Sur le site Investig'action par Michel Collon
Michel Collon analyse les résultats des dernières élections au Venezuela et l'avenir de ce pays révolutionnaire
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La gauche radicale française a-t-elle soutenu comme il faut la révolution chaviste au Venezuela ? Malheureusement, non, à quelques exceptions près : Maurice Lemoine, Jean Ortiz, Romain Migus, Rémy Herrera, Ignacio Ramonet et quelques autres. Mais globalement, il y a eu peu d’intérêt, peu de compréhension de ce qui se jouait là. Et guère de solidarité concrète alors que ce peuple en avait grand besoin, soumis aux attaques incessantes de l’Empire US.
C’est donc aussi l’heure des bilans et examens de conscience : laisserons-nous cet Empire US (et notre Europe complice) saboter et détruire un par un tous les pays qui résistent ? A qui le tour ? Bolivie, Equateur et Nicaragua recevront-ils davantage de soutien ?
La première solidarité sera d’essayer de comprendre cette révolution, ses formidables espoirs et ses points faibles. Sans jouer les prétentieux : le véritable bilan ne peut être établi que par les militants vénézuéliens. Et pour avoir beaucoup visité ce pays, je peux attester que le débat politique y est très vivant.
D’un côté, la révolution a apporté des résultats spectaculaires : éliminant l’analphabétisme, apportant des soins de santé et une éducation à chaque Vénézuélien, qu’il habite dans les quartiers pauvres de Caracas, au fin fond de l’Amazonie ou tout en haut de la Cordillère des Andes. Des progrès impressionnants pour l’alimentation des enfants, l’espérance de vie, la distribution d’eau potable, la connexion à l’égout, la réduction du chômage (hommes et femmes). Quiconque a visité le pays a pu le constater. L’Etat avait récupéré le contrôle du pétrole et ces revenus servaient non plus à enrichir les riches mais à réduire l’extrême pauvreté : de plus de moitié en dix ans. N’oublions jamais que l’élite qui aujourd’hui jubile à Caracas, c’est elle qui avait maintenu cette extrême pauvreté pendant que le pétrole alimentait ses comptes en banque.
De l’autre côté, la récente victoire électorale de l’opposition montre des points faibles tout aussi importants qui ont bloqué la révolution et provoqué le découragement d’une partie du peuple. Dans mon livre Les 7 Péchés d’Hugo Chavez, j’avais pointé trois faiblesses : 1. Le poids économique toujours décisif de la grande bourgeoisie liée aux USA. 2. Le poids médiatique toujours décisif de cette même grande bourgeoisie. 3. Une nouvelle corruption au sein de la révolution. Une étude toute récente d’André Crespin, Où en est le Venezuela après dix-sept ans de « socialisme du 21e siècle ? » actualise l’analyse de façon remarquable (Etudes marxistes, Bruxelles, décembre 2015, p. 77).