale ». C’est cet attachement qui a conduit Alexis Tsipras à poser sa tête sur le billot. Le politologue Stathis Kouvelakis a cherché à analyser ce phénomène[5]. Sans vouloir engager un débat il est possible de voir plusieurs raisons dans cet attachement irrationnel et malsain à l’Euro.

  • La raison la plus bénigne est une sous-estimation du rôle de la monnaie dans le fonctionnement d’une économie capitaliste moderne. Si la monnaie ne peut exister sans d’autres institutions, et en cela il est clair qu’elle n’est pas la seule institution de l’économie, la manière dont elle est gérée a une influence considérable sur les autres institutions. Cela s’appelle tout simplement la dialectique.
  • Une vision dévoyée de « l’internationalisme » qui prétend qu’au nom d’intérêts communs (qui existent assurément) les peuples seraient Cette vision nie en réalité la notion d’internationalisme qui précise bien que le commun est entre les Nations mais ne se substitue pas à elles. Cette vision dévoyée prétend ainsi que le Libre-Echange est la forme actuelle de « l’internationalisme ». On comprend alors comment elle arrive à constituer l’Euro en fétiche, sans s’interroger sur le fait que les « unions monétaires » sont en réalité assez rares aujourd’hui dans le monde. Toute interrogation sur cette réalité forcerait ceux qui défendent l’Euro-fétiche de revenir sur terre et d’en envisager l’ensemble des coûts et pertes qu’il fait supporter aux économies de la zone.
  • Une idéologie de remplacement pour cette « gauche » qui se dit réaliste, et que l’on appelle la « deuxième gauche ». L’Euro est venu se substituer à la perspective du changement de société qui avait été défendu en 1981. Ayant abandonnée toute idée de changement social, ayant même substitué le « sociétal » au social, cette « gauche » dite réaliste s’est trouvée une idéologie de remplacement dans la construction européenne qu’elle a alors identifiée rapidement à l’Euro. C’est pourquoi toute remise en cause de l’Euro lui apparaît comme une remise en cause de cette dite construction européenne et doit être combattue avec la plus féroce énergie (et la plus grande mauvaise foi) et ce contre toutes les évidences. On a eu un exemple de ce type de comportement avec les déclarations faites par le Président de la république et par le Premier ministre depuis le 13 juillet.

Ces raisons n’épuisent pas le sujet. On dira, à juste titre, que nombre des économistes qui conseillent la « gauche » dite de gouvernement viennent des banques (ou des compagnies d’assurances) et sont donc directement intéressés au maintien de l’Euro. Mais, les raisons d’ordre symbolique et politique l’emportent largement. La conséquence de cela est que la question de l’Euro sera le grand débat des mois à venir. C’est autour de ce clivage que l’on verra se réunir la véritable gauche, celle qui entend rompre avec les logiques des politiques d’austérité et donc de l’Euro et ceux qui s’enfonceront toujours plus dans une logique de soumission conduisant à l’acceptation totale de ces logiques austéritaires.

 

[1] W. Munchau, « Greece’s brutal creditors have demolished the eurozone project », Financial Times, 13/07/2015.

[2] Ambrose Evans-Pritchard, « EMU brutality in Greece has destroyed the trust of Europe’s Left », The Telegraph, 15 juillet 2015, http://www.telegraph.co.uk/finance/comment/ambroseevans_pritchard/EMU-brutality-in-Greece-has-destroyed-the-trust-of-Europes-Left.html

[3] Ambrose Evans-Pritchard, « EMU brutality in Greece has destroyed the trust of Europe’s Left », op.cit., « By a twist of fate, the Left has let itself become the enforcer of an economic structure that has led to levels of unemployment once unthinkable for a post-war social democratic government with its own currency and sovereign instruments ».

[4] http://www.thenation.com/article/germanys-social-democrats-are-colluding-in-greeces-destruction-and-im-leaving-the-party/

[5] Sebastian Budgen et Stathis Kouvelakis, « Greece: The Struggle Continues », 15 juillet 2015, https://www.jacobinmag.com/2015/07/tsipras-varoufakis-kouvelakis-syriza-euro-debt/


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15 juillet 2015 3 15 /07 /juillet /2015 10:53
L’intenable posture de M Tsipras. Par Liliane Held-Khawam

Ouf, la Grèce devrait rester dans la zone euro. Un véritable miracle à en croire certains « experts ». Pourtant nous l’avions prédit avec une certitude que d’aucuns auraient pu trouver quelque peu péremptoire. L’Union européenne n’est rien d’autre qu’un marché unique qui définit et impose ses normes. Oubliez donc tout raisonnement qui traite d’Etat, de Nation, de décision à la majorité, d’impliquer les petites gens, de besoins sociaux, etc.

Le marché unique a vocation à s’agrandir et à unifier le monde par sa privatisation grâce et autour de la finance. Le marché européen est un sous-ensemble du marché mondial. Et un marché doit faire de l’argent. Toujours plus, toujours plus vite. Les faibles et les lents n’y ont pas leur place. La performance du marché dépend encore   – mais plus pour très longtemps grâce à la science et la technologie- des performances humaines et se traduit par des normes qui doivent être les mêmes du Nord au Sud de l’Est à l’Ouest de la planète. Elles portent le nom d’homogénéisation, harmonisation, globalisation…

 

Cela ne suffit pourtant pas. Des mesures de  surveillance et de contrôle doivent être mises en place pour mesurer la performance et le degré d’atteinte des objectifs. Les législations d’un pays, ses spécificités ou pire l’Autorité étatique, doivent s’effacer face aux normes communautaires.

Il est impossible de faire cohabiter les besoins d’une nation et de son peuple avec ceux d’un marché mercantile et vorace.

Pour bien appréhender la tragédie grecque, il faut imaginer une chaîne avec à une extrémité, le peuple grec et à l’autre les patrons de la haute finance internationale qui chapeaute le marché unique et TOUS les processus de sa mondialisation.Au milieu de cette chaîne, on trouve le représentant du peuple grec, M Tsipras et en face de lui, les représentants du marché, les hauts responsables de l’UE. Dernier détail, cette chaîne n’est pas horizontale, mais verticale avec en haut les tenants du marché unique -de la finance internationale-  et en bas le peuple grec.

