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ACTION COMMUNISTE

 

Nous sommes un mouvement communiste au sens marxiste du terme. Avec ce que cela implique en matière de positions de classe et d'exigences de démocratie vraie. Nous nous inscrivons donc dans les luttes anti-capitalistes et relayons les idées dont elles sont porteuses. Ainsi, nous n'acceptons pas les combinaisont politiciennes venues d'en-haut. Et, très favorables aux coopérations internationales, nous nous opposons résolument à toute constitution européenne.

Nous contacter : action.communiste76@orange.fr>

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Humeur

Chaque semaine, AC attribue un "roquet d'or" à un journaliste qui n'aura pas honoré son métier, que ce soit par sa complaisance politique envers les forces de l'argent, son agressivité corporatiste, son inculture, ou sa bêtise, ou les quatre à la fois.

Cette semaine, sur le conseil avisé de la section bruxelloise d'Action communiste, le Roquet d'Or est attribué  à Thierry Steiner pour la vulgarité insultante de son commentaire sur les réductions d'effectifs chez Renault : "Renault fait la vidange"...  (lors du 7-10 du 25 juillet).


Vos avis et propositions de nominations sont les bienvenus, tant la tâche est immense... [Toujours préciser la date, le titre de l'émission et le nom du lauréat éventuel].

 

 
23 septembre 2014 2 23 /09 /septembre /2014 16:18
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12 septembre 2014 5 12 /09 /septembre /2014 15:26

Merci au Collectif Communiste Polex et à Alain Ruscio pour ce texte.

Tous les combats de MADELEINE RIFFAUD

madeleine-riffaud.jpg

Ce 23 août 2014 , Madeleine Riffaud – mais elle est, elle reste, pour des milliers de ses amis, Madeleine, tout simplement – a 90 ans. La connaissant, nous savons déjà que nous allons subir ses foudres, pour ne pas dire plus, de rappeler ce simple fait. « Je n‘ai jamais fêté mes anniversaires, ce n’est pas maintenant que je vais commencer ». Et pourtant, Madeleine doit l’accepter : son destin appartient un peu à la grande communauté de ses amis, de ses camarades. Et nous avons bien le droit, nous, de saisir chaque occasion pour lui dire combien nous l’aimons, nous l’admirons.

 

Un jeune cinéaste franco-vietnamien, Philippe Rostan, avait réalisé il y a quelques années un film remarqué, « Les trois guerres de Madeleine Riffaud » (Résistance, Algérie, Vietnam). Nous pourrions ajouter : … et tout le reste, alors ?

 

Elle a dix-huit ans lorsqu’elle établit le contact avec la Résistance à la Fac de Médecine de Paris. Elle y adopte le nom de guerre de Rainer (clin d’œil internationaliste au grand poète allemand Rainer Maria Rilke). Et son courage amène ses camarades de lutte à lui confier des missions de plus en plus périlleuses. En 1944, alors que la Wehrmacht est partout en recul, la Résistance décide de franchir un cran dans la lutte armée dans la capitale, avant l’arrivée des troupes alliées. « Nous voulions que Paris se libère elle-même », rappelle-t-elle (« Madeleine Riffaud toujours en Résistance », film de Jorge Amat). Elle est volontaire pour une mission périlleuse : abattre un officier allemand. Elle passe à l’acte sur le pont de Solferino. « Neuf balles dans mon chargeur / Pour venger tous mes frères / Ça fait mal de tuer / C’est la première fois / Sept balles dans mon chargeur / C’était si simple / L’homme qui tirait l’autre nuit / C’était moi ». Arrêtée par un milicien, livrée à la Gestapo, torturée, condamnée à mort, elle échappe in extremis au peloton d’exécution, grâce à un échange de prisonniers. Cela se passe le 19 août, au moment précis où commence l’ultime combat pour la libération de Paris. Madeleine, qui a rang d’officier FTP, rejoint son groupe, Saint-Just (quel plus beau nom trouver ?), dont elle prend le commandement. Le 23 août, ce groupe prend d’assaut et bloque un train blindé allemand, au tunnel des Buttes-Chaumont. 23 août 1944 ? Le jour de ses vingt ans. Mais pour elle, pas de trêve : le 25 elle est, toujours à la tête de sa compagnie, à l’assaut du tout dernier bastion allemand, la caserne de la place de la République. C’est ce jour-là que de Gaulle prononce sa célèbre phrase « Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! mais Paris libéré !... ». Libéré par son peuple, oui. Mais à ce moment Michel Tagrine, jeune héros FTP de 22 ans, compagnon d’armes de Madeleine, vient d’être fauché, l’un des derniers martyrs de la Libération. Ce soir-là, raconte Madeleine, alors que tout Paris riait, nous, ses compagnons d’armes, pleurions comme des gosses… Cette première expérience exceptionnelle, cette Résistance d’une très jeune femme, sera plus tard contée par elle sous le titre « On l’appelait Rainer ».

 

C’est ensuite, après la Libération, une nouvelle vie, le tourbillon un peu fou de la victoire, d’un début de célébrité. « Je suis tombée dans la légalité comme on plonge les fesses dans un seau d’eau froide », dit-elle (film Jorge Amat). Elle rencontre les dirigeants du PCF, fait la connaissance d’Eluard, de Picasso (qui fera plus tard son portrait), d’Aragon, de Vercors, à qui elle voue depuis une grande admiration. Elle devient l’épouse de Pierre Daix, un autre héros de la Résistance, dont elle se séparera dès 1947. Madeleine dit : « À cette époque, je ne savais que manipuler les armes ». Trop de modestie ! Il n’y a pas que cela : elle écrit. Des poèmes. Et magnifiquement. Son premier ouvrage, « Le poing fermé », est préfacé par Paul Eluard.

 

Simultanément, elle choisit la carrière journalistique. Elle entre à « Ce Soir », alors l’un des grands quotidiens progressistes français, dirigé par Aragon. Elle y croise une grande, grande dame, qui sera d’une influence déterminante sur le cours de sa vie : Andrée Viollis, naguère auteure de « SOS Indochine » (1935). Andrée Viollis lui présente alors Ho Chi Minh, en visite officielle en France pour tenter d’éviter le déclenchement de la guerre d’Indochine – ce qu’il ne parviendra pas à faire. Madeleine a gardé un souvenir ému de cette première rencontre (il y en eut tant d’autres !). L’oncle Ho lui dit : « Ma fille, le journalisme est un métier. Apprends, apprends, puis ensuite viens me voir dans mon pays ». Ce qu’elle fit dix ans plus tard. Entre temps, de « Ce Soir », elle est passée à « La Vie ouvrière », où elle participe, par la plume, aux campagnes de la CGT (appel de Stockholm, luttes contre la guerre d’Indochine, notamment lors de l’affaire Henri Martin). Elle trouve pourtant, toujours, le temps de poursuivre une carrière littéraire (« Le courage d’aimer », recueil de poésies, « Les baguettes de jade », récit romancé des rencontres faites avec la délégation vietnamienne, notamment du poète Nguyen Dinh Thi, lors du Festival de Berlin, en 1951).

 

La guerre « française » d’Indochine, justement, s’achève. Madeleine avait été de ceux qui, depuis le début, avaient soutenu l’indépendance du Vietnam, avaient prédit les impasses tragiques de la politique française. Dien Bien Phu leur donna raison. Madeleine est volontaire pour partir, toujours pour la « VO », couvrir les tout premiers temps de l’existence du nouvel État indépendant vietnamien, installé à Hanoi. Mais aussi, pourquoi le masquer, pour retrouver Nguyen Dinh Thi. Elle passera là, sans doute, les plus belles années de sa vie, au milieu de ce peuple qui alors commence la reconstruction, croyant éviter une seconde guerre, contre les Etats-Unis cette fois. Sa proximité avec Ho Chi Minh est une chose connue de tous. Pour beaucoup, Madeleine est un peu « la fille française de l’Oncle ». Épisode heureux, épisode trop court. « Ta place est en France, pour y éclairer ton peuple, pour y participer aux luttes », lui dit alors Ho. Grandeurs et douleurs de l’engagement…

 

Nous sommes alors en 1956. Depuis deux ans, une nouvelle épreuve vient de commencer. L’aveuglement colonialiste, qui n’a aucune limite, amène les dirigeants français à engager le pays dans une nouvelle guerre, en Algérie. C’est pour « L’Humanité », cette fois, que Madeleine va reprendre le combat. Elle intègre l’équipe prestigieuse de la rubrique internationale, dirigée par Pierre Courtade, où elle se fera des amitiés définitives, les si regrettés Yves Moreau, Robert Lambotte, Jean-Émile Vidal, François Lescure… Madeleine va partager tous les combats de ce journal. De Paris, elle écrit des pages émouvantes (qui a pu oublier son « Adieu aux martyrs de Charonne » ? ses polémiques, elle l’ancienne Résistante, avec l’ex collabo Papon, devenu préfet de police ?). Mais ce diable de femme n’aime que le terrain. Avec l’accord de son journal, elle part, clandestinement, en Algérie, avec les dangers encourus que l’on imagine, en cette période où les « ultras » de l’Algérie française haïssent les journalistes de métropole et tout ce qui ressemble à la gauche. Alors, une journaliste communiste… Elle échappe d’ailleurs miraculeusement à un attentat de l’OAS mais est gravement blessée.
 

