Jusqu'aux attentats terroristes du 13 novembre, personne n'imaginait que les élections régionales étaient de nature à pouvoir endiguer la vague abstentionniste des scrutins précédents. Au contraire, chacun s'attendait à un profond désintérêt. En effet, quand beaucoup de Français ont encore du mal à s'habituer au tracé des frontières régionales, la plupart d'entre eux est incapable de démêler, dans l'écheveau des stuctures territoriales, quels sont les attributions et les rôles respectifs des communes, des métropoles, des départements et des régions. Pour désorienter un peu plus l'électeur potentiel, s'ajoute à cela le fait que le mode de scrutin aux élections régionales diffère de celui des municipales et des départementales.
Par ailleurs, au delà des intérêts politiciens des partis et des ambitions personnelles qu'il suscite, l'enjeu des élections régionales n'apparaît pas clairement aux yeux des Français: ils savent que l'austérité dont ils souffrent découle des décisons prises à Bruxelles et du gouvernement, que le pouvoir régional sera quasiment incapable d'accroître les emplois, d'améliorer quelque peu leurs conditions de vie et de leur assurer plus de sécurité. En quelque sorte, ils savent que les pouvoirs locaux ne sont que des pouvoirs low cost!
En fin de compte, il n'y a pas de quoi susciter un quelconque intérêt nouveau chez les électeurs lassés des promesses électorales alternativement non tenues par une droite rebaptisée mais inchangée et par un PS qui après avoir prétendu vouloir " changer la vie" a changé d'avis et applique la même politique que la droite.
Or, si l'on en croit les médias et les sondages, tout a changé depuis le 13 novembre. François Hollande, jusqu'alors réputé hédoniste en privé et prudent conciliateur de tendances en public, serait subitement devenu un " tigre à la Clémenceau". Hier encore " capitaine de pédalo" aux yeux des siens, il serait miraculeusement promu " grand timonier" par l'opinion publique.
L'état de guerre proclamé et l'état d'urgence instauré ont certes conféré provisoirement une nouvelle stature au chef de l'état. Sa cote et celle de son premier ministre s'en trouvent sensiblement améliorées et F. Hollande compte bien entretenir ce climat favorable pour redorer son blason dans la perspective de la présidentielle future et pour limiter la casse dont pourrait être victime le PS aux régionales prochaines.
En entretenant la légitime émotion populaire et le climat d'insécurité actuels , le chef de l'état qui a déjà fait opérer un virage à 180 degrés à sa politique étrangère, entend étouffer la campagne électorale et les problèmes politiques de fond. De plus, il veut accroître la crainte du FN dans l'espoir de ranimer la tactique usée du "front républicain" à l'occasion de deuxième tour. Si la ficelle est un peu grosse, elle est en outre indécente. Se servir d'un deuil national à des fins bassement électoralistes relève de procédés honteux.
Michel Barrière
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