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ACTION COMMUNISTE

 

Nous sommes un mouvement communiste au sens marxiste du terme. Avec ce que cela implique en matière de positions de classe et d'exigences de démocratie vraie. Nous nous inscrivons donc dans les luttes anti-capitalistes et relayons les idées dont elles sont porteuses. Ainsi, nous n'acceptons pas les combinaisont politiciennes venues d'en-haut. Et, très favorables aux coopérations internationales, nous nous opposons résolument à toute constitution européenne.

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Chaque semaine, AC attribue un "roquet d'or" à un journaliste qui n'aura pas honoré son métier, que ce soit par sa complaisance politique envers les forces de l'argent, son agressivité corporatiste, son inculture, ou sa bêtise, ou les quatre à la fois.

Cette semaine, sur le conseil avisé de la section bruxelloise d'Action communiste, le Roquet d'Or est attribué  à Thierry Steiner pour la vulgarité insultante de son commentaire sur les réductions d'effectifs chez Renault : "Renault fait la vidange"...  (lors du 7-10 du 25 juillet).


Vos avis et propositions de nominations sont les bienvenus, tant la tâche est immense... [Toujours préciser la date, le titre de l'émission et le nom du lauréat éventuel].

 

 
3 avril 2016 7 03 /04 /avril /2016 12:59

Laïcité et démocratie

par · 2 avril 2016

Le débat lancé par la proposition d’Elizabeth Badinter de boycotter les firmes de prêt-à-porter qui se plient à la supposée « loi islamique », les revendications du personnel féminin d’Air-France qui refusent de porter le voile sur les vols Paris-Téhéran, enfin, le problème posé par l’introduction des pratiques religieuses dans la loi « El Khomri », montrent que la question de la laïcité est réellement aujourd’hui fondamentale. La laïcité ne peut avoir qu’un sens, celui du renvoi des croyances non testables à la sphère du privé, s’avère tout autant nécessaire pour la construction du Bien Commun, ce « Res Publica » dont le mot République est issu[1]. C’est pourquoi l’introduction de la question religieuse dans le débat publique a toujours abouti à la division, et doit donc être proscrite.

 

Laïcité et République

En effet, il ne peut y avoir de peuple, c’est à dire de base à construction politique de la souveraineté populaire, que par la laïcité qui renvoie à la sphère privée des divergences sur lesquelles il ne peut y avoir de discussions. La prise en compte de l’hétérogénéité radicale des individus implique, si l’on veut pouvoir construire une forme d’unité, qui soit reconnue comme séparée et distincte la sphère privée. En cela, la distinction entre sphère privée et sphère publique est fondamentale à l’exercice de la démocratie. Ce principe fondamental est inclut d’ailleurs dans notre Constitution : la République ne reconnaît nulle religion et nulle race.

Tel est le sens de l’article premier du préambule de notre Constitution, repris du préambule de la Constitution de 1946, et écrit au sortir de la guerre contre le nazisme[2]. La laïcité n’est donc pas un supplément d’âme à la République : elle en est en réalité le ciment[3]. Il n’est pas anodin que l’un des grand penseur de la souveraineté, Jean Bodin, qui écrivit au XVIème siècle dans l’horreur des guerres de religion, ait écrit à la fois un traité sur la souveraineté[4] et un traité sur la laïcité[5].

Les attaques actuelles contre la laïcité doivent être identifiées pour ce qu’elles sont réellement : des attaques contre la démocratie. En défendant la laïcité, c’est un principe fondamental d’organisation politique que l’on défend en réalité.

 

Le piège des fanatiques

Il convient donc d’éviter le piège que nous tendent les fanatiques de toutes obédiences. En voulant nous obliger à nous définir selon des croyances religieuses, ou des signes d’appartenances, ils aboutissent en réalité à briser le « peuple ». Et c’est cela qu’ils veulent. C’est donc très précisément le piège que nous tendent les terroristes qui veulent nous ramener au temps des communautés religieuses se combattant et s’entre-tuant. Or, si nous cédons sur ce point nous nous engageons vers un chemin conduisant à la pire des barbaries. La confusion dans laquelle se complet une grande partie de l’élite politique française, est ici tragique et lourde de conséquences. Les attaques contre les musulmans (comme celles contre les juifs, les chrétiens, les bouddhistes, etc…) sont inqualifiables et insupportables. Mais, on a le droit de critiquer, de rire, de tourner en dérision, et même de détester TOUTES les religions. Et si l’on est choqué par des caricatures, on n’achète pas le journal dans lesquelles elles sont publiées, un point c’est tout.

