Le refus populaire de la réforme des retraites, largement majoritaire, et les fortes mobilisations sociales, n’ont pas fait reculer le président, ni le gouvernement. Pire, comme l’a dit la nouvelle secrétaire générale de la CGT, « Macron nous tend la main après nous avoir fait un bras d’honneur ». L’intersyndicale appelle à poursuivre les actions locales et à organiser un « raz-de-marée populaire » le 1er mai prochain.
Mais tout le monde comprend bien que ce régime politique ne craint pas l’impopularité, que notre système dit « démocratique » peut fonctionner contre une large majorité populaire. Un « expert » médiatique justifie le refus d’un référendum en expliquant « si vous demandez aux gens s’ils veulent travailler plus ou moins, la réponse est évidente ». Dans notre « modèle » démocratique occidental, la démocratie est pour eux un obstacle. Ils veulent bien organiser de temps en temps une élection présidentielle à coup de milliards de dépenses publicitaires, mais ensuite… c’est eux qui décident contre la majorité.
Mobilisons-nous pour le 1er mai, mais la formule du « raz-de-marée » risque de n’être qu’une incantation médiatique, comme la volonté de « mettre la France à l’arrêt » il y a quelques semaines, sans une analyse concrète de cette situation apparemment bloquée. Quelle que soit la force des manifestations, ce pouvoir n’en tiendra pas compte ? Pourquoi ? Nous avions ouvert le débat début mars. Il est encore plus important aujourd’hui, après la démonstration de force du pouvoir. Que peut-on faire face à ce gouvernement ?
La violence est une impasse qui se retourne contre le mouvement !
Dans les réactions militantes, il y a beaucoup de colère et elle se traduit chez certains par la recherche de l’affrontement avec la police, laissant la place aux « blacks blocs » et à la casse de ce qui semble représenter le pouvoir… des banques le long des manifs, du mobilier urbain, des installations de réseau comme des feux de croisement, des armoires de câblage [1], des permanences de député. Ce 17 avril, pour la deuxième fois à Lyon, c’est une mairie de quartier qui est attaquée, avec des dégradations lourdes, et symboliquement les deux fois, une mairie de gauche. Il y a eu aussi le service public des impôts, le lieu où beaucoup de retraités prennent rendez-vous pour se faire aider dans des démarches aujourd’hui totalement dématérialisées…
Certains croient que les casseurs font peur au pouvoir. Mais on voit à quel point Darmanin s’en sert ! La révolution, ce n’est pas quelques groupes violents, se sont des millions de citoyens mobilisés et unis ! [2]
Il faut le dire clairement, non seulement ces violences ne font peur ni aux patrons ni au pouvoir, non seulement la casse ne gêne que les salariés et les usagers, mais les violences freinent les mobilisations, divisent le mouvement social entre craintes et justifications, elles servent les médias et au final le pouvoir en justifiant la répression de tous, et surtout, elles cachent le fond du problème, le capitalisme et le lieu où il exerce sa domination, l’entreprise.
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