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ACTION COMMUNISTE

 

Nous sommes un mouvement communiste au sens marxiste du terme. Avec ce que cela implique en matière de positions de classe et d'exigences de démocratie vraie. Nous nous inscrivons donc dans les luttes anti-capitalistes et relayons les idées dont elles sont porteuses. Ainsi, nous n'acceptons pas les combinaisont politiciennes venues d'en-haut. Et, très favorables aux coopérations internationales, nous nous opposons résolument à toute constitution européenne.

Nous contacter : action.communiste76@orange.fr>

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Humeur

Chaque semaine, AC attribue un "roquet d'or" à un journaliste qui n'aura pas honoré son métier, que ce soit par sa complaisance politique envers les forces de l'argent, son agressivité corporatiste, son inculture, ou sa bêtise, ou les quatre à la fois.

Cette semaine, sur le conseil avisé de la section bruxelloise d'Action communiste, le Roquet d'Or est attribué  à Thierry Steiner pour la vulgarité insultante de son commentaire sur les réductions d'effectifs chez Renault : "Renault fait la vidange"...  (lors du 7-10 du 25 juillet).


Vos avis et propositions de nominations sont les bienvenus, tant la tâche est immense... [Toujours préciser la date, le titre de l'émission et le nom du lauréat éventuel].

 

 
22 avril 2015 3 22 /04 /avril /2015 22:13
Barroso, Juncker, l’Europe et Vichy
21 avril 2015

Par

Le divorce entre l’élite politique et la population que l’on constate à chaque élection est un fait massif depuis ces dernières années. Il se révèle dans le taux d’abstention, qui a considérablement progressé et ce pour l’ensemble des élections depuis les années 1980. Ce divorce alimente un procès en « populisme » contre des forces, de gauche comme de droite, qui conteste l’offre politique aujourd’hui rejeté par environ un tiers à la moitié des électeurs français. Pourtant, on peut penser que si tant le parti ex-gaulliste que le parti dit socialiste exprimait de véritables alternatives, ce taux d’abstention ne serait pas aussi élevé. Ce divorce trouve son fondement dans le délitement de la souveraineté nationale qui est ressenti par la population. Les Français ont le sentiment, de plus en plus justifié, que leur gouvernement, qu’il soit de l’UMP ou du PS, écoute bien plus ce qui se dit à Bruxelles que ce que veulent les électeurs.

Ce délitement marche de concert avec le délitement de la démocratie. Certes, des élections se tiennent régulièrement en France. Mais, ont elles encore un pouvoir de changer la politique, voire de changer l’élite dirigeante ? On peut en douter. Par ailleurs, les choix des électeurs ont été bafoués de manière ouverte et explicite lors du référendum sur le projet de traité constitutionnel de 2005. De là date la crise ouverte de la démocratie en France. Les suites de ce référendum constituent un événement marquant, l’équivalent d’un acte fondateur, qui nous a fait entrer dans une nouvelle époque. Cela en dit long sur la notion de la démocratie qui est professée par les principaux responsables européens, et en particulier de M. Jean-Claude Juncker (un multirécidiviste sur ce point qui avait déclaré à la suite de cette élection du 25 janvier « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens »[1]) ou M. Moscovici. Ajoutons que les récentes déclarations de M. Schäuble[2] vont parfaitement dans ce sens. On mesure que le mot « démocratie » n’est qu’un slogan sans contenu pour les dirigeants de l’Union européenne.

Il convient alors d’analyser ce discours anti-démocratique, et ses fondements économiques pour tenter de trouver une solution à la crise de la démocratie que l’on observe en France. Au-delà, ce divorce entre le peuple et les élites peut avoir comme solution la séparation radicale entre le peuple et une certaine élite. Après tout, Thomas Bottomore n’écrivait-il pas[3], il y a de cela près de cinquante ans, que l’histoire est un cimetière d’élites ?

 

[ ... ] Lire la suite sur "Russeurope"

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21 avril 2015 2 21 /04 /avril /2015 08:22
Dans La Tribune

Crise grecque Le premier ministre grec Alexis Tsipras tente de trouver des ressources.

Le premier ministre grec Alexis Tsipras tente de trouver des ressources. (Crédits : Reuters)

Romaric Godin  | 

Athènes oblige désormais les entités publiques à mettre leurs liquidités à disposition de l'Etat. Les besoins de liquidité de ce dernier sont jugées "urgents" et "imprévus".

Le gouvernement grec a, ce lundi 20 avril dans l'après-midi, pris une nouvelle décision d'urgence. Un décret présidentiel a ainsi réquisitionné les réserves de liquidités de toutes les entités publiques qui devront désormais être déposées auprès de la Banque centrale. La mesure reste cependant limitée, selon Reuters, puisque quelques entreprises publiques et les fonds de retraites ne sont pas concernés. Cette décision est justifiée par le décret par des "besoins urgents et imprévus". La situation des comptes de l'Etat grec pourrait donc s'être à nouveau brutalement dégradée après le paiement de près de 500 millions d'euros au FMI le 9 avril dernier.

Prochaines échéances

La Grèce doit en effet faire face à plusieurs échéances importantes le mois prochain. Outre 2 milliards d'euros de salaires et de pensions, il doit, le 12 mai prochain, rembourser 774,2 millions d'euros au FMI. En mars, le gouvernement avait déjà mobilisé les fonds de réserve de la sécurité sociale, mais, avec la fuite des capitaux, les recettes fiscales fondent rapidement et les besoins de financement augmentent vite. Athènes doit donc mobiliser l'ensemble des fonds disponibles pour faire face à ces prochaines échéances.

Signal aux créanciers

Mais ce décret est aussi un signal envoyé aux créanciers. Alors que, désormais, un accord doit être trouvé entre la Grèce et ces derniers avant le 11 mai prochain, Athènes fait savoir très clairement qu'elle atteint les limites de ses capacités. Autrement dit, si aucun accord n'est trouvé et qu'une partie des 7,2 milliards d'euros restant dans le FESF pour la Grèce n'est pas versée, le défaut deviendra inévitable, peut-être dès le 12 mai.

Mesure de précaution

Du reste, il est possible que cette décision soit également une mesure de précaution. Le décret pris ce 20 avril permet de centraliser le contrôle des euros détenus par l'ensemble des entités publiques. C'est une mesure d'urgence qui peut s'avérer utile en cas de défaut ou en cas de sortie de la zone euro. Il s'agit alors d'éviter que des collectivités locales ou d'autres entités publiques refusent de placer leurs devises à disposition de l'Etat. Là aussi, le message s'adresse aux créanciers : la Grèce se prépare au pire.

Message en interne

Enfin, le message est également envoyé en interne à la population grecque. Il s'agit de montrer combien le pays fait d'efforts pour honorer ses engagements. Mais il s'agit aussi, à l'occasion, de montrer les extrémités auxquelles le pays est contraint suite à la stratégie des Européens. Si le conflit s'amplifie, le gouvernement pourra mettre en avant l'aspect insoutenable à long terme de ces mesures. Et ainsi appeler à la rupture...