M Tsipras a accepté un accord émis par l’Union européenne, daté du 12 juillet 2015. Cet accord est intenable tellement il affirme et confirme la dette et ses coûts d’une part et d’autres part des mesures d’austérité couplées à la privatisation d’à peu près tout ce que l’Etat grec possède.

Si nous faisions la somme de tous les points de l’accord, l’Etat grec serait vidé de toute sa substance très vite. Quant à l’économie du pays, elle serait rapidement exsangue ce qui accroîtrait toujours plus la dette. Ce cercle vicieux démarrée en 2008 pourrait atteindre son apogée dans les toutes prochaines années (peut-être mois) jetant le peuple grec dans le tiers-mondisme.

En clair, dette-austérité-privatisation est le trio infernal installé sur une spirale dramatique pour le citoyen local. Il est à noter que ce même trio est synonyme au même moment de croissance et de prospérité pour la finance internationale. Il pourrait même y avoir un effet multiplicateur de richesses grâce aux effets de levier dont seuls les spéculateurs ont le secret…

Nous rappelons pour mémoire que nous contestons absolument le principe de la dette publique soumise à un marché financier privé, à l’absorption par ledit marché de la banque centrale du pays, à la création monétaire déléguée à des institutions privées, au sauvetage de banques commerciales malfaisantes sans conditions avec l’argent public, sans nationalisation et sans sanctions envers leurs prédateurs.

Ceci étant nous avons extrait une dizaine de points (Annexe ci-dessous) qui montrent à quel point cet accord de lundi ne fait  qu’annihiler l’autorité des représentants de l’Etat, soumettre la législation à des directives qui sont autant d’ordres de marche (forcée) et ramenant à zéro le patrimoine et ce qui crée des revenus publics. Il est à remarquer que ce qui est demandé là n’est pas si différent de ce que d’autres pays font depuis des années, à savoir, travailler d’arrache-pied pour évacuer la notion de la chose publique et pour privatiser patrimoine et services publics.

Il ne faut pas se leurrer, le projet européen est un projet d’intégration transversale des États dont le « core business » (coeur de cible) est financier et privé, organisé en une myriade de sociétés  anonymes. D’ailleurs, l’intégration trans et supranationale financière entre en vigueur actuellement via une plateforme de transactions qui porte le nom de T2S. La Banque de France note ceci :

« à laquelle les dépositaires centraux de titres (CSDs) vont confier la gestion de leur activité de règlement- livraison de titres en monnaie banque centrale et selon des modalités harmonisées. (…)La mise en production officielle de T2S est prévue en juin 2015(…). »

L’accord admis lundi par M Tsipras qui attend d’être approuvé par les autorités grecs signerait la mort de la Grèce en tant qu’Etat. Dans tout ce processus de négociation, la démocratie en sort passablement mise à mal. D’une part, l’UE se substitue au législateur grec en entrant dans les moindres détails de l’organisation du quotidien du pays ce qui rend les députés inutiles. De l’autre côté.  M Tsipras a lui aussi malmené la démocratie de son pays au moins deux fois avec de lourdes conséquences.

Le premier coup porte atteinte à la démocratie dans la mesure où le programme électoral de M Tsipras est aux antipodes non pas de ce qui est sur la table aujourd’hui mais  du programme qu’ IL a proposé fin juin à Bruxelles. Le deuxième concerne le référendum du 5 juillet qui n’a à aucun moment été suivi d’effets. Celui-ci était donc inutile et peut être considéré comme le gaspillage d’un important outil de la démocratie. Plus important est le fait que ce référendum a fait croire que M Tsipras serait le David qui terrasserait Goliath. Las, non seulement il n’a terrassé personne mais en plus il a irrité toutes les parties en présence emportant en même temps les espoirs de la jeunesse grecque mais européenne qui a cru en lui.

Enfin, sans vouloir juger M Tsipras, on peut évaluer ses capacités de négociateur dans la mesure où depuis le début il n’a cessé de rassurer les européens en leur garantissant qu’il ne quitterait pas la zone euro. Dès lors, il s’est piégé tout seul et ses partenaires de négociations avaient beau jeu de lui imposer leurs conditions.

Beaucoup de questions se posent à ce stade. Comment ne s’est-il pas rendu compte qu’en face de lui, les créanciers risquaient très gros devant assumer des pertes potentiellement colossales ? Ne s’est-il pas rendu compte qu’il aurait pu y avoir un effet domino si la Grèce faisait défaut et/ou qu’elle quittait l’euro ? La construction monétaire et financière européenne s’est faite dans le cadre d’une construction systémique mortelle pour la zone en cas de retrait et/ou de défaillance d’un de ses membres…

La question est ouverte quant aux réelles compétences de M Tsipras en matière de négociation. A notre avis, il tenait le couteau par le manche et pour une raison ou une autre, il n’en a pas fait usage.

A l’heure actuelle, M Tsipras est dans une situation intenable et l’accord qu’il ramène à son électorat est pire que tout parce qu’il garantit plutôt tôt que tard une nouvelle impasse plus grave que l’actuelle. De plus, il ne faut surtout pas oublier que le marché financier travaille à supprimer le cash qui aura été la seule bouffée d’oxygène face à des adversaires (mieux que partenaires) impitoyables… Que se passerait-il dans un an ou deux avec des créanciers qui auraient verrouillé 100% de l’approvisionnement monétaire???

La seule solution qui  reste à ce stade à M Tsipras serait un départ. Ca ne peut en aucun cas être pire qu’aujourd’hui… Il doit bien ça à ceux qui ont cru en lui .

