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ACTION COMMUNISTE

 

Nous sommes un mouvement communiste au sens marxiste du terme. Avec ce que cela implique en matière de positions de classe et d'exigences de démocratie vraie. Nous nous inscrivons donc dans les luttes anti-capitalistes et relayons les idées dont elles sont porteuses. Ainsi, nous n'acceptons pas les combinaisont politiciennes venues d'en-haut. Et, très favorables aux coopérations internationales, nous nous opposons résolument à toute constitution européenne.

Nous contacter : action.communiste76@orange.fr>

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Humeur

Chaque semaine, AC attribue un "roquet d'or" à un journaliste qui n'aura pas honoré son métier, que ce soit par sa complaisance politique envers les forces de l'argent, son agressivité corporatiste, son inculture, ou sa bêtise, ou les quatre à la fois.

Cette semaine, sur le conseil avisé de la section bruxelloise d'Action communiste, le Roquet d'Or est attribué  à Thierry Steiner pour la vulgarité insultante de son commentaire sur les réductions d'effectifs chez Renault : "Renault fait la vidange"...  (lors du 7-10 du 25 juillet).


Vos avis et propositions de nominations sont les bienvenus, tant la tâche est immense... [Toujours préciser la date, le titre de l'émission et le nom du lauréat éventuel].

 

 
30 octobre 2014 4 30 /10 /octobre /2014 10:35

austerite-tue

 

Les gouvernements au service du grand capital en Europe,  l'Union Européenne elle même,   détruisent les acquis sociaux des salariés. Faire  baisser ce qu'ils appellent le coût du travail est leur grand objectif car cette baisse doit permettre d'augmenter les profits capitalistes. Il n'est pas étonnant dans ces conditions que la lutte des classes dans les pays européens présente des caractéristiques communes.

 

En Italie des centaines de milliers de salariés ont répondu à l'appel de la CGIL pour dénoncer les projets du social-démocrate Renzi de réformer le marché du travail. On connaît la chanson : « il faut plus de souplesse pour créer des emplois », en réalité, il faut donner au patronat plus de moyens pour contrôler les salariés et les mettre en position de faiblesse.

 

En Grande Bretagne, ces mesures « d'assouplissement » ont conduit à ce que l'on appelle les contrats zéro heure.  Un salarié soumis à cette règle doit attendre le bon vouloir de son patron pour venir travailler. Il peut être utilisé à tout moment et s'il refuse, il est mis hors course. C'est la logique de « l'assouplissement » menée à son terme ultime. Des manifestations récentes dans ce pays montrent que la pression monte pour dénoncer ces conditions d'emploi. De nombreuses catégories salariales sont en lutte et manifestent pour les salaires et les conditions de travail.

 

En Allemagne pays tant vanté pour son « modèle social » et sa réussite économique, la crise fait aussi des ravages. On y trouve de très bas salaires : à prendre ou à laisser ! Pourtant malgré la pression des syndicats de collaboration de classe, le mécontentement s'exprime. On l'a vu avec la grève des cheminots pour les salaires et la diminution du temps de travail et celle des pilotes pour les retraites.

 

Ces grèves menées par des syndicats catégoriels inquiètent le pouvoir qui y voit la préfiguration de mouvements plus importants. Avec la complicité des syndicats inféodés au patronat et au pouvoir, le gouvernement envisage d'interdire les actions dites catégorielles. Parce que le capital n'a pas d'autre choix que celui d'accroître l'exploitation du travail, les conditions de l'affrontement de classe vont se développer partout dans le Monde et en Europe.

 

Une perspective existe, elle ne peut être que celle de la lutte résolue contre la politique du capital pour obtenir tout de suite satisfaction aux revendications et construire une alternative à la société dominée par le capitalisme. Alternative que nourrissent les luttes et qui doit passer par la destruction du système capitaliste et la construction d'une société socialiste de la propriété collective basée sur la coopération des salariés.

 

 

source:

www.sitecommunistes.org

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29 octobre 2014 3 29 /10 /octobre /2014 18:05
Lu sur le site de Rouge-Midi
Fralib (ou SCOP TI) en Ukraine !!


 

Une première usine occupée et autogérée dans le Donbass :

Il y a quelques jours, A. Zacarchenko, le Premier ministre de la République Populaire de Donetsk (RPD) a déclaré que plusieurs importantes industries sur le territoire couvert par la RPD allaient être nationalisées. Au même moment, trois industries importantes, dont deux sont la propriété de l’oligarque R. Akhmetov, ont été reprises sous le contrôle de la République. Zacarchenko a également promis le contrôle, de la part de l’Etat, sur les prix alimentaires. La population pourra en outre interrompre le paiement des dettes contractées auprès des banques. Enfin, toujours dans la même période, la première usine a été occupée et mise sous le contrôle des travailleurs de la République Populaire du Donbass.

C’est dans ce cadre que les travailleurs de la Zugres – Œuvres d’Ingénierie Energétique et Mécanique (ZEMZ) – se sont organisés en prenant le dessus sur les managers. Ils ont placé l’usine sous leur propre propriété, en autogestion. La ZEMZ est spécialisée dans la production de grues industrielles lourdes, et compte une longue histoire depuis le temps de l’URSS. Il s’agit de produits qui sont actuellement utilisés en Inde, au Mexique, au Vietnam et dans d’autres pays dans le monde.


Quelles sont les intentions des ouvriers de la ZEMZ ? Les travailleurs ont publié une déclaration, dont sont extraits les points fondamentaux ci-dessous :

« La gestion de l’usine est complètement sous le contrôle des travailleurs du site. Les travailleurs du site ont le droit de retirer immédiatement le directeur de sa position et si deux tiers d’entre eux votent (par un vote direct) pour le retrait des managers, ceux-ci seront retirés de leurs positions actuelles. Le salaire du directeur ne peut dépasser le salaire médian ouvrier. Les bonus seront décidés et votés par les travailleurs collectivement. Le directeur a droit à une période de vacances annuelle. La durée et le salaire, pendant ces vacances, sont votés par les travailleurs. »

La déclaration se conclut en rappelant que cette initiative a été acceptée par le Soviet Suprême de la DPR.

Les réquisitions par et pour les travailleurs, pourraient bien être le premier pas vers le début d’un changement véritable et très concret du système, au sein d’un processus vivant et contradictoire comme celui que traversent les républiques du Donbass et de Lugansk.

L’exemple de la ZEMZ est une réponse aux conditions draconiennes imposées aux par le FMI et le gouvernement de Kiev, au venin du nationalisme et aux volontés de démembrement du pays.

 

Rouge Midi

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29 octobre 2014 3 29 /10 /octobre /2014 14:54

Lu sur le blog de Jean Gadrey ( Alternatives économiques)

Traité transatlantique : c’est plus grave encore que ce qu’on pensait

 

Secrets and lies, c’est le titre d’un admirable film de Mike Leigh. Secrets et mensonges, c’est aussi la pratique constante des responsables européens et de la plupart de nos dirigeants en France lorsqu’ils évoquent leur projet de Traité transatlantique ou Tafta. 