La notion de laïcité ne doit pas être conçue non comme une « guerre aux religions », ce qui est l’un des contre-sens actuels, mais comme tout à la fois reconnaissance de la distinction entre sphère publique et sphère privée et reconnaissance de l’obligation de chacun et de tous à considérer que la religion fasse partie uniquement de la sphère privée. La laïcité est en fait nécessaire pour comprendre les racines de l’ordre politique. Mais on doit impérativement éviter de transformer cette laïcité en une nouvelle religion. Or, c’est une tendance d’autant plus forte que l’on vit dans le mythe d’une grande communauté humaine dépourvue de conflits. En réalités, le conflit est permanent et l’un des taches du politique consiste justement à en utiliser les éléments positifs tout en évitant qu’il détruise la société humaine. De ce point de vue, le contraire de la « guerre de tous contre tous » n’est pas l’harmonie naturelle, qui est un mythe dangereux mais une forme organisation qui permette la gestion de ces conflits. C’est d’ailleurs la raison de l’importance de la Souveraineté. Si le peuple était homogène, la souveraineté ne serait pas nécessaire. Il est tragique que des intellectuels comme Michel Wieviorka fassent ainsi l’erreur d’assimiler la souveraineté à l’homogénéité alors que la lecture de Bodin, pour ne pas citer d’autres auteurs, démontre que c’est au contraire l’hétérogénéité du peuple qui impose la notion de souveraineté.

Il nous faut alors considérer la Souveraineté dans son articulation avec la Nation, et cette dernière comme un forme d’organisation politique du peuple. Encore faut-il retirer de l’espace publique ce qui ne peut être tranché par la raison. Et l’on revient inévitablement à la question de la laïcité. Dès lors qu’une population, quelle qu’elle soit, désire faire en commun quelque chose, il y a de la souveraineté. Mais, du moment où cette population est hétérogène, il convient de retirer de l’espace public certaines questions. C’est pourquoi, depuis plusieurs siècles, souveraineté et laïcité ont passé un pacte de nécessaire alliance.

 

Les racines de la laïcité

Les racines de la laïcité sont donc bien plus profondes que le débat actuel, ou elle est interprétée comme un obstacle à une religion particulière, ou même que la question de la séparation entre l’Eglise et l’Etat, qui constitua l’un des débats importants de la IIIème République. Il est donc faux de faire remonter la laïcité aux affrontements de 1904-1905, et à la séparation de l’Eglise et de l’État, même si cette dernière est un moment incontestablement important de notre histoire politique.

En fait, dans le principe de laïcité se cachent deux notions qui sont l’une et l’autre absolument essentielle. La première est celle de la séparation entre sphère privée et sphère publique. Cette distinction est fondatrice en réalité de l’existence même d’une démocratie, car il ne peut y avoir de démocratie sans conflit, mais aussi sans compromis éteignant pour un temps, ce dit conflit[6]. Sans cette distinction, la démocratie n’est qu’une coquille vide. Mais, et c’est là toute la force du travail de Bodin, cette distinction ne prend réellement sens que parce que des individus aux fois différentes acceptent de travailler ensemble. Cela pose la laïcité non pas simplement comme un principe de tolérance, et de ce point de vue la tolérance est une forme inférieure à la laïcité[7], mais comme une forme d’organisation où la conviction personnelle se plie à l’existence de Res Publica, de choses communes qui nécessitent et impliquent un travail en commun.

Mais il faut comprendre qu’elle impose à tous un devoir de réserve, qu’elle interdit le prosélytisme outrancier, et en particulier les tenues vestimentaires qui constituent des formes de prosélytismes, et qu’elle impose de distinguer les valeurs dans lesquelles on croit, qui ne peuvent être que personnelles et relèvent alors de la sphère privée, des principes qui sont des règles qui régissent l’action publique. Telle est la ligne rouge de la laïcité.

[1] Voir Sapir J., Souveraineté, Démocratie, Laïcité, Paris, Michalon, 2016.

[2] Le texte est le suivant : « Au lendemain de la victoire remportée par les peuples libres sur les régimes qui ont tenté d’asservir et de dégrader la personne humaine, le peuple français proclame à nouveau que tout être humain, sans distinction de race, de religion ni de croyance, possède des droits inaliénables et sacrés. Il réaffirme solennellement les droits et libertés de l’homme et du citoyen consacrés par la Déclaration des droits de 1789 et les principes fondamentaux reconnus par les lois de la République ». http://www.conseil-constitutionnel.fr/conseil-constitutionnel/francais/la-constitution/la-constitution-du-4-octobre-1958/preambule-de-la-constitution-du-27-octobre-1946.5077.html

[3] Poulat E. Notre Laïcité, ou les religions dans l’espace public, Bruxelles, Desclées de Bouwer, 2014.

[4] Bodin J., Les Six Livres de la République, (1575), Librairie générale française, Paris, Le livre de poche, LP17, n° 4619. Classiques de la philosophie, 1993.

[5] Bodin J., Colloque entre sept sçavants qui sont de différents sentiments des secrets cachés des choses relevées, traduction anonyme du Colloquium Heptaplomeres de Jean Bodin, texte présenté et établi par François Berriot, avec la collaboration de K. Davies, J. Larmat et J. Roger, Genève, Droz, 1984, LXVIII-591, désormais Heptaplomeres.

[6] A. Przeworski, « Democracy as a contingent outcome of conflicts », in J. Elster & R. Slagstad, (eds.), Constitutionalism and Democracy, Cambridge University Press, Cambridge, 1993, pp. 59-80.

[7] On trouvera un commentaire éclairant de sa contribution aux idées de tolérance et de laïcité dans: J. Lecler, Histoire de la Tolérance au siècle de la réforme, Aubier Montaigne, Paris, 1955, 2 vol; vol. 2; pp. 153-159.

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