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21 avril 2015 2 21 /04 /avril /2015 07:16

Michel El Diablo

Tension sur les FINANCES GRECQUES, et lancement d’une « commission de vérité sur la dette »
Tension sur les FINANCES GRECQUES, et lancement d’une « commission de vérité sur la dette »

Le 

« Le temps est désormais compté » pour trouver un accord entre Athènes et ses créanciers de l’ex-Troïka. C’est l’avertissement qu’a lancé en début de semaine le Commissaire européen chargé de l’euro, Valdis Dombrovskis.

Les discussions entre l’eurogroupe (ministres des pays de la zone euro) et le gouvernement grec issu des élections de janvier ont connu divers rebondissements. Un accord de principe avait été trouvé le 20 février dernier, permettant de « prolonger » le renflouement de la Grèce jusqu’à juin, mais conditionnant le versement d’une dernière tranche de prêts (plus de 7 milliards d’euros) à la présentation par le ministre grec des finances d’un plan de « réformes ».

Le 1er avril, Athènes avait soumis un tel plan, dévoilé par le quotidien britannique Financial Times (nos informations). Mais, manifestement, pour Bruxelles, cela ne suffit pas.

Or la situation du Trésor grec est particulièrement tendue. Il a remboursé la semaine dernière une échéance de 450 millions d’euros due au FMI, mais doit encore débourser 2,5 milliards cette semaine pour renouveler un paquet d’obligations venant à maturité. Dans les quatre prochains mois, les échéances de remboursement cumulées s’élèvent à 16 milliards. Pour M. Dombrovskis, une telle situation devrait « pousser le gouvernement hellène à accélérer les discussions » avec ses « partenaires » européens.

Parallèlement, une « commission de vérité sur la dette » a été instituée par le parlement grec. Celle-ci, composée d’experts internationaux, aura pour mission d’examiner tout à la fois la légalité et la légitimité de ladite dette. Le spécialiste de sciences politiques belge Eric Toussaint coordonnera l’équipe scientifique. Ce dernier a annoncé qu’un premier rapport serait rendu d’ici la fin juin – une échéance décisive dans les rapports entre Athènes et ses créanciers. L’étude portera sur l’endettement accumulé depuis 2009, avant d’être étendue aux périodes antérieures.

Selon M. Toussaint, il faudra notamment de déterminer dans quelles conditions « l’on est passé d’une dette publique détenue à 80 % par des créanciers privés, en particuliers des banques de la zone euro et du Royaume-Uni, à une dette détenue à 80 % par des créanciers publics ou parapublics ». En outre, la restructuration de la dette de 2012 a réduit les créances – mais pas celles de la Banque centrale européenne (BCE). Ce privilège était-il légal ? Sinon, la BCE n’est peut-être pas fondée à réclamer aujourd’hui l’intégralité de ses prêts.

Mais c’est surtout la légitimité des crédits qui sera examinée par les experts. « Il s’agira d’établir si les crédits ont été accordés en respectant l’intérêt général, ou en favorisant des intérêts particuliers et si oui, de trouver lesquels », a précisé M. Toussaint. Les chercheurs tenteront de déterminer si les conditions imposées à la Grèce ont conduit à ce que soient violés les droits fondamentaux des citoyens, en plongeant des milliers d’entre eux dans la pauvreté absolue.

Les conclusions des travaux de la commission pourraient mettre les dirigeants de l’eurogroupe en difficulté. Cependant, d’ici juin, les événements pourraient s’accélérer. Et même si cela reste une hypothèse très peu probable, certains gouvernements (le finlandais, et, hors euro, le britannique) ont reconnu travailler à des plans d’urgence dans le cas d’une sortie impromptue de la Grèce hors de la monnaie unique, provoquée par un remboursement non effectué (« défaut »).

Ainsi, une source anonyme au sein du gouvernement grec confiait mardi (14 avril) au Financial Times en perspective de la réunion du 24 avril : «nous arrivons au bout du chemin ; si les Européens ne veulent toujours pas débloquer la dernière tranche de prêts, il n’y aura pas d’alternative au défaut de paiement ».

SOURCE: Allez sur le site de

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21 avril 2015 2 21 /04 /avril /2015 07:15
La Grèce face à l’hybris européen
18 avril 2015

Par

La question d’un possible défaut de la Grèce dans les jours, voire les semaines, qui viennent est désormais régulièrement posée. Mais, cette question est parfois confondue avec celle des liquidités internes. Or cette question est aujourd’hui le principal instrument utilisé par l’Eurogroupe pour étrangler la Grèce et tenter d’imposer des politiques qui ont été rejetées par les électeurs le 25 janvier. Rien que cela en dit long sur la notion de la démocratie des principaux responsables européens, et en particulier de M. Jean-Claude Juncker (un multirécidiviste sur ce point qui avait déclaré à la suite de cette élection du 25 janvier « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens »[1]) ou M. Moscovici. Ajoutons que les récentes déclarations de M. Schäuble[2] vont parfaitement dans ce sens. On mesure que le mot « démocratie » n’est qu’un slogan sans contenu pour les dirigeants de l’Union européenne.

La question des remboursements

La Grèce doit de l’argent au FMI, à la BCE ainsi qu’aux différents fonds d’aides (MES et FESF). Les échéanciers des remboursements jusqu’au 19 juin sont les suivants :

Graphique 1

Echéanciers des remboursements

A - chart Detts

On constate qu’a part de petits remboursements à la BCE, l’essentiel, du moins jusqu’au 19 juin, sera les remboursements aux FMI (2,54 milliards d’euros). Or, le Fond Monétaire International s’est distingué pour l’instant par une attitude bien plus « souple » que celle de la BCE ou de l’Eurogroupe qui supervise les paiements à faire pour le MES et le FESF. Il n’est donc pas exclu que l’on trouve un arrangement sur ces 2,54 milliards d’Euros. Mais, un tel arrangement ne peut être que provisoire. La Grèce devra rembourser, entre le principal et les intérêts, environ 7 milliards aux diverses institutions européennes entre la fin du mois de juin et le début du mois de juillet. Le gouvernement Grec a dit, à de nombreuses reprises, qu’il ne ferait pas ces paiements car ces derniers prélèveraient l’ensemble des sommes (et au-delà) sur le (petit) excédent fiscal primaire qu’il réalise et qu’il souhaite affecter tant à des mesures de soutien à la population qu’a des mesures de relance de l’activité économique. On sait aussi que l’Eurogroupe, pour l’instant, refuse cette solution. L’Eurogroupe refuse de même de négocier sur la dette, et cherche à imposer des réformes qui, outre qu’elles sont à tout plein inutiles[3], sont refusées par le gouvernement grec et surtout pas ses électeurs. Nous sommes donc dans une impasse.

