Par Antoine Dumini, Cédric Sabatier, François Ruffin, Nicolas Hirth, 14/06/2011 , N°51(juin-août 2011)
Fakir poursuit son « Dictionnaire des conquêtes sociales ». Une ébauche, du moins, avec nos carences indiquées dans des encadrés dans le texte. Parce que la vraie version de cette « Histoire populaire » à la française, c’est avec vous qu’on va l’écrire. Au programme, aujourd’hui : le repos dominical. Et c’est la gauche, là, par anticléricalisme, qui a longtemps bataillé contre cet acquis...
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« Un coup de grisou, dans les mines de charbon de Courrières, fait plus de 1 000 morts. La grève éclate chez les mineurs, écrit Jean-Denis Bredin. C’est l’occasion pour le vieux Clemenceau, enfin ministre, de montrer son tempérament. Il se rend à Lens, harangue les grévistes, les appelle au respect de la propriété, puis, renonçant à les persuader, fait donner les gendarmes, les hussards et les dragons. Du coup, la grève se durcit, au mois d’avril, et s’étend. C’est bientôt dans le Pas-de- Calais et le Nord une véritable émeute que répriment 20 000 soldats. Tandis qu’à force de brutalité le gouvernement paraît l’emporter, à Paris, les agents des postes se mettent en grève. Le ministre révoque les grévistes, car le gouvernement, comme le parti radical lui-même, est fermement décidé à ne pas tolérer la moindre grève des fonctionnaires.
Vient le 1er mai 1906. La jeune CGT a annoncé qu’elle ferait de ce jour-là un “ 1er mai pas comme les autres ”, et a décidé de canaliser tout l’effort syndical vers une seule revendication : la journée de huit heures. à Paris, la peur est extrême. Les bourgeois achètent des conserves, et s’enferment chez eux. Les capitaux s’enfuient. Clemenceau reçoit les dirigeants de la CGT et les prévient qu’il sera impitoyable. “Vous êtes derrière une barricade. Moi je suis devant. Votre moyen d’action c’est le désordre. Mon devoir c’est de faire l’ordre.” 45 000 hommes de troupe sont massés à Paris. Le secrétaire général de la CGT est, préventivement, arrêté et inculpé. Le 1er mai se passe sans trouble important – mais de nombreuses grèves prolongent l’arrêt de travail du 1er mai, et la crainte bourgeoise ne sera pas sans suite. La révolte ouvrière y aura gagné la loi du 13 juillet 1906 qui rendra obligatoire le repos hebdomadaire. »
Les conquêtes sociales empruntent souvent des chemins détournés : l’ « agitation ouvrière » (c’est alors une rubrique de L’Humanité ) jette toutes ses forces « Vers les huit heures » , et le quotidien de Jaurès rend compte jour après jour, à sa une, de « la grève [qui] s’étend progressivement » , des « mécaniciens électriciens [qui] entrent dans le mouvement » , de « la résistance acharnée du patronat parisien » . Car devant la menace, les patrons fondent l’ancêtre du Medef et prêtent ce serment : « Considérant que le mouvement actuel n’est pas un mouvement d’ordre économique mais révolutionnaire, (…) ils ont adopté les résolutions suivantes :
1 – refus d’adopter la journée soit de huit heures, soit de neuf heures ;
2 – refus d’accepter la semaine dite anglaise avec chômage du samedi après-midi, payant soixante heures pour cinquante-cinq heures de travail. » Ces revendications devront encore attendre trois décennies et le Front populaire pour aboutir... En revanche, le gouvernement concèdera le « repos dominical » . Qui coûtait bien moins cher au Capital.
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