On savait déjà bien des choses sur les méga-risques liés à ce méga-traité négocié dans l’opacité la plus totale. Je les avais explicitées notamment dans ce billet d’avril dernier : Le grand marché transatlantique en deux pages.

Le secret favorise le mensonge et le mensonge a besoin du secret. Mais peu à peu, nous aussi nous découvrons le pot aux roses. Et il s’avère pire que ce que j’écrivais il y a six mois. Je m’appuie en partie sur un texte de Raoul-Marc Jennar de septembre 2014 dont le titre est : « Le GMT/TAFTA : pas amendable ! ». Je commence par quelques-uns des mensonges, avant d’en venir au pire.


MENSONGES : DES EXEMPLES PARMI D’AUTRES

On nous a dit par exemple que, grâce à l’intervention française, la défense et la culture ont été exclues du champ de la négociation. Pour la défense, l’argument est stupide : en vertu de l’article 20 du GATT, les industries d’armement et les questions de défense sont exclues du champ d’application de TOUT TRAITE DE CE TYPE, ce qui est rappelé à l’article 12 du mandat de négociation. La France n’y est pour rien.
S’agissant de « la culture », seul l’audiovisuel (art. 21 du mandat) est exclu, et seulement provisoirement car l’article 42 permet à la Commission D’INTRODUIRE ULTERIEUREMENT DEVANT LE CONSEIL DES MINISTRES TOUT SUJET N’AYANT PAS FAIT L’OBJET DU MANDAT ! Quant aux théâtres, opéras, bibliothèques, musées, archives… ils tombent bien sous le coup du mandat actuel.

On nous dit : « il n’est pas question d’appliquer les normes environnementales ou agricoles américaines en France ». Mais le mandat de négociation exige (art. 25) que « les mesures de chaque côté se fondent sur la science et sur les normes internationales d’évaluation scientifique des risques ». C’est précisément l’argument américain : il faut des preuves scientifiques (et surtout pas cet horrible principe de précaution) pour imposer des interdictions en matière sanitaire ou phytosanitaire. Or, les dirigeants américains considèrent qu’il n’y a pas de justification scientifique pour interdire les OGM, le bœuf aux hormones, le poulet chloré, le porc à la ractopamine…

Nos élus nous ont dit : « nous exercerons notre devoir de vigilance et notre pouvoir d’influence tout au long des négociations ». Or, les Parlements nationaux sont exclus de toute information ou association à la négociation ! Et la Commission européenne informe avec réticence et parcimonie un nombre limité de parlementaires européens.


C’EST PIRE QUE CE QU’ON CROYAIT

On observe à gauche la tendance suivante : si nous parvenons à bloquer ce qu’il y a de plus indéfendable, nous pourrions signer un accord amendé, réduit et acceptable. Ils pensent principalement à cet abcès de fixation en effet purulent qu’est le mécanisme privé de « règlement des différends », lequel, selon le mandat de négociation, se substituerait aux juridictions officielles pour juger d’un conflit entre firmes privées et pouvoirs publics. Ils pensent aussi aux services publics ou à la préservation de certaines normes sociales, environnementales, sanitaires et techniques en vigueur en France ou en Europe. Ils constatent que, déjà, la question du règlement des différends semble devoir être refusée par l’Allemagne voire par de nombreux élus étatsuniens et qu’elle a donc du plomb dans l’aile.

 

Pourtant, je crois sincèrement, comme Raoul-Marc Jennar, que, s’agissant de ce traité, entrer dans la voie des amendements, c’est tomber dans un piège. Un piège fort bien représenté par les articles 43 et 45 du mandat européen de négociation (j’y ajoute l’article 42, que j’ai cité plus haut).

Car avant le mécanisme de règlement des différends figurant à l’article 45, les rédacteurs ont prévu le piège de l’article 43 que voici : « L’Accord mettra en place UNE STRUCTURE INSTITUTIONNELLE en vue de garantir un suivi efficace des engagements découlant de l’Accord ainsi que pour promouvoir la réalisation progressive de la compatibilité des régimes réglementaires ». Jennar en propose l’interprétation suivante, que je crois réaliste dans l’état actuel des informations disponibles :


« Cette « structure institutionnelle » qui chapeautera donc les deux entités (UE et Etats-Unis) pour veiller au respect du traité, aura également pour tâche de « promouvoir la réalisation progressive de la compatibilité des régimes réglementaires ». En clair, et cette interprétation est confirmée par la Commission européenne, cette « structure institutionnelle » (dont on ignore qui la composera et qui la contrôlera) POURSUIVRA LES NEGOCIATIONS EN MATIERE DE COMPATIBILITE DES REGLEMENTATIONS SUR LES SUJETS QUI N’AURONT PAS FAIT L’OBJET D’UN ACCORD AU TERME DE LA NEGOCIATION ACTUELLEMENT EN COURS…. Les négociateurs européens ont donné un nom à cette structure : un « conseil de coopération réglementaire »… [Ah, la « coopération » mise au service du dumping concurrentiel, quelle belle chose !]


Si on ajoute le fait que LA COMMISSION EUROPEENNE PROPOSE QUE LES RESULTATS DE CES NEGOCIATIONS ULTERIEURES NE SOIENT PLUS SOUMIS AUX ETATS MEMBRES, on peut en conclure deux choses :
- ce « conseil de coopération réglementaire » est en fait une institution supranationale dotée de pouvoirs législatifs contraignants ;
- aucune garantie qu’on ne touchera pas à tel secteur ou à telle matière n’aura de caractère durable et ne peut donc être prise au sérieux. » Fin de citation (extraits)


Je commente à titre personnel : rien ne dit que cette proposition passera la barre du Parlement européen ou des Parlements nationaux (s’ils sont consultés, ce qui est loin d’être acquis, c’est un autre enjeu). Mais il est clair que les risques de contournement des instances élues liés à cet article dont presque personne ne parle (cela va venir) ne sont pas moindres que ceux qui concernent l’arbitrage privé des différends, la mise à bas de normes de qualité sociale et environnementales, la suppression ou la forte baisse des droits de douane pour l’agriculture et divers autres secteurs menacés.

Si vous voyez quelque chose à sauver dans ce projet, dites-le. Sinon il faut vraiment qu’il soit rejeté en bloc. Contrairement à ce qu’écrivent certains qui ont tendance à vendre la peau d’un ours dont ils devraient savoir qu’il est agressif et qu’il a plus d’un tour dans son sac, c’est loin d’être gagné, même si cela semble désormais possible. Il va falloir pendant des mois encore faire jouer « l’effet Dracula », comme pour les traités semblables que « nous » avons repoussés : l’AMI, l’ACTA, l’AGCS. Non seulement il ne faut pas relâcher la pression, mais il faut l’accentuer.