ANNEXE: 10 points tirés de l’accord TROÏKA- Grèce en attente de ratification

  1. Rationalisation du régime de TVA : La TVA va être élargie et toucher plus de produits de base. Les personnes pauvres en seront les premières victimes.
    La TVA sera globalement majorée pour passer par exemple de 13 à 23% dans la restauration et de 6 à 13% dans l’hôtellerie. Son allègement sur les îles devrait être supprimé. Pour un pays dont l’industrie touristique est le moteur, c’est un coup plutôt dur.
  2. Élargissement de l’assiette fiscale : Les impôts sur les entreprises devraient être majorées pour passer de 26 à 28%. En revanche, le texte ne dit rien sur  deux rubriques pénalisantes dans le domaine. Rien n’est prévu concernant les entreprises transnationales qui viennent juste pour vendre produits et prestations et qui ne sont pas domiciliées en Grèce. Il en va de même pour les grosses entreprises qui pratiquent l’optimisation fiscale (équivalent de l’évasion fiscale pour les individus).
    Cette rubrique de l’accord va sans aucun doute pénaliser les entreprises locales du genre PME/PMI et du coup les rendre nettement moins attractives et moins compétitives face à la force de frappe des transnationales qui ont les moyens d’optimiser leur fiscalité. Or, ce sont les entreprises locales et non les transnationales qui  génèrent les recettes fiscales.
  3. Améliorer la viabilité à long terme du système des retraites : L’âge de la retraite passe de 65 à 67 ans ou 62 ans moyennant 40 ans de cotisations. Quand un banquier améliore un système de retraites, c’est sûr que de réformes en réformes les perspectives mêmes de retraite risquent de s’éloigner.
  4. La pleine indépendance juridique d’ELSTAT : Elstat est le département qui doit recenser les statistiques grecques de manière détaillée, complète et faire les mises à jour. C’est par ce genre de structure que Bruxelles sait tout sur tout ce qui bouge dans un « Etat » ou une région. Cela vaut aussi bien pour une entreprise que pour les individus. Les recensements se répètent inlassablement et deviennent obligatoires.
    Cette collecte de données personnelles et commerciales permet à Bruxelles d’avoir des informations précises et détaillées à distance. Elle pourrait arriver à évaluer votre degré de participation à la prospérité/coût de la société. De même, elle pourrait arriver à dégager le domaine de production le plus prospère et créer des pôles de compétences par région tout en réduisant à terme les polyvalences qui rendent une région autonome et autosuffisante.
    Cette collecte de données peut constituer la base qui servirait -si ce n’est déjà fait- à construire l’équivalent d’une comptabilité analytique dans une entreprise. Un foyer finirait par devenir un centre de coût ou de profit pour la société.
    On ne sait pas si ces informations sont stockées dans le big data auxquelles auraient accès les très grandes entreprises moyennant finance of course… Selon le lieu de leur stockage et leur éventuelle mise à disposition, elles peuvent mettre en danger les secrets professionnels des entreprises locales les rendant ainsi vulnérables à des opérations de rachats forcées etc. Dans tous les cas, ces collectes de données se font évidemment en violation avec les lois nationales de protection des données personnelles et du droit à la vie privée des individus.
  5. Adoption du code de procédure civile, « qui représente une refonte en profondeur des procédures et modalités propres au système de justice civile et peut accélérer considérablement les procédures judiciaires et réduire les coûts dans ce domaine »
    Ce point qui n’a l’air de rien est extraordinairement important ! Il faut savoir que le code de procédure civil inclut l’arbitrage.A l’heure des accords transatlantiques qui visent à instaurer la suprématie des firmes transnationales sur les instances étatiques. Sa réforme peut aussi inclure la reprise automatique des accords entre Bruxelles et les États-Unis par exemple.
    Voici un extrait d’un article du journal Le Monde sur les tribunaux d’arbitrage :
    « Au centre des débats figurait en effet la question très controversée des tribunaux d’arbitrage privé, voulus par les Américains pour régler les différends entre les investisseurs et les États en vue de protéger les entreprises de la législation des États où elles s’installent. »

Ce point est donc STRATEGIQUE par les temps qui courent…On observera par ailleurs le ton du texte qui ne laisse aucune place au législateur grec. Cela s’appelle un ordre de marche incompatible avec une démocratie.

6. On demande aux grecs un déficit zéro sous la rubrique du budget des retraites… Mission qui sera de plus en plus impossible  entre autres à cause des décisions des banques centrales elles-mêmes dont la BCE qui imposent un taux rémunérateur négatif…

7.Des ordres donnés quant à la gestion interne du pays dans les moindres détails. Tout y passe:
« ouverture des magasins le dimanche, périodes de soldes, propriété des pharmacies, lait et boulangeries, à l’exception des produits pharmaceutiques vendus sans ordonnance qui feront l’objet d’une mise en œuvre à un stade ultérieur, ainsi qu’en ce qui concerne l’ouverture de professions fermées essentielles au niveau macro-économique (par exemple, les transports par ferry) »

8.Les politiques du marché du travail devraient être alignées sur les meilleures pratiques internationales et européennes : Là c’est le droit du travail, niveau salarial, conditions de travail qui sont touchés. Questions : Que signifie une politique du marché du travail alignée sur les meilleures pratiques internationales ? Les pratiques à bas coûts, travail des enfants etc… ?

9.« Élaborer un programme de privatisation nettement plus étoffé avec une meilleure gouvernance; des actifs grecs de valeur seront transférés dans un fonds indépendant qui monétisera les actifs par des privatisations et d’autres moyens. La monétisation des actifs constituera une source permettant le remboursement programmé du nouveau prêt du MES (Monetary European Stability) et générera sur la durée du nouveau prêt un montant total fixé à 50 milliards d’euros, dont 25 milliards d’euros serviront au remboursement de la recapitalisation des banques et d’autres actifs, et 50 % de chaque euro restant (c’est-à-dire 50 % de 25 milliards d’euros) serviront à diminuer le ratio d’endettement, les autres 50% étant utilisés pour des investissements. »
La question qui s’impose au vu de ce paragraphe est de savoir qui va bénéficier des 50 milliards hormis les banques et les firmes transnationales ? On apprenait d’ailleurs aujourd’hui que Vinci était sur les rangs pour le rachat des 15 aéroports grecs…

10.Un dernier extrait destiné à ceux qui espéraient une remise partielle de dettes: « Le sommet de la zone euro souligne que l’on ne peut pas opérer de décote nominale sur la dette. Les autorités grecques réaffirment leur attachement sans équivoque au respect de leurs obligations financières vis-à-vis de l’ensemble de leurs créanciers, intégralement et en temps voulu. »

