Entretien avec William Audoux, de la CGT Renault Cléon
Publié le 9 janvier 2017
Ce lundi 9 janvier, le syndicat CFDT de Renault a annoncé qu’il signerait le nouvel accord de compétitivité du groupe, s’alignant sur l’avis favorable préalablement émis par FO et de la CFE-CGC. La CFDT permet ainsi au patronat d’obtenir la majorité pour faire passer cet accord synonyme d’une cruelle défaite pour les ouvriers quant au temps de travail et aux suppressions de postes.
Propos recueillis par Vincent Duse, délégué CGT à PSA Mulhouse
C’est contre cette nouvelle attaque que les ouvriers de l’usine Renault de Cléon, en Normandie, s’étaient mis en grève le 5 janvier, à l’appel de la CGT, bloquant un rond-point entre 4h et 9h30. En effet, le nouvel accord de compétitivité promet une dégradation toujours plus importante des conditions de travail pour l’ensemble des sites de la multinationale française. Pourtant, à Cléon comme ailleurs,la précarité est déjà largement la règle à Renault, qui compte 30000 travailleurs et près de 10 000 intérimaires. Le site normand, spécialisé dans la production des boîtes de vitesse et de moteurs, compte à lui seul1800 intérimaireset 150 CDD sur un effectif de 5000 travailleurs, soit plus de 30% de précaires. Dans le secteur de l’assemblage, où les postes sont les plus durs et les cadences infernales, les chiffres de la précarité sont particulièrement alarmants avec plus de 90% d’intérimaires. Nous avons interviewé William Audoux, secrétaire du syndicat CGT Renault Cléon.
Le 5 janvier, jour de la relecture de l’accord, vous aviez appelé à la grève à Renault Cléon. Tu peux nous dire ce qui vous a motivés ?
C’est bien simple, sur le groupe Renault ils veulent faire comme dans l’usine la plus productive d’Europe, et surtout la pire en termes de conditions de travail :Sunderland en Angleterre. Là-bas,il n’y a que des précaires et les salariés ne tiennent pas plus de 5 ans. L’exploitation est si infernale qu’il n’y a que des salariés entre 21 et 35 ans, les plus âgés ne tiennent pas. Alors on a voulu faire quelque chose pour marquer notre opposition à l’accord de compétitivité, c’est pourquoi on a mobilisé aux deux entrées du site et organisé un blocage avec une centaine de salariés sur la journée.
En 2013 avec le premier accord de compétitivité à Renault, c’était le premier accord de ce type en France. On peut dire que vous avez été précurseurs dans le domaine...
Oui en effet,l’accord de 2013 nous a laissé un goût amer, avec la suppression de 10 000 emplois et 21 jours de RTT. Seulement une partie des 3000 embauches promises a été réalisée. Aujourd’hui, avec le nouvel accord qui vient d’être signé, cela va encore s’aggraver. Et pourtant, le groupe n’a jamais fait autant d’argent, il y a aujourd’hui 20 milliards d’euros dans les caisses de Renault, et après ça,ils osent encore nous demander de nous serrer la ceinture.[...]
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