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ACTION COMMUNISTE

 

Nous sommes un mouvement communiste au sens marxiste du terme. Avec ce que cela implique en matière de positions de classe et d'exigences de démocratie vraie. Nous nous inscrivons donc dans les luttes anti-capitalistes et relayons les idées dont elles sont porteuses. Ainsi, nous n'acceptons pas les combinaisont politiciennes venues d'en-haut. Et, très favorables aux coopérations internationales, nous nous opposons résolument à toute constitution européenne.

Nous contacter : action.communiste76@orange.fr>

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Humeur

Chaque semaine, AC attribue un "roquet d'or" à un journaliste qui n'aura pas honoré son métier, que ce soit par sa complaisance politique envers les forces de l'argent, son agressivité corporatiste, son inculture, ou sa bêtise, ou les quatre à la fois.

Cette semaine, sur le conseil avisé de la section bruxelloise d'Action communiste, le Roquet d'Or est attribué  à Thierry Steiner pour la vulgarité insultante de son commentaire sur les réductions d'effectifs chez Renault : "Renault fait la vidange"...  (lors du 7-10 du 25 juillet).


Vos avis et propositions de nominations sont les bienvenus, tant la tâche est immense... [Toujours préciser la date, le titre de l'émission et le nom du lauréat éventuel].

 

 
21 juin 2015 7 21 /06 /juin /2015 13:36

Publié par Michel El Diablo

 
Ce livre est avant tout un cri d’alarme.

Depuis plusieurs années, on assiste à une uniformisation dramatique de la pensée économique. Cette affaire n’est pas anecdotique parce qu’elle affecte la vie quotidienne de tous les citoyens.

Présentation :

Alors que, sous la pression des économistes libéraux, la ministre de l’enseignement vient de geler – pour ne pas dire « enterrer » – la création d’une section qui regrouperait les économistes hétérodoxes au sein du CNU (Conseil National des Universités), ces derniers s’insurgent contre la mort annoncée du pluralisme en économie. Après le lancement de la pétition « Pour le pluralisme, maintenant ! » et parce que de l’enseignement de l’économie dépend une partie de l’avenir de notre société, L’AFEP (Association Française d’Économie Politique) prend position contre la pensée unique et pour le maintien d’une économie critique…

 

Ce livre est avant tout un cri d’alarme. Depuis plusieurs années, on assiste à une uniformisation dramatique de la pensée économique. Cette affaire n’est pas anecdotique parce qu’elle affecte la vie quotidienne de tous les citoyens. Elle a pour enjeu le choix des politiques qui ne peuvent se réduire aux seules conceptions néolibérales. Ce manifeste raconte comment une orthodoxie a fini par étouffer la diversité des conceptions. Il a pour point de départ une lettre dans laquelle l’économiste Jean Tirole jette tout le poids de son récent prix Nobel pour bloquer une réforme visant à restaurer le pluralisme des doctrines économiques à l’université. Dès réception, sa destinataire, Geneviève Fioraso, à l’époque secrétaire d’état à l’enseignement supérieur, retire son décret.
Voilà donc un économiste libéral qui demande à l’État d’intervenir pour l’aider à maintenir sa position de monopole dans l’ordre universitaire et une ministre de gauche qui obtempère. Pourtant il fut un temps où la gauche n’avait pas peur des pensées économiques alternatives et des débats d’idées.

Date de parution : 13/05/2015
ISBN : 979-10-209-02-733
112 pages 

10 euros

 

 

 

SOURCE:

 

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25 mai 2015 1 25 /05 /mai /2015 14:47

Publié par Michel El Diablo

La Palme d'or du Festival de Cannes attribuée à Vincent Lindon interprète du film « La Loi du marché »

La Palme d'or du Festival de Cannes attribuée à Vincent Lindon interprète du film « La Loi du marché »

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9 mars 2015 1 09 /03 /mars /2015 18:30
Mardi 10 Mars à Elbeuf projection du film "Le sel de la mer"
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9 mars 2015 1 09 /03 /mars /2015 07:56

Publié par Jean Lévy

L'évènement aura lieu le 29 mai 2015...grâce à vous !
 
Evénement
 
dans le monde de la presse :
 
le 29 mai prochain
 
sera lancé un nouveau mensuel, baptisé
 
Ruptures

 

Ce dernier prendra la suite du journal Bastille-République-Nations. Il sera conçu dans le même esprit, mais avec une ambition renouvelée : plus de thèmes, plus de rubriques, plus de pagesplus de journalistes, le tout piloté par une équipe étoffée.

Comme BRNRuptures donnera la priorité à l’information. Il continuera bien entendu de traiter de l’intégration européenne de manière radicalement critique. Il élargira son champ notamment au domaine économie-social-syndicalisme, ainsi qu’aux questions ayant trait au progrès scientifique, technique et industriel - exactement à l'opposé du consensus imposé sur "la protection de l'environnement".

Ruptures ambitionne de porter la colère et l’exaspération de tous ceux qui ne supportent plus la pensée dominante, ses interdictions et ses tabous. Il visera à fortifier leur liberté de jugement.

Ce projet est ambitieux. Il vise à conquérir 40 000 lecteurs. 

Son lancement repose sur le financement participatif

garantie d’indépendance vis-à-vis de toute puissance financière ou de toute force politique.



Nous nous adressons donc à vous :
 
votre contribution financière
 
sera décisive dans le succès de ce projet !

Chaque contribution vous ouvre droit à un abonnement. En d’autres termes, nous vous offrons la possibilité de vous pré-abonner.


Nous vous donnons rendez-vous sur notre site internet et sur la page Ulule pour participer au financement du projet.
Merci d'avance !

Pierre Lévy,
 
rédacteur en chef de BRN
Aidez-nous à financer le projet
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6 mars 2015 5 06 /03 /mars /2015 23:32

Publié par Michel El Diablo

JEAN SALEM : RÉSISTANCES - Entretiens avec Aymeric Monville [Éditions Delga]

Dans ces libres entretiens, Jean Salem revient, tout d’abord, sur une enfance dont le cours fut déterminé par les combats de ses parents, Henri et Gilberte Alleg. Combats pour l’indépendance de l’Algérie, pour la justice sociale et la victoire de l’idéal communiste, combats pour la cause de la paix, de la fraternité, de la liberté.

Il évoque ses propres passions intellectuelles, son parcours académique, ainsi que le grand travail de conviction, de résistance aussi, qui fut nécessaire pour faire revivre à la Sorbonne, après trente années de plomb, l’étude de l’œuvre et de la pensée de Marx.