Il s’en déduit qu’un défaut de la Grèce peut survenir dans les semaines qui viennent, mais surviendra de toute manière entre la fin juin et le début du mois de juillet. Sauf si, d’un côté ou de l’autre, un changement de position survient.

La crise de liquidité

Pour chercher à faire céder la Grèce, et imposer une politique dont les électeurs grecs clairement ne veulent pas, l’Eurogroupe institue un rationnement dans l’offre de liquidité à l’économie grecque. La Banque Centrale Européenne a « déconseillé » aux banques grecques d’acheter des bons du trésor, elle a exclu de fait la Grèce du mécanisme d’aide d’urgence à la liquidité (ou ELA), et relève très lentement le plafond de ses offres de liquidités. Un auteur de la revue américaine Foreign Policy, qui ne peut être considérée comme d’extrême-gauche, va jusqu’à parler des « dirty tricks » soit des « sales magouilles » de la Commission de Bruxelles vis à vis de la Grèce[4]. Cette situation, couplée avec les retraits des banques grecques et les sorties de capitaux qui ont atteint un niveau très élevé en mars dernier confronte le pays avec le risque que son économie, affaiblie par les mesures d’austérité mises en place par le « protectorat » européen, ne s’effondre rapidement. C’est un autre problème que celui du défaut. Là où ces deux problèmes deviennent liés est que si la Grèce fait défaut sur ses remboursements extérieurs, la BCE ne pourra plus légalement financer les banques grecques. Le défaut provoquera la crise de liquidité.

Une solution pourrait consister en l’émission par le gouvernement grec de dettes au porteur, avec un pouvoir libératoire absolu, pouvant être utilisées par les individus et les entreprises comme une monnaie. Mais, il est clair qu’une telle mesure équivaudrait à la création d’une monnaie parallèle à l’Euro, monnaie qui se substituerait à l’Euro très rapidement dans les transactions. Un taux de change implicite se constituerait très rapidement, une reconnaissance de dette ne donnant accès qu’à 98%, puis 95% puis sans doute encore moins de sa valeur faciale en euros. De fait, la Grèce serait hors de la zone Euro, et elle devrait rapidement régler la question des comptes courants et à terme dans les banques et déterminer une circulation cette fois-ci scripturale et pas seulement fiduciaire de ces « titres de dette ».

L’idée d’une monnaie parallèle permettant à la Grèce de rester dans la zone Euro est une illusion. L’histoire, qui est remplie de cas ou des pays ont utilisé des monnaies en parallèle sur leur territoire nous apprend que ces systèmes sont hautement instables. Une monnaie parallèle, quel que soit son nom, reviendrait en fait à recréer la drachme. Mais, c’est en réalité la meilleure solution pour la Grèce dans la situation politique actuelle.

Le problème politique.

Le gouvernement grec a construit sa stratégie sur le fait que l’Eurogroupe aurait bien plus à perdre que la Grèce à une crise. En cas de défaut grec, les gouvernement de la zone Euro devraient expliquer à leurs populations qu’il faut recapitaliser d’urgence la BCE et couvrir les pertes du MES et du FESF. Par ailleurs, un défaut grec entrainerait l’activation des CDS (credit-defaut swaps) qui ont été émis. Enfin, psychologiquement, cette crise signifierait à tous les observateurs que l’Euro n’est pas irréversible mais aussi que les pays du « noyau » de la zone Euro ne sont pas prêts à assumer les conséquences du fonctionnement de la zone Euro. Il ne faudrait que quelques semaines pour que la crise se répercute dans les pays périphériques (Espagne, Portugal, Irlande et Italie). De proche en proche, on aboutirait à l’implosion de la zone Euro. C’est pourquoi le gouvernement grec ne veut pas céder. Ajoutons, et tout le monde le comprend, que s’il cède il perd immédiatement toute sa crédibilité et sa légitimité, et que Syriza, un parti passé en quelques années de 4% à 36% des sondages, serait condamné à disparaître.

Mais, là où le gouvernement grec erre, c’est qu’il pense que les décisions au niveau de l’Eurogroupe seront prises sur la base d’intérêts économiques. En fait, les gouvernements des pays de la zone Euro ont investi énormément dans la dimension politique et symbolique. L’Euro, comme le dit depuis des années le philosophe italien Diego Fusaro n’est pas une monnaie, c’est un projet politique et symbolique. Et, ce projet ne peut s’accommoder d’un compromis avec la Grèce. Car, en cas de compromis, validant la stratégie de Tsipras et de Syriza, c’est toute la politique d’austérité qui volerait en éclat (avec un encouragement très fort à Podemos en Espagne et au Sinn Fein en Irlande), non seulement au grand dam de l’Allemagne (et de ces alliés) mais aussi des hommes politiques qui, dans d’autres pays, ont construit leur carrière sur ce projet (comme François Hollande).

C’est pourquoi un compromis est en réalité une illusion. Il n’y a pas d’alternative à l’Eurogroupe que d’écraser ou périr. Il n’y a pas d’alternative pour le gouvernement grec que d’aller à l’affrontement ou périr.

L’impasse et la rupture

En fait, aucun des deux adversaires, que ce soit le gouvernement grec ou l’Eurogroupe, n’a de marge de négociation. Cette situation a été voulue par le Ministre des finances grec, Yannis Varoufakis, qui connaît bien la théorie des jeux, et qui a retourné la faiblesse apparente de son pays pour en faire une force. C’est ce que l’on appelle la « coercive deficiency ». Mais, la théorie des jeux ne fonctionne que face à un adversaire rationnel. Or, cela fait des années que les responsables européens sont sortis de tout cadre rationnel et ne sont plus guidés que par l’idéologie mais aussi l’hybris du projet européiste. Ce terme peut être traduit par la démesure. Mais en réalité cela va bien plus loin. C’est un sentiment violent qui est inspiré par les passions, comme dans le cas européen, et plus particulièrement par l’orgueil, et en particulier par l’orgueil politique. Pour les Grecs anciens l’hybris était considérée comme un crime.

La stratégie de Varoufakis se heurte à l’hybris. C’est une figure qu’il doit bien connaître. Il sait, aussi, que face à elle, seule la rupture est possible.

[1] Naulot J-C., « Le défi Tsipras », Libération, 14/04/2015, http://www.liberation.fr/monde/2015/04/14/le-defi-tsipras_1241076

[2] http://www.lesechos.fr/monde/europe/02114542169-passe-darmes-entre-sapin-et-schauble-sur-la-france-1112348.php

[3] En particulier la « réforme » du marché du travail. Voir le World Economic Outlook d’avril 2015, publié par le FMI, et le Chapitre 3, rédigé par Patrick Blagrave, Mai Dao, Davide, Furceri (responsable du groupe), Roberto Garcia-Saltos, Sinem Kilic Celik, Annika Schnücker, Juan Ypez Albornoz, and Fan Zhang, avec l’assistance technique de Rachel Szymanski, disponible à partir du 16 avril sur www.imf.org

[4] Legrain P., « Greece Needs to Start Playing Hardball With Germany », Foreign Policy, 10 avril 2014, http://foreignpolicy.com/2015/04/10/greece-needs-to-start-playing-hardball-with-germany/

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20 avril 2015 1 20 /04 /avril /2015 04:02

Publié par Michel El Diablo

Pour Macron, « nous avons tous besoin de plus d’Europe » [RUPTURES]

« Nous avons tous besoin de davantage d’Europe pour sortir de la crise ». Une telle originalité dans la réflexion, une telle fulgurance créative dans la pensée ne pouvait être le fait que d’un esprit particulièrement brillant, en avance sur ses contemporains attardés. On ne s’étonnera donc pas que la sentence ait été prononcée par le ministre français de l’Economie, le prometteur Emmanuel Macron.

