Le GIEC (le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat de l'ONU) a un nouveau président. Malheureusement, il ne fait pas partie de ceux pour qui la justice sociale est fondamentale. Avec un passé au service de multinationales comme Exxon et Hyundai, c’est principalement vers les entreprises que le Sud-coréen Hoesung Lee compte se tourner pour trouver des solutions. De quoi s’inquiéter.
Dubrovnik, Croatie, 7 octobre 2015. Le groupe d’experts intergouvernemental de l’ONU sur l’évolution du climat (GIEC) s’est réuni pour élire un nouveau président et un nouveau conseil d’administration. Ce n’est pas là une simple formalité, puisque ce vote va en grande partie déterminer la politique future du GIEC. Ils sont six à avoir présenté leur candidature à la présidence. Au second tour, ils ne sont plus que deux candidats : le Sud-coréen Hoesung Lee et le Belge Jean-Pascal van Ypersele. Les deux occupent le poste de vice-président du GIEC depuis plus de vingt ans.1
140 pays ont participé à l’élection. Ce sont les gouvernements qui votent. Chaque pays a droit à une voix. Hoesung Lee a obtenu 78 voix contre 56 pour van Ypersele, qui n’a pas non plus été réélu comme vice-président. Ce qui est très inquiétant.
Jean-Pascal van Ypersele est un scientifique et professeur à l’UCL, spécialiste de l’évolution du climat. Depuis toujours, il est connu pour sa grande diplomatie. Trop grande diplomatie, estiment certains, notamment car il aime à répéter que le GIEC a pour mission de fournir des informations, mais qu’il ne peut prescrire la politique à mener.
Cela dit, force est de constater que van Ypersele est plutôt favorable à une politique progressiste de gauche. Il défend ardemment les principes de justice sociale et d’équité des pays riches envers les pays plus pauvres.2 Jamais il n’est intervenu contre les mouvements pour la défense du climat ou les syndicats. En 2013, lorsque des centaines de manifestants belges se sont rendus à bord du Climate Express à Varsovie, où se tenait une conférence climatique, il est venu personnellement saluer les militants.
Le nouveau président Hoesung Lee ira-t-il lui aussi à la rencontre des militants ? Il est permis d’en douter. Contrairement à van Ypersele, il n’est pas question de justice sociale et d’équité dans son discours, mais plutôt de coopération avec toutes les « parties prenantes », et surtout les forces industrielles et financières. Du capitalisme vert, pourrait-on dire.
Cela n’a rien d’étonnant : Hoesung Lee n’est pas un scientifique spécialisé dans le climat, mais un gestionnaire économique qui a gagné ses galons auprès de multinationales comme Exxon et Hyundai. Sa solution pour sauver le climat ? Augmenter le prix de l’énergie grâce au commerce d’émissions ou encore appliquer des taxes sur le carbone. Ces mécanismes de marché ont pourtant récemment démontré qu’ils sont inefficaces sur le plan écologique et injustes sur le plan social. Van Ypersele a pour sa part toujours préconisé la piste de la solidarité et de la coopération.
Depuis les négociations de Copenhague en 2009, les forces de droite mènent une offensive au sein du PNUE (Programme des Nations Unies pour l’environnement) et suivent une orientation procapitaliste. Beaucoup - et notamment les syndicats, les mouvements pour la défense du climat dans les pays en développement, des auteurs comme Naomi Klein, etc. - ont démontré que l’organisation capitaliste de notre société est à l’origine non seulement des problèmes sociaux, mais aussi du problème climatique. Le Sommet mondial des Nations Unies à Rio de Janeiro, en 2012, a abouti à une nette rupture entre deux tendances. Depuis, les choses n’ont cessé d’empirer.
Sous prétexte que « tout le monde doit apporter sa pierre à l’édifice », les grandes multinationales, qui sont responsables de plus de 60 % des émissions, ont été incorporées dans les organes où sont prises les décisions. Alors que la présence des syndicats et des ONG, en tant que représentants des citoyens, est très limitée.
Récemment on a annoncé « qu’il n’y avait pas suffisamment d’argent » pour organiser la conférence climatique à Paris. En réalité, c’était un simple prétexte pour pouvoir faire intervenir de grandes multinationales comme Total, General Motors et ArcelorMittal en qualité de sponsors.
192 pays participeront à la Conférence de Paris. En élisant Hoesung Lee, 78 d’entre eux ont déjà laissé entendre qu’ils étaient plutôt favorables à une politique de droite. Reste à espérer que, sur les 58 pays qui n’ont pas participé au vote à Dubrovnik, beaucoup viendront rejoindre les 56 pays qui ont voté pour van Ypersele, et donc plutôt en faveur d’une politique de gauche.
Tout cela constitue une raison supplémentaire d’organiser des manifestations pour soutenir les forces progressistes. L’objectif du Climate Express est d’emmener 10 000 Belges manifester le dimanche 29 novembre à Paris. Des cars sont prévus des quatre coins de la Belgique. Vous pouvez vous inscrire ici.
1 http://www.ipcc.ch/news_and_events/docs/ipcc42/151006_election_of_new_chair.pdf
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