Liliane Held-Khawam

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14 juillet 2015 2 14 /07 /juillet /2015 15:03

Par le Parti de l’émancipation du peuple (ex-M’PEP)
 
13 juillet 2015
 
Après l’illusion Syriza et son opposition de guimauve à l’Union européenne et au FMI, l’illusion Podemos ? L’Espagne fournit un bon exemple de la façon dont les grands médias, peu enclins à la subtilité et à la précision, montrent une vision caricaturale de la réalité, promouvant au passage des partis-leurre. Un peu comme le FN ou Debout la France (DLF), qui ne proposent pas une véritable sortie de l’euro, de l’UE et de l’OTAN dans leur programme, certains partis espagnols donnent l’impression d’être très critiques vis-à-vis de la construction européenne… mais ils ne proposent en réalité qu’une « autre Europe ». Podemos (fondé le 17 janvier 2014) fait partie de ces leurres agités comme des étendards de la souveraineté et de l’euroscepticisme. Pourtant, malgré la belle histoire racontée par les médias espagnols et français (et vraisemblablement européens), la réalité est toute autre.
 
(…)
 

 


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13 juillet 2015 1 13 /07 /juillet /2015 21:06

Par Romaric Godin  |   | 

 

La zone euro a changé de visage ce 13 juillet.

La zone euro a changé de visage ce 13 juillet. (Crédits : REUTERS/Stringer/Pool)

Les dirigeants de la zone euro ont imposé un accord aux conditions encore plus dures, presque punitif, aux Grecs. Mais la défaite d'Alexis Tsipras résonne comme une défaite pour toute la zone euro.

Jamais, dans le jargon européen, le terme de « compromis » n'aura semblé si peu adapté. « L'accord » atteint au petit matin du 13 juillet entre la Grèce et le reste de la zone euro a désormais des allures de déroute pour le gouvernement grec. Une déroute qui a un sens pour le reste de l'avenir de la zone euro.

Erreur stratégique

Avant d'en venir aux conséquences, il faut expliquer cette défaite d'Athènes. Le gouvernement grec avait accepté jeudi soir le plan des créanciers présenté le 26 juin. Un plan déjà extrêmement difficile à accepter pour la majorité parlementaire grecque. Cette dernière s'était d'ailleurs fissurée vendredi soir dans le vote à la Vouli, le parlement grec. Alexis Tsipras, le Premier ministre grec, pouvait cependant alors prétendre pouvoir arracher un accord sur la dette comme « compensation. » Malheureusement pour lui, les créanciers ont alors immédiatement compris le message : l'exécutif grec craignait davantage la sortie du pays de la zone euro que l'abandon de son propre programme. On aurait pu s'en douter dès le 22 juin lorsqu'Athènes avait déjà présenté un plan d'austérité. Mais le « non » au référendum avait été une contre-offensive qui, compte tenu du résultat, pouvait donner un mandat implicite au premier ministre pour réaliser le Grexit. Il n'en a pas jugé ainsi. En grande partie parce qu'il a commis l'erreur de ne pas le préparer.

La curée

Dès lors, la position grecque était extrêmement fragile. En effet, pour un petit pays aussi affaibli et endetté que la Grèce, la seule force dans les négociations était la menace de la sortie de la zone euro. Menace que, sans doute, il fallait éviter de mettre en oeuvre si c'était possible, mais qu'il fallait brandir assez sérieusement pour faire douter le camp d'en face. Dès lors que cette menace était levée, Athènes n'avait aucun moyen de pression. La position grecque s'était alors entièrement découverte. Et les créanciers ont pu, sans crainte d'une rupture, augmenter leurs exigences. Pour cela, le moyen était fort simple : il suffisait de menacer la Grèce d'une sortie de la zone euro. Comme cette dernière n'en voulait à aucun prix, il était simple de lui faire accepter d'autres conditions et d'annuler ainsi une partie des succès obtenus durant six mois de négociations, notamment le retour des « revues » de la troïka, l'instauration du travail du dimanche et la mise en place d'un fonds de 50 milliards d'euros issus des privatisations pour recapitaliser les banques, rembourser la dette et faire des investissements productifs. Et pour bien faire comprendre à la Grèce qu'elle devait filer droit cette semaine et voter les « réformes » souhaitées, le premier ministre néerlandais Mark Rutte a prévenu que le « Grexit n'était pas encore exclu. »

Quelques succès ?

Les créanciers ont donc tellement tourmenté Alexis Tsipras que ce dernier a pu présenter quelques concessions sur les exigences nouvelles de ce week-end comme des succès : l'absence de Grexit, le maintien du Fonds en Grèce (et non son transfert au Luxembourg comme l'Eurogroupe l'avait demandé) ainsi que le report d'un quart de son montant sur des investissements productifs (autant que la part réservée aux créanciers et moitié moins que celle réservée pour les banques). Mais son seul vrai succès est d'avoir obtenu l'ouverture d'une discussion sur un « reprofilage » de la dette, autrement dit sur un nouvel échéancier. Mais il faut se souvenir que ce plan va encore augmenter la dette et qu'un rééchelonnement risque simplement de « lisser » les effets de cette augmentation. Et, comme on a pu le constater, Athènes est tout sauf en position de force pour bien négocier ce rééchelonnement. Encore une fois, les créanciers - et Angela Merkel l'a confirmé explicitement - restent attachés au mythe de la viabilité de la dette publique grecque. Un mythe qui va continuer de coûter cher à la Grèce qui va ployer pendant des décennies sous le poids absurde de cette dette, la condamnant à une austérité sans fin et à la méfiance des investisseurs.

Prélude à la chute d'Alexis Tsipras ?