L’ancien banquier discourait ainsi en Allemagne – et en anglais – devant les étudiants d’une institution de Sciences politiques, dans la foulée du Conseil franco-allemand qui s’est déroulé la semaine dernière (notre information). Plaidant pour une « Europe à deux vitesses », M. Macron a appelé de ses vœux « un renforcement de la zone euro avec de nouveaux outils, comme un budget et une assurance chômage coordonnée ». On ne sait pas vraiment ce que signifierait concrètement une « assurance chômage coordonnée ». En revanche, un budget commun à la zone euro marquerait l’entrée de plain-pied dans une architecture fédérale, où les différents Etats membres de la zone abdiqueraient de fil en aiguille toute velléité de maîtriser encore tant soit peu leurs propres finances publiques.

Par petites touches, des responsables européens recommencent d’ailleurs à suggérer que la sortie de crise ne peut passer que par des pas supplémentaires en matière d’intégration économico-politique. Le président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, manque rarement une occasion en ce sens. Le Conseil européen de juin pourrait se pencher à nouveau sur ce dossier.

Et s’il y avait encore un doute à cet égard, le ministre français a suggéré la création de nouvelles institutions « indépendantes » à qui les gouvernements nationaux transféreraient leurs pouvoirs, une méthode plus radicale et plus efficace selon lui que le renforcement de règles communes. Il est vrai que la France manquera en 2015 et 2016, comme en 2014, l’objectif de déficits limités à 3% imposé par la Commission européenne. Cette dernière avait proposé en février – et le Conseil européen a accepté – qu’en échange de son ultime indulgence, Paris accélère les « réformes structurelles ». La loi Macron, précisément, est un « premier pas dans la bonne direction », mais qui appelle d’autres mesures plus substantielles a par exemple rappelé Jean-Claude Juncker, le président de la Commission.

Aussitôt exigé, aussitôt accepté. Ladite loi Macron n’est pas encore acceptée que se profile déjà une loi « Macron II ». En ligne de mire (entre autres) : la « flexibilisation » du contrat de travail, avec par exemple la généralisation des « contrats de chantier ».

Flexibilité, précarité, austérité… Des menaces contre lesquelles la journée de grève et de manifestations, le 9 avril, doit légitimement mobiliser des centaines de milliers de salariés. Pourtant, dans leur appel commun, les organisations appelantes – CGT, FO, Solidaires, FSU – ne font quelque allusion que ce soit à l’Europe . Cherchez l’erreur…

Article publié par RUPTURES le 7 avril 2015

SOURCE:

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13 avril 2015 1 13 /04 /avril /2015 21:32
10ème anniversaire du "NON" au Traité constitutionnel européen : Manifestation à l'appel des militants des Assises du communisme
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11 avril 2015 6 11 /04 /avril /2015 15:03
Leçons de Grèce à l’usage d’un internationalisme imaginaire (et en vue d’un internationalisme réel)
par Frédéric Lordon

Rendez vous sur le site du Comité Valmy pour écouter la vidéo.

vendredi 10 avril 2015, par Comité Valmy

 

Leçons de Grèce à l’usage d’un internationalisme imaginaire (et en vue d’un internationalisme réel)

 

Le texte qui suit est une version à peine modifiée de l’intervention au débat organisé par le collectif Penser l’émancipation [1] à l’EHESS, le 2 avril, sur le thème « L’Etat, le capital, l’internationalisme. Leçons de Grèce », en présence de Panagiotis Sotiris, dirigeant d’Antarsya.

Cher Panagiotis, si tu n’étais pas déjà parfaitement au courant de ce qui se passe dans la vie politique française, tu pourrais, tel un Montesquieu contemporain, rentrer chez toi et écrire de nouvelles Lettres Persanes – ou tout simplement des Lettres Hellènes. Tu y raconterais une étrange contrée, la France, où, pour une large part de la gauche se disant radicale, vouloir sortir de l’euro c’est être un fasciste en puissance, réaffirmer le principe de souveraineté démocratique contre les institutions européennes qui nous en infligent le dernier degré de dépossession, c’est être le fourrier du Front National.

Misère du posturalisme

Tu témoignerais ainsi de l’apparition d’un nouveau courant de la gauche radicale, ou de la pensée internationaliste – laquelle, Dieu merci, ne s’y épuise pas – qu’on pourrait nommer le posturalisme. Comme son nom l’indique, le posturalisme a pour unique ressort la recherche des postures – avantageuses il va sans dire, et si possible bon marché, car le posturalisme est aussi régi par un robuste principe d’économie, et cherche la maximisation des bénéfices symboliques par la minimisation de l’effort intellectuel. Il s’ensuit que, de même que l’existentialisme était un humanisme, le posturalisme est un illettrisme – il ne sait pas lire : on peut lui mettre sous le nez autant qu’on veut des textes, des arguments, des mises au point, ça ne passe pas la barrière de la posture. Pour le coup no pasaran ! Mais ce ne sont pas les fascistes qui ne passent pas – avec de pareils opposants, ceux-là ont les meilleures chances de passer, et comme dans du beurre. Non, ce qui ne passe pas, c’est la moindre intelligence dialectique, et le moindre effort d’échapper à une désolante stéréotypie. En tout cas, mon cher Panagiotis, sache-le : tu es un fasciste. Tu veux la restauration de la souveraineté populaire ; constatant son impossibilité dans l’Union européenne, tu veux la sortie de l’euro : tu es un fasciste – je suis bien désolé, mais ici, en ce moment, c’est comme ça.

Evidemment, le problème épineux que tu poses à tous ces gens-là [2], c’est que tu n’es pas un fasciste… Tu plaides pour la souveraineté populaire grecque, tu parles de la sortie de l’euro, mais tu n’es pas un fasciste. Je peux maintenant t’avouer la raison un peu honteuse pour laquelle je suis vraiment content d’avoir ce débat ici avec toi : tu vas me servir de bouclier humain. Car il ferait beau voir que les pitres posturalistes viennent te dire à toi, toi qui arrives d’un pays en état de persécution économique, d’un pays humilié et mis en situation de crise humanitaire par notre belle Europe, que parce que tu veux en finir avec cela, parce que tu n’as pas la patience d’attendre qu’un autre euro soit possible, que l’Union européenne devienne progressiste et que les autres peuples européens enfin soulevés entrent dans les institutions bruxelloises, bref parce que tu n’as pas le goût d’attendre l’été à Noël, tu es un fasciste. Vraiment je voudrais les voir ces gens-là, ces professionnels du pharisaïsme, venir te dire en te regardant dans les yeux que vous êtes des fascistes, toi, Kouvelakis, Lapavitsas et tant d’autres.

