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ACTION COMMUNISTE

 

Nous sommes un mouvement communiste au sens marxiste du terme. Avec ce que cela implique en matière de positions de classe et d'exigences de démocratie vraie. Nous nous inscrivons donc dans les luttes anti-capitalistes et relayons les idées dont elles sont porteuses. Ainsi, nous n'acceptons pas les combinaisont politiciennes venues d'en-haut. Et, très favorables aux coopérations internationales, nous nous opposons résolument à toute constitution européenne.

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Humeur

Chaque semaine, AC attribue un "roquet d'or" à un journaliste qui n'aura pas honoré son métier, que ce soit par sa complaisance politique envers les forces de l'argent, son agressivité corporatiste, son inculture, ou sa bêtise, ou les quatre à la fois.

Cette semaine, sur le conseil avisé de la section bruxelloise d'Action communiste, le Roquet d'Or est attribué  à Thierry Steiner pour la vulgarité insultante de son commentaire sur les réductions d'effectifs chez Renault : "Renault fait la vidange"...  (lors du 7-10 du 25 juillet).


Vos avis et propositions de nominations sont les bienvenus, tant la tâche est immense... [Toujours préciser la date, le titre de l'émission et le nom du lauréat éventuel].

 

 
20 décembre 2016 2 20 /12 /décembre /2016 23:44
Vincent Peillon, ou la Cartographie du vide  [par François Ruffin]

par François Ruffin 16/12/2016

Lu sur le site de Fakir

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En finir avec le Parti « socialiste », épisode #1.

A partir d’une simple tribune parue dans Le nouvel Observateur, « Quel avenir pour la gauche ? », c’est toute la vacuité, toute la fatuité du PS qui apparaît…

Je vais donc entamer, ici, une série sur le Parti socialiste, reprenant les passages de mon bouquin La Guerre des classes. Certes, ce livre fut publié en 2009, mais justement : le mal était déjà là. Et l’objectif clairement posé : « Qu’on les chasse de la gauche à coups de tatanes. »
Une chose me semble avoir changé, depuis : un réarmement idéologique s’est opéré. Avec la crise financière partie des Etats-Unis, avec l’étape inaboutie du Front de gauche, etc., une autre gauche a relevé la tête.

C’était pendant l’été 2007. Vincent Peillon venait d’être battu, une nouvelle fois, aux législatives dans la Somme, mon département. L’ancien porte-parole du PS, puis de Ségolène Royal, s’était pourtant présenté dans une circonscription ouvrière, « le Vimeu rouge », bastion de l’anarcho-syndicalisme avec ses PME de la serrurerie, robinetterie, qui fuient lentement vers la Chine. Son fiasco incarnait, pour moi, le divorce des classes populaires d’avec le Parti socialiste, aussi guettais-je ses explications.
Elles arrivèrent, fin août, via une tribune publiée dans Le Nouvel Observateur, et intitulée : « Quel avenir pour la gauche ? »
Mais dans cette double page, le mot « ouvrier » n’apparaissait pas.
Ni « classe ».
Ni « populaire ».
Pas plus qu’il n’évoquait son propre « fiasco ».
Et la « métallurgie » ou le « Vimeu » irriguait encore moins son verbiage consensuel : « il faut changer nos mœurs et apprendre à conjuguer autrement la richesse de notre pluralisme avec l’impératif de notre rassemblement et de notre efficacité », etc.

Le papier de Vincent Peillon contenait tout le fatras de cette novlangue, à base de « refondation », « innovation », « modernisation », comme quoi la gauche doit « entreprendre enfin une mutation trop longtemps différée », s’imposer « des révisions courageuses et des audaces certaines dans notre doctrine », bref, cette libre opinion ressemblait à cent autres égrainées dans les pages « Rebonds », « Point de vue », « Débats ».
On dissèquera plus tard cette prose d’impuissants. Qui déguise sa lâcheté sous les injonctions au « courage ».
Pour me distraire, j’ai tapé « Peillon + lutte des classes » sous Google. Le moteur de recherche aurait plu aux surréalistes, lui qui permet ces rapprochements incongrus et offre des liens comme des paquets surprises. Cette fois encore, « 28400 pages en français » se sont affichées en « 0,23 secondes ». Mais aucune citation recensée, aucune fois où il aurait prononcé – et se serait prononcé sur – la « lutte des classes ».
[Je saute une centaine de pages ici.]

C’est une tâche fastidieuse que de cartographier un désert.
D’explorer un trou noir.
Il le faut, pourtant.
Malgré le vertige, je m’approche alors de cette tribune, publiée par Vincent Peillon toujours, dans Le Nouvel Observateur durant l’été 2007 et qui a initié mes recherches. Une « libre opinion » bourrée de « rénovation », « refondation », etc., absolument pas originale, et que je choisis précisément pour son absence d’originalité. Représentative de la nouvelle « doctrine » socialiste - qui vise, justement, à abolir toute « doctrine » : « Cette rupture va supposer des révisions courageuses et des audaces certaines dans notre doctrine, en commençant par faire l’analyse juste de la société et de la modernité ». On s’interroge d’emblée : en trente années de gouvernement et d’alternances, le PS n’avait-il pas conduit mille « révisions », au point de se retrouver sans « doctrine » ? Aux oubliettes le « front de classe », la « planification », l’ « autogestion », la « rupture avec le capitalisme » et jusqu’aux « nationalisations ». Alors le roi est nu, et il faudrait qu’il se déshabille encore…

