Par Jacques Sapir · 26 juin 2015. Cliquez sur le titre ci-dessus pour lire l'intégralité de l'article.
Les événements de ces derniers jours ont permis de voir en pleine lumière les divers aspects du différend entre la Grèce et ses créanciers. Ce différend a désormais une dimension politique tout autant qu’une dimension économique. Les leçons que l’on peut en tirer sont extrêmement importantes pour la suite des événements, tant en Grèce naturellement que dans d’autres pays qui entreraient à leur tour en conflit avec les différentes structures de l’Union européenne.
L’Union européenne et l’Eurogroupe ont toujours poursuivi un objectif politique
Le gouvernement grec a fait la démonstration que l’UE, l’Eurogroupe, et généralement l’ensemble des « institutions » européennes n’ont jamais admis le résultat des élections du 25 janvier 2015. Leurs actions n’ont eu de cesse que d’amener le gouvernement grec à se renier ou bien de provoquer un changement de gouvernement par des méthodes qui se situent en réalité hors de la sphère des principes démocratiques, même si elles en respectent formellement les codes. Le refus obstiné des « institutions » de prendre en compte les propositions du gouvernement grec, dont il est aujourd’hui clair qu’elles étaient raisonnables, et qu’elles étaient les seules capables de permettre à la Grèce de sortir de la crise, n’avait pas d’autre sens qu’un sens politique. Il fallait faire la démonstration qu’aucune politique alternative n’est possible aujourd’hui dans l’UE. C’est ce à quoi s’est employé tant la Commission que l’Eurogroupe, renvoyant systématiquement les mêmes propositions au gouvernement grec et se refusant, en réalité, à toute négociation.
Mais, récemment, un nouveau pas a été franchi. L’écho donné à l’accueil de « l’opposition » grecque à Bruxelles, que ce soit les dirigeants du parti de centre-gauche largement financé par les « institutions » européennes (To Potami), et qui ne représente que 7% de l’électorat, ou les dirigeants de la Nouvelle Démocratie, le parti de centre-droit qui gouverna la Grèce jusqu’aux dernières élections et qui est tombé aujourd’hui à moins de 15% des intentions de vote, ne représente pas moins que la tentative d’organiser un changement de gouvernement. Cela signifie que ces mêmes « institutions » européennes, si promptes à défendre la démocratie, complotent ouvertement avec un ensemble de politiciens faillis, souvent corrompus, et qui ont été rejetés par leur propre peuple pour remplacer un gouvernement démocratiquement élu. C’est une leçon importante, qu’il faudra apprendre par cœur, ne serait-ce que pour s’en prémunir. Elle décrédibilise totalement et complètement les discours sur la démocratie qui peuvent être tenus au seins des instances européennes.
Il est particulièrement inquiétant que tout ceci n’ait, pour l’instant du moins, suscité que peu de réactions dans la classe politique française. Le silence d’une partie de la classe politique vaut acte de complicité dans ce qui se trame aujourd’hui. De même, l’attitude des certains journalistes, qui appellent ouvertement de leurs vœux ce changement de gouvernement qui ne serait en réalité qu’un coup d’Etat déguisé, est un phénomène particulièrement grave[1]. Ici aussi il faudra être vigilant et se souvenir de qui a dit quoi.
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