Alexis Tsipras va devoir désormais faire accepter ce plan à son parlement. Or, ce plan n'est rien d'autre qu'une négation explicite des deux votes grecs du 25 janvier et du 5 juillet. Les créanciers avaient pour but, d'emblée, d'obtenir l'annulation de fait de ces votes. Ils sont en passe de l'obtenir. Les parlementaires de Syriza ont désormais le choix entre provoquer une crise politique en désavouant Alexis Tsipras et adoptant un programme basé sur la sortie de la zone euro ou devenir un nouveau Pasok, un parti qui tente de « réduire l'impact » des mesures des créanciers sans avoir aucune certitude d'y parvenir. Face à un tel choix, Syriza pourrait se scinder, comblant les vœux des créanciers et de Jean-Claude Juncker qui souhaitait, en janvier, « revoir des têtes connues. » Car, avec de nouvelles élections, qui semblent désormais inévitables, les perdants des 25 janvier et 5 juillet pourraient profiter de cette division pour remporter le scrutin. Quoi qu'il en soit, si le Syriza « modéré » d'Alexis Tsipras l'emporte, sa capacité de résistance est désormais très faible. Le « danger politique » est écarté, comme le voulaient les dirigeants de la zone euro.

La victoire de Tsipras : un révélateur de la nature de la zone euro

Il est cependant un point sur lequel Alexis Tsipras a clairement gagné : il a mis à jour par ses six mois de résistance et ce déchaînement de « vengeance » comme le note ce lundi matin le quotidien britannique The Guardian en une, la nature de la zone euro. Ce lundi 13 juillet, on y voit plus clair sur ce qu'est la zone euro. A l'évidence, les gouvernants européens ont agi comme aucun Eurosceptique n'aurait pu l'espérer.

L'imposition de la logique allemande

D'abord, on a appris que l'euro n'était pas qu'une monnaie, mais aussi une politique économique particulière, fondée sur l'austérité. Le premier ministre grec avait fait le pari que l'on pouvait modifier la zone euro de l'intérieur et réaliser en son sein une autre politique économique. Preuve est désormais faite de l'impossibilité d'une telle ambition. Les créanciers ont clairement refusé une réorientation de la politique d'austérité budgétaire qui, pour un pays comme la Grèce, n'a réellement plus aucun sens aujourd'hui et l'empêche de se redresser. On a continué à imposer cette logique qui fonde la pensée économique conservatrice allemande : la réduction de la dette et la consolidation budgétaire ont la priorité sur une croissance économique qui ne peut être le fruit que « d'efforts douloureux » appelés « réformes. » Même dans un pays économiquement en ruine  comme la Grèce qui a démontré empiriquement l'échec de cette logique. Si Alexis Tsipras a perdu son pari, il n'est pas le seul fautif. Les Etats européens comme la France et l'Italie le sont aussi, qui en validant les réformes engagées depuis 2011 dans la zone euro (Two-Pack, Six-Pack, MES, semestre européen, pacte budgétaire) ont assuré la prééminence de cette logique.

Français et Italiens ne peuvent donc pas s'étonner de la radicalisation de l'Allemagne et de ses alliés. Ils l'ont préparé par leur stratégie de concessions à Berlin, se trompant eux-mêmes sur leur capacité future de pouvoir ainsi « infléchir » la position allemande dans le futur.

Gouvernance économique aveugle

La gouvernance économique de la zone euro - jadis tant souhaitée par les gouvernements français - existe donc bel et bien, et ne souffre aucune exception, fût-elle la plus modérée. Aussi, qui veut la remettre en cause devient un adversaire de l'euro. La diabolisation de Syriza pendant six mois l'a prouvé. Ce parti n'a jamais voulu renverser l'ordre européen, le gouvernement grec a rapidement fait de larges concessions (que l'on songe à l'accord du 20 février). Mais sa demande d'une approche plus pragmatique dans le traitement du cas grec conduisait à une remise en cause de la vérité absolue de la logique "austéritaire" décrite plus haut. Il fallait donc frapper fort pour faire cesser à l'avenir toute velléité de remise en cause de l'ordre européen établi. Il y a dans cette Europe un air de « Sainte Alliance » de 1815, révélé désormais au grand jour. Comment autrement expliquer cet acharnement face à Athènes ce week-end, cette volonté de « vengeance » ? Alexis Tsipras avait cédé sur presque tout, mais ce n'était pas assez, il fallait frapper les esprits par une humiliation supplémentaire.

Identification entre euro et austérité

Le problème, c'est que, désormais, l'identification entre l'euro et l'austérité est totale. Le comportement des dirigeants de la zone euro avant et après le référendum pour faire du « non » aux mesures proposées un « non » à l'euro le prouvent aisément. La volonté explicite de durcir les conditions imposées à la Grèce pour rester dans la zone euro ce week-end enfonce le clou. Aujourd'hui, c'est bien la question de la « réforme de la zone euro » et de sa gouvernance qui est posée. C'est un cadeau magnifique fait en réalité aux Eurosceptiques qui auront beau jeu désormais de fustiger la faiblesse d'Alexis Tsipras et de faire de la sortie de la zone euro la condition sine qua non d'un changement, même modéré, de politique économique. Cette fin de semaine, une certaine idée, optimiste et positive, de la zone euro a perdu beaucoup de crédibilité.

Grexit ou pas, le précédent existe désormais

Du reste, ceux qui se réjouissent d'avoir sauvé l'intégrité de la zone euro se mentent à eux-mêmes. Pour la première fois, l'impensable a été pensé. L'irréversibilité de l'euro est morte au cours des deux dernières semaines. Grexit ou pas, la possibilité d'une sortie de la zone euro est désormais établie. La BCE l'a reconnue par la voix de deux membres de son directoire, Benoît Coeuré et Vitor Constancio, et l'Eurogroupe en a explicitement menacé la Grèce. Dès lors, la zone euro n'est plus un projet politique commun qui supposerait la prise en compte des aspirations de tous ses Etats membres par des compromis équilibrés. Elle est un lieu de domination des forts sur les faibles où le poids de ces derniers ne comptent pour rien. Et ceux qui ne se soumettent pas à la doctrine officielle sont sommés de rendre les armes ou de sortir. On accuse Alexis Tsipras d'avoir « menti » à son peuple en prétendant vouloir rééquilibrer la zone euro. C'est faux, car il ne connaissait pas alors la nature de la zone euro. Maintenant il sait, et les Européens aussi.