Lire aussi Pierre Rimbert, «  Dr Folamour à Athènes », Le Monde diplomatique, avril 2015, en kiosques.

Tu mesures ici le degré de dégradation du débat intellectuel à gauche en France où, pour contrer ce torrent de bêtise, et parfois d’ignominie, qui renvoie spontanément au fascisme toute évocation de souveraineté populaire, toute perspective de se soustraire à la construction européenne qui la fait périr, pour contrer tout cela donc, il n’y a plus que le recours à des boucliers humains… Faute que toute argumentation rationnelle soit permise, il ne reste plus que la solution de présenter des personnes. Des personnes dont il est une évidence incontestable qu’elles sont au dessus de tout soupçon. Autant te le dire, je ne me résous à ce procédé que la mort dans l’âme, avec vergogne, et accablement. Mais c’est qu’on ne sait plus quoi faire pour tirer cette partie-là de la gauche de son sommeil dogmatique, lui faire voir enfin ce qu’elle refuse de voir depuis tant d’années, et qu’il devrait maintenant lui être impossible de ne pas voir à la lumière des deux premiers mois de Syriza : non, un autre euro n’est pas possible. Si bien que les termes de l’alternative sont posés avec une rude clarté : ou bien sortir, pour enfin tenter de faire autre chose, prendre le risque d’essayer, car essayer, c’est cela le propre de la souveraineté démocratique ; ou bien continuer de crever à petit feu mais d’une mort en fait porteuse des pires renaissances qui soient : les renaissances fascistes, mais les vraies !, pas celles dont accusent les posturalistes pour mieux mettre en scène leur propre vertu – et c’est peu dire qu’en Grèce ces renaissances-là vous concernent de très près.

On se demande alors par quel comble de cécité dogmatique on pourrait vous faire le reproche de tout essayer – oui, unilatéralement, c’est-à-dire nationalement ! – pour vous soustraire à cette perspective mortifère. Et il faut vraiment avoir l’internationalisme sens dessus dessous pour s’acharner à préserver le fétiche d’une monnaie européenne au prix de la mort de toute possibilité de démocratie – on notera au passage cette cruelle ironie qu’une fraction d’un internationalisme se disant de gauche se voue désormais à la cause d’une monnaie… On savait que les passions aveugles pouvaient être au principe d’investissements aberrants, mais tout de même pas à ce point.

[...]

Lire la suite et voir la vidéo ici

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10 avril 2015 5 10 /04 /avril /2015 07:48
Source: RIA NOVOSTI

Source: RIA NOVOSTI

Le 

Le premier ministre grec, Alexis Tsipras, est arrivé aujourd’hui (8 avril) à Moscou. Ce voyage officiel de deux jours n’est pas passé inaperçu dans le contexte tendu que connaît actuellement la Grèce vis-à-vis de ses « partenaires » de l’Union européenne.

Athènes est sous pression financière croissante : le Trésor remboursera le 9 avril près d’un demi-milliard d’euros au FMI, comme l’a confirmé le ministre des Finances lors d’une rencontre a vec la patronne de l’institution, Christine Lagarde. Mais d’autres échéances vis-à-vis des créanciers européens se profilent d’ici la fin avril, puis au-delà. L’hypothèse d’un « défaut partiel » (non remboursement à l’heure dite) alimente toujours la rumeur. Un tel événement serait susceptible de déclencher une réaction en chaîne, voire une sortie « accidentelle » du pays de la zone euro.

Le gouvernement grec, issu des élections du 25 janvier dernier, continue d’afficher sa volonté de rester dans la monnaie unique. Il est confronté aux pressions des dirigeants européens : le 20 février, après un bras de fer entre Bruxelles et Athènes, le « prolongement » jusqu’à juin du plan de renflouement octroyé à la Grèce en 2012 a été accordé, en échange de la promesse d’un plan de réformes sur le principe duquel s’est finalement engagé M. Tsipras. Mais l’eurogroupe (ministres des finances de la zone euro), l’Allemagne en particulier, refuse de débloquer la dernière tranche de prêts – un peu plus de 7 milliards – tant que lesdites réformes ne seront pas précisées et actées. Des discussions techniques sont en cours, la prochaine étape devrait être la réunion formelle de l’eurogroupe prévue le 24 avril.

C’est donc dans ce contexte que le chef du gouvernement rencontre les dirigeants russes. Au menu des discussions figurent le commerce et les investissements, le tourisme (les touristes russes constituent traditionnellement une ressource importante pour Athènes), et plusieurs points sensibles liés aux relations entre Bruxelles et Moscou. M. Tsipras souhaite ainsi que soient ré-autorisées les exportations de produits agricoles grecs, bloquées par l’embargo décrété par Moscou contre les pays de l’UE. Cette mesure avait été la réponse du Kremlin aux sanctions européennes prises contre la Russie.

L’énergie est un point encore plus sensible. M. Tsipras pourrait bien obtenir de ses interlocuteurs une baisse du prix du gaz vendu par le géant public russe Gazprom. Les discussions devraient en outre porter sur les coopérations énergétiques entre les deux pays, en particulier dans le projet de gazoduc « Turkish stream » imaginé par Moscou pour fournir cet hydrocarbure aux Européens via la Turquie et non plus l’Ukraine. Ce projet remplace celui baptisé « South stream », qui devait passer sous la Mer Noire puis par la Bulgarie, et qui fut torpillé par Bruxelles (notamment sous pression américaine).

Pour sa part, le ministre grec des Affaires étrangères se trouve à Budapest pour discuter avec ses homologues hongrois, bulgare, et (hors UE) turc, serbe, et macédonien quant à l’avenir de ce nouveau projet russe. Une perspective qui heurte Bruxelles : d’abord parce qu’elle pourrait contrevenir aux règles de déréglementation énergétique de l’UE, ensuite parce que certains dirigeants européens voient d’un mauvais œil tout rapprochement avec Moscou.

Enfin, ce qui achève de plonger certains dirigeants européens dans l’inquiétude a trait aux offres de crédits que Moscou s’est dit prêt à accorder à une Grèce en mal de trésorerie. De là à conclure que cette dernière pourrait « basculer » vers l’« orbite russe » au détriment de son « ancrage européen », certains dirigeants de la CDU allemande, en particulier, ont vite franchi le pas en alertant sur cette possible « trahison ».

