par Jacques Sapir ·
Les chiffres des demandeurs d’emplois pour le mois d’août 2016 ont été une douche froide pour le gouvernement. Ce dernier espérait que le mouvement qu’il croyait percevoir d’amélioration dans les chiffres de juillet se poursuivrait. Il n’en a rien été, bien au contraire. Dès lors, on a pu voir sur les télévisions et entendre dans les radios, diverses explications de ces mauvais résultats. Disons le tout net, elles ne sont pas convaincantes. Non que les attentats n’aient pas aggravés la tendance. Mais, cette dernière est en réalité antérieure aux tragiques événements du 14 juillet dernier à Nice. La hausse du nombre des demandeurs d’emplois est incontestable depuis le mois d’avril dernier. Avec une croissance négative de -0,1% pour le deuxième trimestre 2016, et des chiffres qui seront médiocres pour les troisième et quatrième trimestres, il est clair que cette tendance va se poursuivre.
La reprise de la hausse du chômage.
Il convient, encore et encore, de répéter un certain nombre de réalités statistiques. Les données qui sont présentées en France tous les mois ne sont pas celles du « chômage » mais uniquement celles des « demandeurs d’emploi ». Elles sont collectées par la DARES, c’est à dire par Pôle Emploi. Les données des demandeurs d’emplois sont donc des données administratives, et peuvent faire l’objet de corrections, en particulier quand le demandeur d’emploi ne remplit pas certaines des conditions pour se voir inscrit. Dans ce cas, il est rayé des listes et « disparaît », mais ne cesse pas pour autant d’exister comme « chômeur »… Il faut donc considérer ces données comme un indicateur du chômage, une estimation qui se fait « à minima » mais non comme une réalité.
Ces données sont, de plus, réparties en diverses catégories à fins de traitement. Ces catégories sont définies par la DARES[1] , qui est l’organisme en charge de ces statistiques.
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Définitions des catégories Catégorie A : demandeurs d’emploi tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi, sans emploi ; Catégorie B : demandeurs d’emploi tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi, ayant exercé une activité réduite courte (i.e. de 78 heures ou moins au cours du mois) ; Catégorie C : demandeurs d’emploi tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi, ayant exercé une activité réduite longue (i.e. de plus de 78 heures au cours du mois) ; Catégorie D : demandeurs d’emploi non tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi (en raison d’un stage, d’une formation, d’une maladie, d’un congé maternité,…), sans emploi ; Catégorie E : demandeurs d’emploi non tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi, en emploi (par exemple : bénéficiaires de contrats aidés). |
C’est donc très abusivement que le gouvernement ne retient que la catégorie « A » comme indicateur du chômage. On peut d’ailleurs se demander pourquoi les journalistes français le suivent dans cette voie. En effet le chômage réel, tel que l’on peut l’estimer à partir du nombre des demandeurs d’emploi couvre en réalité les catégories A + B + D. On peut considérer qu’une personne dans la catégorie « B » a accepté ce que l’on appelle un « petit boulot » mais que ce dernier ne lui permet pas de vivre. De même, la catégorie « D » regroupe des gens qui n’ont été sortis de la catégorie « A » que suite à une maladie ou une maternité. C’est donc abusivement qu’on ne les compte pas dans la catégorie « A ». De même, on a des demandeurs d’emplois qui sont en stage ou en formation, mais qui n’en restent pas moins des chômeurs. [...]
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