Je n’ai parlé dans ce billet que du traité transatlantique, sans doute le plus gros morceau pour les mois à venir. Mais les projet d’accords de « libre-échange » avec le Canada (CETA), ou sur les services (TISA, le retour en force de l’AGCS) doivent être combattus en même temps et avec la même détermination. J’y ajoute les APE (accords dits de partenariat économique entre l’UE et l’Afrique subsaharienne et plus généralement la zone ACP, mais aussi avec d’autres pays du monde). J’ai déjà évoqué ces derniers, qui sont typiquement des projets de domination néocoloniale, mais j’y reviendrai bientôt.

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29 octobre 2014 3 29 /10 /octobre /2014 10:59

Lu sur le Grand Soir

Tourner la page du Front de gauche
Aurélien BERNIER

En janvier 2014, dans un livre intitulé "La gauche radicale et ses tabous", j’avançais une explication à l’échec électoral du Front de gauche et à la montée, simultanée, du Front national. Cette explication est double : un problème stratégique, d’une part – celui du lien qui perdure entre le PCF et le Parti socialiste – et un problème programmatique – celui du manque de clarté sur les questions du libre échange, de l’Union européenne et de la souveraineté


Les élections du printemps 2014 ont malheureusement confirmé cette analyse. Contrairement à ce que j’espérais, le Front de gauche n’a ni coupé les ponts avec les socialistes au pouvoir, ni porté le seul message qui soit audible par les classes populaires : pour pouvoir gouverner à gauche, il faut sortir du libre échange et de l’ordre juridique et monétaire européen. Comme si ce n’était pas suffisant, nous avons assisté, par médias interposés, aux batailles rangées entre partisans de Jean-Luc Mélenchon et soutiens de Pierre Laurent, aux flots d’insultes sur les réseaux sociaux ou aux règlements de comptes dans les assemblées des collectivités locales. Tout cela ne peut plus durer.

À la fin de l’été, Jean-Luc Mélenchon annonçait le lancement d’une nouveau mouvement pour la Sixième République, autour d’un appel à signatures. Cette démarche a deux intérêts. Le premier est de dépasser la cadre du Front de gauche pour s’adresser directement au peuple, et de tenter ainsi de s’extraire des batailles d’appareils. Le second est de chercher à redresser l’image déplorable qu’ont les partis politiques dans l’opinion, en proposant des ruptures institutionnelles. Pourtant, en l’état, cette initiative me semble être une impasse. En restant « un pied dedans, un pied dehors », Jean-Luc Mélenchon et le Parti de gauche refusent de tourner la page du Front de gauche. Ils sont prisonniers de cette règle stupide en vigueur dans la sphère partisane (tout particulièrement à gauche), qui consiste à ne jamais vouloir endosser la rupture d’une alliance. Le Parti de gauche est toujours officiellement lié au PCF, lui-même lié au Parti socialiste. Jean-Luc Mélenchon peut s’épuiser à traiter François Hollande et Manuel Valls de tous les noms, il reste lié, par communistes interposés, à la majorité en place. Le problème stratégique n’est donc toujours pas réglé.

À cette première épine dans le pied de Jean-Luc Mélenchon s’en ajoute une deuxième : sa nouvelle démarche n’a pas réglé non plus le problème programmatique. La première préoccupation du peuple que l’on souhaite fédérer est, de très loin, celle de la crise économique. La question institutionnelle est certes importante, mais elle ne répond pas directement à la violence qui s’abat chaque jour un peu plus sur les classes populaires. Je suis personnellement favorable à une Sixième République et sans doute en phase avec la vision que Jean-Luc Mélenchon et le Parti de gauche peuvent en avoir. Mais on ne peut substituer la question institutionnelle à l’urgence sociale. Il faut donc porter, en même temps que l’idée de Sixième République, un programme clair de rupture avec le capitalisme qui en finisse avec les trois tabous de la gauche radicale : le libre échange, l’Union européenne et la souveraineté.

Jean-Luc Mélenchon et le Parti de gauche pourraient choisir un tout autre scénario : tourner la page du Front de gauche. Cette alliance était une belle idée, qu’il fallait tenter de mener le plus loin possible. Mais il est évident qu’elle n’a pas abouti aux résultats espérés : permettre au PCF de se désintoxiquer de sa dépendance au Parti socialiste, porter un programme crédible et battre les sociaux-libéraux et le Front national dans les urnes. Il faut cesser les affrontements internes entre organisations, les pseudo-réconciliations qui ne débouchent que sur de nouveaux affrontements. Le PCF a choisi une stratégie, celle du maintien des élus dans les collectivités locales, qui suppose des alliances avec le Parti socialiste. Le Parti de gauche a choisi de couper tous les ponts avec la majorité. Ces deux stratégies sont inconciliables, et le Front de gauche n’est donc plus crédible. Dans deux, cinq ou dix ans, les choses seront différentes. Le PCF sera peut-être décidé à sacrifier ses positions locales pour regagner une crédibilité nationale. Peut-être alors, un nouveau rassemblement sera possible. En attendant, mieux vaut suivre des chemins différents que de poursuivre ce lent suicide politique en direct.

Sur les questions programmatiques, la séparation entre le PCF et le Parti de gauche permettrait à ce dernier de construire ce qu’il n’a, pour la grande majorité des électeurs, jamais eu : un programme. Le Parti de gauche s’est constitué dans le but de créer le Front de gauche. Dès le départ, il est entré dans des négociations programmatiques avec le Parti communiste. Dans les élections nationales, il n’a jamais porté que des programmes « partagés » : L’humain d’abord en 2012 et celui des élections européennes de 2014. Un travail programmatique existe bien, mais personne, en dehors des militants, ne le connaît réellement. Et ceux qui le connaissent savent qu’il est loin d’être abouti. Dans ces conditions, appeler à s’organiser autour de la seule idée de Sixième République serait une erreur.

Pour répondre à la demande sociale des classes populaires et aux enjeux géopolitiques actuels, un programme de gauche radicale doit reposer sur trois piliers. Le premier est celui de la démondialisation. Ce terme a l’intérêt de condenser les mesures de rupture économique que la gauche radicale devra mettre en œuvre dès son arrivée au pouvoir : le protectionnisme pour relocaliser la production et taxer les capitaux, la sortie de l’ordre juridique et monétaire européen, l’affrontement avec la finance internationale. Le deuxième pilier est celui de l’internationalisme : il faut sortir de la concurrence internationale et lancer des stratégies de coopération à contre-courant des doctrines ultralibérales et libre-échangistes. Il faut faire voler en éclat l’idée, martelée depuis des décennies, que sans développement du commerce international et des investissements spéculatifs, il n’y a pas de relations possibles entre États. Au contraire, il y a des dizaines de façons de coopérer et d’entretenir des relations pacifiques : dans l’échange culturel, dans la recherche, dans l’éducation, dans la santé, dans la protection de l’environnement... Enfin, le troisième pilier est celui de la décroissance ou, pour ceux à qui le mot déplaît, de l’anti-productivisme. Il faut être clair : nous n’aurons plus jamais le taux de croissance des Trente Glorieuses, et c’est une très bonne chose. Cela nous oblige à construire un programme de gauche dans un cadre où le Produit intérieur brut, tel qu’il est calculé aujourd’hui, est amené à baisser. Cela nous oblige à développer le secteur non-marchand, mais aussi à taxer fortement les richesses pour redistribuer, tout en relocalisant la production. Ce n’est pas le manque de croissance qui génère le chômage et la crise, c’est le libre échange et l’austérité des politiques publiques. En assumant l’objectif de sortir du capitalisme et le moyen d’y parvenir qu’est la démondialisation, la gauche radicale n’a plus besoin de croissance pour assurer le plein emploi et transformer la situation des classes populaires.