En tirant, enfin, les enseignements des nombreux voyages qu’il effectue autour du monde en tant que militant et en tant qu’uni- versitaire, il livre ici ses réflexions sur la crise actuelle, sur la dégénérescence des gauches en Occident, et sur l’aggravation des tensions internationales.


JEAN SALEM

Résistances. Entretiens avec Aymeric Monville

Prix : 20 euros

Référence : 978-2-915854-75-6

 

JEAN SALEM : RÉSISTANCES - Entretiens avec Aymeric Monville [Éditions Delga]

Jean Salem, fils d'Henri Alleg, l'auteur de «la Question», demeure fidèle aux idéaux de son père.

 

Comme tous les soirs, il est avec sa grand-mère et sa tante, «autour de la grande table ronde de la salle à manger». Et voici que du «très volumineux appareil de radio», sort la nouvelle : «Henri Alleg s’est évadé. Toutes les polices de France sont à ses trousses.» Il se tourne vers Grannie : «C’est Papa ?» La vieille dame «se met à fondre en sanglots», cependant que Tatie explique «non pas une, mais quatre, ou six (ou douze ?) fois» qu’«on peut fort bien être un honnête homme, un bon garçon, un type droit, propre sur lui, etc., et se voir néanmoins jeté en prison».

Oui, c’était le papa de Jean. «Moins de trois mois plus tard, mon père, ma mère, mon frère et moi, nous nous retrouvions sur un quai de gare, à Prague, en Tchécoslovaquie […]. Nous avions traversé l’Allemagne. Par train. Et très discrètement. Quant à mon père, on peut dire que je faisais quasiment connaissance avec lui, puisque, depuis que j’avais eu mes trois ans, je ne l’avais jamais revu.»

 
 

Ebranlement. Jean Salem est à présent philosophe, professeur à la Sorbonne et directeur du Centre d’histoire des systèmes de pensée moderne. Il est l’un des grands spécialistes du matérialisme antique, à la tête d’une belle œuvre, qui porte sur Démocrite, Epicure et Lucrèce, mais aussi les Lumières, l’art de la Renaissance, les libertins du XVIIe siècle, Maupassant, Spinoza, Marx et Lénine. C’est un homme charmant, d’une politesse exquise, surannée, toujours enclin à l’ironie, qui, parlerait-il de la bataille de Stalingrad ou de l’Ouzbékistan, ne rate jamais un imparfait du subjonctif.  Il est né le 16 novembre 1952 à Alger.  Il est le fils d’Henri Alleg, pseudonyme d’Harry Salem. Lorsque celui-ci s’évade, Jean a neuf ans.  Il ne sait rien des activités politiques de son père.

On réalise mal aujourd’hui l’ébranlement des consciences que produit en France et dans le monde la Question d’Henri Alleg. L’ouvrage paraît le 18 février 1958. On savait peu ou prou que l’armée française torturait en Algérie. Mais le témoignage d’Alleg est décisif, qui décrit les pires horreurs subies - coups de pieds, gifles, brûlures, étouffement, «gégène», courant de magnéto haute tension sur les parties génitales, supplice de la baignoire - de la façon la plus sobre, avec «le ton neutre de l’Histoire», écrira François Mauriac. «On te niquera la gueule… On va faire parler ta femme… Tes enfants arrivent de Paris», lui crachent ses tortionnaires. Abîmé, couvert de blessures et d’ecchymoses, il leur répond : «Vous pouvez revenir avec votre magnéto, je vous attends, je n’ai pas peur de vous.» Il ne parlera pas. La presse donne à la Question - porté à l’écran par Laurent Heynemann en 1977un écho considérable. Jean-Paul Sartre écrit dans l’Express l’un de ses textes politiques les plus intenses, «Une victoire», qui deviendra la postface à l’ouvrage. L’interdiction du livre provoque des interpellations parlementaires, une adresse solennelle envoyée au président René Coty (signée par Sartre, Mauriac, André Malraux, Roger Martin du Gard…), une vague de protestations dans tout le pays. En dépit de la censure, il est réédité à Lausanne, puis, en octobre 1959, repris chez Minuit, l’éditeur d’origine, vendu à 150 000 exemplaires, traduit dans plus de quinze langues… Sartre avait raison : «Une victoire.»

Fils de tailleurs, né à Londres le 20 juillet 1921 dans une famille de juifs russo-polonais qui a fui les pogroms, naturalisé français, Harry Salem arrive à Alger en 1939, et prend fait et cause pour le peuple algérien. Il adhère au Parti communiste algérien, et entre à Alger républicain, où il signe «Henri Alleg» et dont il prend la direction en 1951.  Le journal a une ligne anticolonialiste et favorable à l’indépendance de l’Algérie.  En 1955, il est frappé d’interdiction. Alleg entre dans la clandestinité. Il est arrêté le 12 juin 1957 par les hommes de la 10e division parachutiste, alors qu’il se rend au domicile de son ami le mathématicien Maurice Audin - qui mourra, lui, sous la torture. Alleg est séquestré un mois à El-Biar : c’est là qu’il est torturé. Il est ensuite transféré au camp de Lodi, puis à la prison civile d’Alger, Barberousse, où il écrit la Question sur des feuilles de papier hygiénique qu’il parvient à transmettre au jour le jour à ses avocats. Ce n’est que le 15 juin 1960, trois ans après son arrestation, qu’il est condamné par le Tribunal permanent des Forces armées d’Alger à dix ans d’emprisonnement pour «atteinte à la sûreté extérieure de l’Etat». Il est alors transféré à la prison de Rennes, d’où il s’évade - pour rejoindre la Tchécoslovaquie avec sa famille.

Alleg retournera dans l’Algérie indépendante en 1962, fera reparaître Alger républicain, puis reviendra en France et y poursuivra sa vie de militant communiste, de journaliste (l’Humanité), d’essayiste et d’historien. Il est mort à Paris le 17 juillet 2013.