 

La guerre d’Algérie se terminant comme la précédente, en Indochine, par l’accès à l’indépendance du peuple colonisé, Madeleine est de retour à Paris. Pas pour longtemps. Le cycle infernal des guerres menées par l’Occident contre la liberté des peuples ne cessant pas, c’est de nouveau sur le Vietnam que l’actualité braque ses projecteurs. Là, les Etats-Unis prenant le relais de la France coloniale – c’est l’époque où le monde ne voit que le beau sourire de Kennedy, oubliant un peu vite l’impérialisme américain –, ont décidé d’ériger une barrière « contre le communisme », en fait d’interdire au peuple vietnamien de s’unir et de choisir son destin. Madeleine, qui a évidemment gardé le Vietnam au cœur, y repart, toujours pour « L’Humanité ». Ce journal aura alors sur place un tandem d’exception : Charles Fourniau, historien devenu un temps journaliste, pour les analyses de fond, les éclairages indispensables, Madeleine Riffaud pour le vécu, la sensibilité. Madeleine l’intrépide est sur le terrain, parmi ses sœurs et ses frères vietnamiens, au sud « Dans les maquis Vietcong » (titre d’un ouvrage paru en 1965 reprenant ses reportages) ou « Au Nord-Vietnam : écrit sous les bombes » (autre ouvrage, 1967). Ses reportages d’ailleurs dépassent largement le lectorat habituel de « l’Huma ». Ses textes sont traduits dans plusieurs langues, les micros se tendent vers elle à chaque nouvelle étape de la lutte du peuple vietnamien. Enfin, Madeleine ne sait pas seulement écrire : elle parle. Tous ceux (une génération entière !) qui sont venus l’écouter à la Mutualité raconter, toujours avec des détails choisis, significatifs, teintés souvent d’humour, le quotidien de la résistance du Vietnam, n’ont pu oublier la sensation de cette femme, apparemment frêle, à l’héroïsme (elle n’aime pas, mais pas du tout, le mot) tranquille, parlant simplement des dangers encourus.

 

Cette phase américaine de la guerre du Vietnam s’achève en 1975. Madeleine, à sa place, celle d’une journaliste-écrivain-témoin d’exception, y a contribué. Les « trois guerres de Madeleine Riffaud » s’achèvent. On pourrait plus précisément dire les « trois victoires partagées »…

 

Madeleine continue ensuite ses combats humanistes de mille manières. L’une d’entre elle est de se couler incognito, durant plusieurs mois, dans la peau d’une aide-soignante, de connaître là encore de l’intérieur le travail, les luttes, les espoirs et parfois les désespoirs du personnel hospitalier. Au terme de cette expérience naîtra un livre-choc, lu encore aujourd’hui, sur la vie quotidienne de ces autres héroïnes, « Les linges de la nuit ».

 

Même si les années ont passé, elle est encore et toujours active. L’un des derniers témoins de la Libération de Paris, elle est très sollicitée, en ce 70 ème anniversaire de ce grand événement. Et le Vietnam, toujours, la taraude… On l’a vue il y a quelque temps, sur le parvis des Droits de l’Homme, aux côtés d’Henri Martin, dénoncer les effets terribles de l’Agent orange, aujourd’hui encore, sur les enfants de ce pays. Elle était présente, parlant debout, droite, une heure durant, lors de la soirée d’hommage qui fut rendue récemment au Centre culturel vietnamien, à elle-même, à Raymonde Dien elle aussi présente, et à Henri Martin.

 

Alors, oui, nous savons que nous allons nous faire houspiller. Mais nous prenons le risque de dire, avec tant d’autres : « Bon anniversaire, Madeleine ». 

 

ALAIN RUSCIO

 

source: collectif communiste polex

collectif-polex

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26 août 2014 2 26 /08 /août /2014 09:53

Lu dans "Initiative Communiste", le journal en ligne du PRCF

 

 

Quand les Américains voulaient gouverner la France. Par Annie Lacroix-Riz

Alors que cet été est marqué par les célébrations du 70e anniversaire de la Libération, ww.initiative-communiste.fr site web du PRCF reproduit ci-après un article de notre camarade l’historienne Annie Lacroix-Riz publié en 2003 par le Monde Diplomatique, et republié il y a peu par le site Le Canard Républicain

C’est une page peu connue de l’histoire de la seconde guerre mondiale : dès 1941-1942, Washington avait prévu d’imposer à la France – comme aux futurs vaincus, Italie, Allemagne et Japon – un statut de protectorat, régi par un Allied Military Government of Occupied Territories (Amgot). Ce gouvernement militaire américain des territoires occupés aurait aboli toute souveraineté, y compris le droit de battre monnaie, sur le modèle fourni par les accords Darlan-Clark de novembre 1942.

À en croire certains historiens américains, ce projet tenait à la haine qu’éprouvait Franklin D. Roosevelt pour Charles de Gaulle, « apprenti dictateur » qu’il eût voulu épargner à la France de l’après-Pétain. Cette thèse d’un président américain soucieux d’établir la démocratie universelle est séduisante, mais erronée [1].


Un « Vichy sans Vichy »

À l’époque, les États-Unis redoutaient surtout que la France, bien qu’affaiblie par la défaite de juin 1940, s’oppose à leurs vues sur deux points, du moins si de Gaulle, qui prétendait lui rendre sa souveraineté, la dirigeait. D’une part, ayant lutté après 1918-1919 contre la politique allemande de Washington, Paris userait de son éventuel pouvoir de nuisance pour l’entraver à nouveau. D’autre part, la France répugnerait à lâcher son empire, riche en matières premières et en bases stratégiques, alors que les Américains avaient dès 1899 exigé – pour leurs marchandises et leurs capitaux – le bénéfice de la « porte ouverte » dans tous les empires coloniaux [2].

C’est pourquoi les États-Unis pratiquèrent à la fois le veto contre de Gaulle, surtout lorsque son nom contribua à unifier la Résistance, et une certaine complaisance mêlée de rigueur envers Vichy. À l’instar des régimes latino-américains chers à Washington, ce régime honni aurait, à ses yeux, l’échine plus souple qu’un gouvernement à forte assise populaire.

Ainsi chemina un « Vichy sans Vichy » américain, qu’appuyèrent, dans ses formes successives, les élites françaises, accrochées à l’État qui leur avait rendu les privilèges entamés par l’« ancien régime » républicain et soucieuses de négocier sans dommage le passage de l’ère allemande à la pax americana.

Préparant depuis décembre 1940, bien avant leur entrée en guerre (décembre 1941), leur débarquement au Maroc et en Algérie avec Robert Murphy, représentant spécial du président Roosevelt en Afrique du Nord et futur premier conseiller du gouverneur militaire de la zone d’occupation américaine en Allemagne – bête noire des gaullistes -, les États-Unis tentèrent un regroupement autour d’un symbole de la défaite, le général Maxime Weygand, délégué général de Vichy pour l’Afrique jusqu’en novembre 1941.

L’affaire échouant, ils se tournèrent, juste avant leur débarquement du 8 novembre 1942, vers le général Henri Giraud. Vint ensuite le tour de l’amiral François Darlan, alors à Alger : ce héraut de la collaboration d’État à la tête du gouvernement de Vichy, de février 1941 à avril 1942, était resté auprès de Pétain après le retour au pouvoir de Pierre Laval [3].

Le 22 novembre 1942, le général américain Mark W. Clark fit signer à l’amiral « retourné » « un accord singulier » mettant « l’Afrique du Nord à la disposition des Américains » et faisant de la France « un pays vassal soumis à des “capitulations” ». Les Américains « s’arrogeaient des droits exorbitants » sur le « prolongement territorial de la France » : déplacement des troupes françaises, contrôle et commandement des ports, aérodromes, fortifications, arsenaux, télécommunications, marine marchande ; liberté de réquisitions ; exemption fiscale ; droit d’exterritorialité ; « administration des zones militaires fixées par eux » ; certaines activités seraient confiées à des « commissions mixtes » (maintien de l’ordre, administration courante, économie et censure) [4].


 

Pour lire la suite : http://www.monde-diplomatique.fr/2003/05/LACROIX_RIZ/10168


darlan clark amgot

 

Darlan, un des principaux symboles de la collaboration d’État et successeur désigné de Pétain, scelle devant le portrait de ce dernier l’accord avec le délégué de Washington, Clark, en vue de l’installation en Algérie puis, à terme, en France métropolitaine, d’un « gouvernement militaire américain » (American Military Government of Occupied Territories)

 

Annie LACROIX-RIZ
Professeur émérite d’histoire contemporaine
Université Paris 7-Denis Diderot
http://www.historiographie.info/

 

[1] Costigliola Frank, France and the United States. The Cold Alliance since World War II, Twayne Publishers, New York, 1992.

[2] William A. Williams, The Tragedy of American Diplomacy, Dell Publishing, New York, 1972 (première édition, 1959).

[3] Robert O. Paxton, La France de Vichy, Seuil, Paris, 1974.

[4] Jean-Baptiste Duroselle, L’Abîme, 1939-1945, Imprimerie nationale, Paris, 1982, et Annie Lacroix-Riz, Industriels et banquiers français sous l’Occupation, Armand Colin, Paris, 1999.

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20 août 2014 3 20 /08 /août /2014 23:16

Merci à Jean Lévy pour cet article sur son blog "çanempêchepasnicolas".

 

18 août :

Il n’y a plus de journaux. Plus de radio. Les agents des PTT sont en grève. Les policiers également. Les Américains semblent vouloir contourner la capitale au nord par Mantes-la-Jolie, et au sud, par Fontainebleau.

