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ACTION COMMUNISTE

 

Nous sommes un mouvement communiste au sens marxiste du terme. Avec ce que cela implique en matière de positions de classe et d'exigences de démocratie vraie. Nous nous inscrivons donc dans les luttes anti-capitalistes et relayons les idées dont elles sont porteuses. Ainsi, nous n'acceptons pas les combinaisont politiciennes venues d'en-haut. Et, très favorables aux coopérations internationales, nous nous opposons résolument à toute constitution européenne.

Nous contacter : action.communiste76@orange.fr>

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Humeur

Chaque semaine, AC attribue un "roquet d'or" à un journaliste qui n'aura pas honoré son métier, que ce soit par sa complaisance politique envers les forces de l'argent, son agressivité corporatiste, son inculture, ou sa bêtise, ou les quatre à la fois.

Cette semaine, sur le conseil avisé de la section bruxelloise d'Action communiste, le Roquet d'Or est attribué  à Thierry Steiner pour la vulgarité insultante de son commentaire sur les réductions d'effectifs chez Renault : "Renault fait la vidange"...  (lors du 7-10 du 25 juillet).


Vos avis et propositions de nominations sont les bienvenus, tant la tâche est immense... [Toujours préciser la date, le titre de l'émission et le nom du lauréat éventuel].

 

 
16 mai 2007 3 16 /05 /mai /2007 08:26


DERRIERE L'ECOLOGIE...


Le 4e rapport du Groupe Intergouvernemental d'Experts sur l'évolution du climat (GIEC), présenté à Paris le 2 février 2007 indique que l'augmentation de la température moyenne de la terre aurait atteint 0,6° depuis 1861, avec une incertitude de plus ou moins 0,2°, et que le XXe siècle aurait « probablement » connu le réchauffement le plus important depuis un millénaire. D'où la conclusion selon laquelle il est « très probable » (90%), quoique non « quasiment certain » (99%), que ce réchauffement soit dû pour partie aux activités humaines par rejets de gaz à effet de serre (GES). « Pour partie » seulement parce qu'il existe aussi des facteurs astronomiques du changement climatique : les paramètres orbitaux de notre planète sont perturbés de manière cyclique par les autres corps célestes du système solaire, la lune et Jupiter principalement. La résultante de ces perturbations est une glaciation tous les 100 000 ans environ ; à noter que la configuration du système solaire et son évolution prévisible ne permettront pas l'entrée dans une phase de glaciation avant 50 000 ans.


Le GIEC prévoit également d'ici à 2100, un réchauffement compris entre 1,8° et 4° – ce sont les « valeurs les plus probables » (en 2001, la fourchette était plus large). Mais le GIEC n'exclut pas totalement des valeurs situées entre 1,1° et 6,4° C, même s'il privilégie l’estimation centrale de 3° C. Les écarts entre les valeurs hautes et basses sont liés aux incertitudes sur les mesures qui seraient prises dans les pays les plus polluants en matière climatique. C'est ainsi que l’évaluation de la montée du niveau des mers se situe dans une fourchette de 18 à 59 cm d'ici la fin du siècle. Mais les experts n'excluent pas 10 cm de plus si la fonte récente des glaces polaires se poursuit. Total : 69 cm dans l'hypothèse la plus haute (à noter qu'en 2001, cette valeur était estimée à 89 cm). En outre, le GIEC attire l’attention sur le fait que le réchauffement devrait se poursuivre inexorablement pendant plusieurs siècles en raison des immenses inerties « biosphérales » (1). Autrement dit, même si les taux de GES dans l'atmosphère étaient aujourd’hui stabilisés – ce qui est très loin d'être le cas – les tendances lourdes ne seraient pas stoppées pour autant. De la même manière, la hausse du niveau des mers persisterait pendant au moins mille ans (2).


Ces deux derniers points sont essentiels pour comprendre ce qui se passe aujourd'hui aux plans politique et médiatique en matière de lutte contre le réchauffement. C’est du reste cette question des inerties « biosphérales » qui faisait dire dès mai 2004 au directeur de l'Environnement de l'OCDE, Lorents Lorentsen : « (...) il est déjà trop tard pour contrer certaines modifications du climat causées par les activités humaines. Autrement dit, les politiques visant à réduire les émissions de GES devront s'accompagner d'autres mesures pour nous aider à nous adapter aux effets du changement climatique ».


Certes, les effets potentiels du réchauffement désormais inévitable sont inquiétants. Les possibles conséquences socio-économiques sont nombreuses. Avant la publication du 4e rapport du GIEC, elles avaient été pointées en octobre 2006 dans le « rapport Stern », du nom d’un ancien économiste de la Banque Mondiale. Celui-ci indiquait que si « nous » ne faisons rien contre le réchauffement climatique, l'économie des pays industrialisés, donc l'économie mondiale, s’effondrerait ! Nicholas Stern prévoyait un baisse de 20% de la production économique et la multiplication de conflits de survivance meurtriers. L’auteur évaluait le coût de la lutte contre les émissions de GES à 1% des richesses produites dans le monde, ce qui est beaucoup ; mais affirmait qu’à l’inverse, la passivité provoquerait catastrophes économiques, sociales et politiques qui pourraient coûter 20 fois plus (5500 milliards de dollars).


Mais ce rapport – dont l'esprit de nuance n'est pas la qualité principale – esquive, entre autres, la question cruciale des inerties biosphérales, autrement dit le mouvement déjà enclenché. Du coup, depuis sa publication notamment, la question des responsabilités individuelles dans le domaine du réchauffement fait l'objet d'une extraordinaire agitation médiatique, et ce dans le monde entier. Le WWF, puissante organisation de collecte de fonds (dont l'un des fondateurs, le Républicain nord-américain Russell Train, défendit mordicus la firme Union Carbide, responsable des 12 000 morts de Bhopal en 1984), fait à l'idée ancienne d'« empreinte écologique » de chacun une publicité très efficace : il s'agit de démontrer que nos modes de vie exigeraient, si nous n'y mettions un frein, les ressources de plusieurs planètes Terre.