Quel sous-vêtement doit-il ôter, maintenant ? On le devine, et Vincent Peillon confirme : « Le dogmatisme marxiste ». On ignorait trop les dégâts causés par ce ver, introduit dans le «  socialisme français ». On les découvre. Quand sous Lionel Jospin et d’après l’Insee, «  plus d’un millier d’entreprises publiques, maisons mères et filiales, sont passées dans le giron du secteur privé, autant que sous la période 1993-1997, sous les gouvernements d’Edouard Balladur et d’Alain Juppé », le carcan « marxiste » a sans doute pesé lourd dans ces décisions. Quand les parlementaires socialistes, réunis en Congrès à Versailles, votent en faveur d’un Traité Constitutionnel Européen qui prévoit « la libre circulation des capitaux, y compris avec les pays tiers », c’est une étrange interprétation du Capital, et quand ils optent pour une « concurrence libre et non faussée » de la main d’œuvre, voilà à coup sûr une « rénovation » de l’Internationale ouvrière. Quand Ségolène Royal lance aux patrons : « Faites des profits, augmentez vos revenus ! », on songe que le fanatisme « marxiste » a encore frappé. Et c’est pour mieux faire voler en éclat ce « dogmatisme », sans doute, qu’en pleine affaire Airbus Vincent Peillon se prononçait en faveur des « stock-options » : « Moi, je ne suis pas du tout pour la suppression des stock options, je pense qu’elles ont un rôle. » Une « révision courageuse » de plus…

C’est une ficelle des discours « modernistes » : chaque soumission à l’ordre est convertie en une preuve d’« audace ». De « courage ».
Ce matin d’automne 2007, en pleine grève des cheminots, Manuel Valls s’exprimait sur France Inter, et il le regrettait : « Nous aurions dû être plus clairs et plus courageux en 2003 au moment de la réforme Fillon, nous aurions dû soutenir les initiatives de la CFDT et de François Chérèque ». Et il louait les « syndicats courageux » qui appellent à la reprise du travail. Et en guise de « position courageuse » sur les blocages des facultés par les étudiants, il se « méfie d’un mouvement assez régressif ». Bref, tout renoncement est traduit en « courage ». Car jusqu’ici les députés PS se sont trop adonnés à la lâcheté des luttes sociales... Lorsqu’il conclut que, au PS, « le courage aurait dû nous conduire à mettre tout de suite en oeuvre le chantier de la rénovation, de la refondation », on pressent que les acquis du Conseil National de la Résistance seront défendus avec hargne…

Les rôles sont inversés. On croirait que parle ici un « maître de l’argent » - tels que les caricaturait François Mitterrand : « Au moment où il s’agit de répartir les fruits de la croissance entre ceux qui la font, alors il n’en est plus question », remarquait-il à Fourchambault, dans la Nièvre (4831 habitants). Et devant des prolos à mégots, des péquenots à casquette, le futur Président exigeait une juste « répartition » : « [Les maîtres] ne veulent pas les 1000 F par mois. Ils ne veulent pas la retraite à 60 ans, et à 55 ans pour les femmes. Ils ne veulent pas des 40 h de travail par semaine. Ils refusent tout au nom de quoi ? Puisque la France est riche, pourquoi y aurait-il des Français pauvres ? Il y a une inégalité formidable dans la France d’aujourd’hui, et elle est entretenue. C’est ce pouvoir économique, celui des monopoles, celui des banques, enfin celui de l’argent, qui ne veut rien céder, qui ne veut rien lâcher. » C’est aux salariés de « céder », désormais, de passer à 40 annuités de cotisation, puis 41. Et le député-maire socialiste d’Evry, Manuel Valls, seconde le « grand capital » dans ce travail de sape. Question de « courage »
Son frère jumeau en bravoure, Vincent Peillon, s’en va à son tour «  bousculer certains tabous ». Sur quelles cibles s’abat son glaive ? « Ce n’est pas capituler que de vouloir gouverner et agir, ce n’est pas honteux que de chercher à comprendre le monde tel qu’il est. » En effet. Aucun amateur de paradoxes ne lui rétorquera que « agir c’est capituler », ou que « comprendre le monde est honteux », et on voit mal pourquoi il s’enveloppe dans une toge de Sénèque pour énoncer des truismes pareils (on voit mal pourquoi il les énonce d’ailleurs). Notre « courageux » La Palisse poursuit néanmoins avec ses airs de matamores : « Ce n’est pas trahir que de vouloir faire tomber le mur de Berlin dans nos têtes. » Comme s’il existait le moindre risque que l’on confonde Dominique Strauss-Kahn avec Lénine, François Hollande avec Trotsky, ou Ségolène Royal avec Rosa Luxembourg ! Deux décennies après sa chute, alors que des milliers d’écrivains, journalistes, politiciens ont dénoncé et re-dénoncé « l’hydre du communisme », alors que depuis belle lurette l’Union Soviétique ne constitue plus un modèle, ni économique ni politique, alors que « le mur de Berlin » était tombé « dans les têtes » de la gauche française bien avant 1989, c’est un beau combat pour le temps présent que d’enfoncer la porte ouverte de Brandebourg. Bien plus urgent, et bien plus « audacieux », que de se heurter au mur de l’argent. Toujours debout, lui…

[...]

Lire la suite sur le site de Fakir, ci-dessous

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