LE MONDE | 29.04.2014
« Les entreprises françaises ne sont pas des proies. » Martial, le propos du ministre de l’économie, Arnaud Montebourg, rappelle celui de son prédécesseur Thierry Breton, qui voulait apprendre « la grammaire des affaires » à l’Indien Lakshmi Mittal.
Aujourd’hui comme hier, la mondialisation balaie ces fanfaronnades.
C’est, en effet, la fin d’une époque : l’Etat n’a plus les moyens de protéger des entreprises faibles sur des secteurs fragiles. En moins d’un mois, deux fleurons du capitalisme français du XXe siècle ont été, ou sont en passe d’être, démantelés. Le groupe Vivendi, héritier de la Compagnie générale des eaux, a vendu son activité de téléphonie mobile pour se recentrer sur la télévision et la musique ; en 2000, il s’était déjà délesté de son activité historique dans le secteur de l’eau.
Alsthom, lui, était l’héritier de la Compagnie générale d’électricité. Lui aussi a éclaté il y a une quinzaine d’années, donnant naissance à Alcatel (télécoms), à Nexans (câbles) et à Alstom (plus diversifié dans l’énergie, les transports et les chantiers navals).
Mais trop petit ici ou trop dépendant là, il n’a pas résisté aux bourrasques économiques et aux mutations technologiques. Sauvée in extremis par l’Etat en 2004, l’entreprise se trouve à nouveau en situation financière périlleuse.
C’est justement pour se protéger de ce genre d’aléas que les grands conglomérats technologiques multiplient les activités, diversifient les localisations géographiques et amassent une trésorerie de précaution. Ainsi Alstom est quatre fois moins puissant que l’allemand Siemens et six fois moins que l’américain General Electric, ses deux prétendants actuels. Ce n’est pas une exception. De tous les pays développés, seuls l’Allemagne, les Etats-Unis et le Japon disposent encore de telles entreprises diversifiées.
La France n’a plus les moyens de lutter sur ce terrain. Cela fait longtemps qu’elle s’épanouit beaucoup plus sûrement sur les marchés de consommation et de niche. Les stars du CAC 40 s’appellent LVMH, L’Oréal, Air Liquide, Essilor, Pernod Ricard, Legrand, Gemalto et un certain Schneider Electric, lointain héritier d’un conglomérat sidérurgique, Creusot-Loire, qui a su sortir à temps du piège mortel qui emporte Alstom.
En son temps, Lionel Jospin avait fait le constat lucide – même s’il lui fut beaucoup reproché – que l’Etat ne peut pas tout. Mais les gouvernants aimeraient encore le faire croire, surtout quand il s’agit de secteurs- clés, comme l’énergie, et d’entreprises qui, comme Alstom, sont l’un de ses principaux fournisseurs.
Qu'il en déplaise ou non à Arnaud Montebourg, ce sont les actionnaires d'Alstom qui décideront de la réponse à donner à l'offre de General Electric. | AFP/
"CANEMPECHEPASNICOLAS" :
Pour mettre fin à ce bradage, à ce brigandage,
seule le retour à la nation de ses secteurs stratégiques
pourra redonner à la France son indépendance
et à son peuple sa souveraineté pour décider de son avenir.
Ce qui suppose de sortir de l'Union européenne, de l'Euro,
les instruments de domination du Capital