 

Faim. Cela n’a pas dû être toujours facile, pour Jean Salem, d’être le fils d’Henri Alleg. Non parce que l’héritage aurait été très lourd. Il l’a, au contraire, porté avec joie et fierté, faisant siens, par libre choix, ses valeurs, ses principes moraux, ses convictions de communiste, combattant pour la justice sociale et la paix… Mais parce que toute sa jeunesse, il a eu à vivre ses absences, suivre ses itinérances, s’ennuyer beaucoup en Provence, «être» tantôt algérien, tantôt russe, tantôt français… Dans Résistances, il raconte à Aymeric Monville sa vie, son enfance, son itinéraire intellectuel, sa faim inextinguible de connaissance, ses passions, le latin, le grec, les hiéroglyphes, Maupassant, Crébillon, Pétrone, le théâtre, les voyages, ses démêlés avec une gauche qui déteste sa propre histoire…

Quand Henri Alleg est arrêté, sa femme, Gilberte, est expulsée d’Algérie et s’installe à Saint-Ouen, avec André, l’aîné des enfants. Jean, lui, est hébergé à Tarascon par Grannie et Tatie. «Je crois qu’en sept ou huit années, je n’aurai pas eu l’occasion d’accueillir plus de deux fois l’un de mes camarades de classe, afin qu’il vienne goûter ou passer un moment en ma compagnie.» Puis, «téléporté», se retrouve avec les siens à Prague. La famille est logée «dans un hôtel qui s’appelait un peu pompeusement l’"Hôtel Palace"», en fait l’«hôtel du Parti [tchécoslovaque]», qui, «rénové et privatisé, comme de juste», subsiste encore, rue Panská. Mais les parents,«en bons et en authentiques communistes», ne tiennent pas à «cette vie de luxe plus ou moins relatif», et obtiennent un appartement «dans une sorte de HLM» à Novi Hloubětín. Les enfants sont inscrits à l’école de l’ambassade soviétique, où l’enseignement est donné en langue russe. L’«immersion»dans le nouveau système scolaire se fait sans trop de difficulté. Certes, Jean fait rire sa classe quand il se trompe d’accent tonique, et raconte avoir vu place Venceslas un kiosque où étaient exposées des… patates (kartóchki), et non des journaux ou des cartes postales (kártotchki). Mais, au bout de trois mois, il arrive à manier la langue.

Le militant politique devant tout sacrifier à sa cause, c’est l’union familiale qui en souffre : Henri et Gilberte Alleg sont invités à «aller regarder de près la révolution à Cuba», puis, fin 1962, à retourner dans l’Algérie indépendante. «Et nous, fils de justes entre tous les justes, nous ne pouvions qu’acquiescer.» Jean et son frère sont d’abord placés dans «le "camp" de pionniers» d’Artek, sur la mer Noire, Crimée, où ils sont comme «des scouts de nos pays "libres" et "démocratiques"». Puis confiés à la Maison internationale de l’enfance, à Ivanovo, 250 km au nord-est de Moscou - un internat où étaient accueillis les enfants de communistes pourchassés dans leurs pays. «Je me souviens que nous rampions dans un champ tout à fait immense, afin d’y dérober un chou, ou pour y déterrer quelques maigres carottes qu’un bout de vitre cassée nous permettrait d’éplucher grossièrement. J’en déduis que nous avions faim.» L’ambiance y était «plutôt spartiate». Mais, à part une agression (un «grand escogriffe» lui inflige, «comme ça, "histoire de rire", dirait Maupassant», une «invraisemblable dérouillée»)Jean ne subit ni coups, ni injures, ni abus - à une «tondaison» près, «censément destinée à soutenir l’effort de guerre que, depuis un temps infini, l’infatigable armée des poux imposait sans relâche aux masses laborieuses de l’Union soviétique» : le coiffeur dégage «une autoroute de part et d’autre de laquelle, comme les murailles d’eau de la mer Rouge, les masses de mes cheveux se sont écartées. Dans le miroir, une larme coule sur l’une de mes joues…» Quelques mois après, l’adolescent est «redéposé» en Provence, pour enfin, en 1964, retrouver ses parents en Algérie.

Optimisme. Jean connaîtra bien d’autres «ballottements» et «voyages autour de sa chambre», avant de devenir, des années plus tard, un globe-trotteur quasiment professionnel, seul, ou avec sa compagne, Michèle, et ses enfants, Jacques-Yves et Raphaëlle. Il a comme une soif de «cosmopolitisme» (visite tout, Israël, Maghreb, Inde, Sri Lanka, Turquie, pays européens, Russie encore et toujours, Corée du Sud, Venezuela, Chine…) qu’accompagnent la soif de lire (on se demande s’il y a un livre qu’il n’ait pas lu, de la littérature gréco-latine, française, latino-américaine, russe, italienne…) et l’amour de l’art… «Je crois pouvoir dire que j’ai travaillé près de 15 ou 16 heures par jour, en considérant que tout ce qui n’était pas du temps passé devant l’ordinateur ou en bibliothèque c’était du temps perdu.» Il «gyrovague» pendant ses études : égyptologie, sciences politiques, histoire de l’art, médecine («je demeure jusqu’à ce jour à peu près imbattable concernant l’appareil uro-génital de la souris…»). Avant d’opter pour la philosophie, devenir professeur au lycée de Fourmies (Nord) - pendant les vacances, il guide les touristes français au musée Pouchkine de Moscou ou à la galerie Tretiakov, et des touristes russes à Venise ou Florence -, puis à l’université. Il aurait voulu, bien sûr, faire la «6 000e thèse» sur Marx : c’est Marcel Conche qui le convainc de la consacrer plutôt à l’Ethique épicurienne d’après Epicure et Lucrèce.

Dans l’épicurisme, Salem retrouve «le matérialisme philosophique de Marx, la causticité de Marx, la santé et la tonicité de Marx, un immense optimisme naturaliste, mais agrémentés d’un évident pessimisme anthropologique et d’une invitation à l’abstention politique». L’optimisme, il le fera toujours sien, car rien ne freinera sa recherche du bonheur, indissolublement liée à l’établissement de la justice sociale. L’«abstention politique», il ne la connaîtra guère, mais ses combats lui paraîtront avoir été désespérés par ce qu’il appelle les «années de plomb», ces années qu’ouvre la «mitterrandôlatrie», pendant lesquelles la gauche, envoûtée par les sirènes libérales, perd son âme, et, par une sorte de «détestation de soi»,liquide «ce qui restait du mouvement communiste».  Jean Salem demeure fidèle aux idéaux de son père.  Le séminaire qu’il anime à la Sorbonne - «150 à 200 auditeurs qui se pressent dans l’amphithéâtre Lefebvre» - s’appelle«Marx au XXIe siècle». Enfant, il avait, à Alger, des lapins et une tortue qu’il avait baptisée du prénom russe de Valentina - «en l’honneur de Valentina Terechkova, la première femme cosmonaute».

