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ACTION COMMUNISTE

 

Nous sommes un mouvement communiste au sens marxiste du terme. Avec ce que cela implique en matière de positions de classe et d'exigences de démocratie vraie. Nous nous inscrivons donc dans les luttes anti-capitalistes et relayons les idées dont elles sont porteuses. Ainsi, nous n'acceptons pas les combinaisont politiciennes venues d'en-haut. Et, très favorables aux coopérations internationales, nous nous opposons résolument à toute constitution européenne.

Nous contacter : action.communiste76@orange.fr>

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Humeur

Chaque semaine, AC attribue un "roquet d'or" à un journaliste qui n'aura pas honoré son métier, que ce soit par sa complaisance politique envers les forces de l'argent, son agressivité corporatiste, son inculture, ou sa bêtise, ou les quatre à la fois.

Cette semaine, sur le conseil avisé de la section bruxelloise d'Action communiste, le Roquet d'Or est attribué  à Thierry Steiner pour la vulgarité insultante de son commentaire sur les réductions d'effectifs chez Renault : "Renault fait la vidange"...  (lors du 7-10 du 25 juillet).


Vos avis et propositions de nominations sont les bienvenus, tant la tâche est immense... [Toujours préciser la date, le titre de l'émission et le nom du lauréat éventuel].

 

 
29 janvier 2016 5 29 /01 /janvier /2016 15:22
Lu sur El Diablo Communcommune
LIVRE : [à paraître au 30 janvier 2016] « La Démocratie de caserne » de Jean Salem
La Démocratie de caserne
de Jean Salem 

La « république » sécuritaire prétend échanger une partie des libertés publiques encore en vigueur contre une mise en spectacle de la « sécurité ». Avec pour conséquence de stigmatiser toutes celles et tous ceux qui n’entendent pas se plier à cette démocratie de caserne. Ce qui est en jeu, c’est l’instauration d’une société de la contrainte, basée sur l’hyper-surveillance des citoyens de première ou de seconde zone. C’est une forme de militarisation durable de la société à travers une stratégie de la tension, un management par la terreur.

JEAN SALEM est philosophe et professeur à la Sorbonne. Il est l’auteur d’une quarantaine d’ouvrages, qui portent sur le matérialisme antique (Démocrite, Épicure, Lucrèce) et moderne (libertins du XVIIe  siècle, Feuerbach, etc.), comme sur l’œuvre de Marx. Outre des livres consacrés au bonheur, à Maupassant, à l’art italien de la Renaissance, il a également publié plusieurs essais tels que Rideau de fer sur le Boul’Mich. Formatage et désinformation dans le « monde libre » (rééd. Delga, 2009), ou Élections, piège à cons ? (Flammarion, 2012). Son ouvrage d’entretiens, Résistances(Delga, 2015), où il revient sur l’ensemble de son parcours et de sa pensée, a rencontré l’année dernière un franc succès.

 

SOURCE : Éditions Delga

 

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27 janvier 2016 3 27 /01 /janvier /2016 08:12

07b49713-2f4b-45a4-972f-42703d80e4f5Découvrez ici le sommaire, dont un reportage exclusif à Berlin (photo ci-dessus : le siège du syndicat des services Verdi)

 Lire la suite ici sur le site de Ruptures.

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23 janvier 2016 6 23 /01 /janvier /2016 11:30
Lire l'intégralité sur Communcommune-El Diablo
Nouvelles d’Annie LACROIX-RIZ,  Nouvelles publications
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13 décembre 2015 7 13 /12 /décembre /2015 16:22

PARIS

 

Où fait-il bon même au coeur de l’orage
Où fait-il clair même au coeur de la nuit
L’air est alcool et le malheur courage
Carreaux cassés l’espoir encore y luit
Et les chansons montent des murs détruits

 

Jamais éteint renaissant de la braise
Perpétuel brûlot de la patrie
Du Point-du-Jour jusqu’au Père-Lachaise
Ce doux rosier au mois d’août refleuri
Gens de partout c’est le sang de Paris

 

Rien n’a l’éclat de Paris dans la poudre
Rien n’est si pur que son front d’insurgé
Rien n’est ni fort ni le feu ni la foudre
Que mon Paris défiant les dangers
Rien n’est si beau que ce Paris que j’ai

 

Rien ne m’a fait jamais battre le coeur
Rien ne m’a fait ainsi rire et pleurer
Comme ce cri de mon peuple vainqueur
Rien n’est si grand qu’un linceul déchiré
Paris Paris soi-même libéré

 

Louis Aragon, 1944

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4 décembre 2015 5 04 /12 /décembre /2015 17:56
Salut les COP-ains ! (l'éditorial de RUPTURES du 27/11/2015)

On ne pouvait rêver meilleur prologue. Symboliquement, un mois avant l’ouverture de la dite COP21 – cette grand-messe mondialisée qui démarre ce 30 novembre à Paris et doit préparer les futurs sacrifices offerts au dieu Climat – la France officielle, hôte de l’événement, a puni un mécréant. Fin octobre, Philippe Verdier, chef du service météo de France 2, a été mis à la porte pour avoir publié un ouvrage allant contre les vérités officielles sur le réchauffement de la planète. Une telle sanction, dans un service public emblématique, n’a pu être prise sans l’assentiment au moins tacite des plus hautes autorités de l’Etat. Notons au passage qu’un tel licenciement ne peut que conforter les milliers de patrons qui aspirent à se débarrasser des fortes têtes au sein de leur entreprise.

Cet événement est scandaleux ; il est inquiétant ; plus profondément encore, il doit faire réfléchir sur l’état actuel de notre « démocratie », entre temps placée sous état d’urgence. Scandaleux tout d’abord parce qu’il s’agit d’une punition infligée pour délit d’opinion. Pire encore : si l’affaire a fait quelque bruit, elle n’a soulevé que de maigres réserves, voire de discrets applaudissements, parmi les défenseurs habituels des droits de l’Homme, jusqu’au sein même des syndicats de journalistes. La raison évoquée par la patronne de France Télévision est éclairante : M. Verdier s’est prévalu de sa qualité de journaliste à France 2 pour promouvoir son livre (hors antenne, faut-il le préciser ?). S’il avait écrit le énième ouvrage plaidant pour préserver le climat en excipant de cette même qualité, aurait-il été limogé ? Poser la question suffit à caractériser l’état d’esprit des modernes inquisiteurs.