Hier en fin d’après-midi une foule de curieux a entouré des sentinelles allemandes boulevard Saint-Germain. Ces dernières ont pris peur et ouvert le feu. Marie Prunier, 57 ans, et quatre autres personnes ont été tuées. 

Dans la nuit un groupe de FFI s’est emparé du poste Radio-Paris sur les Champs-Elysées : 5 morts, 3 blessés et 3 disparus qui seront retrouvés dans un charnier de la caserne de la République.

Le couvre-feu est fixé à 21h00. La rumeur dit que les portes de Paris seront fermées. A 10h30 environ 400 personnes se rassemblent devant l’Hôtel de Ville pour chanter la Marseillaise mais surtout pour réclamer du pain. Dans la soirée trois chars allemands menaçants prennent position devant l’édifice pendant 20 minutes. 

 

 

Le 17 août, avenue d’Italie, l’état-major des Francs-tireurs partisans français (FTPF) lance son appel à la lutte. En fait les FTPF de Roger Ginsburger, dit Pierre Villon, leur chef national par ailleurs président du COMAC, ont été intégrés aux Forces françaises de l’intérieur et combattent sous les ordres du colonel Rol-Tanguy, donc sous la bannière FFI.


L’état-major des FFI a préparé un PC annexe dans un magasin de la Défense passive rue de Meaux. Le colonel Rol-Tanguy pourra s’en servir en cas d’attaque de son poste de la place Denfert-Rochereau.


 

Le colonel Pierre Georges dit Fabien, chef des FTP du Sud de Paris, a installé son PC rue Gandon. De là il peut diriger des actions de guérilla urbaine pour contraindre les Allemands à se retrancher à l'Ecole Militaire, au Palais Bourbon, à la caserne de la République ou encore à l'hôtel Majestic. Le 25 août il participera avec ses troupes épaulées par la 2ème Division blindée à la prise de la garnison du Sénat.


 

Le colonel Rol-Tanguy installe son PC rue de Meaux dans le 19ème et fait afficher l’ordre de mobilisation générale. Le chef de son 3ème bureau, le commandant Truitié de Varreux, part à bord d’une camionnette pour tenter une liaison avec les Américains dans le sud de Paris. Le véhicule sera mitraillé par un avion allié à Morigny-Champigny et tous les occupants tués. 



 

Les P.C de l’insurrection

Dès le lendemain de la Libération de Paris des plaques commémoratives sont apposées sur les murs de la capitale. Elles remplacent souvent une première inscription éphémère, une croix ou un bouquet de fleurs. La démarche est spontanée. Les Parisiens rendent hommage à leurs combattants. Vient ensuite le temps des plaques demandées par les autorités civiles, les associations ou les organisations professionnelles. Les victimes de la Préfecture de police et les soldats de la 2ème Division blindée sont particulièrement bien représentées. Enfin les organisations de Résistance tiennent à marquer le lieu d'où elles ont lancé les appels au soulèvement et leurs différents postes de commandement.

Voici quelques immeubles d’où partirent les ordres pendant l’insurrection de Paris :

__________

Le colonel Henri Rol-Tanguy, commandant des FFI d’Île-de-France, a installé son PC dans les sous-sols d’un pavillon des Services techniques des Eaux et de l’Assainissement de Paris à proximité des Catacombes. Les nombreuses galeries offrent des issues multiples et le lieu possède un réseau téléphonique indépendant.

 

Aujourd’hui les hôpitaux parisiens enregistrent 12 décès par balles au cours de mitraillades dans les rues de la capitale.

Le général Alfred Malleret, dit Joinville, chef de l’état-major national des FFI, le commandant Raymond Massiet, dit Dufresne, chef de l’état-major des FFI de la Seine et le commandant Jean de Vogüé, dit Vaillant, chef du Comité d’action militaire pour la zone Nord (COMAC), dirigent l’insurrection depuis cet immeuble de l’avenue de la Bourdonnais.


 

Le Général Leclerc et sa division foncent sur Paris, en partie libéré, pour coopérérer avec l'Etat-Major FFI du Colonel Rol

Les premiers éléments blindés arrivent le soir du 24 août à l'Hôtel de Ville..

   

 

L'Etat-Major allemand se rend ...

 

 

Paris en liesse accueille le Général de Gaulle le 26 août dans Paris libéré

 

 

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20 août 2014 3 20 /08 /août /2014 21:53

Merci à La Canaille pour cet article. 

Révisionnisme historique

Publié le 20 Août 2014

Les falsificateurs

à

l'oeuvre

L'appel de Rol Tanguy placardé la veille du retournement de la Préfecture de Police

L'appel de Rol Tanguy placardé la veille du retournement de la Préfecture de Police

 

Fabuleux : depuis hier, quasi en boucle il est martelé une idée pour qu’elle devienne une

 

vérité : ce serait la police qui aurait déclenché l’insurrection parisienne. Bientôt,  

 

(rendez-vous l’an prochain), ce sera l’armée américaine qui aura pris Berlin après avoir

 

libéré Auschwitz.

 


C’est faire fi de quelques réalités incontournables. Sans que cela ne retire de mérite à ceux qui dans les commissariats puis à la préfecture ont retourné efficacement leurs armes, est-ce faire injure à l’histoire que de rappeler que les gendarmes et le métro avaient rejoint deux jours plus tôt les cheminots qui, si on en croit Léo Hamon et son journal* se battaient depuis trois jours autour des gares parisiennes et des ateliers, dépôts et triage du département de la Seine ? Les postiers avaient débrayé le 16 (pour ne parler que de ce qui relève des structures publiques).

 

Depuis la veille du retournement de la PP,des affiches étaient placardées depuis l’aube par le CPL appelant à la grève générale et à l’insurrection. Les usines de Paris et d’Ile France ne tournaient plus et certaines étaient déjà l’objet de combat, les administrations étaient figées.

 

Mais que ne ferait-on pas pour masquer le rôle et la place de la classe ouvrière, du monde du travail , de la CGT et du Parti Communiste dans la Résistance.

 

Lors de la commémoration de la grève insurrectionnelle des cheminots, le 10 août, aucun ministre, pas même le sous-fifre haineux chargé des transports (il est vrai que ses oreilles auraient sifflé) ne s'est déplacé.

 

Pour mémoire et recaler les pendules :

Le Comité Parisien de la Libération présidé par André Tollet secrétaire de l'UD CGT de la Seine tient réunion (clandestine) à Argenteuil le 14 août 44 après midi. Léo Hamon membre du C.P.L. rapporte la rencontre avec Robert Hernio dirigeant du comité de grève des cheminots :

 

"Un excellent militant nous a rendu compte de la grève des cheminots et demandé notre appui.

En rentrant dans Paris, j'apprends que l'ordre de grève a été donné à la Police. C'est bien vers l'insurrection que l'on va."

Robert Aron aussi membre du C.P.L. qui est tout sauf un progressiste planqué indique dans ses notes:

"Les cheminots sont en grève depuis le 12 août. Depuis le 14, les trains ne circulent plus. Le mouvement s'étend à toute la région parisienne, d'où aucun train ne part : pour briser cette grève, les Allemands ont procédé à quelques arrestations, mais sans résultat sur le déroulement de l'action qui se poursuit dans des conditions difficiles et dangereuses. Le représentant des Cheminots réclame :

1- le soutien moral de la Résistance

2- des armes

3- des fonds

Le CPL soutiendra la grève." (fin de citation)

 

Notons que Léo Hamon, certainement un gauchiste échevelé, scolarité à la très élitiste “ École Alsacienne ” de Paris, docteur en droit en 1932 est issue de la mouvance socialo centriste a été vice président du CPL sera un des piliers du mouvement gaulliste (UDT) sera ministre de Chaban Delmas 68 à 72 ce qui pour les média officiels en fait certainement un cryptocommuniste falsificateur de l’Histoire.


Cela ne retire à rien à ceux qui au prix de près de 200 tués ont lavé l'honneur d'une administration, alors que ses chefs et nombre de ses hommes se sont vautrés au service de l'occupant.

 

Pour anecdote et exemple de continuité historique, traversant toute l'histoire des guerres coloniales de l'après guerre, le service qui traite des "sans papiers" à la PP, jusqu'à une époque récente siégeait dans les mêmes locaux que celui qui avait le traitement des juifs et apatrides sous l'occupation, pour ne rien dire de ce que sera la trajectoire des sinistres brigades spéciales 1&2 des RG.


Rédigé par Canaille Lerouge

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10 août 2014 7 10 /08 /août /2014 19:41

VIVE LA FRANCE ET LA RESISTANCE !

HONNEUR AUX CHEMINOTS !

Merci à Canaille Le Rouge pour cet article.  La mémoire historique est un enjeu politique.  Nous ne célébrons pas seulement les acteurs de la grève du 10 Août 1944.  Nous luttons pour la mémoire du rôle de la classe ouvrière et des cheminots dans la résistance française.  Nous nous battons pour qu'elle ne soit pas effacée comme le voudraient tous les promoteurs de la "concurrence libre et non faussée".  Il importe pour ces partisans de l'intégration européenne que disparaissent le souvenir de l'importance du mouvement ouvrier dans la Résistance ainsi que celui du CNR et de son programme.  Quelques semaines après la bataille des cheminots pour la défense du service public du rail, il est bon de rappeler que les cheminots de 2014 se battent dans un même mouvement pour l'intérêt national, l'intérêt des salariés et l'intérêt des salariés usagers.  Et qu'ils sont les continuateurs des cheminots de 1944.