Le ministre grec des Finances, Yannis Varoufakis, a tenté de calmer le jeu. Dans une interview au journal Naftemporiki, il a exclu toute « bascule » vers la Russie (et la Chine, avec qui des discussions en matière d’investissements sont également en cours) : « comme je l’ai souvent répété, la solution à la crise grecque est une question au sein de la famille européenne, et doit être trouvée dans le cadre de l’UE ». Il a précisé : « forger des relations plus étroites avec des pays en dehors de la zone euro et de l’UE, avec la volonté de promouvoir celles-ci sur la base de la coopération et de l’intérêt mutuel, relève d’un autre chapitre ».

Une affirmation qui paraît légitime : le défi posé au pays n’est pas de choisir tel ou tel « camp », mais plutôt de rassembler et de construire les moyens de reconquérir une véritable indépendance – économique, politique… et monétaire.

Cependant, la volonté de demeurer au sein de la zone euro est contradictoire avec cet objectif. Or cela reste pour l’heure la position affichée par le gouvernement grec.

Les contradictions et les enjeux sont tels que le bras de fer pourrait se prolonger quelques semaines, voire quelques mois. Il reste que dans une situation extrêmement tendue, nul ne peut prédire l’issue à coup sûr.

Car le peuple grec lui-même – un peuple très politique – n’a sans doute pas dit son dernier mot.

 

 

TSIPRAS cherche à MOSCOU les moyens de l’indépendance, mais reste fidèle à L'EURO  [RUPTURES]

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9 avril 2015 4 09 /04 /avril /2015 17:17
Lu sur le blog "L'arène nue"
 
 
 
 
 
 

Frédéric Farah et Thomas Porcher sont économistes. Ils sont auteurs d'un ouvrage intitulé TAFTA : l’accord du plus fort (éd. Max Milo). Ils ont accepté de faire un point, sur L'arène nue, de l'état d'avancée des négociations entre l'Union européenne et les États-Unis sur ce projet de traité, car celles-ci continuent quoiqu'il n'en soit plus guère question dans l'actualité. Ils pointent également les principaux dangers contenus dans ce projet d'accord.
 

***
 
On n'entend plus beaucoup parler du Tafta depuis quelques temps. Pourtant, lorsque les négociations ont été lancées, le calendrier était très ambitieux. Il s'agissait de conclure un accord dès 2015 - c'est à dire cette année. Où en est-on des négociations entre la Commission européenne et les États-Unis ?
 
Frédéric Farah : Les négociations continuent. Un nouveau cycle de négociation est attendu pour le 20 avril à Washington, il fait suite à celui qui s'est tenu à Bruxelles en février. Dans le langage du droit international, il n'y pas encore consolidation des positions, c'est à dire on n'en est pas à la rédaction des articles, ou des dispositifs précis. Il y a eu un temps d'arrêt au milieu de l'année 2014, le temps que la Commission Européenne se renouvelle et que les élections américaines dites des midterms passent. Obama est désormais en cohabitation, mais rien de bien étonnant dans le paysage américain. Le calendrier devrait conduire jusqu'à la fin de 2015 voire début 2016. Mais rien ne dit que le processus ne connaisse une sortie de route. La Commission de Bruxelles a admis le 30 mars que le traité ne sera pas prêt pour 2015.
 
 
Le livre 
Thomas Porcher : Le projet du grand marché transatlantique est en préparation depuis plus de vingt ans, mais il a subi une nette accélération depuis 2009. Cette accélération des négociations s’est faite dans un contexte de bouleversement économique et géopolitique mondial avec la montée en puissance de la Chine et d’autres pays émergents. De manière générale, j’ai l’impression que le rythme des négociations dépend largement du bon vouloir des américains. Lorsqu’ils tentaient de faire un G2 avec la Chine, le projet du marché transatlantique était au point mort.
 

Dans votre livre, vous dénoncez l'opacité des négociations. Pourtant, grâce à l'action de l'Italie pendant qu'elle exerçait la présidence tournante de l'UE, le mandat de négociation de la Commission européenne a été rendu public. N'est-ce pas là un progrès ?
 
FF : Un progrès si l'on veut, le contenu avait déjà fuité. Le document officiel n'a rien apporté qu'on ne sache déjà. L'opacité demeure même si l'Union européenne a décidé de jouer plus franchement cette carte en mettant à disposition des citoyens certains documents. Mais d'autres restent bien opaques. Mais à vrai dire la question n'est que partiellement là. Quand bien même les actes seraient plus transparents, il faut néanmoins être capable de comprendre des mandats, saisir des subtilités juridiques se pénétrer des détails techniques et les comprendre. Il ne sera écrit nul part, une entente avec les multinationales ou écrit noir sur blanc qu'il faille en finir avec le droit du travail. Tout est emballé dans un discours lénifiant censé rassurer les citoyens des bonnes intentions de chacun. Tout comme la déclaration du 20 mars 2015 entre l'ambassadeur américain Froman et Mme Malmstrom sur les services publics et leur maintien dans le traité mais avec des morceaux d’ambiguïté qui valent le détour.
 
TP : Je suis d’accord avec Frédéric, j’ajouterai que depuis le début, la commission a organisé un semblant de transparence notamment en créant un site accessible dans toutes les langues où figurent de nombreux documents sur les positions de Bruxelles et le calendrier des négociations. Mais les informations présentes sur le site restent très vagues. Elles ne sont guère qu’un assemblage de discours et d’affirmations, dépourvu de chiffrage et de réflexions, ayant pour seul but de rassurer le lecteur. Les réponses aux questions ne font qu’aligner une série de banalités, telles que « la croissance économique et la productivité accrue créée par l’accord bénéficieront aux travailleurs de l’Union et des États-Unis ». Même si il y a eu des efforts, les faits confirment un manque de transparence. Concrètement, nous ne savons rien, ou pratiquement rien, sur les négociations.
 
Autre « progrès » (en tout cas, ce fut présenté comme tel), la Commission européenne a lancé une grande consultation relative à la disposition la plus controversée du futur accord, celle relative aux tribunaux d'arbitrage. Près de 150 000 réponses ont été collectées, dont 88 % s'opposent à l'introduction de ces tribunaux. Pourquoi cette disposition suscite-t-elle une telle levée de boucliers ?
 

 

FF : Pour plusieurs raisons. Tout d'abord une levée de boucliers de la part de la société civile comme on dit ou du moins une partie d'elle. La crainte la plus commune est celle inhérente à la crainte d'une justice privée qui s'imposerait et ainsi les multinationales de la sorte pourraient acquérir un pouvoir exorbitant. La multiplication du contentieux depuis 2007 a renforcé la crainte. D'autant que les recours se font sur des domaines sensibles : santé, alimentation, environnement. Les condamnations spectaculaires d’États parce qu'ils avaient engagé des campagnes contre les fabricants de Tabac, ou parce qu'ils étaient revenus sur des permis de forage ont très vite fait de penser que le citoyen verrait un peu plus la grande dépossession s'aggraver. Nous entendons par grande dépossession, le dessaisissement du citoyen de sa capacité à pouvoir orienter le cours des politiques publiques par un vote. Ainsi la politique monétaire européenne est soustraite à nos choix, la politique budgétaire presque tout autant. Désormais notre capacité à légiférer déjà sous la férule bruxelloise, se trouve désormais sous la menace de tribunaux qui au nom de la disposition qui veut que les investisseurs disposent d'un cadre réglementaire stable, nous soyons contraints de ne pas trop étendre nos règlements dans un sens qui pourrait être défavorable aux investisseurs.
 