Et c’est bien ce qui doit inquiéter, au-delà même du thème en cause. Ce licenciement illustre brutalement le développement de ce qu’il faut bien nommer une police de la pensée. En Allemagne, le nouveau patron du grand syndicat IG-Metall vient d’appeler à virer les travailleurs qui exprimeraient des affirmations hostiles aux étrangers ; ainsi le (nécessaire) combat contre le racisme pousse désormais un dirigeant syndical à souhaiter… licencier des salariés – une première. En France, la Cour de cassation vient de confirmer une condamnation pénale contre des citoyens s’étant exprimés en faveur du boycott des produits israéliens ; ici, une (juste) cause est réprimée par la criminalisation de l’action militante. On pourrait multiplier les exemples – et les lois dites « mémorielles » avaient en quelque sorte légitimé la démarche : substituer l’argument d’autorité, voire la répression, au nécessaire débat ou combat idéologique.

C’est précisément ce qui doit faire réfléchir sur l’état actuel de la « démocratie », un terme qui a été détourné (par exemple, on parle de la « démocratisation » de la marijuana) puis vidé de son sens réel : le pouvoir du peuple. Les discours subordonnant ladite démocratie au respect du Bien, ou du Vrai se multiplient et se banalisent.

Certes, la volonté d’« encadrer » la démocratie est aussi vieille que celle-ci : pour les pouvoirs en place, la morale, ou bien l’expertise, devraient surplomber la volonté populaire. L’intégration européenne est l’archétype de cette soumission : annulation de référendums, mise en place de tutelle sur les gouvernements nationaux, institutions « indépendantes »… des citoyens. Les discours justifiant cet encadrement – cette confiscation – sont quotidiens.

Or s’il y a bien un domaine qui relève désormais du sacré, et où la répression du blasphème s’impose sans vergogne, c’est bien celui du climat. Qui ne communie pas dans la nécessité de sauver la planète, et plus généralement de préserver l’environnement, de défendre la nature, mérite d’être brûlé (symboliquement seulement, pour éviter une empreinte carbone excessive) en place publique. Il n’est que de constater l’extraordinaire intolérance dont font preuve les environnementalistes dès lors que leurs lignes rouges sont franchies.

Mais ce refus scandalisé du débat, et la violence (rhétorique, puis réelle) utilisée pour étouffer celui-ci, sont finalement cohérents : en matière de pouvoir, l’ordre naturel est la loi de la jungle. Et la démocratie est fondamentalement la volonté de dépasser les inégalités naturelles des individus par l’affirmation de l’égalité politique des citoyens, et la légitimité de leur volonté majoritaire. Un progrès de la civilisation humaine qui est donc par essence contre-nature.

C’est cela, au fond, que nos modernes Torquemada ne peuvent supporter.

Pierre Lévy

(éditorial paru dans l’édition du 27 novembre 2015 de RUPTURESabonnez-vous pour recevoir cette édition, si ce n’est déjà fait…)

 

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26 novembre 2015 4 26 /11 /novembre /2015 20:54

Nous ne laisserons pas salir l'histoire de Renault-Billancourt!

Publié le par Front Syndical de Classe

On le sait Renault-Billancourt n'a pas été fermé en 1992 pour des raisons économiques.

C'est sous Mitterrand, Rocard que les 10 de Renault sont licenciés, prélude à la fermeture totale.

Il fallait que la "forteresse ouvrière" soit réduite au silence pour que puisse se déployer le règne de l'argent, des Tapie les contre-réformes et la remise en cause de tous les conquis de la Libération et du Conseil National de la Résistance.

A présent c'est la mémoire même de cette histoire et des combats qui la jalonne qui est attaquée travestie sous couvert de témoignages.

C'est pourquoi la vérité devait être rétablie, ce à quoi le texte de l' Association des Travailleurs Renault Ile Seguin, "Nous ne laisserons pas salir l'histoire de Renault-Billancourt" procède.


Une réplique qui doit être largement connue et diffusée.

Et le texte signé le plus largement.

Par ailleurs, l'ouvrage de Youcef Haji, "De Renault-Billancourt à l'Olympia, IDBIHI, parcours d'un marocain 1968-1987" préfacé par Roger Silvain constitue une toute autre approche qui au travers d'un parcours personnel retrace bien l'ambiance et les combats de cette époque.

__________________

ASSOCIATION DES TRAVAILLEURS RENAULT ILE SEGUIN (ATRIS)

Nous ne laisserons pas salir l'histoire de Renault-Billancourt

 

Samedi 21 novembre 2015 s'est tenu à la Sorbonne un « séminaire Marx 21e siècle », devant un public d'universitaires et d'étudiants. L'invitée en était Laurence Bagot, l'auteure d'un livre paru aux Éditions de l'Atelier sous le titre « Ceux de Billancourt ».

Plusieurs membres d'ATRIS ont assisté à cette réunion et sont intervenus dans le débat.
 

Nous remercions les organisateurs du séminaire de nous avoir permis de nous exprimer. Le contenu de cet ouvrage, sous couvert de témoignages réécrits, choisis à la seule convenance de l'auteure, défigure gravement l'histoire de Renault-Billancourt et la mémoire des dizaines de milliers de salariés qui y ont travaillé de la Libération à la fermeture de l'Île Seguin en 1992.


Sans apporter de preuves, ce livre salit le rôle d'Henri Krasucki, accusé d'avoir voulu « échanger » la fermeture de Renault-Billancourt contre le maintien des chantiers navals de la Ciotat, dans les Bouches-du-Rhône, en 1986. C'est infâme, tout comme affirmer, sans davantage de justifications, que la CGT a abandonné les travailleurs immigrés dans la bataille pour le maintien de l'usine et de l'emploi.

La CGT a toujours été un trait d'union et de solidarité entre les salariés qui défendaient leurs salaires et leurs conditions de travail.
 

Nous appelons toutes les personnes et les organisations concernées par le mouvement social à dénoncer ces mensonges, alliant l'ignorance et la manipulation, qui entachent ce qui fut un des grands chapitres de l'histoire sociale en France.
 