 

70 ème anniversaire de la GRÈVE PATRIOTIQUE des cheminots du 10 août 1944

vive-cheminots1.jpg

SOIXANTE DIXIEME ANNIVERSAIRE DE LA GREVE INSURRECTIONNELLE DES CHEMINOTS


Soixante dix ans nous séparent d'une grève historique pour notre pays. Celle des cheminots qui, à partir du 10 août 1944 sous l'impulsion de la C.G.T, allait par sa combativité et sa détermination contribuer à porter un coup fatal à l'occupant nazi et renforcer le mouvement vers la libération de notre pays.

Le 06 juin 1944, les alliés débarquent en Normandie. A PARIS, l'espoir de la libération gagne les esprits, la mobilisation est nécessaire. L'action s'organise. Les cheminots participent aux grèves et aux manifestations qui marquent cette période.


A la suite des puissantes manifestations qui ont lieu à PARIS et en banlieue, de nombreux grévistes sont arrêtés et déportés.

Pour la C.G.T clandestine, l'insurrection contre l'occupant allemand est en marche.

 

La fédération clandestine des cheminots décide d'appeler les cheminots à la grève le 10 août 1944. Elle l'organise dans les grands ateliers, par région. Au soir du 10 août, des milliers de cheminots sont en grève dans une vingtaine d'établissements.

Dans les jours qui suivent, l'action se développe dans les gares, les ateliers, les dépôts.

Le 17 août 1944, le trafic ferroviaire est sérieusement perturbé. Dans a région parisienne la grève a gagné toute la corporation.


Le 18 août 1944, c'est la grève générale, l'insurrection pour chasser les nazis de la capitale.


La grève insurrectionnelle déclenchée le 10 août 1944 est le résultat de quatre années de mobilisations et d'actions. De 1940 à 1944, les cheminots s'organisent et s'engagent avec la C.G.T dans le processus qui les conduira à contribuer â la libération de notre pays.


Restituer ces combats pour la libération du pays et contre le fascisme contribue aussi à alerter l'opinion publique sur le racisme et les extrémistes d'aujourd'hui.

La lutte, pour la paix, la démocratie et les libertés reste d'actualité.

Le souci constant de la C.G.T fut d'associer dès cette époque, la satisfaction des besoins quotidiens à la grande idée de libération nationale et l'application du programme du Conseil National de la Résistance.


Dans ce conflit, 9.000 cheminots ont péri, parmi lesquels 809 fusillés, massacrés et 1.157 morts en déportation pour faits de résistance. Le 30 octobre 1949, la légion d'honneur et le croix de guerre avec palme étaient décernées à la S.N.C.F en reconnaissance des mérites civiques et militaires des cheminots.


C'est pourquoi, l'A.N.C.A.C appelle tous ses adhérents à participer à la célébration du 70ème anniversaire de la grève patriotique du 10 août 1944.

Cela confirmera l'attachement de notre Association aux grandes options du programme du Conseil National de la Résistance, de la défense des droits et de la Paix.


Nous vous donnons rendez-vous le dimanche 10 août 2014


Le Président National de l'Association Nationale des Cheminots Anciens Combattants


Robert MOULLIERE


SOURCE


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greve-cheminots-1944.jpg



Lu sur le blog de Canaille le Rouge:

Le 10 août, comme chaque année, la fédération CGT des cheminots commémore le déclenchement de la grève insurrectionnelle des cheminots.

Cette grève qui sera contestée par certains comme ayant été le déclencheur de l’insurrection. Les documents et archives maintenant rendent les faits incontestables.

 

Quinze jours après son démarrage, dans le Paris des barricades , celui des Républicains espagnol de la Nueve au sein de cette 2ème DB qui va épauler avec force l'insurrection rendue ainsi victorieuse, elle conduira à la reddition de Von Scholtitz. 

 

Une reddition reçu par Le Général Leclerc et Le colonel Rol Tanguy, Chef d’état major des FFI d’Île de France.

Chaque 10 août, cette commémoration est marquée par une cérémonie à l’arc de triomphe à 18H00. C’est la seule commémoration en ce lieu où le mouvement ouvrier et le syndicalisme sont reconnus dans sa globalité et sa singularité.

Cette année sera son 70 ème anniversaire. 

 

Canaille le Rouge qui est tout sauf militariste s’y rend depuis des années pour la mémoire et la fierté de sa profession, de ses camarades dont il a eu la chance de cotoyer les acteurs de ce moment, certains comme Jean Fumeaux ou Mimile Pruneau ayant été ses formateurs à l'activité militante.

Il y va aussi pour le plaisir de voir parfois de façon aigrie voire provocatrice les corps constitués en uniforme devoir saluer sa profession et sa fédération CGT.

Les retraités cheminots CGT ont publié dans leur bulletin de cet été 2014 un article sur le déroulement historiques des faits. Canaille le Rouge vous le propose. Il aide ainsi à montrer la place prise par une profession toujours à la pointe des luttes et qui tient lié en permanence l’intérêt général, la Liberté, le service public ses luttes pour ses revendications.

 

Cet évènement est public. Quiconque partage cette mémoire y sera le bienvenue.

 

1944 : l'été de la liberté reconquise.

 

Le Comité Parisien de la Libération  présidé par André Tollet secrétaire de l'UD CGT de la Seine tient réunion (clandestine) à Argenteuil  le 14 aout 44 après midi. Léo Hamon membre du C.P.L. rapporte la rencontre avec Robert Hernio dirigeant du comité de grève des cheminots :

 

"Un excellent militant nous a rendu [compte] de la grève des cheminots et demandé notre appui.

En rentrant dans Paris, j'apprends que l'ordre de grève a été donné à la Police. C'est bien vers l'insurrection que l'on va."

 

Robert Aron aussi membre du C.P.L. indique:

 

"Les cheminots sont en grève depuis le 12 août. Depuis le 14, les trains ne circulent plus. Le mouvement s'étend à toute la région parisienne, d'où aucun train ne part : pour briser cette grève, les Allemands ont procédé à quelques arrestations, mais sans résultat sur le déroulement de l'action qui se poursuit dans des conditions difficiles et dangereuses. Le représentant des Cheminots réclame :

 

1- le soutien moral de la Résistance

2- des armes

3- des fonds

 

Le CPL soutiendra la grève." (fin de citation)

 

Comment en sommes-nous arrivés à cette phase aiguë qui explosera dans l'insurrection parisienne et la libération ? Cela ne s'est pas déclenché sur un coup de sifflet.

 

Février 1944, les cheminots de Vitry conduits par Georges Pruneau dit Mimile (Marat dans la clandestinité), viennent fermement perturber le congrès de la fédération des cheminots officielle. Le 7 mars, les mêmes font 2h00 de grève en mémoire de Pierre Sémard (dès juin 40, l'occupant placarde partout que la grève est passible de la peine de mort). Le 1er mai voit des actions, prises de parole et sabotages dans tout le pays. Le 1er mai au soir la direction clandestine installe le comité central de grève des cheminots qui regroupe 8 grands centres de la RP. Dirigé par Robert Hernio, Mimile est son adjoint pour l'Ile de France.

 

Après le débarquement en Normandie et les avancées de l'armée rouge à l'est, l'espoir grandit et la tension monte. Le C.P.L. propose de faire du 14 juillet 1944 une grande journée de manifestation patriotique. Le Comité Populaire clandestin des cheminots de Vitry les appelle à se rendre à la statue de Rouget de L'Isle à Choisy.  A. Tollet note : "ceux de Masséna, Ivry, Vitry et Villeneuve venant en Renfort". 600 cheminots se rassemblent derrière une Citroën noire volée à la préfecture, pavoisée d'un drapeau tricolore et partent en chantant la Marseillaise. Un détachement allemand tente de les stopper et tire. Il y aura des blessés et des arrestations.  

 

 

Parmi les arrêtés , 7 cheminots de Vitry. Le 15, les gars de l'atelier refusent de prendre le travail. Pareil à Villeneuve et à La Plaine. Comité central de grève et comités populaires estiment que le moment est arrivé d'envisager la grève générale des cheminots. Fin juillet se tient une rencontre entre la direction de l'UD de la Seine  avec la direction clandestine. Il en sort un cahier revendicatif qui vaut ultimatum où la libération des emprisonnés est le premier point. Ce cahier sera déposé le 6 aout aux chefs  des 8 grands établissements avec exigence d'une réponse positive avant le 10 aout.

 

La date du 10 août n'est pas choisie au hasard. Elle renvoie à la Révolution de française qui scande toute les initiatives patriotiques durant l'occupation (et souvent les pseudos des militants clandestin –Marat- Hoche, les détachements de FTP –Valmy, Carmagnole), le 10 aout 1792, le jour où le peuple de Paris et ses faubourgs déferle sur les Tuileries et s'en empare (journée alors  coordonnées par la "commune insurrectionnelle des sections). Pour faire libérer les arrêtés du 14 juillet et menacer d'une grève générale, la date est bien choisie.

 

Robert Hernio écrira qu'il rencontra l'état-major des résistants de la région sud de Paris pour assurer la protection du dirigeant clandestin qui prendrait la parole à Vitry.  Un FTP d'alors a raconté récemment à l'auteur de ces lignes comment le 9 aout  au soir son détachement installé dans une forêt de Seine et Marne reçut l'ordre de faire route vers le sud de Paris.

Il fallait que tous les centres partent en même temps mais des emprisonnés étant vitriots et la manif partie de l'atelier, il fallait que la grève parte de Vitry.