Robert MAGGIORI

 

SOURCE:

Jean Salem: tel père, tel fils

http://www.liberation.fr/livres/2015/02/18/tel-pere-tel-fils_1

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3 mars 2015 2 03 /03 /mars /2015 21:35
Lu sur le blog de l'UL CGT de Dieppe
La CGT a 120 ans: l'IHS-CGT sur France-Inter le 4 mars 2015

IHS CGT Histoire, Culture

03 mars 2015
La CGT a 120 ans: l'IHS-CGT sur France-Inter le 4 mars 2015

Dans le cadre des 120 ans de la CGT, Éliane Bressol, président de l'IHS CGT d'Histoire sociale présentera l'exposition "La CGT a 120 ans" sur les ondes de France Inter le 4 mars 2015, à partir de 6h20.

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28 février 2015 6 28 /02 /février /2015 15:50

Lu sur le site du "Canard républicain"

le 23 février 2015
par   John Groleau

La Fondation Ford et l’Université libre de Berlin (Freie Universität Berlin)

En 2008, Ludovic Tournès publia un article intitulé « La fondation Rockefeller et la construction d'une politique des sciences sociales en France (1918-1940) » dans la revue Annales. Histoire, Sciences Sociales, Éditions de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) [1]. Cette dernière avait été financée justement par la Fondation Rockefeller [2]. Cet historien dirigea un ouvrage collectif, L’argent de l’influence. Les fondations américaines et leurs réseaux européens, publié en 2010 dans la collection Mémoires/Culture, Éditions Autrement. Ce livre ne manque pas d’intérêt…

Ainsi, dans la conclusion p. 191, Ludovic Tournès admit que « s’agissant de la construction européenne, il est frappant de constater que, dès le début du XXe siècle, une fraction non négligeable des interlocuteurs des fondations sont aussi des partisans de l’unification de l’Europe : c’est le cas de Paul Henri Benjamin d’Estournelles de Constant avant 1914, mais aussi, après 1945, d’Altiero Spinelli, de Denis de Rougemont (président du Congrès pour la liberté de la culture de 1952 à 1966), de Robert Marjolin, ou encore de Willy Brandt. »

L’illustration de couverture de l’ouvrage est une photo de Paul G. Hoffman, président de la Fondation Ford entre 1950 et 1953 [3], remettant au recteur de l’Université libre de Berlin (Freie Universität Berlin), le professeur Hans Freiherr von Kreß, la première livraison des 20 000 livres dont les Américains vont doter l’Université. Dans le chapitre 6. « Allemagne, année zéro » ? Dénazifier et démocratiser (1945-1955) écrit par Helke Rausch, il est question de cette université p. 135 : « Les fondations vont rapidement s’intéresser à la nouvelle université. Dès 1950, la Rockefeller lui accorde 20 000 dollars. Mais c’est surtout la Fondation Ford qui va mettre la main au portefeuille, puisqu’elle accorde 1,3 million de dollars en 1951 pour construire un bâtiment d’enseignement (achevé en 1954 et baptisé “Henry Ford”), mais aussi pour financer des échanges de professeurs. En accordant ce financement, elle entend faire d’une pierre deux coups : contribuer à la lutte contre le communisme en soutenant la liberté d’expression ; favoriser la dénazification de la société allemande en favorisant un établissement dont le mode de fonctionnement rompt avec la tradition autoritaire et hiérarchique de l’université traditionnelle allemande. »

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Copie d'écran. « Construit à partir d'un don de la Fondation Ford New York dans les années 1952-1954 selon le plan des architectes berlinois F.H. Sobotka et G.Müller ».

Copie d'écran. L'une des façades du bâtiment Henry Ford de l'Université libre de Berlin.

 

Source des deux images ci-dessus : voir le film présent sur http://www.fu-berlin.de/en/sites/hfb/geschichte/wiedereroeffnung/index.html.
Visionnage en ouvrant le lien rtsp ://stream01.cedis.fu-berlin.de/pr/HFB_wiedereroeffnung.rm dans un lecteur vidéo.

L’auteur n’a pas précisé que, selon le site internet de la Freie Universität Berlin [4], le bâtiment Henry Ford a été nommé d'après Henry Ford II, fils aîné de Edsel Ford et président de la Fondation Ford entre 1943 et 1950 [5]. Il est vrai que sur l’une (toutes ?) des façades (voir l'image ci-dessus) du bâtiment, le « II » est absent. Il s’agit pourtant de ne pas le confondre avec son grand-père, Henry Ford, qui avait reçu le 30 juillet 1938 la Grand-Croix de l'Aigle allemand, la plus haute distinction nazie donnée à un étranger !

Le 30 juillet 1938, Henry Ford, à l'occasion de son 75ème anniversaire, recevant la Grand-Croix de l'Aigle allemand, la plus haute distinction nazie donnée à un étranger. Karl Kapp, consul allemand à Cleveland, lui remet le prix , tandis que Fritz Heiler , consul allemand à Détroit , serre la main d'Henry Ford.

New York Times du 1er août 1938. Henry Ford recevant la Grand-Croix de l'Aigle allemand.

Cette photo d'Associated Press a été reprise par le Washington Post dans l'article de Michael Dobbs intitulé « Ford and GM Scrutinized for Alleged Nazi Collaboration » du 30 novembre 1998 : http://www.washingtonpost.com/wp-srv/national/daily/nov98/nazicars30.htm

Source de cette image : http://www.fu-berlin.de/en/sites/kennedy/index.html

Le 26 juin 1963, J.F. Kennedy prononça un discours à l’Université libre de Berlin. Dans l'ouvrage déjà cité, p. 159, la porosité entre les fondations et le gouvernement américain est signalée avec « deux cas particulièrement éloquents : Dean Rusk a été président de la Rockefeller de 1952 à 1961 avant de devenir secrétaire d’État sous la présidence de Kennedy, une trajectoire qui croise en quelque sorte celle de McGeorge Bundy, conseiller de Kennedy pour les affaires étrangères, puis, à partir de 1966, président de la Fondation Ford. Des agents des services secrets américains (OSS et CIA) ont servi comme officers des fondations qui utilisaient ainsi leur très bonne connaissance de l’Europe, à l’image de Childbourne Gilpatrick passé de la CIA à la Fondation Rockefeller et que l’on retrouve fréquemment comme référent sur l’Italie. »

J.G., Septidi 7 Ventôse an CCXXIII

Article également publié par Agoravox.