Nous demandons aux médias de nous aider à rétablir, de manière argumentée et contradictoire, la réalité de l'histoire de Renault-Billancourt. Nous sommes à la disposition des historiens, de la presse, des supports audiovisuels et internet pour fournir des éléments, preuves à l'appui, sur ce qu'ont été la vie et les luttes
des travailleurs de Renault-Billancourt.


Vous pouvez soutenir cette action d'ATRIS et des premiers signataires en signant ce texte sur l'adresse suivante :

21atris21@gmail.com
 

 

LES PREMIERS SIGNATAIRES


Arezki AMAZOUZ, président d'ATRIS, ancien secrétaire CGT Renault-Billancourt, ancien membre de la CE confédérale ;

Pierre BERNARDINI, défenseur des victimes de l'amiante Renault-Billancourt;

Joëlle CHASTRUSSE, déléguée CGT 1975-82 et 2003-2012 ;

Robert CRÉANGE, ancien directeur CGT des activités sociales du C.E. Renault-Billancourt ;

Mustapha DHAOUADI, ancien secrétaire CFDT à Renault-Billancourt ;

Pierre FABRE, ancien secrétaire général général CGT du groupe Renault ;

Mohand HADJAZ, secrétaire CGT Renault- Billancourt 1970-73 ;

Youssef HAJI, écrivain ;

Aimé HALBEHER, secrétaire général CGT Renault-Billancourt en 1968 ;

Georges HUBSCHMIDTT, ingénieur CGT tôlerie Renault ;

Mostefa IDBIHI, ancien ouvrier, auteur du livre « De Billancourt à
l'Olympia » ;

Ibrahima LY, délégué CGT à Renault-Billancourt jusqu'en 1992 ;
 

Alain MAS, ancien élu UGICT-CGT, DSC adjoint Renault TCR ;

Michel MONDIOT, ancien technicien Renault-Billancourt ;

G é r a r d M U T E A U , ancien administrateur CGT salarié du groupe Renault ;

Philippe MUTEAU, militant CGT ;

Yves PERRIN, membre des « Dix de Billancourt » ;

Claude POPEREN, secrétaire général de la CGT Renault-Billancourt 1958-1967 ;

Jean-Pierre ROSSI, monteur, Délégué du Personnel CGT ;

Daniel SANCHEZ, secrétaire général de la Fédération de la Métallurgie CGT ;

Roger SILVAIN, secrétaire CGT Renault- Billancourt 1971-76 ;

Serge TONNEAU, ex-tourneur outilleur, militant CGT. ;


Anne-Marie VIERGE, ancienne déléguée CGT à Renault-Billancourt ;

PierreVIERGE, ancien délégué CGT à Renault-Billancourt

 

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26 novembre 2015 4 26 /11 /novembre /2015 14:11
Ruptures n°4 arrive bientôt chez les abonnés

Le n°4 de Ruptures est en passe d’être « bouclé »…

Cette édition doit arriver le 30 novembre chez les abonnés. Son menu a naturellement évolué pour prendre en compte l’actualité : les attentats du 13 novembre et leurs suites, notamment européennes.

Rendez-vous sur le site de Ruptures pour en connaître le sommaire.

 

Pour ne pas manquer l’édition à paraître, abonnez-vous vite, si ce n’est déjà fait…

D’ores et déjà, la bande-annonce du reportage à Barcelone est disponible ci-dessous. N’hésitez pas à la faire connaître !

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21 novembre 2015 6 21 /11 /novembre /2015 15:13
Rédaction du HuffPost Algérie
Publication:
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Un tribunal saoudien a condamné à mort un poète et artiste plasticien palestinien mardi 17 novembre 2015 pour "blasphème", dans un de ses recueils de poèmes édité en 2008, a annoncé le Réseau arabe d'information sur les droits de l'homme, qui a condamné ce jugement sur son site Internet.

Ashraf Fayadh est accusé de "blasphème" dans son recueil de poème "التعليمات بالداخل" (Alta'limat Bildakhel), publié en 2008. Le tribunal l'avait d'abord condamné à quatre ans de prison et 800 coups de fouet , mais un autre juge à condamné à mort Fayadh, selon Reuters.

Le réseau arabe d'information sur les droits de l'homme a rappelé que le poète et artiste plasticien palestinien avait déjà été emprisonné par le Comité pour la promotion de la vertu et la prévention du vice en janvier 2014 pour "promotion de l'athéisme dans ses vers et cheveux longs". Lors de sa détention, il avait été privé de recevoir des visites ou faire appel à un avocat.

Le poète, issu d'une famille palestinienne résidant depuis plus de 50 ans en Arabie saoudite, avait également fait l'objet une année auparavant d'une plainte pour "ses idées athéistes" auprès du même Comité, qui a émis l'ordre de l'arrêter avant de le libérer, faute de preuves, explique la même source.

Dans son communiqué, le réseau arabe d'informations sur les droits de l'Homme rappelle que Ashraf Fayadh a pourtant représenté l'Arabie saoudite à la Biennale de Venise comme adjoint du secrétaire du pavillon saoudien. Le poète organise également plusieurs activités artistiques, dont une exposition d'art plastique initiée à l'aide de personnalités officielles, note le réseau.

Une pétition a été lancée et signée par une centaine d'intellectuels et artistes exigeant la libération du palestinien. La même association a de son côté condamné ce jugement "inquisitoire", déplorant que "la vie humaine n'ait plus aucune valeur auprès des autorités du royaume et du Comité pour la promotion de la vertu et la prévention du vice".

Le réseau, qui a dénoncé cette pratique, "destinée à dissuader les intellectuels de la réflexion et de l'innovation", a ordonné l'annulation de cette condamnation et la libération de Ashraf Fayadh.

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14 novembre 2015 6 14 /11 /novembre /2015 15:24

13 Novembre 2015 , Rédigé par Réveil Communiste 

Annie Lacroix-Riz pose "la question préalable des sources de la série « Apocalypse Staline » sur France 2"

Publié par Initiative Communiste

Annie Lacroix-Riz, professeur émérite d’histoire contemporaine, université Paris 7

L’histoire de Guerre froide entre Göbbels et l’ère américaine

Les trois heures de diffusion de la série « Apocalypse Staline » diffusée le 3 novembre 2015 sur France 2 battent des records de contrevérité historique, rapidement résumés ci-dessous.

