On ne compte plus les déclarations de dirigeants du PCF et d’articles de l’Humanité sur ce thème central de leur réponse politique aux crimes de masse, aux échecs électoraux et à la dérive droitière du PS : "il faut sauver la gauche".
C’est une question sérieuse. On sait que la dérive du parti communiste italien devenu parti démocrate ayant absorbé l’ancien parti socialiste, a conduit à des élections législatives où les forces "de gauche" ont été totalement exclues du parlement ! En France, dans deux régions, le PS a imposé la disparition de tout élu de gauche. La menace FN interpelle donc bien "la gauche" sur le risque de reproduire 2002 en pire, un FN au deuxième tour avec un vrai risque de victoire !
Tous les militants progressistes ont bien conscience du piège. Car pour ne pas voter à droite au deuxième tour de 2017, il faudrait que le candidat socialiste soit deuxième ! La logique présidentielle de la 5eme république poussera toujours plus vers le vote utile et les "primaires" viennent conforter cette tendance... Prenez le temps de voter pour rien à des primaires, vous ne pourrez alors que voter utile dès le premier tour. Oui, le FN est bien un piège pour le peuple, qui conduit à voter consciemment pour ceux qui vous écrasent.
Dans ce contexte, l’hypothèse d’une autre candidature de gauche est déjà un enjeu incertain. Les appels de Pierre Laurent aux frondeurs ou d’Olivier Dartigolles à Jean-Vincent Placé organisent le débat autour de cette gauche de gauche, d’une vraie gauche, d’un Front de gauche élargi, peu importe la dénomination. La crise politique produite par la dérive droitière du parti socialiste, son accélération en réaction aux attentats, fait monter la pression sur cette "autre gauche" et sur tous ceux qui ont construit leur légitimité politique sur l’affirmation qu’il existait une réponse "de gauche", comme une Europe "sociale" d’ailleurs. On se demande comment poser encore la question d’une candidature communiste... !
Pourtant, tous ont constaté leur échec aux élections régionales. Les verts en perdant plus de la moitié de leur voix, et le PCF dans l’éclatement du Front de Gauche ne parvenant pas à mobiliser contre l’austérité, perdant lui aussi pendant que le parti socialiste parvenait à se maintenir ! Qu’est-ce qui peut changer dans les années à venir ? Ce ne sont pas les multiples déclarations "il faut tout changer, revisiter, refonder" qui vont redonner confiance, réouvrir une issue, une perspective suffisamment solide et crédible pour tenir face à la vague bleue marine. Et pour ce qui concerne le PCF, il a déjà usé de nombreuses formules, y compris de rallumer les étoiles... difficile de trouver mieux...
Car le peuple à vrai dire tient compte de son expérience... Il n’avait cru que modérément à François Hollande "ennemi c’est la finance", se concentrant surtout sur le rejet de Sarkosy en 2012. Mais il a une certaine expérience de "la gauche". Mitterrand qui devait changer la vie en 1981 a fait le choix de l’austérité pro-europénne dès 1983, qui parlait d’une "France unie" en 1988 et l’a profondément divisée avec Maastricht en 1991. Une des premières mesures de la "gauche plurielle" de Lionel Jospin en 1997 était la privatisation de France Telecom, première d’une longue série d’un mandat qui se terminait par le choc de 2002...
Le peuple a moins d’illusion qu’en 1981 sur le changement électoral, est-ce un mal ? Faut-il tenter de lui faire avaler une nouvelle "solution de gauche"... ? A-t-il tort de considérer qu’aucun programme électoral, y compris celui du Front de Gauche de 2012, ne peut remettre en cause la domination du capitalisme mondialisé et donc de la guerre contre les salaires et l’emploi ? Le retournement de la "vraie gauche grecque" et Tsipras contraint de céder au chantage de l’Union Européenne renforce évidemment cette lucidité sur la puissance du capitalisme. Le peuple ressent ainsi une vérité profonde... Il n’y a pas "d’autre politique" possible dans le capitalisme ? Et la gauche se définit-elle par la remise en cause du capitalisme ?
Non, le peuple a raison de ne rien attendre de la gauche. Et très majoritairement, il s’abstient. Tant qu’il ne considérera pas indispensable, possible de remettre en cause le capitalisme, il n’a aucune raison de soutenir qui que ce soit, sauf pour certains, d’empêcher le pire, mais dans ce cas, le plus utile à gauche est de voter socialiste... Autrement dit, lui demander de sauver la gauche pour elle-même est perdu d’avance. Au contraire, s’il ne cède pas au renoncement, son expérience ne peut le pousser qu’à la prise de conscience du besoin d’une force dont la nature, l’organisation, l’ancrage social, le programme, soit clairement en rupture avec toute l’histoire de la gauche.
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