La scandaleuse procédure de licenciement pour délit d'opinion anti-réchauffiste du journaliste de France 2 Philippe Verdier n'a pas fini d'altérer, en France, l'image de la COP 21. Celle-ci, déjà mise à mal par le cynisme de Laurent Fabius à l'égard des présentateurs météo, et plus généralement par l'aveuglement fanatique des zélateurs du réchauffement, ne se présente pas bien. Mais au-delà de cette médiocrité politique, se profilent des attitudes inquisitoriales que l'on croyait appartenir à l'histoire. Et, dans la grande tradition de la sensiblerie écologiste, nous voyons poindre l'éternel retour du Sacré.
LES TORQUEMADA DU RÉCHAUFFEMENT
Laurent Fabius aurait recommandé, au cours d'un petit-déjeuner de travail avec certains présentateurs météo du PAF, de parler de «chaos» climatique plutôt que de «déréglement». On se refuse à croire à tant de bêtise, ou bien c'est qu'il y a le feu à la maison réchauffiste ! Pourtant, quand on voit le déferlement de haine à l'encontre du présentateur de France 2, on s'interroge. Et plus particulièrement sur les raisons pour lesquelles les démocrates les plus exemplaires, vigilants depuis toujours, et jusqu'à l'extrême, à propos de la moindre atteinte à la liberté de pensée à l'Est ou à Cuba, ou à Caracas, justifient sans états d'âme ce qui est en train de se passer dans notre pays.
Questionner le changement climatique ? Un délit passible de licenciement !
J'ai été moi-même visé par l'un d'entre-eux pour un livre intitulé «Climat : un débat dévoyé ? » Le point d'interrogation était éloquent : je soulevais des questions car les pratiques du GIEC méritent effectivement qu'on porte sur elles un regard critique. C'était déjà mal vu des insulteurs et cela continue. J'en veux pour preuve un article haineux à l'égard de Philippe Verdier qui déshonore aujourd'hui le pourtant sympathique mensuel scientifique «Sciences et Avenir». Dès le chapô de l'article qui attaque son livre, je cite : «Voici 10 raisons pour lesquelles vous pouvez vous en épargner la lecture.» Les intertitres méritent qu'on s'y attarde : «Un amalgame entre météo et climat» (ce qui est faux). «Une légèreté insoutenable», «Des accusations éculées», «Des comparaisons tragi-comiques, un ton complotiste» (là, le gros mot est lâché, on connaît...). Mais si c'était vrai, croyez-vous que ça vaudrait le coup, du point de vue journalistique, de faire la critique d'un livre si nul ? Mais oui, semble-t-il, car la fin de l'article, particulièrement savoureuse par sa maladresse et sa bêtise, explique tout : «Alors, rien à rattraper vraiment ? Si, Philippe Verdier a raison quand il estime (p. 104) que Laurence Tubiana, représentante du Ministre Laurent Fabius sur le climat "est très compétente" (sic, et ce n'est pas moi qui souligne, PA).
Les réactions furieuses des lecteurs sur le blog du mensuel sont indignées, à juste titre.
Au-delà, cependant, de la vulgarité de pensée dont est porteur cet article sue-la-haine, il convient de réfléchir aux raisons du ton employé.
La profanation du Sacré
Il y a quelques années, je m'étais penché sur l'idéologie écologiste. Et j'y avais décelé, entre autres, un retour certain à la sacralisation de la Nature (dans ce cas, la majuscule s'impose). Voyons, par exemple, Joël de Rosnay à la fin de son utopie optimiste (Le macroscope, p. 283) : «Un sentiment religieux (une religion émergente et non pas seulement révélée) irrigue toutes les activités de l'écosociété». Voyons aussi Jean-Marie Pelt déclarant à propos de la nature, qu'elle «(...) est d'une essence qui nous dépasse infiniment, d'une essence proprement divine» et qu'il convient de jardiner la terre «(...) comme au temps d'Eden... » (Les plantes, leurs amours, leurs problèmes, leurs civilisations, p. 335-336). Ou encore René Dubos, pour qui il faut «(...) préserver les environnements naturels dans lesquels il est possible de percevoir intimement les mystères transcendant le quotidien» (Courtisons la terre, p. 238). Dans l'histoire de l'écologisme, la liste est longue de ce type d'élucubrations mystico-religieuses.
Leur sens est clair : la nature est la valeur suprême. Le plus souvent au-dessus même de l'humanité, dont les activités sont saisies comme corruptrices, destructrices, polluantes, ruineuses, gouvernées par la cupidité, etc., j'en passe et des pires encore.
Là est le fond du crime impardonnable idéologiquement commis par Philippe Verdier : il a osé discuter, quoique en affirmant n'être pas "climatosceptique", la culpabilité de l'espèce humaine dans le «changement» climatique. On n'accusera pas Laurent Fabius de ne pas supporter ce que le livre de Philippe Verdier pourrait faire de tort à la COP 21. Ce serait tellement ridicule de sa part, n'est-ce pas ?
On ne brûle plus les hérétiques de nos jours et d'ailleurs Philippe Verdier ne l'est pas. Mais notre pays ne manque pas d'inquisiteurs nantis : de Torquemada au petit pied et de Bernardo Gui empâtés dans leurs costumes gris pour le faire symboliquement en licenciant un journaliste qui faisait son métier.
Pascal Acot