Cette campagne n’est peut-être pas totalement innocente. Tout se passe comme si l’on voulait focaliser l’attention sur la « responsabilités » des individus, et éluder les comportements et choix des firmes multinationales. Or, en France par exemple, les ménages sont responsables de 13 % seulement des émissions nationales de GES ; les véhicules individuels le sont pour 14 %, soit 27 % au total (2). Tout le reste (73 %) est imputable aux activités agricoles, commerciales et industrielles. Plus précisément, il convient d'observer les effets extrêmement néfastes de la mondialisation et des délocalisations en matière de circulation des marchandises et des produits en cours d’élaboration : leur transport est un désastre en matière d'usage des combustibles fossiles. A l’inverse, il faut replacer dans des limites raisonnables l'efficacité d'éventuels changements de comportements individuels, et s’interroger sur la bonne foi de certains acteurs. Ainsi, l'ADEME (Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Energie) n’hésite pas à inclure dans la responsabilité des ménages les « immobilisations », c'est-à-dire les GES rejetés lors de la fabrication des matériaux de construction pour l'immobilier, ou des émissions de CO2 dues aux conditions des productions agricoles consommées par chacun. L'ADEME aboutit ainsi à faire peser sur les seuls individus la majeure partie des responsabilités en matière de réchauffement climatique et d'épuisement des ressources énergétiques.


En outre, la question du réchauffement fait toujours surgir celle de l'épuisement des combustibles fossiles à relativement court terme : entre 50 et 100 ans. Or les choix économiques dominants ne mettent guère les économies d'énergies fossiles à l'ordre du jour. Pour ne prendre que le seul exemple français, on prévoit le doublement des transports routiers d'ici à 2020 ; dans le même temps, le réseau ferré français est aujourd'hui revenu à son niveau de… 1875, et la SNCF organise même sa propre concurrence avec ses filiales de transport routier. Mais ce sont encore les individus, désignés comme consommateurs forcenés, qui devraient faire les efforts nécessaires. Au besoin, on les « aidera » par des taxations « écologiques ». En revanche, les entreprises ne sont guère dans le collimateur : ne doivent-elles pas produire à des prix « compétitifs » ?…


Et voilà bien tout le paradoxe : alors qu’il pourrait être raisonnable de réfléchir à une démondialisation de l'économie et à la relocalisation des activités industrielles et agricoles, l’on entend au contraire qu’il faut se préparer à l’inéluctable déclin économique du Vieux Continent. Cerise sur le gâteau, c’est le thème bien connu du « freinage écologique » de la consommation et des productions agricoles et industrielles qui vient appuyer cette « fatalité ». On se croirait revenu à l'époque du premier rapport au Club de Rome (« Les limites de la croissance », 1972), qui tentait de remettre le malthusianisme à l’ordre du jour... A l'époque déjà, l'indexation du prix du baril de brut sur les fluctuations de la monnaie américaine avait constitué, divine surprise, un formidable tremplin pour les mouvements écologistes en Europe, qui tous stigmatisaient la « société de consommation », applaudis sans vergogne par Valéry Giscard d'Estaing et Raymond Barre (4)


Ultime bénéfice idéologique : sauver la planète constituerait une raison supplémentaire d’aller vers une « gouvernance mondiale » supranationale, et justifierait a fortiori l'intégration européenne, puisque « les pollutions n'ont pas de frontières ». Comme si la coopération entre pays souverains n’était pas mieux à même de relever les défis planétaires. Bref, les travaux honnêtes des climatologue du GIEC tombent à point nommé pour servir des intérêts qui ne le sont aucunement.

Pascal Acot


Cet article est initialement paru dans le mensuel « Bastille-République-Nation ».

Pascal Acot a publié en 2006 : « Catastrophes climatiques, désastres sociaux », aux Presses Universitaires de France.

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(1) La biosphère comprend l’espace qui abrite le vivant. Sa masse considérable et sa complexité induisent une forte inertie dans les évolutions dont elle est l’objet.

(2) En fait, l'unanimité n'est pas totale. Certains considèrent que le réchauffement pourrait augmenter la couverture nuageuse dans de nombreuses régions du globe, ce qui limiterait les effets du rayonnement solaire, et qu'il ne faut donc pas sous-estimer cet effet "parasol". Il reste que l'immense majorité des scientifiques se situe en harmonie avec les travaux du GIEC

(3) Institut Français de l'Environnement.

(4) Cf. Valéry Giscard d'Estaing, Démocratie française, Paris, Fayard, 1975 ; Raymond Barre, Programme de Blois, Paris Fayard, 1978



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7 mai 2007 1 07 /05 /mai /2007 12:12
CEUX QUI ESPERENT


Qu'attendez-vous ?

Qu'on puisse causer avec les pigeons
Et que les insatiables
Vous laissent un os à ronger ?
Que les loups vous nourrissent au lieu de vous bouffer ?
Que les tigres par amitié
Vous invitent gentiment à leur arracher les dents ?
Voilà ce que vous attendez !



Trad. MIchel Cadot

Ed. : L'Arche Editeur à Paris.
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26 avril 2007 4 26 /04 /avril /2007 17:39
LE PIÈGE SE REFERME



Les candidats du « oui » à l’Europe capitaliste sont les grands vainqueurs de ce scrutin. Ils ont recueilli plus de 75% des suffrages !



Les candidats du « non » en sont les grands perdants et avec eux les 55% de Français qui avaient rejeté le traité. Certains de ces électeurs ont voté évidemment contre leur intérêt et contre leur conviction en votant pour ces tenants de l’Union Européenne. Le PS a fait pression sur les électeurs de gauche pour obtenir le vote utile. Ils ont voté pour le moindre mal. Les partis du « non » de gauche en ont été chèrement pénalisés. Le PCF, pour sa part, a payé la politique de mutation et de « gauche plurielle ».


Les électeurs sont dépossédés


Les deux présidentiables sont de farouches partisans de la mise en place d’une constitution européenne conduisant de fait à une perte de souveraineté nationale et populaire. Ils sont les défenseurs de l’Europe des marchés, des privatisations, de la casse des services publics

( EDF-GDF, SNCF, Poste…) et du code du travail. Avec eux, rien de bon pour les salariés et les usagers ne peut sortir des résultats du deuxième tour.