Une bande de sauvages ivres de représailles (on ignore pour quel motif) ont ravagé la Russie, dont la famille régnante, qui se baignait vaillamment, avant 1914, dans les eaux glacées de la Baltique, était pourtant si sympathique. « Tels les cavaliers de l’apocalypse, les bolcheviques sèment la mort et la désolation pour se maintenir au pouvoir. Ils vont continuer pendant 20 ans, jusqu’à ce que les Allemands soient aux portes de Moscou. […] Lénine et une poignée d’hommes ont plongé Russie dans le chaos » (1er épisode, « Le possédé »).

Ces fous sanguinaires ont inventé une « guerre civile » (on ignore entre qui et qui, dans cette riante Russie tsariste). L’enfer s’étend sous la houlette du barbare Lénine, quasi dément qui prétend changer la nature humaine, et de ses acolytes monstrueux dont Staline, pire que tous les autres réunis, « ni juif ni russe », géorgien, élevé dans l’orthodoxie mais « de mentalité proche des tyrans du Moyen-Orient » (la barbarie, comprend-on, est incompatible avec le christianisme). Fils d’alcoolique, taré, contrefait, boiteux et bourré de complexes (surtout face au si brillant Trotski, intelligent et populaire), dépourvu de sens de l’honneur et de tout sentiment, hypocrite, obsédé sexuel, honteux de sa pitoyable famille, Staline hait et rackette les riches, pille les banques, etc. (j’arrête l’énumération). On reconnaît dans le tableau de cet « asiate » les poncifs de classe ou racistes auxquels le colonialisme « occidental » recourt depuis ses origines.

Vingt ans de souffrances indicibles infligées à un pays contre lequel aucune puissance étrangère ne leva jamais le petit doigt. Il y a bien une allusion sybilline aux années de guerre 1918-1920 qui auraient fait « dix millions de morts » : les ennemis bolcheviques sont encerclés partout par une « armée de gardes blancs ». On n’aperçoit pas la moindre armée étrangère sur place, bien qu’une cinquantaine de pays impérialistes étrangers eussent fondu, de tous les points cardinaux sur la Russie, dont la France, l’Angleterre, l’Allemagne, les États-Unis, etc. (c’est au 2e épisode seulement, « L’homme rouge », qu’on apprend que Churchill a détesté et combattu l’URSS naissante : quand? comment?).

Pour échapper à cette intoxication sonore et colorée, le spectateur aura intérêt à lire l’excellente synthèse de l’historien Arno Mayer, sympathisant trotskiste auquel son éventuelle antipathie contre Staline n’a jamais fait oublier les règles de son métier : Les Furies, terreur, vengeance et violence, 1789, 1917, Paris, Fayard, 2002. L’ouvrage, traduit par un gros éditeur pour des raisons que je ne m’explique pas, vu les habitudes régissant la traduction en France, compare aussi les révolutions française et bolchevique. Comparaison particulièrement utile après une ère Furet où la française a été aussi malmenée que la russe. Pour Mme Clarke et M. Costelle comme pour les historiens et publicistes qui ont occupé la sphère médiatique depuis les années 1980, la Terreur est endogène, et dépourvue de tout rapport avec l’invasion du territoire par l’aristocratie européenne. Et, de 1789 à 1799, expérience atroce heureusement interrompue par le coup d’État, civilisé, du 18 Brumaire (9 novembre 1799), la France a vécu sous les tortures des extrémistes français (jacobins), mauvaise graine des bolcheviques.

« Le peuple soviétique » est soumis sans répit aux tourments de la faim notamment à « la famine organisée par Staline au début des années trente, catastrophique surtout en Ukraine », où elle aurait fait « 5 millions de morts de faim », victimes de l’« Holodomor » , à la répression permanente, incluant les viols systématiques, aux camps de concentration « du Goulag » (« enfer pour les Russes du désert glacé », où toutes les femmes sont violées aussi) si semblables à ceux de l’Allemagne nazie (un des nombreux moments où les séquences soviétique et allemande sont « collées », pour qu’on saisisse bien les similitudes du « totalitarisme »). Mais il gagne la guerre en mai 1945. On comprend d’ailleurs mal par quelle aberration ce peuple martyrisé pendant plus de vingt ans a pu se montrer sensible, à partir du 3 juillet 1941, à l’appel « patriotique » du bourreau barbare qui l’écrase depuis les années 1920. Et qui a, entre autres forfaits, conclu « le 23 août 1939 » avec les nazis une « alliance » qui a sidéré le monde, l’indigne pacte germano-soviétique, responsable, en dernière analyse, de la défaite française de 1940 : « Staline avait tout fait pour éviter la guerre, il avait été jusqu’à fournir à Hitler le pétrole et les métaux rares qui avaient aidé Hitler à vaincre la France ».

Il est vrai que l’hiver 1941-1942 fut exceptionnellement glacé, ce qui explique largement les malheurs allemands (en revanche, « le général Hiver » devait être en grève entre 1914 et 1917, où la Russie tsariste fut vaincue avant que les bolcheviques ne décrétassent « la paix »). Il est vrai aussi que l’aide matérielle alliée a été « décisive » dès 1942 (épisodes 2 et 3), avions, matériel moderne, etc. (4% du PNB, versés presque exclusivement après la victoire soviétique de Stalingrad).

Il n’empêche, quel mystère que ce dévouement à l’ignoble Staline, qui vit dans le luxe et la luxure depuis sa victoire politique contre Trotski, alors que « le peuple soviétique » continue d’être torturé : non pas par les Allemands, qu’on aperçoit à peine dans la liquidation de près de 30 millions de Soviétiques, sauf signalement de leur persécution des juifs d’URSS, mais par Staline et ses sbires. Ainsi, « les paysans ukrainiens victimes des famines staliniennes bénissent les envahisseurs allemands ». Ce n’est pas la Wehrmacht qui brûle, fusille et pend : ces Ukrainiens « seront pendus par les Soviétiques revenus, » et filmés à titre d’exemples comme collabos. Staline fait tuer aussi les soldats tentés de reculer, tendance bien naturelle puisque le monstre « déclare la guerre à son peuple » depuis 1934 (depuis lors seulement?), qu’il a abattu son armée en faisant fusiller des milliers d’officiers en 1937, etc.