 

10 août à 7h30 du matin. Dans une petite maison à côté des ateliers R. Hernio est pris en charge par un détachement de FTP armés et habillé de bleus. 8h30 Treins de la direction clandestine monte sur un établi au côté de Charles Heller dirigeant du Syndicat (il sera fusillé quelques jours plus tard avec plusieurs de ses camarades près du pont qui porte maintenant le nom de pont des fusillés). Après la prise de parole de Treins,  Ch.Heller  propose un vote à main levée pour la grève. Les bras se lèveront par centaines. Aucun contre,  pas d'abstention. La grève qui allait devenir insurrectionnelle était lancée.

 

Le 10 aout à midi, Hernio rencontre Tournemaine, Crapier, Barbet et Lucien Jean. Devant le succès du débrayage ils rédigent l'appel à la grève à tous les cheminots. Au soir, la direction clandestine fait le point : autour de Vitry dans la journée la grève s'étend  à Masséna et  Juvisy  Villeneuve SG. La présence importante de troupes allemandes à Ivry rend la situation plus complexe. Montrouge et Chatillon atelier et dépôt sont en grève. Au soir du 10 aout, 25 établissements de la SNCF ont débrayé.

 

Restait à arrêter tout le trafic. Pour cette seconde phase. Tournemaine est chargé de lancer l'opération avec les  cheminots de Batignolles en gare de Pont Cardinet. Dès le premier train stoppé en pleine voie les conducteurs de St Lazare emboitent le pas. Le 11 au soir le trafic sur la rive gauche (invalides) est paralysé. Pendant ce temps les rails sont déboulonnés à VSG, des dérives de locomotives à la Villette bloquent le dépôt, le 14 aout ne circulent que quelques trains conduits par une minorité d'ingénieurs. Il faudra leur faire entendre raison, le Comité central de grève édite un tract intitulé "mort à ceux qui conduisent les trains".

 

La place manque pour dire ce que furent les journées suivantes : l'épisode du train bourré d'explosifs évacué par les cheminots de Tolbiac sur les Ardoines, les combats au dépôt d'Ivry repris plusieurs fois, ceux de Montrouge. La place des cheminots pour garder l'outil de travail tout en  participant aux combats qui chassèrent l'occupant, arrêtèrent les traitres et organisèrent ensuite la reprise de l'activité.

 

Les cheminots dont ceux de notre région venaient d'entamer l'écriture d'une immense page de notre histoire.

Un des cheminots de Vitry, arrêté le 14 juillet lors de la manifestation vers Choisy  et déporté  profite d'une retraite amplement méritée, notre camarade Vignole. Que cette évocation lui soit dédiée.

 

Guy Hervy


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6 juillet 2014 7 06 /07 /juillet /2014 15:08
JOUVIN Louis



Louis Jouvin le 8 juillet 1942
Matricule 45697 à Auschwitz
Rescapé

Louis Jouvin est né le 28 décembre 1907 à Caen (Calvados). Il est le fils de Marie Quentin et d’Auguste Jouvin, peintre, son époux (mariés le 30 août 1884). Il habite au 56 rue Robert Legros à Grand Quevilly (Seine-Inférieure/Seine-Maritime) au moment de son arrestation. 
« Louis Jouvin suivit des études primaires puis exerça le métier de couvreur. Il adhéra au Parti communiste en 1934, alors qu’il était toujours dans le Calvados, et milita à Falaise où il assura le secrétariat d’une cellule » Le Maitron. 
Il se marie avec Yvonne Poulain, fille d’un charretier et d’une couturière. Le couple a deux fils : Pierre, né le 7 mai 1927(1), et Jean-Louis. Ils viennent s'installer au Grand-Quevilly au début des années 1930.
Louis Jouvin est agent technique aux PTT. Secrétaire du Syndicat CGT des Services techniques PTT, il est membre du Bureau de l'Union Départementale CGT à Rouen et du bureau départemental de la CGT de Seine-Maritime de 1938 à 1939. Yvonne Jouvin adhère au PCF en 1936.
Louis Jouvin est mobilisé le 2 septembre 1939 au 22ème Régiment d'Artillerie Divisionnaire à Caen. 
Le 22 décembre 1939 il est arrêté à Vieux Berquin (Nord) et interrogé par la police comme "suspect". A la suite d'un non-lieu, il est réaffecté au 89ème RAD de Dunkerque. Il reçoit la croix de guerre 1939/1940.
Le couple participe très tôt à la reconstitution clandestine du PC à Grand-Quevilly puis à la Résistance dès juillet 1940. Louis Jouvin diffuse la presse clandestine du Parti communiste. Il accomplit un sabotage sur les circuits électriques de la ligne téléphonique Le Havre-Paris utilisée par les Allemands.
Les outils laissés sur place le 19 octobre 1941
Le couple participe très tôt à la reconstitution clandestine du PC à Grand-Quevilly puis à la Résistance dès juillet 1940. Louis Jouvin diffuse la presse clandestine du Parti communiste. Il accomplit un sabotage sur les circuits électriques de la ligne téléphonique Le Havre-Paris utilisée par les Allemands.
« Louis Jouvin a été un des acteurs du déraillement du train militaire de Pavilly le 19 octobre 1941. Cette opération avait été soigneusement préparée à l'avance par André Pican et Michel Muzard (pour l'OS), en contact avec les deux envoyés du Comité Militaire National de l'OS. Lire dans le blog : Le "brûlot" de Rouen (octobre 1941). La distribution des tâches, les itinéraires d'approche et de repli, les horaires avaient été distribués à diverses formations de militants qui participaient à une action commune sans se connaître mutuellement. La protection armée revenait à l'OS, le déboulonnage à des cheminots utilisant un outillage de fabrication artisanale. Ainsi, le sabotage des lignes téléphoniques avait été confié à l'agent des PTT Louis Jouvin qui, travaillant précisément dans le secteur couvrant Pavilly, en connaissait tous les détails. Le point de déboulonnage était situé à 13 km de Rouen à cause du retour à vélo. 
"Le déraillement réalisé, les groupes se replient, Louis Jouvin, Michel Muzard, Antoine de Paris rentrent chez Lucie Guérin (dans son appartement boulevard des Belges) avec André Pican, chaussures et vêtements déchirés où ils passent le reste de la nuit".( In Les bataillons de la jeunesse, Albert Ouzoulias)
Louis Jouvin était-il particulièrement soupçonné par la police en raison de son lien professionnel avec la ligne touchée par le sabotage? Quoi qu'il en soit, Il sera arrêté 48 heures après le déraillement dans le cadre de la rafle en milieu communiste, probablement au même titre que les 150 autres militants depuis longtemps fichés par la police  de Rouen et du département de Seine-Inférieure». Jean Paul Nicolas, correspondant du Maitron.
La police recherche activement les auteurs du sabotage, à partir de descriptions d'un garde barrière et « met le paquet » pour retrouver dans quelle usine les outils ont été fabriqués. Analyse métallographique du type d'acier employé : ce n'est pas un acier des ateliers SNCF de Sotteville, ni de la Compagnie Française des Métaux à Déville ! Etc...L'analyse des alliages de la soudure ne donne rien non plus. Encore raté ! De fait Rouen est une ville comportant beaucoup d'industries et on ne parvient pas à identifier le métallo qui confectionnait sur son tour les outils pour sabotage et les tubes d'acier des bombes pour attentats. Ce métallo était bien sûr "plusieurs" et dans des industries inattendues (Jean Paul Nicolas).
Constatations des services de police


Avis de recherche 20 octobre 1941
Louis Jouvin est arrêté dans la nuit du 21 au 22 octobre 1941, entre une heure et deux heures du matin, chez lui, par la police française et locale (2). Louis Jouvin indique qu'avec lui sont arrêtés Louis Briand, Michel Guillot, Marcel Le Dret, André Voranget, Michel Bouchard, Adrien Fontaine, Robert Gaillard, Lucien Ducastel, Jean Valentin.
Son arrestation est ordonnée par les autorités allemandes en représailles au sabotage (le 19 octobre) de la voie ferrée entre Rouen et Le Havre (tunnel de Pavilly) Lire dans le blog Le "brûlot" de Rouen. Une centaine de militants communistes ou présumés tels de Seine-Inférieure sont ainsi raflés entre le 21 et 23 octobre. Ecroués pour la plupart à la caserne Hatry de Rouen, tous les hommes appréhendés sont remis aux autorités allemandes à leur demande, qui les transfèrent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) entre le 25 et le 30 octobre 1941. Trente neuf d’entre eux d’entre eux seront déportés à Auschwitz. Louis Jouvin est incarcéré à la caserne Hatry à Rouen puis transféré à Compiègne le 25 octobre 1941. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages. Son épouse continue le combat : « Yvonne Jouvin organisa en avril 1942 une manifestation de femmes en faveur de l’amélioration du ravitaillement ». Le Maitron. 
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Louis Jouvin est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.