Les questions sociales, le pouvoir d’achat, l’emploi, les responsabilités de la politique européenne ont été évacuées du débat politique.

Dès le lendemain du premier tour la candidate du PS fait appel à Bayrou et se prépare à une union avec la droite qu’il représente. Est-ce pour cela qu’ont voté ses électeurs du premier tour ?


L’illusion démocratique


La Présidentielle est bien la négation de la démocratie, l’abandon de la souveraineté populaire. L’élection du Président de la République au suffrage universel passe pour plus démocratique alors qu’elle conduit à confier à un seul homme ou à une seule femme la politique de la France. L’un et l’autre ont d’ailleurs insisté sur leur soit-disant liberté et leur lien direct avec les électeurs : ils n’ont de compte à rendre à personne. Ils réclament un plébiscite.


Un Parlement amoindri


Avec le quinquennat et l’inversion de l’ordre des élections, les législatives deviennent moins importantes et ne sont là que pour donner au Président la majorité dont il a besoin, d’autant plus facilement qu’il n’y a pas de proportionnelle. Le rôle du Parlement est amoindri. Donc point de salut dans le jeu institutionnel aujourd’hui imaginé et mis en place pour préserver les intérêts du capital.


Que faire ?


Nous n’avons pas donné de consignes de vote au premier tour car aucun candidat ne présentait un programme en accord avec les idées que nous défendons sur l’Europe et la construction d’une autre société. Nous avons dit les dangers d’une telle élection et les menaces européennes. Nous ne dicterons pas de choix aux salariés alors que les deux candidats, avec la patronne du Medef , défendent la même politique européenne.



Lutter !


L’intervention populaire a déjà montré sa force et ses capacités, y compris dans la dernière période. Au moment du référendum, les Français se sont réappropriés la politique. De grandes questions touchant à l’avenir de la société, aux préoccupations quotidiennes ont été débattues. Nous avons pour notre part contribué au résultat et milité pour le NON à toute constitution européenne. On l’a également vu avec cet énorme mouvement populaire qui s’est constitué pour rejeter le CPE.


Le seul choix est celui des luttes, d’une lutte acharnée contre la casse des services publics, contre l’Europe de marché, pour les salaires, pour l’emploi.

 

Action communiste


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20 avril 2007 5 20 /04 /avril /2007 08:09

Un scrutin dangereux et antidémocratique


Dans leur grande majorité, les Français n’ont rien à attendre de bon de cette élection présidentielle truquée.



Truquée par l’intox des médias et des sondages ; truquée aussi par un système électoral non représentatif de l’opinion publique. A preuve, les 90% de députés largement désavoués par les électeurs pour s’être prononcés en faveur du « oui » à la constitution européenne. Ce sont pourtant les candidats partisans du « oui » qui sont donnés favoris pour la présidence de la République.

De plus, aucun d’entre eux ne pose la question de fond : « Comment récupérer les dizaines de milliards de profits et comment et au service de qui les utiliser ? ». Le patronat et les banques peuvent se frotter les mains, la France risque fort d’être gouvernée à droite. A droite avec Sarkozy ou Bayrou mais à droite aussi avec le PS de Ségolène Royal qui est si proche de l’UDF que Cohn Bendit presse ces deux partis de s’unir ! Paradoxalement, les candidats des partis de gauche approuvés par une majorité d’électeurs pour avoir milité en faveur du « non » à la constitution européenne sont crédités des scores les plus bas. Ce sont pourtant les seuls à poser peu ou prou les questions de classes. S’il faut voir là le résultat de l’intox et d’un système électoral vicié, il faut aussi y voir le résultat d’une bataille idéologique momentanément gagnée par la grande bourgeoisie. Celle-ci a réussi à faire croire que les lois économiques s’imposaient aux hommes et que le capitalisme – nommé aujourd’hui libéralisme pour être plus toléré – était le seul système de société possible. Cette emprise idéologique a d’ailleurs été grandement facilitée par un PCF affaibli pour avoir jugé jusqu’au bout « globalement positif » le bilan des pays socialistes, pour avoir collaboré avec le PS dans des gouvernements aux politiques désastreuses et pour avoir renoncé à ses idéaux tout en maintenant une alliance électorale et suicidaire avec le PS.

Dans ces conditions, seules les luttes peuvent déboucher sur le progrès. Les luttes pour contrecarrer les mauvais coups du patronat et du pouvoir. Les luttes porteuses de projets sociaux et démocratiques. Les luttes forgeant une union populaire d’où renaîtra un parti communiste fort et fiable, au service du peuple et de la Nation.

Michel Barrière



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10 avril 2007 2 10 /04 /avril /2007 19:28

OUI AUX COOPERATIONS INTERNATIONALES

NON A TOUTE CONSTITUTION

EUROPEENNE



Un traité pour les profits

Déjà l’économie de marché réglemente tout, y compris les services de l’Etat et la gestion publique. Tout est soumis à la règle de la concurrence et du profit : les salariés, les protections sociales, l’environnement, la santé, l’éducation …90% des lois françaises sont la transposition de lois européennes. La SNCF, privatisée partiellement, a supprimé des milliers de kms de voies ferrées. Des économies dangereuses sont faites sur la maintenance : jamais on a connu autant d’incidents dûs au mauvais entretien sur la ligne Rouen-Paris. La Poste n’achemine le courrier rapidement que pour ceux qui paient le prix fort. L’EDF-GDF est mise en concurrence. Bientôt ses tarifs augmenteront et aucun usager ne paiera son électricité au même prix.

Les délocalisations se multiplient en Europe. C’est le chantage à l’emploi :« Acceptez d’être moins payé et de travailler plus longtemps », disent les patrons  « ou nous irons ailleurs ». EADS restructure en délocalisant comme le fait Boing qui sous-traite 80% de sa production.