Ci-dessus la quatrième de couverture du livre "L’argent de l’influence. Les fondations américaines et leurs réseaux européens" :

Du début du XXe siècle à la chute du mur de Berlin, les grandes fondations philanthropiques américaines (Carnegie, Rockefeller, Ford, puis Soros) n’ont pas cessé d’être présentes en Europe et d’y tisser de multiples réseaux dans les milieux intellectuels, scientifiques et politiques.
Fondées par de grands industriels symboles du capitalisme américain, ces fondations sont à la fois porteuses d’un projet de société libérale et partisanes d’une régulation des excès du capitalisme. Du fait de ces objectifs contradictoires, la nature de leurs actions en Europe dépend du contexte géopolitique : avant 1914 et pendant l’entre-deux-guerres, elles jouent le rôle de ciment entre les milieux pacifistes européens et américains ; avec la guerre froide, elles embrassent la bannière de la lutte contre le communisme. Présentes là où l’État américain ne l’est pas encore, ne l’est plus ou ne veut pas l’être officiellement, elles occupent une place à part dans la diplomatie américaine, dont elles ne contredisent jamais formellement les orientations, mais par rapport à laquelle elles s’accordent un degré d’indépendance plus ou moins important selon le contexte international.
Rassemblant les meilleurs spécialistes, l’ouvrage met en scène la diversité des actions des fondations américaines en Europe tout au long du XXe siècle. Alors que leur fonctionnement et leurs objectifs restent souvent objet de fantasmes, on les verra opérer sur le terrain et constituer des réseaux denses et durables.

Dirigé par Ludovic Tournès, professeur d’histoire des relations internationales à l’université Paris-Ouest Nanterre La Défense et chercheur à l’Institut des sciences sociales du politique (CNRS).
Avec les contributions de Frédéric Attal, Kenneth Bertrams, Diane Dosso, Nicolas Guilhot, Helke Rausch, Pierre-Yves Saunier, Marie Scot.

 

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24 février 2015 2 24 /02 /février /2015 23:06
« American Sniper » ou l’éloge d’un criminel de guerre sociopathe
URL de cet article 28062
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16 janvier 2015 5 16 /01 /janvier /2015 15:20

Lu sur "Réveil communiste".  J'ai lu cette bande dessinée.  Remarquable, claire, accessible. Je partage la présentation faite ci-dessous.  A lire.  Y.G.

L’audacieux pari du "Capital" de Karl Marx en manga

Sur Actua BD
Signalé par Pascal BavencoveL'audacieux pari du "Capital" de Karl Marx en manga

 

Adapter l’œuvre majeure de Karl Marx en bande dessinée : voilà une gageure...qui se révèle heureusement à la hauteur de ses ambitions ! Un premier tome concentré sur l’exemple, tandis que le second dissèque le capitalisme sous toutes ses coutures. Un diptyque édifiant en ces temps d’interrogation sur la marche du monde.

Alors que l’Occident supporte encore les conséquences des crises financières liées au capitalisme, la Chine issue du communisme se libéralise petit à petit et devient la première puissance économique mondiale. C’est dans ce contexte particulier qu’une nouvelle lecture de l’œuvre fondamentale de Karl Marx peut apporter des éclairages intéressants. Cette publication intervient d’ailleurs à un moment où la société se prend à relire les grands penseurs de gauche... À la recherche d’une nouvelle solution ? 

C’est sous la signature toute anonyme d’un collectif que cette adaptation audacieuse arrive dans nos librairies. Loin d’une série au long cours comme on pouvait s’y attendre (et s’en lasser) en pensant aux trois mille pages de l’œuvre originelle, c’est sous la forme d’un diptyque que cette thématique particulière se valorise de la meilleure façon.

Une mise en situation par l’exemple

Robin, jeune fromager artisanal, a beaucoup de succès sur les petits marchés. Il rencontre ainsi un entrepreneur qui lui propose de se lancer dans la production industrielle de ses fromages. Robin, dont la mère est décédée faute d’argent pour payer ses soins médicaux, souhaite s’enrichir et cède aux avances du capitalisme.

L'audacieux pari du "Capital" de Karl Marx en manga

Si Robin devient donc un patron, il doit désormais veiller sur sa rentabilité et sa productivité. Mais la crise guette et il va ainsi prendre conscience du monstre affamé et insatiable qu’est le capitalisme. Ce récit imaginaire s’accompagne des commentaires de Friedrich Engels (auteur des livres 2 et 3 de cette somme, sur la base des brouillons de Marx. NDLR) pour une meilleure compréhension des mécanismes du capitalisme qui, finalement, n’épargnent personne, même pas ceux qui l’ont engendré.

Une adaptation audacieuse

Si Le Capital est l’œuvre la plus connue de Karl Marx, elle demeure sans doute la moins lue, car considérée comme la plus ardue, ou développant des thèses qui ne semblent plus d’actualité.

Cette adaptation en manga prend d’ailleurs les traits d’une gageure : comment imaginer transposer cette vision économique et sociale dans un média aussi populaire et facile d’accès ? Pourtant, ce diptyque y parvient de manière stimulante, servant un discours aussi clair que précis.

Une vision dichotomique

Le premier tome s’attache principalement à l’exemple de ce jeune fromager, décidé à répondre favorablement à l’investisseur qui se propose, mais contraint d’augmenter les cadences pour faire face aux demandes du marché. La caricature est parfois un peu facile, mais on comprend rapidement les dérives du système, qu’il s’impose d’ailleurs à lui-même (s’étendre, grignoter les marges ou faire faillite).

Pour autant, le second tome est nettement plus centré sur la philosophie du système, que Marx enseigna et que Friedrich Engels transposa dans la suite du Capital, après le décès du maître. Le résultat est saisissant d’intérêt ! Se détachant de l’exemple, tout en n’hésitant pas à faire des liens pour asseoir sa théorie, chaque page analyse en profondeur les mécanismes du système dans lequel nous évoluons tous.

Un préfacier d’exception

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Le tome 2 clôt le raisonnement.

Pour introduire au mieux cette adaptation, l’éditeur a été choisir Olivier Besancenot, où moment où celui-ci fait état de sa volonté de prendre du champ par rapport à la politique. Le jeune facteur de Neuilly s’est fait remarquer comme candidat du parti d’extrême-gauche, la Ligue Communiste Révolutionnaire, et est actuellement l’un des porte-parole du Nouveau Parti Anticapitaliste. Lors des élections présidentielles de 2002 et 2007, cette forte personnalité a su s’imposer malgré la chute du Parti Communiste Français, en totalisant à chaque fois plus de 4% des votes.