Lors de son immatriculation à Auschwitz
Louis Jouvin est enregistré à leur arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 (11 heures du matin) sous le numéro 45697. Ce matricule sera tatoué sur son avant-bras gauche quelques mois plus tard. Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet : «Nous sommes interrogés sur nos professions. Les spécialistes dont ils ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et s'en retournent à Auschwitz I » (témoignage de Pierre Monjault). Louis Jouvin est affecté au camp principal d'Auschwitz, dans le kommando des couvreurs. Ils y sont 32 français au début. Louis Jouvin sera le seul survivant.

du 14/08/19 43 au 12/12/ 1943
En application d’une directive de la Gestapo datée du 21 juin 1943 accordant aux détenus des KL en provenance d’Europe occidentale la possibilité de correspondre avec leur famille et de recevoir des colis renfermant des vivres, Louis Jouvin, comme les autres détenus politiques français d’Auschwitz, reçoit en juillet 1943 l’autorisation d’échanger des lettres avec sa famille - rédigées en allemand et soumises à la censure - et de recevoir des colis contenant des aliments. Ce droit leur est signifié le 4 juillet 1943. Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des Français survivants. Lire l'article du blog "les 45000 au block 11. Le 12 décembre 1943, les Français quittent le Block 11 et retournent dans leurs anciens Kommandos. Louis Jouvin retourne au Kommando des couvreurs jusqu’au 3 août 1944, date à laquelle il est à nouveau placé en quarantaine, au Block 10, avec la majorité des «45000» survivants.
Louis Jouvin est transféré avec 29 autres «45000» à Sachsenhausen, le 29 août 1944 : il y reçoit le matricule n° 94260. Puis il est transféré à Kochendorf (kommando de Natzweiler-Struthof), situé sur le Neckar à 50 km de Stuttgart, (anciennes mines de sel converties en usines souterraines pour les constructions Heinkel), avec Georges Gourdon, Henri Hannhart, Germain Houard, Lahoussine Ben Ali, Guy Lecrux, Gabriel Lejard, Maurice Martin, où ils arrivent le 5 octobre 1944. Il y est affecté au Kommando des électriciens.
Fin mars 1945, ils sont évacués sur Dachau, à pied jusqu'à Augsburg (c’est l’une de ces terribles «marches de la mort» au cours de laquelle périssent des milliers de déportés). Puis en train jusqu'à Dachau où ils arrivent le 8 avril 1945. Louis Jouvin y reçoit le matricule 140 709. Il y retrouve son camarade René Demerseman, du Trait.
 
Louis Jouvin est rapatrié en France le 18 mai 1945. Il est homologué «Déporté politique». Sa demande pour être reconnu «Déporté Résistant» est demeurée sans suite. Il est décoré de la Croix de guerre 39-45, de la médaille de la Déportation et Invalides.
Louis Jouvin a été maire de Grand-Quevilly de 1945 à 1947 (Wikipédia et communication téléphonique de son fils Pierre). Il y habite rue Mathilde Juliot. Il succède à Tony Larue, maire SFIO entre 1936 et 1940, puis entre 1944 et 1945. En 1947, il milite à la FNDIRP, dont il est membre du bureau départemental. Il est adhérent à l’Amicale d’Auschwitz.  Il est membre du comité fédéral du PCF et vice-président de l’Amicale des élus communistes de Seine-Inférieure.

Louis Jouvin et Lucienne Legac, veuve de Charles Legac
Le 26 juin 1960, avec Germaine Pican, Lucien Ducastel, Robert Gaillard et Louis Eudier, il organise au Petit-Quevilly la première rencontre des «45000» et des «31000» survivant-e-s qu’ils avaient pu retrouver. 
Le menu de Louis Jouvin, rencontre 1973
Puis la commémoration à Rouen du 20e anniversaire de la libération d’Auschwitz. Le 27 mai 1973 c'est la rencontre à Gonfreville-L'Orcher (ci joint le menu à son nom). Il est au Havre, en 1980 (photo ci-dessus).
Il se retire à Illeville-sur-Montfort, où il est président de le l’Amicale des Anciens Combattants et Victimes de Guerre.
Louis Jouvin est mort le 7 février 1995.

Pierre Jouvin en 2008
  • Note 1 Son fils Pierre s’est engagé et a participé à Libération de la poche de Dunkerque (de septembre 1944 au 9 mai 1945) au sein du 1er bataillon du 67ème régiment d’Infanterie.
  • Note 2 : Dans le questionnaire biographique qu’il rédigea le 10 septembre 1947, il mit en cause Georges Déziré qui lui aurait répondu lorsqu’il l’avait averti de la surveillance dont lui Jouvin faisait l’objet que "surveiller n’est pas toujours arrêter, alors qu’il aurait dû me faire quitter le domicile pendant qu’il était encore temps". Le Maitron
Sources
  • Questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1987, rempli avec beaucoup de gentillesse par Louis Jouvin le 20 octobre 1987.
  • Attestation du Front National du 22 octobre 1968 (Munier, liquidateur).
  • © Mémorial Sachsenhausen.
  • Lettre de Georges Gourdon à Roger Abada - 8 août 1988.
  • Témoignage de Lucien Ducastel (1988).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • © Archives en ligne du Calvados-Caen.
  • "Mémoire vive n° 30".
  • © Blog des élus communistes de Grand-Quevilly.
  • © Correspondance octobre 2011 avec Bruno Prepoleski, élu communiste de Grand-Quevilly.
  • Documents recueillis par Jean Paul Nicolas aux AD de Seine Maritime (cote 54 W 7958), mel mai 2014. 
Biographie rédigée en octobre 2011 (modifiée en mai 2014) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 
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6 juillet 2014 7 06 /07 /juillet /2014 14:53
Lu sur le blog Déportés politiques à Auschwitz, convoi du 6 juillet 1942
LECOQ Louis, Auguste, Gaston

          
45753
Rescapé

Louis Lecoq est né le 14 mai 1893 à Béthencourt-sur-Somme (Somme). Il est le fils de Marie Aimée Devarenne et de Désiré, Charles, Fernand Lecoq, son époux. Il habite Le Trait (Seine-Inférieure / Seine ­Maritime) au moment de son arrestation.
Il est mobilisé pendant la guerre 1914/1918. Fait prisonnier, il apprend l’allemand durant sa détention (Raymond Montégut).
Il est ouvrier mécanicien à l'entreprise CASM ("Cloutiers et Ateliers de la Seine-Maritime", qui est le nom du chantier naval du Trait (1). Louis Lecoq est membre du Parti communiste, secrétaire de la cellule du Trait «un des militants des plus actifs en faveur du Parti communiste de la région du Trait» écrit l’Inspecteur de la Sureté (2).
Au début de la 2° guerre il est interné par les autorités françaises. Il est libéré à l'arrivée des troupes allemandes d'occupation et travaille, selon l’enquête de la Sureté dans un dépôt de munitions que les Allemands avaient constitué dans un bois près de près de Sainte Marguerite-sur-Duclair (2).
Il forme alors un groupe de résistance dans sa ville, avec Lucien Adam, Maurice Basille, Maurice Billard, Louis Debord, Roger Girod, Gohon (ou Gohé ?), Moïse Lanoue, René Demerseman, Maurice Leclerc, Lefèvre, Lefranc, René Talbot, Thomasini : «J’étais le chef de ce groupe et comme il existait un dépôt de munitions de l’armée allemande sur la commune de Sainte Marguerite-sur-Duclair, j’avais décidé de la faire sauter avec mes collègues. Je ne sais pas si nous avons été vendus, toujours est-il que le 21 octobre 1941, les gendarmes de Duclair sont venus nous arrêter à nos domiciles» (témoignage de Louis Lecoq à la gendarmerie en 1948).
En réalité Louis Lecoq qui est un militant communiste connu, est arrêté dans la nuit du 21 octobre 1941 à son domicile par des gendarmes de Duclair, sur ordre des autorités allemandes en représailles au sabotage (le 19 octobre) de la voie ferrée entre Rouen et Le Havre (tunnel de Pavilly : lire dans le blog Le "brûlot" de Rouen). Une centaine de militants communistes ou présumés tels de Seine-Inférieure sont ainsi raflés entre le 21 et 23 octobre. Ecroués pour la plupart à la caserne Hatry de Rouen, tous les hommes appréhendés sont remis aux autorités allemandes à leur demande, qui les transfèrent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) entre le 25 et le 30 octobre 1941. La moitié d’entre eux d’entre eux seront déportés à Auschwitz.

 (extrait de la lettre de Maurice Chaumond)
A Compiègne, Louis Lecoq reçoit le numéro matricule 2077, il est affecté au bâtiment A2. 
Selon le témoignage de Lucien Ducastel, il est très lié avec André Tollet. Il a l'estime de ses camarades qui le surnomment affectueusement, comme Maurice Chaumond (3) : "Le Père Lecoq" (lettre ci- contre).


Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Louis Lecoq est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.

Louis Lecoq est enregistré à son arrivée à Auschwitz-I «Stammlager» (camp principal), le 8 juillet 1942, sous le numéro «45743». Ce matricule sera tatoué sur son avant-bras gauche quelques mois plus tard. Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet : «Nous sommes interrogés sur nos professions. Les spécialistes dont ils ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et s'en retournent à Auschwitz-I, ils sont approximativement la moitié de ceux qui restaient de notre convoi (…)» écrit Pierre Monjault. Lire dans le blog, La journée-type d'un déporté d'Auschwitz.  
Sa qualification professionnelle lui permet d’être affecté à Auschwitz-I, au Block A8 et au Kommando DAW (armement, Deutsche Ausrüstungs Werke). Quoique l’un des plus âgés des «45000», il survit grâce à la reconnaissance de son savoir-faire : «Il y avait dans notre Kommando une fonderie qui coulait des étaux en fonte et des lingots d’alu. Notre doyen monta et ajusta à la grande satisfaction de l’Oberkapo, le premier étau. Il reçut à cette occasion les félicitations de ce dernier. Ces félicitations lui valurent de la part des caïds du block une attention obséquieuse» écrit Raymond Montégut.
En application d’une directive datée du 21 juin 1943 accordant aux détenus français des KL la possibilité de correspondre avec leur famille et de recevoir des colis renfermant des vivres, Louis Lecoq reçoit le 4 juillet 1943 (comme les autres détenus politiques français d’Auschwitz), l’autorisation d’échanger des lettres avec sa famille - rédigées en allemand et soumises à la censure - et de recevoir des colis contenant des aliments.
Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des Français survivants. Lire l'article du blog "les 45000 au block 11.  Le 12 décembre, les Français quittent le Block 11 et retournent dans leurs anciens Kommandos.

