Par Jacques Sapir
(Ce texte est destiné à être publié en russe dans une revue de sciences politiques)
La souveraineté est aujourd’hui une question centrale. Elle est la question décisive du moment historique que nous vivons. Elle détermine ainsi les choix politiques, mais aussi la compréhension des crises que nous vivons. Elle occupe cette place centrale pour deux raisons convergentes. D’une part, la souveraineté est nécessaire à l’action politique, à ce passage du « je » au « nous » de l’action collective, et cette dernière est une impérieuse nécessité face aux crises, tant économiques et sociales que politiques et culturelles que nous traversons. Mais, la souveraineté est aussi fondamentale à la distinction entre le légitime et le légal. Or, cette distinction est constamment remise en cause par la logique des institutions qui régissent notre système politique.
Nous vivons dans des régimes et des systèmes politiques où le « comment » a pris la place du « pourquoi ». Cela correspond à une prise de pouvoir du « technique » sur le « politique ». Une partie des crises dont il été fait mention en découle. Si nous voulons pouvoir reposer la question du « pourquoi », et par cela comprendre qu’il y a une multiplicité de « comment » possibles, alors la souveraineté est indispensable. Mais, si légitimité et légalité ne se comprennent qu’à l’aune de la souveraineté, il faut alors admettre que la laïcité, au sens du renvoi des croyances non testables à la sphère du privé, s’avère tout autant nécessaire pour la construction du Bien Commun, ce « Res Publica » dont le mot République est issu.
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