C'est la réalisation du projet « fédéral » de Wolfgang Schäuble : créer une zone euro plus centralisée autour d'un projet économique accepté par tous, ce qui suppose l'exclusion de ceux qui le remettent en cause. Angela Merkel s'est rallié à ce projet parce qu'elle a compris qu'Alexis Tsipras ne sortirait pas de lui-même. Elle a donc pensé pouvoir obtenir la discipline et l'intégrité de la zone euro. Mais elle se trompe, elle a ouvert une boîte de Pandore qui pourrait coûter cher à l'avenir au projet européen. De ce point de vue, peu importe que le Grexit n'ait pas eu lieu  : sa menace suffit à modifier la nature de la zone euro.

La nature de l'euro

L'euro devait être une monnaie qui rapprochait les peuples. Ce devait être la monnaie de tous les Européens. Or, cette crise a prouvé qu'il n'en est rien. On sait que, désormais, on peut priver certains habitants de la zone euro de l'accès à leur propre monnaie. Et que cette privation est un moyen de pression sur eux. Il sera donc bien difficile de dire encore « l'euro, notre monnaie » : l'euro est la monnaie de la BCE qui la distribue sur des critères qui ne prennent pas en compte le bien-être des populations, mais sur des critères financiers dissimulant mal des objectifs politiques. L'euro est, ce matin, tout sauf un instrument d 'intégration en Europe. En réalité, on le savait depuis la gestion de la crise de Chypre en 2013, qui, on le comprend maintenant, n'était pas un « accident. »

Le choc des démocraties réglé par le protectorat

La résistance d'Alexis Tsipras et l'accord obtenu mettent également à jour le déséquilibre des légitimités démocratiques. Longtemps, l'argument a été que les Grecs ne pouvaient pas imposer leurs choix démocratiques aux autres démocraties. Ceci était juste, à condition que ce soit réciproque.

Or, ce lundi 13 juillet, la démocratie grecque a été fragilisée et niée par ses « partenaires » européens. On a ouvertement rejeté le choix des Grecs et imposé à la place celui des autres gouvernements démocratiques. Le débat ne se tenait pas entre démocraties mais entre créanciers et débiteurs. Jamais la zone euro n'a voulu prendre au sérieux les choix grecs. Et toujours on a cherché à se débarrasser de ceux qui étaient issus de ces choix. Il est donc possible de faire d'un pays de la zone euro une forme moderne de protectorat financier. C'est là encore un dangereux cadeau fait aux Eurosceptiques qui auront beau jeu de venir se présenter en défenseurs de la souveraineté populaire et de la démocratie.

Plus d'intégration ?

François Hollande a promis « plus d'intégration » dans la zone euro les mois prochains. Ceci ressemble dangereusement à une fuite en avant. Angela Merkel a prouvé qu'elle avait choisi le camp de Wolfgang Schäuble, de concert avec la SPD. On ne peut donc que s'inquiéter de cette promesse de l'hôte de l'Elysée qui ne peut aller que dans le sens des erreurs commises. Enivrée par leurs victoires sur un peuple déjà à genoux, les dirigeants de la zone euro doivent prendre garde de ne pas aggraver encore un bilan qui, au final, est aussi négatif pour les vainqueurs que pour les vaincus.

 

 

 

 

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12 juillet 2015 7 12 /07 /juillet /2015 15:52

Grèce : de l’absurde au tragique

Lu sur contretemps

 

Il faut s’opposer à ceux qui mènent la Grèce et la gauche grecque à la capitulation. Nous publions ici un texte de Stathis Kouvélakis initialement paru sur le site états-unien Jacobin.

Stathis Kouvélakis est membre du comité central de Syriza, et enseigne la théorie politique à King’s College (Londres).

 

Quiconque vit actuellement, ou se contente de suivre, les derniers développements en Grèce ne comprend que trop bien le sens d’expressions telles que « moments critiques », « climat de tension », « rupture dramatique », ou encore « situation-limite ». Compte tenu des événements qui se déroulent depuis lundi, un nouveau mot devra être ajouté à la liste : l’« absurde ».

Le terme peut paraître étrange, ou exagéré. Mais comment caractériser autrement le renversement total du sens d’un événement aussi extraordinaire que le référendum du 5 juillet, quelques heures seulement après sa conclusion, par ceux-là même qui l’avaient initié ?

Comment expliquer que les dirigeants de Nouvelle démocratie et de To Potami, respectivement Vangelis Meïmarakis et Stavros Theodorakis – chefs du camp qui a été battu de manière écrasante dimanche dernier –, soient devenus les porte-parole officiels de la ligne qui est actuellement défendue par le gouvernement grec ? Comment est-il possible que le Non fracassant au mémorandum austéritaire puisse être interprété comme le feu vert à un nouveau mémorandum ? Pour le dire simplement : si le gouvernement était disposé à signer un accord encore plus défavorable et contraignant que celui proposé il y a deux semaines par le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, à quoi bon le référendum et le combat pour la victoire du Non ?

Le sentiment d’absurdité n’est toutefois pas le simple produit de ce renversement inattendu. Il découle en premier lieu du fait que tout survient « comme s’il ne s’était rien passé », comme si le référendum était une sorte d’hallucination collective qui avait soudainement pris fin, nous laissant reprendre librement nos activités antérieures. Néanmoins, comme nous ne sommes pas tous devenus amnésiques, donnons-nous la peine de nous livrer à un bref rappel de ce qui s’est passé durant les derniers jours.

Dimanche dernier donc, le peuple grec a ébranlé l’Europe et le monde. En répondant massivement à l’appel de son gouvernement, et dans des conditions vraiment exceptionnelles (banques fermées, contrôle des capitaux, retraits plafonnés à 60 euros par jour, retraites et allocations partiellement versées), a voté très largement « non » aux propositions humiliantes et exorbitantes des créanciers. Aussi bien l’ampleur du « non » que sa composition qualitative, à savoir la majorité écrasante obtenue parmi les travailleurs, les classes populaires et la jeunesse, donnent à voir la profondeur des transformations qui sont à l’œuvre, ou plutôt qui se sont cristallisées, en un temps très court, dans la société grecque.