Si la gauche radicale n’ose pas assumer ces positions (ce que Jean-Luc Mélenchon pourrait faire avec talent), d’autres en tireront les bénéfices aux prochaines élections nationales de 2017. Marine Le Pen, bien-sûr, qui joue très habilement du rejet de la mondialisation par les classes populaires tout en défendant un projet économique illusoire et inacceptable : celui du redressement du capitalisme français dans une concurrence internationale inchangée. Mais aussi le socialiste dissident Arnaud Montebourg, dont il ne faut pas sous-estimer les forces. Partisan d’une certaine forme de démondialisation, productiviste acharné, Arnaud Montebourg joue finalement sur le même terrain que Marine Le Pen, celui de l’imposture d’une nouvelle croissance, d’une relance de la compétitivité française, d’un capitalisme bleu-blanc-rouge, certes régulé, mais conquérant. Il est le pendant de gauche de la Présidente du Front national, respectable et rassurant pour les grandes entreprises françaises, et les médias se réjouissent à l’avance d’un match qui devrait faire grimper en flèche leur audimat et leur lectorat. Dans un tel scénario, un Front de gauche version 2012 ou un mouvement pour la Sixième République aux contours flous seraient totalement marginalisés.

Aurélien Bernier,

auteur de La gauche radicale et ses tabous, Seuil, 2014.

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29 octobre 2014 3 29 /10 /octobre /2014 10:36

 

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Article AC pour http://www.solidarite-internationale-pcf.fr/

 

Ce 21 octobre, c'était la troisième grève en plus d'un mois dans le métro de Lisbonne, avec des mouvements parallèles à Porto. Menée par une combative CGTP, les salariés des transports sont mobilisés contre la privatisation du service de transports urbains.

 

Mardi dernier, le réseau de métro de Lisbonne - qui transporte 500 000 voyageurs par jour - était entièrement paralysé, tandis que les routes de la capitale étaient perlées d'embouteillages.

 

Le mouvement appelé par la Fectrans (Fedération des syndicats des transports), affiliée à la CGTP, a été massivement suivi, avec une adhésion de près de 100 %. A la hauteur de la colère face à un gouvernement qui prévoit de livrer les lignes de métro, de chemins de fer et de bus mais aussi la compagnie aérienne nationale aux grands groupes privés.

 

Troisième journée de grève en six semaines

 

Le gouvernement prend prétexte d'une dette accumulée de 13 milliards d'€ pour le métro et le chemin de fer, et de pertes de 13 millions d'€ pour le seul métro de Lisbonne.

 En réalité, ce sont les coûts du réseau - dans un secteur structurellement déficitaire - qui grèvent les résultats. Donc, le gouvernement a trouvé la formule idoine : maintenir un réseau sous contrôle public, et ouvrir au secteur privé l'exploitation. Socialiser les pertes et privatiser les profits.

Le gouvernement envisage ainsi d'ici la fin de l'année de livrer les lignes de métro de Lisbonne et Porto à des opérateurs de privé pour une durée de 9 ans. Il fera de même à la CP (SNCF portugaise), en commençant par le fret (CP-Carga).

 La CGTP, et sa fédération des transports, mène une lutte acharnée contre le plan de privatisations. Il s'agit de la trosième journée de grève dans le réseau de Lisbonne depuis moins de six semaines.

 

Un "crime de lèse-patrie" pour le secrétaire de la CGTP

 

Le secrétaire-général de la CGTP, Arménio Carlos a rappelé que cette lutte "est la lutte de tout le monde", au moment où le "gouvernement s'engage à privatiser les entreprises de transports, pour des profits privés".

 Ces derniers temps, il a multiplié les déclarations publiques dénonçant un acte contraire aux intérêts des travailleurs, du peuple, de la nation parlant d'un "crime de lèse-patrie" et d'un "préjudice pour tous les Portugais".

La CGTP reste au Portugal un syndicat de lutte, de classe et de masse. Le syndicat majoritaire qui reste encore organiquement lié au Parti communiste, avec un secrétaire-général qui est même un dirigeant du PCP.

La semaine conduisant à la grève du 21 a été une semaine de lutte pour la CGTP sur les lieux de travail, d'explication des raisons du mouvement, de mobilisation pour la journée. Les cellules du PCP ont joué leur rôle habituel, encore prégnant, dans cette campagne.

 

Ferrys, conducteurs de Porto, chemins de fer : les transports mobilisés !

 

Les travailleurs du métro de Lisbonne trouvent une solidarité de fait chez leurs collègues. D'abord, ceux de la Soflusa - responsable des ferrys sur le Tage - qui ont arrêté symboliquement toutes les liaisons entre Lisbonne et Barreiro dans l'après-midi.

A Porto, les conducteurs continuent la lutte. Du 13 au 19, ils ont refusé de réaliser des heures supplémentaires exigées par la direction. Ils réclament le respect des droits sociaux des travailleurs, l'abandon du plan de privaisation et l'embauche des 100 machinistes manquants.

Dans les chemins de fer, le climat est tout aussi tendu. Les travailleurs rejettent le démembrement de la CP (SNCF) - avec la scission accentuée des activités du réseau, fret et transport de passagers.

Il y a semaine, les salariés du réseau (REFER) ont paralysé pendant deux heures le réseau. Ce 15 octobre, les salariés de la CP se réunissaient à Porto, Coimbra, Lisboa et Barreiro à l'appel du Syndicat national des travailleurs du chemin de fer (SNTSF).

 

Ils envisagent de lancer une mobilisation nationale contre le budget d'Etat 2015 qui conduirait les salariés des transports à avoir un salaire inférieur à celui de 2009. Ils dénonçent aussi un "gouvernement de laquais, au service des grands groupes économiques et financiers", avançant dans la privatisation de la CP-Fret.

 

Il est à noter que les usagers ont apporté un soutien au mouvement à travers le Mouvement des usagers des services publics (MUSP). Le 17 octobre, avec le syndicat des transports, ils ont organisé une initiative d'explication sur l'avenue Camoes, à Lisbonne.

En présence du secrétaire-général de la CGTP Arménio Carlos, ils ont dénoncé la "dégradation du service public", la politique de "rapine" et la "pénalisation des usagers et des travailleurs".