Sa position engagée contre le capitalisme et sa notoriété en font donc un excellent intervenant pour introduire ce récit. Cela fait, on est surpris de découvrir en fin de volume... de la publicité pour le livre du nouveau parti de Besancenot ! Ceci est assez inédit. Est-ce à dire que le préfacier a exigé une publicité pour cet ouvrage en échange d’un texte introductif ?« Pas glop ! », disait-on dans un illustré pour la jeunesse à tendance communiste.

Surtout lorsque, de la même façon, on découvre, non sans ironie, que cette publication est le fait de l’éditeur toulonnais Soleil, plutôt réputé pour sa réussite commerciale.

En dehors de ces considérations, la lecture de ce Capital se révèle passionnante, pour sa facilité d’accès et la pertinence actuelle de ses propos, en dépit de l’impasse faite sur la place que le tertiaire a prise dans nos sociétés depuis le 19e siècle, mais cela ne retire en rien l’intérêt de ce diptyque stimulant pour la réflexion.

Du Capital, commander :
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(par Charles-Louis Detournay)

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23 septembre 2014 2 23 /09 /septembre /2014 07:00

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Compte-rendu AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/ *

 

« Il était une fois l'histoire d'un cinéma et d'un pays qui ne sont plus », ainsi commence ce documentaire fascinant qui retrace l'histoire du cinéma dans un pays communiste pas comme les autres : la Yougoslavie. Une façon originale de comprendre la « Yougostalgie ».

 

Ce documentaire nostalgique presque malgré lui, jouant de l'ironie sans malveillance, remplit un rôle assumé :lutter contre l'effacement de la mémoire de l'ancienne Yougoslavie socialiste.

 

C'est ce qui explique l'immense succès qu'il rencontre dans les pays d'ex-Yougoslavie, s'ajoutant à sa qualité formelle et documentaire qui lui a valu 13 prix internationaux, le mérite en revenant à sa jeune réalisatrice Mila Turajlic.

 

En suivant l'épopée du cinéma yougoslave, c'est l'histoire de ce pays qui nous est contée. A travers un prisme peut-être déformant on en apprend beaucoup sur la réalité du socialisme à la Tito, ses réussites comme ses limites, l'énorme trace qu'il a laissée dans les ex-Républiques yougoslaves.

 

Le documentaire retrace deux facettes d'un cinéma yougoslave qui fut, avec celui français et dans une moindre mesure italien, le seul à résister à la vague des films américains.

 

Le « cinéma de partisan », célébrer la Résistance communiste

 

La première facette, c'est celle d'un cinéma militant et épique, servant la propagande du nouveau régime, célébrant la Yougoslavie unie, socialiste et résistante. Ce « cinéma des partisans », c'est 400 films qui se limitent pas à l'immédiat après-guerre mais continue jusqu'aux années 1980. 

Transcription d'un optimisme quelque peu ingénu dans le monde nouveau né de la Résistance, foi sincère dans la construction du socialisme ou fascination pour la figure du chef communiste et père de la nation Tito, il y a un peu de tout cela dans ces films qui ont rencontré un énorme succès, incarnation de l'image que le peuple yougoslave voulait se donner de lui-même.

 

Les héros sont plus la jeunesse militante, le prolétariat triomphant, les femmes engagées que Tito lui-même, figure invisible dans ces films mais omniprésente, sorte de Dieu caché, de messie libérateur impossible à représenter physiquement.

L' « aube nouvelle » promise, c'est cette fraternité retrouvée dans la Résistance au fascisme. Aux cris de « mort au fascisme », les partisans répondent « liberté pour le peuple », qui était le slogan des antifascistes yougoslaves, scandé le poing sur la tempe.

Ces films sont révélateurs d'une réalité, celle d'un pays qui s'est libéré essentiellement par ses propres forces, avec l'action décisive du Parti communiste, de son chef le Maréchal Tito, qui a su l'incarner la résistance à l'occupant, la nation multi-culturelle et prendre la direction aux monarchistes de Mihaljovic.

Les partisans de Tito – célébrés jusque dans le célèbre club sportif du « Partizan » – vont devenir une véritable armée populaire qui comptera jusqu'à 800 000 combattants, de toute origine ethnique, ce qui fera sa force par rapport aux nationalistes croates ou serbes.

 

Les partisans résisteront aux attaques des collaborateurs serbes de Nedic, aux fascistes croates oustachis du sinistre Pavelic, aux armées allemande, italienne et bulgare, parvenant à immobiliser entre 10 et 20 divisions allemandes pendant tout le conflit.

 

Certes la réalité est déformée, exagérée dans ses films qui gomment totalement les antagonismes entre nations, la complexité des alignements de la population perçue comme unanimement comme résistante – pourtant à côté de cette vaste résistance populaire communiste, il y eut aussi un groupe monarchistes (« Tchetniks ») à l'attitude plus ambiguë, des collaborateurs surtout en terre croate. 

Ce cinéma en est venu à être la caricature de lui-même, pendant des films d'action hollywoodiens, où une balle tue dix soldats allemands, les charges se font en chantant, le « bien » triomphe du « mal ».

Mais face à la valorisation de l'individualisme, le nationalisme, la guerre côté américain, le cinéma yougoslave insistait sur la solidarité, la fraternité multi-culturelle, la paix à venir.

Il a forgé ses stars, comme Bata Zivojnovic – adulé jusqu'en Chine ! – celui qui « aurait tué plus d'Allemands que Patton lui-même » (sic). Il a produit des navets, mais aussi des chefs d’œuvre, telle la Bataille de Neretva (1969) qui a remporté l'Oscar ou la bataille de Sutejska (1973).

 

« Hollywood-sur-le Danube » : Orson Welles, Alain Delon et Tito

 

La seconde facette, c'est un cinéma populaire, plus commercial, en partenariat avec les productions américaines, italiennes ou françaises. 

La Yougoslavie n'était pas un pays communiste comme les autres, pour le meilleur et pour le pire. Elle reposait sur un soutien populaire incontestable, avait construit un socialisme original (« auto-gestionnaire ») mais reposant sur une unité fragile, elle-même minée par cette dynamique décentralisée, auto-gestionnaire, de plus en plus dépendante envers le monde capitaliste.