La critique mot à mot de ce « documentaire » grotesque s’avérant impossible, on consultera sur l’avant-guerre et la guerre l’ouvrage fondamental de Geoffrey Roberts, Stalin’s Wars: From World War to Cold War, 1939-1953. New Haven & London: Yale University Press, 2006, accessible désormais au public français : Les guerres de Staline, 1939-1953, Paris, Delga, 2014. La politique d’« Apaisement » à l’égard du Reich hitlérien fut l’unique cause du pacte germano-soviétique, que les « Apaiseurs » français, britanniques et américain avaient prévue sereinement depuis 1933 comme la seule voie ouverte à l’URSS qu’ils avaient décidé de priver d’« alliance de revers ». Cette réalité, cause majeure de la Débâcle française, qui ne dut strictement rien à l’URSS, est absente des roulements de tambour de Mme Clarke et de M. Costelle. On en prendra connaissance en lisant Michael Jabara Carley, 1939, the alliance that never was and the coming of World War 2, Chicago, Ivan R. Dee, 1999, traduit peu après : 1939, l’alliance de la dernière chance. Une réinterprétation des origines de la Seconde Guerre mondiale, Les presses de l’université de Montréal, 2001; et mes travaux sur les années 1930, Le Choix de la défaite : les élites françaises dans les années 1930, Paris, Armand Colin, 2010 (2e édition) et De Munich à Vichy, l’assassinat de la 3e République, 1938-1940, Paris, Armand Colin, 2008.

Les réalisateurs, leurs objectifs publics et leur conception de l’histoire

La seule émission de France Inter du 30 octobre au matin (disponible sur Internet jusqu’au 28 juillet 2018) a donné une idée des conditions du lancement « apocalyptique », tous médias déployés, de cette série Staline qui rappelle, par les moyens déployés, l’opération Livre noir du communisme en 1997. Elle éclaire aussi sur les intentions des réalisateurs installés depuis 2009 dans la lucrative série « Apocalypse » (http://apocalypse.france2.fr/

La musique et le son de ces trois heures éprouvantes sont adaptées à leurs objectifs. La « colorisation », qui viole les sources photographiques, porte la marque de fabrique de la série « Apocalypse » : elle s’impose pour attirer « les jeunes gens », faire sortir l’histoire de la case poussiéreuse où elle était confinée, argue Isabelle Clarke, éperdue de gratitude (bien compréhensible) à l’égard de France 2 qui « a remis la grande histoire en prime time (sic) »; aussi modestement, le coauteur Daniel Costelle attribue cette place d’honneur sur nos écrans domestiques à la qualité du travail accompli par le tandem depuis les origines de la série (2009). La « voix de Mathieu Kassovitz » est jugée « formidable » par les auteurs et leur hôtesse, Sonia Devillers : l’acteur débite, sur un ton sinistre et grandiloquent, le « scénario de film d’horreur » soviétique et stalinien qui fascine tant Mme Clarke.

Pour que la chose soit plus vivante, les auteurs, qui font « des films pour [s’]enthousiasmer [eux]-mêmes », ont décidé qu’ils n’auraient « pas de parti pris chronologique » : ils ont plus exactement pris le parti de casser la chronologie, par de permanents retours en arrière supposés rendre le « travail un peu plus interactif ». La méthode empêche toute compréhension des événements et des décisions prises, 1936 ou 1941 précédant l’avant Première Guerre mondiale, le conflit et 1917, une de ses conséquences. On sautille sans arrêt d’avant 1914 à 1945 dans chaque épisode et en tous sens : il est d’autant plus impossible de reconstituer le puzzle des événement morcelés que les faits historiques sont soigneusement épurés, sélectionnés ou transformés en leur exact contraire (c’est ainsi que les perfides bolcheviques auraient attaqué la Pologne en 1920, alors que c’est Varsovie qui assaillit la Russie déjà envahie de toutes parts). On nous explique souvent que le montage d’un film est fondamental, l’escroquerie « Apocalypse Staline », qui y ajoute le mensonge permanent et les ciseaux du censeur, le confirme.

La conjoncture est au surplus du côté des auteurs :

1° la propagande antisoviétique est depuis 1917 obsédante en France comme ailleurs en « Occident », mais elle a été infléchie pendant quelques décennies, à la fois par une fraction du mouvement ouvrier (surtout) et des intellectuels et par les circonstances, en particulier celles qui ont précédé et accompagné la Deuxième Guerre mondiale. Ce n’est plus le cas depuis les années 1990 où le mouvement ouvrier, toutes tendances confondues, s’est aligné sur les développements du Livre noir du communisme : seul défenseur de l’URSS depuis la naissance de la Russie soviétique, le PCF ne cesse depuis 1997 d’expier ses affreuses années staliniennes et de déplorer sa non-condamnation du si funeste pacte germano-soviétique. Rappelons que sa mise en œuvre offrit aux Soviets un répit de près de deux ans et leur permit de doubler les effectifs de l’armée rouge à leurs frontières occidentales (portés de 1,5 à 3 millions d’hommes). Jérôme Joffrin, dans un article qui se veut nuancé sur le « bourreau » Staline, auquel cependant « nous devons beaucoup », a légitimement relevé qu’il était délicat naguère de raconter en France absolument n’importe quoi sur l’URSS mais que l’obstacle a été levé par les rapports de forces internationaux et intérieurs (http://www.liberation.fr/planete/2015/11/02/staline-gros-sabots-contre-un-bourreau_1410752).

2° La liquidation de l’histoire scientifique française de l’URSS a été d’autant plus aisée depuis les années 1980 que l’offensive antisoviétique et anticommuniste s’est accompagnée d’une entreprise de démolition de l’enseignement général de l’histoire, soumis à une série de « réformes » toutes plus calamiteuses les unes que les autres. Le corps enseignant du secondaire l’a déploré, mais sa protestation n’est plus guère soutenue par des organisations autrefois combatives sur le terrain scientifique comme sur les autres. « Les jeunes gens », auxquels la casse de l’enseignement historique inflige désormais 1° la suppression de pans entiers de la connaissance, 2° l’abandon de la chronologie, sans laquelle on ne peut pas saisir les origines des faits et événements, et 3° le sacrifice des archives originales au fameux « témoignage », se sont trouvés, s’ils ont eu le courage de supporter les trois heures de ce gavage, en terrain particulièrement familier.