Le mépris du « non » français et néerlandais

Laurence Parisot admoneste les candidats aux élections présidentielles : «  Nous les chefs d’entreprises nous sommes européens […] . Au cours des dernières décennies nos entreprises ont profité du marché unique [ …] . Le travail est loin d’être achevé. Préparer un nouveau texte constitutionnel est une priorité et une urgence ». Royal, Voynet, Bayrou, Sarkozy et tous les chefs d’Etats européens sont en parfait accord avec la présidente du Medef pour imposer un traité constitutionnel qui enlèverait tout pouvoir de décision aux peuples. La souveraineté populaire, la souveraineté nationale sont niées. Les Néerlandais et les Français ont dit « non » : ils veulent les faire voter jusqu’à ce qu’ils disent « oui » !


L’illusion sociale

La plupart des partis de gauche et d’extrême-gauche, et même les syndicats (comme la Confération européenne syndicale) parlent d’Europe sociale. Mais comment faire une Europe sociale avec 27 pays aux histoires politiques et sociales si différentes ? Avec l’entrée de la Roumanie et de la Bulgarie, l’UE a basculé à droite et un groupe d’extrême-droite a pu se constituer. Cette Europe-là se constitue contre les droits des salariés et le seul changement social qu’elle propose est la casse du code du travail.


Des coopérations internationales

Nous voulons que la France s’engage dans un processus de sortie de cette Europe. Nous proposons des coopérations engagées par les peuples, basées sur la prise en compte des intérêts de chaque peuple. Seules des coopérations internationales, contrôlées par les Etats peuvent servir les salariés et les petites entreprises.




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4 avril 2007 3 04 /04 /avril /2007 12:32

ELOGE DE LA DIALECTIQUE



L'injustice aujourd'hui s'avance d'un pas sûr.
Les oppresseurs dressent leurs plans pour dix mille ans.
La force affirme: les choses resteront ce qu'elles sont.
Pas une voix, hormis la voix de ceux qui règnent,
Et sur tous les marchés l'exploitation proclame: c'est maintenant que je commence.
Mais chez les opprimés beaucoup disent maintenant :
Ce que nous voulons ne viendra jamais.

Celui qui vit encore ne doit pas dire : jamais!
Ce qui est assuré n'est pas sûr.
Les choses ne restent pas ce qu'elles sont.
Quand ceux qui règnent auront parlé,
Ceux sur qui ils régnaient parleront.
Qui donc ose dire: jamais ?
De qui dépend que l'oppression demeure? De nous.
De qui dépend qu'elle soit brisée? De nous.
Celui qui s'écroule abattu, qu'il se dresse!
Celui qui est perdu, qu'il lutte !
Celui qui a compris pourquoi il en est là, comment le retenir?
Les vaincus d'aujourd'hui sont demain les vainqueurs
Et jamais devient: aujourd'hui.



Bertolt Brecht

Traduction Maurice Regnaut, 1928-2006.

 (M. Regnaut est le traducteur de Brecht aux Editions de l'Arche).




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30 mars 2007 5 30 /03 /mars /2007 14:51
 A l’occasion du 50ème anniversaire de la signature du Traité de Rome, 27 partis communistes et progressistes ont adopté une déclaration commune à l’initiative du Parti communiste portugais.

Nous déplorons qu’une fois de plus, la direction du PCF ait refusé de s’associer à une démarche internationale de partis communistes. Nous lui demandons d’expliquer ses points de désaccord avec ce texte.

     Le Traité de Rome, fondant la Communauté économique européenne (CEE), a été le résultat d’un choix des grandes puissances et du capitalisme monopoliste ouest-européen. Aujourd’hui, 50 ans plus tard, les développements de l’UE valident l’action des forces qui ont combattu ses politiques, qui ont dit NON et continuent à dire NON au Traité de Maastricht, qui ont exprimé leur opposition à la « Constitution » européenne. Ils donnent raison à ceux qui luttent contre l’Union européenne du grand capital, véritable directoire des grandes puissances néolibérales et militaristes. Les objectifs propagés par les forces politiques dominantes dans les pays de l’UE, les socio-démocrates, les conservateurs et autres forces de droite, se sont révélés des annonces mensongères qu’il s’agisse de la convergence des économies nationales, de la réduction du chômage, de l’amélioration des conditions de travail, de l’établissement de la démocratie et la paix, d’un développement commun sur un pied d’égalité.

     L’UE a pour mission de renforcer le capital transnational à base européenne et les grandes firmes des principales puissances européennes, en étendant leur pouvoir économique et leur emprise sur les choix politiques européens et nationaux, en remettant en cause les droits et acquis des travailleurs, en ouvrant de nouveaux marchés et ressources naturelles à l’exploitation. Cette voie conduit à l’accroissement des inégalités sociales, des déséquilibres régionaux, à l’extension de la pauvreté et de l’exclusion.

     En ce moment, les attaques redoublent contre les salariés, les systèmes de retraite et de sécurité sociale, le droit du travail et le droit syndical. Des droits fondamentaux comme l’éducation, la santé, la protection sociale sont convertis en sources de profits pour le grand capital. Exploitation, chômage et précarité s’accroissent. Pendant que sont imposées à certains des pays les plus pauvres du monde des règles commerciales injustes, des murs sont élevés autour de la forteresse Europe contre les migrants. Les exploitations agricoles familiales, la pêche artisanale sont ruinées, les artisans et les petites entreprises indépendantes sont écrasés sous la domination des groupes financiers et de la grande distribution. Les libertés démocratiques subissent des coups sérieux.

      L’anti-communisme progresse encouragé par certains gouvernements européens ou par les institutions de l’Union européenne elles-mêmes. Les mesures d’interdiction et de persécution des forces politiques de gauche, des anticapitalistes et des mouvements populaires se généralisent. Racisme et xénophobie sont encouragés. La militarisation de l’UE progresse, tout autant que sa collaboration avec l’OTAN et les USA dans des guerres impérialistes : en Afghanistan, en Irak, en laissant les vols illégaux de la CIA survoler les pays de l’UE, dans les pressions exercées contre Cuba socialiste, le Venezuela bolivarien, contre tous les pays et les peuples qui résistent. Sur « recommandation » de l’OTAN et de la Commission européenne, les dépenses militaires augmentent et la course aux armements reprend. Le grand capital européen utilise l’élargissement de l’UE et de l’OTAN à l’est, tout comme la politique de pression sur les Etats souverains de l’est, pour mener plus avant ses propres objectifs de domination politique, économique et géostratégique.