En 1948, Tito rompt avec Staline et le mouvement communiste international, pour des raisons paradoxales : Tito à la fois adoptait une position agressive envers l'ouest sur la question de Trieste, soutenait la résistance grecque, tout en suivant un modèle économique mixte, un ensemble de positions réprouvées par Staline qui cherchait la paix en Europe mais aussi l'adoption d'un socialisme à la soviétique ainsi qu'un alignement sur les positions étrangères de Moscou.

La conséquence de ce schisme – qui sera résorbé largement dans les années 1950 – c'est non seulement l'adoption par la Yougoslavie d'une position non-alignée, tiers-mondiste aux côtés des « socialisants » l'Indonésien Soekarno, l'Egyptien Nasser, l'Indien Nehru ou des communistes de la Chine de Mao et Cuba de Fidel et du Che.

 

Mais c'est aussi l'ouverture au « bloc occidental », diplomatique et économique. Les investissements affluent vers la Yougoslavie du « camarade Tito », qui engage des réformes qui entament l'introduction d'une dose de capitalisme aux conséquences périlleuses (endettement, concurrence exacerbée dans le pays, contrainte extérieure imposant des réformes libérales).

Sur le plan culturel, cinématographique, la Yougoslavie accepte de diffuser des films américains, qui connaissent un succès sans supplanter le cinéma national. Surtout, à partir des années 1960, la Yougoslavie devient le lieu de tournage de gigantesques co-productions.

Les plus grands réalisateurs, les plus célèbres acteurs passent alors par Belgrade : Orson Welles, Alfred Hitchcock, Sergei Bondarchuk, Giuseppe de Santis côté réalisation, Yul Brunner, Alain Delon, Sofia Loren, Richard Burton, Elisabeth Taylor, Kirk Douglas, Anthony Hopkins ou Anthony Quinn côté acteurs.

AVALA produira un certain nombre de grandes productions commerciales aux décors somptueux, aux costumes éblouissants, pour les groupes étrangers en échange de devises sonnantes et trébuchantes.

Mais dans un deuxième temps, ce sont les stars hollywoodiennes qui viendront participer aux grands films de partisans Yougoslaves.

Ainsi on retrouve Orson Welles comme conseiller à la réalisation de la « Bataille de Sutjeska », Richard Burton pour incarner Tito, et Mikis Theodorakis à la musique. Dans le film oscarisé « la bataille de Neretva », Yul Brunner en leader partisan s'oppose à Orson Welles leader monarchiste, avec une affiche signée Pablo Picasso !

Cette pléiade de stars se révèle fascinée par le personnage Tito au point pour Orson Welles de le qualifier « de plus grand homme d’État vivant », en raison de son passé de résistant, son action pour transformer son pays de façon progressiste.

 

Pourquoi les Serbes, Bosniaques, Slovènes sont-ils « Yougonostalgiques » ? Ce que nous apprend le film

 

Certes, ce portrait du cinéma yougoslave ne manquera pas de laisser sur sa faim nombre d'amoureux de ce cinéma.

D'abord, parce qu'il met totalement de côté un cinéma loin de ces extrêmes – cinéma commercial para-hollywoodiens vs cinéma partisan para-soviétique – gommant la richesse, la diversité de ce cinéma, qui trouva un écho à la « Nouvelle vague » française dans la « Vague noire » yougoslave, plus subversive, libre dans ses formes, attachées aux contradictions de la psychologie humaine.

Ensuite, parce qu'en choisissant l'angle de l'interview des réalisateurs, projectionnistes, acteurs, on oublie un peu le public de l'époque, sa réception de ce cinéma yougoslave : a-t-il été aimé par son peuple ? A-t-il contribué à élever les consciences, à forger de nouveaux sentiments, a-t-il reproduit de vieux schémas mentaux, a-t-il réussi à soulever les contradictions d'une société sans la miner ?

Toutefois, ce film est d'une valeur rare car il nous apprend quelque chose sur ce que fut la Yougoslavie :

 

1 – la construction d'une nation sur des bases progressistes, socialistes, antifascistes : oui, la Yougoslavie nouvelle de Tito est née d'un « récit national », a perduré sur une « propagande », comme tout régime.

Cette « propagande », ce « récit » : c'étaient ceux de la fraternité entre Bosniaques, Croates, Serbes, Slovènes, le dévouement à la paix, l'amitié avec les peuples du Tiers-monde, la fierté nationale sur la base de l'antifascisme, la construction du socialisme comme espoir d'un monde meilleur.

Au nom de cette unité mythifiée, les antagonismes sociaux, nationaux ont été gommés. L'histoire de la Seconde guerre mondiale, masquant les terribles exactions, les massacres, l'anti-sémitisme des collaborateurs. Croates contre Serbes, mais aussi Serbes contre Serbes, la guerre de libération nationale fut aussi une horrible guerre civile qui fit près de 2 millions de morts.

Ce fut la force de la Yougoslavie de Tito de proposer une idéologie – par définition nécessairement déformatrice, mobilisatrice et unificatrice – qu'on retrouve dans ce cinéma qui choisit l'unité, la réconciliation, le multi-culturalisme sur la division, la vengeance, la haine ethnique.

 

2 – la popularité d'un régime, d'un système socialiste qui a donné une dignité à un peuple : malgré les limites du documentaire, on perçoit que ces films – en particulier ceux épiques sur les partisans, les plus idéologiques – ont été immensément populaires.

Les réalisateurs de l'époque rappelaient qu'ils faisaient la tournée des usines, que les ouvriers étaient toujours prêt à contribuer financièrement au succès du prochain film. Les acteurs étaient les héros accessibles des travailleurs yougoslaves, dans l'usine, la rue, ou dans les grands festivals, comme celui des Arènes de Pula, en Croatie.

La popularité de ce cinéma était aussi celle de Tito, leader aimé, pleuré à sa mort et longtemps après, jamais présent (hormis une fois) dans les films, leader énigmatique et glorieux de la Résistance, bête noire des occupants (comme le sera Ho-Chi-Minh plus tard). Le public adorait voir à l'écran cette image de Tito, héros national, dirigeant du peuple, partisan communiste.

Tito lui-même était un grand amateur de cinéma. Il aurait dans son cinéma personnel regardé plus de 8 000 films, il donnait son avis sur chaque film, comme conseiller historique, assistant technique, spectateur critique.

Une popularité qui rejaillit à l'international. Outre les acteurs d'Hollywood, de la Cinecittà, ce sont aussi tous les dirigeants du monde qui accueillent en grande pompe Tito : des Etats-unis à la Chine, de l'URSS à la France, du Mexique à l'Indonésie, de l'Algérie à la Syrie.

