
Photo Solidaire, Stef Coppieters
Un groupe de bénévoles du centre de santé grec Helliniko a refusé le « prix du Citoyen européen » que le Parlement européen voulait lui décerner. La politique d’austérité imposée par l’UE tue également des gens en Grèce.
À la fin de l’été, une information surprenante atterrissait dans la boîte aux lettres du centre de santé gratuit Helliniko (MKIE), en Grèce. Le Parlement européen lui décernait le prix du Citoyen européen, parce que, depuis 2011 déjà, il aide les victimes de l’austérité. Actuellement, en Grèce, trois millions de personnes n’ont pas accès aux soins de santé publics. Les bénévoles du centre proposent des soins et des médicaments gratuits. Avant la crise déjà, la règle était en Grèce que votre assurance maladie dépendait de l’exercice d’une profession. Si vous êtes chômeur, au bout d’un an, vous et votre famille devez assumer intégralement vous-mêmes tous vos frais médicaux. Avec les coupes dans le secteur public et le chômage massif, un très grand nombre de Grecs sont dans le cas. De même, pour bien des pensionnés, réfugiés, sans-papiers, les soins de santé sont inaccessibles. Le cardiologue Georgios Vichas, fondateur de MKIE, et son équipe recollent la casse provoquée par l’UE et le FMI... et c’est la raison pour laquelle ils reçoivent un prix du Parlement européen.
Le prix prévu pour MKIE a tout d’une plaisanterie de mauvais goût. Aussi, après concertation – la voix de chaque bénévole, médecin ou pas, a le même poids, au sein de MKIE –, la décision a été prise de refuser le prix. Maria, l’une des bénévoles, nous explique pourquoi : « Si quelqu’un vous sectionne une main à la machette, vous n’allez quand même pas accepter la prothèse qu’elle vous offre après ? » Toutefois, ils allaient accepter de répondre à l’invitation à la cérémonie à Bruxelles : c’était l’occasion d’expliquer au Parlement qu’il fallait mettre fin à cette austérité meurtrière. L’establishment européen allait toutefois les empêcher de prendre la parole : d’abord, les frais de voyage ne leur seraient pas remboursés. Mais ce n’était pas un problème, ont réagi les bénévoles. Par la suite, ils leur ont quand même été remboursés, mais ils n’ont pu assister à la cérémonie qu’en tant que spectateurs silencieux, sans donc pouvoir prendre la parole. Est-ce cela, l’Europe démocratique ?
Georgios Vichas a alors organisé une conférence de presse dans une des salles du Parlement. L’autre lauréat du prix, la cantine sociale « Allos Anthropos » (Un autre être humain) a également refusé le prix et a elle aussi délégué quelques personnes à Bruxelles.
Lors de la conférence de presse, le docteur Vichas a insisté, faits à l’appui, sur les effets de l’austérité. « Pour la première fois en temps de paix, le nombre de décès parmi les nouveau-nés et les bébés a augmenté et le taux de mortalité est plus élevé que celui des naissances. Le nombre de suicides a lui aussi augmenté et, dans notre centre médical, nous avons eu des patientes mortes d’un cancer du sein uniquement parce qu’elles n’avaient pu entamer un traitement à temps. En outre, nous voyons beaucoup de bébés sous-alimentés. Nous leur offrons gratuitement du lait en poudre et des aliments pour bébés. » Kostas Polichronopoulos, d’Allos Anthropos, a fait un plaidoyer musclé en faveur de la solidarité comme arme contre le fascisme et le racisme. Après la conférence de presse, Kostas nous a raconté comment les fascistes d’Aube dorée, le parti néonazi grec, les attaquaient en rue. Les fascistes ont leurs propres cantines populaires, mais réservées aux Grecs de « pure souche ». À Allos Anthropos, tout le monde est le bienvenu. Kostas et ses amis ont dû se défendre avec ce qu’ils avaient. Pour eux, ces extrémistes ne sont pas à leur place dans les rues ou au Parlement. La solidarité est la meilleure arme contre eux.
Nous avons demandé à Polichronopoulos et à Vichas comment les citoyens solidaires de Belgique, de France et du reste de l’Europe pouvaient les aider. La réponse a été surprenante : « C’est fantastique que vous collectiez de l’argent et du matériel pour nous aider, mais ce n’est pas la première chose que nous voulons vous demander. Ce qui est plus important encore, c’est que vous racontiez à tous vos concitoyens ce qui se passe réellement en Grèce. Parlez-leur de la crise humanitaire et dites-leur que cela pourrait aussi leur arriver. La Grèce est un banc d’essai, pour la politique d’économie néolibérale poussée à l’extrême. C’est chez nous que l’élite européenne teste ce qu’elle va appliquer chez vous aussi. Du moins, si vous ne résistez pas. Aussi est-ce notre vœu le plus cher : battez-vous de toutes vos forces, tous ensemble dans toute l’Europe, contre l’austérité. C’est la seule solution. »

Photo Solidaire, Stef Coppieters
Peu après la conférence de presse, des syndicats, des mouvements citoyens et des militants ont entouré le Sommet européen, en guise de protestation contre le TTIP et la politique néolibérale de l’UE. Les bénévoles grecques étaient très désireuses de se joindre à eux. Elles avaient même apporté une banderole de la clinique sur laquelle on pouvait lire : « Austerity kills » (L’austérité tue).
« Nous ne sommes pas une institution de bienfaisance, nous percevons notre travail comme une façon de donner du courage aux gens afin qu’ils résistent. Nous montrons à nos patients que leur situation est la résultante de décisions politiques contre lesquelles nous tous, ensemble, pouvons et devons nous opposer. »
Après la manifestation, nous sommes allés nous réchauffer à la maison médicale de Médecine pour le Peuple (MPLP) à Molenbeek. Pour l’instant, MPLP mène une campagne de solidarité avec le peuple grec et MKIE en est l’un des partenaires. Les bénévoles grecques se souvenaient bien de la visite de solidarité des médecins de MPLP en septembre. À l’accueil, elles aperçoivent les affiches et les dépliants de la campagne de solidarité et, du coup, elles veulent également arborer le bracelet bleu de la campagne. Nous traduisons pour elles ce que disent les dépliants et les affiches. Médecine pour le Peuple présente bien des points communs avec ce qu’elles-mêmes font. Elles aussi aident les réfugiés et les sans-papiers car, en Grèce, ceux-ci ne peuvent s’adresser qu’aux cliniques bénévoles. Et, chez elles aussi, les Palestiniens ont toujours pu compter sur leur solidarité. Ainsi, l’an dernier, elles ont encore pu envoyer tout un chargement de médicaments à Gaza, malgré les graves problèmes auxquels elles-mêmes sont confrontées.
Leur visite a apporté un nouvel élan à la campagne de solidarité en cours.
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