3° L’histoire scientifique relative à la la Russie, anglophone notamment, est en fort développement depuis une vingtaine d’années mais elle est en général inaccessible au public français : les ouvrages idoines sont traduits dans les six mois, les autres pratiquement jamais, sauf exception. Quelques-uns de ces « trous » percés dans le Rideau de Fer de l’ignorance historique du monde russe ont été mentionnés ci-dessus. Quoi qu’il en soit, quand les ouvrages sérieux sont traduits, ils sont ensevelis dans le néant, tous médias confondus.

De l’histoire, quelle histoire ?

Svetlana Aleksievitch, conseillère en « témoignages »

Isabelle Clarke admet qu’« Apocalypse Staline » ne relève pas de la catégorie de l’histoire, elle le revendique même. Elle se déclare fascinée par l’immense travail de Svetlana Alexievitch, dont l’attribution du prix Nobel de littérature d’octobre 2015 rappelle le couronnement « occidental » de l’œuvre d’Alexandre Soljenitsyne (https://fr.wikipedia.org/wiki/Alexandre_Soljenitsyne), lauréat de 1970, avec des motivations semblables. Quelles que soient ses éventuelles qualités littéraires, Mme Aleksievitch n’a été promue que pour des raisons idéologico-politiques, conformément à une tradition d’après-guerre que la documentariste et historienne britannique Frances Stonor Saunders a exposée en 1999, dans un ouvrage essentiel sur la Guerre froide culturelle : c’est l’intervention expresse des États-Unis, via l’action clandestine pratiquée sur les questions culturelles (comme sur les les opérations politiques et même militaires) par le truchement de la CIA ou d’institutions financées par elle. Ce fut en l’occurrence via le Congress for Cultural Freedom (CCF) fondé, après une série d’initiatives préalables, en juin 1950, et qui bloqua l’attribution du prix Nobel de littérature à Pablo Neruda au début des années 1960 : Neruda fut écarté en 1964, au profit de Jean-Paul Sartre, dont Washington suivait de près et appréciait les démêlés avec le PCF, mais qui eut l’élégance de le décliner. Le pouvoir positif de soutien des États-Unis, depuis 1945, aux « dissidents » ou à des anticommunistes très divers a été aussi efficace que leur capacité de nuisance contre les intellectuels combattus : le Nobel de littérature a récompensé un nombre tout à fait disproportionné d’adversaires notoires du communisme en général et de l’URSS ou de la Russie en particulier : la consultation systématique est éclairante :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Prix_Nobel_de_litt%C3%A9rature#Ann.C3.A9es_1960

Isabelle Clarke se félicite du « travail de témoignage » réalisé par Svetlana Aleksievitch, grâce à laquelle « les crimes communistes », jamais jugés, ont enfin pu être recensés : en l’absence d’instruction et d’accès aux faits, il a fallu compter sur les témoignages, très longs à obtenir, et autrement plus éclairants que la recherche historique. Ces témoignages égrenés au fil des trois films, jamais liés à l’établissement des faits, forment donc la trame historique du « scénario de film d’horreur ». Svetlana Aleksievitch ne prétend pas, elle, faire œuvre d’historienne. Obsédée par la quête de l’Homo sovieticus, concept proclamé impossible, puisqu’on ne saurait changer les humains en changeant le mode de production, l’auteur de La Fin de l’homme rouge ou le temps du désenchantement (traduction publiée en 2013 chez Actes Sud) (http://www.actes-sud.fr/la-fin-de-lhomme-rouge-de-svetlana-alexievitch) « enregistre sur magnétophone les récits des personnes rencontrées, et collecte ainsi la matière dont elle tire ses livres : “Je pose des questions non sur le socialisme, mais sur l’amour, la jalousie, l’enfance, la vieillesse. Sur la musique, les danses, les coupes de cheveux. Sur les milliers de détails d’une vie qui a disparu. C’est la seule façon d’insérer la catastrophe dans un cadre familier et d’essayer de raconter quelque chose. De deviner quelque chose… L’Histoire ne s’intéresse qu’aux faits, les émotions, elles, restent toujours en marge. Ce n’est pas l’usage de les laisser entrer dans l’histoire. Moi, je regarde le monde avec les yeux d’une littéraire et non d’une historienne” » (https://fr.wikipedia.org/wiki/Svetlana_Aleksievitch).

Nous sommes donc avisés que ce spectacle « émotionnel » et « occidental », organisé à grand tapage par les responsables de la série « Apocalypse Staline », est fondé sur de la littérature antisoviétique larmoyante, appréciée et récompensée comme telle par « l’Occident » civilisé.

Les « conseillers historiques » d’« Apocalypse Staline » : l’institut d’histoire sociale, De Boris Souvarine à Pierre Rigoulot

Quand on passe à « l’histoire » stricto sensu, le bilan est pire, et caractérisé par des pratiques malhonnêtes et non explicitées. Isabelle Clarke se flatte d’avoir « remis en prime time (sic) la grande histoire » et de ne pas avoir négligé l’histoire qu’elle aime moins que la littérature : elle aurait étudié tous les ouvrages « recommandés par nos conseillers historiques » : « Robert Service, Jean-Jacques Marie, Simon Sebag Montefiore » (ce dernier toujours traduit dans les mois qui suivent ses publications anglophones), dont les travaux sont caractérisés par une vision à peu près caricaturale du monstre, avec des nuances dont le lecteur de leurs travaux peut seul juger. Quels « conseillers historiques »? On a pourtant le choix parmi les historiens français de l’URSS, presque également soviétophobes et médiatiques : aucune carrière académique n’étant depuis trente ans ouverte à un spécialiste de l’URSS soviétophile, il n’en existe pas.