Entre 2000 et 2013, la logique de privatisation a conduit à l'augmentation du titre de Métro à Lisbonne de 180 %. Dans le même temps, le service se dégrade et 221 postes ont été supprimés depuis 2009.

 

Le hold-up des privatisations : voilà l'origine de la dette !

 

Le Portugal dispose d'une base industrielle faible mais il possède un réseau d'infrasctures de bon niveau dans l'eau, l'électricité, les postes et les chemins de fer, ainsi que d'un système de santé longtemps réputé pour sa qualité.

 

Ses infrastructures, services nationaux, dernières ressources du pays sont la convoitises des groupes internationaux, qu'ils soient français, allemands, américains, chinois ou brésiliens.

L'électricité (EDP), la Poste (CTT), les aéroports (ANA) ou les assurances (Caixa Seguros) ont récemment été privatisés. Les prochains sur la liste sont les transports (CP, métro, TAP) et les services d'eau (EGF).

Ces entreprises ne sont pas des nains. EDP est l'entreprise la plus rentable du pays, avec 3 milliards d'€ de profits ces trois dernières années. Le montact exact de la concession accordée au groupe chinois qui en a pris possession en 2012.

Air Portugal ou TAP est la première entreprise exportatrice du pays, avec 8 millions de passagers par an, et un rôle de redistributeur européen privilégié vers le Brésil.

Quand on sait que les 10 premiers aéoports portugais gérés par l'ANA ont été bradés à Vinci en 2013 pour 3 milliards d'euros pour les 50 ans à venir, on s'aperçoit de l'ampleur du hold-up.

Un chiffre pour comprendre l'ampleur de l'hypocrisie sur la dette et l'austérité : depuis 1989, 240  entreprises ont été privatisées. Les entreprises privatisées appartenant au PSI 20 (CAC 40 portugais) ont réalisé entre 2004 et 2010 39 milliards d'euros de profits.

 

Cela représente sept milliards d'euros par an de moins de recettes pour l’État. Ces sept milliards, c'est exactement le montant du déficit public portugais en 2011.

De 1989 à 2012, la dette publique portugaise est passée de 54% du PIB à 120%, une dette fabriquée par une politique de casse de l'appareil productif national et de braderie du patrimoine public aux intérêts privés.

   

En France, la CGT appelle à construire un mouvement national dans les transports. C'est déjà le cas au Portugal avec la combative et puissante CGTP : construisons la convergence des luttes, la solidarité internationale en organisant notre mouvement de lutte, ici, en France !

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28 octobre 2014 2 28 /10 /octobre /2014 23:21

Lu  sur "çanempechepasnicolas"

francetvinfo.fr

 

Des traces de grenade offensive
retrouvées sur les vêtements
de Rémi Fraisse

Les résultats d'analyses, transmis mardi aux enquêteurs, ont révélé

des traces de TNT : un composé chimique que l'on retrouve dans

les grenades de type offensif, utilisées par les gendarmes.

 

"On ne peut exclure l'utilisation d'une grenade offensive", a affirmé le procureur d'Albi mardi 28 octobre. Les résultats d'analyses, transmis aux enquêteurs, indiquent que des "traces de TNT" ont été retrouvées sur les vêtements de Rémi Fraisse, opposant au barrage de Sivens de 21 ans, retrouvé mort dans la nuit du samedi 25 au dimanche 26 octobre.

"Ces résultats même partiels orientent l'enquête de façon significative puisque la mise en oeuvre d'un explosif militaire de type grenade offensive semble acquise, a dit le magistrat. Le TNT figure dans la composition des charges des grenades lacrymogènes ou offensives utilisées par les gendarmes".

Les grenades offensives sont très dangereuses. "Il suffit qu'un manifestant prenne à la main une grenade offensive au moment où elle explose et il peut avoir la main arrachée, c'est déjà arrivé"explique le magistrat. 

 

Le procureur d'Albi s'est dessaisit du dossier au profit du parquet de Toulouse, à même de juger ces affaires militaires.

 

Pourtant, l'ancien locataire de la place Beauvau, le Premier ministre, a également salué le"travail extrêmement difficile" des forces de l'ordre, "confrontées souvent à une violence extrême".

"Je le dis aussi à la représentation nationale, a poursuivi Manuel Valls, interrogé par Bruno Le Roux, président du groupe PS à l'Assemblée. Avant même qu'une enquête n'ait été conclue, je n'accepterai pas la mise en cause de l'action des policiers et des gendarmes, qui ont compté de nombreux blessés dans leurs rangs."

 

Commentaire : Un gouvernement et un ministre de l'Intérieur qui donnent pour consignes aux forces de l'"ordre" d'utiliser des grenades offensives pour réprimer des manifestants sont des criminels. 

 

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28 octobre 2014 2 28 /10 /octobre /2014 22:56
ukraine-drapeau
Les partis pro-occidentaux ont obtenu une écrasante victoire aux législatives de dimanche en Ukraine, sur fond de conflit armé avec les Républiques populaires de Donetsk et Lugansk. La junte fasciste de Kiev s'offre un parlement à son image avec une mobilisation électorale en chute (40,77%) et plus de 300 fraudes constatées - article et traduction Nicolas Maury

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Cette victoire des partis pro-occidentaux, portés par le coup d'état fasciste d'EuroMaïdan de février 2014, est une victoire à la Pyrrhus. Ce nouveau parlement "Orange-brun", à la solde de la junte et nettoyé des communistes, se montrera incapable de diriger le pays. La nouvelle Verkhovna Rada souffre d'un déficit démocratique réel.

Déjà plus de 300 fraudes ont été annoncé dans cette élection, rappelons qu'en 2012, l'OSCE n'avait rien noté de contraire aux normes démocratiques, aucune fraude n'avait entaché le scrutin qui avait donné la victoire au parti de Viktor Ianoukovitch et plus de 13% aux communistes.

Seulement 40,77% des ukrainiens ont voté

En 2012, lors des dernières élections législatives, 56,76% des ukrainiens avaient voté, on constate un effondrement électoral, qui n'est pas lié qu'à la perte de la Crimée et aux sécessions de Donetsk et Lugansk. Il y a un véritable rejet de ces élections.

 

L'Ouest de l'Ukraine, même si il vote davantage, ne s'est pas mobilisé. Les taux de participations ne dépassent pas les 50% en Galicie, haut lieu du nationalisme ukrainien, et 50% dans l'oblast de Volhynie. Dans les régions du nord et de l'ouest la participation est comprise entre 44% et 48%. Les exceptions venant des régions limitrophes de l'Ukraine, régions de peuplement hongrois et roumaine, celle de Transcarpatie et de Tchernivtsi (34% et 37%).