 

3 – La nostalgie envers un système socialiste qui n'est plus : c'est ce qui prédomine dans le film, en dépit de ses contradictions internes. C'est Good bye Tito, pourrait-on dire de façon peu opportune.

Les protagonistes du film – acteurs, réalisateurs, producteurs, accessoiristes, techniciens – évoquent d'une part un âge d'or du cinéma yougoslave disposant de moyens abondants, profitant de la priorité donnée à la culture dans l’État socialiste en particulier au cinéma, suivant les préceptes de Lénine.

Plus largement, le socialisme se révèle être au quotidien un paradis perdu.

Ce qu'ont perdu les Yougoslaves, comme le rappellent plusieurs protagonistes, « ce sont des droits inestimables perdus à jamais sous le capitalisme », une société où « on vivait heureux, libres de s'aimer, sans peur du lendemain ».

Le témoignage le plus étonnant est celui de cet homme de cinéma qui avait quitté la Yougoslavie en 1952 pour fuir le communisme, revient en 1975 et est stupéfait du niveau de civilisation : « les gens vivaient si bien sous le communisme, il y avait des sorties pour les enfants, les soins étaient gratuits, comme les transports, le logement, l'éducation. Tout était gratuit, c'était incroyable ».

 

4 – Des contradictions réelles évoquées avec bienveillance : le portrait révélé de Tito est parfois à la limite de l'hagiographie involontaire sur ce personnage séducteur qui maîtrise sa propre image, piégé et piégeant son pays dans ce mythe construit autour d'une nation identifiée à lui.

Le dictateur Tito est à la fois bienveillant et intrusif, il veut contrôler « son » cinéma. Loin de la fiction du totalitarisme, on est quand même dans une conception autoritaire, personnelle de la culture, soumise aux revirements tactiques, aux excentricités, aux grands-écarts du chef.

Ce cinéma yougoslave, parfois brillant, est aussi partagé entre une tendance à l' « opportunisme » du cinéma de qualité médiocre, à l'occidentale, et le « manichéisme » de type stalinien, qui perdurera peut-être relativement plus longtemps qu'en URSS.

La difficulté de la critique artistique, nécessaire, vite assimilée à une dissidence politique coupable est évoquée. Ceux qui en sont victimes, perdant leur emploi, leur position, soulignent la contradiction vécue dans leur chair, sans nier qu'ils conservent une nostalgie de cette époque dorée.

C'est surtout la fragilité de la construction unitaire qui transparaît, à mesure que le discours cinématographique sur la Résistance devient plus abstrait, les extravagances de Tito écornent son image de dirigeant populaire, tandis que les tensions s'accumulent sur fond d'inégalités territoriales forgées dans une histoire déchirante, renforcées par l'économie mixte, décentralisée yougoslave.

Cet élément se ressent à certains moments du film, mais il n'est qu'évoqué de façon allusive. Or, les contradictions de ce cinéma parfois schizophrénique auraient pu permettre de l'évoquer de façon plus critique.

 

5 – La Yougoslavie après 1992, du paradis (reconstruit) au cauchemar (réel) : enfin pour finir, il apparaît dans ce film un regard particulier sur la « Yougostolagie », emprunt de pathétique, de bienveillance, d'ingénuité mais aussi d'ironie.

Le combat de la réalisatrice semble aussi de lutter contre l'effacement de la mémoire qui fera de ce pays « soit un objet de damnation, soit de glorification, oubliant ce que fut réellement la Yougoslavie », comme le dit un des protagonistes.

Concrètement, c'est en évoquant l'après 1992 que la réalisatrice montre le mieux l'ampleur du désastre, qui contribue pour beaucoup à faire de la Yougoslavie de Tito, malgré toutes ses limites, un âge d'or.

Le film se finit en 1991, sur le festival du cinéma de Pula perturbé par les premiers conflits inter-ethniques et la tentative désespérée du directeur de dire « Non » à la haine raciale, « Oui » à la paix. En vain, le cinéma communiste yougoslave, ses mots d'ordre pleins de bons sentiments sont morts.

De cette tragédie que fut la guerre civile ethnique, la dissolution de la Yougoslavie, la chute du communisme – avec de lourdes responsabilités occidentales, Allemagne en tête dans la reconnaissance des indépendances – 200 000 Yougoslaves perdirent la vie. 

Les milices nostalgiques des fascistes croates firent leur réapparition, celles islamistes en Bosnie naquirent avec des fonds du Golfe, la haine raciale prit le dessus sur la solidarité nationale : tout ce que le socialisme avait fait, le nationalisme soutenu par les pays occidentaux le défaisait.

 

En 1999, le film ramène le projectionniste de Tito dans l'ancien palais présidentiel du père de la nation. Dévasté par les bombardements de l'OTAN, ce qui arrache des larmes de désespoir au vieil homme. Plusieurs milliers de Serbes sont morts pendant ce bombardement, l'économie a été réduite à néant.

En 2009, et c'est le point de départ de ce film, dans un pays en ruines, le gouvernement tente de privatiser et brader la vénérable société de cinéma AVALA, laissant les vieilles gloires du cinéma yougoslave désarmées, alors que la menace de faillite pèse sur la société et que les terrains historiques sont sur le point d'être vendus.

C'est l'image de la Yougoslavie d'aujourd'hui, un pays qui n'existe plus divisé en nations formées dans la haine, jouets des puissances étrangères et qui n'ont connu depuis 1992, avec la fin du communisme, que la guerre, la misère, la dépendance étrangère.

Les récentes émeutes de Tuzla en Bosnie et le « printemps bosnien », peu relayé dans nos médias, les mouvements sociaux massifs en Slovénie, comme le vaste courant populaire anti-impérialiste en Serbie sont le reflet de cette insatisfaction générale face au capitalisme importé à coup de bombes.

Un sondage réalisé par le quotidien « Danas » en 2010 révélait que 81 % des Serbes voient la période de Tito comme la meilleure qu'ils aient vécu, contre seulement 10 % pour le régime actuel.

 

Le succès du documentaire « Cinema komunisto », reflétant cet âge d'or de la Yougoslavie communiste s'explique aussi par cette vague de « titostalgie », de « yougostalgie », d'un peuple mesurant ce qu'il a perdu avec la chute du communisme. Allez-le voir, achetez le DVD, cela vaut la peine !

 

 

* Une projection exceptionnelle était réalisée le 18 septembre dernier au cinéma La Clef, en présence du distributeur et historien Jacques Choukroun, des « Films des deux rives »

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