     La souveraineté et l’indépendance des peuples et nations sont de plus en plus remises en cause. Malgré le rejet que les peuples français et néerlandais ont pu exprimer, il est projeté de relancer le « traité constitutionnel ». Cette attaque globale de l’impérialisme est confrontée à des luttes prometteuses des travailleurs et des peuples. Nous les saluons. Nos partis entendent renforcer leur coopération et leur action commune. Ils entendent contribuer activement à renforcer les organisations de lutte de la classe ouvrière, le mouvement anti-impérialiste, pour résister, combattre le néo-libéralisme et le militarisme et gagner le rejet du « traité constitutionnel ». Nous appelons à la promotion de contre-projets répondant aux besoins et à l’intérêt des peuples et affirmons que le socialisme est la vraie alternative pour les peuples du continent européen.

     Nous appelons à la convergence des actions et des luttes qui jettent les jalons d’une Europe de paix, de coopération entre Etats souverains, égaux en droit, une Europe du plein-emploi et d’un véritable développement économique et social, une Europe ouverte sur le monde, promouvant l’amitié entre les peuples, respectueuse du droit de chacun au développement économique et social. Une Europe au service de la paix mondiale qui s’engage pour une résolution pacifique des conflits.

Le 23 mars 2007


Parmi les 27 partis signataires : Le Parti communiste du Portugal (PCP), le Parti communiste de Grèce (KKE), le parti communiste de Bohême-Moravie (République tchèque KSCM), le Parti communiste allemand (DKP), AKEL (parti communiste de Chypre), le parti socialiste ouvrier de Hongrie (PSOH), le Parti communiste d’Espagne (PCE), les partis communistes d’Irlande, de Norvège, de Finlande, du Luxembourg, de Grande-Bretagne, de Turquie…
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18 mars 2007 7 18 /03 /mars /2007 23:30

La crise politique et sociale pose un problème pratique aux grands partis politiques: comment organiser les élections s'il n'y a personne pour organiser les bureaux de vote, le dépouillement... ?

Difficile de payer des fonctionnaires... Très vite, la tendance naturelle à exclure l'acteur humain des décisions conduit à chercher des solutions informatiques. Cà tombe bien, l'informatique a réponse à tout, ceux qui la font sont le plus souvent dans l'illusion idéologique d'une technologie qui serait neutre et efficace... Enfin, la puissance
marketing des intérêts privés de constructeurs fait le reste... Les ordinateurs de vote arrivent...

Ce printemps, plus d'un million d'électeurs voteront obligatoirement à l'aide d'ordinateurs de vote : dans une grande partie des Hauts de Seine, à Amiens, Brest, le Havre,  Reims, Le Mans, Mulhouse, etc... Or, les risques de fraude sont transformés par ces outils et leur contribution au résultat final peut devenir significative. L'urne transparente et le dépouillement public sont remplacés par un ordinateur dont il est impossible de vérifier les résultats et dont on ne peut rien savoir pour cause de secret industriel.

Ce sujet est évidemment très politique, et tout est fait pour que les risques techniques et politiques de ces ordinateurs de vote ne soient  pas discutés. Pourtant, ces risques existent. Une démonstration frappante (i-Télé, 6 min): http://ordinateurs-de-vote.org/dn#itele

Sur le fond, il ne s'agit évidemment pas de refuser une modernisation du vote et notamment de la consolidation des résultats, mais pour maintenir la nature démocratique de l'élection, celà doit se faire dans le cadre d'une organisation locale du vote, de la possibilité pour tout électeur de contrôler lui-même de visu la sincérité du vote, de la participation la plus large possible des citoyens à l'organisation concrète du vote... Enfin, dans un monde d'inégalités culturelles et techniques, le vote doit reposer  sur une pratique non discriminante.

Une pétition a été lancée pour demander le maintien du vote papier et des états généraux sur l'organisation des élections.
http://ordinateurs-de-vote.org/vp

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16 mars 2007 5 16 /03 /mars /2007 19:33
LE RÉCHAUFFEMENT CLIMATO-MEDIATIQUE

Pascal Acot


Depuis quelques mois, nous assistons à une floraison de rapports sur le réchauffement climatique, dans lesquels il est fait assaut de prévisions catastrophistes. J'en retiendrai ici deux exemples seulement. En octobre 2007 le « rapport Stern », élaboré par un ancien ancien économiste de la Banque Mondiale à la demande du futur premier ministre de la Grande-Bretagne Gordon Brown est publié. Il y était indiqué que si nous ne faisons rien contre le réchauffement climatique, l'économie des pays industrialisés, donc l'économie mondiale s’effondrera, qu'un effondrement de 20% de la production économique et la multiplication de conflits de survivance meurtriers étaient à prévoir. Ce rapport indiquait aussi, et c'est l'idée centrale dont il est porteur, que la lutte contre les émissions de GES pourrait coûter l'équivalent de 1% des richesses produites dans le monde, mais que si l'on ne faisait rien, les catastrophes économiques, sociales, politiques, pourraient coûter 20 fois plus (5500 milliards de dollars).