Le sud-est ne s'est pas mobilisé pour cette farce électorale. Dans la majorité des oblasts du sud-est la participation de dépasse pas 38%. Dans les districts occupés du Donbass la participation atteint 26% dans la région occupée de Donetsk et 28% dans celle de Lugansk. Dans l'Oblast d'Odessa la participation est aussi très faible (30%). Dans l'oblast de Kherson la participation est de 34%, 36% à Kharkov, 38% à Zaporojie et Dnipropetrovsk, et 36% à Nikolaïev.

Nette victoire des partis "pro-UE" et des nationalistes

Selon les données de la Commission électorale centrale, basée sur 37% des bulletins , la coalition "Front populaire" (scission du Parti de Ioulia Timochenko) menée par Arseniy Yatsenyuk et Oleksandr Turchynov, arrive en tête avec 21, 67% des voix. Il devance d'une tête le "Bloc Porochenko" (UDAR) avec 21, 59% des suffrages. Avec 5,74% Timochenko se retrouve reléguée à un rôle de figuration dans la futur Rada. La surprise vient des résultats du parti libéral "Samopomitch" mené par le maire de Lvov qui recueillent 10,95% des voix.



Les nationalistes recueillent plus de 13,95% des voix, bien que divisés ils réussissent à conserver des députés à la Rada. Seul Oleg Liachko et son parti (Parti radical) dépasse les 5% nécessaire pour la représentation proportionnelle (7,45% contre 1,08% en 2012)). Selon les données partielle de la CCE, Svododa serait éliminé du parlement (4,66% contre 10,45% en 2012) et le Pravy sektor recueillerait 1,84% des voix. Il est possible que Svoboda puisse sauver sa représentation parlementaire via les votes sur les circonscriptions.



Le "bloc d'opposition" (scission du Parti des régions) remporte 9, 77% des voix. Le principal parti pro-russe, composé des ex-alliés du président déchu Viktor Ianoukovitch, marginalisé, a néanmoins réussi à être présent au Parlement. Quand au Parti des régions (dans la coalition "Ukraine forte") il recueille 3,13% des voix.



Les listes du Parti Communiste d'Ukraine recueillent que 3,91% des voix. Le KPU victime de persécutions politiques fortes, interdit dans les régions de l'ouest, privé de 650.000 de ses électeurs à l'est (Crimée et dans les Républiques populaires) et du fait de la très faible participation dans le sud-est (ses bastions) se retrouve éliminé de la Verkhovna Rada.

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28 octobre 2014 2 28 /10 /octobre /2014 18:18

 

Jacob-Walles-BCE-16-12-2013-photo-Nidaa-Tounes

Article AC pour http://www.solidarite-internationale-pcf.fr/

 

Légende de la photo : l'ambassadeur américain Walles est le premier à rencontrer les deux futurs "maîtres" de la Tunisie - Rachid Ghennouchi, leader d'Ennahdha et Beji Caid Essebssi de Nidda Tounes, après la nomination du gouvernement éclair de Jomaa, le 16 décembre 2013

Voir l'article de fond sur les élections : Tunis, ville à vendre? Trois ans après la révolution tunisienne, les affairistes, le patronat ont repris contrôle de la scène politique  

 

L'avenir s'annonce compliqué pour le peuple tunisien. Les résultats ne sont pas encore officiels, mais l'hégémonie des forces économiques néo-libérales est nette. Certains Tunisiens n'ont pas perdu le Nord, ce dimanche, ils ont protesté contre les ingérences étrangères, visant l'ambassadeur américain en représentation à Tunis.

 

Ce dimanche, l'ambassadeur américain en Tunisie était en représentation dans les rues de Tunis, faisant le tour des bureaux de vote, vantant les 155 observateurs américains dépêchés pour surveiller le scrutin.

Tout devait se passer comme prévu : photos pour les journaux avec des Tunisiens enthousiastes, interviews pour la radio louant la démocratie tunisienne.

 

L'ambassadeur américain accueilli aux cris de "Dégage" à Tunis !

 

Tout ne s'est pas passé comme prévu dans un bureau de vote, rue de Marseille, dans le centre de Tunis. Jacob Walles a été accueilli aux cris de "Dégage", avec des slogans dénonçant les ingérences des Etats-unis et du Qatar dans le scrutin.

 Jacob Walles a quitté le bureau sous ses cris de "Dégage". L'ambassade américaine a reconnu l'ensemble de la scène, minimisant toutefois le fait qu'il ait été contraint à partir précipitamment sous la pression populaire.

 

"Les USA derrière la Tunisie quel que soit le vainqueur" ? Bien sûr !

 

M.Walles s'est toutefois fendu en déclarations dithyrambiques sur le scrutin constatant qu'il s'agit d'un "grand jour pour la Tunisie" et que les "Etats-unis continueraient à soutenir la Tunisie, indépendemment du vainqueur des élections".

M.l'Ambassadeur ne prend pas trop de risques. Les combinaisons politiciennes sont multiples après le scrutin. Aucune ne mettra en danger les intérêts économiques et géopolitiques des Etats-unis.

Là où ce fut le cas dans la région depuis 2011, les Etats-unis sont intervenus : guerre en Libye en 2011, coup d'Etat militaire en Egypte en 2013. Quand ses intérêts sont garantis, ils sont prêts à jouer la mise en scène, la farce électorale.

 

En Tunisie, on se rappelle qu'en 2009, le parti Ennahdha avait contacté l'ambassade américaine pour les rassurer sur leur programme pro-capitaliste et américano-compatible.

Décembre 2013, après la nomination du cabinet Jomaa, l'ambassadeur rencontrait successivement les leaders d'Ennadha et Nidaa Tounes - même si ce dernier n'était pas encore un parti majeur, il l'a rencontré en premier ! - pour s'assurer de la transition de la Tunisie vers un ordre stable, dans les intérêts des USA. L'ambassadeur avait insisté sur le "dialogue national", l' "union nationale". Un élément à prendre en compte pour la suite.

 

Un consensus néo-libéral à 90 % : est-ce la volonté du peuple tunisien ?

 

Les diverses sources convergent sur les grandes lignes du scrutin. Si on suit les estimations dee l'agence de presse turque Anadolou : les "modernistes libéraux-républicains" de Nidaa Tounes seraient largement devant en voix, premier en députés (38%) talonnés par les islamistes-libéraux d'Ennahdha (31%, moins selon d'autres sources)

 Suivent deux partis néo-libéraux, menés par des affairistes ambitieux : l'UPL (8 %) du milliardaire britannico-tunisien Slim Riahi, Afek Tounes (4 %) de l'homme d'affaires Yacine Brahim qui se vante d'être le parti qui compte le plus d'entrepreneurs dans ses rangs !

Cela fait pour les forces acquises au libéralisme économique, portées par les hommes  d'affaires et le patronat, de 80 à 90 % des sièges. Est-ce cela pour quoi les Tunisiens se sont battus en janvier 2011 ?