Les mobilisations de masse de vendredi dernier, le climat de mobilisation « par en bas » qui a prévalu la semaine dernière, sans même parler de la vague enthousiaste de solidarité internationale, témoignent du potentiel énorme libéré par le choix de la confrontation plutôt que de la retraite.

Mais dès lundi matin, alors même que l’écho des cris de victoire sur les places publiques du pays s’était à peine tu, le théâtre de l’absurde a commencé. Sous l’égide du président de la République, Prokopis Pavlopoulos, qui avait très activement pris parti pour le Oui, le gouvernement a convoqué les dirigeants des partis défaits battus pour élaborer un cadre de négociation faisant de l’euro une ligne rouge indépassable, et déclarant en particulier qu’il n’avait aucun mandat pour quitter l’union monétaire.

Encore embrumée par la joie de dimanche, l’opinion publique a vu les représentants des 62% se soumettre à ceux des 38% et cela immédiatement après une victoire éclatante pour la démocratie et la souveraineté populaire.

Mardi, le gouvernement s’est rendu à Bruxelles pour une réunion extraordinaire de l’Eurogroupe sans aucune nouvelle « proposition » dans ses bagages et, comme prévu, il s’est trouvé confronté à un nouvel ultimatum, plus brutal encore que le précédent. Le lendemain, Euclid Tsakalotos a inauguré ses fonctions de ministre des Finances – nous ne nous arrêterons pas ici, par souci de brièveté, sur la démission de Yanis Varoufakis, remarquant simplement qu’il s’agissait d’une exigence des créanciers – en envoyant au MES (Mécanisme de stabilité européenne), l’organisation qui gère la plus grande part de la dette grecque, une lettre demandant un nouveau prêt de 50 milliards d’euros, un prêt qui doit s’accompagner bien sûr d’un troisième mémorandum. Il est ainsi prévu que le Parlement commence à voter lundi les lois d’application des engagements stipulés dans le Mémorandum.

La lettre de Tsakalotos précise par la suite que la Grèce s’engage à « honorer en temps et en heure l’intégralité de ses obligations financières à l’égard de tous ses créanciers ». Il est évident que malgré les assurances, après la proclamation du référendum, selon lesquelles les discussions reprendraient de zéro, les « négociations » continuent au point exact où elles avaient été laissées, la partie grecque faisant de plus en plus de concessions à leurs adversaires.

Le même jour, dans l’attente des nouvelles « propositions » grecques, qui, selon la novlangue des « institutions » européennes se devaient d’être « dignes de confiance » et « détaillées », le Premier ministre Alexis Tsipras s’est adressé au Parlement européen et a déclaré : « si mon objectif avait été de mener la Grèce hors de l’euro, je n’aurais pas, immédiatement après la fin du scrutin, fait les déclarations que j’ai faites et interprété le résultat du référendum, non comme un mandat pour rompre avec l’Europe, mais comme un mandat pour renforcer nos efforts de négociation afin de parvenir à un meilleur accord ».

Cette déclaration revient à reconnaître, d’une manière plus ou moins franche, que le résultat du référendum a été interprété avec un but spécifique en tête, à savoir la négociation à tout prix et l’évitement d’une rupture.

Dans le même discours, le Premier ministre résume la philosophie qui a présidé, durant toutes ces dernières, à la ligne suivie la partie grecque et que le référendum n’a guère modifié :

Avec ces propositions, nous nous sommes évidemment fortement engagés à atteindre les objectifs fiscaux requis par les règles, parce que nous reconnaissons, et respectons, le fait que la zone euro a des règles. Mais nous nous réservons le droit de choisir, le droit d’être en mesure, en tant que gouvernement souverain, de décider où nous concentrerons ou augmenterons le fardeau fiscal, dans le but d’atteindre les objectifs fiscaux requis.

Le cadre est donc posé : il s’agit de mesures restrictives visant à obtenir des excédents fiscaux en vue du remboursement de la dette. C’est incontestablement le cadre tel qu’il a été défini par les deux mémorandums qui ont précédé. Le désaccord porte uniquement sur la dite « répartition du fardeau ». Celle proposée par Alexis Tsipras implique une variante de l’austérité (prétendument) « plus juste socialement », qui sera présentée comme une forme de « redistribution » alors même qu’elle prolongera la récession – toute référence aux engagements interdisant l’acceptation de mesures récessionnistes ayant été effacée – et approfondira la paupérisation du plus grand nombre.

Alors que ces propos suaves achevaient de détruire ce qui restait des engagements programmatiques de Syriza, l’état de siège que subit le pays ne cessait de s’aggraver. Dès lundi, la BCE a maintenu la fermeture du robinet des liquidités et diminué encore davantage la valeur des titres bancaires grecs, ce qui conduit immanquablement à l’effondrement des banques du pays.

Pourtant, malgré la gravité de la situation et en dépit du fait que l’instauration du contrôle des capitaux a permis de parcourir une partie du chemin, personne – à l’exception de Costas Lapavitsas et de quelques cadres de la Plateforme de gauche – ne parle des mesures simples et évidentes d’auto-protection nécessaires en de telles circonstances, à commencer par le contrôle public et la nationalisation du système bancaire.

L’explication est évidemment très simple : toute mesure de ce type placerait la Grèce partiellement en dehors de l’Euro, ce à quoi le gouvernement ne consent en aucune manière, malgré les déclarations d’économistes mainstream comme Paul Krugman pour qui « la plus grande partie du coût [d’un Grexit] a été acquittée », la Grèce pouvant désormais en « récolter les bénéfices ».

Une conclusion évidente émerge de tout ce qui précède : par les décisions prises cette semaine, le gouvernement s’est purement et simplement retrouvé dans le piège dans lequel il était pris avant l’annonce du référendum, cette fois dans une position encore moins favorable, soumis à la pression d’un étranglement financier encore plus impitoyable. Il est ainsi parvenu à dilapider en un temps record le précieux capital politique créé par la victoire du 5 juillet. Il se trouve sous l’emprise de ceux qui s’y étaient opposés et qui ont toutes les raisons de se sentir légitimés, malgré leur déculottée électorale.