Dans la rubrique « crédits » du 3e épisode, figure la mention de citation(s) d’un seul ouvrage d’historien, le Staline de Jean-Jacques Marie, spécialiste du monstre sur la base d’ouvrages de seconde main (les seules autres citations proviennent de Mme Aleksievitch). Les « conseillers historiques » allégués n’ont pas été mentionnés, mais on relève, parmi les sept personnalités qui ont fait l’objet de « remerciements », juste nommées mais non présentées, un seul « historien » présumé : Pierre Rigoulot (les six autres sont artistes ou spécialistes techniques).

M. Rigoulot dirige l’institut d’histoire sociale, fondé en 1935 par Boris Souvarine, célèbre et précoce transfuge du communisme (1924) qui, fut, selon une tradition née en même temps que le PCF, embauché par le grand patronat français. Souvarine, trotskiste proclamé antistalinien (catégorie de « gauche » très appréciée pour la lutte spécifique contre les partis communistes), fut employé comme propagandiste par la banque Worms. Il fut un des rédacteurs de la revue les Nouveaux Cahiers, fondée en 1937 en vue de la scission de la CGT, financée et tuteurée par le directeur général de la banque Jacques Barnaud, futur délégué général aux relations économiques franco-allemandes (1941-1943). La revue, qui chanta sans répit les louanges d’une « Europe » sous tutelle allemande, fut publiée entre la phase cruciale de la scission, d’origine patronale, de la CGT (n° 1, 15 mars 1937), et la Débâcle organisée de la France (n° 57, mai 1940). Souvarine y voisinait avec la fine fleur de la « synarchie » issue de l’extrême droite classique (Action française) qui allait peupler les ministères de Vichy : il n’y était requis qu’en tant que spécialiste de (l’insulte contre) l’URSS et de la croisade contre la république espagnole assaillie par l’Axe Rome-Berlin.

Cette « petite revue jaune », qui attira bien des « collaborations », selon l’expression du synarque et ami de Barnaud, Henri Du Moulin de Labarthète, chef de cabinet civil de Pétain, est annonciatrice de presque tous les aspects de la Collaboration. Elle est conservée dans les fonds d’instruction de la Haute Cour de Justice des Archives nationales (W3, vol. 51, en consultation libre : régime de la dérogation générale, série complète jusqu’au n° de décembre 1938) et des archives de la Préfecture de police (série PJ, vol. 40, sous dérogation quand je l’ai consultée). Le lecteur curieux constatera que « Boris Souvarine, historien » (ainsi qualifié au 3e épisode, « Staline. Le maître du monde »), dans ses articles, réguliers, dresse entre 1937 et 1940 un portrait de l’URSS (et) de Staline en tout point conforme à ce que le spectateur français a appris, le 3 novembre 2015, sur le cauchemar bolchevique. Souvarine partit pour New York en 1940, y passa la guerre, et prit alors contact avec les services de renseignements alors officiellement voués à la seule guerre contre l’Axe (notamment l’Office of Strategic Services (OSS), ancêtre de la CIA, mais fort antisoviétiques. Il ne revint en France qu’en 1947 C’est le soutien financier clandestin du tandem CCF-CIA qui lui permit d’éditer et de faire triompher son Staline : en panne d’éditeur et de public de la Libération à la fin des années 1940, le chef de l’« Institut d’Histoire sociale et de Soviétologie » (définitivement reconstitué en mars 1954) accéda ainsi au statut d’« historien » que lui accorde « Apocalypse Staline ».

Deuxième « historien », non signalé comme tel, mais « remercié » dans les crédits, Pierre Rigoulot, présumé cheville ouvrière des films sur Staline, fait peser sur les trois épisodes de la série une triple hypothèque.

1°. M. Rigoulot n’est pas un historien mais un idéologue, militant au service de la politique extérieure des États-Unis, officiellement apparenté depuis les années 1980 aux « néo-conservateurs », selon Wikipedia, qu’on ne saurait taxer d’excessive complaisance pour le communisme : aucun des ouvrages qu’il a rédigés sur l’URSS, la Corée du Nord (sa nouvelle marotte depuis sa contribution sur le sujet dans Le Livre noir du communisme), Cuba, ne répond aux exigences minimales du travail scientifique (https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Rigoulot)

2°. Faussaire avéré sous couvert de prendre la défense « des juifs », il a été, pour son ouvrage L’Antiaméricanisme (éditions Robert Laffont, 2005), condamné en diffamation par jugement de la 17e chambre du TGI de Paris, le 13 avril 2005, « ayant inventé de toutes pièces [une] fausse citation » antisémite (absente) d’un ouvrage de Thierry Meyssan, adversaire manifestement jugé sans péril (même référence en ligne).

3°. L’IHS, que M. Rigoulot a rejoint en 1984 comme bibliothécaire, puis « chargé des recherches et publications », et dont il est le directeur, n’est pas une institution scientifique : c’est une officine de Guerre froide et, après la Libération, de recyclage des collaborationnistes de sang et/ou de plume issus de l’extrême droite classique et de la gauche anticommuniste. Cet organisme a été depuis la Libération financé par la banque Worms, le CNPF et, quasi officiellement, par la CIA. Il a été intimement lié à Georges Albertini, second de Marcel Déat déjà employé avant-guerre par la banque Worms et recyclé à sa sortie de prison (1948) dans la propagande anticommuniste et antisoviétique de tous ces bailleurs de fonds. On trouvera sur tous ces points une ample bibliographie, fondée à la fois sur les archives policières françaises (de la Préfecture de police) et sur les fonds américains qui établit la convergence de tous les auteurs

Les trois volets d’« Apocalypse Staline » traitent, et sur le même ton haineux, tous les thèmes serinés depuis sa fondation par l’IHS, notamment ceux du Goulag (« la terreur et le goulag sont la principale activité du Politburo », 3e épisode, « Staline. Le maître du monde »), dont M. Rigoulot a fait depuis 1984, date de son entrée dans cette officine, un des thèmes privilégiés de ses travaux, et de l’« Holodomor », « organisé » par Staline.

Conclusion

On pourrait proposer au spectateur de visionner, en supprimant le son de cette projection grotesque, les bandes de « rushes » (les auteurs des films prétendent avoir livré du pur document brut, particulièrement authentique, mais le film de fiction, soviétique d’ailleurs, y occupe une part non négligeable). Il percevrait ainsi immédiatement qu’on pourrait faire une toute autre histoire de l’URSS sous Staline que celle qui s’appuie sur un matériau frelaté.