 

Les partis fantoches de centre-gauche, corrompus et opportunistes, de la "Troika" (alliance de pouvoir avec Ennahdha) sont balayés mais présents : le Congrès pour la République (2 %) de l'ami de la France Moncef Marzouki et les sociaux-démocrates d'Ettakatol (1%)

   

Seul le Front populaire - regroupant autour du Parti des travailleurs des formations marxistes et nationalistes de gauche - sauverait l'honneur, regroupant 5 % des sièges. Nos camarades d'Al-Massar, regroupés dans l'Union pour la Tunisie, n'auraient aucun siège.

 

Les chiffres pourraient encore varier beaucoup dans le détail, les grandes lignes ne changeront pas. Les sondages sérieux et officieux - de source américaine - annonçaient ce tableau. D'où l'absolue sérénité de l'ambassadeur américain devant un scrutin joué d'avance.

 

Deux scénarios de combinaisons politiciennes. Un seul gagnant : le patronat acquis à l'austérité du FMI !

 

Les scénarios ne sont pas infinis, en fait ils sont fondamentalement deux :

 

A - Une alliance modernisatrice de centre-droit (Nidaa + Afek + UPL), sur des bases libérales, en alliance avec les USA, les pays européens, obéissant au FMI, avec une marge fragile :

 

Nidaa Tounes mènerait ce bloc, en alliance avec Afek Tounes et l'UPL. Ils pourraient seuls avoir la majorité, mais guère plus de 51 %, ils auront peut-être 60-65 % avec une myriade de petits partis. Cela pourrait rendre cette alliance de bon sens assez instable.

Toutefois, les convergences peuvent se faire sur trois points : (1) réalisation des réformes structurelles, la libéralisation de l'économie, les privatisations et réductions de salaire exigées par le FMI ; (2) sécularisation d'un Etat de droit, rétablissement de l'ordre favorable aux investisseurs ; (3) partenariat privilégié avec les USA, les pays européens, et d'abord la France, premiers investisseurs du pays.

On remarque chez ces trois partis les plus grandes fortunes du pays (les Elloumi, Bouchamaoui, Charfeddine, Riahi, Zouari, Klebi), ainsi que les anciens cadres de l'appareil d'Etat Ben alistes recyclés chez Nidaa Tounes. C'est une preuve de sérieux pour les investisseurs étrangers, a-t-on pu retrouver  dans la presse économique internationale !

La majorité des têtes de liste de Nidaa Tounes était composée d'hommes d'affaires, de membres éminents du patronat. Afek Tounes pouvait, elle, compter sur 25 % d'entrepreneurs ... chez ses adhérents !

Si le camp modernisateur-libéral obtient un écart suffisant, il offrirait les meilleures garanties en terme de politique néo-libérale. Avec le soutien du patronat (l'UTICA), et peut-être un temps du syndicat (UGTT). On retrouve d'ailleurs des figures du patronat et du syndicat dans Nidaa Tounes !

Le risque est de donner trop d'influence aux islamistes dans l'opposition, avec le risque de déstabiliser le pays, bien qu'ils ne soient pas désireux de la canaliser sur des bases sociales, trop d'accord avec cette politique d'austérité qu'ils ont tenté d'appliquer depuis 2011!

 

2 -  Une "union nationale" islamistes/laics, sur des bases économiques libérales, en alliance avec les USA et les monarchies du Golfe, obéissant aux diktats du FMI

 

C'est le rêve du patronat (UTICA), des investisseurs étrangers américains et du Golfe : une "union nationale" entre islamistes d'Ennahdha et modernistes de Nidaa Tounes.Ils pourraient bénéficier de près de 75 % des voix, voire plus avec Afek et l'UPL.

C'est la formule idoine, trop fragile avec la faiblesse des petits partis de la Troika après 2011. La puissance de Nidaa Tounes la rend inébranlanble politiquement. Depuis 2011, l'UTICA ne cesse de pousser à l' "union nationale", à un "gouvernement technocratique", favorable au business local et international, attaché à la modernisation ( = libéralisation) du pays.

 

Ce schéma est-il possible après le scrutin de dimanche? Bien entendu.  Les islamistes ont déjà salué, très fair-play, la victoire de Nidaa Tounes. Rachid Ghannouchi s'étaient dit prêts à collaborer avec Nidaa après le scrutin. Le leader de Nidaa n'a pas refusé cette main tendue.

Nidaa et Ennahdha peuvent s'entendre sur l'essentiel : une politique de libéralisation de l'économie, les réformes structurelles nécessaires, exigées par le FMI, la Banque mondiale. Au niveau international, une bonne entente sans vague avec les USA, l'Europe, le Qatar est dans les intérêts de tout le monde.

 

Rappelons-nous ces paroles du baron des affaires Mohammed Frikha, soutien d'Ennahdha :

 « l'UTICA a proposé aux différents partis, dont Ennahda, d'intégrer des hommes d'affaires dans leur liste. Il est vrai qu'il existe un certain consensus sur la ligne économique, notmament chez Ennahda, Nidaa Tounès, et d'autres comme Afek ».

 

Ce scénario n'est pas gagné d'avance. Il constituerait une énorme trahison pour tous les Tunisiens qui ont voté pour les laïcs de Nidaa pensant faire barrage aux islamistes. Les divergences sur la conception de l'Etat, la place de la religion dans la société ne sont pas minces.

 

On est encore dans de la politique-fiction. Sans doute jusqu'à demain quand vont commencer les tractations. La désillusion risque d'être terrible pour les Tunisiens : dès les premières alliances nouées, dès les premières mesures d'austérité tombées. Mais une bonne partie du peuple tunisien n'est pas dupe, celle qui crie "dégage" aux ambassadeurs étrangers venus faire la loi en Tunisie !

 

Cet épisode est évoqué dans cette vidéo officielle des visites de l'ambassadeur américain : https://www.youtube.com/watch?v=8s_bLiBFbM0

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28 octobre 2014 2 28 /10 /octobre /2014 14:35

Sur le blog de Jean Gadrey ( Alternatives économiques)

La légitime récompense de Jean Tirole

Le prix de la Banque de Suède attribué à Jean Tirole s’inscrit dans la tradition d’une institution dont environ 90 % des lauréats font partie du courant de l’économie orthodoxe appelée néoclassique, celle qui sert depuis plus d’un demi-siècle à justifier la supériorité du marché concurrentiel, pourvu qu’il soit conforme aux modèles économiques, sur toutes les autres institutions de l’économie. 

Cette nomination est aussi la reconnaissance par l’orthodoxie mondiale de la singularité, en France, de l’Ecole d’économie de Toulouse, celle qui est le fer de lance dans notre pays du modèle américain faisant des grandes entreprises, des banques et des compagnies d’assurances les grands financeurs, à part presque égale avec l’Etat, de la recherche économique, mais aussi les principaux dirigeants, à nouveau à part presque égale, des Conseils d’administration. Jean Tirole a beaucoup contribué à cette modalité de « liaisons dangereuses » entre la recherche et le capitalisme financier, et le fait qu’il soit honoré par une banque n’est que justice

Parmi ses travaux et ceux de Jean-Jacques Laffont, je retiens d’abord, en raison de leur influence sur les politiques, ceux qui ont servi à outiller la dérégulation/privatisation des grands services publics de réseau à partir des années 1990 afin de faire de ces secteurs des domaines d’introduction puis de généralisation de la « concurrence libre et non faussée » avec un minimum d’ajustements et de contraintes. Il ne semble pas que ses modèles aient pris en compte les vagues de suicides et l’ampleur de la souffrance au travail qui ont résulté de ces privatisations partout, ni la dégradation de la qualité de service dans bien des cas, ni celle de l’accès universel à des services d’intérêt général.