Le 4e rapport du GIEC (Groupe Intergouvernemental d'Experts sur le Changement Climatique, IPCC pour l'acronyme en anglais) à été présenté le 2 février 2007. Il y est indiqué que le XXe siècle aurait « probablement » connu le réchauffement le plus important depuis un millénaire. Qu'il est « très probable » (90%), mais non « quasiment certain » (99%), que ce réchauffement est dû « pour partie » aux activités humaines par rejets de gaz à effet de serre. Pourquoi « pour partie » ? Parce qu'il existe aussi et surtout des facteurs astronomiques du changement climatique, lesquels conduisent à une glaciation tous les 100 000 ans environ et nous permettent d'affirmer avec certitude que nous n'entrerons dans une phase de glaciation que dans 20 000 ans environ. Le GIEC prévoit d'ici à 2100, un réchauffement compris entre 1,8 et 4° C et une hausse du niveau des mers comprise entre 18 et 59 centimètres d'ici la fin du siècle. Le GIEC a également annoncé que le réchauffement se poursuivra inexorablement pendant plusieurs siècles, même si nous stabilisions dès aujourd'hui les taux de gaz à effet de serre (GES) dans l'atmosphère. De la même manière, la hausse du niveau des mers devrait se poursuivre pendant au moins mille ans. La presse ne s'est pas intéressée à ces colossales inerties biosphérales. Et alors que, selon l'Institut Français de l'Environnement, les ménages et les véhicules individuels sont responsables de 27 % seulement des émissions nationales de GES, les médias ne cessent de stigmatiser l'« empreinte écologique » des individus, invités du même coup à « sauver la planète » sous la bannière du WWF, gigantesque organisation nord-américaine de collecte de fonds. fondée, notamment, par Russell Train, qui fut responsable «Sécurité-Environnement » de la transnationale Union Carbide, laquelle provoqua la catastrophe de Bhopal en 1984 (12 000 morts). Russell Train a toujours nié toute responsabilité de son entreprise dans cette tragédie.

La presse dont il vient d'être question a, semble-t-il, oublié que dès mai 2004, Lorents Lorentsen, directeur de l'Environnement à l'OCDE déclarait : « (...) il est déjà trop tard pour contrer certaines modifications du climat causées par les activités humaines. Autrement dit, les politiques visant à réduire les émissions de GES devront s'accompagner d'autres mesures pour nous aider à nous adapter aux effets du changement climatique ». En fait, nous devons faire face à deux problèmes, souvent confondus : celui du réchauffement climatique et celui de l'épuisement prochain des combustibles fossiles. On voit que le premier problème pourrait être réglé par le second. Et qu'en conséquence, l'urgence véritable est de repousser le moment de l'épuisement des combustibles fossiles afin d'aménager la transition vers les énergies alternatives, aujourd'hui insuffisantes, le nucléaire civil mis à part.

Hélas ! les mesures à prendre seraient très douloureuses pour le monde des transnationales : suppression radicale des transports (aériens, maritimes et routiers) non absolument nécessaires, c'est-à-dire la démondialisation de l'économie et la relocalisation des activités industrielles et agricoles. Suppression du tourisme (aérien, maritime et routier) mettant en oeuvre l'usage de combustibles fossiles. Développement des transports en commun (songeons que le réseau ferré français est aujourd'hui revenu à son niveau de 1875) et que la SNCF organise sa propre concurrence avec ses filiales de transport routier Calberson et Bourgey-Montreuil, entre autres. Avec, en attendant le solaire, le développement de l'électronucléaire dans le monde entier puisque cette forme de production d'énergie ne rejette pas de GES. L'urgence est pourtant grande puisque rien n'a été fait depuis la Convention-cadre sur le changement climatique de la Conférence de Rio (1992), sinon la mise en place d'une Bourse de droits à polluer et du feuilleton à épisodes du stérile protocole de Kyoto. Au lieu de quoi, les politiciens roulent des yeux en évoquant le réchauffement. Ah ! Les candidats à l'élection présidentielle, en chemise et la corde au cou, venant signer le « Pacte écologique » de Monsieur Hulot ! Le GIEC a bon dos, dont les travaux scientifiques servent le plus souvent à préparer les opinions publiques à plus d'austérité énergétique, à de nouvelles taxations «écologiques », au déclin industriel de l'Europe par redéploiements vers les pays émergents et les PVD, et à la mise en place ou au renforcement d'instances supranationales afin de légitimer l'ensemble.

Pascal Acot, membre fondateur d'Action Communiste, historien de l'écologie scientifique (CNRS) a récemment publié «Histoire du climat », Perrin, 2003, et «Catastrophes climatiques, désastres sociaux », PUF, 2006. Cet article a été initialement rédigé pour le journal "Le Manifeste".
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11 mars 2007 7 11 /03 /mars /2007 23:35
Face à la concurrence des pays émergents, un "protectionnisme européen raisonnable" s’impose, estime l’historien. Pourquoi l’économie n’est-elle pas au centre du débat électoral ?

Serait-il en voie de devenir le gourou des politiques ? Rappelez-vous sa fameuse note de l’automne 1994, Aux origines du malaise politique, qui permit à Jacques Chirac de mener campagne sur la « fracture sociale ». Peu se souviennent que, dès 1976, à l’âge de 25 ans, le jeune démographe Emmanuel Todd avait prédit dans la Chute finale la décomposition de l’Union soviétique.
En 2002, il règle aussi
le sort des Etats-Unis (Après l’empire) et continue de guetter leur effondrement. Et voilà qu’à l’automne dernier, il est parti en guerre contre les  « candidats du vide » que sont à ses yeux Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal. Son nouveau combat ? La création d’une aire protectionniste européenne, afin de soulager les classes laborieuses des maux du libre-échange. A voir la virulence des réactions qu’il suscite, il semble que le petit-fils de l’écrivain Paul Nizan et le fils du journaliste Olivier Todd gratte à nouveau là où ça fait mal…

Le 13 septembre 2006, vous déclariez dans une interview au Parisien : « Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy sont “les candidats du vide”. » C’est toujours votre opinion ?

A ce jour, je ne vois pas ce qui pourrait me faire changer d’avis. Je les appelle comme ça non pas pour leur côté people, la brume autour de leur vie de couple, mais pour une absence de discours sur la seule chose qui intéresse et angoisse les Français : le système économique qui a engendré la pression sur les salaires et l’insécurité sociale. Toutefois, il serait injuste de jeter l’anathème sur Sarkozy sous prétexte qu’il dit tout et n’importe quoi, et sur Ségolène Royal parce qu’elle ne dit rien sur l’économie, sans ajouter que François Bayrou les a malheureusement rejoints. Je persiste à dire que s’ils ne mettent pas la question du libre-échange au cœur de leur programme, ils seront à côté de la situation réelle du pays, des souffrances des gens. Cela explique que la campagne ne démarre pas, et que le corps électoral ne suive pas.