Louis Lecoq et 28 autres "45 000" sont transférés d'Auschwitz le 28 août 1944 à Oranienburg-­Sachsenhausen où ils sont enregistrés. L'évacuation de Sachsenhausen a lieu le 21 avril 1945, en direction de Schwerin (Meklembourg), puis de Lübeck ou de Hambourg. Certains "45 000" sont libérés en cours de route par les Soviétiques, au début mai, d’autres par les Américains.  Louis Lecoq et Giobbé Pasini atteignent Schwerin, où ils sont libérés par les Anglais. Il est rapatrié en France en juin 1945­ «avec Girot». Avec Lucien Vannier, Giobbé Pasini, Jean Rouault il est parmi les plus âgés des rescapés du convoi.
Il est homologué «Déporté politique». Louis Lecoq meurt à Rouen le 12 octobre 1965. 

  • Note 1 : "A la réunification syndicale entre la CGT et la CGT-U dans la métallurgie en décembre 1935, un syndicat CGT s’organise au Trait (...). A l’initiative de Robert Lemonnier la grève est déclenchée le 4 juin 1936, le drapeau de la CGT flotte sur les bâtiments. (…) Le 8 juin, à 16 heures, les sirènes sonnent la fin de la grève, mais il faudra attendre le 28 septembre pour que Henri Nicot, le directeur, et Robert Lemonnier signent un accord définitif. Il y a du changement : en plus des premiers congés payés, les acquis sont énormes, et la vie change profondément (3). Serge Laloyer in © «Le fil rouge 76».
  • Note 2 : Il s’agit de la note rédigée le 8 juillet 1952 par l’inspecteur de la Sûreté nationale Gambier, pour l’enquête diligentée par le Préfet, suite à la demande de Louis Lecoq d’être homologué «Déporté Résistant», demande qui lui est refusée (avis défavorable du Préfet, le 18 juillet 1952 : "Seule son appartenance politique (souligné en rouge) est la cause de son arrestation et de sa déportation".  
  • Note 3 : Le jour du départ du convoi, Maurice Chaumond jette une lettre depuis le wagon en gare de Châlons-sur-Marne. Cette lettre sera transmise à destination, comme des centaines d’autres. Il y annonce à ses amis Duval (…) qu’il est dans le convoi avec «le père Lecoq et Georges Peiffer».
Sources
  • Récit de Raymond Montégut (in "Arbeit macht Frei"), repris à la page 182 de «Triangles rouges à Auschwitz ».
  • Bureau des archives des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel voir notamment le rapport de l'inspecteur de la Sûreté générale Gambier du 8 juillet 1952).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • © Siteinternet «Le Fil rouge», Institut CGT d’Histoire sociale de Seine Maritime.
Biographierédigée en 2000 pour l’exposition de l’association «Mémoire Vive» au CRDP de Rouen, et modifiée en mars 2012 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. *Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.
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6 juillet 2014 7 06 /07 /juillet /2014 02:42
Lu sur le blog " Le convoi du 6 juillet 1942"
Une déportation de représailles contre le "judéo-bochevisme"

Le convoi d'otages communistes du 6 juillet 1942 s'apparente par ses origines aux fusillades d'otages de Nantes, de Chateaubriant, du Mont Valérien et de bien d'autres lieux d'exécution.
Ils font partie des mesures de représailles prises par le commandant militaire en France pour tenter de terroriser les petits groupes armés communistes qui entreprennent d’attaquer des officiers et des soldats de la Wehrmarcht.
Ces premières manifestations de lutte armée en France débutent en août 1941. Hitler place ces représailles dans le cadre de la «croisade contre le «judéo-bochevisme», qui, depuis juin 1941, lui sert de bannière dans la guerre contre l'Union soviétique.
A partir de septembre 1941, des otages, pour la plupart communistes parmi lesquels se trouvent de nombreux Juifs, sont fusillés.
Après les deux attentats retentissants contre le Feldkommandant de Nantes et un conseiller d’administration militaire à Bordeaux, Hitler exige des représailles massives. En conséquence, 48 otages sont fusillés dans la région de Nantes - dont 27 communistes au camp de Châteaubriant - et 50 au camp de Souges, près de Bordeaux.
Persuadé que l'amplification de la terreur ne fera pas céder les communistes, que les investigations de la police française ont permis d'identifier comme les véritables auteurs des attentats, Otto von Stülpnagel Commandant militaire en France (MBF) réaffirme dans un rapport adressé à Berlin que "de pareilles méthodes (sont) inapplicables à la longue". Il estime que ce bain de sang risque de compromettre, de façon définitive, les bases de sa politique. Dès lors, il s'emploie à rechercher une politique de rechange aux exécutions massives d’otages.

A la suite d’une série d'attentats commis fin novembre et début décembre, il propose, dans un télégramme qu'il adresse à Berlin, le 5 décembre, l'exécution de 100 otages, une amende d'un milliard de francs imposée aux Juifs de Paris et l'internement et la déportation à l'est de l'Europe de 1000 Juifs et 500 jeunes communistes.

L'autorisation de Hitler de déporter des Juifs à l'Est parvient au MBF le 12 décembre, au moment où se prépare la conférence de Wannsee qui a pour objet l’organisation des déportations de Juifs, en vue de leur extermination, dans l’ensemble des pays sous domination allemande, camouflée sous le nom de "solution finale du problème juif en Europe".
En 1941, l'idée selon laquelle les Juifs sont à l'origine des actions communistes menées contre l'armée d'occupation est largement répandue dans les milieux allemands et sert à légitimer persécutions et exécutions. A l'Est, c'est au nom du "judéo-bolchevisme" que les familles juives et les cadres communistes sont massacrés par des groupes mobiles qui suivent l'avancée des armées allemandes sur le territoire soviétique. Pour la France, Heydrich écrit le 6 novembre 1941 au général Wagner, chef de l'intendance : Les attaques réussies dans les entreprises travaillant pour la Wehrmacht, les actes de sabotage contre les chemins de fer, les attentats contre les membres de l'armée allemande et les tentatives de meurtre de politiciens qui s'étaient engagés dans la collaboration germano-française, montrent que les cercles "judéo-bolcheviks" sont les auteurs de tous les crimes.

En raison de problèmes de transport, les déportations sont repoussées à une date ultérieure. Le transfert vers l'Est des 1000 Juifs se fera "dans le cadre des évacuations prévues en février ou en mars"[1]. Les services de la police de sécurité et du SD à Paris sont chargés d'organiser la déportation des Juifs vers l'Est et celle des communistes vers un camp de concentration allemand du Reich.

Dannecker, à la tête de la section des Affaires juives de la police de sécurité et du SD dans la zone administrée par le MBF, profite de la politique des otages pour accélérer les débuts de la "solution finale" en France. A partir de février 1942, il multiplie, les démarches auprès d'Eichmann, pour obtenir la déportation des 1000 otages juifs annoncée dans l'avis du 14 décembre 1941. Il reçoit, en outre, l'accord d'Eichmann et de Heydrich pour l'évacuation de 5000 autres Juifs de Paris au cours de l'année 1942 (...) et pour d'autres déportations de plus grande envergure en 1943[2]. Un télégramme d'Eichmann indique que les 5000 Juifs devront être placés dans le camp de concentration d'Auschwitz.[3]

Pour Dannecker, ces premiers transferts sont les préliminaires à l'ambitieux programme de déportation des Juifs de France qu'il s'est tracé. Un premier convoi composé de 1000 Juifs quitte le camp de Compiègne pour Auschwitz le 27 mars 1942. Ce transport est à la fois, pour la France, le premier transport de la “solution finale” et la première déportation d'otages.

Cependant, les attentats se font de plus en plus nombreux et les représailles semblent inefficaces. Après trois attentats successifs au début d'avril 1942, à La Courneuve, au Havre et à Paris, Hitler ordonne le 9 avril 1942, comme mesure supplémentaire d’intimidation aux fusillades d’otages, la déportation de 500 otages communistes, Juifs et "asociaux” pour chaque nouvel attentat.

Fiche d'otage communiste
Ces transports doivent être essentiellement composés de communistes, comme l'indique le télégramme envoyé le 11 avril à l'ambassadeur Abetz par son adjoint, Rudolf Schleier : Dans les instructions que nous avons, il faut frapper les communistes en nombre important. L'instruction que nous avons du Führer s'oppose au projet de frapper exclusivement ou surtout les Juifs[4]. 
Dannecker intervient alors pour que les otages juifs partent en priorité et reçoit, pour la seconde fois, l'appui des services d'Eichmann.