Jean Tirole est également l’auteur, avec Olivier Blanchard, d’un rapport fameux (2003) sur la dérégulation du marché du travail, visant à remplacer les CDD et les CDI par un contrat unique. Ce « marché unique » aurait pour corollaire la suppression d’une bonne partie du droit du travail et des protections juridiques, dont la mise au rencart des prud’hommes vu que, selon lui, « les prud’hommes n’ont ni l’information ni les compétences pour prendre des décisions de gestion à la place des chefs d’entreprise ».

Il propose comme principale garantie d’emploi une « taxe sur chaque licenciement », idée plus que contestable car, d’une part, les entreprises savent très bien pratiquer l’évasion fiscale dans tous les domaines. Elles trouveront aisément des parades (ce qu’il admettait à mots couverts sans avoir de solutions sérieuses à proposer). Et, d’autre part, ce système serait incroyablement inégalitaire selon que les entreprises évolueraient dans des secteurs en bonne ou en mauvaise santé économique. Ce serait alors une prime aux gagnants et la double peine pour les perdants, mais la concurrence ne s’encombre pas des perdants…

Tirole s’est également exprimé en décembre 2008 sur la grande crise financière (« Leçons d’une crise », note de la TSE). On y trouvera à peu près tout ce que les banquiers étaient prêts à accepter sans trop rechigner comme régulation douce ne remettant pas en question leur domination sur l’économie, ni leurs produits dérivés spéculatifs (il faudrait juste éviter quelques « excès »), et surtout pas leur statut de banque universelle contre l’abominable idée de séparation des banques de dépôt et des banques d’affaires. Il s’est aussi prononcé, en Europe, en faveur d’une union bancaire européenne dont l’une des dispositions renforcerait encore les pouvoirs de la BCE sans remettre en cause sa fameuse « indépendance », et sans lui attribuer le droit de prêter aux Etats en difficulté, vous l’avez compris.

Enfin, il est le principal auteur d’un rapport sur le climat (2009) où l’on retrouve l’obsession du marché aussi libre que possible, moyennant de petits ajustements et de petites incitations, toutes économiques ou marchandes elles aussi. Il se prononce contre les normes techniques imposées (par exemple par secteurs) et les régulations non marchandes contraignantes. Il préconise non pas des taxes, mais un « marché unique » à prix international unique du carbone, fondé de préférence sur une mise aux enchères des « droits à polluer » (avec la possibilité que les pays pauvres ou émergents soient alors favorisés).

Mise aux enchères, échanges libres, un marché déterminant le prix « optimal », des produits dérivés bien entendu pour se « couvrir contre le risque » (l’argument constant des avocats de ces produits dans les milieux financiers), toute la panoplie du capitalisme financier mise au service du climat, telle est sa vision, conditionnée par une théorie de l’équilibre général marchand et concurrentiel pourtant réduite à néant par des critiques internes et externes rassemblées dans le livre de Steve Keen (voir mes billets récents).

On a d’ailleurs du mal à suivre sa condamnation des normes par secteurs qui se heurteraient selon lui à l’action de lobbies industriels puissants, comme si ces mêmes lobbies n’étaient pas capables, on l’a vu en Europe, de provoquer l’effondrement, avec la complicité des politiques, d’un marché du carbone devenu sans effet.

Pour lui, chaque pays, une fois les enchères terminées entre pays, se débrouillerait pour faire fonctionner son marché intérieur du carbone. Par exemple, dit-il, « l’Inde pourrait décider de limiter l’impact du prix du carbone sur celui du ciment, ce dernier conditionnant l’amélioration de l’habitat d’une fraction de sa population. ». Ni l’Inde, ni d’autres pays, ne seraient alors vraiment incités à privilégier des matériaux de construction moins destructeurs du climat.

Il est juste et légitime que le jury néolibéral de la Banque de Suède honore l’un des plus brillants représentants de l’économie néolibérale, un des plus fervents défenseurs de la logique du marché concurrentiel contre les insupportables interventions étatiques, contre le droit du travail, contre les contraintes bureaucratiques imposées aux grandes entreprises et aux banques, lesquelles financent une bonne partie de ses recherches et de son salaire.


Cet article a été posté le Mardi 14 octobre 2014 dans la catégorie Les derniers articles. Vous pouvez envoyer un commentaire en utilisant le formulaire ci-dessous.

 

Jean Gadrey

 

Jean Gadrey, né en 1943, est Professeur honoraire d'économie à l'Université Lille 1.
Il a publié au cours des dernières années : Socio-économie des services et (avec Florence Jany-Catrice) Les nouveaux indicateurs de richesse (La Découverte, coll. Repères).
S'y ajoutent En finir avec les inégalités (Mango, 2006) et, en 2010, Adieu à la croissance (Les petits matins/Alternatives économiques), réédité en 2012 avec une postface originale.
Il collabore régulièrement à Alternatives économiques.
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27 octobre 2014 1 27 /10 /octobre /2014 11:19

 

 

   43 % sont "très mécontents"

 

et 41 % "plutôt mécontents".

 

 

La ventilation selon les partis politiques montre que parmi les sympathisants du Front de gauche, 80 % sont mécontents, au PS 57 %, à EELV 79 %, au MoDem 83 %, à l'UDI 92 %, à l'UMP 97 % et au FN 97 %.

 

La ventilation selon les catégories socioprofessionnelles montre que ce sont les ouvriers (90 %) qui sont le plus mécontents de François Hollande, suivis des commerçants et artisans et chefs d'entreprise (89 %), des professions libérales, cadres supérieurs et des professions intermédiaires (85 %), des employés (84 %) et des retraités ou inactifs (83 %).

1 % des personnes interrogées se disent "très satisfaites" et 13 % "satisfaites".

 

À propos du Premier ministre,

    41 % sont "plutôt mécontents"

et 20 %         "très mécontents" de son action.

La ventilation selon les formations politiques place en tête des mécontents le FN (74 %), suivi du FG (71 %), de l'UMP (67 %), d'EELV (57 %), de l'UDI (53 %), du MoDem (43 %) et du PS (35 %).

 3 % sont "très satisfaits" et 33 % "plutôt satisfaits".

 

 

Le sondage a été réalisé par téléphone entre le 17 et le 25 octobre auprès d'un échantillon national représentatif de 1 923 personnes âgées de 18 ans et plus selon la méthode des quotas. 

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