2 Avril 2016
Publié par Jean Lévy
Mercredi 20 avril 2016, à l'initiative de la commission « convergence des luttes » et du journal Fakir, une soirée-débat s'est tenue avec l'objectif de définir « l'étape d'après » dans le contexte du phénomène des « nuits debout ».
Le premier constat est celui d'un succès d'audience : les gens sont venus nombreux pour trouver une place à la bourse du travail. Quelques minutes avant que ne débute l’événement, les organisateurs sont d'ailleurs contraints d'interrompre les entrées. Qu'à cela ne tienne, une retransmission en directe est prévue à quelques mètres de là, sur la place de la République.
A l'image des multiples protestations engendrées depuis l'annonce du projet El Khomri, la liste des intervenants est conséquente : représentants des actions menées dans le cadre des « nuits debout », portes-paroles de syndicats ou encore intellectuels progressistes.
Ce soir, l'idée est d'encourager les liens entre les structures classiques de lutte et les récents mouvements de protestation créés avec le phénomène des « nuits debout ».
Certains discours font vibrer la salle sous le tonnerre des applaudissements :
Un intervenant de banlieue insiste sur la nécessité de rallier la population de Paris avec celle de sa périphérie : il faut repenser les lieux de rassemblements !
Un syndiqué CGT de la SNCF salue et encourage les déplacements des jeunes – étudiants et lycéens – sur les lieux de travail des salariés : « on a besoin de vous ! »
L'économiste Frédéric Lordon affirme que le mouvement a pris ! Il estime qu'il faut maintenant viser au delà des revendications dans le cadre fixé par le capital : il faut repenser le cadre !
Serge Halimi rappelle la nature de ces cadres et leurs évolutions : L'Union Européenne, le TAFTA... Il reprend également les écrits de Thomas Frank en appuyant la nécessité d'étudier la cas « Occupy Wall Street » pour ne pas reproduire certaines erreurs.
Un intervenant (spécialiste de la question espagnole?) poursuit cette idée d'analyse en s'intéressant au mouvement 15-M : les indignés.
Un intermittent du spectacle suggère l'idée de menacer le bon déroulement du prochain festival de Cannes.
Etc. etc !
A la fin des interventions, il est bientôt l'heure pour François Ruffin de rappeler la nécessité d'établir une action concrète à court terme. Pour encourager les propositions, il énonce, en son nom, l'idée d'effectuer lors du 1er mai, un rassemblement exceptionnel autour de la loi El Khomri et du projet TAFTA, en réunissant le mouvement des « nuits debout », les syndicats, les artistes engagés, etc.
Puis la parole est au public : les mains se lèvent...
Le micro s'arrache de mains en mains, les interventions se succèdent mais ne correspondent pas à des propositions d'action comme le souhaiteraient les organisateurs. En effet, certains préfèrent rebondir sur des sujets plus ou moins déjà évoqués lors des interventions... La tension monte ! A tel point que les organisateurs rappellent qu'il ne s'agit pas d'un débat d'expression au sens large : il s'agit d'émettre des propositions d'actions réalisables dès le lendemain... tentatives peu fructueuses !
Pour analyser ce moment de confusion, il faudrait disséquer le fonds et la forme du contexte dans lequel a lieu cette soirée-débat :
Pour ce qui est du fonds il s'agit de la remise en question évidente des rapports de force actuels : dans le but de faire valoir cette remise en question auprès de tous, la nécessité d'une convergence des luttes est mise en avant ainsi que le besoin immédiat de recréer le lien entre les grandes villes et leur banlieue.
Quant à la forme, il semblerait que le besoin de s'exprimer dans des assemblées constituantes semble effacer le contenu de ces expressions. En effet, l'éparpillement ne vient pas du fait que les idées présentées s’opposent entre elles, mais plutôt qu'elles émanent de l'un et pas de l'autre.
Exemple : Une syndicaliste CGT affirme qu'elle souhaite mettre en œuvre les efforts pour rallier ses forces d'actions à celle des « nuits debout ». Cependant, dans le cadre de la célèbre « récupération politique » dont les acteurs « nuits debout » se méfient, elle pointe également les réticences de certains syndiqués qui craignent de voir les combats sociaux repris par des aspirations fragiles de « nuits debout » !
De son côté, un participant « nuits debout » affirme vouloir marcher main dans la main avec les syndicats mais « nous devant, eux derrière! »... Un élan d'enthousiasme personnel qui entre malheureusement en contradiction avec le thème de la réunion.
Unité, ne te cache plus !
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