Reste que le référendum a bien eu lieu. Il ne s’agit pas d’une hallucination dont chacun serait revenu. Au contraire, l’hallucination consiste dans la tentative de rabaisser le référendum, en en faisant un simple moyen de « relâcher la pression », avant de reprendre le chemin qui conduit tout droit à un troisième mémorandum.

Or c’est bien dans cette voie suicidaire que le gouvernement s’est s’engagé. Hier, tard dans la soirée, il a envoyé par courrier électronique à tous les membres du Parlement un texte d’une douzaine de pages, rédigé à la hâte en anglais par des experts envoyés par le gouvernement français, s’appuyant sur la demande de prêt de 50 milliards d’euros faite par Tsakalotos.

Il s’agit tout simplement d’un nouveau plan d’austérité – en fait un copier-coller du plan Juncker rejeté par les électeurs il y a quelques jours. Ses grandes lignes ne sont que trop familières : excédents primaires, coupes dans les retraites, augmentation de la TVA et autres taxes, et une poignée de mesures visant à lui donner une petite touche de « justice sociale » (par exemple une augmentation de deux points de l’impôt sur les bénéfices des sociétés). Le document a été validé par la plupart des principaux ministres, à l’exception de Panos Kammenos, dirigeant du parti souverainiste des Grecs Indépendants (ANEL), et de Panagiotis Lafazanis, leader de la Plateforme de gauche.

Le Parlement a été réuni pour voter sur ce texte aujourd’hui, suivant les mêmes procédures d’urgence que celle dénoncées avec véhémence par Syriza par le passé. À bien des égards, ce processus peut être considéré comme un « coup parlementaire », puisqu’on soumet au vote du Parlement un texte qui n’est ni une proposition de loi, ni une convention internationale, donnant ainsi carte blanche au gouvernement pour signer n’importe quel accord de prêt, avec le Mémorandum qui l’accompagne. Mais cette validation par le Parlement a été explicitement posée comme condition préalable à toute reprise des négociations par le ministre des Finances allemand Wolfang Schäuble.

Comme on pouvait le prévoir, et tel était bien le but recherché, l’accord proposé a déclenché un tollé au sein de Syriza. Pour l’heure, les réactions les plus virulentes viennent principalement de la Plateforme de gauche et d’autres courants à la gauche de Syriza, comme le KOE, organisation maoïste qui compte quatre députés. Au cours de la réunion du groupe parlementaire de Syriza, qui s’est tenue aujourd’hui, Lafazanis, ministre de l’Energie et chef de file de la Plateforme de gauche, a déclaré que l’accord était « incompatible avec le programme de Syriza » et qu’il « n’offrait pas de perspective positive au pays ». Les ministres de la Plateforme de gauche devraient donc démissionner aujourd’hui.

Thanassis Petrakos, l’un des trois porte-parole du groupe parlementaire de Syriza et figure importante de la Plateforme de gauche a quant à lui déclaré:

Le « non » au référendum est un « non » radical et  un « non » de classe. Certains camarades haut placés insistent sur la logique selon laquelle « il n’y a pas d’autre choix ». Nous devrions nous préparer à quitter l’Eurozone et le dire clairement aux gens. La gauche a un avenir lorsqu’elle déploie ses ailes face à l’inconnu, pas lorsqu’elle se soumet au néant. Ceux qui insistent sur le choix de rester dans l’euro coûte que coûte savent que cela conduit au désastre. Nous avons besoin d’une sortie préparée pour ouvrir une nouvelle voie. Les premiers pas sont le contrôle public des banques et de la banque centrale grecque, ainsi que des mesures sévères à l’égard de l’oligarchie.

Varoufakis se serait également opposé à l’accord, tout comme certains membres du groupe des « cinquante trois » (l’aile gauche de la majorité au Parlement), bien que lors d’une réunion qui s’est tenue hier, un fossé important est apparu entre la base et les cadres intermédiaires, très opposés à l’accord, et les députés, plus enclins à le soutenir. Le vote qui aura lieu en fin de soirée sera certainement crucial pour les développements à venir, mais également pour l’avenir de Syriza.

Quelle que soit la tournure que prendront les événements lors des prochaines heures et des prochains jours, une chose est claire : toute tentative pour réduire à néant la volonté populaire d’en finir avec l’austérité et les mémorandums revient à une forme d’hubris, au sens ancien du terme en grec. Quiconque décide de conduire le pays, et la gauche, à la capitulation et au déshonneur, doit donc être prêt à faire face à Némésis.

 

Traduit par Soraya Guénifi et Ugo Palheta

 

date: 

10/07/2015 - 20:14

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12 juillet 2015 7 12 /07 /juillet /2015 14:54

LE GOUVERNEMENT GREC A-T-IL CAPITULÉ DEVANT LA TROÏKA ? RÉAGISSEZ SUR LE FORUM !
 
Par le Parti de l’émancipation du peuple (ex-M’PEP).
 
Le 11 juillet 2015.
 
La situation en Grèce est dramatique, la population est atterrée. Que penser des nouvelles propositions du gouvernement grec à la Troïka dans la nuit du mercredi au jeudi 9 juillet. Que penser du vote du Parlement grec sur ce texte, où la majorité des députés de SYRIZA ont voté le texte du gouvernement avec les voix des députés de droite et du PASOK qui avaient mis en œuvre les plans d’austérité précédents ? Faut-il admettre, comme le fait Alexis Tsipras, « que nous n’avons pas le choix » sinon ce sera la sortie de l’euro et de l’Union européenne ?
 
Le Parti de l’émancipation du peuple (ex-M’PEP) s’est procuré le document du gouvernement grec (remis aux députés grecs en anglais !) et en a fait la traduction en français. Il organise un grand débat national pour savoir que penser de ces propositions à partir d’un forum sur son site Internet.
 
Exprimez-vous sur le forum !
 
Le gouvernement Tsipras a-t-il capitulé devant l’Union européenne et l’Allemagne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international ?
 

 

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