Vous dénoncez un « système médiatico-sondagier » qui aurait « imposé » le binôme Sarkozy-Royal...

Dans les phases pré-électorales, avant que les thèmes aient été présentés par les candidats ou les partis, l’électorat populaire est inerte. Les sondages qui ont été réalisés à ce moment-là représentaient l’opinion des classes moyennes, et plutôt des classes moyennes supérieures, parmi lesquelles on trouve les journalistes, les sondeurs… Ces derniers le savaient mais, au lieu de reconnaître que leur boulot ne valait rien, ont préféré dire : « les sondages sont une photographie de l’opinion à un moment donné ». C’est une escroquerie !
Ils suggèrent que l’opinion change, alors qu’on assiste en réalité à un phénomène de formation, de cristallisation d’une opinion populaire qui n’existait pas et qui émerge dans le courant de la campagne.

Mais ce ne sont quand même pas les sondeurs qui ont choisi Ségolène Royal !

Il est vrai que les adhérents n’étaient pas obligés d’écouter les sondages qui leur disaient que seule Ségolène Royal avait des chances. Beaucoup plus qu’il n’a désigné sa candidate, le PS s’est révélé indifférent aux questions économiques. C’est dommage, lorsque l’on voit qu’un Fabius, dans ses derniers discours, a mûri sa réflexion et propose une vraie vision de l’Europe.

Un peu tard…

Oui, mais il ouvre aujourd’hui la voie à une contestation efficace du libre-échange. Et le premier candidat majeur qui abordera le sujet cassera la baraque !

A quoi le voyez-vous ?

A l’automne dernier, j’ai fait quelques interventions radio en faveur de ce que j’appelle « un protectionnisme européen raisonnable ». La montée d’un prolétariat chinois sous-payé a un effet gravement déflationniste sur les prix et les salaires des pays industrialisés et elle n’est pas près d’être enrayée, car la Chine est un pays totalitaire. Il faut donc des barrières douanières et des contingentements provisoires. J’ai été très frappé de la réceptivité de la société française à cette remis  en question du libre-échange. Puis Dominique de Villepin m’a demandé d’ouvrir la conférence sur l’emploi par un topo sur le sujet. Lorsque vous intervenez, non plus à la radio, mais au cœur du système, en présence du Premier ministre, du ministre de l’Economie, des syndicats, du Medef, c’est la panique. Tout le monde sent en effet qu’un candidat qui arriverait avec un projet protectionniste européen bien ficelé serait élu, d’où qu’il vienne. Et personne ne peut rire d’une Europe protégée de 450 millions d’habitants, d’autant moins qu’elle pourrait réaliser l’impossible, c’est-à-dire, à l’intérieur de chaque pays, la réconciliation des dirigeants et des groupes sociaux.

Vous avez déclaré que l’émergence du thème protectionniste viendrait plutôt de la droite…

Le Parti socialiste et l’UMP sont tous deux décrochés des milieux populaires et probablement d’une bonne partie des classes moyennes. Ce sont des superstructures qui flottent dans les classes moyennes supérieures. Mais cette oligarchie est coupée par le milieu : le PS représente l’Etat, et l’UMP, le marché. Ceux qui sont bien logés dans l’appareil d’Etat – fonctionnaires de catégorie A, j’en fais partie – ont une indifférence encore plus grande aux maux du libre-échange. A droite, c’est vrai que le capitalisme financier s’en contrefout. Mais ce n’est pas le cas des secteurs de production. N’oubliez pas que le premier théoricien du protectionnisme, l’économiste allemand Friedrich List, était un libéral. Les protectionnistes sont des adeptes du marché, à condition de définir la taille du terrain…

La régulation du marché ne serait pas qu’une histoire de gauche ?

D’abord, il faut rappeler que les socialistes ont une arrogance de bons élèves que n’ont pas les gens de droite. Ils oublient facilement que dans l’histoire des idées économiques, les basculements sont transpartisans ; au début des années 70, la gauche et la droite étaient en faveur d’une économie régulée par l’Etat. Le basculement dans l’ultralibéralisme a fini par toucher tout le monde. Si l’on en vient, comme je l’espère, à l’idée que la protection européenne est la bonne solution, au final, gauche et droite seront d’accord. Reste à savoir qui va démarrer le premier.

Vous avez eu des mots très durs pour « la petite bourgeoisie d’Etat », qui « ne comprend pas l’économie »…

L’une des forces de la France, c’est son égalitarisme, et la capacité de sa population à s’insurger. Cet esprit de contestation explique dans notre pays la suprématie de la sociologie. En revanche, la France n’a jamais été en Europe l’économie dominante, elle a toujours été, depuis le Moyen Age, en deuxième position. La pensée économique française est donc restée à la traîne. Il se trouve que notre unique Prix Nobel d’économie, Maurice Allais, un vieux monsieur, est protectionniste ! Alors on décrète que notre vieux Prix Nobel ne vaut rien en économie… Ne soyons pas naïfs, toutes les rigidités ne sont pas intellectuelles, car deux nouvelles catégories de soi-disant économistes sont apparues : des types issus de la haute fonction publique, d’autant plus adeptes du marché qu’ils ne savent pas ce que c’est, et des économistes bancaires, qui sont en fait des commerciaux dont les intérêts sont imbriqués à ceux du système.

Vous avez prédit en 2003 le déclin américain, qu’on ne voit toujours pas venir…

Je maintiens que si une économie est puissante, cela s’exprime dans l’échange international. Or, les Etats-Unis, avec 800 milliards de déficit commercial, sont déficitaires avec tous les pays du monde, y compris l’Ukraine. Les Etats-Unis, c’est le pays des mauvaises bagnoles, des trains qui vont lentement, où rien ne marche très bien, où il est difficile de faire changer un compteur à gaz en dehors des grandes villes, où la mortalité infantile est la plus forte du monde occidental. Où l’informatisation et la robotisation – c’est masqué par l’essor des ordinateurs individuels – est faible. Là-bas, le discours sur l’économie virtuelle, sur « l’immatériel », est un discours délirant. Parce que l’économie, ce n’est pas l’abolition de la matière, mais sa transformation par l’intelligence.De temps en temps, l’état réel de l’Amérique apparaît : face à un événement comme l’ouragan Katryna, l’économie virtuelle, les avocats, les financiers, pas terrible, hein…

C’est cette Amérique-là qui fascine Nicolas Sarkozy...

