L’usine Renault Sandouville a été condamnée à suspendre sa reprise pour des manquements dans son protocole de formation aux risques sanitaires. (©Ilustration/Renault)
CNews annonce en bandeau : "La CGT fait fermer l'usine de Renault Sandouville". Rien que ça ... En image subliminale on voit se dresser le portrait de Staline prenant en otage l'entreprise et tous les salariés. Celui ou celle qui se contente de regarder le titre ne sait pas qu'un tribunal a statué sur la question après avoir été saisi par la CGT Renault-Sandouville. C'est le tribunal qui a pris la décision. Pas la CGT. Pas Philippe Martinez.
Peu importe. Les médias ont tranché. Et s'appuient sur l'opinion de FO et de la CFDT. Sans analyser les raisons des prises de position de ces derniers. Nul doute qu'ils aient cédé, et certainement des salariés avec eux, devant le chantage à la crise, à la perte d'emploi brandis par les patrons pour faire retourner les salariés au travail sans avoir vraiment pris les mesures qui s'imposent. D'autant qu'un décret spécifique à la reprise du travail en temps de Covid-19 vient d'assouplir certaines règles du code du travail déjà bien malmené. Dans ce contexte le rapport de forces n'est pas en faveur des salariés. Et le tribunal qui a pris la décision ne tient pas pour vain le mot justice, malgré les pressions médiatiques, politiques et patronales.
Le site Santé et travail donne quelques précisions et l'opinion d'experts dans ce domaine.
Extraits
"Il ne faudra pas traîner ! Le gouvernement vient de raccourcir les délais de consultation du comité social et économique (CSE), des expertises éventuelles et de la transmission de l’ordre du jour et des documents par l’employeur aux élus (voir encadré). Une ordonnance et un décret datés du 2 mai sont venus préciser ces nouvelles dispositions dérogatoires au Code du travail. Nuance de taille, ces nouveaux délais ne sont applicables que lorsque l’information ou la consultation du CSE « porte sur les décisions de l’employeur qui ont pour objectif de faire face aux conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l’épidémie de Covid-19 », ...
[...]
Vers un rapport de force défavorable aux salariés ?
Nicolas Spire, sociologue du travail au sein du cabinet Apteis, se montre plus critique. Avec ces textes, s’inquiète-t-il, « on s’assoit sur le peu de droits qu’il reste aux représentants du personnel. La formulation du décret est suffisamment vague pour que, dans la période, n’importe quel projet de réorganisation puisse être concerné par ces nouvelles conditions ». Et de poursuivre : « On se demande bien ce que des représentants du personnel, même très actifs ou de très bonne volonté, vont avoir le temps d’aller examiner en quelques jours du point de vue de la sécurité des conditions de reprise du travail. Et l’idée de prétendre faire réaliser une expertise en huit ou dix jours n’a tout simplement aucun sens du point de vue de notre métier. »
commenter cet article …