Là n’est pas l’essentiel. Le service public de télévision français a une fois de plus, en matière d’histoire, bafoué les principes minimaux de précaution scientifique et ridiculisé les spectateurs français, en leur servant un brouet de pure propagande antisoviétique : il avait déjà ouvert, entre 2011 et 2013, le service public aux seuls héritiers de Louis Renault, venus se lamenter, avec ou sans historiens complices, sur la spoliation de leur grand-père quasi résistant. Est-il normal que la société France Télévisions, financée par la redevance versée par tous les contribuables, se prête à une opération digne du « ministère de l’information et de la propagande » de Göbbels? On attend le « débat » qu’impose la malhonnêteté avérée de l’entreprise. J’y participerai(s) volontiers.

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9 novembre 2015 1 09 /11 /novembre /2015 23:54

La scandaleuse procédure de licenciement pour délit d'opinion anti-réchauffiste du journaliste de France 2 Philippe Verdier n'a pas fini d'altérer, en France, l'image de la COP 21. Celle-ci, déjà mise à mal par le cynisme de Laurent Fabius à l'égard des présentateurs météo, et plus généralement par l'aveuglement fanatique des zélateurs du réchauffement, ne se présente pas bien. Mais au-delà de cette médiocrité politique, se profilent des attitudes inquisitoriales que l'on croyait appartenir à l'histoire. Et, dans la grande tradition de la sensiblerie écologiste, nous voyons poindre l'éternel retour du Sacré.

 

 

LES TORQUEMADA DU RÉCHAUFFEMENT

 

Laurent Fabius aurait recommandé, au cours d'un petit-déjeuner de travail avec certains présentateurs météo du PAF, de parler de «chaos» climatique plutôt que de «déréglement». On se refuse à croire à tant de bêtise, ou bien c'est qu'il y a le feu à la maison réchauffiste ! Pourtant, quand on voit le déferlement de haine à l'encontre du présentateur de France 2, on s'interroge. Et plus particulièrement sur les raisons pour lesquelles les démocrates les plus exemplaires, vigilants depuis toujours, et jusqu'à l'extrême, à propos de la moindre atteinte à la liberté de pensée à l'Est ou à Cuba, ou à Caracas, justifient sans états d'âme ce qui est en train de se passer dans notre pays.

 

Questionner le changement climatique ? Un délit passible de licenciement !

 

J'ai été moi-même visé par l'un d'entre-eux pour un livre intitulé «Climat : un débat dévoyé ? » Le point d'interrogation était éloquent : je soulevais des questions car les pratiques du GIEC méritent effectivement qu'on porte sur elles un regard critique. C'était déjà mal vu des insulteurs et cela continue. J'en veux pour preuve un article haineux à l'égard de Philippe Verdier qui déshonore aujourd'hui le pourtant sympathique mensuel scientifique «Sciences et Avenir». Dès le chapô de l'article qui attaque son livre, je cite : «Voici 10 raisons pour lesquelles vous pouvez vous en épargner la lecture.» Les intertitres méritent qu'on s'y attarde : «Un amalgame entre météo et climat» (ce qui est faux). «Une légèreté insoutenable», «Des accusations éculées», «Des comparaisons tragi-comiques, un ton complotiste» (là, le gros mot est lâché, on connaît...). Mais si c'était vrai, croyez-vous que ça vaudrait le coup, du point de vue journalistique, de faire la critique d'un livre si nul ? Mais oui, semble-t-il, car la fin de l'article, particulièrement savoureuse par sa maladresse et sa bêtise, explique tout : «Alors, rien à rattraper vraiment ? Si, Philippe Verdier a raison quand il estime (p. 104) que Laurence Tubiana, représentante du Ministre Laurent Fabius sur le climat "est très compétente" (sic, et ce n'est pas moi qui souligne, PA).

Les réactions furieuses des lecteurs sur le blog du mensuel sont indignées, à juste titre.

Au-delà, cependant, de la vulgarité de pensée dont est porteur cet article sue-la-haine, il convient de réfléchir aux raisons du ton employé.

 

 

La profanation du Sacré

 

Il y a quelques années, je m'étais penché sur l'idéologie écologiste. Et j'y avais décelé, entre autres, un retour certain à la sacralisation de la Nature (dans ce cas, la majuscule s'impose). Voyons, par exemple, Joël de Rosnay à la fin de son utopie optimiste (Le macroscope, p. 283) : «Un sentiment religieux (une religion émergente et non pas seulement révélée) irrigue toutes les activités de l'écosociété». Voyons aussi Jean-Marie Pelt déclarant à propos de la nature, qu'elle «(...) est d'une essence qui nous dépasse infiniment, d'une essence proprement divine» et qu'il convient de jardiner la terre «(...) comme au temps d'Eden... » (Les plantes, leurs amours, leurs problèmes, leurs civilisations, p. 335-336). Ou encore René Dubos, pour qui il faut «(...) préserver les environnements naturels dans lesquels il est possible de percevoir intimement les mystères transcendant le quotidien» (Courtisons la terre, p. 238). Dans l'histoire de l'écologisme, la liste est longue de ce type d'élucubrations mystico-religieuses.

Leur sens est clair : la nature est la valeur suprême. Le plus souvent au-dessus même de l'humanité, dont les activités sont saisies comme corruptrices, destructrices, polluantes, ruineuses, gouvernées par la cupidité, etc., j'en passe et des pires encore.

Là est le fond du crime impardonnable idéologiquement commis par Philippe Verdier : il a osé discuter, quoique en affirmant n'être pas "climatosceptique", la culpabilité de l'espèce humaine dans le «changement» climatique. On n'accusera pas Laurent Fabius de ne pas supporter ce que le livre de Philippe Verdier pourrait faire de tort à la COP 21. Ce serait tellement ridicule de sa part, n'est-ce pas ?

On ne brûle plus les hérétiques de nos jours et d'ailleurs Philippe Verdier ne l'est pas. Mais notre pays ne manque pas d'inquisiteurs nantis : de Torquemada au petit pied et de Bernardo Gui empâtés dans leurs costumes gris pour le faire symboliquement en licenciant un journaliste qui faisait son métier.

 

Pascal Acot

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