Ce n’est pas tant le bushisme de Sarkozy qui est scandaleux, que sa mauvaise maîtrise du temps, son manque d’à-propos, puisqu’il est allé faire allégeance à Bush juste avant que l’énormité de son échec en Irak ne soit reconnue aux Etats-Unis mêmes ; quant à Ségolène Royal, elle a manifesté une vraie rigidité de pensée en refusant pour l’Iran le nucléaire civil aussi bien que militaire. Je ne vois pas comment ces deux candidats pourraient penser le protectionnisme européen, question qui suppose intérêt pour l’économie, mais aussi maîtrise de la politique étrangère, car la première chose qu’il va falloir faire, c’est négocier avec l’Allemagne !

L’économie allemande est repartie. En quoi l’Allemagne aurait-elle besoin du protectionnisme ?

Pour les idéologues du libre-échange, l’Allemagne est le pays qui réussit le mieux. Mais de mon point de vue, c’est celui qui arrive le mieux à se torturer lui-même. Au prix d’une terrible compression salariale, l’Allemagne a abaissé ses coûts de production et gagné des parts de marché en Europe, contribuant à l’asphyxie de la France et de l’Italie.
Elle aurait maintenant tout à gagner à un marché européen prospère, où l’on protège nos frontières, augmente les salaires, gonfle la demande intérieure. Tout cela, il faut le penser, être capable de le négocier. Et je ne ressens pas dans notre binôme cette compétence diplomatique…

Le système libéral peut-il se régénérer ?

Le libre-échange intégral et la démocratie sont incompatibles, tout simplement parce que la majorité des gens ne veut pas du libre-échange. Donc, soit la démocratie gagne et on renonce au libre-échange, soit on supprime le suffrage universel parce qu’il ne donne pas les résultats souhaités par les libéraux. Le seul pays à avoir jamais inscrit dans sa Constitution le libre-échange a été les Etats américains sudistes, esclavagistes. Le Nord, industriel et démocratique, derrière Lincoln, était protectionniste. Normal, puisque le protectionnisme définit une communauté solidaire et relativement égalitaire, alors que le libre-échange suppose des ploutocrates et une plèbe. La Chine a résolu le problème : c’est un modèle totalitaire qui pratique le libre-échange. Avec la Chine, on parle d’un modèle capitaliste imparfait, alors que c’est peut-être le modèle achevé !

Si l’Europe se décidait pour le protectionnisme, comment la Chine réagirait-elle ?

Elle s’écraserait parce qu’elle a trop besoin des machines-outils allemandes. Le rétablissement d’une souveraineté économique aux frontières de l’Europe renforcerait nos capacités de négociation. Le protectionnisme, ce n’est pas l’autarcie, on définit des zones de protection, tout peut se négocier. Ce n’est pas un univers idéologique, contrairement au libre-échange qui prétend avoir une recette universelle pour tous les produits.

Autre sujet polémique, l’Iran, que vous déclarez depuis 2002 être engagé « dans un processus d’apaisement intérieur et extérieur »

En octobre, dans Marianne, je disais : Ahmadinejad et ses horreurs sur l’Holocauste, ce n’est que la surface des choses, il faut faire le pari d’un Iran avec de vraies virtualités démocratiques, associé à sa spécificité chiite, parce que le chiisme, culture du débat, de la révolte, est une bonne matrice pour la démocratie. Or, que s’est-il passé ? Ahmadinejad s’est pris une claque électorale. Vous remarquerez d’ailleurs que l’Iran, où l’alphabétisation des femmes a fait chuter la fécondité à 2,1, où les étudiants sont en majorité des étudiantes, est un pays qui n’arrête pas de voter ! Il faut donc continuer à dire tout le mal qu’on pense d’Ahmadinejad, mais résister aux provocations, ne pas se laisser entraîner par les Etats-Unis dans une confrontation.

Pourquoi l’Europe devrait-elle se rapprocher de l’Iran ?

L’objectif des Etats-Unis n’était pas seulement de faire la guerre en Irak mais d’entraîner Français et Allemands dans cette guerre, et ils feront de même avec l’Iran. Par ailleurs, l’intérêt des Iraniens est d’importer des machines-outils européennes, celui des Européens, inquiets de la prédominance de la Russie dans leurs approvisionnements énergétiques, est d’avoir un deuxième partenaire. Ma position traduit un désir de paix mêlé d’une géopolitique raisonnable. Mais je crains que les Américains n’attendent la présidentielle française pour déclencher leur attaque sur l’Iran, une fois débarrassés de Chirac. Il faut donc absolument contraindre nos deux candidats à dire ce qu’ils feraient en cas d’attaque américaine.

Le goût de la prospection, d’où vous vient-il ?

De formation, je suis historien. C’est normal de vouloir connaître la suite de l’histoire non ? Je ne suis jamais allé en Iran, et je n’étais pas allé en Union soviétique avant d’annoncer l’effondrement du système, mais je ne suis pas davantage allé dans le XVIIIe siècle. Sur ces pays, je travaille en historien, à travers des documents, des paramètres, des statistiques. Et je prolonge des tendances… Tous les historiens ne se promènent pas dans le futur immédiat… On va souvent vers l’histoire pour échapper au présent, pour se réfugier dans le bruit et la fureur des événements d’autrefois. Mais quand on parle à des médiévistes, on s’aperçoit qu’ils ont une vision aiguë du présent. Simplement, ils n’ont pas le goût de faire ça. Il faut dire que le présent est très inquiétant. En ce moment, je travaille sur les systèmes familiaux du passé, et quand j’essaie de dater l’émergence de la famille communautaire en Chine, dans mon petit bureau, avec mes petites cartes, je me sens protégé.

Propos recueillis par Vincent Remy

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