Et donc... quelles sont les suites données à cette consultation ? Les tribunaux vont-ils être abandonnés ? 

TP : Dans notre livre, alors même que le résultat de la consultation n’était pas connu, nous avions émis des doutes sur la manière dont allait être traitées les réponses des citoyens. Pour nous, la consultation servait uniquement à recueillir des avis pour justifier que le processus était démocratique mais que rien n’allait changer. D’ailleurs, cette consultation n’avait pas pour but de faire disparaître les tribunaux arbitraux mais juste de recueillir des avis. C’est exactement ce qu’a fait la Commission. Alors que de 88 % des 150 000 participants ont exprimé leur hostilité à ce mécanisme, la commission a affirmé qu’il ne s’agissait pas d’un référendum et que par conséquent, elle n’était pas liée par le résultat. Cet argument a été renforcé par la délégitimation de la consultation elle-même par la Commission, qui explique que seulement 3.000 réponses pouvaient être prises en considération, le reste était considéré hors sujet. Au final, les tribunaux resteront, peu importe ce qu’en pensent les citoyens.
 
Dans un entretien publié ici, Jean-Michel Quatrepoint expliquait que les pays européens avaient des intérêts divergents dans l'aventure. Pour lui, la Grande-Bretagne et l'Allemagne avaient de gros avantages à tirer d'un accord de libre-échange avec les États-Unis, cependant que la France aurait beaucoup à y perdre. Partagez-vous cette opinion ?
 
FF : J-M Quatrepoint livre une analyse comme souvent très juste. La France se verrait exposée à une concurrence particulièrement sévère. La position de son commerce extérieure recule depuis 2004, elle n'est plus excédentaire, non pas qu'un néomercantilisme soit souhaitable, mais elle se situe en matière d'export sur de la gamme intermédiaire. Il lui reste quelques secteurs dynamiques mais qui sont fragiles comme l'agroalimentaire par exemple ou encore la pharmacie, le luxe, l'automobile. A l'heure actuelle avec la montée des nouvelles puissances, la part des anciennes puissances recule dans le commerce mondial, mais la question c'est de savoir à quelle vitesse elles reculent. L’Allemagne recule moins vite que la France. Elle a effectué des investissements forts aux États-Unis. Volgswagen au Tennessee comme le souligne Quatrepoint. Ce n'est pas par hasard que l'étude de Jeronim Capaldo de la Tuft university a fait de la France la victime toute désignée de ce traité et en particulier son agriculture.
 
Dans ce cas, les réactions différenciées des opinions publiques sont paradoxales. C'est en Allemagne que les citoyens se mobilisent le plus contre le traité, alors que l'opinion française semble relativement indifférente. Comment l'expliquer ?

 

Frédéric Farah et Thomas Porcher
TP : Il est vrai que le secteur automobile allemand a plus de chances de sortir gagnant des négociations que le secteur automobile français mais je pense que d’autres secteurs en Allemagne risquent d’être négativement impactés notamment dans le secteur des énergies renouvelables. De manière générale, sur plusieurs secteurs clés de l’économie, l’Union européenne a complètement décroché par rapport aux États-Unis. Par exemple, dans le classement des dix meilleures entreprises d’électronique grand public ne figure aucune compagnie européenne contre six américaines. Idem dans l’informatique ou les services financiers, où les trois premières places sont tenues par des entreprises américaines. Enfin, le classement des dix marques les plus puissantes au monde atteste de la domination des États-Unis avec huit entreprises classées alors qu’aucune entreprise européenne n’y figure. Je pense qu’il vaut mieux regarder le problème comme une opposition entre multinationales et citoyens. Par exemple, sur des sujets comme l’interdiction de la fracturation hydraulique en France, l’entreprise française Total a la même position que l’américain Exxon : le changement ou l’abrogation de la loi. Quand il s’agit d’augmenter leur profit en rendant les législations moins contraignantes, les multinationales, qu’elles soient concurrentes, américaines ou européennes, parlent généralement d’une seule voix.
 
Justement, venons-en aux États-Unis. On les accuse d'être à la manœuvre, de tirer toutes les ficelles dans cette aventure. Pourtant, vous expliquez dans votre ouvrage que dans les faits, ils se montrent souvent bien moins libéraux que l'Union européenne. D'ailleurs, lorsqu'Obama a voulu recourir à la procédure accélérée pour négocier le TAFTA, cela lui a été refusé. Et si c'était eux qui, finalement, faisaient capoter les négociations ?
 
FF : Les États-Unis ne sont pas la patrie du libre-échange, ils auront au bout de la négociation s'ils estiment que les gains sont intéressants. Barack Obama fait de la diplomatie commerciale pour ouvrir des marchés pour les entreprises américaines. Mais ne le fera pas à n'importe quel prix, les États-Unis portent un regard plutôt négatif sur le grand frère du TAFTA, c'est à dire l'ALENA. Ils ont perdu des emplois dans cette affaire. Les républicains plutôt en faveur de ce type d'accord freinent car certains de leurs électeurs sont inquiets d'éventuelles délocalisations de firmes en direction des pays d'Europe centrale ou orientale. Sur la question de la réglementation de la finance, les européens souhaitent mettre cette question dans le panier des négociations pour contourner les lois américaines. Voilà un point qui fâche.
 
Et si c'était eux qui, finalement, faisaient capoter les négociations ?
 
TP : Non, je ne pense pas car les États-Unis ont une véritable diplomatie commerciale. Le but est clairement de contenir la montée en puissance de la Chine et de l’Inde en signant deux immenses traités avec les puissances du Pacifique et de l’Europe. Les États-Unis ont choisi de commencer par l’Europe car l’établissement de normes communes entre les États-Unis et l’Europe en feront des normes mondiales, y compris pour le Pacifique, y compris pour la Chine. Le marché transatlantique sera ainsi le producteur de normes mondiales.
 
Où en sont les négociations, justement, avec l'Asie dans le cadre de Traité transpacifique, le TTP ?
 
FF : Elles peinent à avancer de ce côté-là aussi. Il existe des tensions commerciales entre le Japon et les États-Unis. Sans compter que la Chine en novembre 2014 a proposer un contre-traité. Dans l'agenda américain, la priorité est de ce côté-ci. Ils aimeraient déjà régler ce traité mais le succès peine à arriver.
 