A compter du 18 juin, une dizaine de trains de marchandises sont mis à la disposition de Dannecker. Celui-ci organise alors le départ de quatre autres transports de Juifs vers Auschwitz. 
Ils s'inscrivent, comme le précédent, dans le cadre de "l'évacuation" des 5000 Juifs de la région parisienne. Ils s'effectuent à partir des camps d'internement français de Drancy (le 22 juin), de Pithiviers (le 25 juin et le 17 juillet) et de Beaune-la-Rolande (le 28 juin)[5]. 
Mais, désormais, ces déportations échappent totalement au contrôle de l'administration militaire. Dannecker n'observe plus les instructions données par le MBF pour la constitution des convois de représailles. Les limites d'âge ne sont plus respectées, des femmes et des adolescents sont intégrés dans ces transports[6].
Pourtant, ces transports partent encore sous le prétexte des représailles. Le fait est révélé de manière indirecte par deux échanges de télégrammes, l’un datant de juillet et l’autre d’août 1942, conservés au Centre de documentation juive contemporaine. Le 9 juillet, Dannecker répond à son homologue de Bruxelles qui l'avait interrogé sur la possibilité de déporter des Juifs de nationalité française : (…) Il y avait de nombreux Juifs de nationalité française dans les 5 transports qui ont été exécutés jusqu'à maintenant depuis le territoire occupé et qui l'ont été en partie comme mesure de représailles contre le judaïsme (die Teilweise als Sühnemassnahmen gegen die Judenschaf durchgefürt würden) (…)[7].
Le 1er août Berndorff s'adresse du département de la Gestapo (RSHA IV-C2) au BdS Knochen (commandant de la police de sécurité et du SD en France) au sujet de "déportation de communistes, Juifs et éléments asociaux vers l'Est à titre de représailles". Il se réfère est à son ordre du 6 mai 1942 et écrit : Je demande un rapport sur l'état de cette affaire. Jusqu'à présent, les formulaires, exigés par le décret en référence, ne sont pas arrivés. Je demande en particulier qu'on me fasse savoir si les personnes déjà arrêtées ou susceptibles d'être arrêtées relèvent des dispositions du décret Nacht und Nebel. Dans l'affirmative, je demande de le spécifier par un tampon ou par un autre moyen sur les formulaires afin que le traitement de ces cas soit conforme à la réglementation[8]. 
On constate, en effet, que le département de la Gestapo (RSHA IV- C2), en s'adressant pour la première fois à Paris depuis le 6 mai 1942 au sujet des déportations de représailles, n'est pas à l’origine des déportations vers Auschwitz qui ont déjà eu lieu. 
Non seulement il n’a pas reçu les formulaires individuels des personnes qu'il était censé déporter, mais il ignore même que l’existence de transports vers ce camp. Il avait pourtant ordonné la constitution d'un premier transport de "1000 personnes" pour Auschwitz, le 6 mai 1942. 
La réponse qu'il reçoit du service des Affaires juives à Paris est des plus laconiques. Celui-ci laisse entendre que l'absence de réponse de la part du RSHA, au sujet des formulaires individuels, a empêché jusqu'ici le départ des convois de représailles. Il ne fait nullement état des transports déjà réalisés et n'évoque le problème des formulaires que sous l'angle des déportations à venir.S’agissant du convoi du 6 juillet 1942, le télégramme du 1er août amène à se poser la question de savoir quel département du RSHA en a organisé le départ vers Auschwitz.
A leur arrivée à Auschwitz, ces transports sont enregistrés comme "convois du RSHA", comme le furent les autres transports de la "solution finale". 
Le fait est connu, malgré la destruction ou la disparition d'une grande partie des archives du camp, grâce à une liste des convois d'Auschwitz, recopiée clandestinement à partir des archives des SS, par des détenus appartenant à la Résistance, en septembre 1944[9]. Cette liste indique le jour d'arrivée de chaque transport, son origine et les numéros sous lesquels les détenus ont été enregistrés. Or, le convoi du 6 juillet 1942 est également mentionné à Auschwitz comme étant un "convoi du RSHA". En effet, la ligne qui lui est consacrée indique : "8 juillet 1942, convoi RSHA-Paris, 45317 - 46326".
Au contraire, les convois de déportés de répression, organisés par le département de la Gestapo (RSHA IV-C2), portaient non pas la mention du RSHA mais celle plus précise de l'organisme qui l'a ordonné : comme par exemple, BdS-Paris, pour les convois partis de Compiègne vers Buchenwald.


Peut-on en conclure que le départ du convoi du 6 juillet 1942 a été réglé par les services d'Eichmann à Berlin et par son représentant à Paris ?
D'autres faits le confirment. Le 2 juillet, les services ferroviaires allemands avisent le service des Affaires juives en France qu'un train est mis à sa disposition pour le transport de 1100 prisonniers de Compiègne vers Metz, puis vers Auschwitz (Silésie orientale).[10] Il s'agit du convoi du 6 juillet 1942. 
Fait significatif, cette information est placée dans une lettre sous la référence : transports de Juifs depuis la France qui traite, en outre, de l'établissement des trajets à partir des différentes gares pour les "40000" Juifs de France qui doivent prochainement être déportés". Par ailleurs, le service des Affaires juives en profite pour intégrer 50 Juifs dans le transport des «1100 prisonniers» vers Auschwitz. Le 5 juillet, ils sont extraits du camp des Juifs de Compiègne et rejoignent, dans les baraquements de transit, le millier d'otages communistes et la quinzaine d'otages "asociaux" destinés au départ. Ils étaient les derniers otages juifs déportables détenus dans ce camp.

Le 6 juillet, la section, créée sur ordre du MBF pour y enfermer les otages juifs, est vidée de ses internés. Les dix-huit hommes restants sont placés au "camp des politiques", avant d'être transférés le 26 mai 1943 à Drancy[11]. 
Pour le service des Affaires juives, les otages juifs ne pouvaient avoir d'autre destination qu'un camp d'extermination : leur intégration dans le convoi du 6 juillet 1942 impliquait nécessairement que celui-ci parte pour Auschwitz. Ainsi, l'imbrication existant, en France, entre la politique des otages et les débuts de la "solution finale", dans le contexte de la lutte contre le "judéo-bolchevisme", explique la destination du convoi à Auschwitz et la présence de Juifs aux côtés de prisonniers politiques.
Claudine Cardon-Hamet 

Docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Autrement, Paris 2005 et de. "Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). 

Prière de mentionner les références (auteur et coordonnées du blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cet article.
Pour le compléter ou faire des remarques, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com.

Notes
[1] Il faut entendre dans le cadre des déportations de la "solution finale".
[2] Serge Klarsfeld, Vichy-Auschwitz, op. cit., vol. 1, p. 43-44.
[3] Télégramme d'Eichmann à Knochen du 12 mars 1942. Ibidem, p. 198-199.
[4] Cité par Henri Noguères, Histoire de la Résistance en France, Paris, Robert Lafont , 1969, tome 2, p. 418.
[5] Ces déportés ont été triés avant leur départ pour être tous "aptes au travail" et ne sont pas l'objet d'une sélection à leur arrivée à Auschwitz.
[6] Déjà, le télégramme de Günther du 16 mai 1942 rendait possible la déportation de 5 % de femmes. Archives du CDJC, XXVb, 26.
[7] Archives du CDJC, XXVb-36. C'est ce télégramme qui a permis à Serge Klarsfeld de signaler pour la première fois que les premiers convois de Juifs étaient aussi des convois de représailles.
[8] Archives du CDJC, XXV-53. Ce document montre également que dès cette date, la Gestapo envisageait que des déportés, relevant du décret Nacht und Nebel puissent être internés dans un camp de concentration sans passer au préalable en jugement en Allemagne.
[9] Ce document est transmis à la Résistance extérieure polonaise. Il est actuellement conservé au musée d'Etat d'Auschwitz, en Pologne (Apmo-ro/123,t. 3/356).
[10] Archives du CDJC, XXV6-45.
[11] Drancy devient, à la mi-juillet 1942, le principal camp de départ des Juifs de France, à la suite des accords passés pour l'arrestation des Juifs étrangers, le 2 juillet 1942, entre Oberg et Bousquet, chef de la police française. Le 17 juillet 1942, les derniers Juifs de la région parisienne pour lesquels Dannecker avait reçu l'autorisation d'évacuation en mars 1942, quittent le camp de Pithiviers. Leur convoi précède de deux jours les premiers transports de Juifs arrêtés par familles entières, les 16 et 17 juillet à Paris, durant la grande rafle du "Vel' d'Hiv". A partir de ce moment, la "solution finale" se déploie en France, sans interruption.

Photos
© MRN Champigny
© Poirmeur, le camp de Compiègne.
© Fiche d'otage, CDJC.
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6 juillet 2014 7 06 /07 /juillet /2014 01:23

Nous publions ici un extrait du blog : "Déportés politiques à Auschwitz : le convoi du 6 juillet 1942".  Nous publierons dans les articles suivants la liste des déportés ainsi que la biographie de certains d'entre eux.  Pour l'essentiel ils étaient communistes.  Très souvent des militants ouvriers.  

 

Introduction


 

Le convoi du 6 juillet 1942 occupe une place singulière dans les déportations de France. Il est le premier convoi de répression à quitter le camp de Compiègne pour les camps de concentration allemands et le seul de l’année 1942. Avec celui du 24 janvier 1943 (230 femmes), il est le seul convoi de résistants à avoir eu Auschwitz pour destination définitive.

Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes - responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT - et d’une cinquantaine d’otages juifs (soient 1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.

A la fin de la guerre, sur les 1170 hommes immatriculés à leur arrivée à Auschwitz, le 8 juillet 1942, seuls 119 étaient encore en vie (soit 11% d’entre eux).

Claudine Cardon-Hamet

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