TP : Oui, la priorité des États-Unis est clairement le traité transatlantique car les multinationales américaines n’ont pas intérêt à ce que le traité transpacifique soit signé avant. Tout simplement parce que les pays du Pacifique connaissent généralement des normes de production et de consommation moins contraignantes que les normes américaines. Un succès des négociations avec les pays du Pacifique, par l’instauration de normes moins contraignantes, aurait amené les grandes entreprises américaines à s’ajuster sur les normes des pays du Pacifique et à en subir les coûts d’ajustement. Il faut donc commencer par l’Europe pour ensuite imposer les normes aux pays du Pacifique.
 

Venons-en à la question qui fâche : celle de l'euro. Au bout du compte, le pire qui puisse se produire n'est-il pas de signer un accord de libre-échange avec un pays qui dispose de sa pleine souveraineté monétaire cependant que nous avons perdu la nôtre ?

FF : Oui c'est la question qui fâche ! L'absence de souveraineté monétaire est déjà le premier problème. Mais il en est un second qui est inhérent au premier : les États-Unis utilisent leur dollar pour faire du protectionnisme furtif. En manipulant le dollar, ils réalisent des subventions à leurs exportations de manière déguisée. Ils ont bien compris que dans l'économie actuelle, une certaine flexibilité de la monnaie s'impose. Alors le taux de change devient une arme au service de la croissance. Peu importe si le dollar devient un problème pour ses voisins. Les Européens ayant tant sacrifié sur l'autel monétaire vont de ce fait aller chercher la flexibilité perdue sur le marché des changes sur celui du travail, dont il s'agira d’accroître la flexibilité alors qu'elle est déjà, dans certains pays, au maximum de ce qu'elle peut être. Regardez le Job act italien, la loi Macron en France et, avant cela, les lois Hartz allemandes. Et la liste pourrait être longue ! Les Européens ont choisi la voie de la dévaluation interne, doux euphémisme pour désigner la plus vaste casse de droits sociaux depuis la seconde guerre mondiale en Europe.
 

TP : D’autant plus que dans le cadre du marché transatlantique, la manipulation du dollar accompagnée d’une uniformisation des normes donnera un avantage énorme aux multinationales américaines car, comme le commerce États-Unis-Europe est un commerce intrabranches, la baisse du dollar rendra les biens américains moins chers que ceux des européens. Et comme la majorité des échanges sont intraeuropéens, les exportations américaines, désormais possibles par l’uniformisation des normes américaines et européennes, pourront se substituer à celles de certains pays européens provoquant une perte de débouchés pour les entreprises de ces pays.

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9 avril 2015 4 09 /04 /avril /2015 11:49

 

Publié le 6 avril 2015 par Collectif communiste polex

Il y a 10 ans, la majorité des électeurs français disaient NON par Référendum au Traité Constitutionnel, destiné à étrangler un peu plus notre Nation, ficelée par l' Union Européenne et l' euro dans un dispositif d' austérité, et de destruction des conquêtes sociales, au profit du Capitalisme mondialisé. Ce NON de 2005 était un des premiers succès en Europe contre une UE intrinsèquement néfaste: il préfigurait les mouvements populaires actuels, par les urnes ou dans la rue, en Grèce, Espagne, et ailleurs. Ce vote NON était déjà une victoire, même s' il fallait se garder d' illusions euphoriques, car il était l' addition de volontés contradictoires, mêlant dans les urnes les Patriotes français opposés au carcan supranational, pour défendre les acquis populaires nés des luttes sociales, et des nationalistes, désireux d' exprimer ainsi leur xénophobie et leur racisme, et de faire des immigrés les boucs émissaires du chômage et de la délinquance. Il s' y ajoutait même quelques politiciens démagogues a la Fabius, en quête de popularité perdue, redevenu 10 ans plus tard fer de lance socialiste de l'UE et de l' OTAN. Cela donnait une évidente fragilité à cette victoire du NON, et laissa toute facilité a nos politiciens, socialistes et droites réunies, de l' effacer quelques jours plus tard par un vote parlementaire.

Les mêmes contradictions provoquent les mêmes faiblesses dans les mouvements populaires actuels : la victoire électorale de Siryza à Athènes exprime indéniablement la volonté d' une majorité du Peuple grec de refuser les diktats de l'UE et des financiers d' Allemagne et d' ailleurs. Mais cette aspiration n' est pas partagée par certains des Ministres du nouveau Gouvernement grec, les uns nationalistes, conservateurs et xénophobes, les autres socio-liberaux fidèles partisans de " la loi du marché " capitaliste, prêts à toutes les concessions pour ne pas rompre avec l'UE et l' euro On peut relever les mêmes contradictions et faiblesses dans le mouvement Podemos en Espagne: il surfe sur la volonté de millions d' électeurs potentiels d' une rupture avec l' asservissement supranational au Capitalisme par le biais de l'UE, mais certains de ses leaders expliquent déjà qu' il est hors de question d' aller au delà de quelques réformettes, et qu' il ne faut surtout pas s' inspirer du Venezuela, coupable de socialisme anti- Etatsunien. Nous retrouvons à Paris les mêmes clivages, entre volonté de rupture nécessaire avec les " Traités européens" de soumission, et désir conciliant qui vise simplement a dévier les aspirations patriotiques anticapitalistes vers un discours " d' alternative politique de Gauche à la crise "( l'unanimité, 12/3/2015 ).C' est l' objectif que se fixe le Parti de la Gauche Européenne, en convoquant à Paris le 30 mai 2015 un " Forum Européen des Alternatives "..."ouvert à toutes les forces politiques qui refusent l' austérité",..."en vue d' une refondation européenne." Autrement dit, un rassemblement fourre-tout de tous les courants qui, tenant à leurs électeurs, se disent opposés à l' austérité: .C' est le cas d' a peu près tous les partis socialistes et de droite en Europe, ce qui ne les empêche pas de soutenir les diktats de l'UE !

L' objectif fixé par le PGE a ce " Forum "est encore une fois " une autre Union Européenne ", sociale et de Gauche cette fois ci : vieille billevesée, puisque les Traités qui la rendent si néfaste ont justement été mis en place avec et par les Socialistes des divers pays d' Europe ( il suffit de lire à ce sujet les Mémoires de Roland Dumas, ministre de Mitterand, qui se vante de l' avoir fait! ). Ce Forum prévu le 30 mai doit rassembler à Paris " 500 Européens et 1500 Français ". Nous n' y serons guère invités, mais qu' on compte sur nous pour exprimer ce jour là la volonté censurée des Communistes fidèles à leur idéal de progrès social et d' indépendance nationale, " patriotes " au sens de 1789: Ils savent nécessaire la rupture avec l' Union européenne et son lacis de Traités de sujétion supranationale, avec l' euro qui interdit l' indépendanceéconomique et sociale, avec l' OTAN., cette entreprise guerrière, avec la logique du Capitalisme enfin, dirigée contre ceux qui vivent de leur travail, ou qui voudraient en avoir un.

Il faut enfin cesser de laisser les nationalistes français, notamment le Front National, se prétendre mensongèrement les opposants au Capitalisme incarné aujourd'hui par l' Union Européenne.

Francis Arzalier

 

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